Cours de psychologie

Techniques et méthodes de la psychologie clinique

Techniques et Méthodes de la Psychologie Clinique

 

 

Michel Foucault, Naissance de la clinique, 1963.

Marie Jean Sauret, La psychologie clinique, histoire et discours.

Benjamin Jacobi, Cent mots pour l’entretien clinique, 1995.

Freud, Cinq psychanalyses, 1905.

Qu’est-ce qu’un fait clinique, Revue de psychologie clinique N°17, été 2004.

Claude Rvaunt d’Allonnes, La démarche clinique en sciences humaines.

Pascal Quiglart, Le sexe et l’effroi, 1984.

 

 

En quoi devrait-on s’intéresser aux techniques et méthodes de la psychologie clinique ?

 

Intéressant de repérer à partir de quelle approche et de quel aspect de l’humain on travail.

On a intérêt à s’y intéresser non seulement en tant qu’étudiants, mais aussi entant que citoyens mêmes, puisque la méthode en psychologie révèle une certaine conception de l’humain qui induit un certain nombre de transformations, mutations, révolutions qu’il est important de saisir puisqu’aucune méthode et aucune technique ne nait par l’opération du saint esprit : elle est le fruit d’une époque, d’un moment donné dans l’histoire de l’humain.

On va élaborer un certain nombre d’approches qui vont définir ce qu’est l’humain à ce moment donné de son histoire.

Autrement dit, les techniques et les méthodes comportent toujours une dimension idéologique que certaines représentations qu’on se donne de soi-même. Si on rajoute à ces techniques et méthodes le terme de psychologie clinique, on rajoute la dimension/origine médicale.

 

Le mot « clinique » est issu du mot « klinos » en grec. Le mot clinique définit un lieu de soins, mais avant cela c’est ce qui se fait au chevet du patient, aux pieds du lit du malade. Plus encore, c’est une posture du corps qui consiste à se pencher. La clinique c’est donc l’attitude courbe de celui qui se penche là où ça souffre.

C’est autour de ce point de souffrance, de ce lieu de la souffrance, de l’héritage médical du lit, que se met en place la clinique.

 

Aux origines.

 

Il est important pour les psychologues cliniciens, les citoyens, et les humain de s’intéresser aux techniques et aux méthodes de la psychologie clinique parce que à la fois, c’est à partir de ces techniques et de ces méthodes que l’on va travailler, mais c’est surtout une façon pour nous de faire le point sur comment une société conçoit son humanité et élabore un certain rapport à ceux qui dans ladite société sont les plus vulnérables, fragiles.

 

Toute la psychologie clinque est fondée sur la question suivante :

- Est-ce que celui qui est en souffrance clinique est malade ou est déviant ?

- C'est-à-dire, devant les actes qu’il a commis ou qu’il est entrain de commettre, est-il conscient de ce qu’il a fait ?

 

Dans toute société il y a une vision invariante de l’individu fragile.

- L’enfant :

+ Toute société a un système éducatif, un système de transmission des savoirs. Un enfant s’éduque et éventuellement se rééduque. Il y a différentes conceptions de l’éducation que l’on peut donner aux enfants : éducation spécialisée, etc.

+ L’enfant sauvage : il s’agit d’une rééducation langagière du coté de l’enfant. Ex : Victor. Il s’agit d’humaniser l’enfant sauvage.

- Ce qui est autre, radicalement différent à moi : le fou.

+ Est-ce que le fou, au contraire de l’enfant, n’est pas rééducable, socialisable, au sens où les actes, les manifestations, les comportements qui sont les siens sont tout à fait incompréhensibles et inconciliables avec des normes sociales, un certain nombre de conditions de vivre ensemble, et que justement ça va venir s’opposer et mettre à mal un certain nombre de possibilités, de conditions, dans le vivre ensemble de cette communauté ?

+ S’il n’est ni éducable, ni rééducable, ni socialisable, il convient de l’exclure, d’après Foucault dans L’histoire de la folie. Il décrit la période du grand enfermement. A cette époque les hôpitaux psychiatriques se construisaient en dehors des villes, on les excluait du vivre ensemble de la cité.

+ Celle de l’exclusion est une première solution, y compris quand l’exclusion tend le discours politique : on peut faire du fou une catégorie qui est à exclure par un certain nombre de techniques de méthodes et d’enfermement (chimiques ou matérielles), celles-ci se révèlent dans un certain nombre de dispositifs.

+ Dans le gouvernement antérieur, a été passée une loi qui autorise le soin au domicile du patient, avec la possibilité de faire ce soin sans avoir le consentement du patient. L’hospitalisation se fait sous contrainte puisque le comportement du patient représente un danger pour la société. Le fou devient un individu qui a une dangerosité telle qu’il n’est plus question de le soigner, mais de le neutraliser pour qu’il ne soit plus un danger pour lui-même mais surtout pour les autres.

+ Le fou s’il n’est pas éducable ni socialisable, il convient tout de même de le soigner.

+ Il y a donc au travers l’histoire des hommes, différentes façons de concevoir la folie, selon les cultures. Selon les périodes, le fou n’a pas la même place dans le corps social.

→ L’enfant : il convient de l’éduquer ; Le fou : il convient de le soigner.

- L’handicap : état déficitaire, production morbide qui se manifeste par toute une série de symptômes, et donc, à partir de cet aspect négatif, on encourt le risque d’un point de vue clinique, d’être dans une tentative de combler, de compléter ce qui manque. Par exemple le champ des névroses était confondu avec le crétinisme, l’idiotie, ensuite c’est devenu un handicap et enfin c’est la personne en situation de handicap.

 

Cette inquiétante étrangeté vient du fait que justement il y a quelque chose qui apparaît comme étrange qui est à la fois quelque chose de complètement différent mais en même temps quelque chose de familier.

 

La clinique consiste à se pencher là où ça se couche, le « klinos » chez les grecs, ce dont on parle c’est essentiellement du lieu de la souffrance. Importance du lieu corporel, psychique, ce lieu peut être le corps (la maladie somatique), l’esprit (Freud avant de parler du psychisme, parlait d’abord d’une maladie de l’âme). Il nous faut donc partir en quête de la localisation de cette souffrance : la localisation de la souffrance veut dire que toute souffrance n’est pas pathologique, mais qu’il y a une souffrance qui est structurelle à l’humain, il y a chez l’humain, du fait même de vivre jamais, même chez l’autiste le plus sévère, sans lien avec les autres (le lien social, le lien tout court).

Autrement dit, l’existence de chacun, son parcours de vie, son histoire, la vie, c’est se confronter, là aussi quelques soient les cultures, les périodes ou les attitudes, à une souffrance consubstantielle à l’humain. Cette souffrance est liée à notre condition d’humain.

Ex : la mort. C'est-à-dire quelque chose qui nous renvoie à notre propre finitude. Toute société est donc confrontée à la façon dont elle va permettre à ceux qui y vivent d’intégrer, de ritualiser, de vivre avec cette souffrance. Une des qualités des civilisations c’est la qualité avec laquelle on traite les morts.

Le corps est traversé par une force vitale, des poussées de force brute. Cette force ne rentre pas dans les mots, elle est plus grande que les mots. Les hommes ont donc été obligés de mettre en place un certain rapport avec ces pulsions pour se régler de façon à pouvoir vivre avec les autres. C’est ce réglage qui fait qu’on ne peut pas transformer l’humain en objet.

Donc, chez l’humain, il y a deux grands traumatiques :

- Sexuel : ce corps est traversé par une force vitale, brute qui nous pousse elle est plus grande que les mots qu’ils pourraient l’expliquer.

+ Interdit de l’inceste : on va se donner des interdits qui vont permettre qu’on puisse travailler vivre et aimer sans qu’on se détruise mutuellement.

- De la mort : peur de notre propre mort.

 

La clinique ce n’est pas uniquement se pencher sur la souffrance de l’autre mais aussi se pencher sur sa propre souffrance, lorsqu’on a pour projet de travailler dans la relation clinique. On va se pencher à la fois du coté de là où ça souffre, vers autrui, mais aussi un minima là où ça souffre chez chacun, ce qui est « normal », lié à la condition humaine. Choisir la clinique c’est d’abords s’étendre de ce coté là. La clinique psychanalytique, celle qui se travaille à partir de Freud, se situe exactement à cet endroit : elle ne concerne pas que l’autre, elle ne concerne pas que « savoir des choses, définir un diagnostic, etc. », elle concerne aussi le clinicien dans la rencontre d’un autre et parfois en extrême souffrance, dans ce qui va pouvoir nous renvoyer parfois à plus agréable.

