Cours de psychologie

Sexualité infantile et attachement - Daniel Widlöcher et Cie

 

I. Amours primaire et sexualité infantile : un débat de toujours (Daniel Widlöcher).

 

Histoire d’un débat qui n’a pas eu lieu.

 

A Londres, on met l’accent sur le dualisme amour-haine qui marquerait les 1ers stades de la sexualité infantile.

A Vienne, on critique le monde sadique-oral, les mécanismes de projection, et la conception d’une vie fantasmatique coupée de la réalité.

Pour Freud, la pulsion sexuelle infantile est de nature auto-érotique à l’origine.

La psychanalyse doit expliquer l’origine des fantasmes sexuels infantiles non le développement affectif de l’enfant.

Jérémy Holmes met en rapport la mère, l’attachement et la sexualité.

Existence d’un stade narcissique primaire, l’investissement libidinal de l’objet externe ne se constitue  que dans la situation de non-satisfaction. La pulsion est d’abord satisfaite de façon auto-érotique avant de se tourner vers les objets.

Appliqué à la pulsion, le terme narcissique désigne le mouvement de l’énergie pulsionnelle qui se décharge dans le moi indifférencié.

Pour Mélanie Klein, la pulsion est attachée à la notion d’objet.

La relation d’objet, aussi bien dans son inscription dans la réalité psychique que dans la relation à autrui, reproduit chez l’adulte, et tout particulièrement dans le transfert, les modes d’expression de la première enfance.

Les tendances appétitives sont suscitées par des expériences qui sont agréables ou désagréables, et la finalité recherchée se rapport à cette tonalité subjective. Situations essentiellement internes. Tendance auto-érotique.

Les tendances réactives sont en relation avec un objet ou une situation que l’on redoute ou que l’on recherche, et la finalité recherchée se rapporte à cet objet ou cette situation en dehors de tout agrément ou désagrément du moment. Situations principalement externes. Tendance de l’amour de l’autre.

C’est en termes de relations d’objet qu’il s’agit de définir la pulsion.

Dans le cas de la recherche de plaisir, la source est physique, le plaisir est lié à l’extinction de la stimulation et l’objet interchangeable.

Dans le cas de la recherche d’objet, la source est dans l’objet et le plaisir lié à la présence de l’objet.

Bowlby parle du concept de modèle interne, l’enfant est influencé par ses représentations de lui-même et de sa mère, ce qui va continuer à l’influencer tout au long de sa vie.

 

De quel débat s’agit-il ?

 

Amours de l’objet et auto-érotisme coexistent tout au long de l’enfance. Les conditions de satisfaction ne sont pas les mêmes. L’amour de l’objet est dirigé vers une personne réelle, ce qui donne matière à des représentations mentales et à des comportements interactifs, recherchant la réponse d’autrui et d’être aimé par l’autre. Et la sexualité infantile se construit à partir d’une exigence interne et obtient sa satisfaction dans une activité auto-érotique psychique et/ou physique, et donc l’accomplissement du désir est le but recherché et la source du plaisir.

Les dissociations observées chez l’adulte résulteraient de conflits infantiles non résolus, tantôt dans le cours évolutif de l’amour d’objet, tantôt dans celui de la pulsion sexuelle.

 

La sexualité infantile n’est pas une sexualité prématurée.

 

Opposition entre le langage de la tendresse de l’enfant à celui de la passion de l’adulte, ce qui imprime une dimension traumatique à la provocation sexuelle de l’adulte.

L’enfant élabore une fantasmatique sexuelle en s’identifiant à l’adulte, c’est par ce processus qu’il est en mesure d’éprouver une forme d’amour objectal.

Dans la subjectivité de l’enfant, la violence résulte de l’autorité écrasante de l’adulte. Les effets traumatiques seront d’autant plus graves qu’un processus d’introjection place l’agresseur non plus dans la réalité extérieure mais dans le monde intrapsychique de l’enfant.

La sexualité infantile est considérée comme l’ébauche prématurée de la sexualité génitale.

Conduite de cour : organisation temporelle des comportements qui, dans une espèce donnée, précèdent la copulation et la fécondation.

La sexualité infantile persiste chez l’adulte comme une source de désirs et d’activités créatrices permanentes.

