Cours de psychologie

Violence et abus sexuels dans la famille - Reynaldo Perrone et Martine Nannini

 

 

La famille peut exprimer joie et souffrance, s’y conjuguent les sentiments négatifs et positifs. On y construit l’identité et l’individuation ou l’indifférenciation et l’aliénation.

La violence peut prendre des formes imparables, souterraines, et faire voler en éclats les certitudes les plus essentielles.

En cas de violence, victime et bourreau se renvoient la faute, mais en cas de relation abusive c’est la victime qui porte toute la culpabilité.

 

1ère partie : Violence et Famille.

 

La violence est la manifestation d’un phénomène interactionnel.

Les participants sont tous impliqués et par là même tous responsables interactionnellement. L’implication est de fait.

Chaque individu majeur est le garant de sa propre sécurité.

N’importe quel individu peut manifester de la violence.

Agressivité : mise en œuvre de la force au service de la survie. Force de construction et de définition de l’individu.

Agression : contient de l’agressivité mais connote une attaque brutale et un attentat à l’intégrité physique et/ou psychique d’un sujet.

Violence : utilisation abusive de la force d’une façon brutale pour soumettre ou détruire. Force de destruction de soi et de l’autre.

 

I. La genèse de la violence et la loi.

 

La genèse de la violence.

 

La force physique se mit au service de la satisfaction du désir. Relation de domination/soumission. Lorsque la force sans contrôle se met au service du désir, il y a donc violence.

S’il y a violence, c’est que l’objet est désirable.

Dieu fut créé pour que la raison prédomine sur le désir et la force. Et Dieu créa la loi.

 

La loi.

 

A l’image de Dieu, la loi est incontestable, et à l’image de l’homme elle est imparfaite.

C’est la raison, expression de l’esprit de l’homme, qu’elle s’emploie à interpréter et signifier.

La loi est générale (principes universels), égalitaire (anonyme et impersonnelle), permanente (stable et immuable), obligatoire (on ne peut s’y soustraire), et édictée par les représentants (bien collectif).

L’homme perçoit la loi comme une puissance qui limite sa liberté.

La loi générale s’oppose à la loi privée (individuelle).

Sa nature libre pousse l’homme à l’insoumission, mais son besoin d’affection le contraint au compromis.

L’homme passe par 4 stades : stade 0 (le sujet est la loi, égocentrisme, loi du plus fort), stade 1 (conscience, interdit), stade 2 (appel à la loi, protection de soi), stade 3 (protection de l’autre, assumer une responsabilité de citoyen).

Erreurs d’intériorisation de la loi : insuffisances de l’apprentissage, confusion dans les acteurs, non différenciation de soi et des autres, incongruences du contexte.

5 positions existentielles : s’imposer (déni de l’autre, créer un vide à remplir de sa propre présence, négociation impossible, vengeance, crime), s’affirmer (rivalité critique, reconnaissance de l’autre, agressivité mais non violence, affirmation et confiance en soi), s’intégrer (confirmation de l’identité, acceptation de l’autre, changement mutuel), exister (neutralité, alliance avec le plus fort, sans agressivité, sans estime), et grandir (les 4 positions précédentes, conscience, capacité d’introspection, responsabilité, tolérance, égalité).

Concevoir et convenir ce qui est possible peut être l’issue à l’aléatoire et à l’imprévisible.

Une évolution vers la croissance et la maturité conduit à une discipline d’auto-affirmation.

 

II. L’interaction violente.

 

2 formes de violence : violence agression (2 partenaires en relation égalitaire), et violence punition (non égalitaire) (on peut y ajouter la violence punition avec symétrie latente).

 

Violence agression.

 

Relation égalitaire, ils revendiquent le même statut.

Entre adultes : acceptation de la confrontation et de la lutte.

Entre adultes et enfants : l’enfant peut devenir adulte, ou l’adulte enfant.

Pause complémentaire : après l’agression ils reprennent une relation complémentaire.

