Cours de psychologie

Psychologie judiciaire (L3 - S5)

Psychologie Judiciaire

 

 

Les textes qui régissent la Psychologie Légale en France :

- Circulaire du 23 mars 2011 : fixe les fonctions des psychologues cliniciens et du travail dans la police nationale.

- Circulaire du 31 janvier 2011 : fixe les fonctions des psychologues de la police nationale.

 

Quand intervient le psychologue ?

- Dans les affaires criminelles, en plus de l'intervention de la police scientifique, puisque l'idée est de comprendre le déroulement des faits, parfois il est nécessaire de recueillir des témoignages sur place. Pour cela il y a un recueil de la parole. Dans ce cadre là, il y a des psychologues qui ont pour objectif professionnel d'améliorer l'accueil de ces personnes dans les commissariats. Il s'agit aussi de s'entretenir avec les victimes et éventuellement avec les auteurs des délits. On parle d'aide à la prise en charge.

- Les psychologues sont aussi présents dans des situations délicates à gérer et qu'il faut gérer dans l'instant. On les trouve dans le RAID (Recherche Assistance Intervention Dissuasion) et d'autres sont intégrés ponctuellement à la BRI (Brigade de Recherche et d'Intervention). Dans ces cas là il s'agit d'aider les personnes qui interviennent dans le conflit, de cerner dans l'immédiateté la personne qu'on souhaite appréhender, souvent un pronostic de la façon dont le sujet va passer à l'acte. Cela aide les brigades d'interventions à déterminer les stratégies d'actions à appliquer.

- Les psychologues interviennent aussi au niveau du stress qui est engendré par le métier judiciaire. Le stress fait parti, pour cette catégorie de professionnels, des risques socioprofessionnels. Il peut entrainer des problèmes familiaux, personnels, etc. Il y a la mise en place de cellules de soutien post-traumatique.

- Peuvent êtres sollicités pour identifier les auteurs d'infractions.

- Les psychologues du travail participent au recrutement du personnel de police. On utilise des tests et des outils de recrutement.

- Les psychologues interviennent aussi dans la dimension formation : elle est initiale et continue. Ce sont des formations sur les façons d'aborder les choses, dans les interrogatoires, quels sont les bonnes et les mauvaises choses. C'est une formation à la gestion du stress et à la gestion des relations avec autrui.

- Il ne faut pas oublier le travail dans les pénitenciers.

 

La collaboration entre médecine légale et psychologie est très délicate. En France elle ne se fait pas, beaucoup plus aux USA.

Réticences : méconnaissance du domaine.

 

 

I. Psychologie Sociale.

 

 

1. Généralités :

 

a. Justice et psychologie :

 

L'intérêt pour la justice de la part des sciences de l'homme remonte à longtemps, à vocation plutôt recherche qu'intervention.

En France, la justice est une institution publique, de la République. On peut entendre ce terme de plusieurs façons :

- L'institution :

+ Ce qui la caractérise ce sont les lois, elle se doit d'être garante des lois, de les gérer.

+ Elle repose sur deux idées :

. La loi est « faite par les hommes », le législateur fait les lois et sont mises à disposition de ceux qui gouvernent. Il faut qu'elles aillent dans le sens de la gouvernance du pays.

. La loi est « faite pour les hommes », elle doit s'appliquer à tous et nous devons tous la comprendre. Elle est générale et impersonnelle. Il y a une sorte de permanence et de stabilité dans l'institution.

+ L'institution à une valeur : elle peut être interprétée différemment en fonction du cas, c'est un exercice dynamique. On distingue :

. Droit « naturel » : ce à quoi tous les hommes peuvent prétendre. Par hypothèse, nous estimons que le droit et la justice sont fondés sur deux valeurs : la justice et l'équité. C'est le sentiment/impression des personnes qui importe au psychologue.

. Droit « positif » : comprend les aspects très concrets, par où ça passe, comment on va gérer les mouvements collectifs.

→ Ces deux types de droits s'opposent aux :

- Droit objectif : ce qui est applicable à tous.

- Droit subjectif : le droit d'avoir un avocat, la présomption d'innocence…

- La valeur.

 

b. Les approches des sciences de l'homme :

 

L'intérêt des sciences de l'homme dans le judiciaire débutent dans les années 1960.

On retrouve différentes disciplines :

- L'anthropologie :

+ Comment les lois sont instituées dans les différents pays, elle s'intéresse aux sociétés au travers des lois et des façons dont elles tiennent compte de la culture.

+ Ils essayent aussi de comprendre pourquoi certains crimes sont plus présents selon les cultures, leur sens et leur impact sur ces sociétés (viols [collectifs] en Inde, harcèlement en Europe, violences collectives/terrorisme dans les pays musulmans, etc.).

- La sociologie :

+ S'intéressent à une société particulière et se focalisent sur les problématiques d'un type de violence (facteurs, causes, etc.). On peut se demander dans quelle mesure la classe sociale impact les actes violents. Cherchent les invariants pour évaluer des populations et puis les améliorer.

+ En bref, il s'agit de déterminants sociétaux des crimes et l'étude des phénomènes juridiques.

+ Pour ce dernier on parle de sociologie du droit : on étudie les phénomènes de justice, les façons dont la justice est rendue...

- La philosophie :

+ Nous permet d'agiter la sonnette d'alarme de la déontologie. Elle est plus conceptuelle, objet de débat que d'application. Il s'agit d'un moyen pour étudier la nature de la justice : débat sur la responsabilité et l'intentionnalité.

+ Institut des Hautes Etudes de la Justice (IHEJ).

- La psychologie :

+ Les victimes et les criminels nous intéressent, mais aussi et surtout les policiers, les juristes.

+ Ce qui nous intéresse c'est l'interaction de tous les facteurs qui rentrent dans le processus de justice et qui aboutissent à la remise de sentence et à l'application de la peine.

+ On ne peut pas considérer que le criminel est un fou. Cependant pour rendre une décision finale, un rapport d'enquête on va tout examiner, toutes les possibilités. Il y a une logique d'interaction qui balaye les frontières disciplinaires.

 

c. La psychologie légale : appellations et positionnements disciplinaires :

 

Très souvent, dans les médias, on voit la police et la justice collaborer avec divers experts en criminologie. C'est une chose familière dans le sens commun : psychologues et policiers collaborent. Dans la réalité, justice et psychologie sont séparées, mais la justice crédite le psychologue de savoir qu'il n'a pas totalement.

La justice se donne l'ouverture de faire appel à des non juristes, d'où le psychologue. Pour cela elle s'est construite une image des intervenants. Le psychologue, de son coté, ne sait pas toujours comment aider la justice, comment utiliser ses compétences. Il se peut qu'il confonde la réalité de son domaine avec la réalité du domaine de la justice. Sont étiquetés comme spécialistes et parfois logés à la même enseigne psychiatres et psychopatho-cliniciens, alors que leurs interventions/compétences sont différentes.

 

En Europe, c'est dans les années 1980 que commence à apparaitre la Psychologie Légale. Aux USA c'est dans les années 1970.

On trouve de plus en plus d'ouvrages là-dessus, même si la tendance est une hyperspécialisation.

 

Psychologie légale : englobe l’étude, l’explication, l’évaluation, la prévention, le conseil et le traitement des phénomènes psychologiques, comportementaux et relationnels qui incident sur le comportement légal des personnes. La psychologie légale est un champ de domaine dont l’objet d’étude est le comportement des acteurs juridiques dans le cadre du droit, de la loi et de la justice.

Elle comprend plusieurs appellations :

- Psychologie juridique : rapport que les citoyens entretiennent avec la justice, quels services j'en attends, comment je l'imagine...

- Psychologie (du) judiciaire : plus du domaine de la psychologie sociale et s'intéresse à ce qui se passe de subjectif dans le groupe formé par le tribunal et tous ses protagonistes.

- Criminologie ou psychologie criminologique : s'intéresse, avec un certain regard, entre les facteurs de risque individuels et des problématiques intrafamiliales/proximales. Les rapports d'expertise prennent en compte tous les éléments présents dans l'environnement proximal de l'individu.

Au départ on a confondu la Psychologie légale et la Criminologie : Forensic Psychology.

 

d. Place et lieu d'intervention des psychologues :

 

Il y a trois étapes dans lesquelles les psychologues n'ont pas encore donné toutes leurs mesures :

- L'émergence du fait délictueux, qui va jusqu'a l'identification/arrestation du criminel. Le psychologue vient épauler la police dans la victimisation, audition et évaluation des dires, infracteurs et expertises. Il y a moins de travail sur les témoignages, malgré le fait qu'elle ait un impact sur la suite des événements.

- De l'interpellation au jugement : entre ces deux moments, il y a un espace où le psychologue a beaucoup à faire notamment sur la sélection des jurys, sur la gestion/l'impact de la médiation des affaires judiciaires, rapports d'expertise et sur les délibérations. Durant l'audience il y a une multiplicité de facteurs qui peuvent influencer les jurés.

- Du jugement à l'application de la peine : apport aux condamnés et aux personnels encadrants.

Au delà de la peine, les psychologues sont inclus dans le processus de libération conditionnelle.

 

2. Dépositions et témoignages : statut de la parole dans le judiciaire :

 

a. Éléments généraux :

 

Le processus d'investigation criminelle :

- Recherche des preuves.

- Comprendre l'enchainement des faits.

- Identifier et arrêter les criminels.

 

Jusqu'au début du 20ème siècle, les aveux et les témoignages étaient considérés comme les meilleures preuves de culpabilité. On considérait que ce qui était vu était ce qui avait été fait.

Il ne faut pas oublier que les méthodes utilisées pour obtenir ces informations orales influençaient les dires des individus. De nos jours, les dires varient au cours de la démarche. Cette méthode peut être faillible : il peut y avoir des discordances entre ce qui est dit et ce qui s'est passé. Mais en même temps, on ne peut pas s'en passer, puisque tout au long du cheminement dans le système judiciaire, on va se baser sur la parole de divers protagonistes : témoins, victimes, experts ainsi que les délinquants eux-mêmes. Lors du procès, tous les intervenants potentiels vont prendre en considération ces paroles là.

La mémoire est faillible puisqu'on sait que les personnes interrogées ne pourront pas restituer, en respectant la chronologie des faits, les évènements dont ils ont été témoins. Sur ces derniers, sont menées des enquêtes pour s'assurer que le témoignage qu'ils fournissent est fiable. Cependant on ne peut pas attendre de lui subjectivité et honnêteté.

Le quota de confiance attribué à un témoin dépend de ce qu'il va dire, de la façon dont il se tient, de son statut. On se trouve dans une situation où les propos des individus influences le déroulement d'un procès. Les jurys se basent à 50% sur la conviction du témoin pour juger de la validité de son témoignage. On considère moins fiables les personnes ayant une autre origine ethnique que la notre.

 

Il faut améliorer la quantité des éléments remémorés, ainsi que leur qualité puisqu'un certain nombre d'éléments sont systématiquement faux. Cela se fait aussi bien pour les victimes que pour les témoins, chez les criminels la marge de manœuvre est moindre.

 

b. Les formes des dépositions et témoignages :

 

Entretien standard de police :

 

Le policier qui mène ce type d'entretien est formé pour mener des entretiens standards de polices. Ces derniers sont pauvres et renseignent assez peu. A chaud, il y a 1/5 d'erreurs, cela varie très vite au fil du temps. Il s'agit de récits généraux, les éléments fournis sont vagues.

Les récits obtenus sont incomplets et en partie faux.

 

Protocole classique minimal :

- Introduction pour réduire l'anxiété de la personne auditionnée. En toute logique, il s'agit de mettre le témoin ou la victime dans les meilleures conditions possibles pour qu'il puisse raconter ce qu'il a vu ou vécu. Souvent l'introduction est minimaliste.

- Rappel des faits, par un récit et des questions des enquêteurs. Le policier met le sujet sur la voie de la remémoration.

 

En 2001, Ginet & Py ont fait un listing des problèmes liés aux questions posées par les enquêteurs.

- Poser des questions à des sujets pour les aider à se remémorer peut être facilitant ou pas. La plupart des enquêteurs en arrivent à interrompre le témoin ou la victime pour lui poser des questions. Elles sont sensées aider le sujet à se remémorer. Dans l'idée de l'enquêteur, il faut un récit chronologique, il a dont beaucoup de difficulté à laisser la personne raconter les faits comme elle l'entend. 1/3 des enquêteurs vont poser des questions avant que le sujet ait fini de dire ce qu'il veut dans les termes qu'il entend.

- Souvent ces questions sont des questions fermées sur des éléments qui ne sont pas ceux que le sujet se rappelle. Il faut donc privilégier les questions ouvertes.

- 30% des questions posées sont dirigées : l'enquêteur a besoin d'éléments que le sujet ne lui fournit pas, pour cela il lui pose des questions dirigées pour obtenir ces informations. Elles vont influencer les réponses fournies par les témoins et les victimes.

- 12% des questions posées sont négatives, cela va avoir un impact sur le discours de la personne.

 

Inconvénients des questions en cours de témoignage :

- Le taux de rappel exact, d'éléments véridiques, va chuter lorsque le récit est interrompu. On peut rappeler le même nombre d'éléments, mais leur taux d'erreur sera plus élevé qu'en récit libre.

- La perturbation de la concentration de la personne influence le taux de rappel (étude de Jou & Harris (1992) sur la récupération des informations stockées en mémoire).

- Il y a une rupture de la dynamique communicationnelle et une mauvaise considération de la personne.

- Cela induit une démotivation et une passivité de la part de la personne auditionnée.

- Questions fermées : orientent le discours, cela change la cohérence, la logique du récit fait par le sujet. Il en suit une reconstruction du récit. On tend très vite à de la fabulation, notamment chez les enfants.

Tout cela nuit au recueil efficace des informations.

 

Questions ouvertes, neutres et positives permettent de :

- Ne pas se sentir en opposition avec les enquêteurs : ils font des demandes en accord avec ce qu'on dit.

- Ne pas orienter le récit.

- Respecter la chronologie subjective des actions (Bekrian & Bowers, 1983).

- Autoriser des réponses complexes et riches.

 

Description et identifications des criminels :

 

Les erreurs d'identifications des individus sont les premières causes de personnes totalement innocentes. Il faut donc s'entourer d'un maximum d'informations.

 

Voici les techniques utilisées par les enquêteurs : parades, portraits-robots, profilage.

- Les parades :

+ Lorsqu'on confronte un témoin ou une victime à un ensemble de personnes parmi lesquelles est sensé se trouver le suspect. On lui demande d'identifier la personne qui a commis un acte délictueux. La personne est isolée des suspects, de sorte à ce qu'ils ne soient pas en contact.

+ Important de noter que :

. 80% des témoins et des victimes utilisent de manière spontanée et en premier des éléments descriptifs généraux (sexe, taille, âge, ethnie, corpulence, etc.).

. La description suit une logique descendante (des cheveux au nez, en dessous du nez, les descriptions fournies sont chaotiques) chez 40% des cas.

. La description physique des protagonistes (globale, générale et incomplète), et notamment des suspects, correspondent à 30% du volume totale des informations d'un témoignage (Yuille & Cutshall, 1986).

. Les descriptions sont peu informatives :

- On retrouve entre 4 et 14 descripteurs/caractéristiques en fonction de la personne décrite, de son look, de son comportement, etc. (Tollestrup & al., 1994).

- Les descripteurs sont majoritairement faciaux sur la moitié supérieure du visage.

- 1/5 des informations sont erronées (Koppen & Lochun, 1997).

+ Il faut systématiser l'utilisation de la glace teintée.

+ Il faut qu'une seule personne impliquée dans l'affaire fasse partie du lot, les autres doivent être extérieurs à l'affaire.

