Cours de psychologie

Psychologie de la santé (L3 - S6)

Psychologie de la Santé

 

 

Lectures obligatoires :

- Falomir-Pichastor, J-M., & Mugny, G. (1999). Influence sociale et résistance au changement chez les fumeurs, Alcoologie, 21, 1-25. Article-2.pdf

- Girandola, F. (2000). Peur et persuasion : présentations des recherches (1953--1998) et d’une nouvelle lecture, L’Année psychologique, 100, 333- 376. Article-1.pdf

 

Lectures recommandées :

- Bruchon-Schweitzer, M. & Dantzer, R. (1994). Introduction à la psychologie de la santé, PUF, Paris.

- Falomir-Pichastor, J-M., & Mugny, G. (2004). Société contre fumeur. PUG, Grenoble.

- Girandola, F. (2003). Psychologie de la persuasion et de l’engagement. Presses Univ. de Franche-Comté.

- Kouabenan, R., Cadet, B., & Hermand, D., (2007). Psychologie du risque. Bruxelles. DeBoek.

- Kouabenan, R., Cadet, B., Hermand, D., & Munoz Sastre, M-.T. (2006). Psychologie du risque. Identifier, évaluer, prévenir, Bruxelles. DeBoek.

- Ogden, J. (2008). Psychologie de la santé. De Boeck, Bruxelles.

 

 

I. Prévention et risque.

 

 

Il y a deux contextes différents :

- Contexte en Europe :

+ Création de l'European Health Psychology Society en 1986 : http://www.ehps.net/.

+ Il s'agit d'une organisation professionnelle fondée pour :

. Promouvoir les recherches empiriques et théoriques, ainsi que les applications en psychologie de la santé en Europe.

. Favoriser les échanges à l'international  au travers de deux revues :

- Health and Psychology.

- Health Psychology Review.

- Contexte en France :

+ 2001, est créée l'Association Française de Psychologie de la Santé : http://www.afpsa.fr/.

+ Il s'agit d'une organisation professionnelle fondée pour :

. Promouvoir le domaine de la psychologie de la santé comme branche de spécialisation à part entière de la psychologie.

. Favoriser une approche pluridisciplinaire de la santé par la collaboration avec des représentants de disciplines et de professions voisines.

. Participer à l'information sur les activités des psychologues de la santé auprès du public, des professions et institutions de soins et de ministères de tutelle.

 

Principaux organismes ou institutions de prévention en France :

- Les différents Ministères concernés (Santé et Jeunesse, Justice, etc.).

- INPES (Institut National de Prévention et d’Éducation pour la Santé).

- CNPP (Centre National de Prévention et de Protection).

- PRI (Prévention Routière Internationale).

- INRETS (Institut National des Recherches sur les Transports et leur Sécurité).

- INRS (Institut National de Recherche et Sécurité au travail).

- CPAM (Caisse Primaire d’Assurances Maladies).

- Prévention des accidents domestiques et accidents du travail.

 

Prévention : attitudes ou ensemble des mesures que l'on va mettre en œuvre pour éviter qu'une situation (sociale, environnementale, économique, etc.) ne se dégrade, ou qu'un accident, une épidémie ou une maladie ne surviennent. Elle consiste à limiter le risque en supprimant ou en réduisant la probabilité d'occurrence d'un phénomène qualifié de dangereux, donc les conséquences sont délétères. Il peut aussi s'agir de mesures qui permettent d'anticiper la survenue de phénomènes dangereux.

 

Risque : renvoie à la possibilité qu'un événement ou une situation entraine des conséquences négatives dans des conditions déterminées. Le risque est donc la possibilité qu'un danger s'actualise. Cette possibilité est souvent formalisée en termes de probabilité.

Il comporte deux composantes : la probabilité d'occurrence d'un événement et la gravité des conséquences qu'entraine cet événement. La possibilité est souvent formalisée en termes de probabilité. Le risque est donc issu de la combinaison de la probabilité de l'événement (noté : p[e]) non souhaité avec la gravité des conséquences entrainées par l'occurrence de l'événement (noté : c[e]).

Risque = p(e) c(e)

Le risque renvoie à la notion d'interaction au sens où il trouve sa source à la fois dans le sujet (où dans la collectivité) et dans les conditions d'exécution d'une activité (techniques, organisationnelles, sociales, etc.).

La notion de risque n'est pas une entité innée, spontanée. Il se construit et s'apprend. Nous l'inférons de manière plus ou moins consciente en fonction des caractéristiques de la situation, des conditions externes (environnement, autres, etc.) et internes (caractéristiques de l'individu).

 

Il y a différentes catégories du risque :

- Représentation du risque : il s'agit de l'attribution des propriétés à un risque donné. On cherche à identifier et comprendre différents types et caractéristiques du risque.

- Prise de risque : elle correspond à un seuil de perception ou d'acceptation du risque par l'individu. La prise de risque comporte deux connotations liées au contexte :

+ Elle peut être adoptée par ignorance ou perception/évaluation incorrecte du risque. On peut également rencontrer des situations de prises de risque conscientes, délibérées ou calculées.

+ Elle renvoie à la notion de fautes, d'imprudence, de violation des règles, de culpabilité ou de responsabilité.

- Perception du risque : étude des jugements que nous portons sur la probabilité d'occurrence d'un événement subjectivement perçu comme étant négatif. Cela suppose qu'on s'intéresse :

+ Aux conséquences négatives, valeur subjective de ces conséquences négatives (gravité ou sévérité).

+ A l'incertitude associée aux conséquences de l'événement (étude sur le jugement de vulnérabilité, prévalence).

 

1. La prévention.

 

La prévention est différente de la protection. Elle correspond à un ensemble de mesures visant à limiter la gravité des conséquences d'un phénomène dangereux sans en modifier la probabilité d'occurrence.

 

Différents types de prévention :

- Prévention primaire : modification des facteurs de risque (tels que le tabac, l'alimentation, la consommation d'alcool, etc.) avant le déclenchement de l'événement que l'on souhaite éviter (maladie, etc.). Les campagnes de promotion de la santé sont le plus souvent des campagnes de prévention primaire.

- Prévention secondaire : fait référence aux interventions destinées à la détection des maladies à un stade asymptomatique de leur développement afin que leur progression soit stoppée ou retardée. Le dépistage est une forme de prévention secondaire.

- Prévention tertiaire : réhabilitation des patients ou interventions thérapeutiques mises en place une fois que la maladie s'est manifestée. Cette étape suit le dépistage.