3 étapes de la pause : 1 = culpabilité comme moteur de réparation, 2 = réparation pour se déculpabiliser, 3 = retour à une relation non violente.

La pause ouvre une porte à la prise en charge mais elle peut aussi bloquer cette possibilité.

Dans ce type de violence, les séquelles psychologiques sont limitées et il y a volonté de s’en sortir.

 

Violence punition.

 

L’un se croit au-dessus et fait souffrir l’autre. L’autre croit mériter la punition.

Entre adultes : châtiments, une faute justifie la punition.

Entre adultes et enfants : l’enfant grandit avec un sentiment d’indignité, se replie.

Dans ce type de violence, pas de pause.

On retrouve une faible estime de soi, trouble de l’identité, importantes séquelles psychologiques.

 

Violence punition avec symétrie latente.

 

Celui qui est en position basse, résiste. Et s’il peut évoluer, la relation devient violence agression.

Le passage à l’acte revendicatif est fréquent.

 

III. Organisation relationnelle de la violence.

 

Il existe une sorte d’accord qui a des liens tout autant avec la résignation qu’avec la fascination, et qui tient ensemble les deux partenaires.

Création d’un piège, un consensus implicite rigide à l’intérieur duquel certains messages verbaux ou non verbaux déclenchent l’acte violent.

 

Le consensus implicite rigide.

 

Une scène qui se répète de façon quasi identique.

Anticipation et préparation de la violence, construction du consensus puis enfermement.

Dans les cas de violence, les limites et les interdictions sont toujours posées de façon paradoxale, elles sont des possibilités plutôt que des impossibilités, elles sont des consentements plutôt que des refus.

Sentiment négatif d’estime de soi, évidence de la violence, inéluctable.

Le consensus comporte un aspect spatial (lieu où la violence est admise), un aspect temporel (moments ritualisés où la violence semble probable), et un aspect thématique (évènements, paroles ou autres, qui déclenchent la violence). L’aspect thématique intéresse les thérapeutes.

Le consensus est fragile dans sa structure.

Chacun impose une limite, si la limite est franchie, soit il y a rupture du consensus, soit une surenchère grave dans la violence.

 

Les déclencheurs de la violence.

 

Le comportement de l’un sert à justifier le comportement de l’autre.

Il existe toujours un activateur puissant qui autorise le passage à l’acte et annonce l’acte violent.

Si celui en position haute se sent menacé, cela déclenche la violence.

S’il y a menace d’un déséquilibre dans une relation, cela déclenche la violence.

Certains messages, réels ou hallucinés, déclenchent la violence.

La moindre petite « activation » nous montre les blessures que chacun a de lui-même.

 

IV. L’acte violent.

 

Système de croyance et modèle du monde.

 

L’homme perçoit et donne un sens et une valeur à ce qu’il perçoit pour construire sa propre carte du monde.

 

Menace et rupture du système de croyance.

 

Chaque individu teste et confronte son propre système de croyance.

Chaque rencontre confronte deux croyances distinctes.

La maturité de l’esprit peut être comprise comme la faculté d’accepter la singularité de l’autre, de reconnaître son système de croyance sans vouloir en réduire la différence.

 

Normalisation et acte violent dans son contexte.

 

L’acte violent peut être interprété comme une action visant la normalisation de l’autre réalité, car sa propre croyance est menacée. Il faut rendre l’autre conforme à son propre système de croyance.

 

V. La fonction du relais.

 

Dans les relations de violence agression, il existe un tiers qui tente de faire cesser la violence, mais ses interventions empêchent des acteurs de trouver les moyens de stopper eux-mêmes leur violence.

 

Du relais au régulateur.

 

L’autonomie est en rapport avec la capacité d’incorporation, par le système, des instances dirigeantes dont il était au préalable dépendant.

Les régulateurs ont pour fonction de contrôler les impulsions violentes, de développer l’autonomie et d’activer les processus de socialisation.

