Cours de psychologie

Pourquoi m'as-tu abandonné(e) - Jean-Charles Bouchoux

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Ce qui fait symptôme en nous est toujours un trait de l’enfance que nous n’avons pas su ou pas pu dépasser ou intégrer. Qu’il s’agisse d’un phénomène récurrent ou conjoncturel, c’est-à-dire la réactivation d’un mécanisme infantile face à une difficulté de la vie, l’origine est à rechercher dans nos premières années d’enfance.

L’Œdipe ne dure que quelques instants pour qui a su trouver les étayages nécessaires à la bonne résolution de son narcissisme, à la liquidation de son angoisse d’abandon et à l’obtention de la confiance en soi, qualité obtenue grâce à l’acquisition d’une image suffisamment bonne de soi.

L’angoisse d’abandon est en lien avec une faille dans l’élaboration de notre image.

L’angoisse d’abandon liée à une faille narcissique est une des causes des névroses d’échec.

Accepter la désidéalisation de soi et des autres, envisager les renoncements nécessaires et que nous ne sommes pas tout-puissants, revient à accéder au monde des adultes.

 

I. L’angoisse d’abandon. 

 

De 0 à 6ans, l’enfant passe par 3 grandes phases : phase de la découverte des objets ou phase objectale, phase narcissique et phase œdipienne.

D’abord, l’enfant se voit ne faisant qu’un avec le monde, puis grâce aux frustrations il apprend qu’il y a des objets non-lui, ainsi il apprendra qu’il existe en tant que moi. A ce premier stade correspond les angoisses de morcellement ou de dissociation.

Les premiers interdits ainsi que la rencontre de son image participent à l’élaboration du moi de l’enfant, de son ascension à l’altérité ainsi qu’à l’apparition de nouvelles instances psychiques.

Le miroir et le regard de l’autre introduit l’enfant à la phase narcissique, et à la découverte de l’idéal du moi (ce que l’individu croit devoir être pour rester digne de l’amour de l’autre, c’est prohibitif). A ce stade correspond l’angoisse d’abandon.

La personnalité abandonnique appartient au champ du narcissisme. Le narcissique est sans cesse taraudé par une angoisse d’abandon que chacun tentera de gérer à sa façon.

 

Fais-moi cygne !

 

La personnalité narcissique doit plaire absolument sous peine de sombrer dans une angoisse d’abandon. Dans les cas les plus extrêmes, elle n’a pu se construire de réelle personnalité.

Cela s’accompagne d’une angoisse permanente de ne pas être la bonne personne, et le sujet narcissique alterne souvent des phases hypomaniaques où il peut déployer de grandes énergies pour plaire et des phases de déprime.

Cette structure psychique abrite une image floue sinon négative d’elle-même. La personne n’ayant pu traverser correctement le stade du miroir se sent inachevée et attend de l’autre qu’il le fasse pour elle.

 

La personnalité abandonnique.

 

On distingue 2 structures abandonniques : structure abandonnique précoce et tardive.

Dans tous les cas, prédomine un sentiment d’insécurité permanent. L’angoisse de l’abandonnique est proportionnelle à sa demande affective démesurée. Attentes fantasmatiques qui ne pourront qu’être déçues. En effet, la réalité est frustrante et la personnalité abandonnique n’a pu se construire un moi suffisamment structuré pour y faire face. Elle a une notion vague d’elle-même et n’a pas intégré de valeurs propres. Et c’est à l’autre de la rassurer en lui donnant exactement ce qu’elle attend. Elle vit un sentiment de dévalorisation persistant qu’elle tente de compenser, soit en mendiant son besoin d’amour, soit par un isolement complet. Souvent, elle se dévalorise et survalorise l’autre qui doit sans cesse la réconforter. Elle se place systématiquement en position infantile et se soumet à l’autre pour obtenir l’amour qu’elle attend. L’abandonnique se vit à l’extérieur, dans le regard de l’autre, aussi est-il incapable d’intérioriser la relation et est en demande de preuves constantes pour se sécuriser.

