Cours de psychologie

Psychopathologie de l'adulte (suite)

III. Les différentes structures.

 

 

1. La perversion :

 

Ce qui est intéressant avec la perversion c'est qu'on peut approcher d'assez près qu'on ne soigne pas quelqu'un pour sa structure. Ca nous permet de différentier structure et psychopathologie. D'autre part, la perversion, en tout cas certaines pratiques perverses, mettent en évidence quelque chose d'assez incompréhensible : le fait qu'une pulsion partielle, au sens freudien (regard, voix...), puisse à elle seule faire jouir. Enfin, c'est la perversion polymorphe de l'enfant qui nous permet de nous décaler de toute pente médicale ou psychiatrique. Cette perversion polymorphe de l'enfant signifie que tout enfant, à partir du moment où est mis en évidence l'absence de phallus chez la mère, s'identifie (ou souhaite s'identifier) comme phallus de la mère.

 

Si on parle de perversion, de suite, ce mot même de perversion charrie avec lui une quantité de préjugés, peut-être même de jugements. Il charrie donc avec lui une notion morale et moralisante. Quand on traite quelqu'un de pervers c'est plus comme une insulte que comme autre chose. Or lorsque la psychanalyse parle de perversion, elle ne l'aborde pas à partir d'un jugement des actes. La question est donc : qu'est-ce qui va permettre d'utiliser ce terme de perversion avec une autre connotation, qui n'est pas uniquement celle « vulgarisée » par tous. Le but est de parler de perversion sans tomber dans le jugement moral.

 

Cet aspect interroge vraiment la psychopathologie.

 

a. La Vie Sexuelle, Freud : Le fétichisme, 1927 :

 

Le fétiche est un objet matériel, qui se nomme, et qui doit absolument être présent pour que le sujet pervers puisse accéder à sa jouissance. Sans cet objet, il est impossible d'accéder à la jouissance. Le sujet pervers est en quelque sorte prisonnier, soumis inconditionnellement à cet objet.

Freud dit ici qu'il a découvert, au détour d'une analyse, que les patients pervers utilisaient un fétiche. Cela signifie que, premièrement, ce n'est pas conçu comme un symptôme, puisque c'est en essayant d'être attentif à ce qui fait symptôme pour les patients qu'on peut éviter de tomber dans une perspective moralisante. « C'est une anomalie, mais ce n'est pas un symptôme », autrement dit les patients de Freud ne sont pas venus le voir pour ça. Ce n'est donc pas l'utilisation du fétiche qui pose problème au patient, c'est dans ce sens qu'il faut aller et ne pas aller vers la résolution de quelque chose qui s'oppose à une certaine norme. Le fétiche ne fait donc pas forcément partie de la demande du patient. Ce qui fait l'adresse au clinicien, c'est qu'il y a quelque chose qui dérange le symptôme, qu'il n'est plus possible au patient de jouir comme avant et ce quelque chose trouble la jouissance du sujet.

 

Ce qui créé la rencontre clinique, la demande adressée au psychologue, ce n'est pas forcément le symptôme. Il suffit de discuter au cours des entretiens pour se rendre compte que les symptômes sont là depuis très longtemps. Visiblement, le patient s'en accommode et se débrouille plutôt bien, peut-être même qu'il y trouve une certaine jouissance. C'est à dire que ce qui fait l'adresse à un psychologue ce n'est donc pas le symptôme mais c'est le fait que le symptôme est dérangé par quelque chose. Il n'y a donc plus moyen de jouir par le symptôme comme avant, il y a un déséquilibre, un trouble, dans la jouissance. L'enjeu de la rencontre, l'endroit où la personne va s'engager, ce n'est pas le symptôme puisque ce dernier convient toujours dans la mesure où il permet d'alimenter la plainte et la relation à l'autre. Ce qui fait l'adresse au psychologue c'est le fait que le sujet ne peut plus jouir comme avant.

 

Le ressort de la psychanalyse n'est pas de réduire à la perversion à une pratique sexuelle, selon Freud il y a une demande au delà.

 

b. Les apports freudiens sur la perversion :

 

Freud, quand il s'interroge sur la perversion, fait avec les moyens dont il dispose. Il se trouve que ce manque maternel, ce manque dans l'autre, castration maternelle, Freud le pense d'abord comme une perception visuelle de la différence des sexes. C'est à partir de là qu'il essaye de rendre compte d'un certain nombre de transferts qu'il distingue de ceux qui se mettent en place dans le cas de la névrose.

 

Les thèses sexuelles infantiles (1908), dans La Vie Sexuelle, Freud écrit que l'enfant néglige la différence des sexes. Cette négligence sera dépassée mais elle fait/fera retour, dans certains rêves par exemple. Elle fait aussi retour dans l'art, avec un certain statut hermaphrodite. Il s'avance aussi en disant que ça peut faire retour dans certains cas d'homosexualité, où l'homme va se tourner vers celui qui est équipé et se détourner du sexe féminin manquant.

 

Dans un autre texte de La Vie Sexuelle, Quelques conceptions psychiques de la différence anatomique entre les sexes (1925), Freud avance un déni de la castration féminine, que ce soit chez le garçon ou chez la fille. Ce n'est que plus tard, lorsqu'une menace de castration a pris de l'influence que l'observation devient pleine de signification. La même perception, à un temps 1 est vécue et lorsqu'il revient dessus à un temps 2, elle a une autre signification. On a donc une dimension d'après coup, où un même événement est vécu de manière différente en fonction de l'appareillage psychique, qui lui a évolué. De cette rencontre, avec la crainte de ne pas l'avoir, Freud pense que ça peut induire un certain nombre de réactions. Ce déni (je le vois mais je vais en tirer quelque chose plus tard), Freud le fait partager aussi du coté de la petite fille. Il y a selon lui la possibilité que les filles s'inscrivent dans ce déni de ne pas l'avoir. Ce dernier peut se maintenir jusqu'à une période extrêmement tardive. Il évoque aussi le fait que ce déni, chez la petite fille, peut entrainer une psychose.

 

En 1927, avec Le fétichisme, Freud réussi à repérer la spécificité des choses. A propos du fétiche, il dit qu'il est une réponse, une invention du sujet à l'effroi de la castration maternelle. Cela signifie que le fétichiste se rend compte à la fois de la différence des sexes par la castration féminine/maternelle et en même temps le fétiche va venir comme substitue du phallus maternel. Le terme de substitue est très important : il substitue le phallus de la mère auquel l'enfant a cru mais auquel il ne veut pas renoncer. S'il y a un substitut c'est bien parce que la mère a été constituée comme manquante mais le fétiche vient la compléter à nouveau. Donc, s'il y a une substitution, c'est bien qu'il y a eu une perception du manque mais que de ce dernier, l'enfant ne veut rien en savoir. La mère est donc perçue comme castrée, manquante et elle est donc désavouée. On peut dire d'une certaine façon que c'est dans ce texte que Freud va aller le plus loin dans sa théorisation de la perversion.

 

La question que va se poser Freud est : pourquoi, dans le cadre du fétichisme, le sujet ne veut pas renoncer à ça ? Si la mère est conçue comme étant châtrée, manquante, à ce moment là une menace pèse aussi sur le pénis de l'enfant. Accepter la mère comme manquante c'est m'engager comme petit sujet à devoir accepter le fait que je puisse venir à manquer aussi. En dotant la mère avec ce substitue, le petit sujet ne met pas en jeu son pénis, il va ainsi le protéger.

 

Parce qu'on ne répond pas complètement, le sujet va se mettre à essayer de formuler les objets de sa pulsion. Ca concerne les objets de la pulsion, à chaque fois. Le névrosé a donc besoin de l'autre pour essayer de trouver cet objet qui lui manque, cette pulsion qui lui manque. Il met en place la pulsion pour essayer de combler, sauf que comme ça ne répond pas on peut de nouveau essayer d'en dire quelque chose. La signification n'emprunte pas uniquement le trajet de la parole, mais aussi celui du « qu'est-ce que tu me veux ? ».

La pratique perverse essaye de faire croire que l'objet peut surgir, que d'un coup, l'autre ne serait pas si manquant que ça. Dans le masochisme, il y a une idée principale : à un moment, ce qui fait jouir le masochiste c'est le fait d'être traité comme un objet et donc d'être quasiment réduit à l'objet qui soi-disant manquait à l'autre. Pour le pervers, ces objets sont condition de la jouissance. Pour le pervers, le sujet a une jouissance qui est orientée par le fait de faire surgir l'objet là où l'autre est manquant, de faire surgir en quelque sorte le phallus maternel. Autrement dit, le but de la pulsion dans la mise en scène perverse c'est d'identifier le corps du phallus. L'autre ne serait plus manquant, d'où l'utilité du fétiche qui vient se poser là où l'autre est manquant.

Donc, là où le névrosé cours après quelque chose d'absent, dans la psychose il y a nécessité d'une présence, condition même de la jouissance. Pour Freud, le choix du fétiche se fait en prenant en compte le trajet du regard : dans ce trajet il y a quelque chose qui a été vu juste avant l'effroi de la castration maternelle. C'est cette chose là, cette présence, à laquelle le sujet peut avoir recours pour combler le manque maternel.

 

c. Cas clinique :

 

Une mère emmène sa fille chez une orthophoniste, patiente de M. Vinot, car la petite fille avait des problèmes au niveau de la parole, dont un zozotement. La mère s'attendait à ce que l'orthophoniste améliore l'élocution de son enfant et fasse disparaitre le zozotement. L'orthophoniste a reconnu la demande de la mère mais elle a en même temps séparé la fille de la pression de la mère l'espace d'un instant. Il a été supposé que l'orthophoniste jouait le rôle de tiers, ce qui est vrai mais faux. Son comportement vis à vis de la mère pouvait laisser entendre qu'elle jouait cette position, cependant le tiers en question était déjà présent dans le symptôme maternel. C'est à dire que par sa crainte du zozotement de sa fille elle exprimait la limite qu'elle se mettait à elle même pour que sa fille ne soit pas aussi parfaite qu'elle le désirait.

 

Ce cas montre l'usage du symptôme : la mère souhaite la disparition du zozotement, cependant sa présence empêche la fille d'atteindre la place de phallus. Donc, il fallait bien reconnaitre que la fille zozotait pour permettre à la mère de faire fond sur cette limite qu'elle se mettait à elle même pour faire en sorte que la fille ne coïncide pas avec le phallus.

 

On peut supposer quand même que dans certaines situations de perversion, ce symptôme maternel qui empêche l'identification de l'enfant au phallus ne joue pas. Rien ne vient déloger l'enfant de cette identification au phallus. En n'étant pas délogé à cette identification au phallus, l'enfant reste en quelque sorte assujetti à cette idée d'une mère phallique. Certes, du coté du manque dans l'autre il y a cette opération de démenti (elle l'a pas mais elle l'a). Le démenti porte sur la castration maternelle mais le démenti ne porte pas sur la castration du sujet. La division doit donc bien se situer quelque part pour qu'on puisse rester dans le champ de l'Oedipe. Cela veut dire que dans la position perverse il y a toujours besoin d'un autre, d'un partenaire effectif, qui va venir porter la division, qui va venir la faire exister dans le monde.

 

Ce qui va permettre de faire exister cette division dans le monde, c'est précisément son fantasme, en tout cas la construction de son fantasme. Il y a là des conséquences cliniques :

- Dans le cas du névrosé, dans son rapport à son manque et à son objet perdu, il y a la nécessité d'une fiction. On parle de poinçon : quelque chose qui vient historiser, expliquer, tenter de mettre en mots le rapport au manque. Le névrosé tente à chaque fois d'aller trouver chez l'autre ce qui lui manque. C'est là l'amour chez le névrosé, avec tous les fantasmes de complétude et d'unisson.

- Pour le pervers, le fantasme est différent. Il est assujetti au désir de l'autre. Dans l'identification à l'autre, qui le rendrait manquant, le pervers s'identifie à l'objet qui viendrait manquer à l'autre. Autrement dit, il est au service de la jouissance de l'autre, le pervers est un serviteur dans le sens où il n'a pas le choix : pour jouir il doit se comporter de telle ou telle façon. Donc même si un sujet pervers donne l'impression de maitriser absolument la jouissance, via son dispositif pervers où il laisse croire que la jouissance est atteignable, le sujet pervers est d'abord objet avant d'être sujet puisqu'il ne peut pas jouir autrement. C'est à dire que les protocoles pervers transforment l'objet du manque en bouchon, en ce qui viendrait boucher le manque et qui viendrait positiver l'objet. Le pervers jouis donc en bouchant l'autre.

 

Dans la perversion il y a aussi l'illusion de maitrise. Donner l'illusion de la maitrise c'est en quelque sorte fournir un premier démenti de la castration : c'est dire « non rien ne m'échappe ». Le discours du sujet pervers est redoutable parce que, la plupart du temps, il y a un montage intellectuel et théorique impressionnant, une virtuosité dans la rhétorique, qui laisse croire à celui qui l'écoute, le sujet névrosé, une illusion de maitrise. Pour le névrosé, le désir est un rempart contre la jouissance et contre le fait de mettre la main sur l'objet. Or, dans le cas des perversions, le désir n'est pas rempart contre, mais le pervers dit et essaye de démontrer qu'avec le désir il atteint la jouissance. C'est justement ce qui le rend si fascinant pour le névrosé. Une partie du discours pervers c'est aussi en quelque sorte d'initier l'autre, et créé ainsi une sorte de fascination. Donc le fantasme du pervers c'est de rendre vraisemblable la jouissance.

On est cependant dans le champ de l'Oedipe puisqu'il y a la nécessité, quelque part, de maintenir cette division. Le pervers a besoin d'un partenaire, d'un autre, pour incarner cette division. Cet autre c'est celui qui va éprouver cette division subjective, quitte à la forcer chez l'autre. Autrement dit, cette formule est le fantasme du névrosé inversé : le pervers se fait objet du désir de l'autre pour atteindre la jouissance, mais pour cela il a besoin d'un autre chez qui il va provoquer la division. Cette dernière prend aussi la forme du forçage et du traumatique : quitte à traumatiser l'autre, il faut que la division soit là et qu'elle soit portée par le partenaire. C'est une façon de s'assurer de la subjectivité.

 

L'approche analytique renverse les présupposés classiques. Dans le langage courant on a l'idée que le pervers traite l'autre comme un objet. C'est en fait le contraire : le pervers se met en place d'objet et fait porter à l'autre la division, quitte à le traumatiser. Le fait que le pervers cherche la division, le malaise, le traumatisme chez l'autre peut parfois le rapprocher, et même dangereusement, de la position du psychanalyste. Puisqu'après tout, le psychanalyste est quelqu'un qui essaye de soutenir la subjectivité chez l'autre, pour faire en sorte qu'il puisse vivre avec son manque. Les pervers se trouvent souvent donc très à l'aise avec le discours analyse. Il y a cependant quelque chose qui fait une rupture radicale entre les deux : l'analyse n'est pas sensée jouir de la division de l'autre. C'est là où se situe le fossé entre pervers et psychanalyste. Ce dernier supporte, du fait de son analyse, que son désir soit insatisfait, que la division de l'autre ne lui apporte pas la jouissance. C'est à chacun de faire attention à ce qui se passe à ce niveau là : à quelles fins la division est-elle mise en avant ?

 

Si un pervers rencontrerait un autre pervers on arriverait à quelque chose qui s'écrit de la sorte : cela exclue la subjectivité, il n'y a donc pas d'intérêt pour le pervers. Ce type de couple, dans la clinique, n'existe pas car il faut cette dimension du forçage, il faut pouvoir imposer à l'autre.

Le pervers est extrêmement soumis. Ce n'est pas quelqu'un qui va s'amuser à transgresser. Il est au contraire souvent prisonnier d'un même mode de jouissance.

Il y a une remise en cause des lois du monde névrose : l'interdit n'est plus fondateur.

 

Au sujet de cette façon de travailler :

- Il ne faut jamais oublier l'aspect d'identification imaginaire au phallus. Le sujet pervers, en se faisant objet retrouve sa subjectivité en la faisant apparaitre dans l'autre : il y a une identification imaginaire à l'autre. Autrement dit, il y a une inversion des places : il faut donc être attentif à la proposition d'inverser les places. Le but est de gommer la dissymétrie des places : il y a une reconnaissance de la différence mais une volonté de ne pas en tenir compte.