Dans certains contextes d’apprentissage perturbé, les processus d’intériorisation des régulateurs échouent. Ou des contextes ponctuels diminuent ou entravent les capacités de régulation.

 

Relais et acte violent.

 

Relais : fonction de passage et contrôle de ce passage. Le relais s’active quand il détecte une perturbation dans la stabilité de la relation. Il intervient avant, pendant ou après l’acte violent.

L’existence du relais rend possible la répétition de séquences conduisant à l’acte violent.

Le relais est nécessaire au système violent, mais le système violent est en retour nécessaire au relais.

Le relais s’intègre dans le système, tandis que le tiers intervient mais n’est pas intégré de façon stable.

 

Relais et interventions sociales.

 

3 relais à 3 niveaux différents : 1 = proches qui interviennent pour éviter une crise ; 2 = individus extérieurs qui interviennent sur la relation quand le niveau 1 a échoué ; 3 = institutions qui interviennent directement sur les personnes.

 

Relais et thérapie.

 

Le thérapeute est investi de la fonction de relais. Il devra se servir de cette fonction pour amener le système à accéder aux conditions d’un véritable changement.

 

VI. Evolution et séquelles de la violence.

 

Dans la violence agression : non reconnaissance de l’autorité, sentiment de toute-puissance, recherche permanente de la symétrie dans la relation, anxiété, problèmes d’apprentissage, impulsivité, révolte, recherche de la confrontation avec le partenaire, conduites dangereuses, en extrême le suicide.

Dans la violence punition : culpabilité, indignité, problème d’apprentissage ou étonnantes performances, pas d’estime de soi, incapacité à aimer, évocation douloureuse du passé, blessures narcissiques profondes, vulnérabilité, recherche d’amour, incapacité à se défendre, anxiété, état de choc devant une situation de menace, permanence du traumatisme, rejet de toute violence, dépression, tentatives de suicide liées à des situations d’abandon et de désespoir, destruction.

Dans la violence punition avec symétrie latente : sentiment d’abandon, d’impuissance et d’injustice, comportement chaotique, agité, fugues, suicide, insoumission, manipulation, passage à l’acte revendicatif, contestation, révolutionnaires redoutables, actes de vengeance, paranoïa, perversité.

 

VII. Prise en charge thérapeutique de la violence.

 

2 types d’issues à la violence : issue d’évitement (évite la violence sans en résoudre la problématique), issue de résolution (change les conditions qui rendaient l’acte violent possible).

 

Les issues d’évitement.

 

Dans les relations symétriques : issue complémentarité (un des sujets accepte une position basse), symptôme (invention de symptômes pour se soustraire à la relation), rituel (une action pour éviter la violence), tiers (une autre personne calme la situation), relais (tiers de façon stable et durable), séparation (les partenaires se séparent pour sortir de l’habitude de la violence).

Dans les relations complémentaires : symétrie (celui en position base peut réintroduire de la symétrie en trouvant des alliances extérieures), symptômes (invention de symptômes pour se soustraire à la relation), surcomplémentarité (auto-accusation, identification avec l’agresseur), complémentarité inversée (celui en position basse peut passer en position haute et vice-versa si chamboulement), séparation (n’importe quelle séparation), et relais (tiers de façon stable et durable).

 

Les issues de résolution possibles dans les 2 types de violence mentionnés.

 

Intériorisation de la loi (conscience morale, reconnaître une instance supérieure), changement du système de croyance, changement dans le consensus implicite rigide, changement de représentation (représentations que se fait le sujet), apprentissage dans l’état (comportement conditionné), métacommunication (se mettre hors situation), régulateurs (le sujet sous surveillance accède à une surveillance personnelle de lui-même).

 

Protocole de prise en charge.

 

Quand le sujet participe à la thérapie, le travail se fait pour accepter la différence et trouver des alternatives à la violence. La violence entrave la parole, il faut donc bloquer la violence pour une thérapie.

Les critères de diagnostic reposent sur la position existentielle que chaque partenaire joue dans la relation.