Structure abandonnique précoce : ayant à peine abordé le stade du miroir, présentant des symptômes borderline. La personnalité abandonnique précoce a fixé sa structure au sortir de la période de la découverte des objets, au début de la phase narcissique, bien loin du stade œdipien. Au sortir de la phase objectale, le sujet est mal différencié de l’autre et il vit plus dans le ressenti que dans une réflexion intérieure. Son moi est peu élaboré et, insuffisamment différencié de l’autre, l’abandonnique est dépendant affectif d’un objet d’amour auquel il s’identifie dans une tentative de fusion. Mais le désir de fusion, s’il est trop approché, peut créer des réactions agressives, car le sujet a peur de se perdre dans cet autre. Et du besoin de fusion, on passe souvent à l’agressivité ou à la dépression par retournement de l’agressivité contre soi. L’abandonnique alterne fréquemment des phases de séduction et des phases de rejet ou de dépression. Le rejet, l’agressivité ou la dépression entraîne de nouvelles angoisses d’abandon qui renforcent la dépendance et la soumission qui à leur tour entraîneront agressivité ou dépression.

Pervers narcissique : structure appartenant à la structure abandonnique précoce. Il se situe aux frontières de la folie. Il en réchappe en assujettissant une victime à qui il fait porter ses propres symptômes. Par des mécanismes tels que injonctions paradoxales, identifications projectives et autres manœuvres dilatoires, il crée et maintient une emprise délétère sur sa victime, la poussant vers la culpabilisation, la dépression et, dans les cas les plus graves, la folie, la maladie et la mort par suicide, accident ou somatisation. Capacité à séduire son entourage et éventuellement à se faire passer pour la victime. Il en profite pour isoler son souffre-douleur qui, bien souvent, ne sait plus à qui s’adresser quand enfin il commence à prendre conscience de l’aspect toxique de la relation. Pour échapper à l’angoisse d’abandon liée à sa certitude d’être le mauvais objet, le pervers narcissique coupe sa personnalité en deux, présente une image idéale au plus grand nombre et tyrannise une victime qu’il a habilement choisie pour sa faille narcissique. Faille narcissique qui habite aussi le pervers, mais que maintenant il ne manque pas de désigner chez l’autre avec force dévalorisation. Le souffre-douleur, lui aussi mené par une angoisse d’abandon, tente d’aider son bourreau en le revalorisant. Le pervers narcissique projette dans l’autre ses propres failles par un phénomène d’identification projective. Il déni l’altérité (choisification de l’autre), ainsi que ses actes et leurs conséquences.

Paranoïa : vient de para ce qui empêche, et noïa la naissance. Le paranoïaque a été empêché de naître au monde.

Moi idéal : ce que je dois être pour être au plus proche de mes aspirations.

Structure abandonnique tardive : ayant frôlé les portes de l’Oedipe, présentant des symptômes préœdipiens quasi névrotiques. L’identité sexuelle est floue. L’abandonnique tardif a un moi plus élaboré que l’abandonnique précoce et il a entamé la structuration d’un surmoi. Il vit sous le joug d’un surmoi précaire et sous le joug d’un idéal du moi. Il peut donc évoluer entre deux images : ce qu’il aurait pu être (moi idéal avorté), qui est vécu comme positif, et ce qu’il pense être devenu (surmoi précaire), qu’il vit comme négatif. C’est cette double image de soi qui explique la paradoxalité latente de l’abandonnique. Si le névrosé vit face à une culpabilité inconsciente ou liée à des erreurs réelles, l’abandonnique vit une sorte de pseudo-culpabilité liée à son sentiment de non-valeur. C’est pourquoi il reste dans le fantasme constant de combler l’autre. Pour lui, non-valorisation rime avec non-existence.

Surmoi : instance psychique essentiellement inconsciente porteuse de la loi, des interdits et des idéaux du sujet, c’est l’héritier du complexe d’Oedipe.

Un échec ne manquera pas de réveiller l’angoisse archaïque d’abandon que nous liquiderons plus ou moins rapidement selon que nous avions une image suffisamment bien établie de nous.