 

On distingue différents domaines de prévention. D'une façon non exhaustive et pouvant se recouper sous différents thèmes : addictions et maladies. De façon plus générale, elle peut s'étendre à la sécurité routière ou au travail, protection de l'enfance, violences conjugales et les luttes contre l'exclusion, la pauvreté, le racisme, les inégalités en général, etc.

 

Hermand et al. (2003) identifient six grandes catégories de risques :

- Risques courants et individuels.

- Transports urbains et vie domestique.

- Activités extérieures, englobant les sports.

- Soins médicaux, avec prise en charge etc.

- Déviances vers comportements sexuels à risque et addictions.

- Violence et risques environnementaux dus à la pollution globale.

 

La communication persuasive se base sur quatre questions :

- Comment persuader?

- Comment conduire à un changement de comportement?

- Comment être efficace en matière de prévention?

- Comment conduire aux comportements « sécuritaires ».

 

La persuasion repose sur deux modèles théoriques récents :

- Modèle de vraisemblance d'élaboration (Petty et Cacioppo, 1983-1986) : voie centrale et route périphérique.

- Modèle systématique contre heuristique (Chaiken et Eagly) : voie systématique ou heuristique.

Pour ces deux modèles, le traitement de l'information serait basé sur deux voies différentes.

De manière générale, le traitement central ou systématique implique un traitement élaboré, en profondeur et sur le contenu. Le traitement est sous contrôle. Le traitement périphérique ou heuristique implique l'utilisation de règles simples. Il s'agit d'un traitement non exhaustif et économique.

Certains éléments de la communication vont conduire à un traitement central ou périphérique de l'information. En fonction du type de traitement elle sera plus ou moins efficace.

 

2. Quatre composantes de la communication préventive :

 

Sur quoi, où, quand, comment agir en matière de prévention ? Un spot de prévention c’est ?

- Un message : de quoi parle-t-on ?

- Une source : qui délivre le message ?

- Une cible : qui reçoit le message ?

- Un canal : comment délivre-t-on le message ?

 

a. La source :

 

Source : il s'agit de la personne qui délivre le message. On suppose que la source est ce qui va véhiculer le message. Elle doit donc être crédible, experte et attractive.

 

Hovland et Weiss (1951) font une étude sur la crédibilité versus la non-crédibilité d'une source. Ils demandent à des étudiants de se prononcer sur quatre thèmes dans un message de persuasion :

- La possibilité de construire des sous-marins nucléaire.

- Le déficit d'acier des USA.

- La vente d'antihistaminiques sans ordonnance.

- La mort du théâtre.

On leur demande quelle est leur position vis à vis de ces différents thèmes. On leur fait ensuite lire un plaidoyer associé soit à une source crédible soit à une source non crédible. Puis, on leur demande de réévaluer leur attitude par rapport aux quatre thèmes, tout de suite après la lecture et quatre semaines plus tard.

Voici les résultats :

- On observe deux effets distincts : changement immédiat et à long terme de l'attitude et de l'opinion des étudiants sur la question traitée.

- Immédiatement, une source crédible est plus persuasive qu'une source non-crédible.

- Quatre semaines plus tard il n'y a plus de distinction entre les deux types de cibles (Sleeper Effect ou Effet d'assoupissement).

 

Il y a différentes caractéristiques à la source :

- Crédibilité de la source d'un message préventif :

+ En ce qui concerne la crédibilité de la source, selon Insko et al., (1965), le message à plus de portée quand la source est experte que quand elle ne l'est pas.

+ L'influence majoritaire induit un changement de surface.

- L'expertise de la source :

+ Deux cadres :

. Dans le cadre de la persuasion : Wilson et Sherrel proposent une méta-analyse en 1993. Selon eux, l'expertise est l'une des caractéristiques de la source qui a le plus d'effets persuasifs.

. Dans le cadre de la prévention les résultats sont plus ambigus : l'expertise n'est pas systématiquement obligatoire. Falomir, Mogny et Perez font l'hypothèse que dans certaines conditions une source experte peut représenter une menace pour l'identité de la cible. Ils manipulent le degré d'expertise de la source ainsi que la menace de l'identité :

- Le message de la source experte sera efficace à condition que la cible puisse préserver son identité et son autonomie.

- Si la source n'est pas experte, il n'y a pas de menace.

+ Tous domaines confondus, la source experte est généralement plus efficace qu'une source non experte. Elle devient inefficace lorsqu'elle représente une menace.

+ Quand la source est experte il y a une tendance à rendre une certaine lucidité sur la vulnérabilité de soi et d'autrui. Le fait d'être optimistes comparatifs n'exclue pas un changement d'attitude à condition que la source soit non experte. L'optimisme comparatif sous-entend que quand un individu se compare à un autre il sera plus optimiste envers lui-même qu'il ne le sera envers autrui.

+ Expériences :

. Tajfel (1972), Abrams et Hoggs (1990) travaillent sur l'identité sociale. Cette étude renvoie à la conscience qu’a un individu d’appartenir à certains groupes sociaux et à la valeur que cette appartenance implique. Il y a aussi la notion de conception de soi en tant que membre d’un groupe.

- Annexe : http://www.dailymotion.com/video/x3fny9_sylvie-vartan-l-amour-c-est-comme-u_news, http://www.dailymotion.com/video/xl86c5_gainsbourg-catherine-deneuve-dieu-est-un-fumeur-de-havane_music.

. Milhabet et Chiasserini (2004) mettent en place une étude sur une population dite du « tout venant », composée de 62 sujets fumeurs. La moyenne d’âge de cette population est de 28 ans avec sujets allant de 16 à 65 ans.

- On note que pour celle population :

+ La consommation de tabac quotidien est de 18 cigarettes (écart-type = 11.25, avec une consommation comprise entre 2 et 50 cigarettes par jour).

+ Le nombre moyen d’années de tabagie est 11.7 (écart-type = 7.7).

+ Le nombre de tentatives d’arrêt est 1.4 (écart-type = 1.72).

- Les variables indépendantes sont :

+ Source (exp vs. non exp vs. sans) (VI inter-sujet).

+ Ordre de présentation des cibles (Soi/autrui vs. Autrui/soi) (VI inter-sujet).

+ Cibles de jugements (Soi vs. Autrui) (VI intra-sujet).

+ Polarité des événements (+ vs. -) (VI intra-sujet).

- Mesure de l'optimisme comparatif sur cinq événements positifs et cinq événements négatifs. On constate que : Soi (3,66)  <  Autrui (4,54), F(1, 56) = 18.4, p < .0001.