Le thérapeute doit signifier la loi, placer le système sous le regard de la Justice, mettre fin à l’exception.

Le relais marque l’engagement dans la thérapie et contrôle la violence.

 

Violence agression.

 

Analyse du système de croyance du patient.

Rendre possible une reconnaissance mutuelle de la souffrance.

Utilisation d’un tiers pour éviter la violence.

Mise en place d’un rituel postviolence.

Substituer des images alternatives à celles qui déclenchaient la violence : bloquer les thèmes, changer le lieu et modifier les séquences temporelles.

Etudier la pause complémentaire, l’utiliser, et rendre impossible la déculpabilisation.

Utiliser des régulateurs.

Suite à cela, faire une autre thérapie au sens large.

 

Violence punition.

 

Analyse du système de croyance.

Travailler en priorité avec le patient en position haute. Une prise en charge s’organise différemment si l’alliance avec la personne en position haute est possible ou non.

Si l’alliance est possible : essayer d’introduire des images différentes de celles qui provoquaient l’acte violent, bloquer le passage à l’acte violent immédiat et stéréotypé, changer le système de croyance, intégrer le régulateur.

Si l’alliance est impossible : il faut travailler avec la personne en position basse, changer l’image qu’elle a d’elle-même, former un réseau relationnelle solide autour d’elle, la convaincre de son droit à revendiquer l’égalité, changer le système de croyance.

 

Violence punition avec symétrie latente.

 

La plus difficile à traiter.

Mettre en place un cadre pragmatique de suivi.

Travailler sur les sentiments d’abandon, d’impuissance et d’injustice.

Travailler sur le ressentiment et les idées de vengeance et de meurtre.

Canaliser la compétence de leader.

Travailler avec la famille et/ou autres systèmes.

 

L’empathie est la trame du protocole.

Sans l’idée que chacun est responsable de son destin, aucun changement n’est possible.

 

2ème partie : Abus sexuels et inceste.

 

Arguments concernant l’interdit de la relation sexuelle adulte/enfant : immaturité biologique et cognitif, troubles psychologiques, l’éthique, la loi.

Lorsque l’enfant ou le jeune est mis dans la situation d’objet de la relation abusive, il perd la possibilité de grandir en bonne santé.

La trace que l’acte abusif laisse dans l’être qui le subit est pérenne et les conséquences sont imprédictibles.

Il est possible d’associer le type de relation dans lequel apparaissent les abus sexuels avec la forme la plus extrême de la violence punition et retrouver dans les relations abusives les caractéristiques de la complémentarité morbide.

Emprise : relation psychologique où l’un exerce une influence outrancière sur l’autre. La relation d’emprise peut être créée par la terreur, la menace, la violence, la confusion…

Pour une intervention thérapeutique, il faut faire intervenir la loi et s’assurer que la victime est protégée.

 

I. Profil des protagonistes.

 

Profil de la famille et du couple.

 

Dans les reconstituées, les liens familiaux sont relâchés. Idem pour les familles monoparentales.

Dans les familles bien structurées, il faut se méfier de ce qui se cache derrière l’apparence.

Dans toutes les familles à transactions incestueuses, l’interdit de l’inceste s’est déplacé à celui de la parole : il est interdit d’en parler.

 

Le couple conjugal.

 

Un lien conjugal solide fait naturellement barrière à l’inceste.

Soit une faible activité sexuelle, soit une activité sexuelle qui déborde le territoire du couple.

Les partenaires partagent leur mutuelle immaturité et irresponsabilité.

 

Profil de la mère.

 

La mère peut être occupée par son travail, ou fragile psychologiquement.

La mère est attachée à l’idée de famille normale, pensée réductionniste des évènements, discours de défense.

 

Profil de l’enfant victime.

 

Les victimes d’inceste ont généralement 12-13ans, pour les attouchements 7-8 ans.

