Cours de psychologie

Psychopathologie de l'adulte

Psychopathologie de l’Adulte

 

 

Bibliographie :

Sur la démence :

- Maud Mannoni : L’enfant, sa maladie et les autres.

- Louis Althussert : Deux conférences.

- Pierre Bruno : A côté de la plaque, extrait du livre Papiers psychanalytique.

- Cabassut : Le déficient mental et la psychanalyse.

- J.C. Maleval : L’autiste et sa voix.

- Pierre Delion : Séminaire sur l’autisme et les psychoses infantiles.

Le texte de Pierre Bruno est le plus intéressant à lire.

Sur la structure de l’Oedipe :

- Jacques Lacan : Séminaire V, les formations de l’inconscient, leçons 10 et 11 (les leçons 8 et 9 sont également très importantes).

Sur les perversions :

- Freud : Les théories sexuelles infantiles, 1908.

              Quelques conséquences psychologiques de la différence anatomique entre les sexes, 1925.

              Le fétichisme, 1927.

- Jacques Lacan : Séminaire IV, La relation d’objet (leçons 9, 10 et 11).

- Paul Laurent Assoun : Le pervers et la femme, Economica.

                                      Le fétichisme, PUF (coll. Que sais-je ?).

- Octave Mannoni : Je sais bien mais quand même, in Clefs pour l’Imaginaire, Seuil.

Sur l’hystérie :

- Freud : Le trouble psychogène de la vision dans la conception psychanalytique, 1910.

              Fragment d’une analyse d’hystérie (Dora), 1904.

              Psychologie des foules et analyse du Moi (le chapitre VII pour l’identification de 3ème type), 1921.

              « Le rêve de la bouchère » dans L’interprétation des rêves, 1900, ainsi que le commentaire de Lacan dans le Séminaire V (leçons 20 et 21).

- Jacques Lacan : La formule du fantasme hystérique dans le Séminaire VIII Le transfert (leçons 17 et 18).

- Nestor Braunstein : La jouissance dans l’hystérie, in La Jouissance, Erès.

- Monique David-Menard : L’hystérique entre Freud et Lacan, Ed. universitaires.

Sur la névrose obsessionnelle :

- Freud : Actions compulsionnelles et exercices religieux, 1907.

              Remarques sur un cas de névrose obsessionnelle : L’homme aux rats, 1909.

              La disposition à la névrose obsessionnelle, 1913.

              Inhibition, Symptôme et Angoisse, chapitres 5 et 6, 1926.

- Serge Leclaire : Jérôme ou la mort dans la vie de l’obsédé et Philon ou l’obsessionnel et son désir, in Démasquer le Réel, Seuil.

- Joël Dor : Le désir de l’obsessionnel à l’épreuve des femmes, in Clinique psychanalytique, Denoël.

Sur les psychoses :

- Freud : Remarques psychanalytiques sur l’autobiographie d’un cas de paranoïa (Schreber) (notamment le chapitre II), 1911.

              « L’inconscient », principalement le chapitre 7 « La reconnaissance de l’inconscient » dans Métapsychologie, 1915.

- Jacques Lacan : Le Séminaire III : Les psychoses, Seuil.

                             D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose, in Ecrits, Seuil.

- Christophe Chaperot : Formes de transfert et schizophrénie, Eres.

- Jean Claude Maleval : La forclusion du Nom-du-Père, Seuil.

                                      Logique du délire, Masson.

- Jean Oury : Création et schizophrénie, Galilée.

                     A quelle heure passe le train…, Calmann-Levy.

- Colette Soler : L’inconscient à ciel ouvert de la psychose, Presses Universitaires du Mirail.

- Juan David Nasio : Les grands cas de psychoses, Payot.

 

Plan du cours :

I. La déficience :

                1. Définition.

                2. Le langage.

                3. Victor de l’Aveyron.

                4. Le transfert.

                5. L’autisme.

II. L’approche clinique :

                1. L’autre barré.

                2. Les étapes de la structure.

III. Les différentes structures :

                1. La perversion :

a. La Vie Sexuelle, Freud : Le fétichisme, 1927.

b. Les apports freudiens sur la perversion.

c. Cas clinique.

d. Les formes de perversion.

e. La pédophilie.

                2. La névrose :

a. La névrose hystérique.

b. La névrose obsessionnelle.

                3. La psychose :

a. Les formes psychotiques.

b. Les psychoses processuelles.

IV. TDs.

 

 

I. La déficience.

 

 

On commence par étudier la déficience pour aller vers l’autisme.

Plusieurs noms : déficience mentale, débilité, arriération profonde.

Il y a eu de grands progrès sur le diagnostic précoce.

On va chercher comment une société conçoit la souffrance psychique, la folie, et surtout comment elle en conçoit la prise en charge.

Le point de jonction est donné par un sauvage célèbre qui a bénéficié de la première prise en charge psychothérapeutique : Victor de l’Aveyron. On peut considérer Victor comme le premier autiste et le premier déficient de l’histoire.

 

On ne va pas faire de la psychologie de la déficience, pas du sujet dans ce cas, mais on va essayer de se poser la question de la psychanalyse, c’est-à-dire à travers une approche psychanalytique qui obéit à une certaine logique qui est d’un point fixe toujours le même, un savoir qui se construit à partir/grâce/à cause de la rencontre clinique. Là où la psychologie pose un savoir a priori à la rencontre, là où il y a le risque de l’objectivation du sujet (car dans la déficience l’objectivation est omniprésente), la psychanalyse va plus loin. Donc on part de l’approche psychanalytique car c’est un savoir qui évolue, comme Freud lorsqu’il est bloqué (par exemple avec l’homme aux rats) il pond un concept théorique.

Ce qui se joue dans la rencontre, c’est ce qui a lieu entre deux êtres et qui va modifier les deux êtres en présence. C’est le don du transfert. On peut dire que le transfert est un transport. Donc la rencontre c’est là où ça va se transporter de l’un à l’autre et qui va modifier les deux êtres en présence.

Il n’y a pas de savoir de la psychanalyse, mais un savoir du psychanalyste. Le savoir que chacun se construit à partir des rencontres que l’on fait, certaines populations, certaines personnes, qui nous touchent, qui nous affectent, que l’on apprécie ou non. C’est le transfert. Notre responsabilité éthique et clinique est de pouvoir produire une forme d’analyse de ce qui se joue dans la rencontre dans la mesure où c’est la rencontre qui enseigne, qui oblige le clinicien à produire cette analyse. Ce n’est pas une analyse d’un savoir qui va être plaqué sur un sujet, mais celle qui va porter sur le lien, sur la relation.

 

Le sujet est différent du point de vue psychologique ou psychanalytique.

Le sujet de l’inconscient n’a pas de substance, il n’est pas matériel, il apparaît à travers les formations de l’inconscient qui vont le révéler. Ex : le lapsus nous indique qu’il y a une dimension chez l’homme qui n’est pas du tout celle de la psychologie. Le sujet de la psychanalyse c’est la façon dont l’humain est habité par le langage, « le moi n’est pas maître dans sa demeure » (Freud), et la façon dont le sujet se sert, instrumentalise l’outil langagier.

 

On va se poser la question du sujet dans la déficience, en prenant appui sur la controverse de Valladolid. Au XVIème siècle en Espagne, il y eu un débat pour les conquêtes du nouveau monde par l’Espagne. Une sorte de tribunal religieux entre un dominicain Bartholomé de Las Casas et un théologien Juan Ginés de Sépulveda, sur la question « les sauvages ont-ils une âme ? ». Question importante car suivant la réponse il faut soit évangéliser ou pas, soumettre ces primitifs de manière à les convertir s’ils ont une âme, ou soit les exterminer s’ils n’en ont pas.