- Résultats concernant la vulnérabilité :

+ Effet d’interaction entre la source, la cible (soi vs autrui) et les événements sur la vulnérabilité perçue moyenne, F(2, 56) = 3.32 , p < .05.

+ Effet classique d'optimisme comparatif qui diminue voire qui disparaît avec la source experte, conforme à l’hypothèse alternative.

- Résultats pour l'intention :

+ Effet de l’intention comportementale, F(3, 174) = 10.4, p < .001.

+ Attention, l'effet de la source sur l’intention comportementale est moyenne aux trois intentions « applicables », F(2, 59) = 2.83, p < .007

+ En d’autres termes, l’intention est « effectivement » plus faible avec la source experte plutôt qu’avec la source non experte et le message sans source semble pouvoir être attribuable à une source experte, tout au moins le même type d’effet est observé.

- Résultats pour l'attitude :

+ Effet principal de la source sur l’attitude moyenne à l’égard du tabac, F(2, 59) = 5.5, p < .04.

+ Dans ce cas, le message sans source donne des effets plutôt semblables à ceux de la source non experte. Cependant l’effet des sources experte et non experte est inverse à celui attendu : il y a maintien de l’attitude favorable à l’égard du tabac avec la source experte et il n'y a pas maintien avec les messages sans source et avec source non experte.

- Conclusions :

+ L'optimisme comparatif est toujours grand lorsque le message n’est pas attitré (donc pas d’inférence à quelque chose).

+ Si l’optimisme comparatif devait être une entrave à la prévention, alors la source experte répondrait en partie aux attentes des promoteurs de la santé en diminuant l’optimisme comparatif conduisant à une augmentation du sentiment de risque pour soi et diminution du risque pour autrui.

+ Cependant, l’attitude « reste » favorable au tabac. Les intentions sont semblables dans cette condition à celles des autres conditions voire plus faibles.

+ Les résultats observés jusqu’alors (études précédentes) ne sont pas, sur la base de ces résultats (à reproduire), attribuables à des effets dus à une source experte inférée.

- L'étude est complétée par des observations dans le cas où le prestige de la source varie. Pour les mêmes conditions détaillées précédemment, on implique une source experte (institut médical), une source non experte (grande marque de sport) ou une absence de source.

+ On observe que l'effet d'optimisme comparatif (F(1,59) = 14.5, p < 001) disparaît (pour les événements négatifs) lorsque la source est experte.

+ Cet affaissement ne s'explique pas par la seule augmentation du sentiment de vulnérabilité personnelle, attendue par les promoteurs de la santé, mais également par une légère réduction du sentiment de vulnérabilité pour autrui. Les intentions comportementales sont en revanche globalement plus grandes avec une source non experte qu'avec une source experte ou non spécifiée.

- Pour conclure sur cette étude :

+ L'optimisme comparatif ne semble pas ici être la manifestation de la réduction d'une quelconque menace (de danger ou de l’identité) suscitée par la source experte.

+ La source experte qui obtient davantage d'accords que la source non experte (dans la mesure où l'optimisme comparatif diminue avec l’expertise). Ces accords ne se traduisent pas par une intention comportementale.

+ La source experte instaure une relation d'influence dite contraignante, saillante et hiérarchisée dans laquelle la cible occupe une position inférieure et sans légitimité. Ce rapport serait ressenti comme un manque de respect à son égard et comme attentant à son identité personnelle. La menace de l'identité personnelle et sociale se traduit par des réponses défensives, comme la résistance au changement, le déni des arguments, etc. La manipulation du degré d'expertise de la source peut avoir ce type d'impact selon Falomir, Mugny et Perez (1996).

- Le ton de la source :

+ Le ton de la source peut également être perçu comme irrespectueux. Il est aussi un facteur facilitant, ou pas, de la prévention, d'après Falomir et Mugny en 1999. Ces derniers vont faire des expériences sur le traitement du message. Pour cela ils manipulent le ton du message, qui peut être plutôt conciliant et respectueux vis à vis des choix des fumeurs ou intransigeant et déniant un tel choix.

+ Les résultats de l'expérience montrent que le style du message :

. N'a aucun effet sur les non-fumeurs.

. Par contre, sur les fumeurs, le message positif conduit à un accord sur de nombreux aspects du message, une diminution de leur attitude favorable vis-à-vis de la consommation de tabac et une augmentation de l’intention de s’arrêter de fumer. Ils admettent aussi davantage l’image sociale négative des fumeurs.

. Tout cela n’est pas observé avec un message négatif. Au contraire, ils restent sur leurs positions et les renforcent.

- La flexibilité, rigidité et humour :

+ Le style flexible part du principe que plusieurs positions peuvent avoir un certain degré de validité selon différents facteurs et conditions. Il se caractérise notamment par le respect de l’interlocuteur et de son autonomie, ainsi que l’acceptation du fait qu’il a un droit de réponse, un droit à la différence. Au contraire, la rigidité se caractérise par l’accentuation de l’inconditionnalité de la position propre et renvoie à l’intransigeance avec laquelle la source défend sa position.

+ Les conséquences du degré de flexibilité de la source sont mitigées car :

. La flexibilité induit plus de respect de l’autonomie et plus d’influence. Cependant elle accorde une certaine validité de la position de l’autre et donc diminue celle de la source.

. La rigidité est a priori moins influente. Cependant elle peut être perçue comme plus vraie et nécessaire.

+ L'usage de l'humour peut être délétère pour certains groupes. Pour changer l'image projetée on peut changer la source même ou utiliser l'humour. Cependant il faut s'assurer du ton employé. L'humour peut prendre une tournure tout à fait différente : manque de respect, atteinte à l'identité, le dénigrement, la stigmatisation, etc. Ces tournures ne passent pas toujours par la source.

- L'attractivité :

+ Elle est utilisée pour vanter les mérites de certains produits. L’attractivité de la source (physique, idéologique, etc.) est utilisée dans le domaine de la publicité en général. Il s’agit de l’association d’un produit à une image dite positive.

+ Houwer, Baeyens et Field (2005) font une étude sur les notions d’apprentissage associatif et de conditionnement.

+ Mills et Aronson, en 1965, manipulent l’attractivité d’une source féminine sur un auditoire masculin. Ils obtiennent des résultats qui montrent que plus la source est séduisante plus on observe des effets de persuasion.

+ En fonction de l'appartenance groupale, l'attractivité de la source peut varier.