La victime est souvent isolée, réseau social limité. Les victimes sont privées d’enfance, acceptant le sacrifice par culpabilité envers la famille et grandissant dans une maturité forcée. Elles portent le secret, la honte, la culpabilité.

 

Profil du père/beau-père ou tiers abuseur.

 

2 types d’abuseurs : celui qui donne confiance, relation autour de la tendresse = sexualité réprimée mais sélective ; et celui qui est violent et agressif, se complait dans son pouvoir, mépris et mythomanie, absence de culpabilité et de regret = sexualité normale ou intense mais indiscriminée.

Au niveau psychopathologique, on peut parfois diagnostiquer une personnalité de type psychopathe, une perversion ou une pédophilie, mais abus sexuel ne veut pas dire nécessairement psychopathologie.

 

II. Caractéristiques de la relation.

 

Relation complémentaire.

 

Entretien des différences entre les partenaires, immobilité.

Les victimes ne voient pas les échappatoires, elles perçoivent leur situation comme une fatalité. L’abuseur est assuré de son pouvoir.

Abuseur et victime sont enfermés dans un monde à part, l’enfant devient ce que l’adulte veut qu’il soit.

 

Relation inégalitaire.

 

L’adulte utilise son pouvoir pour dominer et contrôler l’enfant, relation inégalitaire à abusive.

 

Relation abusive.

 

L’inexpérience, l’immaturité corporelle et psychique, la disponibilité, la crédulité, la peur de l’enfant sont exploitées pour satisfaire la sexualité de l’adulte.

 

Relation d’imposture.

 

La confiance est abusée, le sujet trompe en connaissance de cause.

L’abuseur s’approprie par mensonges, la découverte que l’enfant aurait fait de sa sexualité, de la rencontre avec son premier amour, de sa première émotion liée à la sensualité, à l'’ttachement naïf.

Les abus sexuels et l’inceste peuvent être associés à l’escroquerie et le viol au vol.

 

Perversion de la dialectique autorité/responsabilité.

 

Le pouvoir est inversé, l’enfant devient responsable de la sécurité de l’adulte, c’est son silence qui préserve adulte et famille.

L’enfant est chargé de la responsabilité mais n’a pas le pouvoir, l’adulte a le pouvoir mais ne prend pas la responsabilité.

 

Relation hors la loi.

 

La loi privée s’oppose dans l’intimité du système familial à la loi générale et égalitaire, et laisse l’enfant sans repères ni protection. L’abuseur agit comme si la loi n’était pas faire pour lui.

 

Relation hors contexte.

 

La famille n’est plus un lieu de protection mais un groupe fermé, rigide, maintenu dans le secret.

L’enfant est impliqué sans avoir choisi.

 

Relation hors contrôle.

 

Fermeture du système familial.

La famille est opaque, les risques de dysfonctionnalité sont amplifiés, sans possibilité de correction.

La priorité est donnée à la satisfaction du désir.

 

Relation d’emprise.

 

L’adulte ne séduit pas l’enfant, il le rend confus, il crée chez lui une perte du sens critique, toute rébellion devenant alors impossible. Pour l’enfant, il y a à la fois non-consentement et acceptation.

 

III. Caractéristiques de la communication.

 

Rupture des registres communicationnels.

 

Les messages sont transmis à travers des registres contradictoires, source d’étonnement et de perplexité. Ce qui est dit est clair tout en étant en rupture avec le contexte.

Autorité et brutalité sont mélangées à douceur et compassion. L’abuseur change de visages.

La victime s’automatise au niveau corporel et se bloque au niveau cognitif, tout en expérimentant de profondes perturbations au niveau émotionnel.

 

Le langage d’injonction.

 

→ Se réalise à travers les règles d’obéissance.

Communication à sens unique. Economie de l’émetteur, accord volontaire de celui qui reçoit.

Injonction de conformité : l’enfant doit accepter la situation, définie par l’adulte comme normale, blocage des issues.

Injonction de culpabilité : l’enfant ressent le poids du bonheur familial, il retourne sa critique contre lui, s’abstient de toute condamnation et reste figé dans sa place de victime.