Sur ce modèle de controverse, on peut se demander si le déficient a un inconscient. Ce qui renvoie également à l'eugénisme, bien-être, qui est une thèse du début du XXème siècle qui rassemble l’ensemble des méthodes et pratiques visant à intervenir sur le patrimoine génétique de l’espèce humaine dans le but de le faire tendre vers un idéal déterminé. Le régime nazi, durcissant les lois de Nuremberg, a utilisé l’eugénisme avec comme objectif la pureté de la race. Par l’opération Aktion T4 et un long programme de stérilisation forcée, l’Allemagne nazie s’est acharnée à l’extermination et malgré le tollé du pape et des familles des handicapés, les nazis ont failli atteindre l’extermination totale. Avant d’utiliser les chambres à gaz, l’Allemagne nazie avait déjà quasiment atteint son objectif.

Comment interroger les conceptions que nous avons de cet autre, car ce n’est pas qu’une question clinique, mais surtout humaine et éthique, et il faut s’interroger sur la maladie mentale en se demandant si le malade a un sujet de l’inconscient, si le trisomique est structuré sur un mode névrotique, psychotique ou pervers.

Y a-t-il un sujet de l’inconscient et un sujet social ? Car pour la psychanalyse il n’y a pas de sujet sans les autres, c’est-à-dire que la dimension du sujet commence dans ce que les parents ont rêvé, fantasmé avant la conception. Le désir du sujet c’est le désir de l’autre. Il vient du désir des parents, il prend forme dans le langage, comme le nom et le prénom qui nous sont transmis et offerts par un autre, et quand on meurt c’est ce qui reste de nous, une inscription symbolique. D’après cette conception, quand on rencontre un trisomique, on rencontre un sujet, ça dit un héritage.

 

1. Définition :

 

Dans déficience il y a l’idée de déficit et l’idée vaporeuse du mental. Le mental renvoie lui-même à l’intelligence, qui est impossible à définir. Donc c’est un déficit de pensées, et de pensées inconscientes, ce qui complexifie tout.

Jusqu’à Freud, on est dans une conception déficitaire de la folie, essentiellement les psychoses. On pensait que le savoir était du côté du clinicien, il diagnostique et donne le traitement (nature, durée…). Puis, avec la révolution freudienne, le délire n’est pas qu’une production morbide, mais c’est une reconstruction et une tentative de guérison. Dans ce que produit le sujet, voilà quelqu’un qui bouscule les conceptions pour basculer du côté du sujet. Le clinicien n’est plus maître, c’est le sujet qui a le savoir.

 

Le terme déficient se constitue en résistance au transfert du côté psychanalytique. Qu’est-ce qui va transporter dans la rencontre et la relation ? Qui y a-t-il derrière ce terme ?

Dans la nosologie, terminologie, il y a d’abord la débilité mentale, terme fondée par Duprès qui a étendu au mental le terme de débilité puisqu’avant ce terme était réservé au corps. Débilité vient du mot faible, d’où l’expression faible d’esprit, qui véhicule deux choses essentielles : comme dans un effet miroir, il y a une terminologie qui jusque là concerne le physiologique, l’organique, qui va s’étendre au mental, à l’activité de penser, et qui va désigner un déficit de pensées. On est sur un modèle médical qui va se transformer sur un modèle psychologique.

Le sujet va être désigné abnégatif puisque la terminologie est déficitaire. Autrement dit, si on reste sur cette conception, on se bloque au niveau de la rencontre (pourquoi parler à quelqu’un qui ne comprend rien à ce qu’on raconte ?), on ne tente pas d’analyser ce qui se passe dans la relation, on se contente donc de suivi d’entretiens et une institution peut très rapidement essayer de combler le déficit. Si on reste là, on risque de tomber dans la tentative de combler le déficit. Donc on se retrouve soit dans des pathologies institutionnelles maniaques soit sur un versant dépressif. Puisque la personne rencontrée a un état figé (évalué et objectivé), c’est déprimant pour les équipes professionnelles, et pour éviter cette déprime elles créent des activités ou se résolvent à être dans l’occupation de soins maternels, registre des besoins quasi instinctuels (manger, boire, dormir…). C’est justement ce qu’il faut travailler, ce qui se joue dans la rencontre transféro-contre transférentielle,  puisque cette rencontre là a quand même ces spécificités.

Dans la rencontre, on se retrouve confronté à des points particuliers, qu’il faut à la fois gérer et analyser. Ce qui produit ce que Maud Mannoni a parfaitement résumé « tout être humain qui par son état rend impossible certaine projection, provoque chez l’autre un malaise, malaise nié, dont les effets vont se produire sur le plan imaginaire ». Elle a ramassé, condensé, ce sur quoi on travaille dans la clinique du déficient mental. Mannoni, assez proche de Lacan, a permis une première avancée puisqu’elle a replacé le déficit pas que sur le versant déficitaire mais sur la dimension de sujet. Pour elle, il faut travailler du côté du dire parental, c’est la réponse de l’enfant aux fantasmes maternels. En quoi il va offrir sa réponse à l’autre, en faisant le débile. Si on pousse trop loin, on tombe dans une impasse, on ne peut pas tout réduire à ça, mais au moins avec Mannoni il y a une nouvelle conception évoluée, comment on pense les choses dans cette interaction dans le lien d’aliénation à un autre, et pour elle cet autre c’est la mère. Mannoni condense l’impossibilité de s’identifier ou de se projeter à cet autre, et nous permet de saisir les enjeux, ce qui se transporte dans la rencontre, la nécessité de faire l’analyse de ce qui se produit dans la rencontre puisque les effets se produisent sur le plan imaginaire. Dans la rencontre, on se retrouve d’abord avec l’embarras du corps puis dans l’échange, ce ne sont pas des signifiants verbaux qui vont se transporter, on est confronté à une forme brute, tout se noue du côté du regard.

 

On se demande comment s’identifier à cet autre qui a soit le statut d’infans (l’infans est celui qui ne parle pas), soit du fou (celui qu’on ne comprend pas, aux comportements insensés, aux paroles remplacées par des monophrases ou délires), soit du sauvage (côté primitif). Donc à ce compte là, est-ce que le terme de déficient mental ne serait pas le fruit du contre transfert non analysé, que nous projetons sur l’autre handicapé ? Si l’handicapé dans son déficit est perçu comme un enfant, il faut l’éduquer. S’il est perçu comme un fou, il faut le soigner. Et s’il est perçu comme un sauvage, il faut l’instruire et le civiliser.

 

2. Le langage :

 

Qu’est-ce qui se joue dans la rencontre avec le déficient ? Entre le déficient et le clinicien ?

La psychanalyse est une pratique langagière. La méthode, ce qui montre la voie, est une voie langagière. C’est comment l’humain se transforme par les mots.

La première difficulté est l’accès à la parole. Le déficient n’a pas le même accès que nous au langage, il lui manque un certain ordre symbolique. D’après Lacan, l’ordre symbolique c’est le langage. Il y a une mise en ordre particulière pour parler, et s’il y a un désordre dans cette organisation, cela donne un lapsus.

A ne pas confondre avec la parole qui est la façon dont le sujet, à travers sa langue (code linguistique), par sa manifestation de la langue, communique. La psychanalyse s’intéresse aux effets de parolisation du réel. La parole n’est pas uniquement dans sa forme instrumentale de communication, tout sujet se définit en tant que tel par la parole. Autrement dit, on ne peut répondre à la question « qui suis-je ? » qu’en parlant. C’est un effet d’énonciation, je me définis ou désigne, à partir d’un Je (je parle) qui est en train de me désigner identitairement et de désigner l’autre identitairement aussi.