 

La pulsion sexuelle infantile n’est pas un instinct.

 

Le destin de la sexualité infantile ne se résout pas naturellement avec l’avènement de la génitalité biologique mais il se maintient dans le rêve et l’inconscient.

La sexualité infantile n’est pas de même nature que la sexualité génitale.

 

Le statut économique propre de la sexualité infantile.

 

Que l’inconscient freudien, l’inconscient au sens topique, l’inconscient du ça, soit sexuel et s’inscrive dans l’érotisme infantile, c’est bien le propre du domaine de la psychanalyse.

Les désirs inconscients infantiles présentent le caractère d’être indestructibles.

Sexualité génitale : reprend son bien à l’adolescence mais la sexualité infantile conserve son pouvoir dans la dynamique de l’inconscient.

 

Sexualité infantile et amour primaire.

 

La sexualité infantile est liée à une forme de créativité psychique précoce et à une forme de plaisir assez bien définir par le terme d’auto-érotisme. L’amour primaire résulte d’un programme inné, d’un instinct.

Une scène de la réalité devient un fantasme. L’hallucination n’est pas antérieure à l’expérience réelle, elle s’étaye sur elle en lui conférant un sens nouveau. L’étayage s’inscrit dans l’après-coup.

Le fantasme n’est pas le produit de la sexualité infantile, il la construit. La relation d’objet décrit la structure de ce fantasme, elle crée plus qu’elle n’exprime la sexualité infantile.

Dans un 1er temps, la relation d’attachement s’exprime seule ou s’associe éventuellement à la satisfaction d’un besoin physiologique. Dans un 2nd temps, il y a reprise hallucinatoire de l’expérience de satisfaction. Toute expérience réelle peut donner matière à une reconstruction auto-érotique.

La sexualité infantile s’inscrit dans l’auto-érotisme car elle exprime un rapport imaginaire à l’objet.

La passion de l’adulte serait transmise à l’enfant par une sexualisation indirecte marquant les pratiques les plus innocentes du maternage.

L’émergence du désir coïnciderait avec le plaisir.

 

Signification de l’organisation phallique-narcissique, l’issue œdipienne.

 

L’organisation phallique-narcissique exprime au mieux la dimension auto-érotique de la sexualité infantile tout en se référant clairement à la réalité des relations entre adultes.

La structure triangulaire du noyau familial conduit l’enfant à articuler ses fantasmes sexuels infantiles avec l’existence réelle du couple parental.

Le père marque l’interdit par la menace de castration.

Le phallus est le marqueur réel de la différence des sexes, indice de la réalité à la fois visible et caché, présent et absent, devenant signe de cette différence dans la réponse imaginaire qui en est faite dans les fantasmes sexuels infantiles qui composent l’imaginaire de l’auto-érotisme psychique œdipien.

Les rapports entre hommes et femmes nourrissent la fantasmatique sexuelle.

La mère induit indirectement l’auto-érotisme de l’enfant.

Evolution de la fantasmatique auto-érotique en 2 voies : l’une plus masculine, s’exprime dans des jeux et des pratiques sociales marquées par la rivalité et l’exhibition, connotées par l’angoisse de castration. L’autre plus féminine, consiste en un déplacement de l’objet auto-érotique sur un substitut de sujet qui recevra les gratifications auto-érotiques, l’enfant déplaçant par une sorte d’identification projective son auto-érotisme sur l’objet en assumant le rôle de la mère activement séductrice.

Le père impose l’interdit.

 

Sexualité infantile et processus analytique.

 

La sexualité infantile est présente dans le transfert comme dans les formations psychiques en général (les rêves, les symptômes et les traits de caractère) et dans la vie de l’analysant.

 

L’auto-érotisme dans la cure.

 

La réalité psychique ne se fonde pas seulement sur un effet de croyance mais sur l’effet de plaisir.

Conflictualité inter-systémique : répression de la sexualité infantile.

Conflictualité intra-systémique : compétition et conflit entre les pulsions partielles, conflit œdipien.

La sexualité infantile serait dès l’origine en prise avec le conflit lié aux expériences de satisfaction et de déplaisir, à la construction de bons et mauvais objets partiels.

 

Auto-érotisme et transfert ; Auto-érotisme et attachement.