+ Recommandations (Wells & al., 1998) pour :

. Eviter les biais procéduraux : différences de style vestimentaire, du look, d'attitudes, logiques des « faux-suspects ». Il faut composer les groupes pour les parades de façon logique.

. Eviter les biais structuraux : choix des membres de la parade en fonction des caractéristiques physiques du suspect, il faut que les personnes soient conformes morphologiquement aux informations données par les témoins et les victimes.

+ Solutions (Demarchi & Py, 2003) :

. Sélection des membres de la parade sur la base de la description physique faite par le(s) témoin(s).

. Nombre minimum de membres = 5. La probabilité de sélectionner le suspect au hasard est de 1/6.

. L'auteur de l'infraction n'est pas forcément celui désigné.

- Les portraits robots :

+ Utilisé lorsqu'on ne peut pas recourir à la parade, c'est-à-dire, lorsqu'on n'a pas de suspects ou que la personne n'est pas en capacité d'identifier physiquement le suspect. Cette technique a été introduite dans les années 60. A cette époque c'était des artistes qui s'occupaient, lors de l'entretien avec la victime ou le témoin, de reconstruite, par la tactique d'essais erreurs, le visage du suspect. De nos jours, on utilise des systèmes informatiques. Entre les deux on a utilisé des systèmes mécaniques d'élaboration des portraits robots.

+ Il y a toujours interaction entre deux personnes.

+ Procédure aussi importante et suspecte que la parade. Très fréquemment, les témoins, lorsqu'on les confronte au résultat final, ne retrouvent pas dans le portrait les caractéristiques de celui qu'ils ont essayé de décrire.

+ C'est une méthode peu efficace, puisqu'on ne peut pas arrêter quelqu'un sur la base d'un simple portrait robot.

+ Difficultés à les élaborer et efficacité médiocre car :

. Taux de détection du suspect est faible (10 à 30%) (Davis & al., 2000).

. 14% des victimes identifient un suspect sur un portrait robot (Ellis, Shepherd & Davis, 1975 ; Vazet, 2002).

. 86% de fausses reconnaissances ou de non reconnaissance.

. Diversité des pratiques policières. Chaque enquêteur spécialisé va s'y prendre de manière différente : au niveau de la communication, du langage...

. Logiciels pas encore satisfaisants.

+ Pour diminuer les biais, il faudrait commencer par une description globale. Ce n'est pas possible puisqu'on a besoin de détails aussi précis que possible.

+ Méthodes pour améliorer les descriptions :

. Méthode simple et peu contraignante, mais peu efficace (Sporer, 1982) :

- Premier rappel de la description de la personne.

- Demande de faire une liste exhaustive des différentes composantes faciles. C'est une aide simple et basique pour se rappeler des détails.

- Le portrait-robot n'est donc pas élaboré par des questions de la part de l'enquêteur, mais par ces deux demandes générales.

. Méthode basée sur les mécanismes de l'activité de description (Py & al., 2001) :

- Consigne respectant la chronologie descriptive : cela permet d'augmenter de 11% le taux des informations exactes mais le bas du visage reste négligé.

- Consigne de description de bas en haut : augmentation de l'efficacité sans augmenter le taux d'erreur.

. « L'entretien cognitif holistique » (« Holistic cognitive interview », HCI) (Frowd, Bruc, Smith & Hancock, 2008) :

- Description libre du visage de l'infracteur.

- Réfléchir aux traits pouvant être associés au visage décrit, cela permet de re-focaliser la mémoire.

- Demander de porter une série de jugements généraux sur le visage (caractère amical, distinctif, agressif, etc.).

+ On tend de plus en plus vers des portraits animés plutôt que vers des portraits robots.

- Le profilage :

+ Le profilage est une méthode consistant à intégrer les sciences humaines (psychologie, anthropologie, sociologie, et victimologie) dans des enquêtes criminelle non élucidées, pour des faits uniques ou multiples, qui sont sans mobile apparents ou évidents (toutin, 2000).

+ Permet aux services de polices d'accroitre les informations sur les suspects.

+ Il s'agit de l'étude du crime, dans sa facette comportementale. Pendant un temps elle a eu le statut d'une technique psycho-criminologique. Les experts en techniques comportementales se sont livrés à l'exercice de donner à voir au publique (média) cette nouvelle méthode. Dans ces interviews/livres, ils vont raconter leur histoire d'enquêteurs.

+ Cette méthode reflète l'époque et la société dans laquelle elle évolue. Elle s'attache donc aux croyances de cette société. Tout cela va donner lieu aux sciences comportementales. Il existe des écoles de criminologie, des théories associées à cette pratique. On a donc des écoles de profiling.

+ Il y a deux principaux courants du profilage criminel :

. Approche du FBI ou profiling déductif, de type plutôt clinique.

. Approche par le modèle procédural, de type plutôt statistique : psychologie d'investigation (Canter, 2009).

+ Tourne autour de quatre hypothèses :

. La scène d'un crime reflète, plus ou moins, la personnalité d'un criminel.

. Son mode opératoire reste similaire au fil des crimes, dans le cas d'un tueur en série.

. Sa signature reste identique.

. La personnalité du criminel ne change pas.

+ Holmes (1996-1998) : à la suite d'une étude importante, ils caractérisent quatre catégories de serial killers :

. Visionnaire : c'est le serial killers qui est poussé à réaliser une vision, il y a quelque chose d'interne qui le pousse à commettre un acte. Ce type peut planifier, ce n'est pas juste tuer pour tuer.

. Missionnaire : il se donne pour tâche d'éradiquer une certaine catégorie de population. Ses victimes correspondent à un profil et ses actes sont accompagnés d'un discours.

. Hédoniste : l'acte va lui procurer un certain plaisir, hédonisme. L'acte en lui-même est signifiant.

. Dominant : son idée est, comme dans toute domination, le pouvoir et le contrôle sur l'autre.

. A ces catégories, il faut ajouter les caractéristiques personnelles du criminel ainsi que les motivations.

+ Rosme (1980, 1990) : le géoprofiling.

. Cette méthode utilise le Rigel, qui est un logiciel d'analyses automatiques, qui au départ était voué à résoudre des crimes sexuels, sans qu'il y ait forcément meurtre. Ces crimes sont ceux auxquels cette méthode s'applique le mieux. De nos jours il s'étend aux criminels type pyromanes.

. A l'aide d'analyses spatiales, on peut déterminer le lieu de résidence du criminel.

. Le serial killers ne répond pas à une logique du hasard, il va agir dans des lieux qui sont en lien et en rapport avec le domicile. Ils se déroulent généralement, idéalement, dans un rayon de 20km autour de chez lui.

. Le criminel fonctionne en fonction de la théorie du choix rationnel : le crime est décidé en fonction du cout et du bénéfice qu'il procure, le dernier est toujours plus important que le premier. La commission de l'acte n'est jamais posée au hasard. Ca se passe à un lieu de croisement entre les lieux du criminel et ceux de sa victime.

+ Première définition du profiling par le FBI :

. Le profiling psychologique est une inférence relativement à la personnalité d'un délinquant, en fonction des actes qu'il a commis et des connaissances psychologiques du profiler (de sa formation).

. C'est donc quelqu'un qui a acquis des connaissances psychologiques et scientifiques. Il va interpréter tout ce qui relève de la personnalité du délinquant.

+ Dans les années 70, les USA mettent en place divers programmes :

. VICAP : programme d'appréhension des criminels violents. Il répertorie les criminels en série, c'est une base de données qui va être consultée systématiquement.

. NCAVC : Centre National d'Analyse des Crimes Violents. Il met à jour le VICAP et propose des formations.

. BSU : Unité des Sciences Comportementales.

+ En Angleterre ces études ont commencé à se mettre en place dans les années 1986.

+ En Allemagne et au Canada commencent à se mettre en place, dans les années 1990, des services de profiling. La Belgique et la France rejoignent le mouvement dans les années 2000. En France il y a différents programmes :

. SALVAC : Système d'Analyse des Liens de la Violence Associée au Crime. Il répartit les crimes en fonction de leurs natures.

. Département des sciences du comportement : centre technique localisé/associé à la gendarmerie, pour les cas des meurtres.

. VICLAS : Système d'Analyse des Liens des Crimes Violents, c'est la même chose que le VICAP, mais made in France.

+ Le profilage se déroule en trois phases :

. 1ère phase : recueillir le maximum d'informations concernant l'infraction et la victime (déplacement sur la scène de crime, consultation des fichiers, étude des dossiers de l'affaire, interrogation des individus présents sur place, des témoins...). Il y a un recueil immédiat des informations qui peut être complété par des enquêtes supplémentaires.

. 2ème phase : analyse victimologique approfondie (antécédents médicaux, situation familiale et professionnelle, connaissances et activités extra-professionnelles, convictions religieuses, etc.). Le profilage de la victime, une fois mis en place, va permettre de commencer à faire des inférences sur le mode opératoire du tueur (choix de la victime, degré d'organisation du crime, son déroulement...). A la suite on recherche les mobiles possibles.

. 3ème phase : ébauche du profil du criminel avec les informations sociodémographiques (race, sexe, âge, statut marital, etc.), psychologiques (degré d'impulsivité, pathologies mentales, etc.) et juridiques (passé criminel, antécédents judiciaires, etc.) qui ont été relevées.

+ Il y a des limites au profilage :

. C'est une technique popularisée dans les temps modernes aux USA, mais qui remonte à l'inquisition en Europe avec la torture et la chasse aux sorcières.

. Il ne permet pas d'identifier l'auteur d'une infraction, mais détecte les sérialités, de réduire la population des suspects. C'est une aide qui ne permet pas systématiquement de déterminer qui est le criminel.

. Offre des hypothèses de travail, pour cela il faut considérer le profilage comme une hypothèse. Par conséquent il offre des probabilités. Il faut toujours garder en tête que ce n'est pas parce que le sujet a le profil qu'il est coupable. Il ne faut pas s'arrêter au premier candidat qui correspond et que le vrai coupable peut ne pas correspondre du tout au profil.

. Pas de définition claire du profilage et du statut du profiler. N'importe qui pourrait se présenter comme profiler (en France).

+ Groupe interministériel d'études :

. Devait clarifier, en France, les situations de profilage, sauvage ou non.

. Il avait pour but aussi d'officialiser le statut et de l'intégrer au système judiciaire et policier.

. Dans leur rapport ils ont proposé de différencier : l'analyse criminelle et l'analyse comportementale :

- Analyse criminelle : on va essayer de mettre en évidence d'une façon systématique, pas à pas, toutes les données qu'on possède sur le crime lui-même avec d'autres données.

- Analyse comportementale : peut être menée par des personnes qui ne sont pas affiliées aux services de police. Il s'agit d'apporter des éléments ou des données dans le domaine du comportement humain.

 

c. Evaluation de la qualité des dépositions et des témoignages :

 

Facteurs agissant sur la qualité du témoignage :

 

Suggestibilité du témoin dépend de propriétés contenues dans :

- Le stimulus.

- La situation : conditions de recueil des dépositions. On peut créer des conditions qui déstabilisent la personne.

- Les caractéristiques du déposant :

+ Capacités cognitives.

+ Age.

+ Origine sociale.

+ Statut de l'enquêteur.

 

Gudjonsson & Clark, en 1986, proposent une définition de la suggestivité interrogative :

« Importance avec laquelle, lors d'une interaction sociale étroite, les individus en arrivent à accepter les messages communiqués au cours d'un entretien formel, ce qui entraine un changement comportemental ultérieur. »

 

Il y a quatre étapes :

- Histoire, avec une quarantaine d'éléments saillants.

- La personne est ensuite invitée à la raconter à son tour avec ses propres termes.

- Il faut ensuite répondre à une vingtaine de questions dont 15 sont dirigées.

- Enfin, on fait part à la personne de sa performance. On lui renvoi un feed-back négatif et on le fait recommencer avec le même questionnaire.

On obtient deux mesures : une spontanée et la seconde qui est une sorte de procédure d'influence. On fait ensuite un score global, qui est celui de la sensibilité de la personne à l'influence de son interlocuteur.

 

On s'intéresse aussi à la fiabilité de la mémoire du témoin. On s'est focalisé, pour cela, sur les procédures d'interrogations des témoins et des victimes : entretiens des témoins classiques.

On a cherché à améliorer l'entretien standard pour augmenter les capacités mnésiques. C’est une méthode non directive qui est proposée : l'entretien cognitif. Il repose sur deux objectifs :

- Quantité et qualité du témoignage.

- Outil à destination des professionnels.

Et sur deux principes :

- Quantité et qualité d'un souvenir d'autant plus grande qu'il y a recouvrement entre la situation de récupération et celle d'encodage. Il faut laisser un maximum d'espace au témoin/victime pour qu'il puisse s'exprimer librement et donc restitue mieux ses souvenirs.

- La récupération peut emprunter différentes voies d'accès à la mémoire. La restitution de souvenir n'est pas linéaire, il faut dont lui laisser une marge de manœuvre relativement importante.

 

Les outils de recueil des informations sont basés sur quatre consignes/règles :

- Hypermnésie : consiste à inviter la personne à rapporter/relater, tous les événements qui lui viennent à l'esprit, même si elle doute de leur exactitude ou de leur importance. Cela permet d'éviter la censure et l'autocensure.

- Reconstitution environnementale et émotionnelle : on demande à la personne de se remettre mentalement dans le contexte dans lequel elle a assisté à la scène. On souhaite avoir les émotions du moment et pas celles post-événement.

→ Ces deux premières consignes servent à répondre au premier principe.

- Changement d'ordre dans la narration : on encourage la personne à (re)raconter l'événement en démarrant par la fin et de terminer par ce qui est arrivé au tout début.

- Changement de la perspective visuelle : on demande de raconter l'événement depuis une autre perspective, on veut que la personne raconte l'histoire par les yeux d'autrui.

→ Pour ces deux dernières, on essaye d'accéder par différents chemins à ce que la personne à en mémoire.

 

C'est donc une procédure très longue et non linéaire, qui demande beaucoup d'efforts au sujet. Cependant cela permet d'augmenter de 30% de restitution d'informations correctes par rapport à l'entretien standard (Py & Ginet, 1995).

 

La question de la crédibilité apparait, entre autre, par la voie de la responsabilité. On s'intéresse donc à a savoir si la personne qui témoigne, présente des déficiences qui pourraient agir sur ces déclarations ou témoignages.

On a supprimé cette notion dans les expertises, par la commission Viout de 2005. Cette décision a été prise notamment en ce qui concerne les enfants.

 

Criteria based content analysis (Undeutsch, 1967 & Anderson, 1983) : pour ces auteurs, le récit qui suit immédiatement un événement, d'une expérience vécue, est différent d'un événement imaginé. Il va donc falloir trouver des critères pour distinguer ces deux types de récits, notamment chez l'enfant. L'instrument final est le « Statement Validity Asessment » créé par Steller & Köhnken (1989). Il s'agit d'une liste de 19 critères et est utilisé dans les cas d'enfants ayant subit des abus sexuels. Il y a trois étapes : entretien structuré, analyse des informations du témoignage et une liste de vérifications. Ces 19 critères sont plus présents dans les récits véridiques.

Comme il s'agit d'une procédure très longue, un nouveau test a été élaboré : Reality Monitoring de JOHNSON & RAYE (1981). La théorie de la source monitoring est la suivante : un individu attribue un souvenir à une expérience vécue (source externe) ou à l'imagination (source interne). L'événement imaginé est plus flou et plus général que le récit d'un événement vécu qui lui sera plus riche en détail et en sensations éprouvées. L'impératif est que ce soit réalisé le plus rapidement possible après l'événement source ou imaginé.