- Si le pervers dit savoir y faire avec la jouissance, la question qu'il faut se poser c'est : comment on va pouvoir nous, cliniciens, accueillir le transfert avec cette idée de sujet supposé savoir ? Le sujet suppose un savoir qu'il met du coté de l'autre, or dans le cas du pervers il y a déjà un supposé savoir sur la jouissance.

 

Il peut arriver que le montage exposé précédemment et qui vise à se faire bouchon échoue. Le pervers fait tout pour échapper au réel en essayant de rendre vraisemblable la jouissance. Cependant ce protocole ne le protège pas face à l'irruption imprévue du manque dans l'autre. Il est perdu lorsqu'il se trouve face à la manifestation du manque dans l'autre. Cela peut être extrêmement troublant pour le pervers, même traumatique. Quand le névrosé met en place une imagination pour parer à ce manque, le pervers pense qu'il peut faire bouchon sauf que des fois ça rate.

 

d. Les formes de perversion :

 

Il ne s'agit pas là d'une anomalie de la sexualité, quelque chose qui pourrait guérir un sujet. Ce qui est important c'est de voir comment/pourquoi le sujet a besoin de cette positivation de l'objet.

 

Il y a toujours une identification phallique à la mère. Ce phallus, cliniquement, peut être dit comme quelque chose qui est posé devant le rien. Or à partir du moment où c'est posé il faut se poser la question de où c'est posé. Devant le rien certes, mais est-ce que le phallus est attribué à l'autre, comme pour le fétichisme, le sadisme et le exhibitionnisme, ou est-ce que le pervers se fait phallus, se fait objet, c'est le cas pour le transvestisme, le masochisme et le voyeurisme ?

 

Les différents objets pour les différentes formes :

- L’autre comme objet : fétichisme/travestisme :

+ Pour le fétichisme il y a une présence posée sur l'autre qui est la condition de la jouissance. La mère manque mais le fétiche est là pour faire croire qu'elle ne manque pas.

+ La position inverse c'est d'être travesti, le travestisme. Dans ce cas, ce qui cache ce n'est pas sur l'autre mais c'est sur soi. Le travestisme, la plupart du temps, c'est un homme déguisé en femme. Ce n'est pas un homme qui veut être femme, comme le transsexuel. Il s'agit d'un homme qui garde tout ce qu'il faut sous la robe. Ce qu'il cache ce n'est donc pas sur l'autre mais sur soi. L'idée c'est que la jouissance là est obtenue au moment du dévoilement, c'est à dire au moment où est dévoilé ce qu'il y a sous la robe, en gros sous la robe de la mère il y a quelque chose. Le travesti va donc mettre en scène une espèce de voile derrière lequel il se fait le phallus que la mère devrait avoir, il met en scène une parodie de femme contrairement au transsexuel. La jouissance se fait car là où il n'y avait rien il y a quelque chose et le sujet se fait l'objet, il est le phallus qui lui permet de jouir. S. Falager a utilisé la formule suivante : « si sous sa robe on trouve cet objet, alors qui peut dire que la mère ne l'a pas sous la sienne, de robe ? ». Donc ce n'est pas la crainte d'être découvert en tant qu'homme mais la jouissance d'être dévoilé. La question c'est donc de savoir comment cela prend l'autre en compte. Ex : un homme vit le fait d'être surpris en tant qu'homme habillé en femme comme un moment désagréable qui le prend au dépourvu et dont il a honte, s'il l'intériorise subjectivement alors cela signe la névrose. Au contraire, dans la position perverse, le vécu d'être découvert signe la jouissance. On n'a donc pas, nous cliniciens, à se régler sur le comportement mais plutôt sur le vécu et sur la façon dont l'autre est utilisé.

- La voix comme objet : sadisme/masochisme :

+ On peut d'une certaine façon faire en sorte que la voix surgisse. Il y a certains protocoles pervers qui tentent de faire surgir la voix chez le partenaire, en lui arrachant un cri par exemple. On parle alors de sadisme. Il y a là une positivation de l'objet. On a là un protocole dans lequel le sujet essaye de faire surgir la voix. Alors que la plupart du temps on essaye de la faire taire, le sadique jouis en la faisant surgir. Evidemment, la plus part du temps le partenaire doit continuer à crier : il doit continuer de faire sortir cet objet que le pervers utilise pour compléter l'autre. Il y a donc toujours cette volonté de rester sujet de la part du partenaire.

+ La version inverse c'est le masochisme. Dans un premier temps on pourrait croire que l'autre est tout puissant, qu'il s'agit d'un autre phallicisé. On s'aperçoit surtout que ce que cherche le masochiste c'est à se faire objet, à se faire rien. A la différence du rien du mélancolique, le masochiste se fait objet. Se faisant le rien de l'autre, est-ce que le masochiste sert le désir de l'autre ou est-ce qu'il sert l'angoisse de l'autre ? Cette question est abordée par Lacan dans le Séminaire 10. Alors, dans la position masochiste va-t-on aboutir à la jouissance de l'autre ou à son angoisse ? C'est à ces moments là aussi où ça rate.

- Le regard comme objet : exhibitionnisme/voyeurisme :

+ C'est un des objets pulsionnels que Freud avait déjà commencé à cerner. Dans l'exhibitionnisme, on pourrait penser dans un premier temps que le pervers montre quelque chose et donc qu'il situe le phallus de son coté. Ce n'est pas vraiment ça qui est en jeu, ce n'est pas tant le fait de montrer qui occasionne la jouissance de l'exhibitionnisme mais la stupéfaction qui surgit chez l'autre. Autrement dit, c'est le regard qui surgit chez l'autre qui provoque la jouissance chez l'autre. C'est en faisant surgir ce regard chez sa victime que l'exhibitionnisme fait subsister cet objet. S'il n'obtient pas ce regard, l'exhibitionniste rate sa jouissance.

+ Le pendant c'est le voyeurisme. Dans cet aspect il y a un point ignoré par beaucoup : il ne jouit pas au moment où il regarde la personne, il ne s'agit pas de regarder puisqu'il s'agit du regard du névrosé, il jouit au moment où il est vu, où il se fait surprendre. C'est ce moment qu'il attend pour jouir. Etre vu implique d’être l'objet, c'est se faire l'objet de l'autre : être vu en voyant déclenche la jouissance chez l'exhibitionniste. Si cela déclenchait de la honte on serait dans le champ de la névrose.

 

L'enjeu pulsionnel est donc fondamental. Il ne s'agit pas vraiment de transgresser la loi, de choquer, mais de faire un montage pour faire croire à la présence de l'objet chez soi.

 

e. La pédophilie :

 

Cet aspect nous permet d'entendre les fondamentaux du discours pervers. La plupart des pratiques décrites précédemment sont « gentil-être » et ne sont pas sensées détruire la vie de l'autre. Lorsqu'on parle de pédophilie, notamment pédophilie perverse, on passe sur un autre registre. Cependant, il ne s'agit pas d'aborder cette structure d'un point de vue moralisant.

La pédophilie est en fait une certaine forme d'amour pour l'enfant et qui vise un certain type d'enfant.

 

Pour la plupart des cas, ce n'est pas le viol en tant que tel qui va intéresser le pédophile. Le pervers pédophile se distingue ici du pervers sadique, pour qui le viol pourrait être une façon de forcer la division de l'autre. Au contraire, le plus souvent le discours du pervers pédophile soutient que l'enfant consent aux relations, qu'il les a demandés et qu'il était prêt pour ça. Parfois même, dans un renversement des places, le pédophile peut très bien se souvenir que c'est l'enfant qui l'a violé. Le discours du pervers pédophile est basé sur le fait de dire que l'infans est un moment de sexualité bienheureuse, naturelle. Son expression passe par le fait que l'enfant désire jouir. Précisément, ce que peut soutenir le pervers pédophile c'est que les parents réprimandent cette jouissance, la famille est donc répressive et n'a rien compris à l'appétit sexuel de l'enfant. Il y aurait donc une sorte d'érotisme spontané de la part de l'enfant.

 

Rarement pédophilie et inceste sont conjugués. Autrement dit, un pervers pédophile abuse très rarement de ses propres enfants alors qu'un père incestueux va tuer dans son acte sa paternité. Il va l'annuler alors que le pervers pédophile voue un culte à la paternité dans le sens où il va initier les enfants à quelque chose qui est au-delà de ce que la famille a déjà transmis. Il est donc un meilleur éducateur que la famille. Il y a souvent un attrait des pédophiles pour la fonction éducatrice puisque c'est à ce moment là où on va pouvoir initier l'enfant à cette sexualité bienheureuse qu'on lui suppose, à la jouissance.

 

Il est possible que la pédophilie perverse se signale aussi par un choix d'enfants particuliers. Souvent, un enfant pour qui la différence des sexes n'est pas encore vraiment repérable. C'est un enfant asexué, la castration est donc encore démentie. Le pédophile va croire qu'il peut se passer de la différence des sexes, de la castration. L'enfant incarne ce démenti. Le drame pour ce type de pervers c'est que l'enfant grandit et qu'il va faire quelque chose de la différence des sexes. C'est là où se signale le fait qu'au final le pervers n'est pas un éducateur, bien que tout son discours tente de le faire croire. Il n'est pas éducateur puisque la supposition d’un éducateur est que l'enfant souhaite grandir, or le choix d'objet du pervers pédophile est de l'empêcher de grandir. Il refuse l'idée que l'enfant grandisse. Au final, dans ce choix d'un enfant vierge de toute différenciation, le pervers pédophile cherche à se rejoindre lui même. L'acte du pédophile pervers marque le fait que le sujet qui commet cet acte là reste attaché imaginairement à cet enfant qu'il a été, qui pouvait et qui pourrait combler le désir de la mère.

 

2. La névrose :

 

a. La névrose hystérique :

 

On peut appréhender le champ des névroses à partir du moment où une décision subjective se fait. Cette décision est celle de « ne pas être le phallus », marquant l'entrée dans le Temps 2 (T2) de l'Oedipe. L'idée c'est que les symptômes névrotiques nous parlent de la façon dont ce temps 1 (T1) a laissé des traces une fois qu'il est interprété depuis le temps 2. C'est à dire que ce qui homogénéise le champ des névroses c'est que la question centrale des névrosés tourne autour de « qu'est-ce que c'est le désir de l'autre ? », « quel est l'objet de son désir ? ». D'une certaine façon, si le pervers répond à cette question en se plaçant comme objet créant de la jouissance, les névrosés se signalent par un autre type de réponse à la question du désir de l'autre : le névrosé n'arrive pas à faire avec cette part indicible du désir de l'autre.

 

Freud, à sa façon, a très tôt remarqué qu'on pouvait relier à la fois l'hystérie et l'obsession tout en opérant une certaine distinction. Dès 1896, il avait remarqué qu'en permettant aux patients de parler, ceux-ci à un moment allaient évoquer/retrouver une scène réelle de séduction, événement sexuel précoce. Ce dernier n'a pas été marqué au moment où il est survenu, mais réapparait et devient cause de symptôme à l'adolescence, instant où il peut être interprété. Freud repère une différence entre l'hystérie et l'obsession au niveau de la personne impliquée dans les récits relatant cet événement. Dans le cas de l'hystérie, cet événement a été vécu avec de l'indifférence, du dépit ou même de l'effroi. Dans le cas de l'obsession, cet événement est quelque chose qui a fait plaisir, agression inspirée par le désir chez le garçon et comme une participation à la jouissance chez la fille. Il y a dans ces deux cas une impérieuse nécessité de se protéger de ce que propose l'autre.

Il se trompe au moment où il considère ces événements comme faisant part de la réalité. Il lui faudra peu de temps pour réaliser qu'il s'agit en fait de fantasmes et non de souvenirs réels. Cependant cela n'invalide en aucun cas la théorie.

D'une part il y a donc les manifestations, et d'autre part il y a le type de transfert auquel il nous invite. Comme le dit Freud, toute fonction corporelle organique peut être sollicitée dans la position hystérique. Il ne s'agit donc pas seulement de se rappeler des crises des patientes hystériques de Charcot ni des infirmités motrices des patientes de Freud, mais il s'agit de s'ouvrir au fait que toute fonction corporelle, qu'elle soit sensorielle ou neurologique, peut être sollicitée dans la construction d'un symptôme à partir du moment où elle met en jeu le corps.

Ca va même plus loin puisque si on commence par le corps en parlant d'hystérie c'est parce qu'on essaye de garder des bases historiques de la psychanalyse. Cependant, si Freud découvre l'hystérie par des bases corporelles, par le biais d'une adresse au médecin, il ne faut pas pour autant réduire l'hystérie à ça. Il faut bien saisir que tout type de corps social est maintenant sollicité par la subjectivité hystérique. Ce n'est plus uniquement le corps physique qui est mis en jeu dans l'hystérie, on parle aussi de « corps social » ou de « corps professionnel ». Autrement dit, si l'hystérie continue à s'adresser au maître médecin, elle peut aussi avoir le choix d'autres maîtres, comme les différents intervenants de l'inclusion et de l'exclusion sociale. Au niveau somatique, toutes les fonctions peuvent dont être sollicitées, mais la limite est au delà : cela s'étend à tout corps qu'institue un nouveau maitre dès lors qu'il est reconnu socialement.

 

Le trouble psychogène de la vision de Freud, permet de bien saisir la façon dont Freud conçoit le corps. C'est à dire comme partition puisqu'il indique que n'importe quel organe du corps peut être lieu de ce combat des pulsions. De plus, il montre comment chaque organe « sert deux maîtres à la fois » : les pulsions du Moi et donc de conservation et les pulsions sexuelles. En faisant jouer cette différence entre les pulsions, Freud montre comment certains symptômes somatiques sont en fait l'effet de cette dualité des pulsions. Autrement dit, un organe quel qu'il soit peut devenir le lieu d'une intensification de la pulsion sexuelle. Si n'importe quel organe peut devenir le lieu d'une intensification érogène, à ce moment là le Moi ne pouvant pas supporter cela, va créer un refoulement des représentations sexuelles. Ce n'est donc pas la pulsion en soi qui est refoulée mais les représentations de cette pulsion. Ce refoulement, que le Moi pense appliquer uniquement aux représentations, implique aussi la fonction, trop étroitement liée à la représentation de la pulsion pour être maintenue au moment de son refoulement. Il y a des formules extrêmement parlantes, comme lorsque Freud dit « la bouche sert au baiser aussi bien qu'au manger, et à trop baiser on en oublie de manger ». Cela montre la dualité et le fait qu'on ne peut pas tout faire en même temps. Il dit aussi, pour comprendre l'esprit « depuis que les intérêts sexuels de la pulsion se sont mis en avant de manière si insistante, le Moi ne veut absolument plus rien voir ». Ce qu'il faut comprendre c'est que lorsque quelqu'un ne voit plus, ce n'est pas une perte de la vision mais un gain sur autre chose : il gagne du coté d'une jouissance érogène.

Freud essaye de déterminer que le propre du symptôme de conversion c'est cette intensification de la signification érogène. Cette intensification signifie que la conversion hystérique nous adresse une jouissance qui se manifeste par un manque au niveau du corps. Ex : je ne peux plus parler, je ne peux plus voir, entendre, marcher... Il y a donc une jouissance qui en passe par un manque. Si on ne saisit pas cette dialectique entre pulsion sexuelle et pulsion du Moi on ne saisit pas que les deux sont en fait liées, que c'est parce qu'il y a une jouissance du coté de la pulsion sexuelle que le manque se manifeste du coté de la pulsion de conservation. Ex : je n'arrive plus à voir parce que j'ai essayé de voir quelque chose. Le propre de l'hystérique c'est que cette jouissance qui passe par le manque permet en fait de jouir du fait de se priver. Il s'agit en fait de jouir de se priver. Cependant cette jouissance n'est pas visible au départ, laissant ainsi l'hystérique face à une incapacité fonctionnelle.

Il y a une distinction entre la conversion hystérique du Phénomène PsychoSomatique (PPS) :

- Dans un premier temps, on ne constate pas de lésions organiques dans la conversion hystérique. Justement cette lésion se distingue de la liaison car ce qui va faire le propre de la conversion hystérique c'est que ce symptôme s'offre à l’association, à pouvoir entrer dans le champ des associations. On peut en dire quelque chose et ça peut donner lieu à des liaisons, associations. Par le biais de ces associations-là et du transfert dans lequel elles sont prises, cette conversion peut devenir formule signifiante, et peut donc être dite autrement. Elle peut donc être dite par l'inconscient. La forme même de la conversion peut être traduite en différentes significations, elle est donc sensible à l'interprétation signifiante.