+ L’influence d’une source intra-groupe peut être plus importante lorsqu’il s’agit de préserver des normes ou codes spécifiques au groupe d’appartenance (cf. Théorie de l’identité sociale). White et Harkins (1994), font une étude sur la manipulation de l'appartenance groupale de la source. Ils montrent que, dans le cas où la source intra-groupe blanche s'oppose à une source hors-groupe noire, avec une cible du message blanche, la source hors-groupe engendre un traitement central du message tandis que la source intra-groupe engendre un traitement périphérique.

+ Elle peut prendre plusieurs formes et peut se prolonger à plusieurs types de rapports. Dans le contexte de la persuasion en général, l'intérêt d'utiliser une source attractive a été très rapidement compris.

+ Il peut y avoir une déclinaison d'un même message de sorte à ce qu'on puisse identifier différentes sources attractives pour différents groupes de populations. L'idée est de pouvoir se projeter vers la personne qui transmet le message. C'est sur cette dimension que l'on va aussi jouer, au delà de la répétition du message, ce dernier doit être porté par des groupes d'individus pour lesquels on va accorder une écoute car ils sont attractifs.

 

Pour résumer à propos de la Source :

- Crédibilité : source majoritaire effet immédiat.

- Expertise : effets délétères en matière de prévention si menace identitaire, de l’autonomie, sentiment d’irrespect…

- Attractivité : appartenance groupale, proximité, etc.

 

b. Le message préventif :

 

Il y a deux types de messages préventifs :

- Message vivide :

+ Un message vivide est un message avec un aspect vivant.

+ Il a trois caractéristiques essentielles :

. Doit induire une réaction émotionnelle : peur, tristesse, colère, joie, etc.

. Doit présenter des éléments concrets : photo, nom, prénom, fonction, etc.

. Les protagonistes doivent être proches de la cible : informations communes à la cible permettant d'induire un sentiment de vulnérabilité.

+ Différentes études ont montré l'efficacité du message vivide :

. Gonzales, Aronson et Costanzo (1988) ont démontré que pour convaincre les gens d’isoler leur grenier, un message vivide entraîne 61% de réussite contre 15% de réussite avec un message non vivide.

. Selon Nisbett et Ross (1980), un cas « vivant » vaut mieux que 1000 statistiques.

+ La vividité d’un message fonctionne car elle attire l’attention et rend ce dernier plus facile à mémoriser. Cependant, il existe une technique persuasive qui peut se combiner à la vividité et au caractère émotionnel d’un message de prévention. On parle d'appel à la peur.

- Appel à la peur :

+ Annexes : Vidéo tabac http://www.youtube.com/watch?v=dc8XmxllX6s - Vidéo alcool, http://www.youtube.com/watch?v=HKusTgctp-E&feature=related

+ Différents auteurs ont fait des études sur les appels à la peur :

. Janis et Feschbach (1953) ont fait une des études princeps en analysant l'impact de l’appel à la peur sur hygiène bucco-dentaire. Pour cela, ils ont soumis des sujets  à des images « horribles » présentant les conséquences néfastes d’une mauvaise hygiène bucco-dentaire dans des proportions variables. Il a été montré une efficacité lorsque l’appel à la peur est faible. Il s'agit néanmoins d'une vieille étude peu de fois reproduite et qui révèle beaucoup de biais.

. Janis et Terwilliger (1962) mettent en place une étude sur une population de fumeurs « invétérés ». Il a été montré qu’un fort appel à la peur suscite une forte émotion et a une efficacité très faible.

. Boyle (1984) a obtenu des résultats similaires dans le domaine de la prévention routière (prudence au volant).

+ Deux points sont particulièrement importants :

. Janis (1962/67) a révélé l'effet Boomerang. Il s'agit d'un mécanisme mis en place pour éviter la peur, en rejetant la source ainsi que le message et de dénier les conséquences désastreuses du comportement ciblé.

. Leventhal (1960) affirme que dans le cas d'un appel à la peur il y a une volonté de contrôle de la peur et non du danger. Par conséquent il y a un rejet des informations délivrées. Cela est du au fait que la peur fige le traitement de l'information, il y a donc inhibition du traitement qui reste fixé au niveau de l'émotion.

+ Annexe : http://www.youtube.com/watch?v=m_tXGdp-4oI&list=PL3A4C596C9825FDA9, http://www.youtube.com/watch?v=viPJBlGH3CY&feature=related

+ Pour qu'un appel à la peur soit efficace il faut qu'il confronte la cible à une menace pertinente. Une menace pertinente doit :

. Etre perçue comme sévère. Il faut que la cible puisse se dire « c’est grave ».

. Susciter un sentiment de vulnérabilité. Il faut que la cible puisse se dire « ça peut m’arriver ».

+ En plus d'une menace pertinente, il faut que l'appel à la peur contienne des recommandations efficaces et réalisables. Ces recommandations représentent des solutions proposées pour faire face à la menace. Elles doivent être :

. Efficaces : car elles doivent permettre d’éviter la menace. Il faut que la cible puisse se dire que « ça marche ».

. Réalisables : il faut que la cible puisse se dire « ça, je peux le faire ».

+ Un appel à la peur, pour être efficace doit susciter 4 remarques clés chez les cibles :

. En parlant des conséquences : « c’est grave » et « ça peut m’arriver ».

. En parlant des recommandations : « ça, ça marche » et « ça, je peux le faire ».

 

La distinction entre ces deux types de messages nous mène à la question suivante : quel est le rôle de la vividité sur le sentiment de vulnérabilité pour soi, sur la perception de l’avenir, sur l’intention de changer de comportement ?

 

Ce questionnement est illustré par une expérience de Courbet, Milhabet et Priolo (2001).

Cette étude :

- Met en jeu l'impact du message « vivide » et la perception de l'avenir.

- Traite des rapports entretenus par les « émotions négatives » et la perception de l’avenir.

- Interroge la relation entre perception de l'avenir et intention comportementale.

Elle se base sur des mesures recueillies sur 108 fumeurs. Les VI sont la vividité du message (faible vs. modérée vs. forte), le nombre d'exposition des messages (1 présentation vs. 5 présentations) et la cible de jugement (soi vs. autrui fumeur).

Les premiers résultats issus de cette étude sont les suivants :

- L'intention de changement de comportement n’est pas étrangère à une perception de l'avenir forte.

- Le rôle « défensif » de la perception de l'avenir n'est pas exclusivement déterminé par l’intensité de l’émotion négative portée par le message.