 

d. Biais et faux souvenirs :

 

Biais :

- Nos jugements et nos comportements relèvent de déterminants dont nous n'avons pas conscience.

- Dans un contexte donné, l'accessibilité des informations qui sont autour de nous va varier d'un individu à l'autre. Cela dépend de notre capacité à saisir, dans l'immédiateté, différents éléments de la situation. Il y a une automaticité de certains traitements :

+ Les attentes inconscientes : celles qui vont orienter notre traitement des informations.

+ Les chercheurs ont essayé d'accroitre l'accessibilité des connaissances stockées en mémoire. Cela permettrait d'avoir une meilleure reconstitution de l'événement. Cette étude a été faite en laboratoire, à l'aide de l'amorçage.

+ L'amorçage consiste à modifier à l'insu du sujet le niveau d'accessibilité de ses connaissances. On va ensuite essayer de voir si des changements sont obtenus et donc si la personne a été influencée.

+ Huggins, Rholes & Jones (1977) ont mis au point un scénario qui consiste à proposer aux sujets le compte rendu d'une soirée agréable et dans cette soirée, deux personnes se rencontrent. Dans ce scénario, un homme raconte à une femme à quel point il aime les sports (chose que la femme s'en fiche). La persévérance, sûr de lui et la responsabilité sont prévalent dans ce scénario. Avec ce même scénario, précédé d'une conversation pesante avec une amie qui raconte les aventures d'un collègue de son mari, on obtient une réponse inverse. Dans une variante, on donne une liste avec un certain nombre de qualificatifs à un groupe et leur présente ensuite un scénario. Le groupe avec la liste va mieux évaluer le sujet présenté. S'il y a sur le lieu du témoignage, un élément qui peut induire des émotions positives ou négatives (message subliminal), on considère qu'il y a amorçage.

+ Devine (1989).

- Peut-on maitriser les influences inconscientes ?

- Les biais ne sont pas instinctifs, il doit donc exister un système de maitrise de ces influences.

+ Johnston & Macrae (1994) : évaluation des stéréotypes.

+ Tetlock & Boettger (1989) : accroitre le sentiment de responsabilité.

+ Macrae & al. (1994) : effet de rebond.

- Il faut noter que nous ne sommes pas tous égaux face à l'influence. Il y a des individus qui y sont plus sensibles que d'autres. On est aussi plus ou moins influençables en fonction des situations.

+ Jugeabilité : va infléchir nos évaluations, elle peut être maniée par l'expérimentateur. Il suffit de faire croire aux personnes, expérimentalement, qu'on a des informations sur elles. On fait donc toujours passer une pseudo tache à ces sujets. On induit un sentiment et non quelque chose de vrai, pour aboutir à des stéréotypes.

+ Auto-confirmation (Word, Zanna & Cooper, 1974).

+ Menace du stéréotype (Steel & Aronson, 1995).

- Etre catégorisé rend plus sensible aux influences : l'âge et le sexe changent notre sensibilité.

+ Bartolow & Anderson (2002) : différences filles/garçons pour la violence.

+ Dimension explicative du stéréotype : l'essentialisme psychologique. Ex : une mère qui tue son enfant sera plus durement jugée qu'un père tuant son enfant.

- Il est plus simple de juger un membre d'un groupe stéréotypé :

+ Schadron & Yzerbyt (1993) : une personne appartement à un groupe homogène est plus jugeable qu'une personne isolée.

+ Similarité des membres d'un groupe : l'entitativité (Campbell, 1958) faculté à former une entité. L'entitativité est la possibilité pour un groupe humain de former une unité de personnes où la place des individus peut être interchangeable.

 

Faux souvenirs :

- Barlett (1932) : les rappels présentent des ajouts, des lacunes et des incomplétudes systématiques.

- Les faux souvenirs (pseudo-mémoires, illusions mnésiques, etc.) sont :

+ Des souvenirs présentant des distorsions par rapport à l'expérience réelle.

+ Un mixte de diverses expériences ayant eu lieu des moments différents.

+ Des souvenirs d'événements qui ne sont jamais advenus.

→ Les deux premiers sont catégorisés comme de la désinformation. Le troisième est de la création. Dans les deux cas, il ne s'agit pas de mensonge, pour les travaux. On croit sincèrement à ce qu'on dit.

- On a à faire à deux types de mémoire :

+ Mémoire reproductive : idéal du juge et du policier.

+ Mémoire reconstructive.

- Paradigme de désinformation (Loftus, 2005) :

+ Il suffit de proposer un événement et ensuite de le compléter avec de fausses informations. On demande ensuite de remémorer l'événement. On regarde si les éléments erronés sont mémorisés ou non.

+ Il y a des facteurs internes et externes impliqués dans la désinformation. Ces facteurs sont liés à des caractéristiques individuelles et aux procédures expérimentales.

 

3. Jugements et verdicts : responsabilités et sanctions :

 

a. Procédures de sélection et composition des jurys :

 

Les procès en cours d'assise sont aussi appelés justice inquisitoire, en France. Il y a un juge avec des accusés et des plaignants.

Le procès se divise en plusieurs phases :

- Phase 1 : enquête policière avec un dépôt de plainte.

- Phase 2 : un procureur décide, ou non, d'entrainer des poursuites.

- Phase 3 : information judiciaire, menée par un juge d'instruction et une chambre d'instruction. Le juge décide de tous les actes d'informations qu'il faut mener (perquisitions, écoute téléphonique) et la chambre d'instruction est là pour s'assurer qu'il faut bien son travail : il doit instruire aussi bien à charge qu'à décharge.

- Phase 4 : sanctions pénales, diffusées publiquement. Suivant les pays, les catégories de pênes vont varier. En France il y a : privation de liberté, restriction de liberté, privation des droits civiques, pênes patrimoniales, pêne affectant la réputation, travaux forcés.

 

Les jurés doivent être des citoyens ayant plus de 23 ans et étant inscrits aux listes électorales. On en choisit 35, par tirage au sort, avec 10 de plus, qui résident dans la ville où a lieu le procès.

Il y a trois phases pour la sélection :

- Le maire doit faire une liste annuelle de préparation pour sa commune : c'est un tirage au sort sous son autorité.

- Cette liste là sert à établir une autre liste annuelle, qui n’est pas département puisqu'il y a une court d'assise par département.

- Trente jours avant le début du procès, le président de la cours d'assise. C'est à ce moment là où les jurés vont être triés. Sont supprimés ceux qui ont des liens de famille avec l'un des intervenants du procès, ceux qui ont des responsabilités politiques, les militaires en activité. Une fois ce tri fait, on tire au sort 35 jurés et 10 suppléants.

- Quinze jours avant le début du procès, les 35 jurés et les 10 suppléants reçoivent une convocation au tribunal pour l'audience préliminaire. A cette instance, certains jurés peuvent être récusés. Un magistrat tire au sort un nom, les avocats décideront de le garder ou non (maximum 5 refus) et de même avec les magistrats (maximum 4). On s'arrête lorsqu'on a les 9 jurés et les suppléants.

 

Les personnes qui sont tirées au sort sont amenées à prêter un serment individuellement. Ce serment n'est pas tenable.

 

Il a été démontré que :

- Il n'y a pas de différence dans la sentence prononcée par un jury sélectionné comme décrit ci-dessus et pas un jury sélectionné plus aléatoirement.

- Dans les jurys composés de 12 jurés il y a plus de représentation de la population.

- Il n'est pas possible de déterminer si un jury à 12 est plus ou moins sévère qu'un jury à 6 ou à 8.

- Les jurys composés de 6 jurés donnent des verdicts plus consensuels.

 

b. Particularités des protagonistes :

 

Tous les participants au procès sont soumis à dés jugements.

 

Dans le TD 2 il a été montré qu'il y a un biais de favoritisme endogroupe et de stéréotype inversé. Le sujet qui n'appartient pas à notre groupe est plus sévèrement sanctionné.

 

Le prévenu/accusé est soumis à un jugement de ses caractéristiques ethniques, de genre et d'âge. La criminalité est associée à des catégories de stéréotypes (cf. TD1). L'appartenance socio-économique a aussi son influence, même si les effets sont contradictoires : pour les milieux faibles il y a un plus grand risque de peine de mort et pour les milieux aisés la sentence sera plus sévère.

Le passé judiciaire d'un prévenu compte aussi. Le verdict est plus sévère dans le cas où il y a des antécédents judiciaires. Si le casier judiciaire présenté aux jurés est non vierge il y a une sentence plus lourde que s'il n'y a pas d'informations sur les antécédents.

L'aspect physique a son influence. On parle de « délit de salle gueule » ou « d'attirance » (nom officiel). Les caractéristiques physiques influences la position des jurés : plus l'accusé est attrayant,  moins la sanction est sévère, et inversement.

 

Efran, en 1974, étudie le lien entre présomption d'innocence et attrait physique d'un prévenu. Il pose directement cette question à des étudiants. La réponse est que l'attirance physique ne doit pas influencer le verdict. Dans la seconde phase, à d'autres étudiants, il propose un dossier avec la photo du prévenu fictif. Il en résulte que les prévenus les plus attrayants sont jugés moins coupables et la sentence prononcée est moins forte.

 

Le comportement du sujet pendant le procès a son importance. Neidermeier & al. (2001) ont montré l'impact manifeste.

Sundby (1998) montre que le comportement influence les décisions :

- Un remord exprimé directement ou indirectement allège la peine.

- La nonchalance, indifférence, absence de remords, dédain face au procès ou à la victime induisent une augmentation de la peine.

- Le comportement peut être décisif dans la prise de décision impliquant la peine de mort.

 

La crédibilité et la fiabilité des témoins influencent les jugements. Les facteurs matériels et situationnels (obscurité, variations lumineuses, distance, nombre de personnes présentes, délais entre l'événement et les témoignages, etc.) sont aussi à prendre en compte. En ce qui concerne les émotions, il a été montré qu'un trop ou un trop peu d'excitation nuit à la mémoire : la relation entre mémoire et émotions est à la fois positive et négative, pour que la mémoire marche bien il faut que les émotions soient moyennes.

Par rapport aux armes, Loftus & Messo, en 1987, montrent que la présence d'une arme focalise l'attention des témoins au détriment des personnages. Rooley & al (1987) ont montré que même quand le témoin tente de ne pas se focaliser sur l'arme, la présence de cette dernière perturbe l'observation de la scène.

 

Par rapport à la victime, influencent le jugement :

- La souffrance éprouvée par la victime. Kasian & al., 1993, montrent que dans les abus conjugaux, le degré d'agression avant les faits a un fort impact sur le verdict des jurés.

- L'appartenance de genre et d'âge : plus la victime est jeune est plus la sentence est sévère (Myers & al., 1999).

- Pigott, en 1977, travaille sur l'interaction entre sexe, âge et origine. En cas d'abus sexuels, Foley & Pigott (2002) montrent que :

+ La victime noire subit plus de dommages et intérêts plus élevés qu'une victime blanche, à une condition : que la victime soit jeune, l'effet est inversé dans le cas où la victime est noire.

+ Dans le cas d'une victime noir, l'accusé noir sera jugé moins responsable qu'un accusé blanc. Il n'y a pas d'effets si la victime est blanche.

+ L'origine de la victime a montré des effets contradictoires.

 

De manière générale, il y a présomption d'innocence pour l'accusé et suspicion envers la victime.

 

Il y a deux processus psychologiques qui rentrent en jeu :

- Le biais d'hindsight ou « sagesse après coup » : on surestime les capacités des personnes à prévoir les conséquences de leurs actes (Fischhoff, 1975).

- La responsabilité de la victime : croyance dans un monde juste. Chacun reçoit ce qu’il mérite et mérite ce qui lui arrive. La justice fait la cohérence.

 

Les mythes de viol :

- Croyances préjudiciables ou fausses stéréotypées à propos du viol, des victimes de viols et des violeurs (Burt, 1980).

- Les attitudes et les croyances généralement fausses mais qui persistent et qui servent à nier et à justifier l'agression sexuelle masculine envers les femmes.

 

 

II. Psychologie Clinique.

 

 

1. Introduction :

 

La criminologie peut être définie comme l'étude des sciences du crime et des criminels.

Dans l'étymologie du terme crime (crimen en latin) renvoi à l'acte de juger ou d'étiqueter un comportement. Alors que la criminologie va se préoccuper des causes du crime et du délit, à l'origine, à l'étiologie. Elle étudie leur accomplissement, leur contexte et leurs conséquences à l'aide de différentes sciences de l'homme : biologie, anthropologie, psychiatrie, psychologie, sociologie, etc.

 

Définir la criminologie c'est déjà une difficulté puisque la définition ne fait pas consensus dans le sens où il faudrait pouvoir considérer celle ci comme une discipline à part entière dont l'objet d'étude serait bien défini. Elle réunit l'étude de comportements définis comme délinquants et les mécanismes de contrôle et de répression. Pour ce faire, l'analyse des lois est essentielle : leur création, leur application et leur transgression. Tout comme l'apport des sciences humaines.

 

La criminologie est à un carrefour de trois disciplines :

- La psychologie :

+ Permet une analyse des processus psychique de l'individu délinquant. On parlera davantage de sujets puisqu'il y a une distinction entre sujets (sujet de l'inconscient chez Lacan) et l'individu (ce que l'on pense être). L'étude concerne la signification du passage à l'acte du criminel, ce qu'il dit de son conflit psychique, mais également les conséquences de l'acte sur le ressenti et le vécu de la victime.

+ Enfin, les actions de prévention, d'aide et de traitement font largement appel aux contributions de la psychologie.

- Le droit : le droit et les pratiques pénales sont des matières juridiques essentielles à la criminologie (ex : le droit international pénal, le droit pénal des affaires, l'aide à la jeunesse…).

- La sociologie :

+ Les apports de la sociologie ont tout d'abord consisté en une étude des facteurs sociaux du passage à l'acte criminel. Le développement de la criminologie est allé dans le sens de l'étude des situations d'interaction dans lesquelles apparait la délinquance. On s'intéresse au milieu, à l'environnement, à la catégorie socioprofessionnelle.

+ Aujourd'hui sont mis en avant les mécanismes sociaux qui définissent l'infraction et organisent la répression par la justice pénale : comment s'organisent les passages à l'acte en fonction des lois, comment les sujets vont se saisir de ces lois, ce qu'elles impliquent au niveau du comportement humain.

 

Le phénomène criminel, ne peut être compris qu'à partir d'une synthèse entre le psychologique, le juridique et le sociologique.

 

2. Histoire de la criminologie :

 

Le crime et la peine existent depuis que les groupes humains, à la recherche de cohésion sociale, ont commencé à s'organiser. On retrouve d'ailleurs des fresques préhistoriques représentant une exécution. Dès l'antiquité, le crime est objet de considération morale. Il n'est étudié de manière scientifique que depuis le siècle dernier.

Effectivement, il faut comprendre le crime comme un fait éminemment humain. Dans le sens où nous ne parlons de crime qu'en fonction d'une peine qui lui a été attribuée. Cette dernière est une réponse au crime et une tentative de régulation sociale. C'est parce que l'être humain rentre dans la civilisation, qu'il tente de se socialiser, qu'il peut y avoir peine face à un crime.

Comme le soulignait Freud, le sujet doit refouler ses pulsions agressives et sexuelles pour vivre en communauté. D'ailleurs, le crime a une part importante dans la littérature et les arts depuis l'aube de l'humanité. On retrouve un recueil de poèmes de Victor Hugo, dont le titre est Les châtiments ou les peines du crime, où il dénonce deux crimes distincts.

 

Une des taches de la criminologie est d'essayer de concilier dans l'analyse du passage à l'acte, la part du libre arbitre (la capacité de se déterminer par soi même, le pouvoir de choisir) et celle du déterminisme.