Si la clinique c’est le lieu où ça souffre, se pencher sur ce lieu, alors ça veut dire :

- Il nous faut partir en quête de la localisation de ce lieu ;

+ C’est le médecin qui se penche sur le corps de son patient.

- Toute souffrance n’est pas pathologique : elle est structurelle à l’humain.

- L’existence de chacun, son histoire de vie, c’est ce confronter – quelles que soit les cultures, périodes, latitudes – à une souffrance consubstantielle à l’humain.

+ Quelque chose qui nous renvoie à notre propre finitude.

- Dans toutes les sociétés, toutes les cultures, elle est confrontée à la façon dont elle va permettre à ceux qui y vivent d’intégrer, de ritualité, de vivre avec ça.

Comment traite-t-on le vivant, c’est aussi, comment on va mettre de l’ordre pour que ce vivant puisse vivre ?

La clinique psychanalytique, celle qui se travaille à partir de Freud, elle est exactement à cet endroit-là : elle ne concerne pas que l’autre, mais aussi le clinicien dans la rencontre avec cet autre là (rencontre de l’autre en souffrance).

 

La clinique c’est toujours une rencontre qui ne se réalise jamais comme elle a été envisagée, pensée, idéalisée.

Clinique = issue. La rencontre clinique consiste en une posture qui vise à se rapprocher du point de souffrance. Littéralement le « clinique » est ce qui se fait aux pieds du lit du malade.

En clinique, cette posture est un peu particulière : elle consiste à se pencher là où sa souffre chez l’autre, mais aussi là où ça peut souffrir du coté du clinicien. Autrement dit, en psychologie clinique il s’agit de se pencher d’une certaine façon, c'est-à-dire : essayer de tenir quelque chose qui pourrait se dire « je m’intéresse aux points de tension chez l’autre et je garde un œil sur mes propres points de tensions » ou « la façon dont on se penche, on ne va pas s’intéresser uniquement à l’autre, à son trouble, à son symptôme, on ne va pas s’intéresser non plus qu’à soi. Alors on s’intéresse à quoi ? On s’intéresse à la relation, à ce qui se produit et à ce qui ne se produit pas dans la rencontre. ».

 

La souffrance issue de la rencontre n’est pas uniquement pathologique. C'est-à-dire qu’il y a du pathos, il existe chez l’humain une souffrance existentielle, liée à son existence, au fait même de vivre, et qui est donc liée à sa condition humaine. Cela signifie que dès qu’il y a rencontre humaine, il va y avoir mobilisation de cette souffrance.

Le point de souffrance va effectuer des points de réglage. Comment une communauté va définir ce qu’est pour elle un être humain, et la façon dont cet être humain va vivre avec les autres. Quels sont les points de référence à partir desquels il va pouvoir se penser, penser le rapport à lui même, penser son rapport dans le monde, penser son rapport avec les autres.

La conception de l’humain, la conception du corps, la conception des troubles, des souffrances et des symptômes et les conceptions thérapeutiques changent en fonction des communautés. Il est donc intéressant de se pencher sur les techniques et les méthodes. C'est-à-dire ces formes qui sont donnée par la société moderne, contemporaine, rendent compte à la fois de comment se définit l’humain aujourd’hui, à partir de quelle référence fondatrice, qu’est-ce qui est délivré au sujet contemporain dans la culture, et qui permettent à l’humain à la fois de se définir et de définir en quoi réside sa souffrance et la façon qu’il a de la réduire.

Autrement dit, pour nous il est essentiel de se pencher sur les techniques et les méthodes de la clinique parce qu’elles peuvent nous révéler comment est pensé l’humain et quelle est le modèle de référence de cet humain. A la fois ce n’est pas simplement un révélateur, mais par la technique même, par l’outil qui est utilisé, on construit des savoirs, on construit des modèles qui vont servir de modèles de référence thérapeutique.

Ex : l’agitation chez l’enfant est devenue avec le temps le syndrome d’hyperactivité. Ce syndrome est établi par un collège d’experts qui, dans les années ’90, se sont réunis et on essayé de (re)fonder un manuel de classification statistique des maladies mentales (DSM) et auraient ajouté ce syndrome dans ce manuel. A partir d’un outil qui se veut universel, on peut diagnostiquer un trouble et donner

Anecdote : il y a quelques années, le prof est allé travailler dans un collège au Québec. Là bas il a participé à une étude sur la violence dans les collèges. La violence était diagnostiquée en s’appuyant sur des questionnaires avec des QCM. Les questions portaient sur les comportements des sujets à évaluer. A la suite de ces questionnaires, le médecin prescrivait de la ritaline (médicament pour réduire troubles du comportement). Dans ces établissements, il existe des classes appelées TC (trouble du comportement) : tous les enfants perturbateurs qui n’arrivent pas à se tenir dans une classe normale sont placés dans ces classes, et ils sont tous sous ritaline.

 

 

I. Modèles et méthodes.

 

 

Une technique et méthode en psychologie clinique : derrière la technique et la méthode, on a une certaine conception de l’agitation, une certaine conception de la façon dont on va l’inhiber ou la réduire et on a une certaine conception. Les techniques ne sont jamais neutres, elles véhiculent une certaine logique de l’être humain en soi, de sa souffrance.

Autrement dit ce que nous devons saisir c’est que ces techniques et ces méthodes produisent des subjectivités (= c’est ce qui est lié au sujet, s’oppose à l’objectivité (= littéralement, ce qui est jeté dehors : concentré sur l’objet et non sur l’orientation du porteur). Et ce sont ces subjectivités que l’on va tenter de repérer et d’étudier en TD. Il y a donc d’un coté le modèle objectif à partir duquel des techniques et des méthodes vont être inventées, et d’un autre coté il y a un modèle subjectif qui lui aussi va créer des techniques adaptées.


 

1. Modèles :

 

Qu’est-ce que c’est qu’un modèle ?

- C’est une chose ou une personne qui grâce à ces caractéristiques et ses qualités propres peut servir de référence à la reproduction et à l’imitation.

- Autrement-dit, peu importe le domaine, chaque discipline scientifique fonctionne à partir de modèles de référence. C'est-à-dire, il s’agit d’une conception théorique.

- Le modèle est une forme d’idéal pour fonder une pratique, qu’elle soit artistique, clinique, etc.

- Cependant il y a toujours un écart entre cet idéal de référence et la production, l’imitation, la pratique en relation avec ce modèle.

Le paradigme est une représentation du monde. C’est un modèle cohérent.

- La même idée que le modèle, c’est une certaine représentation du monde, un modèle cohérent, une vision cohérente de ce monde, qui repose sur un certain nombre de bases définies (la matrice disciplinaire).

- Si on s’intéresse à la subjectivité :

+ La singularité : la phobie de Hans n’est pas la singularité mais la particularité. La phobie est quelque chose qu’on va retrouver partout, une angoisse sur un objet, mais le véritable objet a été refoulé, il est en proie à une toute puissance maternelle, et il a un père très gentil et donc la phobie du petit Hans est de construire, d’inventer un objet phobique, soit le cheval où il va localiser le mal – la morsure du cheval.

+ La phobie de Hans, soit ce qu’il s’invente comme stratégie, pour localiser son angoisse qui ne vient pas de la morsure du cheval mais du risque à être l’objet de jouissance de la mère.

+ La phobie comme objet de recherche.

+ Toutes civilisations produit une méthode qui lui est propre, une façon qu’a le sujet de se penser, de penser son rapport à lui même, le rapport aux autres, le politique ; le vivre ensemble, et son rapport au monde ; ce qui lui arrive. On parle de subjectivité.

- Dans l’antiquité la façon de concevoir la folie comme quelque chose d’un lien avec la divinité, ou penser la folie comme un délire de type paranoïaque sur un versant mélanco-maniaque ne produit pas la même subjectivité.

- Le point de référence à partir, qui nous sert de modèle justement.

 

Il y a deux modèles : subjectif et objectif. Le modèle donne à la fois la forme, la coupe et la découpe et nous propose un idéal. C'est-à-dire, c’est en référence à ce modèle idéale qu’on va essayer de confectionner un habit.