 

Par son écoute, son activité associative et ses interprétations, le psychanalyste ouvre l’activité associative de l’analysant aux processus de liaison-déliaison qui permettent le développement d’une activité auto-érotique liée aux conflits intra-psychiques du sujet.

Le psychanalyste doit rester indifférent. Ce qui est partagé, c’est le processus de créativité psychique (la technique) mais non le fantasme lui-même (la tendance).

Dans le relationnel, l’amour primaire parle plus à l’autre que l’auto-érotisme. Et la fantasmatique est plus dépendante de l’auto-érotisme. Mais les deux s’appliquent au même processus.

 

Clivage et sexualité infantile.

 

L’organisation névrotique donne à voir l’intrication conflictuelle entre l’amour d’autrui et la recherche du plaisir auto-érotique.

Une activité auto-érotique précoce excessive peut être l’effet d’une privation d’amour.

Absence de mentalisation et difficulté d’accès à l’activité symbolique sont liées à une pauvreté de la créativité, dépendant directement de la sexualité infantile.

Les expériences bonnes et mauvaises issues des relations réelles donnent matière à des fantasmes sexuels infantiles pauvres qui ne peuvent constituer une protection efficace contre les évènements traumatiques réels.

Modèle : représentation d’un montage analogique qui imite l’ordre des faits que l’on est amené à prendre en considération.

Modèle valide : modèle qui imite assez bien les processus que l’on pense observer.

 

II. Sexualité et attachement dans la métapsychologie (Jean Laplanche).

 

L’auto-érotisme est l’activité sexuelle du stade narcissique du placement de la libido.

La pulsion de vie rassemble la sexualité, l’amour sous ses aspects narcissiques, et les pulsions d’auto-conservation.

L’objet partiel est peut-être perdu au moment où commence à se profiler l’objet total, la mère comme personne.

Il y a d’emblée un objet mais la sexualité n’a pas d’emblée un objet réel.

Une nouvelle action psychique doit s’ajouter à l’auto-érotisme, pour donner forme au narcissisme.

Les pulsions d’auto-conservation sont d’emblée orientées vers l’objet adéquat, et elles montrent la voie aux pulsions sexuelles.

Instinct : fixe dans l’espèce, en majeur partie inné, et correspondant à des visées adaptatives. L’instinct est adaptatif, génétiquement programmé et visant économiquement un équilibre.

Pulsion : variable d’un individu à l’autre, contingente quant à ses buts et ses objets, volontiers perverse polymorphe, au moins à proximité de ses origines. La pulsion est non adaptative voire anti-adaptative, inscrite dans le corps et dans la biologie, non d’origine génétique mais doit son surgissement à la spécificité de la relation adulte-enfant.

Rien ne permet de postuler une programmation génétique de l’évolution libidinale infantile en tant que telle.

Relation anaclitique : l’enfant s’appuie sur la mère.

La notion d’étayage suppose la distinction entre un fonctionnement instinctuel auto-conservatif et orienté vers l’objet, et un fonctionnement érotique qui s’appuie d’abord sur le premier, pour ensuite s’en détacher et devenir auto-érotique.

 

Le principe de plaisir a 2 fonctionnements : un fonctionnement homéostatique, régi par le principe de constance, et tendant à ramener le niveau à un optimum ; et un fonctionnement selon la pure décharge (le processus primaire), aboutissant à une exhaustion totale de l’excitation.

Lust : plaisir comme apaisement et le désir ou plaisir-désir lié à l’augmentation de tension.

Le principe de l’excitation tend tantôt à l’excitation au-delà de toute limite, et tantôt, peut-être en fin de processus, à l’exhaustion totale.

L’objet adéquat est procuré par l’action spécifique (but) et aboutit à l’apaisement durable (plaisir).

La quête pulsionnelle est à la recherche de l’excitation jusqu’) l’exhaustion, ceci en dépit tant de l’objet réel que de l’apaisement.

L’objet de l’instinct est l’objet réel. L’objet pulsionnel est l’objet excitant, celui dont le réel ne procurera jamais que d’insatisfaisantes effigies.

Auto-conservation : ensemble des forces tendant à la conservation de l’individu, à base innée et tendant à un état d’équilibre vital.