- Une perception de l'avenir forte est partiellement associée à une diminution de la vulnérabilité exprimée pour soi.

- Des effets sont observés en fonction de la répétition du message.

 

Selon Kapferer (1978), la répétition remplirait quatre fonctions principales.

Elle augmenterait la probabilité :

- Qu’une personne soit exposée à un message.

- Qu’elle lui accorde de l’attention.

- Qu’elle le décode, c’est-à-dire qu’elle le comprenne.

- Qu’elle s’en souvienne.

La répétition d'un message n'a pas que des aspects positifs. Cacioppo et Petty (1979) identifient quelques effets négatifs à la répétition de l'information. Pour cela, ils mettent en place une étude sur la manipulation du nombre de présentations (1 vs. 3 vs. 5 fois).

Les résultats montrent que :

- Un message présenté 3 fois aboutit aux effets les plus persuasifs.

- Au-delà, la répétition génère un effet de lassitude qui se traduit par une exposition sélective à l’information (évitement du message trop répété).

Les effets positifs de la répétition peuvent être accentués si elle est combinée à certains facteurs. Johnson et Watkins (1971) font une expérience sur la manipulation du nombre de présentations (1 fois vs. 5 fois) et la crédibilité de la source.

Les résultats montrent que :

- Quel que soit le nombre de présentation, la source peu crédible n’est pas persuasive.

- Lorsque le message n’est délivré qu’une seule fois par la source crédible, il y a un effet persuasif immédiat mais qui ne perdure pas dans le temps.

- Lorsque le message est délivré 5 fois, il y a un effet persuasif à long terme (4 semaines après).

 

Le message a différentes caractéristiques :

- Message bilatéral ou unilatéral :

+ Cette caractéristique du message a été manipulée par Hovland, Lumsdaine et Sheffied (1949) dans une expérience dont l'objectif est de convaincre le personnel des forces armées que la guerre contre le Japon sera longue.

+ Cette étude se déroule en trois phases :

. Une mesure préalable détermine qu'il y a deux attitudes à propos de la guerre (longue ou courte).

. Exposition à un message.

. Une nouvelle mesure de l’attitude à l’égard de la longueur de la guerre.

+ Il y a deux groupes expérimentaux et un groupe contrôle.

+ Les deux groupes expérimentaux sont confrontés à deux types de messages distincts. Dans un cas le message est unilatéral : en faveur d'une guerre longue. Pour le second groupe le message est bilatéral : en faveur d'une guerre longue avec en plus des contre-arguments en faveur d'une guerre courte. La fin du message est identique dans les deux cas : la guerre sera acharnée et longue. Le groupe contrôle n'a pas de message. Avant et après le message on fait une mesure de l’attitude.

+ Les résultats sont les suivants :

. Il n'y a pas de différence globale.

. L'effet de l’attitude initiale :

- Quand attitude initiale est en faveur d'une guerre courte alors le message bilatéral est efficace et il y a adhésion à l'idée que la guerre sera longue.

- Quand attitude initiale est en faveur d'une guerre longue alors le message unilatéral est efficace.

- Un autre effet est observé en fonction du niveau culturel des récepteurs.

- Le cadrage du message :

+ On distingue :

. Cadrage positif : conséquences du changement de comportement présentées sous forme de gain. Il a toujours le même objectif : persuader et changer un comportement. Le message serait le suivant : « arrêtez de fumer, vous aurez une meilleure santé ».

. Cadrage négatif : les conséquences de l'absence de changement de comportement ou de maintien du comportement non immunogène, sous forme de perte. Le message serait le suivant : « si vous n'arrêtez pas de fumer, vous mourrez d'un cancer des poumons ».

+ Il n'est pas rare que le cadrage négatif soit plus efficace que le cadrage positif dans le cas d'une détection. Inversement, le cadrage positif sera plus efficace dans le cas d'une prévention.

+ Des études menées par Kahneman et Tversky (1984), ont montré les différents effets du cadrage.

. Ils proposent à une population de médecins une façon de présenter un message en vue d'orienter vers un type ou un autre type de traitement. La situation est la suivante : face à un cas d'épidémie, il faut choisir entre deux options (A et B) le programme thérapeutique qui semble le plus efficace pour limiter l'épidémie. Le programme A propose de sauver 200 personnes alors que le programme B a une chance sur trois de sauver les 600 personnes. Lorsque le programme est présenté en termes de gains, c'est le programme A qui est préférentiellement choisi. Inversement, si on fait une présentation en termes de pertes, alors c'est le programme B qui sera choisi. Le contenu du programme n'est pas énoncé, ce qui est énoncé c'est une quantité et une probabilité en termes de gain ou de perte. On est face à une interaction entre le cadrage et quantité/probabilité qui va conduire à faire un choix.

. Cela démontre que la probabilité est moins bien traitée que la quantité. Elle sera mal comprise. A l'issue de ces expérimentations, les expérimentateurs ont conclu qu'il n'y a pas d'avantages à présenter en termes de probabilités, dans la mesure où cette information sera moins bien traitée qu'une information qualitative.

+ D'autres études ont utilisé le cadrage positif et négatif, toujours auprès de populations de médecins et de patients.

. Mcneil, Pauker, Sox et Tversky (1983) présentent  à des patients, dans une situation de diagnostic de cancer du poumon, deux programmes thérapeutiques concurrents, l'un plus risqué que l'autre. Le premier consiste en l'ablation de la tumeur et l'autre correspond à l'élimination progressive de la tumeur par rayons x.

- Les informations concernant le taux de mortalité et le taux de survie sont les suivantes :

+ Pour l'opération : 68% après un an, 34% après 5 ans. Il s'agit d'un traitement avec plus de risques immédiats.

+ Pour les rayons x : 78% après un an, 22% après 5 ans.

- Ces informations sont communiquées aux patients ainsi qu'aux médecins.

- Dans une moitié des cas, on fait un cadrage positif alors que pour l'autre moitié, on fait un cadrage négatif. On observe que le cadrage va participer à orienter vers le choix d'un type de traitement plutôt que l'autre. Le cadrage positif conduit à choisir le traitement le moins à risque alors que le cadrage négatif conduit à choisir l'option la plus à risque.

. Meyerowitz et Chaiken (1987) font une expérimentation sur une population de femmes vis à vis du dépistage du cancer du sein.

- Il y a deux groupes expérimentaux. Pour un des groupes, le cadrage est positif avec six arguments formulés en termes de gains. Pour l'autre groupe, le cadrage est négatif avec six arguments en termes de perte. Il y a aussi une condition contrôle.