 

Le déficient ne parle pas d’une position énonciatrice, face au clinicien il ne se dit pas. On se retrouve face à une absence de demande, du moins de demande spontanée. Il n’y a pas d’énonciation pour exprimer sa demande, il faut donc interpréter cette demande, voire même solliciter, encourager cette demande. Le clinicien doit la supposer au sujet dit débile, il suppose un être de besoin et surtout un sujet de demande.

 

Comment le clinicien doit travailler face à une quasi non-humanité (car l’humanité est définie par le langage) ? On est dérangé par le semblable et l’inquiétante étrangeté. Avant que la personne ne soit présente en parole, il faut se demander comment maintenir en cet autre abimé, un sujet de l’inconscient (possibilité de demande, de transfert).

 

Autour de nos représentations, de notre modèle théorique de référence, aujourd’hui dans le champ de l’autisme, du fait de la circulaire de Carlotti (Marie-Arlette Carlotti et sa lutte contre l’exclusion des personnes handicapées, qui a repris et durci les règles) il ne reste plus que deux approches, une clinique cognitive et une comportementale (portant sur un sujet de la cognition et du comportement). C’est la seule clinique envisageable, il n’y a plus le sujet du pathos, de la souffrance.

Les modèles théoriques déterminent notre approche, mais face au déficient il nous embarrasse. Le sujet de la psychanalyse ne se laisse pas attraper, c’est une énigme. Rapprochement avec Dolto qui parlait à l’enfant in-utéro, en créant un lieu du sujet, mais il faut l’appeler à occuper cette place, de cette manière Dolto faisait advenir du sujet.

Le sujet lui-même n’est pas handicapé, on parle de personne handicapée et même un déficient n’est pas un sujet handicapé, il ne peut pas ne pas être inscrit dans le langage. Il a une place, il est un désir parental, il doit se positionner et faire un choix de l’insondable décision de l’être. A un moment ou à un autre, il y a un choix d’un sujet qui va produire une opération subjective (refoulement, déni ou forclusion), il choisit en fonction d’un autre et d’un positionnement face à un autre. « De notre position de sujet on est toujours responsable, pas coupable » disait Lacan, on choisit notre positionnement.

Donc, le déficient ne parle pas, mais il est présent et responsable.

 

Faute de langage, ce qui lie la rencontre c’est le regard. La personne se voit, pas le sujet. Le regard est ce qui d’emblée nous propulser du côté de l’observation. Le regard est un échange instantané, du côté du transfert. Du côté positif du transfert, l’union se fait par le regard (ex : coup de foudre), c’est la pulsion scopique (ou scopophilie, est le plaisir de regarder, il s’agit d’une pulsion sexuelle indépendante des zones érogènes où l’individu s’empare de l’autre comme objet de plaisir qu’il soumet à son regard contrôlant). On est à la fois du côté du regard et de la vision (la vision renvoie à l’image, l’imaginaire ; le regard renvoie à l’appétit du regard qui va chercher ce qu’il ne voit pas derrière l’image). La rencontre nous confronte avec le piège du regard, avec la façon dont je risque de réduire le sujet à ce que je vois et à ses manifestations observables, ce qui m’embarrasse d’autant plus que le sujet est invisible.

Une projection (motion pulsionnelle que je rejette et que j’attribue à l’autre) non projetée provoque des effets sur le plan imaginaire. Si la rencontre nous confronte à la dimension du réel, le seul moyen que nous possédons c’est la fonction du fantasme, comment nous allons produire de la signification sur ce réel.

 

Face au déficient, nous sommes doublement embarrassés :

                - Difficulté pour projeter ce que nous refusons sur l’autre.

                - Difficulté pour s’identifier, difficile de trouver un point chez l’autre qu’on s’attribue à soi-même.

Le malaise nié, évoqué par Mannoni, que devient-il ? Quand nous sommes coincés dans ce malaise, il faut tenter de rétablir un certain nombre de projections sur comment cet être en face fonctionne. La projection essentielle est d’être en projet pour l’autre.

C’est l’erreur d’Itard avec Victor de l’Aveyron. Itard, c’est à la fois une avancée et une erreur essentielle qui va l’embarrasser. Avancée car il invente la psychopédagogie et il essaye d’éduquer Victor dans le sens de l’humanisation. Mais c’est une erreur car il tente l’humanisation dans le sens de dresser à la parole, « Il ne lui manque que la parole, alors je vais la lui donner ». D’ailleurs, c’est lui-même qui a choisi le prénom Victor. Il veut démontrer qu’avec la psychopédagogie il peut faire entrer Victor dans l’univers symbolique du langage.

 

La rencontre nous confronte à un point de réel, à cet impossible de certaines projections. On va imaginer le fonctionnement de penser, alors que pour la psychanalyse ça ne change rien, on est sujet (inconscient, désir, transfert…). Du fait de notre embarras nous projetons une vision d’un enfant.

 

3. Victor de l’Aveyron :

 

Lorsqu’on met deux êtres en présence, il y a une production difficile à prévoir puisqu’elle dépend de l’énigme que la psychanalyse nomme le transfert. Transfert vient de transport, idée que Freud formalise, et c’est la clé de voûte de la psychanalyse, ce qui se transporte entre deux êtres en présence et qui les modifie.

Ce qui fait la spécificité des rencontres, c’est l’implication des deux, patient et clinicien, implication dans le désir, désir du clinicien. L’objet du désir n’est pas matériel, c’est le manque et il s’incarne dans n’importe quel objet du monde (ex : projet). Ne pas confondre avec l’envie.

Donc recherche d’un manque, il me manque quelque chose alors je peux partir à sa recherche. Pour s’approprier son énigme, pour faire l’épreuve de ce manque, on passe par la parole, voir que ça rate et relance l’énigme de soi, de l’autre.

Le but de la cure est de cesser de rejeter la cause de son manque sur les autres.

Le transfert ne s’attrape qu’à partir de soi, l’analyste est la cause du transfert, le transfert il y en a partout mais pas de l’analyse du transfert. L’analyse doit repartir de ce point-là, il faut d’abord causer le lien de transfert. Le transfert permet de voir l’inconnu, le manque.

 

Derrière le déficient, existe-il un sujet ? Comment se passe la demande, un sujet de besoin ? La rencontre du déficient nous confronte à l’impossibilité d’exprimer une demande désirante à partir d’une position subjective. Ca nous oblige à interpréter ce qui se passe dans la rencontre, à partir de nos modèles de référence et surtout de nos impasses, embarras dans la rencontre de transfert. Les modèles c’est notre travail d’interprétation des termes (si je considère l’autre comme déficitaire, je vais combler le déficit et ses besoins vitaux).

C’est l’erreur d’Itard avec Victor de l’Aveyron, puisqu’il veut faire entrer Victor dans le langage de manière scientifique. Victor est alors objet et non sujet, il est objet de recherche scientifique (voir le film « l’enfant sauvage » de Truffaut). Itard prend une gouvernante à demeure pour s’occuper des besoins vitaux de Victor. Dans la journée, Itard travaille avec Victor et essaye de le faire entrer dans l’univers du langage. Itard considère Victor comme sujet de la psychologie pour tenter de l’éduquer, conditionnement à intégrer des signes pour communiquer avec un autre pour exprimer à l’autre sa demande.

Il faut donc ce modèle de référence de sujet, du signifiant équivoque. Le langage n’est pas très communiquant, ce n’est pas l’énoncé mais l’énonciation qui permet d’occuper une place en parlant, on parle, on existe, le signifiant n’est pas verbal. Le signifiant représente un sujet pour un autre signifiant.