A la naissance, l’enfant n’a pas encore de structure psychique, il s’appuie sur ses référents, ce sont les adultes qui savent, qui connaissent les interdits. Si les interdits ne sont pas suffisamment nommés, suffisamment expliqués, suffisamment discutés, l’enfant risque de développer un idéal du moi prohibitif et développer une angoisse latente qui le suivra longtemps dans sa vie : une angoisse d’abandon.

Ce n’est qu’au passage de l’Œdipe que l’enfant saura introjecter les interdits et l’idée de son image. Pour l’instant, il se vit à l’extérieur. L’autre est porteur des interdits, l’autre est porteur de son image.

La personnalité abandonnique/narcissique n’ayant pas développé de structure solide, ne supporte pas le conflit intérieur qu’elle s’empresse de projeter vers l’autre, soit en le culpabilisant directement dans un élan de sadisme moral, soit en le culpabilisant indirectement dans un élan de masochisme moral, soit par une logorrhée interminable.

Le bénéfice psychique à exporter sa mauvaise humeur est considérable mais à haute dose, il appartient aux perversions narcissiques et, dans tous les cas, à l’infantile.

Le narcissique n’est pas bien dissocié de l’autre. Il a compris qu’il existe un autre, mais cet autre reste détenteur de la loi et de son image. Si la dissociation s’est faite au niveau objectal, elle reste à faire du point de vue narcissique, et la personnalité abandonnique se confond facilement avec cet autre vers qui elle projette certains de ses propres aspects et de qui elle assimile des traits par identification.

Souvent une personnalité abandonnique fantasme avec un plaisir sadique d’abandonner son partenaire et immédiatement après culpabilise d’être le mauvais objet, ce qui la fait régresser au stade de victime. Cette nouvelle angoisse va le basculer dans le rôle de sauveur, il rassure son partenaire, se rassure lui-même, puisqu’il s’identifie à lui.

Pare-excitation : instance cognitive qui est située à la périphérie du système psychique, à la frontière entre les organes des sens et le monde extérieur. Protège l’organisme psychique contre les excitations en provenance du monde extérieur qui, par leur intensité, risqueraient de le détruire.

L’abandonnique ne possède pas ou peu de pare-excitation. Il est tel un enfant dans un monde d’adultes, proie potentielle du jugement et de l’attitude des autres.

L’abandonnique se situe à mi-chemin entre psychose et névrose. Evoluer vers la névrose présuppose d’accepter de lâcher la main de l’autre, d’introjecter sa propre image et ses valeurs propres pour s’individuer. A l’inverse, se projeter dans l’autre dans un désir de fusion est aussi générateur d’angoisse. En effet toute régression, consécutive à la peur de se perdre dans cet autre, entraînerait le sujet vers des positions plus archaïques, psychotiques avec des angoisses de dissociation et d’effondrement.

Le nourrisson utilise d’abord sa mère comme pare-excitation, elle est l’objet unique vers lequel il projette tout son amour et toute sa haine. Quand elle ne répond pas à ses besoins, il doit désinvestir sa mère et découvre les objets extérieurs. Le doudou est une transition entre le monde unaire et le monde extérieur.

Le racisme est un grave symptôme psychopathologique, signe d’une personnalité infantile. La peur afférente n’est en aucun cas la peur de l’étranger mais la peur d’être abandonné par ceux qui nous ressemblent.

Le fantasme corrige la réalité, mais la personnalité abandonnique fonctionne dans la pensée magique ou dans le passage à l’acte. Embryon de fantasme, la pensée magique est frustrante. Le sujet ne sent pas bien la différence entre intérieur et extérieur et s’attend à ce que ce qu’il pense se réalise, or cela se réalise rarement. Quant aux passages à l’acte, le sujet ayant un moi trop peu élaboré ne peut s’opposer à la pulsion et ce n’est qu’en passant à l’acte qu’il pourra soulager son psychisme des trop fortes tensions générées par ses pulsions.