Il y a toujours un écart entre l’objet idéalisé et l’objet obtenu. Finalement la démarche scientifique tente de cerner quelque chose dans cet intervalle/écart. C’est dans cet écart qu’elle va réfléchir, qu’elle va évaluer l’écart entre une hypothèse et des résultats obtenus, c’est dans cet écart qu’elle va réfléchir à comment elle va interpréter des résultats obtenus qui peuvent donner tout à fait autre chose de ce qui était attendu. Toute méthode clinique se fait donc en fonction d’un modèle du fonctionnement psychique et de compréhension de la souffrance du sujet.

La découpe est le domaine de validité : toute théorie définit un domaine de validité.

On va pratiquer la clinique à partir de certains outils et instruments qui sont à la fois des instruments qui vont permettre de travailler la théorie mais ils sont aussi le produit de cette théorie. C'est-à-dire que l’outil est le fruit d’une théorisation et à la fois c’est aussi la forme par laquelle notre culture, à un moment donné de son histoire, va concevoir par exemple la souffrance liée à la maladie mentale.

Dans le modèle subjectif, le traitement se fait en intériorité.

Dans le modèle objectif, le traitement se fait en extériorité.

Ce point de souffrance va être traitée soit par une certaine conception du symptôme soit à partir d’une autre conception de ce symptôme, c'est-à-dire extérieurement à la chose observée ou intérieurement.

Ex : conception du traumatique chez l’être humain, la névrose traumatique :

- Le trauma apparait dans les premiers ouvrages de Freud sur les études sur l’hystérie. Ce concept a été constamment remanié et a eu des théorisations successives de la part de Freud.

- Comme beaucoup de théories freudiennes, celle sur le traumatisme est issue des entrevues de Freud avec des hystériques. On parla à cette époque d’hystérotraumatisme.

- Une patiente en particulier va permettre l’émergence de la psychanalyse en demandant à Freud de se taire, de laisser tomber l’hypnose et de l’écouter. C’est aussi à partir de là qu’il va inventer le fantasme à partir des événements qui lui sont relatés par les hystériques (soit c’est vrai soit c’est un fantasme).

- Le traumatisme va évoluer de traumatisme hystérique à traumatisme de guerre, qui à l’époque s’appelait névrose de guerre. Cette névrose touche les soldats qui sont au front, mais aussi ceux qui sont à l’arrière. C’est une pathologie qui se met en place dans une situation extrême (la guerre) et le patient souffre d’une certaine rencontre avec l’impensable (c'est-à-dire le risque de sa propre mort). Elle va développer toute une pathologie qui va devenir la névrose traumatique. La terminologie exacte c’est syndrome de répétition avec réminiscence : la personne est envahie par des souvenir, il y a réminiscence diurne ou nocturne (cauchemars à répétition). La personne est envahie par l’angoisse puisqu’au moment du choc traumatique il n’y a pas eu d’angoisse par manque de temps. Freud qualifie le sentiment du moment traumatique comme de la sidération, de l’effroi. Il va être obligé à la suite de revoir toute la doctrine du rêve (qui jusqu'à présent répond au concept de réalisation de désir inconscient), puisqu’on ne comprend pas pourquoi quelque désir inconsciemment répète l’horreur de l’événement traumatique.

Il y a un point important et essentiel à repérer : Freud ne s’est donc jamais intéressé au traumatisme, mais il s’intéresse au trauma : il ne s’intéresse pas à l’évènement traumatique, il s’intéresse à la façon dont cet événement est subjectivé, c'est-à-dire que le point d’intérêt n’est pas sur l’événement mais sur le sujet et sur sa façon singulière de s’approprier, de subjectiver (en fonction de la façon dont chaque individu va s’approprier de l’événement), cet événement. Freud s’intéresse donc au sujet du trauma. Dans le champ de l’expertise on va essayer d’évaluer l’incidence traumatique de tel ou tel événement. La personne pourra en fonction de tel ou tel événement demander réparation parce qu’on aura évalué analytiquement que tel ou tel événement a eu une ampleur traumatique conséquente. Ce n’est donc plus la façon dont le sujet vit ce qui lui arrive qui est traité, mais c’est la façon dont on peut évaluer l’événement dans sa dimension traumatique.

Ex : traitement des soldats de retour d’Irak. Ils sont placés face à un écran sur lequel leur sont présentés des situations différentes dans lesquelles il revit les soldats. Au dernier stade du logiciel, la reproduction est aussi olfactive et sonore. Ce travail est une conception en extériorité : c’est un traitement proposé à tous les autres, c’est différent que de faire raconter au sujet le traumatisme. Le travail se fait autour du trauma, c’est un traitement en intériorité contrairement au logiciel qui est un traitement en extériorité.

 

Le traumatisme est la pathologie vécue par tout le monde alors que le trauma est la façon différente de chaque individu de vivre la pathologie.

Dans ce modèle là, ce qui intéresse le clinicien c’est le traumatisme. Ce qui va intéresser les différentes approches de la psychologique c’est de prendre l’objet traumatique comme un objet de savoir et de connaissance. Il faudra développer des connaissances à priori de la rencontre avec un traumatisé et essayer d’avoir une théorie.

Freud est intéressé par le trauma et non par le traumatisme, c'est-à-dire la façon originale singulière, spécifique à une seule personne. L’objet clinique n’est plus le trauma, mais la pathologie du patient et les symptômes qui en sont issus. Ce n’est plus quelque chose qui doit être validé cliniquement, ce qui intéresse Freud c’est la théorie intime qui est créée par chacun d’entre nous sur les causes des souffrances. C’est la théorie de l’inconscient : on sait qu’on souffre mais on ne sait pas pourquoi puisque ça a été refoulé.

 

Le clinicien exerce en fonction de certains concepts, de certaines théories.

Il faut distinguer :

- Un individu : notion retrouvée dans le juridique. Renvoi au groupe, littéralement c’est celui qui ne se divise pas. Ca renvoi à une espèce de cohérence unitaire. L’individu est indivisible.

- Un sujet : exactement l’inverse de l’individu. « sub » = dessous : le sujet est celui qui est mis en dessous, c’est le soumis.

- Une personne : étiologiquement « persona », c’est le masque utilisé dans l’antiquité par les acteurs grecs. La personne renvoie à notre masque social, c'est-à-dire à tous les identifiants sociaux-culturels qui nous façonnent.

La personne handicapée, avant d’être nommée de cette façon, était nommée de la façon suivante : crétinisme, idiotie et imbécilité. Avant de devenir des insultes en cas de dispute, ces termes faisaient partie de la nosographie de l’époque en fonction que le handicap était acquis ou inné et faisaient fonction de classification.

Ex : cas de Victor.

Le sujet est celui qui est dessous. La question qui se pose c’est à quoi le sujet est-il soumis ?

- Dans un premier temps, le sujet de la psychanalyse est soumis à l’Autre (renvoie à la référence d’altérité, à un lieu. Il peut s’agit de Dieu dans la religion, etc.). Fait référence à des lieux et non à des personnes : à des instances tierces qui représentent une altérité radicale, absolue, à laquelle le sujet est soumis. En psychanalyse on pourrait dire que c’est Autre c’est l’autre du langage. Autrement dit, le sujet se construit à partir d’éléments langagiers qui sont intérieurs à lui et dont il va hériter, qui vont lui être transmis, par la culture, par le code linguistique, par le système symbolique. Lacan disait : « l’ordre symbolique c’est le langage ». Il y a des structures langagières qui sont différentes, mais pas forcément de signifiant pour traduire de façon juste. Cela va déterminer la construction du sujet. Le sujet de la psychanalyse nait dans le désir de l’Autre : dans le désir des parents, du fantasme.

