Cours de psychologie

Psychologie judiciaire - résumé (L3 - S5)

I. Psychologie sociale.

 

La justice c’est l’institution avec ses lois et ses droits, et les valeurs.

La psychologie dans la justice : on s’intéresse aux victimes, aux criminels, aux policiers et aux juristes. Ce qui nous intéresse c'est l'interaction de tous les facteurs qui rentrent dans le processus de justice et qui aboutissent à la remise de sentence et à l'application de la peine.

Dans la réalité, justice et psychologie sont séparées, mais la justice crédite le psychologue de savoir qu'il n'a pas totalement.

Le psychologue est présent : de l'émergence du fait délictueux jusqu'a l'identification/arrestation du criminel (épaule la police en donnant un avis), de l'interpellation au jugement (jurys et rapports d’expertise), du jugement à l'application de la peine (apport aux condamnés et aux personnels encadrants), ainsi que dans le processus de libération conditionnelle.

Processus d'investigation criminelle : recherche des preuves, comprendre l'enchainement des faits, identifier et arrêter les criminels.

On considère moins fiables les personnes ayant une autre origine ethnique que la notre.

On se base sur les témoignages bien que ce ne soit pas fiable. Il faut améliorer la quantité des éléments remémorés, ainsi que leur qualité puisqu'un certain nombre d'éléments sont systématiquement faux. Cela se fait aussi bien pour les victimes que pour les témoins, chez les criminels la marge de manœuvre est moindre.

 

Protocole classique minimal pour un entretien standard de police : Introduction pour réduire l'anxiété de la personne auditionnée. En toute logique, il s'agit de mettre le témoin ou la victime dans les meilleures conditions possibles pour qu'il puisse raconter ce qu'il a vu ou vécu. Souvent l'introduction est minimaliste. Et rappel des faits, par un récit et des questions des enquêteurs. Le policier met le sujet sur la voie de la remémoration.

Trop de questions perturbent le témoignage (moins de rappel et induction de passivité), et il faut privilégier les questions ouvertes.

Questions ouvertes, neutres et positives permettent de : ne pas se sentir en opposition avec les enquêteurs, ne pas orienter le récit, respecter la chronologie subjective des actions, autoriser des réponses complexes et riches.

Techniques d’identification des criminels utilisées par les enquêteurs : parades, portraits-robots, profilage.

Parades : 80% des témoins et des victimes utilisent de manière spontanée et en premier des éléments descriptifs généraux. La description suit une logique descendante chez 40% des cas. La description physique des protagonistes et notamment des suspects, correspondent à 30% du volume total des informations d'un témoignage. Les descriptions sont peu informatives. On retrouve entre 4 et 14 descripteurs/caractéristiques en fonction de la personne décrite, de son look, de son comportement, etc. Les descripteurs sont majoritairement faciaux sur la moitié supérieure du visage. 1/5 des informations sont erronées. Il faut systématiser l'utilisation de la glace teintée. Il faut qu'une seule personne impliquée dans l'affaire fasse partie du lot, les autres doivent être extérieurs à l'affaire. Il faut donc : Sélection des membres de la parade sur la base de la description physique faite par le(s) témoin(s). Nombre minimum de membres = 5. La probabilité de sélectionner le suspect au hasard est de 1/6. L'auteur de l'infraction n'est pas forcément celui désigné.

Eviter les biais procéduraux : différences de style vestimentaire, du look, d'attitudes, logiques des « faux-suspects ». Il faut composer les groupes pour les parades de façon logique.

Eviter les biais structuraux : choix des membres de la parade en fonction des caractéristiques physiques du suspect, il faut que les personnes soient conformes morphologiquement aux informations données par les témoins et les victimes.

Portraits robots : Procédure aussi importante et suspecte que la parade. Très fréquemment, les témoins, lorsqu'on les confronte au résultat final, ne retrouvent pas dans le portrait les caractéristiques de celui qu'ils ont essayé de décrire. Taux de détection du suspect est faible (10 à 30%). 14% des victimes identifient un suspect sur un portrait robot. 86% de fausses reconnaissances ou de non reconnaissance. Logiciels pas encore satisfaisants. Pour améliorer : Premier rappel de la description de la personne. Demande de faire une liste exhaustive des différentes composantes faciles. Consigne respectant la chronologie descriptive : cela permet d'augmenter de 11% le taux des informations exactes mais le bas du visage reste négligé. Consigne de description de bas en haut : augmentation de l'efficacité sans augmenter le taux d'erreur. Description libre du visage de l'infracteur. Réfléchir aux traits pouvant être associés au visage décrit, cela permet de re-focaliser la mémoire. Demander de porter une série de jugements généraux sur le visage.