- Les résultats montrent que, quatre mois plus tard, les femmes ayant reçu un message avec un cadrage positif indiquent des examens de dépistage plus fréquents et systématiques par rapport aux femmes du groupe contrôle et encore plus que celles du groupe à cadrage négatif.

- Ils en concluent que le cadrage positif est synonyme d'efficacité et qu'il a des conséquences positives en termes de prévention.

. En 2006, Chappe, Verlhiac et Meyer font une étude où ils souhaitent mesurer la perception de l'avenir et l'intention comportementale en fonction du cadrage (positif vs. négatif) (VI inter-sujet), la vividité (vivide vs. non vivide) (VI inter-sujet), le nombre de messages exposés (1 message vs. 5 messages) (VI intra-sujet) et la cible de comparaison (soi vs. autrui).

- Voici les résultats obtenus :

 

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+ L'efficacité optimisme et du pessimisme comparatif :

. Rôle positif en matière de prévention et de l'optimisme comparatif et du pessimisme comparatif.

. Dans des conditions favorables à la prévention (plusieurs messages, illustrés ou pas, cadrés positivement et accompagnés de recommandations), l'optimisme et le pessimisme comparatif  sont des réponses adaptatives assimilables à des stratégies permettant de faire face à une situation anxiogène.

. Sachant qu'en situation menaçante (image vivide) une stratégie de type pessimisme comparatif sera mise en place alors que dans une situation faiblement menaçante (sans images vivides) l'optimisme comparatif rentre en jeu.

. Le pessimisme comparatif permet d'envisager le pire pour mieux se préparer alors que l'optimisme comparatif permet d'envisager le meilleur parce qu'ils se sentent prêts.

- L'information chiffrée :

+ L’information chiffrée peut avoir des effets contraires à ceux souhaités.

+ Si elle va dans le sens de la valeur de ce que pense la personne alors les effets sont plutôt positifs. Si les chiffres vont dans le sens inverse, les effets sont plutôt négatifs. L’information chiffrée, de manière générale, éloigne les sujets des informations émises. Les statistiques déshumanisent au sens où elles renvoient à la masse, au groupe, aux autres. Elles peuvent ainsi contribuer à la diminution du sentiment de vulnérabilité.

 

Conclusion :

- Le message doit avoir un fond et une forme.

- Il est caractérisé par sa construction et son contenu qui se composent : des émotions et des informations, du ton, de l’argumentation, de la répétition, du cadrage, de l’humour, de l’interdit et de l’appel à la peur.

- L'efficacité du message dépend de la combinaison de tous ces facteurs.

 

c. La cible :

 

La cible est directement liée au traitement de l'information.

 

Différentes réactions de la cible sont possibles :

- Déni défensif qui renvoie au conservatisme.

- Traitement en profondeur de l’information qui permet un changement.

- Traitement motivé qui induit une résistance au changement.

 

Il est nécessaire de procéder à une identification de la cible ainsi que de ses caractéristiques :

- Caractéristiques sociométriques : âge, sexe, niveau culturel, etc.

- Autres caractéristiques liées aux habitudes, aux comportements, etc., telles que : la force de l’habitude, de la culturel, de la pression sociale, les capacités personnelles au changement et les capacités de contrôle, d’effort, d’accès à l’information, etc.

- Facteurs motivationnels et identitaires.

 

La nature du traitement du message et sa qualité vont notamment dépendre de ces différents facteurs :

- Proximité/éloignement de la position défendue.

- Pertinence du contenu et implication de la cible.

- Image de soi et estime de soi.

- Sentiment de vulnérabilité.

- Sentiment de contrôle, etc.

 

La position défendue dépendra de la relation cible/source. La divergence ou la proximité entre la position de la source, ainsi que du message délivré, et la position de la cible va déterminer le type de traitement de l'information. De façon générale, un message sera efficace lorsque la position défendue par la source n'est ni trop éloignée ni trop proche de celle de la cible.

Sherif et Hovland, en 1961, démontrent que si le message est trop éloigné de la position de la cible, alors il y a un rejet de la part de cette dernière voire même un renforcement de l'attitude initiale. Si le message est trop proche, il y a alors assimilation de ce dernier par la cible qui va demeurer sur sa position initiale.

 

En ce qui concerne la pertinence du contenu ou l'implication de la cible, Liberman et Chaiken (1992) mettent en place une étude dont l'objectif est de déterminer le type de traitement de l'information activé par la cible d'un message persuasif en fonction de son degré de pertinence et d'implication dans le comportement. Les risques proposés par les expérimentateurs concernent l'impact de la consommation de café sur le cancer du sein. L'expérience nécessite deux groupes expérimentaux : un pour lequel les femmes ne boivent pas de café et pour qui l'information est de faible pertinence (groupe A) et l'autre groupe dans lequel les femmes le constituant boivent au moins deux tasses de café par jour et pour qui l'information est pertinente (groupe B).

Les résultats montrent que les réactions sont différentes entre les deux groupes : le groupe B adopte beaucoup plus de discours défensifs, de contre-argumentation, de critiques des aspects médicaux, etc., que le groupe A.

 

L'estime de soi est la composante affective du soi qui est relative à la valeur plus ou moins élevée que l'on s'accorde sur soi-même (Martinot, 1995).

Dans le domaine de la persuasion en générale, l'estime de soi a été étudiée parallèlement par Cohen (1959) et par Berkowitz et Lundy (1957). Ils ont démontré que les sujets à forte estime de soi résistent plus à un message persuasif que les sujets à faible estime de soi.

Cox et Bauer (1964) et Mcguire (1967) montrent que la relation entre estime de soi et résistance à un message persuasif ne répond pas à une fonction linéaire. On la représente à l'aide d'une courbe en U inversé.

 

Chassin et al. (1990) travaillent sur l'image de soi. Ils font une expérience où la consommation de tabac peut être perçue comme l'objet d'une initiation sociale contribuant à l'acquisition d'une identité sociale et personnelle (acceptation et socialisation) qui correspondent à une image idéale (ou pas). L'image relative à cette problématique a été modifiée ces deux dernières décennies et la communication préventive contre le tabac a permis de désidéaliser l'image du fumeur. Toutefois, si un individu en construction, comme un adolescent, associe une image positive au comportement tabagique, alors il aura davantage tendance à fumer. C'est là une des raisons pour lesquelles la stigmatisation peut encore être efficace.