 

En sociologie pour Durkeim, le déterminisme peut être défini comme suit : ce sont des contraintes extérieures, comme des contraintes juridiques. En effet nous sommes tous conditionnés par la loi à ne pas vouloir faire quelque chose.

 

Au niveau de la psychologie clinique, on va plus se poser vers les contraintes du Surmoi. Freud le décrit dans Criminel par sentiment de culpabilité.

 

La criminologie présente donc un caractère particulier en ce qu'elle repose non seulement sur des concepts scientifiques mais aussi sur des notions de valeurs. Notamment par rapport au crime, à la responsabilité, à la culpabilité, au libre arbitre. Or ces concepts et ces valeurs ont constamment évolué au cours des siècles, sans qu'il y ait parallélisme entre leurs évolutions respectives. Cela a créé la difficulté de définir un champ spécifique d'application de la criminologie. En effet, face aux phénomènes criminels, la sensibilité collective a varié dans ses formes et ses contenus, selon les civilisations, dans le temps et dans l'espace. Par exemple on voit que les lois diffèrent en fonction des pays. De même les rapports entre droit, religion et morale ont évolué au cours des siècles. Des personnages illustres ont autrefois été considérés comme de dangereux criminels alors qu'aujourd'hui ils sont reconnus comme d'éminents bienfaiteurs de l'humanité. Ainsi Socrate, a été condamné à boire la ciguë car il a été accusé de ne pas croire aux dieux reconnus par la citée (399 a-J.C.). Galilée, au 16ème siècle a évité le bûché par une abjuration : il renonce à l'idée qui l'opposait à l'héliocentrisme, pour laquelle il était accusé d'hérésie et de ne pas avoir respecté une décision de justice dans laquelle on lui demandait un ouvrage neutre.

 

De nos jours, les législations pénales sont encore loin d'accorder leur définition de certaines infractions. Ce qui est punissable dans un état, ne l'est pas toujours dans un état voisin. Les lois changent en fonction du temps et de l'espace.

 

Ce que nous considérons comme crime évolue en fonction du lieu et de l'époque. Nous allons traiter la façon dont l'image du criminel a été traitée au fil du temps.

 

En 1523, le Roi de France, François I nous donne une définition du criminel : « aventurier, vagabond, un oiseau perdu, un méchant, un rateur et un violeur de fille, un renieur de dieu, un cruel, un inhumain, (etc.) faisant de vice et de vertu, ne sachant rien faire ni rendre service. »

 

Le système judiciaire de l'ancien régime a été fortement critiqué. La population va se poser la question de la liberté du criminel et de l'injustice des lois. Au même moment, un nouveau projet de connaissance est ouvert dans l'émergence des sciences de l'homme. Lorsqu'on recherche dans cette fin de Siècle des Lumières à saisir les rapports du physique et du moral de l'homme, c'est en posant désormais l'hypothèse d'un lien de cause à effet. Cela à travers une nouvelle science : la phrénologie, étude des bosses sur la tête.

L'inventeur de cette théorie, le Docteur Gall, est un neuroanatomiste et un précurseur des sciences cognitives. Il s'inscrit dans le courant naissant des sciences de l'homme. Il est le premier à établir une relation causale entre l'organisation cérébrale d'un individu et ses actions. Gall pense ainsi qu'il est possible d'expliquer certains types de crime commis, dans de terribles circonstances et sans motifs apparent, par un développement exagéré de l'instinct carnassier. On peut se demander s'il n'avance pas la notion de pulsion développée par Freud plus tard. Il a largement appliqué sa théorie à la question criminelle. Il est l'initiateur de la tradition bioanthropologique de l'étude du criminel.

Sa théorie a été remise en question lorsqu'un poète assassin, qui n'avait pas le profil du criminel, se joua de ses prosélytes, comme il se joua de la société qui le jugeait. Le déclin de la phrénologie ne freinera pas l'avancée des sciences de ce siècle : naturalistes, matérialistes et hiérarchisantes. Il n'est donc pas nécessaire d'être un disciple de Gall ou un matérialiste pour partager la foi scientiste et distinguer dans la population des types présentant des caractéristiques communes.

C'est ainsi que le Docteur Lepeltier de la Sartre, membre de l'académie de Médecine, décrit en 1957 dans un ouvrage consacré à la description du système pénitencier, des types pénitencier. On n'est plus très loin du type criminel, même s'il refuse tout déterminisme fatal et maintient la capacité de chaque individu à lutter contre ses tendances organiques. Inspiré par les textes de l'écrivain Maurice Alloy, il va définir huit types pénitenciers reconnaissables à : leur psyché, et pour certains à leur physionomie. Chaque type est marqué par la dominance d'un vice que l'action pénale doit s'efforcer de remplacer par la vertu correspondante. Voilà quelques exemples :

- Au type vagabond il associe l'insouciance et sa vertu est la prévoyance. « Le vagabond possède une physionomie souvent malicieuse, fine et même assez intelligence. Mais presque toujours, à la fois fausse et licencieuse. Le vagabond est commun, familier, cynique dans ses manières. »

- Au type querelleur il associe le vice et sa vertu est la modération.

- Au type escroc il associe le vice et sa vertu est la bonne foi.

 

Dans la seconde moitié du 19eme siècle, le développement de l'anthropologie physique et de la théorie des dégénérescences ouvre une période de grands examens des criminels. Les nouvelles sciences ne participent plus seulement à l'établissement du corps du délit, elles veulent mettre à jour le délit du corps. Le Docteur Morel est à la pointe de ce mouvement, lorsqu'il érige en 1864 la recherche des types en véritable programme scientifique. Il nous dit : « Les individus frappés congénitalement de déchéance intellectuelle, physique et morale ne ressemblent à personne. Ils se ressemblent entre eux. Ils représentent des types, forment des races, des variétés maladives dans l'espèce. Ils relèvent leur origine commune dans l'identité du caractère et du naturel. Les tendances naturelles des uns, les instincts dépravés des autres, le niveau intellectuel qu'ils ne peuvent jamais franchir et l'impossibilité d'inventivité, de ne rien perfectionner, ne sont pas plus l'effet du hasard que ne le sont certaines formes vicieuses de la tête, certaines difformités du squelette. J'ai donné le nom d'anthropologie morbide qui a pour but d'étudier les caractères qui sont dus à certaines influences maladives spéciales ainsi qu'aux transmissions héréditaires de certaines natures. »

 

Il est indispensable de nommer Cesare Lombroso. Il est professeur de médecine légale et la littérature s'accorde à dire que son ouvrage, L'homme délinquant (1876), signe la naissance de l'étude criminologique. Dans cet ouvrage, il développe sa théorie du criminel nait. Selon lui, le type criminel dépend de l'hérédité. C'est un individu amoral, commettant des délits par nécessité biologique. Il met en avant certains traits anatomiques qui caractérisent, selon lui, le criminel : une forte mâchoire, des arcades sourcilières proéminentes, des traits psychologiques comme une insensibilité à la douleur et il va aussi noter des traits sociaux comme des tatouages ou le fait de parler l'argot. Ces traits rapprochent le criminel du sauvage. Bien entendu, Lombroso et son interprétation de la criminalité ont été fortement critiqués. Il reste de nos jours la figure représentant la criminologie de la fin du 19ème siècle. Il est une figure exemplaire dans son intention mais repoussoir par ses méthodes et ses résultats. Il aimait répéter que « Sa théorie était pressentie depuis l'antiquité et que dans un proche avenir la jeune science anthropologique révolutionnerait le droit pénal ». Lorsque Lombroso expose sa conception du criminel nait, bien différente puisqu'elle procède non pas d'une déviation du type normal, mais d'un retour au type primitif, la communauté scientifique européenne est très divisée sur la démonstration mais elle est convaincue de la légitimité du questionnement. Il se pose la question de l'origine du passage à l'acte criminel. De fait, si la théorie du criminel nait appartient bien à Lombroso, la tentative de trouver des indices visibles du vice et de la vertu sur le corps des individus, cela remonte à la tradition antique de la physionomie. Dès l'époque médiévale, on retrouve une mauvaise physionomie comme constituant un indice éloigné et une preuve légale de l'ancien régime français, permettant la torture d'un sujet pour forcer l'aveu. La mise en relation des anomalies du corps avec les criminels n'est pas systématique, du moins dans les pays latins car la théologie morale prône une anthropologie d'un sujet humain, consacré par une faculté complète de raisonner et la pleine jouissance de sa volonté. L'homme est libre de choisir le bien ou le mal. Ainsi donc, on pouvait fort bien choisir le crime comme métier. C'est ce que répèteront les anthropologues du 19ème siècle. L'homme qui s'adonne ainsi au mal, n'est pas enfermé d'emblée dans un stéréotype de criminel mais dans la catégorie générique du pêcheur. Il peut certes porter sur son visage et son corps les stigmates de ses forfaits, comme tend à le démontrer l'abondante littérature populaire sur les faits divers criminels au 17ème et 18ème siècle. Dans ce cas, le stigmate physique est un signe secondaire, conséquence d'une déchéance morale consentie. Si la laideur morale est corrélée à la laideur physique, l'imperfection du corps n'est généralement pas lue comme la cause déterminante d'une mauvaise conduite.

 

Les précurseurs de la criminologie, tentent d'établir des liens entre des traits physiques, neuro-anatomiques et le passage à l'acte délinquant. Cependant, si on s'oriente de la psychanalyse et qu'on s'intéresse aux thèses freudiennes, la conception d'une hérédité criminelle sera mise à mal.

Comme le soulignait Freud : « Le moi n'est pas maitre dans sa demeure » dans le sens où le Moi psychique peut entrer en conflit psychique avec l'inconscient. Chaque sujet n'est pas équipé de la même manière pour faire face au conflit psychique. C'est là qu'on va retrouver une partie des sujets criminels.

Lorsque Lombroso recherche la source de l'activité criminelle chez le sujet, il mélange l'hérédité et ce qui ne l'est pas (ce qui dépend du social). Le sujet peut se transformer physiquement par un conflit psychique, mais pas ses gènes (comme les traits de la mâchoire). On ne peut pas s'appuyer sur des signes comme ça. Effectivement on peut penser que Lombroso voulait mettre en avant un aspect qui pouvait être intéressant (sur le physique) qui peut, dans certains cas, être considéré comme un appel à l'autre social. Ce regard peut, parfois, être recherché par le sujet, pour instaurer une limite par un Surmoi du dehors. Chez certains criminels, le passage à l'acte à travers l'hétéro-agressivité, peut être considéré comme un moyen d'appeler un surmoi du dehors qui viendrait limiter : subjectivité inconsciente, besoin inconscient d'aller rechercher la loi.

 

Au niveau historique, il y a tout un parcours qui est effectué au niveau du groupe social par rapport à la perplexité due au passage à l'acte criminel. Dans une tentative d'identification, du groupe social à cet autre humain criminel, il émerge une question : « Comment un humain peut-il produire de tels actes ? ». La question va petit à petit être déviée et va devenir : « Quel type d'humain peut faire cela ? ». Là Lombroso, pose ses hypothèses. On en arrive à la conclusion : « Il s'agit de monstres, ils ne sont pas humains. »

 

Qu'est-ce que le groupe humain cherche-t-il à évacuer ?

Il y a un déni de cet aspect pulsionnel, puisque si on considère qu'il existe chez un autre, cela insinue qu'il existe dans l'humanité. C'est la fonction même du Surmoi. On les écarte, puisque c'est un besoin vital que de refouler, de s'écarter de certains actes.

 

3. Passage à l'acte :

 

a. Le premier criminel : Caïn :

 

Ce premier crime peut être mis en relation avec l'héritage qu'il a pu laisser.

Freud, lors d'une conférence de 1915, dans une conférence à Vienne, il rappelle ce premier meurtre de la Genèse en disant : « Nous sommes tous issus d'une longue lignée d'assassins. »

 

Caïn est le premier fils d'Adam et d'Eve. Il a un frère plus jeune : Abel. Ce dernier est pasteur alors que Cain est paysan. Un jour ils font une offrande à Dieu, qui préfère l'offrande d'Abel. Percevant la colère de Cain, il lui dit de maitriser sa colère et de ne pas pêcher. Un peu plu tard, Cain tue son frère. Dieu, pour le punir d'avoir tué son frère et d'avoir nié son acte, va maudire le sol sur lequel le sang de son frère a coulé. Cain est banni. Pour ne pas qu'il soit tué, ou qu'il se laisse tuer, par le premier venu (comme affirmé par Cain) Dieu va lui faire une marque pour que personne ne s'en prenne à lui et qu'il ère sur la terre.

Ce mythe est retrouvé dans d'autres religions. Notamment dans le Coran ou Cain se nomme Kabyle et Abel est Habyl. A la différence de la Bible, dans le Coran, Cain reste consterné devant le corps de son frère. Dieu lui envoie alors un corbeau qui gratte la terre pour montrer à Kabyle comment ensevelir son frère.

 

Le meurtre du frère est présent dans de nombreux mythes. Cela laisse penser qu'il a une origine très ancienne. L'ensevelissement des morts est un indice de l'apparition des civilisations, notamment à la préhistoire. Ces récits ouvrent l'idée de la descendance des assassins.

On observe aussi une première différenciation entre le bien (Abel) et le mal (Cain), dans une chute qui va évoquer le pêché originel. On met en évidence la mort du semblable, qui peut être réelle ou imaginaire. Freud dit : « Notre inconscient tue même pour des détails, puisque tout tort infligé au Moi tout puissant est, au fond, un crime à sa Majesté. »

 

Dans ce récit de la Genèse, la faute est reconnue par Dieu. Pourtant il va l'épargner. Ce point est repris par les partisans de la peine de mort.

 

Ce texte se poursuit par la descendance de Cain. Cela en fait le fondateur de cette culture.

 

L'envie est un ressenti de colère ou de tristesse face au bonheur de quelqu'un d'autre. La jalousie est en fait un désir d'exclusivité face à un amour passionné.

L'envie, chez Klein, est en même temps un concept théorique plus global. Il va décrire un état plus archaïque que l'envie du pénis. Archaïque au sens ou elle se développe dans la relation mère-enfant. Alors que la jalousie se déroule dans une triangulation inconsciente, on introduit déjà la problématique œdipienne.

Pour Klein, envie et jalousie ne sont pas synonymes. Pour elle « La jalousie se fonde sur l'envie. Mais alors que l'envie implique la relation du sujet à une seule personne et remonte à la toute première relation exclusive avec la mère, la jalousie comporte une relation avec deux personnes au moins et concerne principalement l'amour que le sujet sent comme lui étant du, amour qui lui a été ravi ou qui pourrait l'être par un rivale. »

 

L'envie et la jalousie sont une façon pervertie de désirer et d'aimer. Elles renvoient à une strate archaïque de la psyché. Dans le développement psychique on ne doit pas en rester là.

 

Pour Klein, l'envie a un caractère inné et constitutionnel, comme une manifestation sadique orale et sadique anale des pulsions destructrices. L'envie évolue en jalousie et débouche sur de la gratitude. Si le sujet ne peut pas dépasser le stade de la jalousie, il y a un délire de jalousie qui peut aboutir à un passage à l'acte.

Elle nous dit que le nourrisson imagine le sein qui le nourrit comme le privant d'une partie des bienfaits qu'il possède. Elle nous dit que : « Il semble que pour l'enfant le sein qui le prive devient mauvais, comme s'il gardait pour son propre compte le lait, l'amour et les soins qui se trouvent associés au bon sein. A ce moment là, l'enfant se met à haïr et à envier ce sein avare et parcimonieux. » C'est à ce moment là que Klein va mettre en lien les 7 péchés capitaux avec sa clinique : l'envie y trouve sa place, elle est inconsciemment ressentie comme le plus grand des péchés parce qu'elle détériore et nuit au bon objet, qui est la source de la vie.