 

La rétorsion.

 

→ S’accomplit à travers l’invitation à collaborer.

Véhicule l’idée que le mal et ses conséquences sont occasionnés par l’action de la victime visant à se défendre.

 

Provoquer des vécus contradictoires et simultanés, crée un état de perplexité, d’épuisement et d’abandon qui permet l’endoctrinement.

 

IV. Caractéristiques de l’emprise.

 

Rituel-transe.

 

L’abus sexuel a lieu à la suite d’un rituel qui sert à ligoter psychologiquement la victime.

Le rituel est un passage entre évènements.

Rituel collectif : moment où un ensemble d’individus se lient, s’harmonisent.

Rituel bipersonnel : entre deux personnes, cadre d’une relation.

Rituel individuel : contrôle, comportement, résolutions des conflits internes.

Rituel consensuel et non consensuel : consensuel quand il y a volonté de participer au rituel, et non consensuel lorsqu’il y a participation forcée mais non adhésion.

Transe : état de conscience modifiée qui se caractérise par une diminution du seuil critique et une focalisation de l’attention. La transe est un passage entre diverses instances intrapsychique. Elle fait vaciller les limites de l’identité, du temps.

Un rituel pour modeler un état, la transe est la conséquence du rituel.

Les aspects consensuels sont liés à l’hypnose, les aspects non consensuels liés à l’emprise.

Emprise : influence d’un partenaire sur l’autre à l’insu de ce dernier. Colonisation de l’esprit. La fascination prévaut.

 

Types d’emprise.

 

Domination : autorité sans contexte.

Influence : pouvoir subtil, sans identification immédiate.

Emprise à prédominance domination : la victime ressent la contrainte, la menace, sans s’échapper. Du doute à la dépendance.

Emprise à prédominance influence : la victime perd son identité, devient objet, fausses certitudes.

 

La dynamique de l’emprise.

 

L’emprise se fait à travers 3 pratiques relationnelles : effraction, captation, programmation.

Effraction : prépare la possession. C’est la pénétration dans le territoire de l’enfant, puis dans son corps.

Captation : appropriation de l’autre dans le sens de capter la confiance et le priver de sa liberté. La victime devient vulnérable, perd son autonomie.

La captation s’effectue par 4 voies : le regard (subtil, interprétation incertaine, piège qui paralyse, apprivoise), le toucher (marquant, contact traumatisant, état de confusion), la parole (sophistiquée, banalise les situations, moyen de capture, brouille les frontières entre monde des enfants et des adultes), et le faux-semblant qui stimule une vérité.

Programmation : assurer l’emprise dans la continuité et la durée, dresser la victime, introduire des instructions dans le cerveau de l’autre. Conditionner la victime pour maintenir la mainmise sur elle.

En cas d’abus sexuel, l’éveil sensoriel de la sexualité est associé à la violence, au malaise, à l’angoisse et la peur. L’enfant devient fragile, vulnérable et dépendant des désirs de l’autre.

En cas d’abus sexuel, le corps de l’enfant est érotisé négativement, son corps ré      agit trop tôt.

Quand le corps de l’enfant est érotisé trop tôt, le traumatisme peut créer une demande de répétition que seul l’abuseur peut satisfaire.

Ancrage : liaison persistante et durable entre l’état émotionnel et la mémoire attachée à l’acte. Ainsi, par un seul regard, parole, geste, autre, de l’abuseur, la victime retrouve ses sentiments de malaise.

Le silence est la règle imposée qui organise la relation, garantit la survie du système. Implicite.

Pacte transtemporel, non négociable et indissoluble entre l’abuseur et l’abusé.

Tout tend à faire croire à l’enfant qu’il porte l’entière responsabilité de ce qui peut arriver à sa famille.

L’abusé a la certitude que quoiqu’il fasse, il sera toujours un être méprisable. La victime est invitée à accepter sa condition de victime et à s’installer dans la fatalité.