- Cela semble être moins le cas dans le PPS. Dans ce dernier, on a beau associer, l'interprétation signifiante n'a pas d'effet sur le PPS. On retrouve dans ce dernier des lésions importantes et vérifiables. Dans le PPS on ne peut donc pas envisager la présence d'un dire qu'on pourrait dire autrement.

La conversion hystérique rentre donc dans le champ de la signification, contrairement au PPS.

 

Style relationnel :

 

Quittons le corps, même si avec l'hystérie on n'en est jamais bien loin, pour voir le style relationnel de l'hystérie. On n'est pas encore au niveau du transfert. On peut repérer quelques éléments qui peuvent nous aider à penser la relation, ou du moins à l'interroger. Cela nous permet de réfléchir au travail du psychologue.

On dénombre différents points dans le style relationnel de l'hystérie, dont l'histrionisme. Il s'agit d'un mot de la psychiatrie lacanienne pour qualifier cette action de donner à voir quelque chose, du coté du spectaculaire. Il implique aussi la tendance à assez rapidement érotiser la relation et à créer des rapprochements des distances. L'hystérique propose une demande affective au psychiatre. De ce discours psychiatrique il faut en tirer quelque chose du point de vue de la sémiologie. Sauf que si on essaye de l'entendre d'une autre façon, on s'aperçoit qu'histrionisme vient de histrio, qui est un mot romain pour indiquer un acteur dans le sens péjoratif du terme, qui joue des farces un peu grossières.

En allant plus loin, on s'aperçoit que lorsqu'on parle d'histrionisme, le discours psychiatrique pense parler du patient. Or on loupe ainsi quelque chose si on pense l'histrionisme de cette façon : le fait qu'il parle beaucoup plus de celui qui choisi ce terme là pour qualifier le comportement du patient. Avec l'histrionisme et la question de l'acteur se charrie toute une représentation où il va falloir se méfier de cette personne qui joue la comédie. Donc l'histrionisme ce n'est pas seulement se donner à voir et du patient, ça parle aussi de celui à qui s'adresse cette comédie. Il y a à la fois un repérage clinique mais on loupe le fait que ça nous est adressé et que nous participons à ce « donner à voir ».

Une façon d'avancer et de se sortir de l'impasse de ce terme c'est de comprendre l'acteur non pas comme quelqu'un de qui on doit se méfier mais comme quelqu'un qui met en avant la fonction du masque. Ce dernier n'est autre qu'une invention venant créer un effet chez l'autre, en tant que cet autre va être amené à se questionner sur ce qu'il y a derrière. Il s'agit d'une invention subjective qui vient mettre en mouvement le désir de l'autre, de celui qui se questionne. Cela nous permet de quitter l'impasse de l'histrionisme pour comprendre en quoi la démarche et le symptôme hystérique ne renvoient pas uniquement au coté spectaculaire mais surtout au fait de provoquer chez l'autre la mise en mouvement de son désir sur soi : l'hystérique créé un masque pour que l'autre puisse désirer. Le masque de l'hystérique peut être porté par un maquillage, un décolleté, etc.

Ex : le masque de Zorro est une invention géniale : il est impossible d'imaginer une seule seconde que son masque le cache. Le masque de Zorro n'est pas là pour le cacher puisqu'il est très reconnaissable. Cependant, Zorro sans son masque n'existe pas. L'hypothèse réside dans l'analyse hystérique de Zorro : le masque est là pour que nous nous posions la question de « pourquoi il y a ce masque ». Il est là uniquement pour que notre désir s'accroche sur quelque chose, et à partir du moment où on se pose la question de savoir pourquoi il y a ce masque on pose inconsciemment notre désir. C'est là tout le propre de l'hystérie : elle se fait masque.

Lorsque l'hystérique invente un masque, quel qu'il soit comme un symptôme, elle cherche à éveiller le désir de l'autre. L'hystérique fantasme d’être le phallus, et c'est ce qui la différencie du pervers : elle fantasme d'être l'objet du désir de l'autre, elle ne l'est pas.

 

Le style relationnel de l'hystérique est marqué par un second point : une certaine perversité, à différencier de la perversion telle qu'elle a été exposée précédemment. La plupart du temps, lorsqu'on travaille avec une équipe, on se rend compte que certains patients amènent les équipes à se mettre dans des situations pas possibles et il perturbe le bon fonctionnement du service. Là encore, parfois, les soignants peuvent être amenés à parler de perversion pour qualifier ces patients qui sont sans cesse dans un défi de l'autorité, dans une transgression. C'est là où le psychologue doit être attentif aux effets et à ces manifestations. Il ne s'agit pas uniquement de transgression, mais simplement de contester l'ordre établi par le maître, pilier de la prise de position hystérique. Il faut donc être très attentif à ce qui se passe en essayant de déterminer en quoi cette position là est déjà prise dans une histoire : souvent cette contestation vient après quelque chose à un moment où l'hystérique pense que le clinicien va pouvoir l'aider et qui évolue vers un deuxième temps où le clinicien est déchu de son savoir. Souvent les soignants se focalisent sur ce temps là sans penser qu'il vient après quelque chose d'autre, agissant ainsi sur la dynamique du transfert entre le patient et l'équipe. C'est parce que l'équipe a cru pouvoir tenir cette position que le patient a mis en place ces réponses hystériques.

 

Alors que le pervers fait croire au névrosé qu'il sait y faire, ce dernier fait croire au clinicien que celui-ci sait y faire. S'il y a un bord entre perversion et hystérie, il faut aussi noter le bord entre hystérie et paranoïa. C'est à dire que dans cette plainte contre l'autre qui ne tient pas ses promesses, elle prend parfois une ampleur qui nous pousse à nous questionner sur notre délire de persécution. La limite entre « il ne fait rien pour Moi » et « s'il ne fait rien c'est bien parce qu'il me veut du mal » est mince et on en vient à parler d'hystérie paranoïaque, où la plainte prend des proportions délirantes. Les choses ne sont donc pas classées dans des cases, et on se retrouve face à des manifestations qui nous font nous questionner. Il faut donc du temps pour réussir à repérer où se situe le sujet. On parle donc de bord entre la névrose et la paranoïa, ou pseudo-paranoïa dans cette revendication d'avoir été abandonné et joui par l'autre. Si Freud à cru que les hystériques avaient vraiment vécu quelque chose c'est bien parce qu'elles revendiquaient quelque chose.

 

Il y a un troisième point dans le style relationnel de l'hystérie : l'indifférence. C'est justement cette espèce d'indifférence au symptôme que Freud parfois revêtit l'hystérique. On est moins dans le coté spectaculaire des choses que dans l'appel à créer chez l'autre un trouble. L'indifférence et la spectacularité du symptôme ont la même visée, la même fonction psychique : créer un mouvement de désir chez l'autre à son égard. C'est pour cela qu'il faut se méfier de la simple sémiologie (analyse du comportement).

 

La suggestivité est le quatrième et dernier point du style relationnel de l'hystérique, qui s'apparente souvent à la dépendance. C'est ce sur quoi a surfé Charcot. Il s'agit du fait que dans certaines situations, le « donner à voir » que le sujet hystérique prend peut être apparenté/associé non pas au sujet mais au maître. Cela signifie que les hystériques, notamment celles de Charcot, étaient là pour donner à voir leur symptôme mais surtout pour donner à voir Charcot lui-même : « en tant que sujet hystérique je vais m'appliquer à faire briller le maitre », d'où cette suggestivité et cette dépendance. Cela demande quand même à ce que le maître assure à l'hystérique qu'elle lui est indispensable et donc le sujet hystérique se consacre à faire briller un maître ou une cause.

On a là une possibilité d'interprétation extrêmement intéressante où l'hystérique s'emploie à faire briller son maître, à condition qu'elle se sente indispensable. On a donc ces éléments qui font partie à la fois du style hystérique mais qui ont un envers et qui nous mettent sur la piste d'une intention spécifique au transfert hystérique. Ils ne concernent pas uniquement la personnalité du patient, mais la relation qu'il met en place. Une structure nécessite une adresse et une mise en mouvement.

 

Le symptôme de conversion :

 

Il s'agit d'un manque par lequel le sujet jouit. La question qui se pose ressemble à celle qu'on se pose vis-à-vis du fétiche. Le symptôme hystérique a une fonction, celle de maintenir le manque dans le corps. Il persiste cependant le questionnement sur la façon dont le symptôme se construit. C'est là où Freud et sa bouchère sont extrêmement importants.

La Bouchère est en fait un extrait de cinq pages que l'on retrouve dans l'Interprétation des rêves de Freud. Dans ce chapitre il évoque des cas où des patients lui racontent des rêves et lui disent qu'ils vont à l'encontre des théories sur l'interprétation des rêves qu'il avait posé. C'est là des patients qui le mettent au défi, et c'est une notion extrêmement importante dans la prise en charge de l'hystérique. Cette patiente, la bouchère, vient voir Freud pour une raison qu'on ignore. Elle lui raconte un rêve dans lequel Freud va mettre en évidence le rapport du sujet au désir. Il laisse tomber les symptômes, qu'on ne connait même pas, pour s'intéresser à cette relation. Au défi que lui lance la bouchère, à savoir d'expliquer ce rêve et donc la manifestation du désir sous-jacent, Freud répond que « seule l'analyse peut décider du sens de ce rêve ».

Il s'efface ainsi, ne répond pas au défi et invite la patiente à associer. Dans ces associations apparaissent diverses choses dont une idée assez curieuse que Freud soulève : cette patiente là demande à son mari de ne plus lui donner de caviar, malgré le fait qu'elle aime ça. Pourquoi a-t-elle besoin de maintenir ce désir insatisfait dans la réalité ? A cette réponse, Lacan au moment de son retour sur ce cas, explique qu'il s'agit d'une façon pour le sujet de maintenir une place vacante pour le désir. Le fait donc de maintenir le désir insatisfait est une façon de maintenir le désir tout simplement. La patiente continue ce travail d'associations pour aboutir à des associations sur une amie à elle, dont elle est jalouse puisqu'elle la soupçonne de tourner autour de son mari. Il y a là des éléments clés pour l'interprétation, notamment lorsqu'elle dit « heureusement que cette amie est maigre et que mon mari apprécie plutôt les femmes bien en chaire » et « mais quand même, elle a demandé à être invitée chez nous ». Finalement, en ne donnant pas de caviar vous ne répondez pas à la demande de l'amie. Autrement dit, dans son rêve la bouchère ne répond pas à la demande de l'amie et il s'agit là d'une façon de ne pas la faire grossir pour qu'elle ne plaise pas à son mari.

 

Cependant, Freud va s'attarder sur les petits détails, notamment un : il reste un peu de saumon dans ce qu'elle raconte de son rêve. C'est là une association qui montre que cette amie, a dans la réalité, la même disposition avec le saumon que la boulangère a avec le caviar, autrement dit elle se prive. Il remarque ce que la patiente a à peine évoqué dans ses associations : la patiente se créé un désir insatisfait sur le caviar, tout comme son amie se créé un désir insatisfait sur le saumon. Là ça ouvre à une nouvelle question puisque si le sens du rêve c'était seulement de priver l'amie pour qu'elle ne grossisse pas or elle rêve qu'elle se prive elle-même. C'est là l'indice que Freud repère et qui permet de mettre à jour une des opérations particulières à l'hystérie : l'identification hystérique.

Il s'agit, dans cette articulation, de repérer chez un autre ce qui fait trou dans son désir, sa problématique du désir, et de s'identifier par le biais de ce symptôme pour pouvoir maintenir sa propre problématique désirante. En gros, « je vais pouvoir maintenir insatisfait mon désir en me privant de caviar tout comme l'amie se prive de saumon ». Donc, dans l'hystérie il y a la nécessité de construire un symptôme pour modérer un autre, l'hystérique va juste prélever un trait de son propre désir pour se l'approprier.

 

On peut prendre comme exemple le film "Vicky Cristina Barcelona". Dans ce film, on voit que le personnage incarné par Scarlett Johanson (Cristina) s'évertue à maintenir systématiquement son désir insatisfait. Quand on pense qu'elle va enfin se découvrir et s'épanouir, elle va en fait être déçue par ce qu'elle trouve. Ce rapport insatisfait à l'autre se perpétue tout au long du film, et c'est un caractère que l'on retrouve chez l'hystérique. Ce comportement est mis en évidence notamment lorsque Cristina découvre que Javier Bardem (Juan Antonio) est l'objet d'un désir déchainé de la part de Penelope Cruz (Maria Elena). C'est à ce moment là que Cristina, hystérique en puissance, fait de Juan Antonio son objet de désir, son désir se tient donc par identification.

 

L'identification hystérique :

 

Freud voit un point qui est à retenir dans le rêve de la bouchère : cette amie dont elle parle dans son rêve et qui reproduit les demandes de la bouchère. C'est justement une des spécificités de la position de l'hystérique que d'essayer de répondre à son désir grâce à l'identification. Dire son désire est impossible pour chacun, on peut dire un besoin ou ce que l'on veut, mais on ne peut pas dire son désir.

 

L'identification hystérique de Freud est aussi appelée identification à un symptôme. L'idée est de repérer chez un petit autre, quelqu'un dans l'entourage, une problématique du désir. Cette idée d'identification hystérique c'est qu'il y a une création de lien d'identification avec cet autre car il indique clairement sa problématique de désir. Ex : l'amie de la bouchère ne veut pas de saumon, elle demande à être privée de quelque chose et elle met ainsi en avant sa relation au désir. Par cette identification à l'autre, l'hystérique croit viser cet objet de désir de l'autre. C'est une façon de se rapprocher de l'autre pour soutenir la question de son propre désir.

 

Dans Psychologie des foules, dans un chapitre consacré aux identifications, Freud conçoit différents types d'identification. Il dit « Cette identification peut naitre chaque fois qu'est perçue à nouveau une certaine communauté avec une personne qui n'est pas objet des pulsions sexuelles ». L'autre auquel l'hystérique s'identifie est confus par cette identification : l'hystérique ne désire pas l'autre quand elle se rapproche de lui, ce n'est pour elle qu'une façon de s'interroger sur son rapport au désir. Finalement, pour aborder un symptôme dans le cas du transfert hystérique, il faut se poser la question de « où est l'autre ? », « qui est l'autre qui témoignant de son rapport au désir a permis à l'autre de s'identifier et donc de s'identifier au symptôme ? ».

La question c'est : pourquoi l'hystérique doit maintenir son désir insatisfait ? On pourrait se dire que c'est une façon comme une autre de désirer, or il y a une nécessité de maintenir cette insatisfaction.

 

Ce que l'autre pointe c'est l'objet du désir, mais du désir de l'autre a (dda). C'est là l'objet que vise le désir et surtout celui qu'on peut désigner, qu'on peut nommer dans le langage. Il y a cependant une différence à faire entre l'objet du désir et l'objet cause du désir. Cet objet n'est pas ce que vise le désir mais c'est ce qui est à l'origine de la cause désirante. D'une part on a donc l'objet du désir de l'autre auquel l'hystérique va s'identifier, et d'autre part il y a l'objet cause du désir issu de l'Autre. Or, cet objet cause du désir échappe au langage, il ne peut pas être dit et c'est juste un creux dans lequel viennent s'inscrire les autres objets du désir. Autrement dit, il y a en quelque sorte une nécessité d'insatisfaire ce rapport là, ce rapport au désir de l'autre parce que le désir de l'Autre n'est pas le désir de l'autre. Cette insatisfaction du désir est à maintenir. Il est donc très compliqué dans la situation hystérique, à cause de l'identification au symptôme, de soutenir un mouvement présent en parallèle à une nécessité de maintien d'insatisfaction.

Le symptôme de maintenir insatisfait le désir a pour but de maintenir cette différenciation.

 

Au final, le T1 de l'Oedipe est insatisfaisant pour l'hystérique. Cela signifie qu'il est lu rétroactivement comme une insuffisance du phallus. Le phallus est toujours insuffisant, notamment le phallus mais aussi la jouissance phallique. Cette dernière c'est à la fois le moment où le sujet s'est identifié au phallus mais aussi le moment où il a quitté le phallus pour rentrer dans la problématique de l'avoir. C'est là une sorte de moyen de continuer à être dans la jouissance phallique. Or, Freud dit qu'il reconnait un sujet comme hystérique à partir du moment où cette personne là se dit déçue des rapports sexuels. C'est à dire que dans la relation hystérique il y a toujours une aspiration à l'au-delà, à un autre type de jouissance phallique, celle qui passe par le langage, par la perte.