-  Comment ce désir va s’incarner dans la chaire ? Le sujet va être révélé par le nom. Le nom a une signification symbolique : il nous offre une place dans le monde. Il s’agit d’un idéal imaginaire que l’Autre parental a eu et qui est nécessaire. Il reflète déjà ce désir parental. C'est-à-dire qu’il est référé, quelque soit la nomination qui aura été choisi et que nous portons, à ce désir, cette idéalisation là. La fonction du prénom est d’être un élément distinctif à l’intérieur du nom patronymique qui permet d’éviter la confusion incestueuse : qui permet d’éviter que l’enfant se confonde à ses parents et inversement. Le sujet n’a qu’une existence symbolique, il n’est que représenté dans le langage. Il n’a pas de véritable substance, matérialité, il existe en tant qu’être de représentation. Cela signifie qu’on peut évoquer n’importe quelle personne pour la faire exister symboliquement alors que physiquement elle n’existe plus. Le sujet dont on parle, nait dans le désir de l’autre, bien avant sa naissance biologique et ne meurt pas avec la mort biologique. Par définition le sujet n’existe qu’en tant qu’il est référé à cet Autre. Nous devons toujours passer par l’autre pour découvrir ce que nous sommes. Cela nous donne d’amblée une orientation sur ce que peut être une pratique clinique.

Lorsque Dolto, parlait au bébé in utéro, ou quelque temps après leur naissance biologique, elle parlait à l’endroit de cet enfant pour faire advenir le sujet. Elle savait que ça allait avoir des effets thérapeutiques sur la mère qui entendait au passage et sur l’enfant. Cela donne donc une idée de la finalité de la clinique à ce moment là.

 

La clinique va éradiquer le symptôme. On n’est pas sur une norme, mais bien sur un travail, sur comment le sujet peut se réapproprier son histoire, son symptôme et son lien à l’autre : c’est ça la psychanalytique.

Le sujet se réapproprie sa dimension de sujet, Ma responsabilité de sujet, je ne suis pas responsable de ce qu’on m’a transmis, mais je suis responsable de ce que j’en fais.

Si je me réfère au DSM IV, le symptôme est une production d’envie, le sujet est affecté et va le manifester sous troubles de conduites et comportements.

La psychanalyse pose les choses différemment, il y a une vraie rupture avec Freud, sur la dimension du symptôme puisque le symptôme a une utilité pour le sujet, il n’est pas simplement une production morbide, il est ce que chacun bricole pour faire tenir un rapport à l’autre.

Quelque soit la qualité de transmission, de toute façon il y a toujours un reste ou un manque, tout ce que l’autre lui fournit ne lui suffira pas pour se définir. Ce qu’il y a d’important, il y a une fonction du symptôme, le sujet se sert de cette invention pour que les choses soient tenables. L’idée de la psychanalyse c’est qu’on se laisse enseigner par le symptôme.

Le symptôme est le plus souvent le délire (ex : le cas du président Schreiber), Freud dit pour la première fois ce que nous prenons pour une simple production morbide est une tentative de guérison, c’est à dire qu’à la place de rien survient le symptôme délirant.

Le sujet du symptôme n’est pas celui dont on a parlé dans le film l’enfance sous contrôle. Le sujet de l’inconscient, est un sujet qui est un processus continu d’avènement et émergence du sujet, il est reconduit dans la rencontre clinique. Il émerge dans la rencontre. La rencontre psychanalytique de Couchard.

 

Le sujet de l’inconscient est une énigme, et le but du travail psychanalytique n’est pas de totalement de résoudre l’énigme mais de résoudre ce qu’on essaie d’éradiquer, la part de souffrance liée aux symptômes.

Sinthome : très vieux français, l’ancienne terminologie de symptôme, le sinthome est le symptôme avec la souffrance en moins.

Le sujet sur lequel nous avons travaillé n’est pas le sujet de l’expérimentation, n’est pas non plus le sujet de la science. Le sujet de la science est plus proche de l’objet de la science, la science se constitue justement par un rejet ou une évaluation par ce sujet de l’inconscient. Elle neutralise cette dimension du sujet de l’inconscient pour pouvoir se fonder en tant qu’objectivité scientifique. En effet, il va falloir obtenir les mêmes résultats en répétant la même méthode ; quelque soit le sujet je vais obtenir le même résultat.

Modèle objectivité scientifique et le modèle subjectivé scientifique.

L’objet :

- L’objet est donc ce qui est posé devant soi, c’est ce que l’on vise, ce que l’on chercher à atteindre.

- La difficulté est dans les sciences humaines, comment traiter comme objet des phénomènes humains ? Car la finalité est sur le modèle de la science, et en particulier sur les sciences dures, est l’objectivité et l’objectivation.

 

2. Les méthodes :

 

Ce différentiel pointe l’atteinte au sacré et à la conception de l’humain, à la médecine ou à la science médicale et à la philosophie : c'est-à-dire les trois lieux de naissance qui en les associant vont donner lieu à la psychologie entant que pratique scientifique.

On en déduit trois grandes méthodes : comparatives, expérimentale et clinique.

 

Mais avant tout quelques mots sur la méthode.

- Le « methodos ».

- Littéralement c’est ce qui ouvre, montre le chemin.

- Autrement dit la méthode est le chemin qu’on emprunte pour atteindre un objet de recherche ou pour exercer une pratique clinique. C’est à la fois la recherche d’une voie et à la fois la poursuite ou l’insistance dans l’emprunt de cette voie.

- C’est donc une manière de conduire sa pensée, de faire ou de dire quelque chose suivant certains principes, suivant certains critères, et dans un certain ordre, logique.

- Autrement dit, la méthode est étroitement liée dans la production, dans les résultats d’une recherche, c'est-à-dire que la méthode nous donne, nous enseigne quelque chose de la théorie à laquelle elle s’articule. La méthode ne nous donne pas un résultat valide dans l’absolu mais elle donne un résultat qu’il faudra de toute façon interpréter à partir et en fonction (de façon extrêmement dépendante) de la méthode avec laquelle on a abordé le sujet.

- On pourrait même dire que le résultat obtenu est le fruit de la méthode.

- La méthode, suite d’opérations ou de procédés que l’on va appliquer de façon homogène, se réalise toujours en vue d’obtenir des résultats déterminés. Effectivement, suivant la méthode utilisée, on ne peut pas parler du même sujet.

 

La méthode comparative :

- Il s’agit, comme son nom l’indique, de comparer diverses populations ou divers groupes. Pour les comparer il faudra donc créer des groupes qui seront composés, qui vont relever ou qui vont adopter, divers critères homogènes et similaires. C'est-à-dire, pour travailler à partir de la méthode comparative, il faudra déterminer des classes d’individus homogènes.

- Ce que l’on va travailler à partir de cette méthode c’est la dimension de la particularité. On va comparer un groupe témoin qui va être une sorte de référence, ce à quoi je vais me référer, dans la comparaison que je vais vouloir faire avec une autre classe, un autre groupe d’individus, qui possède une particularité que j’aurai évidemment isolée pour les besoins de l’étude comparative.

- Il s’agit d’un modèle qui se rapproche d’un modèle objectif et qui se compose d’un certain nombre de présupposé psychologique.

+ Le premier, le plus important, est la constitution d’une classe d’individus homogènes. Les biais, les critiques, méthodologiques porteront essentiellement sur ce premier point : a-t-on bien procédé à cette constitution d’une classe d’individus homogènes ? C’est la méthode utilisée lorsqu’on évalue le produit actif d’une molécule médicamenteuse. On travaille la dimension de la particularité, c'est-à-dire je vais comparer un groupe témoin qui va être notre référence, et un groupe qui possède une particularité que j’aurais évidemment isolée pour les besoins de l’étude comparative.

+ Le second présupposé est qu’on exclut la subjectivité. C'est-à-dire qu’il s’agit d’une méthode qui essaye, en tout cas dans le domaine de validité lorsqu’on travaille sur tel ou tel trouble, maladie, d’exclure d’emblée le lien à l’expérimentateur, ça exclue le lien au clinicien.

+ Troisième point : il n’existe pas de résultat pur. Ils appartiennent toujours à une théorie ou à une méthode. Une certaine conception du fonctionnement ou du dysfonctionnement de l’humain, et/ou de la chose étudiée. Cela a été observé dans la vidéo au moment où il est fait référence à un questionnaire mis en place par deux chercheurs belges pour évaluer l’agressivité chez l’enfant lorsqu’il est confronté à une situation de frustration. Autrement dit le système de cotation, d’évaluation, en gros, tout ce qui est articulé à la méthode va nous offrir un résultat dont il s’agira de savoir méthodologiquement s’il est d’une part fiable et valide. On obtient la notion de fidélité (qui correspond à la reproductibilité des résultats obtenus) et la validité (exactitude des résultats, de la mesure).