 

Au niveau du criminel, il est important de savoir ce qui empêche l'enfant de passer de la jalousie à la gratitude. Si l'envie et la frustration sont trop fortes, le bébé ne peut renoncer à la position schizo-paranoïde et aux défenses qui sont propres à cette position : c'est à dire aux défenses maniaques de l'idéalisation ou de la destructivité. Si la relation à la mère est suffisamment bonne, l'objet (la mère) cesse d'être tout puissant dans le fantasme, que ce soit par rapport à sa destructivité ou au contraire à sa montée. Le clivage va laisser place à une scène d'ambivalence. Finalement, pour avoir une capacité de réparation et une capacité d'aimer, mais aussi d'éprouver de la confiance.

 

b. Cas de « la Tueuse aux 32 cercueils » :

 

Elle s'appelle Vera et elle est née à Bucarest.

Elle a empoisonné 35 personnes à l'arsénique entre les années 1920 et 1930. Toutes ses victimes étaient ses proches : mari, enfants, amants...

 

Elle est dans un délire de jalousie, qu'elle n'a pas pu partager. Il y aurait eu un problème de la relation mère-enfant, fait qu'au moindre signe de détachement, elle va passer à l'acte.

 

On voit que dans son cas, il y a une impossibilité de séparation, au départ à la mère et ensuite à ses amants et maris. Si elle n'était pas passée à l'acte, elle aurait développé des addictions (substances, alcool, etc.). Ils choisissent cet objet additif car, dans un premier temps, ils peuvent le contrôler.

 

4. Concepts clinique de la théorie du passage à l'acte :

 

On peut approcher la clinique de l'acte criminel à partir du passage à l'acte. On ne considère comme criminels que les sujets ayant procédé à un passage à l'acte. Au niveau judiciaire, tant que l'individu n'a pas commis de crime, rien ne peut être entrepris, même s'il y a une demande de la part du sujet. Cette demande peut être une sorte de recherche de Surmoi de la part du sujet.

 

Freud développe le fait que le sentiment de culpabilité est déjà là avant le passage à l'acte. Du coup, le passage à l'acte est une sorte de support de la culpabilité qui est envahissante. Ca se passe dans le sens inverse. C'est aussi dans ce sens là que la peine va apaiser le sujet.

 

Le passage à l'acte est une action ou une conduite impulsive dont les motivations sont, pour une part, inconscientes. Il peut viser le sujet lui-même, quelqu'un d'autre (hétéro-agressivité), ou en miroir, le sujet en la personne de l'autre et réciproquement.

Le passage à l'acte doit être différentié, en psychanalyse, de l'acting out. Le premier est coupure, rupture radicale de la relation à l'autre. Là où le passage à l'acte est une séparation brutale, une sortie de scène, l'acting out est un message avec un destinataire, une montée sur scène. Le passage à l'acte a le plus souvent un caractère de violence auto ou hétéro-agressive. La clinique du criminel peut nous amener à parler d'actes, qui se répètent. On peut donc poser la question du fantasme à cause de la répétition d'acte. En judiciaire on parle de récidive : c'est une tentative de représenter le trauma.

 

Cela débouche sur une distinction métapsychologique freudienne. Assoun va faire la distinction entre :

- L'action spécifique est ce qui permet de cerner le déplaisir suscité par un besoin non satisfait, une explication de l'état de détresse du nourrisson. Cela induit la présence d'un tiers secourable qui comprend la détresse et assure l'action.

- L'action c'est l'acte en tant qu'il fait symptôme, notamment au travers des actes manqués, pulsionnels…

- L'agir c'est la traduction de l'acting out. C'est ce qui définit la traduction sous forme d'actions de ce qui ne peut être remémoré. L'acte va venir à la place du souvenir. L'acting out est adressé alors que le passage à l'acte ne s'adresse à personne et n'attend aucune interprétation.

 

Dans l'addiction comme dans le passage à l'acte criminel ou additif, les actes ne se rapprochent ni de l'acte manqué ni d'un symptôme typiquement névrotique mais plutôt du coté de l'acte pervers. On ne s'y prend pas de la même manière.

L'acte additif se rapproche de l'acte pervers mais pas de la structure perverse proprement dite (celui qui dénie le sexe féminin). C'est une sorte d'aménagement du coté pervers, c'est à dire plutôt dans les états limites que dans la perversion.

 

La question de l'acte a suscité l'attention de Lacan. En 1936, il va proposer sa conception du stade du miroir. A partir de l'expérience de l'observation de la reconnaissance par l'enfant de son image dans le miroir, Lacan nous dit : « L'assomption jubilatoire de son image spéculaire par l'être encore plongé dans l'impuissance motrice de la dépendance du nourrissage, qu'est le petit homme à ce stade d'infant, nous apparaitra dès lors, manifestée dans une situation exemplaire, la matrice symbolique où le Je se précipite en une forme primordiale, avant qu'il ne s'objective dans l'identification de l'autre et que le langage ne le restitue dans l'universel de sa constitution de sujet. »

Lacan met en avant, ici, l'origine de la constitution du sujet humain au travers de l'image spéculaire et par les mots qui vont être apposés par la mère et qui le désignent comme distinct d'elle par le biais du langage. C'est la combinaison entre l'image spéculaire et le langage tenu à partir de celle-ci qui fait sortir l'infant de la confusion à sa mère. Cependant, il l'aliène à une image.

La question de l'aliénation à l'image, telle que l'a produite Lacan, va nous intéresser de manière particulière en ce qui concerne la question du passage à l'acte. Il va prolonger cette conception dans la question de l'agressivité, qu'il va traiter dans un article de 1940 : L'agressivité en psychanalyse. Il fait un lien entre le stade du miroir et sa conception de l'agressivité : « Il y a là, une sorte de carrefour structural où nous devons accommoder notre pensée pour comprendre la nature de l'agressivité chez l'homme et sa relation avec le formalisme de son moi et de ses objets. Ce rapport érotique, où l'individu humain se fixe à une image qui l'aliène à lui-même, c'est là l'énergie et la forme d'où prend origine cette organisation passionnelle qu'il appellera son moi. »

Dans les années 1960, Lacan va opérer la distinction entre l'acting out et le passage à l'acte dans le séminaire sur l'angoisse. Par rapport au passage à l'acte, il faut préciser que ce passage à l'acte met en jeu le corps de l'individu, que ce soit dans l'auto-agressivité ou dans l'hétéro-agressivité. La prise de parole du sujet n'est pas au centre de la situation : ses actes court-circuitent la pensée, agir pour ne pas penser. Ces passages à l'acte peuvent être accompagnés de parole, mais ils ont la caractéristique de dépasser la pensée du sujet (on est donc dans l'agit et non dans le pensé). On peut parler d'acte produit par le sujet mais qu'il dépasserait en tant qu'il se produit en dehors de son contrôle.

 

On appelle passage à l'acte des moments particuliers dans l'existence d'une personne. Il marque un moment qui est en lien avec une manifestation d'angoisse extrême. Il s'agit d'un moment dans lequel il s'opère une rencontre entre différents éléments psychiques qui vont basculer la réalité dans laquelle se trouve le sujet. L'effet de l'angoisse, combiné aux conditions externes, et au passage à l'acte, vont produire une mise entre parenthèse des fonctions psychiques conscientes du sujet, normalement tenues par l'activité régulatrice de la partie consciente du Moi. C'est un moment où il n'y a plus de sujet, où il y a un évanouissement du sujet. Ce dernier n'a plus conscience de ce qu'il fait.

Pour décrire le passage à l'acte, Chobelot dit : « Il y a franchissement de la scène imposée ou organisée par le sujet lui-même : c'est le franchissement de la scène vers le réel immédiat, non différé. » Le sujet a du mal à en dire quelque chose puisqu'il est face au réel.

 

Il faut retenir le coté inattendu du passage à l'acte et la sortie de scène du sujet, évanouissement du sujet. Il échappe complètement au sujet, il se situe donc dans le réel, hors de la symbolique. Si on interroge le sujet sur l'acte qu'il produit, on n'obtient pas de réponses. On n'en sait rien du pourquoi de son acte. On peut donc penser qu'il nous transmet ainsi le vide dans lequel il était au moment de l'acte. C'est ce vide-là qui nous dit qu'on touche à du pur réel. L'acte ne prend éventuellement un sens uniquement pour l'interprétant et non pour le sujet qui l'a commis. Il s'agit d'une situation hors symbolique, dans le sens où la parole de l'analyste n'a pas de portée symbolique pour le sujet à propos de ce qui a pu lui arriver.

Pour reprendre la définition de l'acting out, le passage à l'acte se fait hors transfert et hors relation transférentielle. Il se situe plutôt dans un autre champ que celui de la névrose. Lacan va reprendre la notion de passage à l'acte par l'angoisse. C'est de ce sentiment d'angoisse, qui submerge complètement le sujet, que va découler l'entrée dans le passage à l'acte. Dans l'après-coup du passage à l'acte, le sujet ne peut rien en dire, il témoigne à son absence dans la scène, scène de son angoisse, et à l'absence de pensées, de sentiments et de représentations.

La référence habituelle du passage à l'acte est celle du suicide, et plus particulièrement celle de la défenestration. Là, c'est la disparition du sujet dans laquelle il se trouve. C'est pour cela que la défenestration est paradigmatique : le passage à l'acte est une sortie de scène. Cette scène est la scène de sa vie et souvent de l'insupportable de la représentation qui apparait aux yeux du sujet. L'acte de la défenestration met en jeu la vie du sujet et situe ainsi les enjeux qui existent dans cette notion de passage à l'acte. Ces enjeux se situent autour de la notion de vie ou de mort et donc d'existence pour un sujet donné. Ce dont il est question c'est la vie ou la mort psychique. Le sujet n'a pas d'autre choix que de passer à l'acte.

 

La question de l'existence pour un sujet se trouve lié à la question de désir. Le sujet est soutenu par le fantasme, si ce dernier n'est pas médiatisé, le sujet ne peut pas désirer et va se rabattre sur le besoin. L'existence du sujet dépend de ce que ce dernier va pouvoir investir de son expérience de vie pour en apprécier la part de désir qu'elle recèle et non pas se faire prendre au jeu d'un imaginaire exclusif qui porterait à lui barrer l'accès à la réalité. Cette réalité de l'expérience et la source de satisfaction qu'elle peut constituer est certes plus modeste que les mirages imaginaires, mais au combien plus plein et plus vraie. C'est la différence entre un sujet désirant et un sujet non soutenu par le fantasme où le Surmoi prend le dessus.

 

Lors des passages à l'acte, pour les meurtres et les tentatives de meurtre, la notion est principalement associée à des situations de violence faite par un sujet à un tiers. Elle concerne aussi des violences concernant le sujet lui-même, dites aussi auto-agressives.

 

Il se pose de ce fait la question du statut de l'acte dans la différence de ces passages à l'acte : quel statut à l'acte à ce moment là ? De quel statut du passage à l'acte meurtrier, dans la situation subjective de celui qui se place en position d'auteur de cet acte ?

Cela situerait la position de l'autre, pour ce sujet, au sens où l'autre viendrait incarner un objet dont on peut disposer. Quoi de plus démonstratif que le meurtre pour mettre en évidence le pouvoir qu'un sujet peut avoir sur un autre. La jouissance du meurtre serait constituée par le fait de réduire l'autre à une chose, à savoir : un être inanimé. Ainsi, ce sujet meurtrier se retrouverait dans la position du créateur qui peut donner et enlever la vie à tout être. Sauf que sa position de simple mortel ne lui permet pas de faire ressusciter les mortes. C'est là que son point de castration apparait : la création de la vie lui est barrée, il ne peut opérer l'œuvre que dans un seul sens, vers la mort, pour cela il faudrait qu'il passe par le corps d'une femme mais pour ces sujets, le circuit est trop long parce que l'immédiateté du passage à l'acte ne supporte pas un tel détour.

En ce qui concerne le statut de l'acte dans le cadre du passage à l'acte suicidaire, le sujet se met lui même en position d'objet de sa propre haine. Dans le cas de la défenestration, le sujet tente de réaliser sa propre éclipse. En passant par la fenêtre, il essaye de s'extraire de sa situation qui lui parait insupportable à ses yeux. Tous les jeux du miroir, du moi idéal, peuvent être invoqués ici, que cela aille du sentiment d'une non existence ressentie par le sujet qui ne trouve plus dans ses objets identifications suffisamment de support imaginaire pour que la vie ait suffisamment de goût pour être vécue ou alors les images qu'il se fait de lui même ne correspondent pas à ce qu'il suppose être la demande de l'autre, demande qu'il faudrait atteindre pour que l'autre puisse être, pour ce sujet, imaginairement satisfait.

Dans ce jeu de miroir imaginaire dans lequel le sujet se mirerait au regard de l'autre : on peut voir les enjeux mortifères se constituer.

 

De quelle image suffisamment plaisante, le sujet pourra-t-il se satisfaire pour supporter et se supporter d'une existence dans une vie engagée dans la réalité commune ? Ici, toute la question de la communauté humaine se pose. Qu'est-ce qui fait tenir les sujets pris un à un, si ce n'est leur place respective dans ce qui organise les hommes en société ?

En effet, le suicide, autant que les meurtres s'il n'est pas organisé comme il peut l'être dans le cadre des guerres, sont une atteinte de par leur essence à la communauté des hommes. Ce qui rend tragique le meurtre et le suicide, c'est parce qu'il dénie et révèle le rapport que chaque sujet entretient avec sa propre image dans son rapport à lui même, tout comme avec ses semblables. L'atteinte du corps, dans ce qui entraine sa disparition d'être vivant, est ressentie comme une atteinte au corps social, en tant qu'elle réalise la tentative d'essayer de se débarrasser de l'aliénation imaginaire, constitutive de chaque sujet du fait des mécanismes d'identification imaginaires qui permettent sa constitution en tant que sujet.

En ce sens, le meurtre et le suicide sont des actes qui tentent de se débarrasser de la part imaginaire. Ce qui se retrouve dans les témoignages de ceux qui sont passés à l'acte, c'est cette notion d'absence du sujet de la conscience au moment du passage à l'acte. Ce qui produit les mêmes constats de souvenirs très flous de l'acte commis, voire même d'absence de souvenir de cet acte. Par ailleurs, ce qui domine dans les effets de ces passages à l'acte c'est l'absence de sens, comme si, à l'absence de la conscience du sujet, correspondait une absence de sens pour le sujet qui commet ces actes, mais aussi, une absence de sens pour la société, qui assiste en spectateur passif et souvent impuissant. La force du passage à l'acte vient du fait qu'il se pose comme une question à celui qui le commet, mais aussi comme une question à la société qui en subit ses effets sans qu'elle ne puisse être élaborée véritablement comme une question classique : posée dans le champ des signifiants, articulée et articulable à un discours.

Le propre du passage à l'acte semble être son caractère inassimilable par principe et à priori au discours social. Le passage à l'acte n'est pas l'expression d'un code qui nous permettrait de lui faire retrouver son sens dans le camp du symbolique, il se pose comme un acte sans sens et finalement hors contexte. Le sujet qui est passé à l'acte ne semble pas avoir accès à un sens qui pourrait lui permettre l'analyse de l'acte. Les premières pensées qui s'articulent au passage à l'acte sont des pensées et des discours qui émanent du discours social pour lui permettre de l'intégrer à la communauté et ne pas le laisser comme objet hors du monde.

 

Cela nous permet de définir un moment psychotique qui précèderait la survenue d'un passage à l'acte. Ce moment serait caractérisé par une mise hors jeu du sujet qui passe à l'acte au moment même du passage à l'acte.