Clinomanie : rester dans son lit et rêver sa vie. La clinomanie correspond à l’attitude d’un patient dont le refus de se lever est catégorique. Le clinomane préfère rester couché.

L’obsessionnel érotise sa pensée ; il l’érige entre son intérieur et le monde qui l’entoure. L’abandonnique, lui, ne le peut pas. L’obsession prend sa source aux alentours de l’Œdipe, l’abandon dans la phase narcissique. L’obsessionnel englue chaque pulsion, chaque désir, chaque aversion, de mots, de pensée, de concept, l’abandonnique se contente d’errer dans ses rêves. L’obsessionnel érige sa pensée entre ses pulsions et le monde. A l’inverse de l’obsessionnel, l’abandonnique érige sa pensée entre le monde et lui.

La personnalité abandonnique utilise fréquemment le déni.

Position schizo-paranoïde : clivage de l’objet. L’enfant hallucine 2 objets (2 seins) l’un bon qui rassure, l’autre mauvais qui le persécute en ne le satisfaisant pas. Ainsi l’enfant peut projeter son amour sur l’un et sa haine sur l’autre, sans risquer de détruire le bon objet. En fait, le clivage de l’objet permet de se défendre contre un clivage du moi qui pourrait entraîner une angoisse de dissociation. Projeter deux sentiments sur deux objets, évite de se couper en deux.

Déni et clivage sont des mécanismes de défense qui appartiennent aux psychoses et aux personnalités limites que sont les pervers narcissiques et les personnalités abandonniques précoces.

Déni, colère, dépression, résilience, forment le « deuil normal ». Mais dans le processus du deuil de l’objet idéal que nous avons tous à faire pour sortir de la phase narcissique, pour échapper à l’angoisse d’abandon et nous diriger vers des phases plus structurantes (œdipienne puis génitale), certains, ne pouvant faire face à la dépression ou à la désidéalisation, oscillent entre déni et projection, selon qu’ils auront plus ou moins appréhendé la réalité.

3 types de procès : procès nécessaire (qui mènent à la résilience et à la désillusion), procès déplacés (que nous n’avons pas pu, su ou osé faire en leur temps), et procès projetés (attribution à l’autre de nos propres travers, procès que nous devrions plutôt faire à nous-mêmes).

Pour échapper à l’angoisse d’abandon, nous pouvons chercher à nous revaloriser grâce à des objets extérieurs. Mais quand l’image s’effondre, la dépression déferle, accompagnée d’une angoisse d’abandon contenue jusque-là grâce à ces remparts, et c’est un véritable effondrement qui s’opère.

Le narcissisme emprunté aux objets n’est pas dangereux lorsqu’il sert d’exhausteur à notre image, il devient un véritable poison pour nous ou notre entourage lorsqu’il pallie un défaut de structure ou est à sens unique.

Un mécanisme de défense est le meilleur moyen que nous avons trouvé pour supporter les difficultés. Et observer nos défauts avec bienveillance sera un premier pas vers la sortie de ce narcissisme délétère.

La question qui se pose n’est pas tant quels sont les mécanismes employés, mais quelles sont les causes qui nous obligèrent à les mettre en place et quels sont ceux qui nous empêchèrent de les dépasser.

 

Les causes de l’abandonnisme.

 

On trouve rarement un abandon réel dans l’histoire des personnalités abandonniques. Mais quelque chose a fait trauma.

Les mécanismes de défense psychotiques, abandonniques et névrotiques sont les mêmes qui ont évolué. Dans l’angoisse de séparation, on pourrait entendre l’angoisse du schizophrène qui a peut de se séparer en morceaux, l’angoisse de l’abandonnique qui a peur d’être séparé des autres, et l’angoisse du névrosé qui a peur d’être séparé de ce qui peut lui permettre de soutenir son fantasme de toute-puissance.

L’homme se structure en apprenant à désirer puis en apprenant à renoncer. Le psychopathe, qui ne s’est pas structuré, ne désire pas, il prend. Le narcissique, incapable de renoncer, vit la perte comme un arrachement.