 

Comment travailler avec l’idée de signifiant ? Même si le déficient ne parle pas, n’occupe pas de place subjective dans son énonciation, il est quand même sujet du transfert, du signifiant et donc de l’inconscient.

Avec Victor, le rencontre a pu avoir lieu, c’est en cela une avancée des conceptions de l’enfant, de l’imbécilité. Jusqu’à la fin du 19ème siècle, on ne conçoit pas ce qui deviendra par la suite les psychoses infantiles, la folie de l’enfant, la clinique de l’enfant est sur le modèle des animaux. L’enfans, celui qui ne parle pas, peu ou mal, puisque le langage est inopérant pour exprimer le subjectif, les demandes, d’où le problème du clinicien.

 

L’erreur d’Itard est générée essentiellement par l’enjeu clinique, anthropologique, culturelle. Victor découvre la puberté dans la forêt, c’est un enjeu philosophique de l’humain, enfin on va peut-être avoir la réponse « est-ce que l’homme naît naturellement bon et la société le perverti, ou pas ? ». Donc, tout le monde attend beaucoup du projet avec Victor, Itard porte toute l’importance de ce qu’il va pouvoir en dire de la rencontre à travers ses différents travaux, et son erreur s’inscrit là car il est trop en projet avec l’autre, projet rééducatif.

Il nous enseigne que si j’ai le désir de rééduquer le sujet, de guérir le sujet, si je suis trop en projet pour lui, je passe à côté du sujet justement, de l’énigme qu’est tout sujet pour l’autre. Donc, plutôt que de désigner à travers une nosographie psychiatrique, psychanalytique, ne peut-on pas désigner la souffrance ou la déficience comme réponse du sujet vis-à-vis de l’autre ? La personne handicapée est la solution subjective du sujet vis-à-vis du grand autre.

Mais il y a une lecture organique indispensable, nous sommes le fruit de tous les déterminants produits par l’autre, mais le sujet est celui qui à un moment donné va refuser certains de ces déterminants dont la parole fait partie. Le sujet c’est le choix de la réponse face à ces déterminants de l’autre, choix subjectif, positionnement singulier et original que le sujet choisit face à ces déterminants.

Donc on ne dénie pas l’handicap ni la cause du handicap, mais on cherche la réponse du sujet car la réalité organique ne dit rien sur la façon dont le sujet va pouvoir se positionner. Ex : une famille avait adopté 4 trisomiques, suivant cette adoption, suivant l’éducation, suivant la place dans la fratrie, ces trisomiques étaient tous différents et n’étaient pas comme d’autres.

On ne travaille pas qu’avec l’handicap (le réel) mais avec le sujet. Deux anomalies identiques ne donnent pas pareil, un sujet peut avoir plus de repli autistique, mais pourquoi, c’est l’énigme du sujet. L’erreur d’Itard, c’est qu’il s’est focalisé sur le handicap et finalement il a raté le sujet. « Le sujet c’est là où ça s’arrête, là où ça rit », de Lacan.

Quand la gouvernante recevait sa fille pour dormir, Victor n’était pas insensible, excitation libidinale, il était beaucoup plus excité que les autres jours. Itard est passé à côté de ça. Ou quand le palefrenier promène son fils dans la brouette, cela fait rire Victor, mais Itard passe une fois de plus à côté.

 

Du côté du clinicien, du fait de la causation de transfert, notre responsabilité est aussi de supposer du sujet et de le faire advenir. Du côté du sujet, il n’est plus seulement victime de son handicap mais il a une responsabilité, il n’est pas coupable de ce réel, mais responsable de ce qu’il en fait. Même si on travaille du côté du sujet, on n’est pas là pour le faire désirer, mais l’éduquer, il ne faut pas être en projet sinon on ne travaille plus à la subjectivation.

Eduquer, soigner, gouverner, 3 métiers impossibles. Lacan y ajoute faire désirer. Au départ, c’est Aichhorn qui a inventé le concept de l’éducation spécialisée, puis Freud fait la référence à l’enfant en souffrance et c’est là qu’il parle pour la première fois des 3 impossibles.

Si on essaye de travailler à partir du sujet de l’inconscient, de la rencontre transfert-contre-transfert, si on a une ouverture, l’enfant peut progresser. Si on ne voit que la forme organique, il y a du désespoir, on ne peut rien changer. Il faut donc voir le sujet. On ne parle pas de l’autisme, mais des autismes.

 

4. Le transfert :

 

Dans la rencontre transfert-contre-transfert, ce « contre » placé au milieu est à la fois du côté de l’accompagnement (contre-transfert accompagne le transfert) et du côté de l’opposition (« je ne suis pas contre les femmes, mais tout contre », de Sacha Guitry). C’est ça, le transfert.

Le transfert est le concept central de la psychanalyse.

Dans la déficience, on a souvent la cause (anomalie génétique, accident…), la cause du côté de l’organique, on est donc rapidement basculé du côté du syndrome et ça risque de nous faire perdre de vue l’essentiel : la vérité de la rencontre, ce qui s’y joue et que l’on doit élaborer. Ce joue un point de réel « la clinique c’est le réel en tant qu’impossible à supporter », Lacan.

 

C’est un nouage transféro-contre-transférentiel. Ce « contre » est équivoque, il est au milieu. Ca commence par le transfert et il y a du contre-transfert qui vient contrer. C’est le tranchant, l’incise de la clinique. Le transfert, ce qui donne l’embarras, est une énigme.

Ce transfert est une découverte essentielle de Freud. Le non-théorisable de la psychanalyse d’après Octave Mannoni. Si c’est là l’énigme de la rencontre, voilà en quoi la psychanalyse se construit à partir de la recherche et de l’élaboration de l’énigme. Enigme embarrassante car le sens n’est pas donné à priori à la rencontre, mais qu’il faudra à partir de cette rencontre, lui donner sens.

L’énigme se transforme en embarras puisque en tant que clinicien nous allons symboliser et imaginariser ce réel de la rencontre et la machine à signifier ce réel va se mettre en marche et si nous sommes dans une impossible identification à l’autre, nous aurons vite fait de produire des significations imaginaires qui nous permettront de refermer l’énigme de la rencontre et qui va nous donner la signification de la souffrance du sujet. C’est dans l’après-coup de la rencontre qu’on produit l’analyse.

 

Cette énigme n’est pas finie, il faut la rouvrir sans cesse puisqu’on a là à la fois transfert et contre-transfert qui sont convoqués dans cette notion. Ce qui est transféré par le sujet et la réponse en miroir du clinicien, mais contre-transfert ne veut pas dire ça, mais c’est un contrecoup du transfert. « Derrière l’amour dit de transfert, il y a l’affirmation au lien du désir de l’analyse au désir du patient mais dans sa rencontre avec le désir de l’analyste », Lacan.

Lacan insiste sur l’entre-deux désirs, désir du patient et de l’analyste. Le désir de l’analyste c’est encore une énigme car le sujet du désir c’est le sujet du manque, manque à être, à dire, à jouir. Ca n’a pas de représentation donc il peut s’incarner chez l’autre, dans des objets, des savoirs. Le désir de l’analyste, ce après quoi nous courrons, est l’énigme qui sous-tend cette course désirante et qui ne pourra que rester une énigme puisque justement, si on suit la théorisation de Lacan, l’objet cause du désir, objet a, est à mi-chemin entre l’objet et l’altérité, et ne rentre pas dans la parole, pas dans le symbolique, n’est pas du côté d’une forme de représentation. Et c’est parce que nous ratons la jouissance en ratant l’objet dans le monde, que nous pouvons désirer ailleurs et maintenir cette quête désirante.