Base innée et accordée des interrelations entre adultes et enfant.

L’attachement n’est qu’une partie des comportements auto-conservations instinctuels, partie où l’individu a essentiellement besoin de l’autre pour sa survie.

La relation d’attachement est sous-tendue par une communication (non langagière au départ), un échange de messages.

Existence d’une sexualité instinctuelle, liée à la maturation de l’organisme, mais absente de la naissance à la pré-puberté.

Entre la naissance et la puberté, se situe la sexualité humaine pulsionnelle (sexualité infantile). Non innée, très élargie. Son refoulement fait le contenu de l’inconscient et est l’objet même de la psychanalyse.

L’homme est soumis au plus grand des paradoxes : l’acquis pulsionnel précède l’inné instinctuel, de telle sorte que la sexualité instinctuelles, adaptative, au moment où elle surgit, trouve la place occupée par le pulsionnel infantile, déjà et toujours présent dans l’inconscient.

Avec l’étayage, il y a métonymisation de l’objet, en même temps que rebroussement dans le fantasme. Le but subirait une métaphorisation en passant de l’auto-conservatif au sexuel.

Donc, le passage au sexuel serait une action du sujet qui, reprenant en un temps second le fonctionnement auto-conservatif, le transformerait en sexualité en le faisant passer dans le fantasme.

C’est du fait de l’aspect énigmatique du message adulte que l’enfant est incité à développer une activité insolite de traduction. C’est seulement parce que les messages de l’adulte sont compromis par son inconscient sexuel que vont s’enclencher, secondairement, les tentatives de symbolisation où l’enfant travaille activement sur un matériau déjà sexuel.

Une réactivité somatique, une excitabilité organique générale doit bien pré-exister, mais il faut autre chose pour en faire une pulsion.

Le transfert analytique replace le sujet dans la situation originaire, celle de la genèse du sexuel infantile.

 

III. L’origine de la sexualité infantile, amour primaire et sexualité infantile (Peter Fonagy).

 

Les complexités de la sexualité.

 

La pulsion auto-érotique et l’attachement primaire ont des parcours développementaux indépendants.

L’expérience de l’extase n’est pas nécessairement reliée à la capacité d’avoir des relations d’objets stables.

La sexualité infantile en tant qu’elle est une poursuite de l’extase, peut exercer un véritable pouvoir sur l’être humain, même si elle est loin d’être dépendante d’authentiques relations d’objet.

 

Les vicissitudes développementales de la sexualité infantile.

 

Puisque l’expérience du monde objectal est le véhicule de la sexualité infantile, il est inévitable que des relations causales subtiles, à caractère bidirectionnel, s’installent rapidement et que l’expérience du monde externe, maintenant réinterprétée ex termes d’activité auto-érotique, en vienne à altérer profondément l’interaction actuelle de l’enfant.

Au cours des 1ères années de la vie, la sexualité est une réalité qui se vit sur le mode du faire-semblant. Elle peut être imaginée et il est possible d’en faire l’expérience, mais elle reste sans lien avec le monde réel.

La continuité naturelle de la sexualité infantile est le fantasme masturbatoire.

 

Implications techniques.

 

Mentalisation : capacité de l’enfant à se représenter idées et sentiments comme des états mentaux et grâce à cette capacité, à prévoir et agir à partir des croyances et désirs de ses objets.

 

IV. Sexualité et érotisme, de la sexualité au phantasme : théories sexuelles infantiles, théorie, phantasme et fantaisie inconsciente (Eduardo Colombo).

 

Introït.

 

Pour Freud, la 1ère phase de la culture, qui implique l’interdit du choix d’objet incestueux, constitue peut-être la mutilation la plus tranchante que la vie amoureuse humaine ait subie au cours des temps.

Le père est l’autorité la plus ancienne, la 1ère, il est pour l’enfant l’autorité unique.

 

Les cheminements de la sexualité.

 

Sexualité : lie émotion, désir, accouplement, plaisir et reproduction, ainsi que la reconnaissance de la différence des sexes. Série d’excitations et d’activités présentes dès l’enfance, qui procurent un plaisir indépendant de l’exercice, d’une fonction biologique et qui se retrouvent à titre de composantes, réunis ou isolés, dans le comportement érotique, conscient ou inconscient, dit normal, des êtres humains adultes.