On peut ainsi comprendre la jouissance féminine, qui dépasse le langage et qui dit encore. D'une certaine façon, pour comprendre cette volonté de soutenir cette jouissance au delà, on peut interroger la femme et le mystique. L'intérêt pour le mystique est une façon d'aspirer à quelque chose tout en faisant systématiquement face à l'insatisfaction.

 

Une fois que ce processus d'identification par le symptôme est repéré, on peut revenir à ce qui fait le propre du fantasme hystérique. Dans le fait d'aspirer à une jouissance au delà, on retrouve le fait d'essayer de reconstruire un autre non pas barré, mais un autre qui serait restauré, réparé de son manque et qui ne serait donc plus manquant. C'est de ça qu'il s'agit dans le protocole pervers : il faut faire surgir l'objet manquant dans l'autre. Or, la position hystérique se signale plutôt par le fait que cet autre plein, non manquant, l'hystérique va moins le signaler et le mettre en pratique. Elle va plutôt le fantasmer en se faisant l'objet qui manque à l'Autre non barré. Cependant c'est un fantasme, de se rendre indispensable à l'autre en vue de le réparer de son manque. En vue peut-être même de le soigner de ce manque, c'est là une vocation thérapeutique. C'est à dire que là on voit bien comment tous les métiers de la relation d'aide sont un terrain privilégié pour aller agir ce fantasme là, qui est propre aux professionnels. L'écriture de ce fantasme n'est pas complètement terminée puisque pour se faire l'objet du désir de l'autre, le fantasme implique que le désir du sujet soit refoulé. L'hystérique sacrifie son désir pour se faire l'objet qui viendrait réparer l'autre dans le fantasme. On rencontre comme ça des personnes qui s'acharnent non pas à mettre en avant leur désir et à se questionner sur leur désir, mais à s'assurer la soi-disante jouissance de l'autre. L'Autre, qui est mis dans cette position, ne tient jamais ses promesses. C'est là le propre de la répétition hystérique. Le sacrifice de l'hystérique pour l'autre induit le passage dans une zone de revendication et la plupart du temps la place de l'Autre est intenable est celui-ci est remplacé par un autre.

 

Ces éléments nous permettent d'avoir des points vis à vis du positionnement dans le transfert. Dans le transfert, dès qu'on sent surgir cette proposition que nous fait le patient, à savoir d'être dans cette place là, il faut essayer de maintenir coute que coute l'idée qu'on répond du lieu où il n'y a pas de réparation de l'Autre par l'hystérique. Ce qui est compliqué, c'est de maintenir cette position dans un contexte, institutionnel par exemple, où tout pousse à vouloir réparer.

La névrose est donc une façon de faire avec le désir.

 

b. La névrose obsessionnelle :

 

Il y a une autre façon de ne pas vouloir faire avec le désir de l'autre et elle est retrouvée dans la névrose obsessionnelle.

Dans la position obsessionnelle c'est la pensée qui est sollicitée, et non pas le corps comme chez l'hystérique. Il faut noter un point, l'obsessionnel pense, encore et encore. Les obsessionnels sont ainsi de très bons « clients » de la thérapie : ils pensent que la thérapie est un bon moyen de penser. La question de la clinique obsessionnelle nous mène à nous interroger sur le fait que le langage c'est de la pensée, que l'association d'idée c'est la pensée.

 

La pensée dans la névrose obsessionnelle se manifeste sous une forme particulière : celle de l'obsession, du point de vue psychiatrique. L'obsession est ici l'irruption dans la pensée d'un sentiment ou d'une idée dont le sujet reconnait deux points : d'une part, ce sentiment et cette idée est en désaccord avec sa pensée consciente et d'autre part le sujet reconnait quand même que cette irruption provient de sa propre activité psychique. Ce n'est pas une pensée qui surgit dans le réel comme une hallucination, comme un ordre, cependant parfois on peut mettre du temps à faire la part des choses, à savoir si ça vient du réel ou du symbolique. On voit là comment le névrosé obsessionnel prend à son compte la barre de la division du sujet.

Au niveau étymologiquement, le mot obsession vient d'un mot latin signifiant assaillir, assiéger. Il y a là une connotation avec le comportement de l'obsessionnel : il est dans une guerre dont il ignore les enjeux. Un désir n'est pas assumé et revient en faisant irruption à la pensée.

En psychiatrie on distingue trois types d'obsessions :

- Idéative : ce qui assiège c'est une espèce de rumination mentale. Cette rumination peut être concrète, par la répétition de mots, ou abstraite, par la rumination d'idées desquelles le sujet ne peut pas se défaire. La mise en acte devient problématique.

- Phobique : souvent les patients parlent de phobie, mais cliniquement parlant on est plus dans le fait d'être assailli par la crainte spécifique de quelque chose. Toutes les mesures de précautions mises en place par le patient ne permettent pas de rationnaliser cette crainte. Dans l'idée de l'obsession phobique on retrouve souvent les thématiques de la maladie, de la contamination, de la souillure. Il y a quelque chose qui ne respecte plus certaines limites imaginaires dans lesquelles le patient évolue. La limite entre le dedans et le dehors est une limite moïque, nécessaire mais non réelle.

- Impulsive : ce qui assiège ici c'est la crainte de commettre un acte, souvent immoral et parfois criminel, ou alors cela concerne la crainte de commettre un acte absurde. Pour nous cliniciens, cette crainte de commettre un acte qui fait rupture est souvent liée à des contextes particuliers. Le symptôme est donc avant tout une formation de compromis. Les contextes dans lesquels cette crainte apparait sont souvent un contexte cérémonial, où chacun a sa place. Le sujet n'a ici rien à dire, juste à suivre la cérémonie, le protocole. C'est précisément dans ces moments là qui appellent à un effacement du sujet, que surgit la crainte de commettre un acte qui trancherait avec ça. En gros, il y a du sujet là dedans : le clinicien doit essayer de comprendre ce qu'il y à dire sur cette surrection du sujet au moment où il n'y a rien à dire. Ce type d'obsessionnel passe très peu souvent à l'acte.

 

Du point de vue psychanalytique, la grande difficulté de l'obsessionnel c'est de s'assurer sujet. Ceci dit, les obsessions peuvent être complémentées par les compulsions, des rites obsessionnels. Non seulement l'obsessionnel se vit contraint dans sa pensée mais parfois il se vit aussi contraint à faire des rites. Pendant longtemps, Freud a appelé la névrose obsessionnelle névrose de contrainte (zwangneurose). Cette dernière qualifie des rituels par lesquels le sujet arrive à faire baisser ses angoisses et/ou ses obsessions.

Si l'obsessionnel est sans cesse en train d'essayer de donner du sens, est-ce que tout du rituel et de l'obsession peut être décrypté, déchiffré ? Est-ce que tout peut être mis en sens ? En 1907 il s'interroge sur la différence entre rituel religieux et obsessionnel. De plus, il met en avant le fait que dans l'obsession tout peut être interprétable et tout peut rentrer dans le registre du sens. Cependant, si on pense que tout est interprétable est-ce qu'on n'est pas dans une approche obsessionnel de la névrose obsessionnelle ?

Notre façon de penser notre rapport au désir ne concerne pas uniquement la psychopathologie de l'autre. C'est à dire que le rapport du manque dans l'autre est aussi affaire de la théorisation de la psychopathologie. La théorisation de la clinique est un fait du langage, et donc en théorisant on ne peut faire autrement que de se positionner face à un manque dans la voix.

Si on ne s’attache pas uniquement à la psychopathologie, mais qu’on essaye d’aller au-delà, on est amené à constater que la névrose obsessionnelle est une position subjective dont on va pouvoir trouver d’autres manifestations, expressions, bien au-delà de la simple psychopathologie.

 

La disposition à la névrose obsessionnelle, Freud (1913) :

 

L’idée que Freud développe en 1913 est la question du choix de la névrose, ce qui mène un individu à développer cette position particulière. Pour parler de la disposition à la névrose, Freud reste fidèle à ce qui est important pour lui : le développement de la vie sexuelle. Ce qu’il entend par disposition, à la névrose obsessionnelle, c’est une fixation. Dans ce texte, il montre comment son échafaudage théorique est sans cesse remanié par l’épreuve de la clinique. Il démontre que la proposition théorique qu’il fait ne correspond pas à la clinique. Cela va le conduire à remanier sa théorie, à la reformuler pour qu’elle puisse mieux rendre compte des manifestations de la clinique.

 

La clinique de la psychose a forcé Freud à intégrer un nouveau stade dans le développement libidinal : celui du narcissisme. Il indique qu’au départ les pulsions partielles ont un fonctionnement auto-érotique, trouvent leur satisfaction dans des zones du corps propre pas encore unifié. Il sera par la suite forcé, par l’expérience clinique de la psychose notamment, de s’apercevoir qu’il y a un temps ultérieur qui s’appelle le narcissisme et dans lequel les pulsions commencent à se lier mais ne s’adressent pas encore au corps étranger, de l’autre, mais elles se dirigent vers le Moi. Par la suite, ces pulsions peuvent tout à fait vivre la question de l’objet, l’idée qu’il y a l’autre à aimer et que la pulsion doit aussi se satisfaire sur l’autre, en terme de génitalité à l’époque.

L’hypothèse de Freud est que le développement de la libido n’est pas le développement de l’individu : c’est bien le développement du lieu et du mode d’investissement des pulsions partielles. C’est le temps qui peut donner lieu à des fixations. On n’a théoriquement pas accès à ces temps tant qu’il n’y a pas l’apparition de symptômes qui sont en fait la manifestation des points de fixation que la libido a subie par le passé. Avec le cas Schreber, Freud remarque bien qu’il y a un retrait des investissements des objets vers le Moi dans la psychose. Il n’y a donc pas d’investissement d’objet, et elles seraient par conséquent inaccessibles au transfert. Il ne dit pas d’emblée que la psychose n’est pas accessible à l’analyse, il n’y est juste pas arrivé lui-même. Il constate ce retrait des investissements ce qui le mène à penser qu’il y a une fixation au niveau du narcissisme, notamment avec le délire des grandeurs (moi immense qui surgit dans un délire).

 

Pour Freud la disposition à tel ou tel type de structure est libidinale et dépend des points de fixations de la libido qui ont été faits le long de la ligne. Il y a donc un temps où la libido peut se fixer sur le narcissisme puis continuer et lorsqu’il y a rupture elle va revenir à son point de fixation. Dans la névrose obsessionnelle, ce qui est prévalent, pour Freud, c’est la dimension de haine, de sadisme et aussi le caractère anal, avec des enjeux de jouissance particuliers sur le fait de retenir. Si bien que Freud en vient à qualifier la formation réactionnelle, transformation en son contraire d’une motion pulsionnelle, qui est un des mécanismes de défense mis en place notamment dans la névrose et plus particulièrement dans la névrose obsessionnelle. Cette supposition se retrouve déjà dans l’étude d’Anna O., où la formation réactionnelle était déjà d’un mécanisme de défense : elle souhaitait protéger ses proches, de plus elle a aussi des rites de lavage et une obsession de la pureté. A la fois mesure réactionnelle contre la haine des autres mais aussi formations réactionnelles vis-à-vis des obsessions anales avec ses lavements.

Freud va amener un pan supplémentaire dans lequel la libido et les pulsions partielles ne sont plus satisfaites de manière séparée sur le corps ou unies sur le Moi propre, elles commencent à être adressées à l’autre mais cette dimension anale fait qu’on n’est pas encore au niveau de la génitalité. Il amène l’hypothèse ici d’une organisation prégénitale : temps intermédiaire caractérisé par le fait qu’au moment du refus, la libido revient sur ce type de modalité pulsionnelle. Ce n’est pas encore l’autre en entier comme objet d’amour, les pulsions s’adressent à l’autre mais sous leur forme partialisée. C’est avec ce modèle là qu’il essaye de rendre compte la clinique, cependant on réalise grâce à ce texte que c’est la clinique qui prime. La théorie est en fait là pour tenter d’expliquer la complexité de la réalité clinique, qui prime sur la théorie.

Le retour au narcissisme se manifeste par la paranoïa. Une formation intermédiaire entre narcissisme et auto-érotisme rend compte d’une autre formation de la psychose : la schizophrénie.

 

Un symptôme apparait, non seulement du fait de la régression, mais plutôt par le fait que dans la vie de tous les jours on est sans cesse en train de lâcher des investissements. Une fois que la libido désinvesti l’objet, Freud se demande ce qu’elle devient. Elle peut rester libre, menant ainsi à l’apparition de l’angoisse et notamment à l’hystérie d’angoisse. Elle peut aussi revenir à un point de fixation antérieur. Il y a alors plusieurs possibilités. Ce travail de retour du coté d’un point de fixation peut être couvert par le refoulement selon Freud, cela peut s’accorder avec le Moi qui réussi ainsi son travail de refoulement.

Freud se pose la question de savoir si ce retour vers la fixation prédisposante n’est pas ce qui permet de marquer le caractère. Le clinicien est convoqué lorsque le sujet reconnait qu’il y a un au delà du caractère. Le symptôme apparait lorsque le sujet se rend compte qu’il ne peut plus dire « je suis comme je suis », il va mettre en place des comportements qu’il ne maitrise pas. Les symptômes apparaissent notamment, selon Freud, lorsque le refoulement de ces retours ne fonctionne pas. Autrement dit, dans ce travail de reflux, il y a quelque chose qui se braque, une nécessité de faire entendre un message de compromis dans lequel le symptôme s’incarne. Il y a une sorte de lutte pour ne pas admettre cette régression là. On est alors dans le moment du symptôme, qui devient quelque chose d’accessible au clinicien.

L’idée de cette prédisposition est donc de rendre compte d’un style obsessionnel. Freud appelle ça un caractère obsessionnel, nous appellerons ça le style. Ce modèle là, il va le garder avec l’idée que plus la disposition se met tôt dans le développement et plus l’apparition du symptôme est tardive. Il y a une espèce d’enjeu croisé, où Freud repère que l’hystérie peut se rencontrer très tôt chez l’enfant, la névrose obsessionnelle se manifesterait plus tard, suivie par la paranoïa et enfin par la schizophrénie. Sur ces deux derniers points, c’est moins simple puisque la schizophrénie peut déjà apparaître à la fin de l’adolescence. Ce qui est intéressant c’est de voir cette inversion entre le temps de la manifestation et le temps de la fixation. De plus, plus le temps de fixation de la libido est antérieur et plus les dégâts sont massifs.

Le modèle présenté ici s’inscrit dans la première topique de Freud, avec la notion de conscient et d’inconscient apparentés au caractère.

 

Inhibition, symptômes, angoisse, Freud - Chapitres 5 et 6 :

 

Il présente ici un modèle complémentaire dans lequel il intègre sa deuxième topique. Il essaye là de rendre compte de la clinique de la névrose obsessionnelle avec une particularité dérangeante : les défenses que construisent les patients obsessionnels sont sans cesse infiltrées par la jouissance. Freud va articuler cette deuxième topique pour essayer de rendre compte de cette idée. Tout en maintenant valide la disposition originale, il propose le fait que le Surmoi se fait aussi féroce que ce qu’est le Ca. Il maintient donc une notion d’impulsivité du sujet obsessionnel en ajoutant l’idée que le Ca envoie au Moi ces motions pulsionnelles de haine sauf que le Moi ne comprend pas qu’il s’agit de sa libido à l’autre, de son érotisme. Le Moi refuse ainsi d’intégrer cette haine. Mais par ailleurs le Surmoi également impose au Moi sa férocité puisque le Surmoi est issu du Ca, il est composé des pulsions, c’est un œil qui regarde, une voix qui parle.

Le sujet est donc pris en tenaille entre un Ca qui se fait de plus en plus revendicatif, car il ne reconnait pas sa haine comme provenant de sa propre part, et de l’autre coté un Moi qui est de plus en plus soumis à la sévérité du Surmoi. Freud dit alors que « ce qui exerce la défense est devenu plus intolérant, ce contre quoi doit s’exerçait la défense est devenu plus insupportable », sauf qu’il y a une origine unique : la fixation au niveau des pulsions sadiques et anales. Le travail du Moi étant un travail de synthèse, si le clinicien réduit son travail sur le Moi ce dernier va s’épuiser dans le discours. Il faut aussi entendre autre chose : le sujet.