Vient du désir de l’analyste au désir du patient, la rencontre de ces deux énigmes, deux désirs. Le désir du sujet c’est le désir de l’autre. « Alors l’analysant se prend à régler le sien sur celui de son analyste ou du moins sur ce sur quoi il croit en saisir ». Réglage du sujet de son désir en fonction de ce qu’il perçoit, interprète. Le sujet suppose savoir, c’est l’amour, « l’amour qui s’adresse à du savoir ». Le sujet donne à l’autre un savoir qui comblerait un peu son manque.

 

Nous devons élaborer ce qui se produit dans la rencontre puisque d’une part nous y sommes impliqués avec notre désir ce qui va nous amener à rencontrer une population en souffrance, et d’autre part du fait de ce réglage par l’autre de l’amour de transfert sur ce qui va nous intéresser, pourquoi l’autre désire ce qu’il nous veut.

Avec la rencontre du déficient, ce dernier est un être de besoin, non de désir, nous sommes confrontés à un vide, nous ressentons de l’impuissance. Comment soigner celui qui ne parle pas, est-ce qu’il comprend, est-ce qu’il veut comprendre ? Ca nous met à l’épreuve de notre propre désir, d’où la nécessité de se pencher sur le contre-transfert en tant qu’effet du transfert et pas en tant que réponse réactionnelle du clinicien à la souffrance de l’autre.

 

Lacan nous permet de faire un pas décisif car il pose la question du côté du discours, il considère qu’il y a une débilité structurelle de l’humain, pas un défaut de l’intelligence, le fait de ne pas savoir y faire avec le savoir inconscient, c’est la débilité humain face au réel, à la jouissance, à la castration. C’est par la parole que je peux atteindre le réel.

La débilité humaine c’est croire qu’aucun autre ne pourra venir combler mon manque à être. Nous avons besoin de nous aliéner dans une image, notre corps ne peut qu’être représenté. Débilité humaine car nous sommes dans l’impossibilité de faire autre chose que de donner des représentations là où il n’y en a pas. Nous sommes obligés de nous aliéner à une image qui vient nous représenter, qui est justement investie par le désir de l’autre. Le bios du corps est représenté par des signifiants et représentations imaginaires. Et la débilité comme discours est pour donner la structure discursive du sujet, structure qui détermine la parole du sujet.

Quand la production de savoirs est aux commandes, c’est un discours universitaire. Le discours produit le sujet, à l’intérieur du discours on a des tics. Parallèle entre le discours débile et un certains nombres de discours, même tous les discours (hystérique, analyste, universitaire…), si on les pousse jusqu’au bout on tombe sur la débilité. « Entre deux discours, il flotte », le sujet débile.

 

5. L’autisme :

 

Qu’en est-il de la souffrance autistique ?

Ne pas voir l’autisme sur un simple aspect déficitaire, mais quelles seraient les solutions subjectives à partir de cette souffrance singulière, solutions qui permettent à un sujet de modifier son rapport à soi, au monde.

Débat autisme comme psychose infantile.

L’autisme du point de vue de la structure, est une forme déclinée des psychoses.

 

Dans la clinique de l’autisme, il y a eu différentes conceptions sur ce qui était d’abord approché par nos outils conceptuels, ça a été pensé essentiellement du côté d’un trouble archaïque précoce dans le lien précoce mère-enfant (avec les théories de Kanner et d’Asperger), on a pensé à l’aspect déficitaire de la communication, de la pratique. Puis on a vu qu’il y avait divers observations, d’autres matériaux, et on a vu qu’on devait parler d’autisme au pluriel et qu’il y avait plusieurs degrés de l’autisme sévère à de haut niveau, et on a vu aussi une avancée de la sortie du repli autistique, des témoignages qui nous donnent des éléments importants pour voir la souffrance autistique et les solutions subjectives pour s’inventer un autre de synthèse.

Désigner la souffrance autistique c’est comment le sujet s’enferme pour se protéger car il ne supporte pas cet autre du langage, en tant que ce langage va confronter à un certain rapport de jouissance. La souffrance autistique toujours autour d’une angoisse de néantisation. Le regard frontal est innommable, c’est toujours du regard oblique.

 

Comment construire cet autre de synthèse ? On peut prendre appui sur un objet, mais on peut construire un objet, les objets complexes des autistes, construction délirante d’un objet valable que pour un autiste, alors le rapport à autrui est médiatisé par cet objet complexe. En se baladant avec cet objet, l’autiste peut établir le lien social à partir du moment où ce dernier est basé sur cet objet.

On peut construire l’image du double, double en miroir mais en clivant dans le réel, en ayant un double je, mon double peut vivre des expériences que moi je ne peux pas vivre.

 

La lutte de l’autiste pour éviter la présence de l’énonciateur, pour vider l’autre du langage, il faut en passer par une neutralisation du signifiant, par une maîtrise du signe. Se neutralise la jouissance, la présence, l’équivoque du signifiant. Celui qui va parler va pouvoir, quand il va parler, délivrer dans la présence concrète du signifiant. C’est là l’insupportable dans la souffrance autistique : consiste à se protéger en neutralisant le signe. La maitrise du langage est confrontée et le signe linguistique, c’est une maitrise de cet autre du langage car pour Lacan l’autre c’est à la fois la culture, la langue, la chose, les figures parentaux.

Donc, besoin de neutralisation du signifiant, besoin de maîtriser l’autre et le langage à travers la combinatoire des signes.

 

 

II. L’approche clinique.

 

 

On ne peut pas concevoir ce cours comme une simple liste de symptômes à partir de laquelle le praticien pourrait venir à poser un diagnostic.

Il faut aussi se demander quel est le référent qui permet de poser le diagnostic. Le référentiel athéorique, comme le DSM, ne permet pas de poser un diagnostic complet. Ceci dit, même au sein de la psychanalyse, le référentiel clinique qui mène à l'interrogation vis à vis de la façon dont le patient s'adresse à nous, nous inclut dans sa parole n'est pas unique, il existe différents types de conceptions.

 

J. Bergère propose une conception de la clinique qu'on pourrait appeler développementale. Il y a tout un pan de la clinique qui considère les symptômes comme étant issus du temps de fixation, liés eux-mêmes à une chronologie. Plus le traumatisme survient tôt dans la chronologie et plus cela peut laisser place à la psychose, et ainsi de suite vers la perversion puis la névrose. On parle alors de stades.

 

Imaginons l'arrivée au monde de l'enfant, celui appelé infans, qui ne parle pas et qui est à la merci complète de son environnement et de l'autre. Cela pour sa survie, que Freud qualifie : « hilflosigkeït ». Le sujet, hurlant pour s'exprimer, va interpeller l'Autre qui va à son tour interpréter ce que lui dit l'infans. Il y a donc une sorte de machinerie qui se met en place : si l'Autre interprète et permet à l'infans de disposer d'un minimum de langage grâce à l'interprétation qu'il en fait, cet Autre là va être amené à donner une signification à ce qui se vit au niveau de l'infans, le sujet va se servir de cette signification pour interpréter/identifier ce qu'il a vécu à l'instant où il a hurlé. Cela permet au sujet de se comprendre à postériori. Tout enfant est donc parlé, tout sujet est ainsi dépendant de ce qui a été dit de lui. Il lui est impossible de s'en détacher.