La victime a l’impression d’avoir perdu toute sa pureté et son intégrité, elle a alors honte à la place de celui qui a commis l’abus. La honte est le résultat du comportement humiliant que l’abuseur a à l’égard de la victime. La honte cesse lorsque la victime renvoie ce sentiment à l’abuseur.

 

La stimulation sensorielle sert à la programmation : érotisation, éveil sensoriel, répétition et ancrage font partie de cette expérience. Le secret, le pacte, la responsabilité, la fatalité et la honte sont des opérations de programmation plus rationnelles.

 

V. Evolution et séquelles de l’abus sexuel.

 

L’abuseur doux se présente plutôt comme victime de sa destinée et plaide l’amour envers les victimes.

L’abuseur violent revendique activement sa position, nie, rejette, dénonce l’injustice et le complot dont il est l’objet.

La victime de l’abuseur doux, se sentira coupable, tendance à protéger l’abuseur, parler est difficile.

La victime de l’abuseur violente, se sentira indigne, désordres psychiques, dissociation, problème sexuel et relationnel, comportement chaotique, sentiment de fatalité.

 

VI. La faute, le repentir et le pardon.

 

Faute, transgression et erreur.

 

Faute : manquement à la règle établie, celui qui est en faute est coupable. Les conséquences concernent plus d’une personne. La faute laisse une trace, s’inscrit dans l’histoire des êtres qui sont impliqués. Celui qui commet la faute nie, et celui qui subit éprouve honte, culpabilité, repli → objet = victime.

Transgression : passer par-dessus une règle ou une loi. Acte intentionnel → objet = règle qui protège la victime.

Erreur : perception ou action qui prend pour vrai ce qui est faux et inversement. Défaut de jugement. Pas d’intention de faire mal → pas d’objet, victime = sujet exposé aux conséquences.

En cas de violence et d’abus sexuel, souvent : faute est volontaire, transgression est intentionnelle, erreur n’est ni intentionnelle ni volontaire.

 

Modèle de traitement.

 

A celui qui a transgressé, il faut lui faire prendre conscience des conséquences.

A celui qui a commis une erreur, il faut faire reconnaître les responsabilités.

A celui qui a commis une faute, il faut lui faire prendre conscience des torts, lui faire accepter sa responsabilité, il lui faudra éprouver un repentir sincère.

Si la faute délie, le repentir relie, ouvre un espoir à l’éventualité d’un pardon.

 

La construction d’un repentir.

 

9 principes participent à la construction du repentir : prise de conscience de l’acte, établir la réalité des faits, établir la signification de la notion de vérité, expliciter la notion de réalité qui a été provoquée, éclaircir la notion de responsabilité (être responsable de la faute, et assumer la responsabilité), discriminer la nature de l’acte (faute, transgression et erreur), idée de restaurer la relation, comprendre la notion de repentir, introduire l’espérance.

Reliance : création de liens entre les individus (les allier).

Résilience : capacité de dépasser ce qui a été subi.

 

VII. Thérapie de l’emprise et de l’abus sexuel.

 

Les 3 aires de l’intervention thérapeutique.

 

Aider les victimes à être le plus au clair possible sur les enjeux et les conséquences de la thérapie.

La victime est divisée en 2 : une partie au présent, l’autre au passé.

Travail autour de l’effraction : restaurer le territoire, l’enveloppe et l’espace personnel.

Travail autour de la captation : dévoiler les agissements de l’abuseur.

Travail autour de la programmation : désactiver les comportements liés à l’abus.

 

Procédure judiciaire.

 

La victime doit porter plainte quand elle l’estime juste.

Le système judiciaire doit rendre un jugement possible et élaborer une sanction.

Une victime qui n’accepte pas cette réparation est encore sous le coup du pacte et du leurre du pouvoir.

 

La gestion.

 

L’intervenant doit prendre une position directive méthodique et constructive. Le travail doit s’adapter à la victime.