Le rapprochement qui est tenté entre le moment psychotique et le passage à l'acte peut se soutenir du fait que l'on a souvent associé des manifestations psychotiques à des absences de sens. En effet, le passage à l'acte et ses conséquences, souvent dramatiques, poussent le spectateur à une représentation d'un « pas de sens » à son égard. En ce qui concerne les manifestations psychotiques et leur interprétation par un « pas de sens » qui pourrait leur être attribué, cette représentation de chose ne peut plus être soutenue aujourd'hui, avec la lecture psychanalytique qu'en a fait Freud. Pour ce dernier, l'activité délirante peut être considérée comme une tentative de guérison.

Le point épistémologique à éclaircir, concerne le fait que la notion de psychose ne peut se résumer à la notion de délire. Dans la définition de la notion de psychose, on peut dire que le phénomène délirant signe un état dans lequel l'activité imaginaire du sujet prend le dessus sur les autres coordonnées de la vie psychique. Cela ne constitue pas pour autant, que la manifestation d'une activité délirante est le signe d'un état psychotique stable. Il nous faut nous entendre sur la différence qu'il existerait entre un état délirant aigüe et quasi continu et un épisode délirant qui peut avoir une certaine durée dans le temps.

Le point qui ferait maladie serait celui d'une cristallisation de cette activité délirante et qui viendrait à constituer l'activité principale du psychisme. Ainsi, nous n'enfermerons pas la notion de psychose dans la représentation d'un état psychotique stable et définitif avec une activité délirante tout aussi constante et importante comme valeur refuge dans le temps d'activité psychique du sujet. La question du moment psychotique qui précède la survenue d'un passage à l'acte, nous laisse sur une problématique selon laquelle la question de la nature de l'engagement de la suite de l'existence du sujet se pose dans une alternative qui aurait pu, en théorie, lui permettre de prendre la voie à l'accès délirant. En d'autre termes, dans le moment psychotique, le sujet peut soit choisir le passage à l'acte soit le délire. Si cette voie du délire n'a pas été empruntée, c'est certainement du au fait que les ressources imaginaires du sujet n'ont pas pu être mobilisées, du coup c'est la voie du réel qui a été empruntée. La survenue de l'angoisse dans ce moment psychotique a submergé les capacités du sujet, qui s'est retrouvé mis hors scène en ayant comme seule alternative le recours, par le réel, de l'acte.

 

5. Solution psychotique du délire :

 

La formule de solution dans le passage à l'acte pointe la question de l'impossibilité pour le sujet soumis à une situation particulière, d'emprunter la voie symbolique ou délirante. De ce fait, la seule voie possible est restée celle du passage à l'acte.

Quelque soit la formule de solution empruntée, il tente l'impossible : celui de passer de l'autre coté du miroir pour essayer de s'extraire de ce qui lui arrive et ainsi de se retrouver dans la position de ne pas avoir à se rendre des comptes, dans le cas de la défenestration, ou de ne pas avoir à se rendre des comptes à propos de celui qu'il rencontre, dans le cas du meurtre, et qui lui poserait une question psychique à laquelle il n'arrive pas à répondre. Cette question psychique est quelque fois posée uniquement du fait même de la présence d'un autre, sans qu'il y ait eu plus qu'une interaction visuelle entre le meurtrier et la victime.

Les déterminants de ces passages à l'acte nous rappellent à quel point il est important de mobiliser la notion d'image spéculaire dans la constitution du sujet et de celle de l'effet de l'apparition de l'image de l'autre dans les effets de miroir que peut constituer une rencontre dans la réalité de certains sujets.

Pour l'acte suicidaire, cela peut être également le cas. La rencontre d'un regard de l'autre sur soi peut renvoyer le sujet à son image qui lui est insupportable. Ainsi, on peut généraliser la question du meurtre de l'autre est mobilisée dans chaque rencontre. Le passage à l'acte comme se situant hors sens pour le sujet est à récupérer dans le symbolique ou par la société.

 

Cela pose la question de la stabilité de la position du psychisme humain vis à vis de lui-même. En effet, des manifestations de rupture de sens peuvent apparaitre chez certains individus, cela pose la question de la nature du psychisme humain qui ne peut pas avoir la capacité de se rendre maitre de l'ensemble des situations auxquelles il peut être confronté.

S'agit-il d'une impasse qui se présente seulement à quelques uns ou cette dernière peut se révéler potentiellement selon les circonstances à chacun au détour de sa vie ?

Gori nous dit que « ce besoin autopunitif constitue la nécessité de réaliser un acte, dont le paradigme est le parricide originaire, un acte qui permettrait à la mémoire de s'emparer dans et par l'actualité d'un événement, créé des traces de souvenirs absents ou forclos comme si un trauma n'avait pu ici des points de connexion avec la pensée et la parole, comme si un trauma été resté encapsulé dans le psychisme jusqu'à chercher et trouver désespérément une solution à motif dans le passage à l'acte. » Il fait donc de la survenue du passage à l'acte le témoin d'un trauma qui serait resté encapsulé dans le psychisme. Il pose la constitution de la question du passage à l'acte comme la résultante d'une non-symbolisation du traumatisme. Ils témoignent du fait que le passage à l'acte leur est étranger, même si parfois ils reconnaissent en être les auteurs. Le trauma qui se manifesterait dans la survenue du passage à l'acte peut être évoqué mais le sujet n'est pas dans la possibilité d'en témoigner.

 

6. L'angoisse et le passage à l'acte :

 

On peut voir que la question de l'angoisse, comme marque psychique est à chaque fois sollicitée dans les situations de passage à l'acte. Cette angoisse qui semble prendre le sujet dans les situations de passage à l'acte nous donne une indication sur les conditions psychiques dans lesquelles se trouvait le sujet avant la survenue du passage à l'acte.

La conception de l'angoisse, telle qu'elle se constituerait avant la venue d'un passage à l'acte, serait celle d'un sentiment, d'une sensation qui envahirait les capacités de représentation du sujet. L'angoisse viendrait détruire ce qu'il en serait des possibilités de penser du sujet et l'obligerait à sortir de lui-même, en s'absentant à sa conscience dans une espèce de court-circuit dans lequel se produirait le passage à l'acte. Le sentiment d'angoisse ne mène pas nécessairement à l'entrée dans un passage à l'acte mais il semble que dans les situations où le sujet est passé à l'acte, il ait été conditionné par une vague d'angoisse à laquelle le sujet n'a pas pu résister et s'en est soustrait en s'absentant à lui-même.

Pour délimiter ce concept d'angoisse, il est nécessaire de revenir à la conception freudienne de l'angoisse. Freud détermine trois coordonnées de l'angoisse :

- L'angoisse devant un danger réel : l'angoisse est caractérisée par ce qui la motive, c'est à dire un danger extérieur qui a pour cause l'immaturité biologique de l'homme.

- L'angoisse automatique : elle est une réaction à une situation traumatique d'origine sociale par laquelle l'organisme se défend spontanément.

- Le signal d'angoisse : elle est la reproduction sous la forme atténuée d'une situation traumatique vécue primitivement (trauma infantile). Le signal d'angoisse est alors un mécanisme purement psychique qui fonctionne comme un symbole mnésique et qui permet au moi de réagir par une défense.

La notion de l'angoisse existentielle est la mieux explicitée par Freud dans ses textes, qu'il ne traite pas directement dans ces textes.

Dans L'inquiétante étrangeté, Freud appelle « l'étrange familier » une impression effrayante, « à savoir que l'inquiétante étrangeté est cette variété particulière de l'effrayant qui remonte depuis longtemps connu, depuis longtemps familier ». Cette impression d'étrangeté surgit dans la vie quotidienne quand des complexes infantiles refoulés sont brutalement réveillés. Elle se déploie alors en plusieurs thèmes angoissants :

- Peur de la castration.

- La figure du double.

- Le mouvement de l'automate.

Ces trois modalités de l'étrange ont pour points communs de faire réapparaitre des forces primitives que la civilisation semblait avoir fait disparaitre et que l'individu pensait avoir surmonté. Dans la figure du double ou de l'automate, on doute qu'un être en apparence inanimé soit vivant et l'on pense qu'un objet sans vie est animé. Quand à l'angoisse de castration, elle se dévoile dans les descriptions de vampires, de membres dévorés ou de corps désarticulés que nous révèlent certains de nos rêves.

 

Dans la suite de ses travaux, Lacan poursuit la définition de l'angoisse psychique du coté de l'angoisse existentielle. Il s'appuie sur « l'étrange familier » de Freud pour montrer que l'angoisse surgit quand le sujet est confronté au « manque du manque », c'est à dire une altérité toute puissante qui l'envahit au point de détruire en lui toute faculté de désir.

 

Ainsi, selon ces définitions du concept d'angoisse, qu'est-ce qui pourrait constituer une piste d'entrée dans la question du rapport de l'angoisse avec le passage à l'acte ?

A travers les situations cliniques de passage à l'acte, il nous semble se révéler, qu'au moment suspendu qui précède le passage à l'acte, quelque chose de ce qui fait consistance de sujet, pour le sujet, disparait. C'est l'évanouissement du sujet. Ainsi, du fait de cette disparition, qui a à voir avec l'apparition d'une vague d'angoisse, le sujet se trouve dans le passage à l'acte. Dans ce dernier, lorsqu'il est meurtrier, il ne s'agirait pas de faire une place au manque qui manquerait au sujet pour continuer à exister, mais plutôt comme une nécessité qui lui serait imposée de se reprendre dans le réel de l'acte plutôt que de disparaitre définitivement dans la mort psychique. Nous pourrions alors considérer les passages à l'acte comme autant de tentatives que le sujet, en désespoir de disparition psychique, trouve pour se permettre de se reconstituer comme sujet dans l'après coup du passage à l'acte. L'acte peut être appréhendé sous différents angles. En fonction de la norme culturelle il est déviance. Surpris dans son surgissement ou sa répétition, il peut être entendu comme faisant signe d'un trauma ou de quelque chose qui ne parvient pas à s'inscrire, à se symboliser. Appréhendé au travers du prisme de l'angoisse, il peut être considéré comme symptôme. Le rôle du clinicien va être d'approcher le processus et de constituer une clinique de l'acte.

 

Le passage à l'acte se fait à un moment psychotique : c'est un moment d'angoisse qui va déborder du sujet et auquel on ne peut pas donner de sens. Le passage à l'acte est une défense contre une angoisse de mort psychique. Il peut aussi être une tentative de symbolisation d'un trauma, souvent vécu dans l'enfance.

 

Il y a un accompagnement de sujets ayant recours à des passages à l'acte : un crime peut être considéré comme parfait lorsqu'il n'a pu être élucidé par la police. Le criminel se trouble à l'abri de toutes les accusations et donc il échappe à la justice. Cependant, certains criminels ressentent le besoin d'avouer.

Le sentiment de culpabilité inconsciente, évoquée par Freud, pousserait certains sujets à avouer et à se faire condamner. Une autre explication serait celle de la recherche de construction de sens. Par exemple, le besoin de reconnaissance serait un support d'une trame de quelque chose qui ne peut se dire mais qui cherche un sens. Le besoin d'avouer demeure une énergie libératrice qui doit amener un soulagement. En 1925, Reik publie ses recherches sur la compulsion d'aveux et le besoin de punition. Il souligne le fait que de tout temps, il a existé des lieux de confession pour partager ses souffrances.

Avouer c'est admettre que nous sommes l'auteur d'un crime, le responsable de ses actes. D'une certaine manière, c'est une façon de montrer qu'on en assume les conséquences. La reconnaissance de l'acte va permettre de le rendre plus vrai et plus réel : le sujet peut s'en approprier. Priver un individu par l'irresponsabilité mentale c'est en quelque sorte l'exclure de la société des hommes.

Althusser avait étranglé sa femme pendant une crise délirante. Il avait été considéré comme irresponsable. Interné à vie dans une institution, il a toujours revendiqué de pouvoir parler de son acte et voulait être jugé plutôt que d'être exclu, disparaitre de la société. Ces propos sont rapportés dans L'avenir dure longtemps. Dans cet ouvrage, il exige que pour tout criminel, responsable ou irresponsable, le droit d'avoir un procès pour s'expliquer devant la justice des hommes.

Le besoin d'avouer est différent en fonction des individus. Ils apparaissent comme une nécessité tendant vers un but précis : mettre en lumière l'acte lui même et si possible son sens.

 

Green disait qu'on ne pouvait que constater le désintérêt des analystes, en général, pour ces mauvais sujets et de conclure qu'avec eux notre bagage est assez limité. Dans le passage à l'acte, l'acte se substitue à la parole, puisque le sujet ne peut pas s'inscrire dans le symbolique et l'imaginaire, et les analystes utilisent le discours comme base de travail. Freud, dans Les voies nouvelles dit que les criminels nous apprennent beaucoup sur la genèse et la nature des actes violents.

La définition actuelle d'un psychopathe s'appuie sur trois courants de pensée :

- La psychiatrie française lui attribue un caractère héréditaire et constitutionnel de la dégénérescence du criminel.

- La conception allemande introduit la dimension d'une souffrance individuelle non reconnue et collective. Cette personnalité fait souffrir les autres en priorité.

- Le courant anglo-saxon insiste sur les effets délétères de ces sujets sur la société. Ce courant va contaminer la psychiatrie, jusqu'à nos jours, par sa virée démoralisatrice qu'on retrouve dans le concept de personnalité antisociale de Kanner : « Le psychopathe est quelqu'un que vous n'aimez pas ».

 

Aujourd'hui le psychopathe apparait comme un personnage préœdipien, narcissique, qui ne connait ni limites, ni culpabilité post-œdipienne, car il n'est jamais passé sous les fourches de l'angoisse de castration. Les explorations des conduites psychopathiques par Freud, et même Lacan dans Introduction théorique aux fonctions de la psychanalyse en criminologie (1966), ne s'écarte guère de la conception œdipienne du passage à l'acte criminel.

 

Quels concepts psychanalytiques peuvent nous permettre de penser une clinique préœdipienne ?

 

Ce sont les concepts kleiniens avec les concepts archaïques, le clivage et la position schizo-paranoïde qui sont précieux pour penser cette clinique. Ces sujets ont un fonctionnement psychique stoppé à un niveau de développement primaire, n'ayant pu dépasser une relation au monde fondée sur l'agressivité et aussi de la crainte de la persécution qui en découle. L'agressivité peut se retourner contre le sujet lui-même.

 

Le psychopathe, comme le mélancolique, sont tous deux aux prises d'un Surmoi archaïque, particulièrement cruel et destructeur. Ils sont dans l'impossibilité de faire leur deuil d'un objet d'amour primaire, qui n'a pu être introjecté, il ne peut pas symboliser l'objet, par faute d'inadéquation de l'environnement. L'objet n'est pas bien constitué.

L'objet intériorisé est détruit par les attaques du bébé, quand l'envie et la jalousie sont trop fortes. La carence de l'objet primordial maintient la place vide de l'objet. Le passage à l'acte serait lié à l'impossibilité des objets d'amour de l'enfant d'assumer une position symbolique. Cette carence fait que le fonctionnement de la psyché reste fixé à la haine, impossible à exprimer pour un objet inadéquat. Le psychopathe échapperait à la folie en passant à l'acte : il va agir sa haine sur la société. Le sujet fait agir sa haine sur la société, au lieu de s'en culpabiliser jusqu'au délire.

 

Lacan, en 1963 dans le Séminaire sur l'angoisse, place une différence entre l'acting-out, qui serait porteur de sens et de parole, et le passage à l'acte, moment de sortie de scène où le sujet se situe dans le réel. Même si le passage à l'acte s'adresse à une personne, à qui veut l'entendre, le besoin d'avouer emmène le sujet à une tentative, dans l'après-coup, d'y donner un sens.