Quelqu'un qui parle de ses hallucinations est dans ce registre là. Il s'inscrit dans une dépendance à ce que dit l'Autre. Cela veut dire que le sujet, y compris le sujet psychotique, est marqué par le langage. Pour la paranoïa, dans ses moments les plus critiques, le sujet peut dire que l'autre qui le surveille est partout. Autrement dit, c'est un Autre qui est absolument plein, qui ne manque pas parce qu'il est absolument partout. Le travail du clinicien est de repérer dans quels moments cet Autre peut être un peu moins présent, quelle est la forme de transfert/relation de se sentir moins surveillé. Ce schéma fonctionne très bien, notamment pour la psychose.

 

L'approche structuraliste implique des éléments qui sont valables, que ce soit dans la psychose, dans la perversion ou la névrose. La question qui se pose c'est sur la façon dont le sujet va agencer ces éléments. Chez le névrosé il manque le fait que l'Autre ne peut pas tout dire, tout voir ou tout savoir. Autrement dit, chez le névrosé, contrairement au psychotique, l'Autre, tout comme le sujet, est barré. Dans ce cas là, le névrosé l'Autre peut ne pas savoir. Ce dernier, assumant sa part de manque peut donc être désirant. C'est à cet étage là, celui de la loi, que l'Autre est désirant et le sujet est donc mis face à ce désir. Si l'étage de la loi court-circuite, l'Autre est non manquant et donc forcément non désirant.

A parti de là on peut dire qu'on rentre dans une conception différente de la conception chronologique. Elle est différente dans le fait que si on parle d'une approche structuraliste de la psychopathologie, elle doit être bâtie à partir de la réponse du sujet à la façon dont l'Autre va mettre en jeu son manque. Ca signifie qu'on a ce manque dans l'Autre qui est là mais qui est refoulé, même s'il est certain de tout savoir et qui est en position d'Autre plein, le clinicien sait qu'il n'est pas plein. Freud appelle le refoulement la « verdrangüng ». Ce manque dans l'Autre, le sujet n'y croit pas. Il y a une incroyance, Freud parle de « verwerfung » que Lacan a traduit par forclusion. On est alors dans le cas hypothétique de la psychose : le psychotique ne peut pas croire dans le manque chez l'autre puisqu'il s'est inscrit lui en tant que sujet sur le mode d'un Autre qui sait. On retrouve les positionnements psychiques subjectifs, non pas classés par ordre chronologiques, mais plutôt inscrits comme des réponses à l'Autre. En plus de la forclusion et du refoulé, on retrouve le démenti que Freud appelait « verfengnung ». Ce manque dans l'autre va être à la fois transmis au sujet, ou pas, et va être transformé en réponse. On suppose alors qu'il y a une subjectivité du sujet face au discours dans lequel il est pris, il répond donc en fonction du manque dans l'Autre.

 

On parle alors de castration maternelle. Il s'agit de la castration de la fonction maternelle, pouvant être soutenue par d'autres personnes que la mère. Il y a donc différentes réponses possibles de la part du sujet face à l'Autre manquant. Le sujet s'assujetti au schéma, il s'exprime par les mots de l'autre. Il y a quelque chose qui dépasse la simple communication et qui s'inscrit plus dans le désir. Le sujet essaye ainsi de reprendre la question du manque chez l'autre en essayant de savoir s'il le forclos, le refoule ou le dément.

Ces premiers temps sont donc fondateurs mais ils sont sans cesse réactualisés au fil du temps. Dans l'approche structuraliste, les éléments énoncés dans le schéma valent pour tous. Il y a donc une structure générale, mais la personne qui parle s'inscrit de manière particulière, à sa propre réponse à ce que dit l'autre. Michel Lapaire a écrit que « la structure laisse une place vide qui est la possibilité d'une réponse particulière. Si c'est la même chose pour tous, personne n'est pareil de part sa réponse propre ».

 

Il faut se poser la question aussi de la façon dont l'Autre nous inclue dans son désir et son langage. L'approche analytique implique alors qu'on ne peut pas faire d'analyse sans transfert : il faut que la personne ait mis en jeu quelque chose de sa subjectivité, de son rapport au monde, pour pouvoir poser un diagnostic.

 

1. L’autre barré :

 

Cette idée n'est pas transmise, effective, dans le discours dans lequel l'enfant va être impliqué. On peut remarquer dans la clinique des psychoses, et notamment avec la paranoïa, le cas suivant : certains sujets qui témoignent que l'Autre n'est pas divisé/barré mais il est soit tout bon soit tout mauvais. On parle alors d'un Autre dualiste, ou tout bon ou tout mauvais. Klein le transforme en Autre tout présent ou tout absent. Dans l'Autre divisé, il y a une légère nuance : ce n'est pas une séparation radicale entre bon et mauvais, ou entre présent et absent, on parle plutôt de point qu'on ne sait pas dans ce savoir, il y a un point d'absence dans ma présence.

L'autre divisé est donc bien différent de l'autre dualiste. Dans le cas de psychoses on parle de délire paranoïaque dans lequel le sujet ne cesse de vouloir construire ce type d'opposition. De cette manifestation, on a été amené à faire l'hypothèse suivante : les mouvements de présence et d'absence de l'Autre, lorsqu'il se penche sur l'infans, ne sont pas référés à ce qui fait que l'autre est divisé. Cela revient à dire que la référence tierce, la raison pour laquelle la mère n'est pas là à cet instant et qu’elle est là à un autre, n'a pas été transmis à l'enfant ou du moins n'est pas effectif chez le sujet. C'est ce que Lacan appelle le caprice de la mère : l'enfant est soumis à la loi de la mère, comme si cet Autre maternel formait sa propre loi et est indépendante de l'enfant puisqu'elle n'introduit pas la référence tierce. L'enfant est assujetti à la loi de la mère. Ce qui n'est pas le désir, puisque la mère ne dit pas pourquoi elle est là ou pas là.

 

Dans l'expérience du fort-da de Freud, son petit fils ne tente pas simplement de maitriser la notion d'absence et de présence. Ce qui importe en fait, et c'est ce que Freud entend : quand la bobine s'éloigne de l'enfant il entend un « oh » et quand elle revient il entend un « ah », qu'il apparente à fort et da (loin et près en allemand). Ce n'est donc pas une maitrise de l'absence, cette dernière est maitrisée par la présence d'un mot. Il y a donc en même temps une présence et une absence : la présence d'un mot marque l'absence de l'objet. Le fait de pouvoir ainsi nommer l'absence la rend moins radicale, il y a quand même quelque chose de présent sur le fond de l'absence.

On peut supposer que dans l'expérience psychotique au cours des hallucinations il y a une impossibilité de remise en question. La question c'est donc de savoir si l'hallucination vient marquer une absence. Le principe de la présence dans l'absence n'est plus si évident que ça : le fait de dire le mot « loup » induit l'apparition du loup.

Autrement dit, quand il y a une absence la question est la suivante : est-ce que, dans cette présence-absence de l'autre, il va y avoir une mise en jeu de ce qui fait que je suis là ou que je ne suis pas là, de ce qui fait que je suis manquant en tant qu'autre ?

 

2. Les étapes de la structure :

 

Que se passe-t-il lorsque le principe explicatif de la présence et de l'absence se met en jeu ? Cette chose là, par Freud puis par Lacan, est appelée phallus et c'est ce qui fait que l'autre maternel peut désirer ailleurs. L'enfant n'est-il donc pas la toute chose de l'Autre désirant ?

 

Il y a une forme de l'autre qui peut basculer d'un instant à l'autre, entre l'autre bon et l'autre persécuteur. L'absence et la présence de l'autre maternel ne trouve pas de tiers explicitant, de référence : l'autre est complètement là ou complètement absent, sans qu'il y ait quelque chose qui explique la présence ou l'absence. On parle de loi maternelle, incontrôlée et qui ne fournit pas d'explication.