Le désir dépend de la capacité du psychisme à transformer l’énergie physiologique liée au besoin en désir, c’est-à-dire à mentaliser le besoin en fonction des objets disponibles, des affinités du sujet et des règles implicites ou explicites, et donc de renoncer le cas échéant.

Chaque perte ressemble à s’y méprendre à un deuil. Chaque séparation entraîne une angoisse qu’il faudra dépasser pour continuer à croître.

C’est sa capacité à désirer qui permettra au nourrisson de sortir de la première phase de son évolution. C’est parce qu’il pourra choisir un objet transitionnel (pouce, coin de couverture…) qu’il élaborera un moi frustre qui l’entraînera petit à petit vers l’autonomie et la compréhension de l’altérité (découverte des objets non-moi).

La découverte de l’autre, de son image et de ses interactions avec le monde plonge l’enfant dans la phase narcissique. C’est sa capacité à renoncer qui lui permettra de continuer à évoluer. Pour évoluer l’enfant doit être suffisamment frustré, mais pas trop. L’enfant si-dé-ré est incapable de dé-si-rer.

Chaque enfant idéalise le parent, puis évolue. Mais si le parent est insécurisant, l’enfant devra persister dans sa suridéalisation, se créer des parents fantasmatiquement parfaits, renforcer les mécanismes tels que déni de la réalité et clivage du moi, en attendant d’être rempli dans la réalité.

Clivage et déni sont des remparts contre l’angoisse d’abandon et ce sont sans doute des failles dans ces mécanismes qui entraînent la peur et l’angoisse.

L’abandonnique en recherche perpétuelle de son image dans le regard de l’autre reste statufié face au miroir vide ou déformant, attendant qu’enfin se forme l’image attendue.

Incestualité : ce qui fait barrage à l’émergence de l’Œdipe et qui maintient le sujet dans les limbes du narcissisme. L’incestualité revient à donner une place d’adulte à l’enfant ou à laisser croire à l’enfant que l’adulte veut la place de l’enfant (désir, séduction, jalousie…).

Le fantasme est ce qui précède le renoncement ou le passage à l’acte. Il se situe à mi-chemin entre désir et réalité. Il permet d’abaisser la tension liée aux désirs sans préjudice dans la réalité avant d’en prendre conscience et de prendre une décision. Le fantasme s’organise autour d’un manque, d’une frustration.

Le sentiment de perte fait partie de la vie, c’est l’incapacité à y faire face qui est pathogène.

Mère suffisamment bonne : elle peut être suffisamment présente et suffisamment absente. L’enfant a alors la possibilité de se projeter dans sa mère en tant que substitutif à son manque de structure quand elle est présente et de se construire (s’investir lui-même) quand elle est absente.

L’excès de présence ne permet pas à l’enfant de se construire, l’excès d’absence lui ôte tout étayage sur lequel s’appuyer. Ce sont ces excès des premiers temps de la vue qui ne permettent pas de dépasser une structure abandonnique précoce.

La présence crée l’envie et l’absence le désir à condition qu’ils aient été l’un et l’autre suffisamment présents au sein d’un cadre étayant et bienveillant.

On ne peut pas aimer vraiment quelqu’un que l’on idéalise, on ne peut que l’admirer. Pour aimer réellement, il faut rencontrer l’autre dans sa réalité. Et pour rencontrer l’autre dans sa réalité, il faut s’être pleinement établi dans sa propre réalité. Pour s’autoriser à s’établir dans sa propre réalité, il faut avoir désidéalisé ses ascendants.

L’identification à l’agresseur et l’identification à un groupe d’appartenance font partie de l’évolution normale de l’individu.

 

Sortir du vortex abandonnique.

 

Le travail sur le narcissisme sera essentiellement axé sur le deuil, sortir du déni, désidéaliser l’autre et se désidéaliser soi-même, envisager sa colère, intégrer la position tierce par la rencontre et l’acceptation d’un cadre et travailler sur la pleine conscience de soi et du monde.