 

Deux autres mécanismes interviennent :

- L’isolation : il s’agit d’une façon de contrôler la libre association. Dans ces cas là on a à faire à des entretiens très réfléchis dans lesquels le patient ne se laisse pas aller à l’association. Cependant, l’idée du psychologue c’est de permettre d’instaurer un régime de parole différent, où le Moi cède un peu, arrête de vouloir tout contrôler, pour laisser parler le sujet et les signifiants imprévus, non anticipables par la réflexion. Il faut lâcher l’emprise de la réflexion. Là où le névrosé obsessionnel pense la parole comme une concentration, la rencontre avec un psychologue clinicien c’est plutôt penser la parole comme un relâchement de la concentration.

- L’annulation : renvoie de façon encore plus évidente au rapport que le sujet obsessionnel entretien avec le plaisir, et notamment avec le plaisir de l’autre. On change de contexte théorique, même s’il s’agit de rendre compte du même phénomène et avec des théorisations qui ne sont pas forcément inconciliables. Il s’agit du fait de faire un acte puis dans un second temps de revenir sur cet acte pour l’annuler. Il y a un coté irrépressible, même si le sujet se donne de bonnes raisons pour justifier son comportement. Cela amène Freud, dans le cas de « l’Homme au rat », à penser que ce qui est en jeu ce n’est pas d’annuler l’acte mais bien une motion pulsionnelle. Avec Lacan on parlerait d’annuler un désir.

 

Et donc, toute la question de la névrose obsessionnelle dans son rapport au désir est pensée avec Lacan à partir du T1 d’identification au phallus, temps de jouissance particulière qui doit par la suite être abandonné. La névrose témoigne bien du fait que ce temps a été dépassé, cependant il reste des traces. Ces derniers peuvent être vus dans certains rêves des patients obsessionnels : s’il y a quelque chose de menaçant derrière une porte, elle est fermée mais derrière se trouve une menace qui ne surgit jamais vraiment mais reste menaçante derrière. Dans l’hystérie, derrière il y a le désir de l’autre alors que dans la névrose obsessionnelle il n’y a pas le désir de l’autre, mais la jouissance. Ce que nous comprenons là avec Lacan c’est que ce T1 de l’identification a certes été dépassé, mais la façon dont il a été vécu demande toujours au sujet de s’en protéger. La motion pulsionnelle est pensée, avec Lacan, que le temps est dépassé, mais qu’il reste des traces.

 

Ce style obsessionnel va prendre au moins deux formes, suivant qu’il s’adresse à l’Autre ou au phallus :

- Dans le rapport à l’Autre : l’idée c’est que la découverte du désir se fait par rapport au désir de l’autre et par l’identification à ce qu’est l’objet de désir de l’autre puis au fait de ne plus l’être. Il est possible que ce temps là, d’être l’objet du désir de l’Autre, soit vécu par le sujet comme un temps de jouissance possible de l’autre. Il va donc falloir se défendre ensuite, une fois qu’on quitte cette place là puisqu’on en reste marqué. Il s’agit donc de se défendre du désir de l’Autre. D. Lachaud dit qu’il n’est pas question de l’attachement à la mère mais plutôt de l’attachement de la mère pour celui/celle qui a été son phallus. L’enjeu de haine c’est comme si la haine venait de l’autre, autre maternel. Lorsque l’attache de la mère pour le phallus est trop forte elle se mute en haine, c’est ce qui ne permet pas à l’enfant de pouvoir effectivement partir. Il est question de fantasme puisque l’enfant a quitté cette position mais il reste marqué par la haine en provenance de l’autre. Cela mène le sujet obsessionnel à vouloir se défendre de tout désir qui pourrait au final, derrière la porte, se transformer en haine. Le névrosé obsessionnel redoute généralement que la jouissance soit possible. Là où le pervers démontre que la jouissance est possible, l’hystérique regrette que la jouissance ne soit pas possible et donc aspire à une autre jouissance, le névrosé obsessionnel redoute que la jouissance soit possible. Cependant il confond désir et jouissance et pour lui tout désir peut se transformer en jouissance. Cela rend cliniquement les entretiens assez difficiles.

- Le phallus : ce n’est pas la haine en provenance de la mère qui devient enjeu ici, mais plutôt la haine qui est dirigée contre le phallus. C’est à dire que le phallus devient un rival. Dans le Séminaire V, Lacan dit « je veux être ce qu’elle désire », la position de l’obsessionnelle est la suivante : « pour l’être il faut que je détruise ce qui est pour l’instant l’objet de son désir ». Ce n’est plus donc une haine dirigée vers l’Autre mais vers ce qui fait phallus pour la mère. La difficulté c’est que souvent ce qui fait phallus pour là mère, là où elle désire ailleurs, c’est inégalable puisque l’enjeu ce n’est pas d’être le phallus mais c’est au final de ne pas l’avoir. Etre en rivalité avec le phallus, dans la logique obsessionnelle, c’est une lutte à mort puisqu’il est impossible d’égaler le phallus. On retrouve ce que Freud avait repéré dès l’Homme au rat : cette haine au principe de névrose obsessionnelle. Si, pour l’obsessionnelle, le désir se transforme éventuellement en jouissance, il faut faire en sorte que ce désir soit impossible : l’obsessionnelle cherche un désir impossible. Il y a beaucoup de façons de rendre le désir impossible :

+ En transformant le désir en demande : il y a alors des implications redoutables dans le transfert puisque ce qui sera en jeu c’est la transformation du désir du clinicien en demande, comme si le clinicien demandait quelque chose au patient. Et transformer un désir en demande c’est annuler le désir puisque la demande comporte toujours un objet : « moi patient je vais faire en sorte que toi clinicien me demande telle chose ».

+ En transformant le désir en nécessité : c’est à dire en pur besoin.

. La difficulté, dans la clinique de l’obsessionnelle, c’est que dès que l’autre désire ce sera dangereux pour lui. Finalement, dans le transfert, il va s’agir de transformer la relation transférentielle en un lieu où il n’y a pas de désir. Le clinicien va céder sur son désir puisque s’il le met en jeu ce sera une entrave au travail. L’obsessionnel va tenter de rendre tout plat, mort, que ce soit dans ses relations personnelles que dans la relation transférentielle. C’est une façon de tuer le désir, cependant sans désir de l’autre, le sujet s’éteint.

. On retrouve ainsi cette propension à annuler ses propres actes. Il s’agit à la fois d’annuler l’autre mais aussi de le protéger puisqu’il faut qu’il y ait de l’autre pour que la fonction sujet perdure. Il y a toujours, quand même au delà de cette destruction du désir, un appel : le phallus est vécu comme rival, mais il reste toujours un appel au père pour maintenir la castration maternelle. Cela permet de rester dans le champ de la névrose. Donc, dans le symptôme obsessionnel, il y a aussi un appel au père pour maintenir la castration maternelle.

+ Une autre façon de maintenir la castration maternelle ouverte c’est de disparaitre de la scène en tant que sujet, c’est à dire de faire comme s’il ne comptait pas, de se faire observateur de sa propre vie. Dans ce dernier cas il s’agit d’un observateur attentif à tout mais qui ne ressent rien, il est extérieur à l’action.

+ Pour détruire le désir, le sujet évite de se confronter au manque. Le fait de ne rien perdre, de ne pas choisir, est une façon de ne pas être confronté au manque : s’il ne perd pas le sujet ne manque pas et tente ainsi de se maintenir en créant un désir impossible.

 

Cliniquement, il y a deux difficultés, dans cette configuration transférentielle où il s’agit de détruire le désir du clinicien pour faire en sorte qu’il ne désire pas :

- Le sujet redoute que le désir du clinicien se transforme en jouissance, cependant ce n’est pas une raison pour le clinicien de rentrer dans le jeu de l’obsessionnel. L’Homme au rat à un rapport particulier au signifiant de cet animal, qui se révèle lorsqu’un capitaine lui raconte un supplice chinois. Ce qui fait basculer sa vie et provoque la transformation de son caractère obsessionnel en pathologie ce n’est pas le risque lui-même mais plutôt le fait qu’il découvre dans le récit une jouissance du capitaine. Il découvre qu’il peut donc y avoir une jouissance chez l’autre. La bascule se situe au moment où l’obsessionnel découvre que l’autre jouit aussi. Son univers devient alors incompréhensible pour le sujet, et il le sera aussi pour Freud. C’est en cela que la vie conjugale peut être un moment d’apparition du trouble obsessionnel. La question pour le psychologue se pose au moment de l’entretien : il va falloir être extrêmement attentifs, à ce qu’à ce moment-là, aux éléments, aux mouvements transférentiels, qui parfois nous poussent à mettre en acte notre jouissance. Il y a notamment le risque de sadiser un patient : avoir une vision basée uniquement sur les horaires, les tarifs, etc., c’est à dire uniquement par des mesures de rétorsion. Dans ce type de cas, l’enjeu ce n’est plus le fait de soigner, mais plutôt une jouissance sadique. Les patients obsessionnels ont peur que ça arrive, cependant ils font tout pour que ça arrive. Il faut pour cela que le clinicien fasse ce que Lacan appelle le squelette vide : l’analyste fait le mort, dans une position discrète permettant au sujet de « soulever le couvercle de son tombeau, et risque un œil avant de risquer un doigt ».

- Il est aussi question de la réflexion, des processus secondaires. Nier le désir c’est nier les processus primaires, s’interdire d’associer librement. L’obsessionnel va ainsi maintenir les processus secondaires très présents, actifs, pour éviter d’associer. Dans le discours obsessionnel tout est question de logique. Si nous-mêmes nous faisons des constructions logiques dans nos discours, finalement on donne du moulin à l’obsessionnel. Tout ce qu’on fait sert à alimenter son processus secondaire et à se défendre contre son désir et à l’acceptation de ses processus primaires. Cela nous pousse à trouver des modalités d’intervention qui ne soient pas des modalités secondarisées, d’explication. Expliquer à très peu d’effet avec les patients obsessionnels, pour cela on part vers des interprétations différentes pour travailler avec l’obsessionnel : avec Lacan on parlera d’interprétation poétique. La clinique avec les patients obsessionnels nous oblige donc à intervenir sur d’autres modalités que celle du sens et de la construction. En ce sens, la clinique obsessionnelle est toujours d’actualité : il y a quand même une demande importante de la part de l’obsessionnel pour l’analyste.

 

3. La psychose :

 

Les psychoses sont classées en deux grandes catégories :

- Une partie intégrée à l’intérieur du pôle psychotique.

- Une autre à l’extérieur du pôle psychotique, ce sont les psychoses processuelles.

 

Ce qu’il est important de savoir c'est que le domaine de la psychopathologie psychanalytique est immense. De ce fait, il est vraiment indispensable pour le praticien, le psy en l'occurrence, de se situer avant, d’éventuellement, entrer dans le détail.

Se repérer est important pour éviter de s'égarer, il faut donc retenir cette idée de repérage. Quand un futur patient vous parlera, il sera important pour vous de pouvoir le situer à l'intérieur d'un pôle d'organisation psychique. Alors pourquoi je préfère employer le terme de polarité ? Il est vrai qu'on a davantage l'habitude d'entendre le mot structure de personnalité. Parler de structure cela me semble réducteur car cela renvoie au modèle structural uniquement.

Définition : les polarités sont des repères fondés sur la concordance entre les approches complémentaires qui fondent le domaine de la psychopathologie psychanalytique.

L’idée de pôles implique une souplesse plus importante que si on parle de structure. Il y a donc le pole de la psychose, celui de la perversion, voire de l’état limite, et enfin celui de la névrose.

 

Il est possible d'établir une correspondance entre une approche psychogénétique, une approche clinique et une approche structurale. Cette correspondance lorsqu'elle est parfaite définit un pôle. Les pôles, concepts organisateurs de la connaissance, sont comme des projecteurs qui, éclairant une zone, ne préjugent pas de ce qu'on y voit et peuvent être déplacés et régler en fonction des nécessités.

Les polarités permettent d'organiser le champ de la connaissance et donnent un repérage efficace. Elles reprennent la conception classique comme névrose, psychose, perversion et la toute dernière plus controversée appelée états limites ou en anglais borderline. Il est important d'éviter une classification rigide qui se limite uniquement à la pathologie, l'idée du pôle amène peut-être de la souplesse en définissant des sphères d'influence et non des cases étanches. Il est important de ne pas figer un malade à l'intérieur de son symptôme, de ne pas le réduire à son symptôme. Le terme polarité est un instrument de lutte contre la parcellisation de la clinique dans des catalogues abscons, comme le veut l'empirisme dogmatique du DSM.

Un pôle correspond à un point idéal de parfaite cohérence entre les données psychogénétiques, les caractéristiques cliniques et les particularités de la structure psychique. Chaque pôle doit donc être envisagé sous trois angles, trois points de vue : le clinique, le structural et le psychogénétique.

Le pole est défini d’un point de vue clinique, structural et psychogénétique. L’idée du pôle c’est la cohérence entre les différentes données et donc chaque pole est envisagé sous ces trois aspects. Le point de vue clinique est le tableau clinique réalisé par la description des symptômes, des traits de caractères, de modalités relationnelles... Les instances et les mécanismes psychiques sont, du point de vue structural, associés entre eux dans une structure organisée selon une cohérence propre. On parle ici de Ca, Moi et Surmoi. Du point de vue psychogénétique, il y a un développement psychique caractérisé par des phases évolutives ayant un effet organisateur. C’est là les phases de développement psychiques qui débutent par l’oralité, puis l’analité et enfin la génitalité.

 

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Si l'on s’en tient aux connaissances actuelles, qui ne sont en rien définitives, on peut distinguer trois pôles : névrotique, intermédiaire, psychotique. Rien ne dit qu'il ne faille pas en ajouter d'autres, si les connaissances évoluent.


« Un névrosé, c'est quelqu'un qui sait pertinemment que 2 et 2 font 4, et ça le rend malade ! Un psychotique, c'est quelqu'un qui croit dur comme fer que 2 et 2 font 5, et qui en est pleinement satisfait ». Pierre Desproges. On peut rajouter qu’un pervers c'est quelqu'un qui sait pertinemment que 2 et 2 font 4 mais qui va essayer de tout faire pour te faire croire que 2 et 2 font 5.

 

Ce terme a été introduit en 1845 par le psychiatre autrichien Ernst von Feuchtersleben (1806-1849) afin de remplacer celui de folie ou d’aliénation devenus péjoratifs et définir les maladies de l'âme dans une perspective psychiatrique.

Les psychoses s'opposent aux névroses. Le terme psychose à d'abord désigné l'ensemble des maladies dites mentales, qu'elles soient organiques  (ex : delirium tremens ou démences séniles ou plus spécifiquement mentales), pour ensuite se restreindre aux trois grandes formes modernes de la folie : schizophrénie, paranoïa et psychose maniaco-dépressive.

Le mot apparaît en France en 1869.

Freud reprend comme concept de 1894, le terme est d'abord employé pour designer la reconstruction inconsciente par un sujet d'une réalité délirante ou hallucinatoire. Il est ensuite inscrit à l’intérieur d'une structure tripartite dans laquelle il se différencie d'une part de la névrose et d'autre part de la perversion. Sous l'influence de la psychanalyse et par opposition au cadre de la névrose le terme a pris un sens plus structural que nosologique désignant un mode d'organisation de l'activité mentale caractérisé par un déni de la réalité, un repli narcissique de la libido et/ou de modes archaïques de relation objet (symbiotique, ambivalente, orale).

Les moyens de défense principaux de la psychose sont la projection, le déni, le dédoublement du Moi responsable des voix, hallucinations...

 

a. Les formes psychotiques :

 

La forme paranoïaque :

 

Cette forme se caractérise par l'importance de l'agressivité et des tendances projectives. Elle a été mise en évidence par Kraepelin puis précisée par Perrin et Lacan. Le sujet a un caractère dur, renfermé et parfois il délire, l'organisation de la personnalité est dominée par les défenses caractérielles.

 

L'enfance : les problèmes débutent vers 3-4 ans. L'enfant est timide avec les adultes et les autres enfants, instable, il se tient à distance des autres. Relation à la mère ambivalente et parfois haineuse, le père est peu présent et l'enfant essaye de l'éviter. Il peut y avoir une anxiété importante non maîtrisée,  des terreurs nocturnes et des craintes diverses. Vers l'âge scolaire apparaissent des aspects pseudo-phobiques qui sont en lien avec des peurs archaïques. Pas de déficit intellectuel. Ces sujets sont très jaloux des camarades et de la fratrie. Ils sont insatisfaits de leurs résultats à l'école. Ils pensent que les professeurs, leurs parents sont injustes à leur égard. Des faits insignifiants sont grossis et montés en épingle. A l'adolescence, ils deviennent très rigides, ils sont autoritaires et tyranniques avec leurs camarades, ils professent des opinions tranchées et irréfutables, ils peuvent adhérer à des opinions politiques avec fanatisme. Relation avec l'autre sexe conflictuelle, il peut y avoir des premiers épisodes délirants à l'adolescence. (Faire exemple de M.)