Le récit ne libère pas mais met en transe ce qui fait resurgir les émotions. Cette situation rend les interventions du thérapeute difficiles, lourdes et quasi intrusives. Il faut donc d’abord l’aider à ses protéger des émotions réactivées.

La disparition des dissociations sera un indice sérieux de changement.

 

Protocole de prise en charge d’abus sexuel avec emprise.

 

Cerveau gauche : analyse, rationnel, critique, mémoire cognitive, sentiments.

Cerveau droit : globalité, intuition, recherche du soulagement, mémoire de corps et des émotions.

Il faut s’occuper des aspects traumatiques de l’abus sexuel qui persistent après la compréhension et les explications.

La victime peut revivre ses émotions sans pouvoir s’en protéger si elle n’est pas plus à même d’utiliser ses ressources ou si elle n’en a pas développé.

La description détaillée de l’abuseur est nécessaire pour identifier la relation d’emprise.

Mettre à jour les ressources existantes et non déguiser les problèmes en ressources.

Il faut réinventer les relations, accepter les doutes et se confronter à tous les possibles → reconstruire son monde.

Il faut nommer et expliquer l’emprise, créer un état émotionnel de réceptivité, révéler qu’il était impossible de dire « non », expliquer l’objectif des entretiens et des questions posées.

Il faut chercher le moment précis où la relation a changé pour devenir une relation abusive.

Rechercher des liens entre le comportement actuel et l’emprise.

Décrire l’abuseur, permet à la victime de se voir observatrice et actrice, et de se sortir de sa position d’objet.

Amener la victime à parler des rituels de l’abuseur, permet que les rituels deviennent familiers.

Il faut encourager la victime à reconnaître les aspects ambigus de son ressenti, à différencier l’excitation du désir, la passivité du consentement, et la participation de la responsabilité.

L’emprise ne cesse que lorsque la victime réalise qu’elle peut retirer le pouvoir qu’elle avait consenti à l’abuseur.

La victime retrouve sa dignité quand elle est en position existentielle de regarder l’abuseur en face et d’en exiger réparation.

Quand quelqu’un fait savoir ses regrets à l’autre, il compatit mais n’assume pas les conséquences. Quand l’un présente ses excuses, il reconnaît son erreur. Quand l’un demande pardon, il y a un repentir sincère. Dans la demande de clémence, c’est la position basse extrême.

 

Rituel de demande de pardon.

 

Pardonner implique d’amoindrir les effets négatifs envers l’offenseur, d’abandonner les idées de vengeance, de limiter le désarroi associé à l’expérience pour les acteurs, de rendre possible la construction d’un avenir sans chaine, de libérer les forces en vue d’une réparation.

La victime doit verbaliser 5 points à l’abuseur : sa souffrance morale, sa perte de confiance, exiger de ne jamais réaliser un acte semblable, exiger réparation, attente de demande de pardon.

L’abuseur doit exprimer 5 points : accepter la souffrance de la victime, admettre avoir abusé de la confiance donnée, promettre de ne jamais recommencer un acte semblable, proposer une réparation, demander le pardon.

Si l’abuseur est non présent, la victime peut « s’autoréparer » par plusieurs principes comme : la contre-effraction (pierre à porter sur soi en image du préjudice subi, puis jeter la pierre), aller vers l’aube (partir à pied dans la nuit pour atteindre un lieu avant le lever du soleil, symbole du passage critique traversé).

La victime doit finir d’être victime, le fautif doit sortir de la position de coupable. L’un et l’autre doivent récupérer leur dignité et s’intégrer à part entière  parmi les membres de la collectivité.

Dans la violence comme dans l’abus sexuel, on retrouve le déséquilibre qui se noue dans le déni de l’autre, alors que la reconnaissance de l’autre et de sa différence est la condition de l’humanité.

 

 

► Super livre, j'ai adoré. Bien détaillé, structuré, très simple à lire. Bonnes bases de compréhension.



12/09/2012
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