Deux mouvements dans l’évolution de l’enfant : l’introjection d’abord puis la projection dans l’autre.

L’angoisse d’abandon est bien plus qu’un sentiment d’abandon, elle plonge le sujet face à un vide sidéral dans une impression d’arrachement avec une angoisse d’effondrement.

C’est l’incapacité qu’a eue le sujet à se fabriquer une image et son incapacité à introjecter celle de l’autre qui l’ont placé face à cette angoisse. Les mécanismes qu’il mettra ensuite en place seront de repérer une structure extérieure à lui pour pallier sa crainte d’effondrement, structure qui sera suridéalisée.

Tout travail sur le narcissisme implique la désidéalisation de l’autre qui entraînera la désidéalisation de soi. Et elle se fera quasi automatiquement dans l’évolution normale d’un individu.

L’abandonnique idéalise ses parents, il est donc normal qu’il souhaite être l’enfant idéal. Il devra accepter les défauts de ses parents, et donc ses propres défauts. Et donc, s’il a des défauts, il devra reconnaître qu’il a aussi des qualités.

L’abandonnique devra renoncer à un fantasme de toute-puissance, il devra comprendre qu’il a des limites, des manques et des capacités aussi. Car paradoxalement, les personnalités narcissiques abritent un sentiment de toute-puissance et un sentiment d’impuissance.

Désidéaliser ses parents entraînera automatiquement la chute du déni lié au deuil nécessaire qui permettra une colère légitime, souvent suivie d’une période de tristesse qui débouchera sur un sentiment de grande douceur.

La personnalité abandonnique, ayant une image éclatée d’elle-même, recherche à l’extérieur une réassurance et a une grande difficulté à s’investir elle-même. Entre autres symptômes, on trouve des problèmes de boulimie, le besoin de se remplir ou, par formation réactionnelle, l’anorexie qui s’accompagne de sentiments de toute-puissance. On peut observer nombres d’autres symptômes, souvent accompagnés d’hyperactivité. L’hyperactivité peut se repérer dans le comportement par une insatiable envie de bouger ou au contraire par un immobilisme étonnant, l’hyperactivité étant alors plus mentale que physique. Dans tous les cas, on observe une difficulté à la concentration.

Il semble constant que le non-dépassement de la période narcissique entraîne des difficultés à se concentrer.

MBSR : (réduction du stress par la méthode de la pleine conscience) consiste en une série d’exercices élaborés à partir de techniques ancestrales.

Méditation formelle : consiste en la prise d’une posture et la concentration sur le corps et la respiration.

La souffrance résulte d’un excès de tension. Ainsi, plus que la douleur, qu’elle soit physique ou mentale, c’est l’aversion à la douleur qui crée une montée de tension et qui nous propulse dans la souffrance.

L’observation, l’acceptation sapent une partie de l’angoisse, elles font tomber la tension liée à l’aversion.

Le désir est le désir de la reproduction d’une satisfaction passée dans le futur.

L’angoisse est la peur qu’une angoisse passée resurgisse dans le futur.

 

II. L’échec à répétition.

 

Si l’angoisse d’abandon est clairement l’avatar du narcissisme et peut être source de nos échecs, nous trouverons en tous points de notre évolution des causes qui précipitent ces échecs.

Echec : insuccès, tentative vouée à l’échec. Revers, défaite. Essuyer, subir un échec. Désigne la structure psychologique de toute une gamme de sujets depuis ceux qui paraissent d’une façon générale être les artisans de leur propre malheur, jusqu’à ceux qui ne peuvent supporter d’obtenir précisément ce qu’ils paraissent désirer le plus ardemment. L’échec est le prix à payer pour toute névrose, dans la mesure où le symptôme implique une limitation des possibilités du sujet, un blocage partiel de son énergie.

Névrose d’échec : névrose caractérisée par la recherche systématique mais inconsciente de l’échec. L’échec y est vu comme conséquence d’un déséquilibre névrotique.

Conduite d’échec : qui résulte de la névrose d’échec ou d’autres analogues, et où domine un sentiment d’impuissance et de résignation.