 

Le phallus est précisément ce qui va venir donner un début de signification à ces allées et venues. C'est ce qui permet à la mère de spécifier à l'enfant qu'elle n'est pas toute à lui, qu'elle n'est pas toute mère et qu'il y a quelque chose ailleurs que dans l'enfant et que dans la mère. Ce quelque chose vient ainsi rendre compte du fait qu'elle soit parfois présente et parfois absente. Cet ailleurs est quelque chose qui manque à l'enfant et c'est pour cela que l'enfant ne suffit pas. Justement, l'enfant est amené à se demander ce que ces allées et venues signifient, ce que ça veut dire. On est donc bien dans le registre de la signification, de la parole. Lacan représente ça par un PHI, le phallus qui manque à la mère. Il y a ainsi la création d'une cause qui passe, doit passer, dans le discours maternel. Lacan parle de métaphore paternelle, différente du complexe d'Oedipe : la substitution du désir de la mère à un signifiant. C'est essentiel car ça va introduire l'enfant dans une certaine forme de position subjective : « si la mère manque de quelque chose, si elle m'en a fait part, alors je veux/peux être ce qui lui manque ». C'est ce que Lacan va appeler le premier temps de l'Oedipe : pour plaire à la mère, il faut et il suffit d'être le phallus. Etre ce qui manque à la mère c'est avant tout repérer qu'elle est manquante. Autrement dit, il y a un temps ou l'enfant s'identifie au phallus. C'est là un temps nécessaire de l'Oedipe. Là, la question qui se pose à l'enfant c'est « être ou ne pas être le phallus ? ».

 

On note le phallus de deux façons :

- PHI (Φ) : c'est le phallus imaginaire, l'objet après lequel cours la mère.

- Phi (φ) : je vais être ce qui lui manque, il s'imagine pouvoir être tout ce qui manque à l'autre.

 

Ce temps où l'Autre est manquant mais où je vais prendre la place de ce qui manque et donc il ne sera plus manquant est un temps favorable, propice aux identifications perverses. Il s'agit, selon Lacan, d'un temps qui serait propice à la perversion. Cette dernière est en fait le démenti du manque dans l'autre : l'autre est manquant mais si je viens combler ce manque alors il ne sera plus manquant. La position perverse essaye de faire en sorte que l'autre ne soit pas manquant et en même temps il est manquant. C'est là toute la difficulté pour la logique névrotique de comprendre la logique perverse.

 

La jouissance perverse est un temps nécessaire, incontournable à partir du moment où cette signification phallique est mise en place. Il s'agit du Temps 1 de l'Oedipe (T1) au cours duquel l'enfant n'est autre qu'un pervers polymorphe. C'est le passage obligatoire, tout enfant passe par là à partir du moment où le phallus est en jeu. Freud disait dans Récits d'enfance de Léonard De Vinci que « l'amour de la mère pour son nourrisson, qu'elle allaite et soigne, est quelque chose qui a une bien plus grande profondeur que son affection ultérieure pour son enfant adolescent. Cet amour [pour le nourrisson] possède la nature d'une relation amoureuse pleinement satisfaisante qui comble non seulement tous les désirs psychiques mais aussi tous les besoins corporels. Cet amour c'est aussi la possibilité de satisfaire sans reproche des motions de désir depuis longtemps refoulées et qu'il convient de désigner comme perverses ».

L'aspect de pervers polymorphe ne concerne pas juste l'enfant, mais plutôt le moment où l'Autre maternel et l'enfant sont confrontés à cette satisfaction de l'identification imaginaire au phallus, une jouissance particulière d'être ce qui manque. La question c'est au nom de quoi on peut changer de position et lâcher cette jouissance là ? Aller au delà du fait de satisfaire au manque dans l'autre ? C'est, en d’autres termes, un désaveu de la castration maternelle. Il y a ainsi quelque chose qui vient voiler le fait que l'autre est manquant : ce sont des systèmes mis en place et dont le sujet est prisonnier pour faire en sorte que le manque dans l'autre puisse ne pas exister, au niveau de l'imaginaire.

 

Pour répondre à cette question, Lacan avait dit « avant le lever du jour, est-ce le soleil qui va apparaitre ? ». Cela signifie que le lever du jour arrive avant que le soleil soit visible. L'instance maternelle joue un peu ce rôle là. Certes, on peut en rester dans ce temps où le sujet s'identifie au phallus maternel, mais une autre question se pose : comment ça se fait que la mère manque ? On ne se dit plus que « je peux être ce qui manque à la mère » mais il y a un questionnement autour de la raison pour laquelle la mère est manquante. Ce mode de questionnement, jusque là apparenté à la perversion, va évoluer vers un deuxième temps, plus proche de la névrose. Une instance va ici faire son entrée et devenir plus claire : l'enfant va faire surgir deux figures, qui sont deux figures paternelles. Ce qui va être en jeu ici pour déloger l'enfant de cette position imaginaire de phallus va nécessiter deux messages : un à l'intention de la mère et un à l'intention de l'enfant. Ces deux messages n'étant pas exactement les mêmes, Lacan propose de différencier deux types de pères, de figures paternelles. Un père que Lacan va qualifier de privateur et l'autre de frustrateur.

 

Ce qui va nous mener au monde fantasmatique de la névrose est ceci : du coté de l'enfant, à l'intention de l'enfant, il y a ce père dit frustrateur et qui adresse un message à l'enfant (ex : tu ne te coucheras pas avec ta mère). L'idée est que ce message frustre l'enfant de la mère, et de la mère dont il a besoin lui comme objet réel. Là, ce père frustrateur, intervient en disant que cette « femme n'est pas à toi, elle est pour moi ». C'est un père symbolique intervenant en position d'ayant droit.

D'un autre coté, il faut que la mère lâche aussi quelque chose. On a donc à faire là à un second message, adressé à la mère et différent de celui dirigé à l'enfant. Ce dernier va ici faire surgir le père privateur, qui prive la mère du phallus. La mère est manquante car le père privateur lui a pris ce qui lui manque, c'est lui qui l'a. Or si dans un premier temps elle s'est identifiée au phallus, alors on peut dire logiquement que ce père là prive la mère de son enfant. Le message de la privation à l'intention de la mère, c'est « tu ne réintègreras pas ton produit », selon Lacan. Ca met en jeu là aussi un certain type de manque.

 

Le pari clinique est que le sujet a sa part de responsabilité dans les décisions, acceptations qu'il vient à prendre dans ces situations là. La question c'est : est-ce que le sujet va accepter ou refuser cette castration maternelle ? Et donc, alors que le père frustrateur évoquait une parole plutôt symbolique, le père privateur est un père imaginaire, tyrannique et violent qui prive la mère de son phallus et donc de son enfant. Ce père là est nécessaire, puisqu'il permet à l'enfant et à l'adulte qu'il va devenir de travailler le message sur la mère.

 

La question se pose dans le cas où ces deux messages là n'ont pas une réelle effectivité dans la relation du sujet à l'Autre. L'enfant ne pourra donc pas quitter sa place d'identification du phallus. Il faut d'un coté que l'autre maternelle fasse passer dans son discours cette idée qu'elle est dépendante d'un autre désir, d'un ailleurs que l'enfant ne suffit pas à combler. Il est possible que lorsque ces deux messages là ne sont pas effectifs, et qu'ils ne peuvent pas entamer la jouissance de l'identification au phallus, il y a une favorisation de la position perverse. Par contre, si ces deux messages là ont un effet, il y a quelque chose qui va s'engager et qu'on peut relier à ce que Freud appelait le complexe de castration. Autrement dit, à ne pas être le phallus mais ce père privateur va faire surgir une autre question : s'il prive la mère du phallus c'est peut être que lui a le phallus. La nouvelle dialectique va être en lien avec la rivalité au père : avoir ou ne pas avoir le phallus.