+ Il n’en reste pas moins qu’il faudra interpréter les résultats, que dans la constitution de cette classe d’individus homogènes, la subjectivité du chercheur ou du clinicien est engagée, ainsi que la conception de l’humain qu’est la sienne, à travers la théorie à laquelle il adhère.

 

La méthode expérimentale :

- La méthode expérimentale est en écho avec la méthode comparative.

- Elle cherche à isoler des phénomènes psychophysiques, psychologiques.

- L’idée c’est de les évaluer le plus objectivement possible.

- Ca se passe en laboratoire. On va essayer d’isoler le plus possible le phénomène, et pour cela on va créer une sorte d’environnement artificiel (le laboratoire) dans lequel on va essayer de se pencher sur la répétition de ce phénomène.

- D’une part on a la permanence des conditions de l’expérience ou de composition des groupes et d’autre part, on a la répétition du phénomène observé. C'est-à-dire si on garde les mêmes paramètres d’expérimentation, on doit aboutir aux mêmes résultats.

 

Ces deux méthodes se démarquent de la méthode clinique sur un certain nombre de points, mais notamment sur le fait qu’avec la méthode clinique on va se déplacer de la particularité à la singularité.

 

La méthode clinique :

- Elle va aller chercher la singularité du sujet ou du groupe.

- Il y a une différence entre singularité et particularité.

- Le singulier de la rencontre est ce qui va se jouer de manière originale et unique, et donc singulière, dans la rencontre avec tel ou tel psychologue. La relation ne s’ouvre pas de la même façon en fonction du praticien rencontré. La demande du sujet ne s’énonce pas de la même façon, d’abord parce qu’il aura choisi en amont à s’adresser à un certain type/genre de psychologue. Ce qui sera produit de cette rencontre est tout à fait singulier, on n’est pas sur le même modèle : c'est-à-dire l’administration de l’emprunt ne se fait pas par la répétition de phénomène a partir de paramètres invariants.

- La singularité est aussi du coté du sujet lui-même, puisque, comme a été montré au travers du cas de la phobie de Hans, ce sur quoi on va se centrer, ce n’est pas sur le symptôme (la phobie) mais sur le symptôme du patient (la phobie de Hans). Dans le cas de Hans on s’interrogerait sur comment le symptôme phobique arrive à un moment donné de l’histoire du patient, quelle est la fonction du symptôme. La singularité est replacée du coté d’un savoir non pas comparatif ou expérimental, mais d’un savoir inconscient, c'est-à-dire méconnu du sujet lui-même quant à la cause et à la fonction. Le sujet souffre mais la cause de cette souffrance lui est énigmatique.

- On présuppose qu’il y a un savoir qui se construit dans la rencontre et ce n’est pas un savoir qui est présupposé, déjà là, avant que ce réalise cette rencontre.

- Autrement dit c’est la singularité des manifestations du sujet, la perpétuelle et incessante analyse de ce qui se voue dans la relation, que le phénomène apparait, en situation de rencontre, en situation de face à face.

- Elle nécessite un tas de reprises après coup et un tas d’analyses. Notamment de l’implication du clinicien dans sa rencontre.

- La méthode clinique n’est pas une simple application d’une méthode, mais une implication d’une méthode. Le clinicien est impliqué dans la rencontre et dans ce qui s’y joue. C’est le modèle de la subjectivité : on est à l’opposé de la démarche expérimentale et du modèle de l’objectivité scientifique, et on réinjecte de façon essentielle cet aspect de singularité.

- « Pathei mathos » : littéralement signifie « le savoir dans la rencontre, dans l’expérience ». C’est la tradition tragique du psychopathologique. On parle d’une rencontre clinique qui n’est pas harmonieuse. On parle d’une rencontre humaine qui à a voir avec la dimension du tragique de la condition humaine. La méthode qui est articulée à cette théorie (et vice-versa) conçoit la souffrance de l’humain non pas comme un trouble du comportement, non pas comme une dysharmonie, un dysfonctionnement, mais elle la conçoit du coté de ce qui fait l’humain, c'est-à-dire des passions de l’être.

- Le sujet dans la vision psychanalytique, qui inclut le domaine tragique, est divisé. La division du sujet signifie qu’il y a quelque chose d’un savoir qui fait que le moi n’est pas maitre dans sa demeure : le sujet n’est pas pleinement conscient, il n’est pas totalement maitre et tout puissant, il dispose également d’un savoir inconscient à partir duquel il devra composer et qui va le diviser entre des aspirations conscientes et ce qu’on appelle le désir inconscient. Effectivement ces deux choses là ne se regroupent pas. Il faudra essayer de travailler avec le patient en tournant, en tant que clinicien, autour de ce savoir là, parce que ce savoir là n’a pas la même qualité suivant comment son rapport est défini selon le type de pathologie dont le patient est atteint :

+ Névrose : savoir inconscient refoulé, mis en dessous. Si on lève le refoulement, le savoir est à disposition du sujet.

+ Psychose : ce savoir n’est pas à la disposition du sujet puisqu’il a été forclos. La forclusion est un terme juridique et d’assurance avant d’être : exercice d’un droit que s’il n’est pas exercé au moment propice, on perd le droit de l’exercer. D’un point de vue psychologique ce savoir n’est pas à disposition du sujet puisqu’au moment où des choses auraient pu être refoulées, elles ne l’on pas été, et donc ce savoir est forclos. Le psychotique devra inventer quelque chose pour maintenir le symptôme.

+ Pervers : savoir « on sait bien que, mais quand même », dans la perversion le savoir c’est d’essayer de faire tenir ensemble deux savoir incompatibles.

- La division du sujet est du coté de l’inconscient et du conscient, du désir inconscient et de la jouissance, du coté des mots et des choses. C'est-à-dire que la division du sujet est liée au fait que l’homme est un animal parlant. Autrement dit, comme nous l’avons travaillé par rapport au sujet qui n’a qu’une existence symbolique, à partir du moment où l’on nomme la chose, on ne peut plus s’approprier ou intégrer le signifiant dans la représentation. Ex : lorsque l’enfant dit « maman », en nommant la chose maternelle dont il était parti, il ne faisait qu’un avec elle, il instaure d’emblée une distance, il perd la mère comme objet de jouissance et retrouve son substitue dans la représentation et dans la nomination symbolique. Il y a une distance entre le mot et la chose représentée.

- A partir de la critique psychanalytique et de Freud, cette division subjective concerne à la fois le sujet et aussi le sujet dans la rencontre. C'est-à-dire, aucun autre que nous allons rencontrer, aucun psychologue, aussi bon soit-il, ne pourra gommer (d’ailleurs ce n’est pas son rôle) cette division subjective. Et tous les autres, ne pourrons que partiellement nous aider à nous réapproprier, mais jamais totalement et à 100%, cette division subjective.

 

 

II. Psychologie.

 

 

Georges Canguilhem : Qu'est-ce que la psychologie?

Pour répondre à cette question il propose d’analyser la psychologie en termes de projet. Ce n’est plus simplement une question de méthode ou d’objet, ni une question d’obstacle à résoudre et compréhension du réel à surmonter, c’est que de toute façon le choix de cet objet clinique, de recherche, de la méthode, de la référence théorique qui nous permet d’accéder à ce réel et de l’interpréter.

Autrement dit, le choix d’un objet et d’une méthode ne peut jamais s’auto-justifier. C’est déjà le résultat d’une certaine orientation du psychologue et d’une certaine intention. Il y a déjà un projet derrière et on peut dire que toutes les branches de la psychologie (et en particulier la clinique) on peut les déboucher en autant de projets sur la souffrance de l’homme.

 

1. Les projets :

 

Le premier projet : psychologie comme science naturelle.

- Il s’agit de ramener les processus psychologiques à des processus physiologiques. Il est possible dans cette logique d’explorer avec les méthodes de la science, et parfois des sciences dures, le fonctionnement de l’esprit et que ce fonctionnement de l’esprit il peut se dérailler, se découper, se catégoriser en termes de propriétés, de structures, de processus du cerveau.

- Psychologie = physiologie = cerveau.

- La maladie mentale serait donc une maladie du cerveau.

 

Second projet : la psychologie comme science du comportement.

- On est dans l’après guerre, on se réfère à la science du comportement : le béhaviorisme avec Watson, et le projet est de contrôler le comportement et induire des comportements sous l’effet des renforcements positifs et négatifs.