 

Comment aider les personnes qui passent à l'acte ?

 

Cas de Pascal : il est interné en hôpital psychiatrique à la suite d'une tentative de suicide. Il agit de manière impulsive, sans réfléchir, etc.

- Le sujet criminel produit des passages à l'acte, mais peut aussi laisser des indices qui pourraient être interprétés comme des actes manqués. Ce qui le distingue des autres c'est le nombre de passages à l'acte et leur répétition, cela signe le fait que la pulsion de mort est aveugle. Du point de vue économique de la métapsychologie freudienne, ces sujets ont recours à la voie motrice (première décharge des tensions). On est là face à un processus primaire. Ce recours à la voie motrice, dans le passage à l'acte, rend compte d'un comportement apparemment insensé. Néanmoins, la répétition évoque la possible trace d'un trauma, de quelque chose qui a du mal à s'inscrire. Le recours au passage à l'acte, signe que ces sujets sont débordés par le pulsionnel, mais leur actes ne semblent jamais dénués d'un sens qu'ils ne maitrisent pas, faute d'avoir eu un statut représentatif.

- Le passage à l'acte, dans un premier temps est hors sens. Le clinicien ne doit pas faire d'interprétations sauvages, l'important n'est pas qu'il comprenne les actes du sujet, mais que ce dernier les comprenne et les accepte lui-même. C'est le sujet qui doit donner un sens à ses actes, un sens qui lui est singulier et dans une temporalité qui lui est propre.

Cas de Jason :

- Il agresse violemment des femmes et notamment des étrangères. De son enfance on retiendra une mère disparue et un père proxénète et une tante qui avait essayé de s'en occuper avant qu'il soit placé dans des instituons spécialisées, dont il sera exclu. Il fait des cauchemars qui font penser qu'il a été battu, même si son dossier médical n'en parle pas. Ils retrouvent sa mère, qui explique qu'elle avait battu l'enfant quand il était bébé. Le clinicien lui dit qu'il comprend pourquoi il s'en prenait à des femmes étrangères, pour ne pas tomber sur sa mère et Jason lui dit « Pour une fois c'est pas con ce que tu me dis ».

 

Pour Freud, « la psychanalyse n'est pas le traitement de la dégénérescence psychopathique, c'est même là où elle se voit arrêtée », De la technique. Pourtant Freud a critiqué la théorie de la dégénérescence nerveuse par rapport à l'application aux névroses et aux hystéries en particulier. Cependant il n'hésite pas à la réintroduire pour les psychopathes. Cela laisse à supposer qu'il a, à leur égard et concernant cette clinique, un contre-transfert très négatif. Il n'a pas tout à fait tort puisqu'il y a une problématique de communication : d'un côté il y a le clinicien qui utilise le langage, la parole et donc le symbolique, et de l'autre coté le psychopathe qui utilise le passage à l'acte.

Effectivement, la rencontre ne devra pas virer à un combat entre deux adversaires, un n'étant équipé que d'un agir « signal d'alarme », celle de la détresse du nourrisson, et un autre dont le langage pourrait être vécu comme agressant pour un sujet qui a mis en place une carapace contre la dépression primaire, possibilité de la perte de l'objet.

Chan nous dit : « Evitez, par des interprétations intempestives, l'attaque directe des mécanismes de défense. Ce qui constitue, de la part du thérapeute, autant de passages à l'acte auxquels le sujet risque de répondre sur le même mode. » A une interprétation vécue comme attaquante, le sujet peut répondre par un passage à l'acte. Le clinicien fera attention de ne pas faire d'interprétations sauvages et posera des actes de parole en lieu et place des interprétations classiques, puisque le sujet n'est pas équipé pour les recevoir : son système symbolique ne tient pas suffisamment et qu'une interprétation, même juste, pourrait être vécue comme persécutante et attaquant directement le mécanisme de défense pour ces sujets qui ne savent pas comment faire autrement que de passer à l'acte.

 

L'acte est à l'origine d'un terme judiciaire, qui donnera en 1532 : « prendre acte de quelque chose ». C'est là que le clinicien va se placer. Le sujet peut émerger à partir de cet acte posé par le clinicien. Le sujet qui a été alors absent, au moment de son passage à l'acte, vient aujourd'hui signifier le contraire : il est l'auteur de cet acte et maitre de son destin. C'est ce que le criminel va incarner, contre toute dépendance. Là on peut voir que ces sujets sont encore sous l'emprise d'un grand autre, toute puissance dont il n'a pu se différencier.

Hypothèse : le passage à l'acte pourrait être une manière de se débarrasser de ce mauvais objet incorporé qui leste ces sujets.

 

Pascal : avant de passer à l'acte (tuer sa femme), il est venu en parler avec son clinicien. La première rencontre entre le clinicien et Pascal a laissé des traces : au moment où le sujet ne se sent pas bien, il vient en avertir le clinicien. Sans ce transfert, il serait directement passé à l'acte. Le clinicien répond : « Vous-voulez le bien de votre fils, mais en tuant sa mère vous irez en prison, lui se retrouvera orphelin et sera placé à la DAS, c'est cela que vous voulez ? » Le clinicien intervient ici dans la réalité logique. Là Pascal va évoquer les horribles souvenirs de ses placements en institution, lorsqu'il était enfant. Le clinicien va être soulagé de le revoir la semaine suivante, et Pascal a jeté son arme.

 

Les actes du clinicien peuvent permettre aux sujets de ne pas passer à l'acte, uniquement par une référence à la logique, à la réalité. Le clinicien a ici posé des actes, mais des actes de parole en faisant appel au principe de réalité auquel le sujet n'avait plus accès. Pascale n'avait pas pensé aux conséquences pour son fils : il n'avait pas représenté ces conséquences. Le fait que le clinicien pointe la réalité des conséquences de son acte lui permet de faire un choix éclairé en tenant compte des répercussions et pas seulement agir pour décharger une tension.

C'est complètement différent du positionnement classique psychanalytique. On n'essaye pas de le faire élaborer sur sa tentative de meurtre pour sa femme.

C'est aussi grâce au transfert que cet acte de parole a pu être entendu par Pascal. La répétition de tels actes de parole, ou d'action, peut avoir une fonction symboligène avec ces patients et les aider à passer de l'agir à l'élaboration psychique. On a pu voir que face à cette clinique et des agirs antisociaux, que la présence du clinicien est indispensable. Effectivement, le Surmoi archaïque étant réprimé par le passage à l'acte, il y a besoin d'un Surmoi du dehors qui vient arrêter le sujet.

 

Cas d’Hélène : elle a 35 ans et un lourd passé psychiatrique, avec violences. Ses enfants sont placés en institution. Son fils fugue pour retourner chez sa mère. Il se défenestre quand les policiers essayent de le ramener en institution. Il survit et reste chez sa mère, avec un suivi clinique. Un peu plus tard, elle s'immole par le feu avec son fils. Hélène est internée, elle est violente de nouveau et n'est pas facilement maitrisable. Le clinicien rendra visite à Hélène un peu plus tard, où alcoolisée elle lui dit que tout est fichu pour elle et son fils et que cette fois elle réussira leur suicide. Le clinicien lui dit « Ca fait deux heures que je vous écoute, que vous buvez devant moi sans même me proposer un verre. Vous trouvez ça convenable ? ». Cela fait coupure : Hélène essuie un verre et demande au clinicien de l'accompagner à l'hôpital psychiatrique.

 

L'intervention surmoïque du clinicien a suffit pour empêcher un agir décisif. Il faudra plusieurs années de thérapie difficile pour qu'elle gère sa violence incontrôlable. Elle était causée par les violences subies par sa mère psychotique et son père complice pendant l'enfance.

 

Ce cas clinique montre que le clinicien doit s'adapter. Il s'agit d'une clinique particulière, spécifique à chaque cas. Le clinicien va devoir s'adapter en posant plutôt des actes de parole. Il se positionne différemment : il ne peut pas guérir le psychopathe par des méthodes classiques. Cette clinique ne saurait être efficace sans les actes d'intervention du thérapeute qui prennent une dimension symboligène et favorisent le passage de l'agir à l'élaboration psychique.

 

 

III. TD 1.

 

 

Hypothèses : Impact de la photo sur les réponses, on attend que :

- La photo avec arme déclenche davantage de comportements agressifs (plus de Tabasco) que celle n'en comportant pas.

- Le personnage avec turban déclenche des réactions plus agressives que celui tête nue.

- Le personnage avec turban et arme déclenche des réactions plus agressives que les trois autres types de personnages.

 

Objectifs de l'expérience : montrer que les réactions d'agressivité, sinon d'agression, dépendent en grande partie de stéréotypes préconstruites. Compte tenu des acquis expérimentaux antérieurs, il est possible ici que ces stéréotypes proviennent d'associations implicites et inconscientes entre :

- Turban et musulman (islamiste).

- Turban et terrorisme.

- Turban, musulman et terrorisme.

 

1. Princeps de l'expérience, Australie, Unkelback, Forges & Denson (2008) :

 

Expérience née à partir d'une bavure policière. Les auteurs se sont demandés dans quelle mesure le fait de ressembler à un musulman pouvait influencer les comportements.

C'est une série d'expériences qui va étudier les effets de l'apparence et des états affectifs sur les comportements agressifs.

On se sert d'une sorte de jeu vidéo où le sujet doit tirer sur des individus dans lequel le sujet n'a pas le temps de réfléchir à la réaction qu'il va avoir. Ces dernières sont donc spontanées et correspondent plus aux stéréotypes. Elles vont révéler les attitudes positives ou négatives vis à vis de certaines cibles.

On comptabilise le nombre et le type de cibles touchées.

 

L'hypothèse est que les personnes ont davantage tendance à tirer en fonction de l'apparence de la cible et non en fonction des objets qu'elle a en main.

Question de départ : est ce que le fait de ressembler à un musulman est-il réellement une condition facilitant les réactions agressives ?

On observe le paradigme du tireur (Cornell, Park, Judd & Wittenbrink, 2002) : tirer sur des cibles armées et s'en abstenir pour des cibles non armées.

Présupposé : on tire plus sur des cibles à apparence musulmane.

 

Les cibles sont des hommes, avec ou sans turban et avec une bouteille de coca ou un pistolet. Il y a aussi des femmes, une typée occidentale, une sœur, une femme en Hijab et une en Niqab. C'est toujours la même personne (que ce soit homme ou femme), elle est juste habillée différemment. On peut présenter soit les deux sexes soit un seul des deux dans les expériences.

 

Hypothèse : biais du tireur plus fort pour les cibles à coiffe musulmane.

 

La VI est la race, soit caucasienne soit noire, personne avec ou sans signe religieux distinctif.

Une autre VI est les affects. Ils sont soit positifs (traitement heuristique/global/synthétique de l'information) soit négatifs ou neutres (traitement plus précis/détaillé/poussé de l'information).

 

Hypothèse : si la coiffe musulmane, attachée à un stéréotype négatif, est un indice pour l'agression, les sujets en colère présenteront un biais du tireur plus fort.

 

Paradigme du tireur :

- Les cibles apparaissent aléatoirement sur un balcon dans un intervalle de temps de 750 à 2000 ms.

- Les participants ont 800 ms pour répondre.

- Rémunération :

+ Réponse trop lente : pénalité de -10 points.

+ Tir sur cible non armée -20.

+ Non tir sur cible armée +40.

+ Tir sur cible armée +10.

+ Non tir sur cible non armée +5.

 

Hypothèses :

- Le biais du tireur est plus fort pour les cibles portant une coiffe musulmane -Validée.

- Le biais du tireur est plus fort pour les cibles non caucasiennes que caucasiennes - Validée.

- Plus de tirs sur des hommes que sur des femmes - Validée.

- Les sujets en colère devraient présenter un biais du tireur plus fort : tirer sélectivement plus sur les musulmans que les sujets aux affects neutres ou positifs.

- La colère augmente globalement le nombre de réponses de tir mais pas d'augmentation sélective visant les musulmans. L'affect positif produit un biais sélectif significatif contre les musulmans.

 

Si des étudiants, d'un pays où la société n'est pas crispée sur cette problématique, réussissent à obtenir ces résultats, c'est parce que le stéréotype est préexistant.

 

2. Blair, Judd & Chapleau (2004) : the influence of Afro-centric facial features in criminal sentencing - Eberhardt, Davis, Purdie-Vaughns & Johnson (2008) :

 

Biais de collorisme : jugement lié à l'apparence.

Cet effet reste significatif lorsqu'on contrôle différentes variables : attirance du visage, statut socio-économique du prévenu et de sa victime, sévérité du meurtre, présence de circonstances aggravantes ou atténuantes.

Ce biais est retrouvé uniquement lorsque la victime est caucasienne.

 

 

IV. TD 2.

 

 

1. Les victimes d'inceste :

 

L'inceste consiste à avoir des rapports sexuels entre membres de la même famille. Ces relations sont considérées comme indésirables d'un point de vue génétique mais aussi du point de vue des considérations religieuses et morales qui ont conduit les sociétés à les condamner. La loi de l'interdit de l'inceste se fonde sur le fait que l'inceste désorganise la famille, de plus qu'il perturbe gravement et irrémédiablement le développement affectif et sexuel des enfants qui y sont contraints.

Au niveau du droit, le droit pénal français ignore l'inceste : ce terme ne figure pas dans le code pénal. Pour la loi, cette transgression va être appréhendée comme un viol sur mineur par ascendant légitime ou personne ayant autorité. Sa répression s'exerce donc par le biais de la qualification de viol, la minorité et la relation de filiation étant considérés comme facteurs aggravants. Le viol est considéré comme crime et leurs auteurs vont être envoyés devant la Court d'Assise. Ils risquent une peine de réclusion de 15 à 20 ans de prison.

 

Au plan criminologique, c'est l'inceste entre père et fille qui a été le plus étudié. On a pu mettre en évidence le fonctionnement pervers de familles incestueuses, où la plupart des membres de la famille ont des rapports sexuels entre eux, y associant les enfants, même très jeunes. On a pu voir que l'isolement géographique, où les familles vivent en repli sur elles mêmes, comme un facteur favorisant l'inceste.

Au niveau des pères incestueux, on va évaluer l'intériorisation de la fonction paternelle. En particulier on va essayer de voir si un clivage a pu s'instaurer entre leur propre image de père et celle de l'homme sexué. En ce qui concerne les mères, les mères des victimes, vont jouer un rôle très important dans l'inceste. Elle occupe une place particulière : elle a une double position, celle de la femme de l'inculpé et celle de la mère de la victime. Son mode de relation avec chacun des partenaires du couple incestueux va influencer sa démarche, soit de dénonciation soit de silence.

 

La culpabilité et la honte sont intriquées dans de nombreux cas de victimes d'abus sexuels. A partir de cas cliniques de victimes d'abus sexuels rencontrés dans la pratique ou de cas rapportés par d'autres clinicien, une hypothèse de travail émerge : l'expression et la mise en mot de la honte par le sujet constitueraient un point d'appui essentiel dans l'affirmation et la reconstruction de l'identité.

 

On va voir comment, dans l'écoute et la prise en charge de victimes d'inceste, la prise en compte de l'affect de honte est primordial. Dans la théorie freudienne, la question de la honte vient de la névrose.

 

Freud dit qu'il y a une période de l'enfant, où ce dernier ne connait pas la honte. Celle-ci arrive comme principe éducatif. Dans certaines situations, l'expression « tu n'as pas honte ? », signifie que l'affect de honte est ici attendue. Pour Freud, la honte est formatrice et fait partie intégrante de la névrose.