 

On commence ainsi à se poser la question de la castration du sujet. Freud appelle ça le complexe de castration car au final, là encore, le choix du deuxième temps implique de ne pas être le phallus, mais au final désirer suppose aussi de ne pas avoir le phallus. Le complexe de castration va donc mettre en jeu toujours le fait de ne pas avoir le phallus mais aussi les moyens de faire en sorte d'avoir ce phallus. Chez le garçon c'est soutenu par la peur de ne pas en avoir, et chez la fille c'est la nostalgie de ne plus l'avoir. Ce qu'on voit avec cette nouvelle dialectique, avoir ou ne pas avoir le phallus, c'est que ça permet d'ouvrir aux positions névrotiques.

 

La question du troisième temps de l'Oedipe est la suivante : comment sortir de cette course à avoir le phallus ? Cela nécessite, pour avancer et ne pas stagner, l'intervention d'une figure paternelle différente des deux premières. C'est à dire que ce qui va être en jeu, ce n'est plus des figures qui n'impliquent pas forcément d'une présence, c'est ce qui fait père. Le père privateur prive la mère en tant que potentiel possesseur du phallus, mais est-ce qu'il l'a ?

 

Là encore on va avoir deux types de messages :

- Du coté de la mère, certes il y a le père privateur mais par ailleurs, une autre figure paternelle peut à la fois priver la mère du phallus et lui donner. Ce qu'on peut repérer en tant que clinicien, ce n'est plus un simple père privateur mais un père donateur. C'est un père qui assure la jouissance de la mère. Autrement dit, quand on parle de père qui fait jouir la mère, ce qui apparait ce n'est pas juste le père tyrannique, mais un père désirant, qui met la mère en place de l'objet de son désir. Donc c'est quand même un père manquant. En somme, le père désirant est un père manquant, qui n'a peut-être pas le désir. Cet ailleurs vers lequel désire la mère lui aussi peut de nouveau se montrer désirant. On se retrouve finalement sur une question de phallus baladeur : personne n'a le fin mot du phallus. L'enfant fait ainsi l'expérience du désir du père. Il ne suffit pas de faire tiers, il faut que le père désire aussi pour transmettre à l'enfant le fait que nul n'ait le fin mot du phallus. Ce père donateur est ce qu'on appelle quelques fois le père réel, celui qui est désirant auprès de l'enfant mais aussi auprès de la mère. Une mère seule peut aussi tenir ces deux positions, de mère et de père. On est dans une approche structurale dans laquelle on essaye de ne pas identifier les figures qu'on évoque aux personnages de la vie réelle.

- Le deuxième message du troisième temps, celui adressé à l'enfant, est le suivant : tu ne l'as pas maintenant, mais tu l'auras plus tard. Il y a ainsi une dimension de temporalité, une promesse presque. C'est un père qui permet à l'enfant de se dire plus tard. C'est ce qui va introduire le temps de latence, déclenché par le moment où l'enfant s'éveille sexuellement et que le père lui dit qu'il pourra plus tard. Cela permet à celui qui se met dans cette situation qu’il doit être capable de permettre à l'enfant de temporiser, et de prendre son temps. On parle alors de -phi, qui surgit au moment où l'enfant se rend compte qu'il ne l'a pas, ce phallus.

 

C'est au terme de ces trois temps qu'on peut parler de castration dans l'Oedipe. L'enfant ne peut pas accepter tout simplement de ne pas l'avoir sans s'assurer que peut-être plus tard il l'aura. Il va mettre en place une opération que Freud qualifie de sortie favorable du complexe d'Oedipe. C'est par le biais de l'identification au père, qui devient un idéal du moi dans les théories de Freud. La sortie du complexe d'Oedipe se fait par l'intégration de l'idéal du moi : plus tard je pourrais être comme un détenteur de phallus. La question vacille entre le fait d'avoir le phallus, sauf que pour l'avoir il faut le donner et donc désirer ailleurs, donc : avoir le phallus sur fond de ne pas l'avoir. Du coté féminin par contre : on a le phallus car on le reçoit, donc elle a sur un fond de ne pas avoir. Là par exemple, on a toute la question du désir d'enfant, notamment chez la femme. En quoi le désir d'enfant remet en jeu le désir de phallus ?

 

Donc, éventuellement avoir le phallus sur le fond de ne pas l'avoir, c'est ce qu'on essaye de repérer comme un phallus négativé (-phi). Il est donc possible que dans la perversion il y ait une jouissance d'être le phallus alors que la névrose se bat avec l'idée d'avoir ou ne pas avoir le phallus.

Freud avait dans ses premiers textes, dès 1895, repéré que dans la plupart des névroses obsessionnelles, de contraintes, il tombait sur le souvenir d'un événement réel un autre impliquant une sexualité précoce et dans lequel, chez les sujets névroses de contrainte, le sujet développait des remords d'avoir vécu cet instant d'intense jouissance. Par ailleurs, en écoutant ses patientes hystériques, névroses de conversions, il tombait sur une hypothèse un peu différente : il y avait bien le souvenir d'une séduction réelle, mais là ou les obsessionnelles développaient le remord d'une jouissance participée, les hystériques parlaient elles d'une insatisfaction ou d'un dégout en lien avec ce souvenir. Il a fallu quelques années à Freud pour se rendre compte qu'il ne s'agissait pas d'un réel souvenir. Il va ainsi renoncer à la « nevrotica », souvenir réel, et parle de fantasme. Ceci dit, même dans l'hypothèse du fantasme, il perçoit cette différence entre l'obsessionnelle et l'hystérique. La première se protège contre cette jouissance qui l'inquiète alors que la seconde est dégoutée. Il s'agit là des effets issus du temps 1. L'hypothèse est que dans la névrose obsessionnelle, le temps 1 laisse des traces même s'il a été dépassé. Autrement dit, le temps 1, le fait d'avoir été le phallus, laisse des traces de jouissance. Par ailleurs, dans la névrose hystérique il n'y a pas l'idée d'une intensité dont il faudrait se protéger, d'une jouissance menaçante. La plupart du temps, c'est que la jouissance n'est pas assez satisfaisante. Le phallus ne tient donc pas ses promesses, en quelque sorte. L'hypothèse, est que ce que Freud a identifié en premier temps comme un souvenir réel et qu'il abandonne pour le penser en termes de fantasme, Lacan le reprend comme une trace du temps 1 sur le mode d'une insatisfaction. Le phallus n'est donc jamais satisfaisant pour l'hystérique. On retrouve ainsi une certaine appétence de l'hystérique pour une jouissance au-delà de la limite du phallus. L'hystérique vise le fait que l'autre ne soit plus manquant. Au bout d'un moment, l'hystérique va faire en sorte que le manque dans l'autre réapparaisse, quand cet autre pense pouvoir apporter ce qui manque à l'hystérique.

 

C'est à partir de ce schéma là que les positions subjectives vont s'ordonner.

Il ne s'agit pas d'une construction progressive. Si on parle de structure c'est parce que les images du père sont déjà là. La structure est donc déjà présente, elle se dévoile au fur et à mesure que l'enfant évolue. C'est aussi en ce sens là que le temps 1 continue à avoir un effet sur les autres temps. C'est toute la difficulté de concevoir la structure : c'est déjà là et ça continue d'être là même après. La question a été introduite par la mère, mais le schéma R ne fonctionne peut être pas toujours dans le cas des psychoses. Ce n'est pas un abord chronologique mais un abord logique de la façon où l'enfant répond à certaines questions.



02/01/2015
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