Profilage : il s'agit de l'étude du crime, dans sa facette comportementale. La scène d'un crime reflète, plus ou moins, la personnalité d'un criminel. Son mode opératoire reste similaire au fil des crimes, dans le cas d'un tueur en série. Sa signature reste identique. La personnalité du criminel ne change pas. Le profilage se déroule en trois phases : 1. recueillir le maximum d'informations concernant l'infraction et la victime ; 2. analyse victimologique approfondie, le profilage de la victime, une fois mis en place, va permettre de commencer à faire des inférences sur le mode opératoire du tueur, à la suite on recherche les mobiles possibles ; 3. ébauche du profil du criminel avec les informations sociodémographiques, psychologiques et juridiques qui ont été relevées. Le profilage ne permet pas d'identifier l'auteur d'une infraction, mais détecte les sérialités, de réduire la population des suspects. C'est une aide qui ne permet pas systématiquement de déterminer qui est le criminel. Il faut toujours garder en tête que ce n'est pas parce que le sujet a le profil qu'il est coupable.

Le criminel fonctionne en fonction de la théorie du choix rationnel : le crime est décidé en fonction du cout et du bénéfice qu'il procure, le dernier est toujours plus important que le premier.

Suggestibilité du témoin dépend de propriétés contenues dans : le stimulus, la situation, les caractéristiques du déposant.

 

Le procès en cours d’assise se divise en plusieurs phases : 1. enquête policière avec un dépôt de plainte ; 2. un procureur décide, ou non, d'entrainer des poursuites ; 3. information judiciaire, menée par un juge d'instruction et une chambre d'instruction ; 4. sanctions pénales, diffusées publiquement.

Les jurés doivent être des citoyens de plus de 23 ans et étant inscrits aux listes électorales. On en choisit 35, par tirage au sort, avec 10 de plus, qui résident dans la ville où a lieu le procès. La sélection : le maire doit faire une liste annuelle de préparation pour sa commune ; trente jours avant le début du procès, les jurés sont triés ; quinze jours avant le début du procès, les 35 jurés et les 10 suppléants reçoivent une convocation au tribunal pour l'audience préliminaire.

Il a été démontré que : il n'y a pas de différence dans la sentence prononcée par un jury sélectionné comme décrit ci-dessus et pas un jury sélectionné plus aléatoirement. Dans les jurys composés de 12 jurés il y a plus de représentation de la population. Il n'est pas possible de déterminer si un jury à 12 est plus ou moins sévère qu'un jury à 6 ou à 8. Les jurys composés de 6 jurés donnent des verdicts plus consensuels.

Le sujet qui n'appartient pas à notre groupe est plus sévèrement sanctionné. Le prévenu/accusé est soumis à un jugement de ses caractéristiques ethniques, de genre et d'âge. L'appartenance socio-économique a aussi son influence, même si les effets sont contradictoires. Le passé judiciaire d'un prévenu compte aussi. L'aspect physique a son influence. Le comportement du sujet pendant le procès a son importance. La crédibilité et la fiabilité des témoins influencent les jugements. Les facteurs matériels et situationnels sont aussi à prendre en compte. Un trop ou un trop peu d'excitation nuit à la mémoire.

Un remord exprimé directement ou indirectement allège la peine. La nonchalance, indifférence, absence de remords, dédain face au procès ou à la victime induisent une augmentation de la peine. Le comportement peut être décisif dans la prise de décision impliquant la peine de mort.

Dans les abus conjugaux, le degré d'agression avant les faits a un fort impact sur le verdict des jurés. Plus la victime est jeune est plus la sentence est sévère. La victime noire subit plus de dommages et intérêts plus élevés qu'une victime blanche, à une condition : que la victime soit jeune, l'effet est inversé dans le cas où la victime est noire. Dans le cas d'une victime noir, l'accusé noir sera jugé moins responsable qu'un accusé blanc. Il n'y a pas d'effets si la victime est blanche. L'origine de la victime a montré des effets contradictoires.