- Expérience avec Pavlov : on vise l’obtention de comportements automatiques.

 

Troisième projet : la psychologie comme science du rapport sujet-monde.

- Ca s’origine au 17ème siècle où on s’intéressait beaucoup aux effets de trompe l’œil et au caractère illusoire et trompeur (fausses perceptions).

- La psychologie c’est donc ce qui s’intéresse au projet de détromper l’esprit. C’est ce projet là qu’on va retrouver du coté du cognitivisme et des erreurs cognitives qu’on peut faire.

 

Quatrième projet : la psychologie comme construction de la réalité.

- Le présupposé essentiel de ce projet est que la réalité n’est pas donnée.

- On est chez un sujet passif qui perçoit et qui peut percevoir naïvement du coté du leurre et de la tromperie un certain nombre de perceptions ou de sensations qu’il faudra corriger.

- Elle est le résultat d’opérations spécifiques de constructions, qui sont soit cognitives (Piaget) soit symboliques (Freud).

+ Chez Piaget, avec la construction des stades on est du coté d’une psychologie développemental scientifique, basé sur un développement génétique, mais ça reste une forme de constructivisme même si on reste sur le plan de la psychologie cognitive.

+ C’est le sujet qui construit sa théorie intime, appelée fantasme en psychanalyse. C'est-à-dire, chez Freud, on est aussi dans ce constructivisme qui n’est pas tant du coté d’une sorte de route tracée qui serait génétique. La capacité symbolique du sujet en termes de représentation, en termes d’activité, à symboliser le réel, c'est-à-dire, à donner du sens au monde. Freud est totalement dans le projet dans lequel le sujet construit sa propre réalité, qui est subjective.

 

Premièrement : les 4 projets donnent lieu à 3 différentes représentations du sujet :

- Les théories S-R donnent l’image d’un sujet passif en tant que répondant à des stimuli.

- Le cognitivisme, en particulier, souligne l’activité du sujet dans l’élaboration des informations et dans la solution des problèmes.

- Le constructivisme propose une représentation du sujet autonome qui construit soi-même et le monde.

→ Ces différentes manières de représenter le sujet sont très significatives pour qualifier la clinique : on n’est pas seulement en contact direct avec le sujet, mais aussi avec la représentation que chaque théorie édicte sur ce qu’est un sujet. Ces trois lignes fortes des représentations du sujet sont pour nous importante car elles correspondent à trois formes de construction clinique.

Deuxièmement : on peut identifier 3 formes de construction de la connaissance clinique :

- Le sujet même constitue un obstacle pour rejoindre l’objet à connaître (faut éviter le sujet).

- La collaboration du sujet est fondamentale pour obtenir des informations qui augmenteront les connaissances du chercheur.

- L’objet de la connaissance se place entre chercheur et sujet : la compréhension de ce qui se passe dans la relation (la relation, la compréhension, la manifestation) est le produit de la recherche. C’est effectivement la psychologie clinique d’inspiration psychanalytique qui va prendre support sur ce projet, on ne se centre pas sur soi, on n’essaie pas non plus de construire un savoir sur le patient, mais on va se centrer sur ce qu’il y a d’original et de singulier dans cette relation : à quelle place le clinicien est mis par le patient ? Quelle est la part dans la construction du sujet ? Le clinicien va être sensible dans la demande d’originalité du patient.

→ Les différents projets de psychologie, les représentations du sujet, les formes de production de la connaissance, donnent les coordonnées qui situent et distinguent les psychologies cliniques qui, toutes appartiennent l’légitimement, et non sans conflits, à l’univers de la psychologie générale.

 

Ces modes d’interventions cliniques tout à fait différentes on pourrait les définir selon trois formes essentielles : elles empruntent un modèle médicale, un modèle psychologie ou un modèle hygiéniste.

- Le modèle médical :

+ Le patient peut avoir conscience d’un problème mais l’énonciation du problème appartient au médecin, le savoir est du côté du médecin.

+ Dans ce modèle là, la relation au patient n’a pas grande valeur du point de vue thérapeutique, les processus de connaissance et les processus d’intervention n’impliquent pas la relation en tant que telle : sur la troisième ligne.

- Le modèle psychologie :

+ Il y a une certaine conscience d’un problème dont il va se plaindre, même si la conscience de ce problème peut être assez confuse, et que la cause peut être attribuée à l’extérieur de soi, la relation est le lieu de la connaissance et l’instrument de l’intervention.

+ Comment le sujet va se mettre en relation ?

+ Ce qui se joue dans la relation va être le lieu et l’objet de la connaissance et de l’intervention.

- Le modèle hygiéniste : aucune conscience du problème chez le sujet, les besoins sont relevés par un technicien, la responsabilité du sujet appartient à l’hygiéniste, et bien évidemment la relation n’est absolument pas prise en compte.

 

2. Les sources :

 

La psychologie clinique est une science humaine relativement récente.

Elle est le fruit d’un certain nombre de choses et elle a deux sources :

- Elle trouve ses racines dans le sacré et la philosophie. La psychologie clinique et la psychopathologie c’est d’abord une certaine conception de l’humain, de la façon dont cet humain s’est pensé dans le monde. Cela correspond à la notion de sacré qui va se constituer d’abord comme la première origine : comme l’archaïque (vient du grec et signifie le commencement) de la psychologie. Dans cet aspect sacré, on incluse la philosophie : comment chez les anciens on concevait le corps, l’âme, l’humain dans un certain rapport aux divinités, puis à la divinité chez les monothéistes. Tout cela correspond à l’archaïsme de la psychologie clinique.

- Elle a aussi une autre source : du coté de la médecine. Du coté du sacré, la psychologie a une notion de sens, la question du pourquoi, du sacré de la philosophie. Du coté de la médecine, on pourrait dire qu’on commence avec les diverses ruptures qui ont eu lieu de l’antiquité à nos jours dans ce champs là, on commence à se décaler donc de la question du sens, parce que au départ c’est la même. Petit à petit va se constituer la médecine de façon autonome et elle va s’éloigner de plus en plus à cette dimension du sacré et de la philosophie pour aboutir aujourd’hui à une médecine qui est hyper-technologisée et qui a donc gagné en puissance d’efficacité technique/technologique ce qu’elle a pu perdre de cette question initiale du sens.

De la médecine, la psychologie va hériter d’une méthode et d’un objectif.

- La méthode c’est la méthode clinique : la médecine s’intéresse d’abord à là où ça souffre, c'est-à-dire toujours le corps. Cependant la conception de ce corps n’est pas du tout la même au fil du temps, ne serait-ce que dans cette dichotomie âme/corps, qui n’existait pas avant. La dualité corps-esprit, corps comme matière, substance organique et esprit comme âme ou psyché immatérielle, n’existait pas avant. Pour arriver à une psychologie, il a fallu quelques siècles. C'est-à-dire au moment où l’individu interprète ce qu’il lui arrive, et en particulier la souffrance qui est la sienne, la douleur qui est la sienne ou bien la douleur somatique, comme quelque chose dont il est à la fois la cause et l’effet. C'est-à-dire, pour arriver à ce que Castel appelle l’intégration de la contrainte psychique, à une psychologie individuelle qui est la notre aujourd’hui : en quoi le trouble qui m’affecte, la souffrance qui est mienne est due à une atteinte d’organe, un disfonctionnement de mon corps ou bien à une mauvaise adaptation. Jusque là, tout ce qui arrive au sujet, il le pense comme au lien au grand Autre (divinité). Jusque là, la dichotomie du corps et de l’esprit n’a pas lieu d’être puisque le sujet interprète ce qu’il lui arrive du coté d’une punition divine, d’une mise à l’épreuve du divin. Autrement-dit, l’interprétation autoréférencée à partir d’une psychologie de l’individu, jusqu’au 17ème siècle, ne s’est pas réellement avérée. Aujourd’hui on en arrive à un point ultime de cette psychologie individuelle.

- L’objectif est celui de diagnostiquer et de soigner, voire de guérir.

Plus récemment, la psychologie clinique va hériter de la psychanalyse une conception du fonctionnement psychique, dont le maitre mot est celui du conflit.