Défonctiontionnaliser : ôter la fonction primaire (éthiologique ou « naturelle ») au système, mécanisme ou relation de référence.

La libido est une quantité d’énergie qualitativement sexuelle postulée par Freud comme substrat des transformations de la pulsion sexuelle qui peut changer son objet, son but, et sa source tout en restant elle-même. La notion de libido introduit un léger décalage entre l’être de la pulsion et son énergie, elle acquiert une certaine indépendance sémantique, et c’est elle qui maintient l’identité ou plutôt l’ipséité de la pulsion sexuelle (elle-même pas autre chose).

La libido des pulsions d’auto-conservation = libido narcissique

La sexualité conçue d’abord comme excitation et non comme désir.

La personne qui permet l’expérience de la satisfaction est aussi l’objet désiré.

L’enfant construit une 1ère philosophie naturaliste qui constitue le fondement de sa connaissance du monde et qui se dissocie en 2 : une partie rationnelle, formelle et évolutive, liée à l’acquisition des informations ; l’autre prise par bribes dans les réseaux du fantasme désirant, restée passionnelle et opiniâtre.

La curiosité des enfants sera éveillée par le désaveu que le témoignage des sens inflige à leur croyance.

La prééminence phallique assigne à la femme l’envie du pénis, et à l’homme un mépris durable pour l’autre sexe.

 

Le mental et l’érotisation.

 

La fonction de la structure comportementale est de réduire l’excitation par l’accouplement avec un partenaire de l’autre sexe.

Dans le domaine mental, c’est la signification qui est causale dans le comportement et non la structure qui véhicule l’information. Réseau intentionnel.

Naturaliser l’intentionnalité : comprendre ou expliquer en termes non sémantiques comment un système physique peut posséder des propriétés sémantiques.

Les états internes de l’organisme ont été reliés ou corrélés par sélection naturelle aux objets du monde, corrélation qui constitue la structure de l’action spécifique.

Valeur : trait sélectionné par se supériorité adaptative.

Avec le langage qui permet la croyance, l’enfant est capable d’aller érotiser n’importe quelle relation d’objet intentionnelle ou de signification. Une relation intentionnelle est une relation de signification.

Le plaisir s’autonomise de toute fonction biologique, le phantasme est le grand organisateur de la sexualité humaine.

L’érotisme, c’est la sexualité humaine libérée de tout projet de reproduction, de toute génitalité obligatoire, il rend la jouissance indépendante de toute autre fonction biologique et l’autonomise de telle façon qu’à partir de là tout plaisir fera naître le soupçon d’un érotisme caché. Mais, si la sexualité érotique évoque plus que le simple désir de l’autre, c’est parce qu’elle contient un désir sexuel exacerbé par la mort, tourmenté par l’interdit.

L’interdit amène le plaisir, sinon pourquoi ce serait interdit.

Phantasme archaïque : structure phantasmatique où l’amour et la mort se conjuguent, qui se construit dès la 1ère enfance mais qui répète une expérience ancestrale.

Passage de l’hallucination au phantasme : interaction entre le corps du nouveau-né et l’alter, puis un besoin se re-présente et satisfaction hallucinatoire, et enfin puisque la satisfaction hallucinatoire ne réduit pas le besoin on passe à la représentation mentale avec des relations d’objets.

Objet perdu : possibilité pour la psyché de reconnaître une chose comme manquante ou perdue dépend de la capacité de faire la distinction entre l’expérience et l’objet de l’expérience. En fonction de sa disparition ou de sa perte, l’objet acquiert sa fonction d’objet.

Phantasme : reproduction de la relation désirante à l’objet en absence de l’objet externe.

L’onanisme du nourrisson montre qu’il y a une prime de plaisir trouvée en dehors de l’accomplissement  d’une fonction biologique, qui contribue à l’apaisement de la tension somatique qui fait naître le besoin mais qui se sépare de lui en participant à la création de l’objet du phantasme.

Des germes préprogrammés d’activité sexuelle existent dans l’agrippement de l’enfant à l’objet en faisant partie de schémas comportementaux de l’espèce. Sur l’attachement se construit la relation d’objet qui prend sa source dans l’expérience de satisfaction et qui aboutit à la représentation imaginaire de cette relation.