 

II. Psychologie clinique.

 

Dans la criminologie, la psychologie permet une analyse des processus psychique du sujet délinquant. L'étude concerne la signification du passage à l'acte du criminel, ce qu'il dit de son conflit psychique, mais également les conséquences de l'acte sur le ressenti et le vécu de la victime. Enfin, les actions de prévention, d'aide et de traitement font largement appel aux contributions de la psychologie.

Une des taches de la criminologie est d'essayer de concilier dans l'analyse du passage à l'acte, la part du libre arbitre (la capacité de se déterminer par soi même, le pouvoir de choisir) et celle du déterminisme.

L'envie et la jalousie sont une façon pervertie de désirer et d'aimer. Elles renvoient à une strate archaïque de la psyché. Dans le développement psychique on ne doit pas en rester là. L'envie évolue en jalousie et débouche sur de la gratitude. Si le sujet ne peut pas dépasser le stade de la jalousie, il y a un délire de jalousie qui peut aboutir à un passage à l'acte. Si l'envie et la frustration sont trop fortes, le bébé ne peut renoncer à la position schizo-paranoïde et aux défenses qui sont propres à cette position : c'est à dire aux défenses maniaques de l'idéalisation ou de la destructivité. Si la relation à la mère est suffisamment bonne, l'objet (la mère) cesse d'être tout puissant dans le fantasme, que ce soit par rapport à sa destructivité ou au contraire à sa montée. Le clivage va laisser place à une scène d'ambivalence. Finalement, pour avoir une capacité de réparation et une capacité d'aimer, mais aussi d'éprouver de la confiance.

Freud développe le fait que le sentiment de culpabilité est déjà là avant le passage à l'acte. Du coup, le passage à l'acte est une sorte de support de la culpabilité qui est envahissante. Ca se passe dans le sens inverse. C'est aussi dans ce sens là que la peine va apaiser le sujet.

Le passage à l'acte doit être différentié, en psychanalyse, de l'acting out. Le premier est coupure, rupture radicale de la relation à l'autre. Là où le passage à l'acte est une séparation brutale, une sortie de scène, l'acting out est un message avec un destinataire, une montée sur scène.

L'acte additif se rapproche de l'acte pervers mais pas de la structure perverse proprement dite, plutôt dans les états limites que dans la perversion.

Par le passage à l’acte, c’est le corps de l’individu qui est mis en jeu, mais l’esprit. Il n’y a pas de parole dans l’acte, et s’il y en a cela dépasse ce que pense le sujet. Ses actes court-circuitent la pensée, agir pour ne pas penser. L'effet de l'angoisse, combiné aux conditions externes, et au passage à l'acte, vont produire une mise entre parenthèse des fonctions psychiques conscientes du sujet, normalement tenues par l'activité régulatrice de la partie consciente du Moi. C'est un moment où il n'y a plus de sujet, où il y a un évanouissement du sujet. Ce dernier n'a plus conscience de ce qu'il fait. Dans l'après-coup du passage à l'acte, le sujet ne peut rien en dire, il témoigne à son absence dans la scène, scène de son angoisse, et à l'absence de pensées, de sentiments et de représentations.

La jouissance du meurtre serait constituée par le fait de réduire l'autre à une chose, à savoir : un être inanimé. Ainsi, ce sujet meurtrier se retrouverait dans la position du créateur qui peut donner et enlever la vie à tout être. Sauf que sa position de simple mortel ne lui permet pas de faire ressusciter les mortes. C'est là que son point de castration apparait : la création de la vie lui est barrée.

Dans l’acte suicidaire, le sujet se met lui même en position d'objet de sa propre haine. S'extraire de sa situation qui lui parait insupportable à ses yeux.

Le meurtre et le suicide sont des actes qui tentent de se débarrasser de la part imaginaire.

Dans le moment psychotique, le sujet peut soit choisir le passage à l'acte soit le délire. Si cette voie du délire n'a pas été empruntée, c'est certainement du au fait que les ressources imaginaires du sujet n'ont pas pu être mobilisées, du coup c'est la voie du réel qui a été empruntée. La survenue de l'angoisse dans ce moment psychotique a submergé les capacités du sujet, qui s'est retrouvé mis hors scène en ayant comme seule alternative le recours, par le réel, de l'acte.