 

Angoisse de dissociation, d’abandon et de castration.

 

L’incapacité à se décoller de l’objet et à s’envisager comme sujet entraîne chez le psychotique des angoisses de dissociation qui engendrent une désadaptation à la société et, dans les cas les plus graves, à la réalité.

L’homme est mû par deux forces, une qui l’entraîne à croître et une qui le retient et pourrait le ramener en arrière. Une qui l’entraîne vers l’aboutissement de la vie, une autre qui voudrait le ramener vers la naissance.

Tout événement ressemblant à un échec viendra confirmer à la personnalité narcissique son manque de valeur.

Phallus : tout objet nous permettant de soutenir notre fantasme de pouvoir.

Angoisse de castration : angoisse qui étreint le petit à l’approche du complexe d’Œdipe.

L’angoisse de castration vient souvent se surajouter à une angoisse apparemment justifiée. La cause du symptôme second devenant l’arbre qui cache la forêt.

Comme pour le dépassement du narcissisme, l’acceptation de la castration, le renoncement au fantasme de toute-puissance, permettent de voir s’effacer les angoisses afférentes, de récupérer les énergies liées aux angoisses et aux conflits qu’elles engendrent et de les mettre au service de nos projets.

Le stress, augmenté de l’angoisse, risque de devenir négatif chez le narcissique et le névrosé, à l’extrême les précipiter vers la dépression ou la paralysie, transformant leur épreuve en échec.

La sortie des syndromes qui mènent à l’échec ne nous propulse pas vers la réussite mais vers la liberté.

Toute souffrance morale est le produit de notre psychisme. Notre psychisme étant essentiellement le résultat de notre histoire, on peut dire que la souffrance morale est la réactivation d’un état préexistant dû à un événement particulier, rappelant un pan de notre histoire.

A l’approche de l’Oedipe, pour échapper à ses angoisses de castration, l’enfant met en place un nouveau mécanisme de défense : le refoulement. Dans le refoulement, le problème ne disparaît pas, il est oublié, relégué dans l’inconscient. Cela permet un temps d’apaiser le sujet, mais le refoulé ne demande qu’à remonter à la surface. En fait, le refoulé est une énergie que l’organisme souhaite évacuer pour retrouver un état sans tension, et ce sont d’autres instances psychiques qui empêchent le retour de ce refoulé : le surmoi et le moi.

 

Répétition, cryptes et fantômes, et répétition non structurelle.

 

Les cryptes et fantômes sont la répétition transgénérationnelle de faits récurrents. Il semble donc qu’il existe l’équivalent de notre inconscient dans les familles. Si notre refoulé, souvent, se fait maître de nos destins, les fantômes, refoulé familial, secret de famille, influencent plus ou moins nos vies.

La répétition inconsciente permet rarement la résolution des problèmes. Ce n’est qu’après avoir compris consciemment ce qui est à l’origine de la répétition, avoir retrouvé nos rancunes infantiles et nos fantômes et les avoir chassés, que nous n’aurons plus besoin de reproduire ces situations.

Si la répétition peut venir de notre enfance, elle peut aussi s’élaborer à l’âge adulte. Elle prend racine dans notre structure, mais certaines situations semblent l’écho d’autres situations antérieures ne remontant pas forcément à l’enfance.

 

L’adversaire, prédestination et télécommande encore.

 

Deux instances intérieures souhaitant deux résultats opposés créent un conflit.

Celui qui cherche le pouvoir cherche à s’assujettir la présence des autres.

Pour celui qui a intégré l’impermanence, qui s’est libéré de l’angoisse d’abandon et qui a accepté la castration, ce n’est plus échec ou réussite qui s’opposent mais la liberté qui s’impose.

Ayant rencontré son image, renoncé à son fantasme de toute-puissance, le sujet sort de la pensée névrotique binaire et entre dans une nouvelle ère de sa vie.

 

III. Vers une pensée ternaire et au-delà.

 

Si l’abnégation du narcissique est un mécanisme de défense délétère, l’abnégation du sujet individué est source de joie et de bonheur individuel et collectif.