Dans le phantasme l’objet érotisé n’est pas l’objet-but abandonné de la sexualité biologique mais l’objet construit à partir de l’expérience elle-même.

Le sein maternel est le 1er objet sexuel, point de départ de toute la vie sexuelle, idéal jamais atteint de toute satisfaction sexuelle ultérieure, idéal auquel l’imagination aspire dans des moments de grand besoin et de grande privation.

Le phantasme provoque la sexualité, et les zones érogènes assurent la modalité de la décharge émotionnelle.

 

Les théories sexuelles infantiles.

 

L’identification est un mouvement actif qui va premièrement de l’alter sur l’ego, de l’adulte sur l’enfant, avant de devenir un processus interactif et intersubjectif de modulation émotionnelle et aussi de construction de l’activité de penser, qui se dédoublera à travers le phantasme en un versant inconscient, la fantaisie inconsciente, noyau désirant du phantasme, et le versant préconscient/conscient de reconnaissance et connaissance du monde = contenu mental.

Phantasme originaire : scène ou schème normatif, qui organise la place du sujet dans l’imaginaire érotique inconscient. Séduction, scène primitive, interdiction de l’inceste et castration (tous liés aux phantasmes de la mort).

La fin du complexe d’Œdipe donne une période de latence à la sexualité infantile, qui se réveillera au moment de la puberté, pour se tourner particulièrement vers les phantasmes et le choix d’objet. Ces phantasmes se constituent sur la sexualité infantile, qui elle-même est une greffe prématurée d’un amour passionnel.

L’érotisme, expression de la sexualité humaine défonctionnalisée, socialement construit au long de l’histoire, est la résultante de la sexualité adulte « métabolisée », transformée dans la vie imaginaire (phantasmatique) de l’enfant, sexualité défonctionnalisée qui constitue à son tour le noyau désirant, la fantaisie inconsciente infantile, de tous les plaisirs de la chaire, de toutes les voluptés de l’âme.

Anaclitique : décrit un mouvement double qui revient sur soi-même.

Tout contenu propositionnel (mental) du psychisme de l’homme peut être érotisé.

 

V. Sexuel et actuel (Dominique Scarfone).

 

Le sexuel infantile hante tout autant l’enfance que la vie adulte.

Chiasme Ferenczien : un adulte perturbé effracte l’âme enfantine, mais c’est l’infantile en lui qui opère dans les coulisses de sa conduite perverse.

Sexuel infantile et sexualité ludique contribueraient à l’activité sublimatoire, le premier fournissant la poussée, la quantité, ce qu’il s’agit de sublimer, la seconde fournissant les formes (ludiques) de sa conciliation partielle et provisoire.

Actuel : ce qui n’est pas inscrit dans une chronologie, ce qui n’est pas de l’ordre du passage du temps, mais ce qui gît sous le plan chronologique comme générateur d’histoire lui-même non historisable.

Le sexuel infantile transcende l’évènementiel, la péripétie et s’inscrit dès lors nécessairement dans ce qui ne peut que se transférer, c’est-à-dire se transmettre comme part excédentaire, jamais admise entièrement dans un processus qui tiendrait à se compléter, à prendre fin.

Au sein de la théorie sexuelle freudienne, on peut distinguer deux sexualités infantiles : petit infantile et grand infantile.

 

VI. La sexualité infantile et l’auto-érotisme du transfert (Pierre Fedida).

 

Dans la cure analytique, le transfert génère l’auto-érotisme mis à mal ou détruit et semblable régénération crée une disposition favorable à la libre expression fantasmatique de la vie sexuelle infantile et cela en raison notamment, du retrait de la libido de l’objet sexuel.

Le transfert dans la cure éclaire l’inscription de la relation d’objet dans la réalité psychique et dans la répétition de la relation à l’autre. Le fantasme énoncé dans la cure peut apprendre la façon dont s’est constituée la relation d’objet dès ses débuts et à quelles vicissitudes personnelles elle s’est trouvée soumise.

La sexualité infantile trouve ses modes d’expression dans le rêve et le transfert.