 

Le grand scandale de Freud, à bien y réfléchir, peut être qu’il se situe justement à cet endroit là. C'est-à-dire que s’il vient après Galilée et après l’héliocentrisme, qui correspond à la première grande castration sur l’humanité comme point de référence de l’humain. Darwin, avec sa théorie de l’évolution va en amener une seconde, c'est-à-dire que notre filiation au divin, puisque l’homme est jusque là créé à l’image de dieu, devient l’inconsciente. La découverte de Darwin correspond à la deuxième grande castration de l’humanité. La théorie de l’évolution est une brisure au divin, à partir de laquelle l’homme se reconnaitrait par rapport à l’humain. La troisième grande castration est apportée par Freud, qui est une sorte de territoire en intériorité de l’humain, qui reste une terre inconnue et qu’il a appelé l’inconscient. Autrement-dit, la conquête de l’humain dans sa présence dans l’univers trouve une sorte de scrupule (du romain « scrupulus » = caillou dans la chaussure qui fait mal quand on marche). Freud amène avec la notion de l’inconscient qui est une sorte de nouveau territoire à conquérir qui va fonctionner comme une sorte de point de castration, de mythe puisque tout de ce territoire là, par définition et du fait qu’il est inconscient, d’une part n’est pas directement accessible et d’autre part une partie de ce territoire restera à jamais inaccessible (appelée par Freud le refoulé originaire : on peut avoir accès au refoulé secondaire mais pas au refoulé originaire). Autrement dit, la grande révolution de Freud est d’avoir exhumé ce territoire de l’inconscient, puisque dans le montage de Freud, que ce soit sur la première topique ou sur la seconde, nous sommes divisés à l’interne de nous-mêmes et il s’agit d’un équilibre des forces et qui sont perpétuellement en conflit entre la Ca, le Moi et le Surmoi, entre le Conscient, le Préconscient et l’Inconscient.

Deux dimensions :

- Dimension du conflit, à l’œuvre chez Freud et chez Lacan sous le nom de division du sujet. Le point à saisir chez ces deux auteurs, c’est que ce conflit c’est aussi ce qui va se traduire en symptôme. En tout cas, ce conflit qui est à l’œuvre dans l’humain et qui est le grand scandale de Freud, c'est-à-dire : l’humain ne peut pas se totaliser en pensée ou par la parole. C’est ça l’idée du conflit : le sujet est divisé, il ne peut pas faire un parfaitement avec lui-même, lui-même ne peut pas se rejoindre. L’humain ne pourra avoir accès que partiellement à ce qu’il fait/est et il lui manquera toujours quelque chose, ceci est le moteur du désir puisqu’on pourra investir à partir du fait que nous sommes des êtres manquants (structurellement et définitivement manquants). C’est ce qui alimente le désir et nous pourrons investir des objets du monde. Ce conflit qui fait que « Je » ne peut pas me rejoindre. Voilà l’idée du conflit en psychanalyse. Par rapport aux autres courants de la psychologie, la psychanalyse est la seule à fonder sa pratique comme sa théorie sur ce point là.

- Dimension du réel. Le réel, n’est pas la réalité. La réalité est l’articulation entre le réel imaginaire et le réel symbolique. Le réel est ce qui ne rentre pas dans la représentation, c’est ce qui ne rentre pas dans la parole. Le réel n’est pas le monde, le monde pour l’humain n’existe que représenté. Le réel est ce qui est hors sens. Autrement dit, c’est cette notion complexe du réel qui est le fondement de la psychanalyse. La mort, par exemple, est définitivement hors sens, la question de la mort c’est la question de la croyance, il n’y a pas de connaissances sur la mort, personne n’est jamais revenu d’entre le morts pour nous dire ce qu’il y a au delà. L’humain est un point de réel, c'est-à-dire un point de hors sens qu’il ne pourra pas atteindre, il va le traduire en symbolique, en représentations, etc. Le discours de la science est totalement opposé : ce point de réel on peut le combler lorsque nous aurons les technologies et les puissances nécessaires. Le réel est ce qui échappe à la représentation, mais il a aussi un coté imprévisible et non prédictible. Au final le réel est la tuile qui va nous tomber dessus sans qu’on puisse le prédire, et pour lequel il y aura un avant et un après à partir desquels tout changera puisqu’il nous faudra composer avec ça. Cela donne une certaine conception de la rencontre clinique, de la souffrance de l’humain qui est tout à fait originale.

 

Voila le grand scandale freudien : finalement la psychanalyse s’appuie sur l’impensé des autres sciences et des autres sciences humaines. Là où la psychologie va essayer de comprendre, la psychanalyse va s’appuyer sur autre chose : sur le fait que le sujet est un être de conflit, ce qui fait la particularité de l’humain c’est la façon dont chacun va lier le réel à l’imaginaire et le symbolique. C'est-à-dire en fonction du parcours de chacun, de là où il nait, etc. De toute façon, quelque soit l’époque, l’humain sera confronté à ce réel, à ce que Freud appelle la pulsion (qui appartient au domaine du réel). La pulsion va se traduire en image, en représentation, mais la pulsion en tant que telle est inaccessible. Ce réel est consubstantiel à l’humain, il n’est pas de l’ordre du pathologique.

Si « Je » ne me rejoins pas, je retrouve cette même division dans la rencontre de l’autre. C'est-à-dire je n’accède jamais totalement à l’autre, je ne possède pas totalement le corps de l’autre, « Je » ne suis pas l’autre. Donc cet écart entre « Je » et Moi se retrouve entre le Moi et l’autre. Ca rate à se rejoindre, et heureusement puisqu’il s’agit de la définition de l’amour pour la psychanalyse.

 

3. Liens avec la thérapie :

 

Epidaure, était à son époque le centre thérapeutique (il mêle la dimension du sacré, médicale, philosophique et religieuse) le plus réputé de la Grèce antique, dans la mesure où il s’y rendait le culte d’Asclépios (roi de Thessalie, fils d’Apollon, dont on disait qu’il avait l’art de guérir les malades et de ressusciter les morts).

- Pour la petite histoire, Asclépios avait reçu ces pouvoirs divins de son père, Apollon.

- Voilà le parcours des malades :

+ Ils prenaient des bains composés d'onguents, huiles essentielles, etc. Ils y étaient plongés en guise de purification. Ca ressemble aux cures thermales actuelles sauf que là on ne peut pas dissocier la dimension du sacré, le culte qui était voué à la divinité qui s’y accomplissait au départ à partir de cette dichotomie entre le corps et l’esprit. On est sur une sorte de conception holistique de l’humain.

+ Divers massages à visée purificatrice.

+ Surtout en phase finale de ce parcours, ou traitement, on trouve la partie la plus importante : après avoir bénéficié de cette purification, on propose au patient de dormir dans de grands dortoirs collectifs. Ce n’est pas un sommeil de repos, on demande, on incite le patient à rêver. La phase finale de cette purification c’est le rêve en tant que rêve et le contact avec l’inconscient. Le monde du rêve est celui de ce point de jonction entre l’homme et l’univers qui le dépasse, duquel il a d’une certaine façon accès pendant ce moment de rêverie.

+ Par la suite, le patient va raconter son rêve à un oracle qui va l’interpréter. Interpréter ne consiste pas à délivrer un savoir qui serait inconnu au rêveur. L’interprétation de l’oracle est assez énigmatique, incompréhensible, puisqu’on pourrait dire que ce monde là est un monde qui échappe à l’humain. En lui délivrant cette interprétation, l’oracle ne va pas lui livrer un sens du rêve, mais il va lui proposer une sorte de relance. Cette interprétation est considérée comme étant inspirée par les divinités. Là aussi ce sera repris d’une certaine façon lors de la conception de l’interprétation en psychanalyse.

+ Autrement dit, la partie essentielle de l’interprétation des rêves par l’oracle, par le médecin, c’est qu’il s’agit bien de paroles des dieux qui mettent en relation, par le biais du rêve, le patient avec les êtres surhumains. C’est ce qui apporte des révélations et des informations sur sa maladie. Mais il ne s’agit pas d’une maladie référencée comme tel, d’un point de vue médical et clinique, mais que la guérison du patient c’est permettre au sujet de se remettre en contact avec, par le biais du rêve, ce point qui le dépasse, les divinités et les messages qui pourraient être interprétés. Il est intéressant de savoir comment le sujet pense l’origine et la cause de sa souffrance.