Dans Interprétation des rêves, Freud va partir du mythe de la genèse du texte de la chute, où Adam et Eve vivent dans le jardin d'Eden et ne connaissent pas la honte. La question de la honte va émerger au cours de la genèse et est liée à la question du sexuel. Adam et Eve vont manger le fruit de l'arbre défendu et à ce moment là, ils découvrent qu'ils sont nus et se cachent. Ils vont être bannis du jardin d'Eden, ils ont honte et cachent leur sexe. Pour Freud, la honte commence à ce niveau là.

 

Au niveau de la structure, on ne peut pas parler de honte dans la psychose. Il n'y a pas de honte dans la paranoïa, d'un point de vue de Freud. Dans Deuil et mélancolie, le mélancolique apparait éhonté. La honte n'apparait pas chez le mélancolique. Beaucoup d'auteurs contemporains s'accordent pour dire que tout ce sur quoi le mélancolique s'accable s'adresse, non pas à lui, mais à son objet d'amour dans une régression narcissique.

Dans la théorie freudienne, la honte fait partie des névroses. Chez le sujet victime d'inceste, la honte va signer qu'il n'y a pas perversion chez le sujet. Quand le sujet a honte c'est bon signe. Paul Laurent Assoun, dit que le pervers n'a pas honte, là où le névrosé a honte. Le pervers va projeter la honte sur l'autre et la ressentir à travers l'autre. Freud va lier la question de la honte à l'idéal du moi. On va donc basculer du coté des instances psychiques, où la question de la honte doit être abordée à partir de l'idéal du moi. C'est un conflit entre le moi et l'idéal du moi.

 

La honte est un affect qui surgit dans un moment de rupture par rapport aux exigences de l'idéal du moi (nos ambitions, etc). La honte s'accompagne d'un échec devant témoin et conduit à vouloir se cacher. Quand une ambition est réalisée, il se produit l'effet inverse avec une sensation de triomphe : fusion entre le moi et l'idéal du moi. La honte intervient dans le cas contraire, quand il y a un conflit entre le moi et l'idéal du moi : le sujet fait quelque chose qui n'est pas en accord entre le moi et l'idéal du moi où un tiers en est témoin. La honte vient attester de l'échec de narcissique. Elle apparait le plus souvent en relation au regard d'autrui : elle fait toujours intervenir le dispositif intersubjectif.

Dans le travail clinique le fait d'avoir honte, entraine à la taire. Par conséquent, son abord est d'autant plus compliqué en entretien puisque le patient n'en parle pas spontanément. Le patient a peur du jugement puisqu'il va attribuer ses propres pensées au clinicien.

 

Dans le traumatisme sexuel incestueux, la question de la honte est très difficile à travailler. C'est un désir réel qui vient se télescoper avec un fantasme œdipien. Ce désir réel se transforme en acte. Le fantasme n'est donc plus fantasme puisqu'il se réalise.

Au delà de la théorie freudienne, qui situe la honte comme post-œdipienne, le traumatisme sexuel, implique de prendre en compte deux instances psychiques de la personnalité : l'idéal du moi mais aussi le moi idéal. Chez les sujets victimes d'incestes, il y a du coté de l'idéal du moi, l'expérience d'une atteinte sexuelle et la blessure narcissique irréversible qu'elle provoque. Du coté du moi idéal, il y a la honte ressentie au moment du traumatisme sexuel : c'est la honte de n'être que la chose, l'objet, le déchet de l'agresseur. C'est dans ce sens là que le sujet devient l'objet de l'autre.

Au sens lacanien, le trauma est à jamais innommable et insaisissable puisqu'il est du coté du réel. Dans le travail clinique, il va falloir tenir compte de cette blessure narcissique irréversible.

 

Le moi idéal, au sens freudien, nourrit nos illusions d'omnipotence narcissique. Il nous met dans un désir de toute puissance. Dans le traumatisme incestueux, le sujet est ravalé à une impuissance radicale. C'est l'envers de la toute puissance. Dans le cas de l'inceste le sujet n'est plus sujet mais objet. Il est dans la soumission à l'autre qui engendre de la honte, qui peut aussi être mêlée à de la culpabilité. Dans le sentiment de la honte, il y a quelque chose de l'expérience subjective qui s'effondre.

 

Bernard : « La honte comporte de structure, une destitution subjective. » Le sujet n'est plus sujet puisqu'il est perçu comme objet de jouissance de l'autre. C'est une blessure narcissique irréversible. En même temps, la honte permettrait aussi de rester sujet : c'est le coté salvateur de la honte. Eprouver de la honte c'est s'éprouver sujet par le regard. C'est continuer de se considérer comme sujet dans une situation qui désubjective. Face à l'horreur du trauma, il y a quelque chose qui va permettre de sauver la face, face à la désubjectisation : c'est grâce à l'affect de honte. Là, la honte fait figure de protestation narcissique. Si le sujet éprouve de la honte c'est qu'il y a toujours un sujet qui est présent.

 

Cas clinique : Aurore, 7 ans :

- Quels éléments cliniques nous permettent de penser que l'enfant fuit le regard du clinicien ?

+ Elle a un strabisme.

+ Elle fait des allés et retours lors de l'entretien où elle éteint et allume la lumière.

+ Elle fait une production pendant l'entretien et avant que le clinicien ne voie le dessin, elle le froisse et le jette.

- Qu'est-ce qui fait que l'enfant fuit le regard ?

+ C'est la honte de la honte qui empêche de dire et qui fait qu'elle fuit le regard du clinicien.

- Qu'est ce qui permet à l'enfant de dire la honte ?

+ C'est la médiation qui va lui permettre de nommer la honte, par le biais de dessins, de pâte à modeler. Elle ne peut pas parler de ce qui s'est passé : au travers de la médiation ce qui est représentable devient nommable.

- Comment vous voyez la place de la mère dans la famille et la place du père dans la famille ?

+ Le père est tout puissant dans la famille. C'est représenté par les dessins où il prend toute la place dans la feuille. On le voit aussi dans le premier entretien où il monopolise la parole. La mère est absente.

- Quelle est la place de l'enfant ?

+ Aurore n'est pas sujet au début, elle ne se représente même pas sur les dessins. Petit à petit elle se sort de cette place de sujet, plus le trauma devient nommable et plus Aurore sort de la place d'objet de jouissance du père. La place qu'elle a dans l'institution où elle est placée va faire qu'elle devient plus sociable et elle se dessine elle même. Elle devient de nouveau sujet. Un trauma laisse toujours une place, c'est pour cela que dans son dessin elle fait des traces rouges là où il y a eu un trauma sur son corps. L'enfant va mieux, mais elle n'oublie pas.

 

Pour conclure : on peut se rendre compte avec ce type de sujet, ces victimes de viol, qu'ils sont en difficulté pour nommer la honte. Il faut donc les amener à changer de position : d'objet à sujet. Le traitement thérapeutique de la honte se déroule en plusieurs temps :

- Dans un premier temps, il y a l'inhibition. C'est la honte elle-même qui interdit sa propre expression.

- Le cadre, qui peut demander des médiations.

- Le troisième temps c'est l'expression et la reconnaissance de la honte par l'enfant, ce qui va lui permettre de se reconstruire. C'est le temps de la reconstruction du sujet.

 

2. Les criminels :

 

Le plus souvent, ces sujets ont des problématiques ante-œdipiennes.

On va notamment aborder l'affect de honte du point de vue du criminel.

 

Freud n'a pas fait de la honte un concept psychanalytique. Mais certains auteurs contemporains, notamment Claude Janin, a présenté une métapsychologie de la honte. Il s'est attaché à présenter les enjeux dynamiques (type de conflit ou de problématique en jeu), économiques (décharge des pulsions) et topiques (instances psychique) de la honte.

Contrairement à Freud, qui considère la honte comme héritière du complexe d'Oedipe, avec la culpabilité, Janin, va parler de honte ante-œdipienne. C'est en cela qu'il est intéressant d'aborder ce concept auprès d'une clinique du criminel : c'est une honte primitive.

 

Effectivement, la majorité des sujets passant à l'acte criminel, souffrent d'une pathologie du moi ou peuvent être considérés comme état limite, pour certains psychotiques. Janin va d'abord aborder le rapport entre honte et culpabilité par le statut que ces deux affects entretiennent au niveau structural. Pour la culpabilité, Freud nous dit que la culpabilité fait référence au surmoi comme une référence émotionnelle tout en poursuivant avec l'idée d'un surmoi bienveillant. La honte est ressentie, toujours selon Freud, dans l'écart entre le moi et l'idéal du moi.

Janin va parler d'une honte primaire troquée contre la culpabilité et qui serait liée à un écart entre le moi idéal et le moi. Cette histoire d'idéal du moi et du moi idéal est fondamentale puisqu'elle induit des conséquences sur le plan structural et essentiel. Si l'on suit l'hypothèse de Janin, il existerait alors une honte ante-œdipienne. Il faut donc différencier la honte primaire ante-œdipienne qui est ressentie face au moi idéal de la honte post-œdipienne. Il n'existe pas de consensus entre ces trois instances : moi idéal, idéal du moi et surmoi. Cependant la clinique délinquante va nous permettre de penser ces articulations théoriques. Les affects de honte et de culpabilité en rapport avec le moi idéal et le surmoi.

Sans réduire un type de fonctionnement à un comportement, fut-il criminel, ni prétendre qu'une quelconque entité nosographique, puisse caractériser tous les auteurs de conduite criminelle, de nombreux auteurs psychanalytiques observent chez un grand nombre de criminels un fonctionnement dynamique particulier. Ce dernier met en cause un rapport spécifique entre le surmoi et le moi idéal, ainsi qu'entre honte et culpabilité. Selon les travaux de Lagache, et d'autres, la conception du surmoi et du moi idéal est radical puisqu'elle suppose leur coexistence.

 

Freud : « Il est possible que, avant que le moi et le ça ne soient nettement différenciés et avant que le surmoi ne soit développé, l'appareil psychique utilise des moyens de défense différents de ceux qu'il emploie après avoir atteint ces niveaux d'organisation. »

Cela induit la présence d'un conflit interne important. Le moi idéal et le surmoi sont, ici, tout aussi absolus l'un que l'autre. Le sujet est livré à un affrontement des plus instables : un affrontement sur la scène interne de deux instances aux visées diamétralement opposées. Ainsi, le moi idéal, en visant une expansion narcissique du moi, cherche à forcer le moi à réaliser des fantasmes de puissance illimitée, aspirant à la réalisation intégrale des désirs les plus narcissiques. Le surmoi, de son coté, en visant exclusivement et aveuglément l'interdiction et la répression pulsionnelle, cherche à contraindre le moi et à restreindre la réalisation de ses désirs, favorisant le refoulement et la soumission aveugle aux lois. Dans cette conceptualisation, l'idéal du moi est vu comme permettant la réalisation d'un projet en accord avec l'idéal du moi.

Chez le criminel, le retour aux agir antisociaux constitue un mode stable d'équilibration des tensions internes qui est rendu possible par le surinvestissement du moi idéal, auxquels le moi s'allie, reléguant, par voie de conséquence, le surmoi à un rôle secondaire et plus ou moins inefficace devant la tension pulsionnelle. Le moi du délinquant fait donc sienne une grande partie des fantaisies des grandeurs et de puissance du moi idéal. En particulier celles qui lui permettent d'amputer un sentiment angoissant de passivation ou encore des affects de vulnérabilité et de petitesse. Devant ces enjeux, le moi du criminel va avoir recours aux promesses de satisfaction sans restriction du moi idéal. Pour accéder à ces promesses de satisfaction, il va devoir livrer bataille au surmoi, afin de faire taire un surmoi particulièrement cruel et tyrannique (Klein).

 

Le surmoi existe bien chez le criminel, malgré son apparente inexistence. En deca des rationalisations et des projections massives qu'il utilise comme arme anti-culpabilité, le délinquant est assommé par ses affects paradoxaux que sont les sentiments inconscients de culpabilité, même si primitive. Il n'en demeure pas moins un sentiment de faute. Plus le moi trouve une source de satisfaction dans l'agir anti-social, plus il consentira à étouffer la voix prohibitrice du surmoi. Il sera de plus en plus séduit pas les promesses du moi idéal. Puisque le surmoi est invalidé par la rationalisation mais aussi occulté par la part subjective du moi, le moi idéal en vient, à terme, à constituer l'influence la plus importante sur le moi.

Le moi, ayant gagné, grâce à son alliance avec le moi idéal, la bataille contre un surmoi efficacement privé et projeté, concentre désormais l'essentiel de sa lute défensive contre la honte, ainsi que les sentiments de petitesse et de faiblesse que le criminel trouve insupportable. C'est donc le versant de la honte qui est prise en compte par le moi dans le choix inconscient de ses conduites. Le criminel est donc agité, au fil de son implication dans les conduites d'agir délictueux, davantage par la recherche d'expérience de toute puissance associée à l'expression du moi idéal. Par des impératifs d'ordre moral, les interdits surmoïques intériorisés, qui existent en lui, sont devenus quasiment inopérants.

 

Ce qui est intéressant d'approfondir c'est la fonction anti-narcissique du surmoi. Les fonctions libidinales et agressives sont visées. Il s'agit de l'interdiction de l'inceste et du meurtre, ainsi que de la transformation et du déplacement de ces fantasmes. La culpabilité est ressentie par le moi qui est pris en flagrant délit pulsionnel. Cependant, la présence en soi d'un moi idéal, secret mais toujours agissant, permet de supposer que le surmoi peut interdire, non pas uniquement la satisfaction pulsionnelle mais aussi toute tentation de triomphe. Le cas échéant, c'est bien de la fonction anti-narcissique dont il s'agit. Le moi, pris en flagrant délit de toute puissance, va subir les foudres du surmoi qui agissant comme formation réactionnelle et va éveiller les sentiments de honte soulignant ainsi sa petitesse.

Le surmoi, comme formation réactionnelle anti-narcissique, entendue ici comme le narcissisme tout puissant associé au moi idéal, impose donc au moi des affects, non pas de culpabilité, mais de honte. Alors qu'il se croyait grand, l'injonction anti-narcissique du surmoi le fait se sentir indigne, tout petit, comme si le surmoi, dans cette fonction anti-narcissique, disait au moi « pour qui te prends-tu ? ». En fait le reproche du surmoi adressé au moi est de s'être pris pour l'objet idéalisé (objet « petit a » chez Lacan), d'ou le sentiment de ridicule chez le sujet pris en flagrant délit de grandiosité. Dépendant de l'histoire de chacun, les fantasmes qui colorent les prétentions du moi idéal seront de nature différente. Pour certains, ils seront œdipiens, pour d'autres ils concerneront davantage une scène archaïque primitive. Cela est compatible avec la supposition de Janin d'une honte primaire. Elle s'accorde donc bien avec une clinique auprès du criminel. L'interrogation surmoïque qui stimula la honte davantage de la culpabilité, nous fait croire que la réponse implicite serait « Je me prenais pour le moi idéal. »

 

Cas 1 : Hervé :

- Il est guidé par la jalousie.

- Après le meurtre de son père et de sa grand-mère il se sent bien, il sent que son père est avec lui.

- Il a un complexe d'Oedipe inversé : au lieu de s'attacher émotionnellement à la mère, il s'attache au père.

- On peut le considérer comme un crime passionnel.

Cas 2 : Léonard :

- Il est resté dans l'auto-érotisme.

- Il y a un conflit entre le moi et le surmoi au moment du meurtre de l'enfant de 12 ans. C'est du surmoi archaïque, on n'est pas du coté de la culpabilité primaire. Il est intolérant à la frustration.

- L'alcool est une désinhibition. Il faudrait le pousser à faire une cure de désintoxication.



12/04/2014
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