 

Le caractère : pour le parano le monde est d'évidence et immédiatement comme il le pense. Orgueil, méfiance, rigidité, fausseté du jugement, mépris, agressif sont certaines de ses caractéristiques. Il est suspicieux, les autres lui veulent du mal, il croit qu'on lui manque de respect, il tolère très mal les critiques, il ne peut pas se remettre en question. Il a ce qu'on appelle une « pensée unique », il est le détenteur d'un savoir unique et inébranlable. Parfois le parano utilise les titres sociaux, les filiations illustres réelles ou fictives pour donner un étayage à sa parole, renforcer ses dires.

 

Les conduites et les relations : la parano donne des significations à des comportements qui n'en ont pas. Il s'idéalise beaucoup avec une fausseté de jugement. Il peut faire une carrière sociale et professionnelle spectaculaire tellement son adaptation est excellente. Dans les relations hiérarchisées, il est dur envers ses inférieurs, obséquieux envers les supérieurs et agressif et jaloux avec ses pairs. Il peut facilement nuire sans remords pour arriver à ses fins (calomnies, vengeances préméditées).

 

Rationalisme et délire : ce sujet est très rationnel, trop rationnel, sa parole devient dogmatique, il peut argumenter des heures un point de vue, ses thèmes préférés sont les thèmes idéologiques (revendication sociale, racisme, peine de mort) ou concernant l'entourage (voisinage, conjoint infidèle). Parfois ce rationalisme peut se transformer en délire, qui est systématisé, vraisemblable et inébranlable. Le délire peut s'apaiser et reprendre ou se chroniciser. Il s'alimente d'interprétations, d'intuitions, le parano accumule les épreuves, rumine sans cesse. Les passages à l'acte peuvent prendre des formes diverses procédures, agressions jusqu'au meurtre, séparation.

Le psychotique est un comme un cristal fêlé qui se brise sous le choc en fonction des précédentes fêlures. Le névrosé est un vase non fêlé.

Parmi les principaux traumatismes on trouve la bouffée délirante aigue qui arrive soudainement et cela apparait comme critique d’autant plus que le sujet est normalement intégré. Elle guérit spontanément chez certains, mais peut persister. Le délire a un aspect onirique avec des thèmes de persécution, de grandeur, mystique... Les mécanismes mis en place sont l’interprétation, les intuitions, les illusions. L’humeur est variable et la vigilance est altérée.

Les délires en réseau sont déclenchés par des circonstances pénibles, il peut durer quelques mois ou quelques années. Il y a plusieurs éléments autour du thème central du délire. Les propos sont assez peu convaincants. Mécanismes : rationalisation et persécution. Le délire peut concerner une personne ou un groupe de personnes qui sont intervenus à un moment donné dans la vie du sujet.

 Les délires en secteur avec l’idée que le délire est une conviction inébranlable qui peut durer quelques mois ou toute la vie. Il se développe dans l’ordre, la clarté et la croyance et le patient peut être tellement convainquant qu’on pourrait y croire. Mécanismes : rationalisation avec des déductions possibles.

Pour le psychotique paranoïaque il n’y a pas de doutes possibles ou de remise en questions.

 

L'évolution : avec l'âge, les traits de caractère s'accentuent, se rigidifient et se figent, la tendance au délire reste la même. Dans la vieillesse la baisse des facultés intellectuelles donne libre cours au délire même s'il est moins élaboré.

 

Les difficultés surgissent au niveau de l'individuation (0-2 ans). Le rapport à l'autre est dominé par la crainte et la haine. Cela correspond à un rapport persécutif à l'autre, l'objet est clivé tout bon ou tout mauvais. Une réorganisation défensive se met en place au cours de la deuxième structuration entre le stade anal et  phallique. Des mécanismes de défense de type contrôle, rétention, ritualisation se mettent en place et sont puissants. Le stade anal est  surinvesti, la tendance homosexuelle est forte mais toujours refoulée. Le ça est fragile, les pulsions agressives sont importantes, il existe une déficience de la fonction réalitaire. Le moi est défaillant et le surmoi est archaïque.

La possibilité d'une place donnée par l'ordre symbolique au sujet n'est pas ignorée mais vacante et donne lieu à des tentatives de compensation, recherche du pouvoir ou filiation illustre (ex : je suis le fils de Dieu). Selon Lacan, la psychose prendrait source dans la forclusion du Nom du père, c'est-à-dire dans l'impossibilité pour le sujet d'intégrer la loi du père, à savoir l'interdit de l'inceste et du meurtre. Les aspects symboliques ayant trait au rôle paternel ne sont pas transmis et donc pas assimilés (ex : un père qui tue sa femme devant son enfant vient bafouer l'interdit du meurtre). Pour le parano, l'imago du père est toute puissante, l'idéal et le surmoi restent archaïques.

 

Le trouble narcissique : la haine prime sur la libido, le narcissisme et le rapport au monde se constituent de façon pathologique. Le sujet n'a pas de bon objet sur lequel se construire, il se défend donc en projetant et en s'identifiant à l'agresseur pour assurer son intégrité narcissique. Le sujet sent avoir été lésé au niveau existentiel, il va donc s'employer à rechercher des préjudices en toutes occasions. La jalousie, par exemple le sujet pense que son conjoint le trompe mais surtout qu'il est trompé.  La grandeur méconnue : le parano sûr de sa valeur et de sa supériorité est dédaigné et il ne le supporte pas, il va tenter toute sa vie sur le mode de la projection délirante, de palier à la blessure narcissique initiale.

 

Projection : le sujet projette chez l'autre, en dehors de lui, ce qui lui appartient. En général un projet agressif (ex : il ne m'aime pas il veut me nuire). Le sujet attribue à l'autre ce qui lui appartient et qu'il ne peut pas reconnaître. Ex : chez le jaloux c'est la tendance homosexuelle qui est attribuée et dans la persécution c'est le sadisme.

 

La forme distanciée :

 

La personne donne une impression d'originalité, d'être un peu hors du monde. L'adaptation sociale  et relationnelle se fait grâce à des recettes qui lui permettent d'exercer un métier et d'avoir une vie de famille. Cette forme est également répartie dans les deux sexes.

 

L'enfance : vers 2 ou 3 ans premières manifestations polymorphes. Difficultés de communication, enfants renfermés, qui s'isolent et se sentent seuls. Ils peuvent se réfugier dans l'hyperactivité ou l'agressivité. Parfois attitude précieuse, maniérée. Ces enfants ne supportent pas l'absence de la mère avec laquelle ils entretiennent une relation fusionnelle même s'ils ne sont pas comblés par elle. Ils ne gèrent pas la séparation, aller à l'école est difficile, car peut les angoisser, les rendre dépressifs.

Le monde est perçu comme hostile et effrayant. On trouve un attachement massif à certains objets familiers (ex : doudou). Retard d'apprentissage, réduction et fixité des intérêts mais aucun déficit intellectuel.

A l'adolescence, la fragilité se manifeste, les jeunes n'arrivent pas à être autonomes, ils peuvent se marginaliser. Ne sachant pas comment se comporter ils peuvent emprunter des comportements de façade, il peut y avoir décompensation qui culmine en états dépressifs, peurs massives entraînant des conduites de repli ou de toxicomanie.

 

Le caractère : égocentrisme, influençabilité, différence, distance. Le degré d'affirmation de soi est variable. On remarque un égocentrisme, mais ce n'est pas un égoïsme agressif et intéressé mais plutôt une tendance naïve et infantile, la personne est soucieuse uniquement de ses problèmes. Le sujet a l'impression de ne pas être comme les autres, il se sent coupé, isolé. Deux inflexions dans le caractère sont possibles, soit un personne faible, fragile qui a l'impression de vivre dans un monde qui ne lui appartient pas, et il a peur que les autres s'en aperçoivent, soit le caractère est mieux affirmé, la personne peut assumer des responsabilités et a moins besoin de distance protectrice. Il apparait comme un original, quelqu'un qui a ses idées, un artiste, ou s'il est un intellectuel quelqu'un comme le professeur Tournesol.

 

Les conduites et relations : le sujet n'a pas le mode d'emploi socio relationnel, comme il agit selon des modèles et pas intuitivement, il peut rapidement être en échec. La sexualité est non satisfaisante, vécue avec une sorte d'incompréhension. On peut également trouver des conduites désadaptées compte tenu du mauvais contrôle des impulsions sexuelles. En particulier chez les hommes affirmés on peut retrouver exhibitionnisme, harcèlement, séduction maladroite. Généralement ces conduites ne vont pas aussi loin au point d'avoir des problèmes avec la loi. Le sujet peut vivre encore avec les parents, ou leur téléphoner quotidiennement notamment la mère. Il peut se chercher un conjoint maternant, la morts des parents peut être l'occasion de décompensations délirantes.

 

Quelques syndromes caractéristiques : ces sujets sont souvent dans l'impossibilité d'accomplir un acte qu'ils avaient prévu, ou alors ils peuvent faire ou dire quelque chose qu'ils ne voulaient pas dire ou faire. Ils sont maladroits. Ex : la personne veut parler et reste muette. Parfois on remarque des actes bizarres : rituels domestiques, ou sur le lieu de travail, cadeaux intempestifs, il s'agit souvent de conduites destinées à interpeller l'autre mais qui sont d'une grande maladresse. Il y a une mauvaise intégration corporelle qui engendre une certaine gaucherie, ou une rigidité d'attitude, le sentiment de flotter, de se dissoudre, de ne pas marcher droit. On trouve aussi des troubles fonctionnels courants : nerveux, cardiaques, digestifs, urinaires, ces symptômes peuvent être aussi d'allure hypocondriaque.

Les épisodes délirants sont rares mais peuvent intervenir à l'occasion d'une modification professionnelle, une rupture sentimentale, un décès dans la famille. Si les circonstances sont favorables, ces épisodes s'estompent. Ex : naissance d'un enfant psychose puerpérale, mort d’un parent, délire de négation.

 

L'évolution : elle dépend directement de l'entourage, s'il est solide le sujet peut rester adapté et stable, en cas de solitude et si le distancié perd ses appuis, il peut y avoir une aggravation progressive.

 

C’est la psychose la plus simple, sans défense intense venant compliquer l’organisation psychique. La crainte principale concerne la survie. La peur, l’absence de réassurance, les identifications insuffisantes donnent des difficultés permanentes dans les relations humaines.

Il y a toujours une famille problématique derrière cette pathologie, le père est absent ou mort ou nié par la mère. Le problème vient aussi des incohérences dans les attitudes froides puis chaleureuses, distantes ou proches, la mère ne joue pas son rôle de pare excitation et d’apaisement. Dans la première enfance, angoisse de mort massive qui pousse le sujet à se défendre grâce au déni ou à la projection. Les causes sont à imputer aux parents ; la mère pas apaisante, le père non rassurant. La problématique œdipienne surgit mais l’entrée dans la troisième phase de structuration avorte rapidement. Le surmoi garde une forme archaïque.

 

Le soi et le faux soi : le narcissisme s’organise de manière pathologique. Pour faire face à l’effondrement narcissique le sujet se fabrique ce que Winnicott (1960) a appelé faux-self. Le faux soi est constitué par des identifications correspondantes à la pression de l’environnement social (un faire semblant) (ex du suicidaire). Jouer le faux self névrotique alors qu’on est psychotique. Cette forme permet une adaptation mais qui peut ne pas tenir.

 

L’attachement à la mère : le sujet manifeste un attachement à la mère concrète, un substitut ou dans les rêveries très fusionnelles, cela engendre une demande infinie. Une imago maternelle, bonne, idéalisée, surinvestie produit un appel constant. Winnicot parlait de mère suffisamment bonne.

Le sujet manifeste un défaut de symbolisation. Les événements du quotidien importants sont comme ignorés et énoncés sous forme de symptômes : somatisations, sentiments bizarres, actes compulsifs, illusions. Ce défaut de symbolisation prend sa source au niveau de la première structuration car défaut dans l’apaisement symbolique de la mère et défaut d’intégration de l’ordre symbolique par absence du père.

 

La forme histrionique :

 

C’est l’équivalent de l’hystérie névrotique mais puissance 4. On l’appelle histrionique pour éviter toute confusion. Les symptômes se manifestent avec conversion avec des crises paroxystiques. La problématique sexuelle et amoureuse est très importante. Elle est principalement féminine. L'idée de psychose hystérique a été reprise par Freud en 1895.

 

L’enfance : manifestation précoce dès trois ans. Comme dans les cas précédents, relation à la mère fusionnelle et ambivalente. Enfants très jaloux des frères et sœurs, difficulté d’endormissement, cauchemars, épisodes de régression, comportement de bébé, trouble de l’alimentation, des plaintes corporelles, somatisations. Difficultés scolaires bien que les capacités soient bonnes. L’adolescence  est chaotique, fugues, disputes, épisodes d’anorexie, vie marginale, toxicomanie, alcoolisme.

 

Caractère : égocentrisme, influençabilité, séduction, théâtralisme, préoccupations corporelles constantes, mauvais contrôle, pensée magique. L’histrionique est principalement centré sur lui-même. Le corps est sur investi, le théâtralisme très important, il se vante, il falsifie les faits, se fait passer pour quelqu’un d’autre. Il peut paraître collant, la quête d’amour prend souvent une allure passionnelle voire mystique. La pensée magique revient constamment, voyance, prémonitions... Ce sujet a une grande fausseté de jugement tant sur lui-même que sur les situations.

 

Conduites et relations : comme dans la forme précédente, attachement ambivalent aux parents qui persiste à l’âge adulte et entraîne une demande toujours déçue. Le diagnostic est parfois difficile car l’histrionique peut  bien être dans une coquetterie séductrice, une androgynie ou des provocations agressives (peut-être que Lara Croft est psychotique). Les relations professionnelles et amicales sont difficiles car il y a toujours une forte demande de fusion et un sentiment de persécution. Vie chaotique avec beaucoup de changements. On trouve des épisodes de toxicomanie, la vie sexuelle n’est pas satisfaisante, le sujet passe du célibat à la passion amoureuse, de l’abstinence à la prostitution.

 

Les crises et les délires : les crises sont diverses, cris, agitation, agressivité, larmes et rires mais aussi convulsion, état second, vision proche de l’hallucination, des discours en langues inconnues. Possession par le diable, par dieu, par des esprits, extase. Le délire se développe à partir d’intuitions et d'interprétations, d’illusions et d'hallucinations, il est empreint de théâtralisme poussé à l’extrême. Les thèmes délirants sont passionnés, érotiques. Les tentatives de suicide ne sont pas rares.

 

La mythomanie et autres : ce sujet  peut être mythomane, il invente des histoires invraisemblables, il y a toujours présence du paranormal, de célébrité, dédoublement de personnalité, viol imaginaire qui peut conduire à une plainte réelle. Le sujet dans ce récit peut se positionner comme agent, victime ou témoin du délire.

 

Les symptômes corporels : le sujet voit son corps de façon délirante, il imagine par exemple que les membres de son corps n'obéissent plus, ils sont laids ou déformés. Le corps est ici morcelé, il a des phobies massives comme la dysmorphophobie, cela porte sur l'apparence corporelle (préoccupation obsédante à propos d'une prétendue disgrâce corporelle) Cette peur peut entraîner des opérations chirurgicales esthétiques qui, bien entendu, ne résolvent pas le problème.

 

L'évolution : en général, elle est peu favorable, les attitudes sont difficilement supportées par l'entourage. A la longue, il peut y avoir désinsertion sociale et suicide. 

 

On entend souvent parler des problèmes sexuels et Œdipiens dans le pôle psychotique, ceci peut sembler paradoxal car le sujet ne dépasse pas le stade génital. Ce qui se passe en réalité c'est que la structuration et l'évolution continuent ce qui confronte le sujet à l'Oedipe mais qui ne sera jamais liquidé. Lebovici dit qu'il y a une Oedipification de surface qui réorganise la psychose. La mère archaïque est terrifiante, le père est tout puissant. La quête d'amour est absolue, il y a recherche de l'autre parfait. Parfois le sujet histrionique croit avoir trouvé son objet idéal narcissique, son double, c'est l'illusion érotomaniaque. La fonction imaginative prend le dessus ce qui rend le délire romanesque, rocambolesque. Dans les rares cas masculins, le sujet peut exprimer une féminité poussée allant jusqu'au transsexualisme. On voit bien que la sexuation a échoué. Une insuffisance grave des holding (soins maternelles) fait le lit de la psychose histrionique.