En revanche, Falomir et Perez (1995) montrent que certaines attitudes ou comportements peuvent participer à la construction de la représentation que les gens ont d'eux-mêmes. Ces facteurs sont qualifiés de socialement impliquants. Remettre en cause une attitude ou un comportement définissant une identité peut porter atteinte au soi des personnes produisant ces mêmes comportements. Il s'agit là d'une menace de l'identité et le sujet va quasi-automatiquement mettre en place une résistance au changement.

 

Dans le domaine de la prévention, l'atteinte à l'identité de la cible ou de son appartenance à un groupe valorisé est à prendre en compte.

Annexe : http://www.youtube.com/watch?v=W9OCpEEwpDw.

 

Pour que le message persuasif ait un impact significatif sur la cible, cette dernière doit se sentir vulnérable et/ou concernée par les informations véhiculée par le message. C'est pour cela que le message doit viser une certaine catégorie de la population en fonction de son appartenance groupale, de son âge, de son genre, etc.

Un message préventif peut aussi s'étendre à une population beaucoup plus large et plus variée, mais pour cela il est nécessaire de l'adapter, en modifiant la source ou les modèles employés.

Annexe : http://www.youtube.com/watch?v=BYzQgGROwlU&feature=mfu_in_order&list=UL, http://www.youtube.com/watch?v=1tQ882IYCqo&feature=autoplay&list=ULSPe3_QNs9Lk&index=7&playnext=1, http://www.youtube.com/watch?v=l9eWXYDOJUE&feature=related.

 

d. Le canal :

 

Le canal est le moyen de communication employé pour véhiculer le message persuasif. Les plus courants sont : les spots publicitaires et les supports télévisuels, les affiches, les fascicules et les brochures, etc. Les plus élaborés sont : les émissions de santé et de prévention, les événements récurrents et les actions ponctuelles (tels que le Téléthon, Sidaction, les journées de lutte contre le cancer, etc.) et les opérations concrètes d'Action et de Recherche (écoles, hôpitaux, actions sur communes, planning familial, etc.)

 

Il y a quatre modes de communication : la contrainte, la stigmatisation, l'appel à la peur et l'information. Respectivement, ces modes sont classés de l'effet le plus faible au plus fort sur la responsabilisation de l'individu.

 

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Dissuader et contraindre :

 

La contrainte passe le plus souvent par la dissuasion. L'objectif des mesures de dissuasion est de rendre le comportement incriminé plus couteux. Ces mesures prennent la forme de l'augmentation des sanctions et de la répression : augmentation du prix tu tabac ou des sanctions, des amandes pour les infractions du code de la route (conduite en état d'ébriété), etc.

L'efficacité de cette méthode est très discutable.

 

Informer et convaincre :

 

Les modèles actuels de la persuasion (Chaiken, Liberman et Eagly, 1989 ; Petty et Cacioppo, 1986) notent que la prise de conscience ne peut se limiter à l'information. La cible du message doit être capable et motivée à intégrer, à élaborer, l'information qui lui est fournie. L'étape intermédiaire donc pour obtenir le changement de comportement c'est le changement de croyances et d'attitudes associées au comportement.

 

Pour obtenir ce changement, le traitement ne peut pas être un traitement heuristique ou périphérique, il doit y avoir un traitement systématique ou central de l'information persuasive. La crédibilité des facteurs d'une campagne de persuasion correspond à la qualité de l'information, par la force des arguments, et à la source, par son expertise.

Une source fortement attractive n'a pas d'intérêts à être associée à des arguments très forts, ces derniers détournant l'attention de la cible de l'information qui est transmise. Et inversement, une source peu attractive associée à des arguments très faibles n'atteindra pas la cible. La communication est efficace si la source attractive est associée à des arguments faible et inversement.

 

La stigmatisation :

 

Annexe : http://www.youtube.com/watch?v=Bypgp4SN890

 

L'objectif avec ces communications c'est de dénigrer afin de modifier le regard sur le groupe qui adopte les comportements incriminés. Il s'agit de stigmatiser un groupe qui adopte un certain type de comportement : on dégrade l'image du groupe et l'identité des personnes adoptant les comportements incriminés.

 

L'efficacité est très variable en fonction des messages.

 

L'appel à la peur :

 

Le but est d'identifier les comportements à risque, et pousser à la prise de conscience qui se fait par le rappel du risque. Ce qui est recherché c'est l'éveil de la peur pour contribuer à un changement de comportement.

Il faut noter que la peur (Izard et Buechler, 1989 ; Bogozzi et Moore, 1994), qualifiée d'émotion négative, nait de la prise de conscience d'une menace qui met en danger un individu. Il s'agit d'un mécanisme de défense naturel, c'est une fonction vitale de protection. Son objectif est de déclencher la peur et en cascade déclencher des comportements salvateurs.

 

Rogers (1983) fait une analyse de la littérature en ce qui concerne les contradictions dans les résultats sur les études sur les méfaits de la consommation de tabac. La littérature des années 50 à 80, allait dans tous les sens : tout a été exploré sans qu'il y ait des protocoles systématiques et organisés. Il en a conclu qu'on ne pouvait pas aboutir à des effets linéaires. C'est une raison qui pourrait expliquer pourquoi les résultats obtenus sont si contradictoires.

 

Pour échapper à l'émotion de peur, deux stratégies peuvent être employées : de défense ou d'action. Les messages d'appel à la peur avec des images, ainsi que des messages trop vivides vont empêcher l'identification du comportement à risque et les stratégies permettant de l'éviter. C'est le modèle parallèle de Leventhal (1970, 1982). Lorsqu'il y a une réponse de défense, on considère qu'il y a échec de prévention du message puisqu'il y a une volonté de contrôler la peur. Au contraire, si une stratégie d'action est mise en place, on considère qu'il y a efficacité du message de prévention puisqu'elle est caractérisée par le contrôle du danger. L'activation de l'une ou de l'autre de ces stratégies dépend du type de message.

 

A propos de l'appel à la peur :

- Il existerait, selon Janis (1967) et Mcguire (1968), un seuil optimal d’activation de la peur : arousal.

- Les recommandations sont nécessaires.

- Il doit donc contenir : de la gravité, transmettre un sentiment de vulnérabilité et de l'information vivide (menace). De plus, il aboutit à une motivation à la protection du danger poussant l'individu à chercher des solutions. Ces dernières sont possibles grâces aux recommandations véhiculées par le message.

 

Donc, si l'appel à la peur contient des recommandations efficaces, il n'y aura pas de mise en place de stratégies défensives et donc le contrôle du danger est possible. La prévention a fait son effet.