L’auto-érotisme est l’activité de fantasmatisation en tant que celle-ci dispose du pouvoir de faire disparaître/réapparaître l’autre en présence.

Dans l’analyse, la parole associative, les rêves, les fantasmes exprimés, induisent un plaisir psychique relevant de l’avant-plaisir.

 

VII. La séparation (Jacques André).

 

La sexualité ne peut qu’être hors de propos et sans signification aucune quand on n’est pas assuré de sa propre existence, de sa survie, de son identité.

L’engagement de l’analyse prend la forme d’un enjeu vital où l’imaginaire, le jeu, celui des représentations s’associant de façon inattendue, n’a pas sa place.

L’analyste ne peut pas prendre le risque psychique de dépersonnalisation que frôle toute interprétation de transfert.

La séparation et l’angoisse qui lui est associée, est omniprésente dans le registre borderline (état limite).

Pour Freud, si l’enfant seul, dans le noir, ou affronté au visage étranger crie (ou tait) son angoisse, c’est moins de manquer (de l’objet aimé) que d’être assailli de l’intérieur par l’exigence pulsionnelle et d’être possédé par le fantasme.

La perversion de l’adulte est à l’opposé de la polymorphie infantile. Mais il n’est pas exclu que l’indifférence perverse et la dépendance borderline soient des solutions opposées pour des problèmes relativement proches.

La séduction du transfert, en répétant ce qui n’a pas eu lieu, permet dans le meilleur des cas d’ouvrir la mobilité des investissements et le jeu des représentations.

 

VIII. Attachement et sexualité infantile (Claire Squires).

 

L’enfant doit expérimenter une relation chaleureuse, disponible et continue avec une figure parentale stable auprès de qui il peut constituer une base sécurisante pour son développement. Les menaces ou les interruptions de ces liens suscitent des émotions douloureuses chez l’enfant, source de troubles psychopathologiques.

L’enfant qui n’a pas connu ou a perdu un attachement sécurisant avec sa mère, est dit carencé en soins maternels. Ce terme recouvrait des carences sensorielles, sociales, biologiques ou émotionnelles. Aujourd’hui, on parle de relation sécurisante ou insécurisante.

Les comportements d’attachement : succion, agrippement, suivre sa mère, pleurs, sourires. Ils s’intègrent et se centrent sur l’image maternelle.

La théorie de l’attachement postule que dès sa naissance, le nourrisson est soumis à un besoin aussi fondamental que la nutrition. Ce besoin de contact, de sensation et de stimulation est satisfait au cours des soins, de l’enveloppement dans les bras, des bercements.

L’attachement et le détachement sont des notions qui ont un statut propre, indépendants du besoin de l’enfant de voir ses besoins satisfaits par un objet.

L’attachement est un concept prévalent pour comprendre la nature et l’origine des premiers liens. Ces liens sont interpersonnels d’emblée, les instincts sexuels ou le rôle de la nutrition deviennent secondaires.

Les mécanismes de défense contre l’angoisse et l’anxiété seraient mieux expliqués par des troubles du lien d’attachement, mais c’est là oublier le développement de la sexualité infantile.

L’attachement ne peut résumer tous les aspects complexes de la vie psychique du nourrisson.

Les enfants sécurisés étaient susceptibles d’engager des jeux symboliques, surtout au cours de séquences interactives, en coopération avec d’autres. Et plus tard, ils avaient plus de chance d’avoir des relations satisfaisantes avec leurs pairs. Tandis que les enfants non sécurisés étaient moins sociables, plus coléreux, plus impulsifs ultérieurement.

Le style d’attachement entre les parents et les enfants, détermine les relations de ces derniers avec leurs camarades de jeux.

La qualité du mariage des parents prédirait la confiance de l’enfant dans les relations avec chacun de ses parents.

Reflexive self : capacité à reconnaitre l’existence de sentiments ou d’affects chez soi et chez l’autre, capacité d’avoir une représentation cohérente des désirs, croyances et motivations de soi et des autres.

Forte corrélation entre des évènements traumatiques pour la mère et la sécurité de base pour l’enfant.

 

 

► Très intéressant. Bon j'avoue, il est un peu pénible à lire, tendance à y somnoler dessus, mais au final c'est un livre très riche et pasionnant.



31/05/2013
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