- Tout cela est de l’ordre du symbolique, c’est ce qui va mettre en ordre le monde des humains. L’ordre du symbolique, ce qui permet à l’humain de se penser dans l’univers dans lequel il vit, est fondé sur la religion et sur son rapport au sacré. Le sujet pense ce qui lui arrive et il pense le mal de ce qu’il lui arrive en fonction de ce lien aux divinités. Ceci est le premier sens du mot thérapie.

 

Dans le mot thérapie, il y a la présence du Dieu (Théos). Aujourd’hui la thérapie à un sens curatif, mais dans l’antiquité, elle n’avait pas ce sens là, elle en avait un autre : « celui qui prend soin » dans le sens du serviteur et de l’adorateur de dieu. Ca se rapporte au service et au culte que l’homme rend aux divinités, par la suite il va s’en découler les autres définitions de la thérapie.

Comment on en prend soin ?

- Au 1er siècle, au temps des premiers thérapeutes, au sud d’Alexandrie, vivait une secte qui portait le nom de Thérapeute. Il s’agit d’une secte de philosophes, appelés thérapeutes, qui pratiquaient une médecine particulière. En grec, la médecine se dit « Iatriké », que l’on retrouve dans le mot psychiatrie. Elle est particulière car à l’époque, la médecine qui avait lieu dans les cités, appelée latrie, ne soignait que le corps. Les thérapeutes soignent aussi et surtout le psychisme. Ces maladies sont des maladies difficiles à guérir puisqu’il s’agit de maladies de l’âme, de l’attachement au plaisir, de la tristesse, des envies, de la désorientation du plaisir, etc. Ces premiers thérapeutes, philosophes, soignent le corps (il y a donc déjà la composante médicale) mais ils ne soignent pas uniquement des corps objets. Ils soignent aussi ce qui anime fondamentalement ces corps et qui deviendra ensuite, un peu plus tard, le registre des passions humaines. Ces philosophes s’occupent du corps, des passions et aussi du rapport avec le sacré. A ce moment là, l’âme, le souffle de vie est, dans la tradition antique et dans la tradition hébraïque, une espèce d’intelligence créative qui anime le corps de l’homme devient la parole.

- Ce qui caractérise l’être humain, son souffle de vie, c’est la parole. Autrement dit, l’être vivant c’est avant tout un corps parlant. Le thérapeute est celui qui prend soin de cette parole qui anime et informe le corps. Guérir quelqu’un c’est faire en sorte qu’il puisse parler et observer tous les obstacles de cette parole dans le corps. Autrement dit, toute une branche de la psychologie clinique qui se réfère à la psychanalyse puisqu’elle est une cure langagière. Elle se réfère dans sa dimension thérapeutique à cette méthode clinique là. On parle de méthode clinique puisque si le « méthodos » est ce qui montre la voix, la psychanalyse est celle qui s’intéresse à cette harmonisation de l’humain. Pour la psychanalyse, ce qu’on appelle lien social est aussi un lien langagier, c'est-à-dire comment les hommes se parlent.

- Contrairement aux médecins iatriqués, qui traitent le corps et l’âme par le corps, il n’y a pas cette dichotomie âme-corps. Les thérapeutes mettent en place une « thérapia » qui traite l’âme et le corps en se servant de la parole. Il s’agit d’une parole qui n’est pas uniquement la parole de l’un ou de l’autre, mais c’est le dialogue, la dialectique, c’est la parole qui traverse.

→ C’est là la méthode de la psychologie clinique : on ne s’intéresse pas au patient, on ne s’intéresse pas à soi mais à la relation, à ce qui se dit, ce qui ne se dit pas, aux manifestations d’humeurs passionnelles, à la posture du sujet, etc.

- Petit à petit, le « Iatriké » c'est-à-dire la médecine, va se constituer de façon autonome, par une méthode clinique particulière qui est celle qui consiste à recentrer les causes de la souffrance de l’humain dans le corps. De ce point extérieur à l’humain (divinité) on s’est recentrés sur le corps. Progressivement, au travers de l’intension d’une méthode clinique particulière qui est celle de l’osculation, de ce bouleversement des pensées que va introduire Hippocrate, puisqu’il va être un de ceux qui va commencer à penser quelque chose de la souffrance comme un lien avec des maux du corps. C'est-à-dire à recentrer les causes de la souffrance dans le corps. Il y a là, dans l’histoire de la médecine, un bouleversement majeur qui a été amené par la dissection des cadavres sur un plan anatomo-physiologique, puisqu’alors que c’était interdit par la religion, les découvertes de l’anatomie humaine ont changé la vision de l’humain, en recentrant la vision sur un point du corps plutôt que sur les divinités.

 

Qu’est ce que la psychologie, et en particulier la psychologie clinique, a hérité de la médecine, dans le prolongement de l’auscultation médicale ? A l’époque on palpait, on écoutait le corps. L’auscultation médicale est la technique de l’observation. En psychologie clinique, on a de grilles d’observation. Cela signifie que l’on va, par rapport à ce que l’on veut observer, désigner un certain nombre d’éléments significatifs de la chose observée et les retenir pour obtenir la grille d’observation, on en laisse d’autres de coté car ils ne sont pas significatifs. Autrement dit, là aussi il n’y a pas d’observation neutre puisqu’on déduit quelque chose à partir d’une grille d’observation qui va nous permettre d’observer un certain nombre de phénomènes dans la mesure où on aura désigné comme déterminant un certain nombre de manifestations, de propriétés qui seront enregistrées dans l’observation.

Observer c’est prendre quelqu’un pour objet.

Cela se situe véritablement dans l’héritage médical, puisque l’observation découle des grilles de classification, de diagnostic des maladies. Elle découle de la nécessité de répertorier et de classer des troubles, de la relation médecin-patient et de la relation médicale où on va s’attacher à saisir ce qui se manifeste du point de vue de la pathologie, c'est-à-dire du syndrome (liste de symptômes).

Cet ordre symbolique, ne va pas uniquement être du coté du pourquoi, du sens de la souffrance de l’humain, s’est modifié. Il n’est plus référencé à cette espèce d’instance divine qui le dépasse et qui va lui délivrer du sens sur sa vie, sur sa souffrance, sur son existence. Petit à petit on s’est déplacé du coté d’un autre discours sur le corps, sur l’âme, qui petit à petit s’est construit en psychologie individuelle. C'est-à-dire : je suis la cause de ce qui m’arrive, de la souffrance qui est la mienne, du mal qui m’affecte. Petit à petit on a accentué, avec l’avènement du sujet de la science, le sujet ne se pense plus en référence à cette autorité du divin, mais à une sorte d’autorité qui fait référence aujourd’hui : la science. Or la difficulté est que ce sujet de la science il évacue le sujet. L’efficacité de la science est incontestable aujourd’hui. L’hyper-technisation de la relation médecin-malade, l’hyperpsychologisation entre psychologue et consultant. Il y a aussi un effet du discours de la science, dans le sens où la science évacue le sujet, le réel dont on a parlé précédemment. Elle a besoin de cette évacuation pour faire science.

Ce qui fait le point commun entre tout cela est la psychanalyse, elle est à la fois : de part le fait se renvoie aux dimensions du conflit et du réel, elle a un pied en même temps que la science.

 

Lien :

- La clinique psychanalytique, dans le prolongement de la médecine, à partir de cette idée d’inconscient que l’humain peut tomber malade, et elle est à la fois dans cette dimension des thérapeutes de l’antiquité : la psychanalyse a un pied du côté des techniques et méthodes scientifiques et à la fois se construisent sur ce que toutes les autres sciences laissent de coté : le sujet, le réel et l’inconscient.

- La psychanalytique s’intéresse à ce que les autres sciences évacuent, la psychanalyse travaille à partir de l’impensée des autres sciences.

 

Question :

- Modèle subjectif : on ne l’atteint jamais, mais on peut tendre à s’en rapprocher. Ce qui se joue sur le plan de l’intégrité, à partir de la définition sujet : le sujet divisé. La clinique analytique, ou psychologie humaniste. Modèle qui ne dépend pas d’un savoir qui est construit à priori de la rencontre, mais construit dans la rencontre, travailler sur l’implication et pas application méthode.

- Modèle objectif : on s’intéresse à l’objet, on essaie de saisir quelque chose de l’objectivité des cas, on va mettre en place des méthodes et techniques.



01/05/2013
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