 

On distingue l'appel à la peur de la perception de l'avenir par optimisme comparatif.

Dans les deux cas, l'objectif est d'augmenter la prise de conscience, ou changer l’attitude envers le comportement incriminé, afin de changer le comportement dans le sens de la sécurité. Ce qui varie entre ces deux méthodes c'est le moyen employé pour aboutir à l'objectif :

- Dans le cas de l'appel à la peur, c'est le message menaçant qui est employé. Il est composé d'une menace ainsi que de recommandations efficaces et accessibles par le sujet. Son but est d’éviter les stratégies défensives et d’obtenir des comportements de prévention.

- Dans le cas de la perception de l'avenir, on évite de générer de l’angoisse, qui pourrait être apportée par un message menaçant, afin d’éviter d’augmenter l’optimisme comparatif, ce dernier entravant la mise en place de comportements de prévention.

 

Pour conclure sur l'appel à la peur, on peut se demander quelles sont les questions à se poser pour communiquer sur un risque?

- Caractéristiques de la population (connaissances, perceptions, stade de changement, rapport à la source du message) ?

- Impact du type de source ?

- Mode de communication (information, appel à la peur, contrainte, stigmatisation) ?

- Si informations, lesquelles ? Quels sont les moyens et ressources disponibles pour aider le changement ?

- Efficacité de la campagne / aux théories ? (ex : une campagne de prévention routière à la télé est-elle théoriquement efficace ?).

 

3. Modèles de la psychologie de la santé :

 

On distingue différents types de modèles :

- Modèles cognitifs de la santé :

+ Health Beliefs Model (Rosenstock, 1974 ; Becker).

+ Protection Motivation Theory (Rogers, 1983).

- Modèles socio-cognitifs de la santé : Théories de l’Action Planifiée (Ajzen et Fishbein), le TAR ou TAP.

- Modèles de changement de comportements :

+ Transtheoritical model of change (Prochaska et Di Clemente, 1984). Ce modèle se divise en cinq étapes : pré-considération, considération, préparation, action et maintien.

+ Precaution Adoption Process (Weinstein, 1988).

+ Health Action Process Approach (Swarzer, 1992).

- Modèles intégratifs et multi-factoriels.

 

4. Conclusion :

 

En guise de conclusion pour :

- Solution pour l’action :

+ Il est nécessaire d'éviter la menace de l’identité. C'est difficile de ne pas atteindre l’identité, toutefois, il est possible de ne pas dénigrer une cible, de la respecter, de lui accorder une grande considération, sans pour autant faire preuve d’apitoiement. Il faut aussi éviter la catégorisation (fumeur/non fumeur) et la stigmatisation. De plus, il faut prêter attention à la source du message en fonction de la cible. Il est donc important de connaître les caractéristiques de la cible du message.

+ Il faut aussi jouer sur les caractéristiques de la source en fonction des objectifs, type d’objets de communication et des caractéristiques de la cible.

+ En ce qui concerne le contenu du message, il a été constaté que l’information chiffrée peut avoir des effets contraires à ceux souhaités. Si l’information chiffrée va dans le sens de la valeur de ce que pense la personne alors les effets sont plutôt positifs, dans le cas inverse, ils sont plutôt négatifs.

+ De plus, il faut être vigilant quant aux cadrages du message.

+ Enfin, il est nécessaire de veiller aux buts de traitements de l’information : l'implication, sentiment de vulnérabilité, engendrés chez le sujet, etc.

- La solution pour l’action hors persuasion pourrait se situer dans les théories de l’engagement.

+ Théorie de l'engagement (Kiesler, 1971) : il faut noter que les stratégies d’engagement permettent d’agir sur les comportements quelle que soit leur nature. Cette théorie est la théorie du lien qui unit un individu à ses actes (Beauvois et Joule, 1998). « L’engagement correspond, dans une situation donnée, aux conditions dans lesquelles la réalisation d’un acte ne peut être imputable qu’à celui qui l’a réalisé ». Selon les conditions de production de l’acte, l’engagement est plus ou moins fort. Les actes les plus engageants sont généralement les actes coûteux, conséquents, publics, non ambigus, irrévocables et réalisés en contexte de liberté. Les systèmes de récompense ou de punition désengagent, alors que l'étiquetage positif engage la cible dans la production d'un comportement.

+ Ex : Recherche-Action contre le SIDA :

. Le but est de modifier les attitudes des lycéens envers le SIDA et envers les moyens de s'en prémunir (préservatifs). Pour les conduire à produire ce type de comportement, il est nécessaire d'augmenter la probabilité qu’ils s’impliquent librement dans une action de lutte contre le SIDA (vente d’autocollant pour aider la recherche médicale).

. La population ciblée est composée de lycéens de classe de 1ère.

. Technique employée pour induire un changement de comportement : pied-dans-la-porte (Freedman et Fraser, 1966).

. L'étude se décompose en 3 phases :

- 1/2  des sujets sont soumis à un acte préparatoire : acheter un préservatif pour aider la recherche (5 francs). On observe que 81.6% achètent (31/38). Le reste appartient au groupe contrôle, sans production d'acte.

- Questionnaire en lien avec SIDA et prévention.

- Invitation à se mobiliser pour la recherche : vente d’autocollants.

. Les résultats obtenus pour les groupes avec acte-préparatoire sont :

- Attitudes plus en faveur de la protection et de la prévention.

- Comportements : davantage de volontaires pour l’action pour la recherche.

- Avec acte préparatoire : 86% volontaires, 72% le font (différence de13,6%).

- Groupe contrôle : 62,5% volontaires et 40,5% le font (différence de 22%).

. Pour conclure, il y a une augmentation de l’achat de préservatif. Il y a une inférence d’une augmentation s’il y a besoin ou si la demande est faite.

+ Ex 2 : Recherche-Action :

. On observe que l'adhésion à un traitement médical présente certaines difficultés pour de nombreuses maladies. Dans le cas spécifique du VIH, la question de l'observance renvoie à des enjeux de santé publique très importante et pose des problèmes dus aux effets secondaires.

 

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Il est important d'établir un pont entre la persuasion et l’engagement afin d’optimiser les campagnes d’informations et de sensibilisation. Pour augmenter les probabilités que l'individu produise un changement de comportement, il faut le conduire à poser un acte préparatoire. Il faut rendre l’individu acteur et l'exposer à une argumentation persuasive en accord avec l’acte préparatoire réalisé.



21/05/2014
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