 

Fixation orale : le sujet histrionique est bien différent du sujet hystérique, en effet, alors que dans l'hystérie l'autre existe, il y a une certaine notion d'altérité chez l'histrionique, l'autre concret n'est pas un réfèrent objectal génitalisé. L'histrionique est bloqué, fixé au stade oral, ce qui se traduit par l'avidité affective, alimentaire et de contact.

 

L'inflexion anorexique :

 

A adolescence se développe notamment chez la fille l'anorexie mentale, on ne peut pas affirmer avec certitude qu'il s'agit d'une véritable forme psychopathologique on préfère donc dire qu'il s'agirait d'une inflexion du pôle psychotique.

 

Clinique : l'anorexique ne mange pas, absence de règle chez la fille, l'activité psychique et intellectuelle est intense. Le sujet ne se voit pas maigre, il refuse d'admettre qu'il a un problème. L'environnement réagit fortement. L'anorexie peut disparaitre mais si elle s'installe elle marque bien un aménagement caractériel de la psychose. Parfois le sujet anorexique meurt par dénutrition, incurie, maladie non soignée.

Structural et psychogénétique : on retrouve les mêmes préoccupations corporelles que chez l'histrionique, mais ici, le sujet est envahi par des pulsions mortifères. Le sujet se néglige, développe un côté masochiste, il prend du plaisir dans sa souffrance. Ce sujet mélange l'archaïque et l'œdipien.

La nourriture se clive entre bonne et mauvaise. La mauvaise est synonyme de sexualité et à ce titre rejetée, la bonne est lisse, asexuée et ne concerne que quelques aliments.

 

Les décompensations :

 

La bouffée délirante aiguë :

- Cela arrive soudainement, et cela paraît étonnant d'autant plus que le sujet apparaît adapté socialement. Il y a des circonstances ou un élément déclenchant gravement anxiogène comme une rupture, un échec. La bouffée délirante guérit spontanément en quelques semaines mais peut récidiver, elle survient principalement chez les histrioniques et les distanciés.

- Forme, mécanisme  et thèmes : le délire a un aspect onirique, en général on trouve des thèmes de persécution, de grandeur, des thèmes mystiques. Les mécanismes sont multiples; interprétations, intuitions, illusions plus qu'hallucinations. L'humeur est variable tantôt le sujet est triste, tantôt il est gai. La vigilance est généralement un peu altérée, le sujet est dans un état second.

 

Les délires organisés : ces types de délires sont moins oniriques et plus construits, ils peuvent durer longtemps, voire se chroniciser. On distingue les délires en réseau et les délires en secteur.

- En réseau : les circonstances pénibles font déclencher le délire. Il peut durer quelques mois ou quelques années. Cela survient chez les distanciés et chez les histrioniques.

+ Le délire se construit en réseau, il y a plusieurs éléments autour du thème central du délire. Les propos sont assez peu convaincants.

+ Les mécanismes sont la rationalisation et l'interprétation, mais le rationalisme reste flou peu convaincant, il peut y avoir des illusions perceptives. 

+  Les thèmes : cela concerne principalement l'affirmation de soi et les relations aux autres. Le délire peut concerner une personne ou un groupe de personnes qui à un moment donné sont intervenus dans la vie du sujet, ils ont joué un rôle. Il peut y avoir délire de revendication, ou de jalousie. Les sujets accumulent les preuves du tort qu'ils ont subi. Ils peuvent se sentir mal jugés, ils peuvent avoir honte de quelque chose qui n'existe pas (ex : être enceinte, ils peuvent penser qu'une piqure peut les mettre enceinte).

- Le délire en secteur : c'est typique chez le paranoïaque, le délire est une croyance absolue et inébranlable, cela peut durer quelques mois, quelques années ou toute la vie.

+ Ce type de délire est un délire en secteur, systématique qui se développe dans l'ordre, la clarté, la cohérence. Le sujet peut être tellement convaincant qu'on y croirait.

+ Les mécanismes qu'il emploie sont la rationalisation (déductions plausibles), l'interprétation et l'intuition soudaine qui confirme le délire. Les interprétations peuvent changer les mots et les actes d'autrui (faire exemple du jeune sourd).

+ Ce type de délire pousse le sujet et son discours à s'enfoncer  dans la réalité, cela signifie qu'il s’intègre et transforme radicalement un secteur du monde selon le postulat fondamental qui constitue le thème du délire.

+ Les thèmes : il y a toujours des ennemis à combattre dans ce délire. On décrit principalement  les délires de revendication et les délires passionnels.

+ Revendication le sujet pense qu'on lui a volé quelque chose, qu'on lui a porté un préjudice moral et concret (Ex : droit à la propriété).

+ D'autres revendiquent avoir inventé quelque chose et s'être fait volé l'invention. Ça peut aller de l'aspirateur à une soucoupe volante. Le sujet fait toutes les démarches pour  faire reconnaître son invention.

+ Il peut y avoir des sujets qui ont un délire idéaliste, ils pensent avoir les idées qui peuvent sauver le monde. Ils écrivent au président, ils vont à l'Élysée. Dans le délire de jalousie, le sujet accumule les preuves de l'infidélité de son conjoint. La situation du couple devient une situation triangulaire ou le tiers devient celui sur lequel il projette la haine et l'envie.

+ Délire érotomaniaque : quand le sujet a l'illusion d'être aimé par une personne prestigieuse à ses yeux, acteur, politique, personnage célèbre. Le sujet trouve des preuves d'amour chez l'autre qui n'existent pas (ex : s'il est indiffèrent c'est parce qu'il m'aime).

- Ces sujets peuvent en moment de crise avoir des raptus allant jusqu'au meurtre ou au suicide, avoir des  hallucinations.

 

Ces délires sont engendrés par un manque de la fonction symbolique. L'imaginaire s'emballe et ce qui d'habitude est uniquement imaginaire devient réel pour le sujet. Le thème renvoie lui à l'histoire du sujet et de sa psychogénèse (ex : dans la persécution, la lésion narcissique et la tendance sadique se combinent, dans l'érotomanie mystique la réparation narcissique se mélange à la préoccupation œdipienne).

 

Les formes graves de l'enfance :

 

C'est quand la psychose apparaît très tôt, d'une façon grave et entraînant un déficit cognitif  qu’on parle de dysharmonie évolutive de structure psychotique, c'est une psychose précoce si elle apparaît avant les trois ans. L'évolution est bloquée.

 

Clinique : instabilité, inhibition, rituel, morcellement, fusion, repli sur soi. Le contact avec ces enfants est difficile. Les anomalies dans l'évolution du langage sont courantes, trouble psychomoteur grave. Il y a une persistance tardive d'activités primitives mises à la bouche, jeux fécaux, flairage. Il faut faire attention à ne pas mélanger une psychose précoce et l'autisme.

 

L'évolution : elle est défavorable, notamment s'il n'y a pas de prise en charge précoce. Une fois adulte, sans prise en charge, ces personnes seront placées en institution, auront des vies rétrécies, émaillées d'angoisses, des moments délirants et ne pourront pas être insérées socialement et professionnellement.

 

Structural et psychogénétique : l'explication est la même que dans les autres formes mais dans ce cas, le dysfonctionnement psychique est plus précoce et plus accentué. On remarque une relation symbiotique et ambivalente à la mère et une impossible séparation, l'individuation est impossible, le sujet reste double, lui et sa mère, c'est pour cette raison qu'on dit que le moi du psychotique est double. Lacan disait que le psychotique a l'objet petit a dans sa poche.

 

Pour conclure, on peut dire que ce pôle est encore méconnu et beaucoup de questions restent encore sans réponse.

 

b. Les psychoses processuelles :

 

Cette deuxième partie du cours va s’attacher à vous décrire et vous faire comprendre le fonctionnement d’un grands nombre d’entités pathologiques très répandues mais qui sont la conséquence d’un processus mal connu. Nous avons choisi de ne pas les inclure dans le pôle psychotique que nous avons abordé la semaine dernière. Par ailleurs, il vaudrait mieux appeler psychoses uniquement les formes qui appartiennent au pôle correspondant mais ces formes morbides que nous allons voir aujourd’hui sont également appelées psychoses à juste ou à mauvais titre d’ailleurs, donc nous gardons la même appellation d’autant que le problème du rapport entre les deux n’est pas tranché.

 

La schizophrénie :

 

Cette maladie psychique touche environ 1,5 % de la population dans n’importe quelle classe sociale et avec une prédominance masculine significative. Le terme nous vient de Bleuler (1911) qu’il emploie pour remplacer le terme de « démence précoce » utilisé par Krapelin.

L’étymologie nous renvoie aux mots grecs : schizein = fendre, phrên = esprit, littéralement «esprit fendu». Coupé en deux (faire exemple en langue de signes).

Il s’agit d’une atteinte sévère et chronique associant de manière variable dissociation, autisme et expérience paranoïde. Elle débute, le plus souvent à la fin de l’adolescence chez le jeune adulte, elle procède par poussées à l’âge adulte et s’améliore après 55 ans.

 

On admet, bien que tous les auteurs ne soient pas d’accord que la schizophrénie n’existe pas chez l’enfant. Le trouble survient rapidement (en moins d’un an). Il apparaît entre 15 en 24 ans chez les hommes et 25 et 34 chez les femmes.

Le début de la maladie est marqué souvent par une bouffée délirante aiguë qui présente cependant des signes atypiques, pas de trouble de l’humeur, le délire est marqué par le sentiment d’étrangeté. Les sujets peuvent avoir des passages à l’acte impulsifs et inhabituels.

Le signe principal est une baisse radicale de l’activité du sujet par désintérêt (ex : baisse des résultats scolaires alors que jusque-là le sujet n’avait aucun problème). Le sujet se sent étranger à tout, il se coupe du monde, ne socialise plus. Il peut tourner son intérêt vers l’ésotérisme, l’occulte ou les psychologies parallèles. Il peut également manifester des symptômes divers d’allure obsessionnelle ou phobique. Le monde lui apparaît étrange, inquiétant car il a l’impression qu’il se modifie. Jusqu’à 30 ans la maladie évolue par poussées successives suivies de périodes de rémission plus au moins bonnes selon les cas.

 

On retrouve de manière constante trois syndromes principaux :

- Dissociation :

+ C’est donc la perte d’homogénéité de la personnalité. Il y a une sorte de discordance, qui s’installe dans tous les domaines et rend les relations sociales compliquées pour ces sujets.

+ Concrètement le sujet peut avoir sur le plan du comportement des attitudes excessives et opposées parfois même simultanément, c’est qu’on appelle parfois l’ambivalence schizophrénique. Le sujet n’est pas cohérent, il parait inadapté, bizarre, mal distancié.

+ La dissociation a un effet sur la pensée et le fonctionnement intellectuel du sujet, difficulté à penser, à respecter une chaine signifiante cohérente, il y a des arrêts brusques et des barrages à la fluidité de la pensée. Le langage peut être touché avec une déliaison entre signifiant et signifié, le sujet peut perdre le sens commun de mots ou en créer des nouveaux à lui seul accessible.

- Autisme : il faut l’entendre comme le fait de se couper du monde, le sujet se replie sur lui et n’éprouve plus aucun plaisir à aller vers les autres. C’est un sujet qui n’agit plus sur le monde et ne veut pas que le monde agisse sur lui, le monde lui apparait inintéressant voire nocif. Il peut être enfermé dans un silence agressif, un refus de tout contact gestuel et visuel. L’attitude autistique peut être entrecoupée d’actes impulsifs.

- Expérience paranoïde : elle est presque toujours présente chez ces sujets, le sujet a la sensation d’être étranger à lui-même, la situation lui paraît bizarre, parfois il y a associé une dépersonnalisation (ex : perte d’identité) ainsi que des hallucinations auditives et visuelles et impression d’être influencé par quelque chose d’extérieur. Henry Ey parle « d’expérience délirante  primaire », le mélange de délire défensif et d’hallucinations chez ces sujets.

 

Selon Henry Ey le schizophrène est discordant, délirant et autistique. Pour parler de et diagnostiquer une schizophrénie il faut l’élément central dissociatif associé au moins à l’un de deux derniers syndromes.

 

Au niveau cognitif, il existe des distorsions ou des déficits notamment pour tout ce qui concerne la mémoire et l’attention. Le sujet a du mal à se concentrer sur une tâche, étant envahi il a du mal à fournir de bonnes performances (ex : passation wisc-4 et Wais-4).

La capacité à élaborer des stratégies afin de résoudre des problèmes est perturbée. Il peut y avoir une perte des capacités intellectuelles et une évolution déficitaire ce qui a peut être poussé Krapelin à nommer cette pathologie « démence précoce.»

 

L’inadaptation : le sujet ne peut pas être adapté socialement, il apparaît aux autres comme ambivalent, bizarre, impénétrable, potentiellement dangereux. C’est un incompris notamment par l’entourage familial, les passages à l’acte et le manque d’autonomie nécessitent une prise en charge importante, ces sujets peuvent ne pas être capables de subvenir à leurs besoins élémentaires. Les tentatives de suicide sont fréquente en moyenne on estime qu’environ la moitié des sujets schizophrènes tentent le suicide et que ces tentatives aboutissent une fois sur cinq.

 

L’évolution de la maladie qui se chronicise avec une persistance des tableaux cliniques comprenant souffrance, angoisse et dépression dépend aussi des formes cliniques et des particularités cliniques chez chaque sujet. Dans tous les cas, il se produit une amélioration spontanée plus au moins réussie après 55 ans.

 

Les formes cliniques :

- Hébéphrénie : c’est lorsque la dissociation et le repli autistique dominent on parle de ce type de pathologie. Dans ces cas il y a un aspect déficitaire majeur, une accentuation de l’autisme avec des conséquences graves notamment au niveau psychomoteur (ex : catatonie).

- Schizophrénie paranoïde : en l’absence de trouble autistique, et avec une expérience paranoïde importante associée au syndrome de dissociation il faut parler de schizophrénie paranoïde. On peut parler d’une forme productive et cette forme à un meilleur pronostic et est davantage accessible aux traitements.

- Schizophrénie dysthimique : une association entre schizophrénie et trouble de l’humeur est possible (ex : troubles skizo-affectifs, maniaco-dépression atypique, mais ces aspects intermédiaires sont encore mal étudiés).

 

Approches différentes de la schizophrénie :

- La systémique (Palo alto injonctions paradoxales,).

- Osychanalyse : Freud (défaillance des fonctions du Moi par rapport aux contraintes de la réalité).

- Klein (impossibilité pour l’enfant de dépasser la position schizo-paranoïde).

- Sechehaye (1950) fixation au stade oral précoce provoqué par la haine envers une mère frustrante.

- Racamier (hypothèse d’une séduction narcissique depuis la naissance qui empêche toute individuation chez l’enfant, perversion de la pensée à l’intérieur de la famille).

- Données neurobiologiques : hypoactivité frontale, dysfonctionnement sérotoninergique, déséquilibre dopaminergique.

- La génétique moléculaire postule qu’a priori il n’y aurait pas un gène de la schizophrénie mais on admet plusieurs facteurs multiples repartis sur plusieurs gènes.

- La théorie de la vulnérabilité : certains sujets dits hypersensibles réagiraient de manière pathologique aux difficultés de la vie, cette fragilité serait en lien avec des facteurs génétiques et a des anomalies du développement en interaction avec le milieu familial.

 

Il faut retenir que la schizophrénie est encore aujourd’hui un processus méconnu qui donne lieu à des théorisations contradictoires. La psychogenèse reste incertaine. Il est par contre admis par la plupart des auteurs que cette pathologie quelle que  soit  son origine produit toujours une désorganisation massive de la structure psychique et une régression massive au moment des poussées. Les grandes fonctions ne sont plus assurées, les instances sont défaillantes et n’assurent plus leur rôle. Le moi ne fonctionne plus correctement ce qui engendre un dysfonctionnement dans les fonctions réalitaire et symbolique. Le surmoi se manifeste de manière archaïque, imprévisible et mortifère.