Le sentiment d'angoisse ne mène pas nécessairement à l'entrée dans un passage à l'acte mais il semble que dans les situations où le sujet est passé à l'acte, il ait été conditionné par une vague d'angoisse à laquelle le sujet n'a pas pu résister et s'en est soustrait en s'absentant à lui-même.

A travers les situations cliniques de passage à l'acte, il nous semble se révéler, qu'au moment suspendu qui précède le passage à l'acte, quelque chose de ce qui fait consistance de sujet, pour le sujet, disparait. C'est l'évanouissement du sujet. Ainsi, du fait de cette disparition, qui a à voir avec l'apparition d'une vague d'angoisse, le sujet se trouve dans le passage à l'acte. Dans ce dernier, lorsqu'il est meurtrier, il ne s'agirait pas de faire une place au manque qui manquerait au sujet pour continuer à exister, mais plutôt comme une nécessité qui lui serait imposée de se reprendre dans le réel de l'acte plutôt que de disparaitre définitivement dans la mort psychique.

Le passage à l'acte se fait à un moment psychotique : c'est un moment d'angoisse qui va déborder du sujet et auquel on ne peut pas donner de sens. Le passage à l'acte est une défense contre une angoisse de mort psychique. Il peut aussi être une tentative de symbolisation d'un trauma, souvent vécu dans l'enfance.

La reconnaissance de l'acte va permettre de le rendre plus vrai et plus réel : le sujet peut s'en approprier. Priver un individu par l'irresponsabilité mentale c'est en quelque sorte l'exclure de la société des hommes.

Le passage à l'acte serait lié à l'impossibilité des objets d'amour de l'enfant d'assumer une position symbolique. Cette carence fait que le fonctionnement de la psyché reste fixé à la haine, impossible à exprimer pour un objet inadéquat. Le psychopathe échapperait à la folie en passant à l'acte : il va agir sa haine sur la société. Le sujet fait agir sa haine sur la société, au lieu de s'en culpabiliser jusqu'au délire. Le passage à l'acte pourrait être une manière de se débarrasser de ce mauvais objet incorporé qui leste ces sujets.

Les actes du clinicien peuvent permettre aux sujets de ne pas passer à l'acte, uniquement par une référence à la logique, à la réalité. Le clinicien doit poser des actes de parole en faisant appel au principe de réalité auquel le sujet n'a plus accès. Le transfert permet l’acte de parole.

Le Surmoi archaïque étant réprimé par le passage à l'acte, il y a besoin d'un Surmoi du dehors qui vient arrêter le sujet.

Le clinicien va devoir s'adapter en posant plutôt des actes de parole. Il se positionne différemment : il ne peut pas guérir le psychopathe par des méthodes classiques. Cette clinique ne saurait être efficace sans les actes d'intervention du thérapeute qui prennent une dimension symboligène et favorisent le passage de l'agir à l'élaboration psychique.

L’agressivité est fortement influencée par les stéréotypes. Plus de tirs sur des hommes que sur des femmes. Le biais du tireur est plus fort pour les cibles portant une coiffe musulmane. Le biais du tireur est plus fort pour les cibles non caucasiennes que caucasiennes.

L’inceste désorganise la famille et perturbe gravement et irrémédiablement le développement affectif et sexuel des enfants qui y sont contraints. Le droit ne reconnait pas l’inceste, mais que le viol. L’expression et la mise en mot de la honte par le sujet constitueraient un point d'appui essentiel dans l'affirmation et la reconstruction de l'identité. Chez les sujets victimes d'incestes, il y a du coté de l'idéal du moi, l'expérience d'une atteinte sexuelle et la blessure narcissique irréversible qu'elle provoque. Du coté du moi idéal, il y a la honte ressentie au moment du traumatisme sexuel : c'est la honte de n'être que la chose, l'objet, le déchet de l'agresseur. C'est dans ce sens là que le sujet devient l'objet de l'autre. Eprouver de la honte c'est s'éprouver sujet par le regard. C'est continuer de se considérer comme sujet dans une situation qui désubjective.

Le traitement thérapeutique de la honte se déroule en plusieurs temps : dans un premier temps, il y a l'inhibition. C'est la honte elle-même qui interdit sa propre expression ; Ensuite, le cadre, qui peut demander des médiations ; Et le troisième temps c'est l'expression et la reconnaissance de la honte par l'enfant, ce qui va lui permettre de se reconstruire. C'est le temps de la reconstruction du sujet.



12/04/2014
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