 

La maladie maniaco-dépressive :

 

Il y a diverses appellation pour décrire cette pathologie : psychose maniaco-dépressive, troubles bipolaires, troubles dystymique. Cette affection touche environ 1 % de la population et principalement des femmes notamment dans sa forme dépressive. Il existe un caractère répétitif des épisodes de crise et a été repéré par Falret et Baillarger (1854) puis par la suite confirmé par Krapelin (1899). La moyenne d’âge lors de l’apparition de la maladie est de 21 ans.

 

La clinique de cette pathologie comporte donc deux temps un premier qui est un accès mélancolique (de la durée moyenne de 6 mois) suivi d’un autre qui est un épisode maniaque (de la durée moyenne de 2 mois).

- Les accès mélancoliques :

+ La mélancolie  est assimilable à un syndrome dépressif classique mais d’une intensité supérieure. Le sujet vit avec un état de tristesse aigue, il se vit de manière péjorative, il se sent inutile, faible et stupide. Il ne porte pas d’intérêt au monde et aux autres car il a l’impression que tout est sans intérêt et que de toute manière il ne mérite pas les autres et les choses intéressantes de la vie.  La tristesse est fixe, intense, permanente.

+ Chez ces sujets, il y a un ralentissement intellectuel mais pas de trouble de la mémoire, sur le plan somatique on trouve une asthénie, une altération de l’appétit, le sommeil est perturbé, une aménorrhée. Le sujet est la plupart du temps inactif, prostré, il ne porte ni intérêt ni amour à quiconque. Il peut y avoir du rationalisme poussé à l’extrême avec ruminations mentales autour de thématiques précises du type ruine, indignité, incurabilité et inutilité. Le sujet se fait des reproches sans arrêt et se sent coupable et donc méritant ce qui lui arrive.

+ Le délire de ce sujet est pauvre, peu construit et les thématiques sont fixes, le délire a tendance à s’étendre à l’entourage, on peut retrouver un syndrome de persécution, les thématiques du délire peuvent varier en fonction du milieu socioculturel. Le désir et la recherche de la mort sont constants. Le suicide est souvent envisagé et souvent appliqué s’il n’y a pas de prise en charge. Il peut y avoir des « suicides altruistes » le mélancolique entraîne dans la mort sa famille pour lui éviter les souffrances de la vie.

- Les accès maniaques :

+ Pendant ces phases le sujet est en proie à l’excitation psychique et physique. Il y a un vécu d’allégresse démesurée, d’euphorie. Le sujet se valorise outre mesure il se sent tout puissant, il a un sentiment de supériorité. Le monde paraît plein de promesses il est surinvesti, il y a une accélération intellectuelle et la mémoire est accentuée. Sur le plan somatique on constate une vivacité générale et une diminution de besoin de sommeil.

+ Souvent ces sujet ont des idées de grandeur qui deviennent délirantes, ces sujets deviennent ludiques en toute circonstance ce qui leur fait perdre toute efficacité par dispersion et irréalisme. Le maniaque peut se montrer ironique, caustique et parfois agressif, il peut commettre des actes délictueux (surendettement, sexualité débridée). Porte à son maximum l’excitation devient de la fureur maniaque, le sujet s’agite violemment devient agressif hurle jour et nuit.

 

Sans traitement les crises durent de manière cyclique (6 mois pour l’un 2 mois pour l’autre). On peut distinguer des formes bipolaires où on alterne les deux phases, ainsi qu’une forme unipolaire avec un seul type d’accès (en général le dépressif). Le cycle se reproduit en général toute la vie et entre les crises qui se produisent en général tous les ans, le sujet ne manifeste pas généralement de trouble psychopathologique.

 

L’apparition d’une période de crise n’est pas forcement en lien avec l’environnement ou aux difficultés que le sujet rencontre dans sa vie, cela donne l’impression d’être un processus hétérogène avec la personnalité et l’histoire du sujet.

Les personnes atteintes décrivent ces moments de crise comme un moment de rupture brusque qui le fait passer d’un monde à un autre. L’évolution par poussées, en dehors de tout fait relationnel pouvant les déterminer, fait penser à un processus suivant son propre cours selon un déterminisme qui lui appartient.

 

Qu’en dit la psychanalyse ?

- Karl Abraham est le premier à en parler en 1908. Pour lui la mélancolie est en lien avec un refoulement particulier de la haine en renversement dépressif (ex : je ne peux pas aimer les autres, je les déteste, donc les autres ne m’aiment pas, ils me détestent.) Pour Abraham dans la psychose maniaco-dépressive règne l’autoérotisme donc le transfert semble impossible sauf éventuellement dans les phases de rémission. Pour cet auteur, le mélancolique a un désir d’incorporation et de destruction de l’objet archaïque. La perte d’objet entraîne une régression libidinale massive amenant le mélancolique à tout désinvestir. Le mélancolique se distingue du schizophrène parce que là où le premier se plaint de la perte de l’objet, le second la vit sans s’en rendre compte. Bien qu’il y ait plusieurs facteurs constitutionnels, la fixation orale de la libido, provoquée par une blessure grave du narcissisme infantile est la cause de la mélancolie.

- Pour Freud (1915) la genèse de la mélancolie est à rechercher à partir de la relation d’objet, même s’il fait également une hypothèse d’une possible origine biologique du trouble. Freud assimile les mécanismes du deuil à celui de la mélancolie. L’objet chez le sujet mélancolique est très investi et  lorsqu’il perd cet objet ce sujet ne le supporte pas, cela génère des reproches violents contre l’objet, mais en même temps une régression massive fait basculer le sujet de la relation d’objet à l’identification à l’objet. Cette identification fait en sorte que le sujet s’attaque lui-même, il attaque son Moi. Freud utilise la phrase « l’ombre de l’objet tombe sur le Moi du sujet ». Il  parle également de la sévérité de l’idéal du Moi ou du Surmoi contre le Moi qu’il s’emploie à terrasser. La pulsion de mort a libre cours. Le trop puissant Surmoi s’est accaparé tout le sadisme de l’individu. A partir de 1924, Freud sépare la mélancolie (névrose narcissique) des psychoses.

- Mélanie Klein évoque en 1946 sa conception de la position dépressive pour expliquer le trouble maniaco-dépressif. Cela se passerait au niveau du sevrage du bébé. Pour constituer un objet total l’enfant a besoin de rapprocher les deux aspects de l’objet le bon et le mauvais. Au même moment que de cette fusion s’opère, l’enfant s’identifie au bon objet, il arrive dans des conditions particulières que l’objet soit détruit par les mouvements agressifs dirigés contre lui, et comme il est devenu entier, l’enfant perd également le bon objet, la perte et donc totale. Cette agression est due des mauvais objets intériorisés ou à des pulsions agressives mal canalisés du Ca. Cette situation donne naissance à une grande souffrance est une grande culpabilité. Dans une situation ordinaire l’enfant se sentant coupable d’avoir détruit le bon objet déprime mais en même temps se rend compte que tout n’est pas perdu et que l’objet n’a pas été détruit. Si par contre ce chemin n’est pas possible compte tenu du positionnement maternel (ex : incarnation de la mère du mauvais objet uniquement), alors l’objet est anéanti et il y a un retournement de l’agressivité contre soi. L’enfant ne sort pas de sa dépression et il manifestera plus tard  des états maniaco-dépressifs. Le surmoi kleinien est implacable, dur tyrannique et joue un rôle dans ce type de psychose.

 

Les apports biologiques :

- Ce type  de pathologie, comme d’ailleurs les dépressions, mettent en évidence un manque d’epinéphrine et de sérotonine, chez le sujet on remarque également un dysfonctionnement hypothalamique. Le décalage des horloges internes provoque hypersécrétion de cortisol et troubles du sommeil.

- Kraepelin avait mis en évidence un facteur familial, des études statistiques ont montré que lorsqu’on élimine le facteur éducatif des facteurs héréditaires semblent intervenir. Chez les jumeaux homozygotes l’apparition de la maladie dans les familles à risque est de 75 % contre 25 % chez les dizygotes. Chez les enfants dont les parents ont la maladie le risque est 6 fois plus important que dans la population générale.

- Les facteurs génétiques n’ont pour l’instant rien apporté de significatif dans le domaine.

 

Difficile de trancher entre une cause biologique se déclenchant tardivement ou bien une épigénèse (l'épigénèse du préfixe epí-, « sur », et du suffixe -genesis, « création » est une notion utilisée dans plusieurs domaine).

En biologie, l'épigénèse est une théorie qui stipule qu'un embryon se développe en devenant de plus en plus complexe, interactive en lien avec une mauvaise élaboration de la position dépressive. Peut-être que c’est un ensemble de facteurs qui interagissent entre eux comme pour l’autisme par exemple. Ce qui semble probable c’est que comme dans la schizophrénie les grandes fonctions ne sont plus assurées, le Moi ne joue plus son rôle régulateur de l’adaptation à la réalité. Le Surmoi œdipien pacificateur est mis hors circuit et sa place est prise par un Surmoi archaïque. Le mécanisme évoqué dans le déclenchement d’une crise sont les régressions (ex : une perte [décès]) fait passer le sujet dans un mode de fonctionnement archaïque.

 

Les troubles hallucinatoires et délirants :

 

Ce sont des troubles méconnus, très rares dont pas tous les auteurs n’admettent l’existence. On constate deux formes l’une est plus hallucinatoire, l’autre plus fantastique.

- Forme hallucinatoire chronique :

+ C’est une psychose théorisé par les français et non admise par les anglo-saxons. Son repérage et son nom viennent de Gilbert Ballet (1911). Le trouble débute vers 35 ans, souvent soudainement par des hallucinations massives, après un période de doute et de perplexité le sujet accepte son état, les phénomènes sont acceptés et le délire se construit de manière très riche. Les hallucinations sont la base de la maladie, elles sont principalement mentales mais peuvent être aussi auditives (bruits, voix, sons), elles peuvent également être olfactives gustatives ainsi que cinesthésiques (organes internes).

+ Le délire prend la forme d’une rationalisation secondaire aux hallucinations, il y a des idées de persécution et d’influence.

+ L’évolution se fait par poussées avec une tendance à la diminution si bien que le sujet peut ne plus y prêter attention.

- Forme fantastique :

+ Ce type de délire ou paraphrénie est rare. Ils ont été mis en évidence par Krapelin 1899, le délire a un caractère luxuriant, riche et extraordinaire. On peut la retrouver chez l’adulte jeune ou d’âge moyen. Cela peut ressembler cliniquement à la schizophrénie paranoïde mais sans le repli autistique et la dissociation.  

+ L’imaginaire chez ces sujets est hyper actif cela produit un délire riche abondant avec des thématiques diverses comme :

. Thème d’influence : emprise bénéfique ou maléfique du sujet, extraterrestres etc.

. Thème de persécution, complot, conjures, le sujet a souvent une mission à remplir, les enjeux sont cosmiques (ex : le type du film sur la fin du monde).

+ L’adaptation sociale reste possible, il n’y a pas de déficience mentale, l’évolution de la maladie mène vers un délire chronique irréversible.

 

Il est très difficile de se prononcer de manière assurée sur ces pathologies qui restent mal connues, on sait qu’il y a une crise primitive hallucinatoire et à partir de ce moment-là l’entrée dans la maladie.

 

En conclusion :

 

Ces formes pathologique que l’on vient de voir sont toutes graves évolutives et produisent une rupture dans la vie du sujet  au moment où elles deviennent manifestes. Il n’est pas toujours facile de trouver leur cause entre l’aspect biologique et l’aspect en lien avec l’évolution psycho développementale. Il doit y avoir un processus qui fait intervenir l’interaction entre le niveau psychique et le niveau neurobiologique

 

 

IV. TDs.

 

 

1. Dominium Mundi :

 

Le discours religieux laisse la place au discours de l’économiste, et nous amène des protocoles et des modèles à suivre. Génère des images, emprunt d’une certaine fixité produisant de la massification, de l’identique. Est-ce qu’aujourd’hui l’humain n’est pas devenu un simple produit, sans subjectivation possible, issu d’une science dans laquelle le dieu souverain est le parfait ?

 

2. D’après des textes :

 

a. Texte 1 :

 

La patiente met en avant dans son discours des signifiants qui la représentent.

Il y a une plainte ambivalente dans son discours, un peu elle est là et un peu elle n'apparait pas. De plus elle met en mot une sorte de bénéfice secondaire qu'elle tire de l'analyse, qu'elle qualifie de « Club Med ».

En ce qui concerne le dispositif de présentation du malade, ce sur quoi l'analyste l'interroge.

On peut noter que la patiente se plaint mais ne porte pas plainte contre la maltraitance. Il y a donc une ambivalence qui se met en place dans son désir.

Par rapport à son père, elle en parle très peu.

Il y a quelque chose du coté du besoin de savoir.

On peut dire qu'il ne s'agit pas d'une psychose puisqu'on ne retrouve pas tous les points élémentaires de la psychose.

Il ne faut pas s'attacher à trouver quelque chose d'uniquement structural, mais il faut s'attacher au discours, à comprendre la forme du langage et le transfert qui se met en place.

Le sentiment de mise en échec, d'impuissance, se sentir dépourvu dans toutes les médiations proposées au patient et qui ne fonctionnent jamais. Cela permet de nous dire qu'on est face à un(e) hystérique. C'est à partir de la position de contre-transfert qu'on comprend ce qui se passe. Si on bloque ce contre-transfert, qu'on ne l'exprime pas on risque de se retrouver complètement dépourvu face au patient. En fonction du type de contre-transfert, on va l'exprimer plus ou moins sur l'autre, mais il est important de l'exprimer au moins en nous.

 

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Ce n'est pas parce que l'humain a horreur de l'inceste qu'il le condamne mais c'est parce qu'il le désire. De même le trop de désir qui lui vient de son entourage se reproduit sur le moi. Quand on parle du désir qui se passe au niveau de l'Oedipe c'est celui de l'autre, et le meilleur moyen de se protéger du désir de l'autre c'est de le repousser.

 

2. Texte 2 :

 

Quels sont les éléments de la symptomatologie de la névrose : type et lieu ?

 

Les principaux symptômes des névroses obsessionnelles sont les phobies, les TOC…

En ce qui concerne le lieu, les symptômes se situent au niveau des gestes. Ca fait jouer le corps mais pas de la même manière que l'hystérique. Le second lieu de la symptomatologie de l'hystérique c'est la pensée.

La question du désir est confondue au besoin et c'est là une sorte de mécanisme de protection mis en place contre des désirs refoulés.

On distingue la symptomatologie hystérique de l'obsessionnelle, c'est que quelque part l'hystérique est sans cesse en train de montrer quelque chose alors que l'obsessionnelle ne fait que se cacher. On retrouve de la honte dans la névrose obsessionnelle. C'est quand les TOCs deviennent trop invalidants dans la relation à l'autre que l'obsessionnel va demander du soin alors que l'hystérique demande tout le temps cette attention.

 

Quels sont les principaux mécanismes de défense de la névrose obsessionnelle ?

 

Les mécanismes de défense mis en place par l'obsessionnelle sont :

- L'isolation : dans le discours, les personnes vont sans cesse couper les liens associatifs. Les patients vont avoir beaucoup de mal à associer et pour s'en protéger ils parlent très peu ou tiennent un discours décousu, différent de celui du psychotique.

- L'annulation rétroactive.

- Formation réactionnelle.

- Déplacement : les TOCs n'ont aucun lien avec le conflit de départ, l'obsessionnelle se débrouille pour que tous ses actes soient irrationnels.

 

Qu'est-ce qui se passe à partir de la régression pulsionnelle ? Pourquoi on observe ce type de régression dans cette pathologie ? Qu'est-ce qui se passe au niveau de la topique ?

 

Conflit entre le surmoi et le ça, surmoi plus vigilant qui pousse à l'isolation.

 

Qu'est-ce qu'on pourrait dire du caractère obsessionnel ?

 

C'est quelqu'un qui respecte les lois, les règles, c'est une personne bordée, minutieuse, perfectionniste, solitaire. Il a un fonctionnement ritualisé, collectionneur, calculateur. Ce sont tous des caractères qui s'apparentent au stade/type anal. On voit une timidité et une politesse exagérée aussi.

 

Au niveau des formations réactionnelles ?

 

Il y a quelque part un désir coupable que le sujet va limiter en se posant des contraintes.

 

Hypothèse de la prédominance masculine dans la névrose obsessionnelle ? Que peut-on dire du lien à l'autre et des enjeux transfero-contre-transférentiels ?

 

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02/01/2015
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