 

Pensée unaire, binaire et ternaire.

 

Le bébé ne connaît que sa pulsion. Pulsion de vie quand il est satisfait et pulsion de mort quand il ne l’est pas. Partagé entre amour et haine, il en sera ainsi tant qu’il n’aura pas abordé le miroir, accepté l’altérité et l’existence de l’autre, séparé de lui, et de lui, séparé de l’autre.

Ensuite, au stade du miroir, l’enfant comprend qu’il existe un autre, et il s’agira de se conformer à ce qu’on attend de nous, à ce qu’on croit qu’on attend de nous. Reconnaissance des différences, guerre entre les opposés.

Enfin, une fois son image acceptée et après avoir réalisé qu’on n’est pas tout-puissant, la guerre des opposés cesse, l’individu s’élève.

 

Position ternaire.

 

Ce qui nous place sur le chemin d’un pervers narcissique, c’est notre propre faille, notre rapport à notre image et notre position vis-à-vis du tiers.

Sortir de sa position de victime revient à faire sienne la place du tiers, à s’individuer, c’est-à-dire à intégrer cette place. Connaître son image pour ne plus avoir besoin de l’avis de l’autre.

Notre évolution ne s’appuie pas sur des réponses, mais sur des questions. La réponse s’appuie sur ce que nous savons déjà, la question nous indique l’inconnu, elle nous accompagne sur le chemin de découverte qu’est la vie.

 

Non-jugement.

 

La connaissance de soi amène à une limitation du besoin de juger les autres, de projeter son jugement. Le non-jugement permet la rencontre de l’autre dans sa réalité.

La culpabilité outrancière est un frein sur le chemin de la vie et bien souvent elle entraîne un jugement exagéré dans une tentative de projection à l’origine inconsciente.

 

Vision ternaire.

 

Le ternaire ne revient pas à rejeter notre héritage, mais à l’observer différemment.

A sa naissance, l’enfant n’a aucune idée de ses contours ni qu’il est différent de ce qui l’entoure. Il est dans une sorte d’universalité sexuelle, fille-et-garçon, jusqu’à ce qu’il soit confronté à la différence et qu’il aura la capacité psychique de comprendre. Ainsi, on perd une partie de soi-même, une partie qui est refoulée. Jung nomme ce refoulé anima pour la part féminine des hommes, et animus pour la part masculine des femmes.

La liberté se gagne à l’intérieur, elle est le résultat d’un chemin personnel. Les interdictions ne servent au contraire qu’à renforcer chacun dans ses choix, nous interdisant d’envisager un autrement qui ressemblerait à une capitulation.

Ce sont toujours nos névroses qui mènent le monde. Et nos pulsions narcissiques et nos pulsions de pouvoir sont à l’œuvre quelle que soit la structure de l’Etat.

La crainte du névrosé c’est l’effondrement (de sa structure, de son monde).

 

Le XXIème siècle sera ternaire ou ne sera pas.

 

L’évolution psychosexuelle de l’homme nous entraîne de l’indifférenciation vers la rencontre de notre image, puis du narcissisme vers l’Oedipe. De la psychose vers le narcissisme et du narcissisme vers la névrose. Au cours de nos vies, nous pouvons être amenés vers des régressions, de petites régressions peuvent être nécessaires pour dégager de l’énergie, mais des régressions trop fortes peuvent nous ramener à des positions dangereuses.

Il en va de même de l’entité sociétale.

L’observation du paysage politique à l’aune d’une constante psychopathologique démontre que les extrêmes nous entraînent vers l’indifférenciation, symptôme typique de la psychose. Le néolibéralisme souhaitant s’accaparer le liquide tente de s’octroyer le sein, vécu comme la manne unique qui ne peut être partagée. Les néolibéraux, menant une véritable lutte de classe où l’autre est nié, s’inscrivent dans la perversion narcissique. Les postures plus modérées allant du capitalisme au communisme s’inscrivent dans une recherche œdipienne de pouvoir par crainte de la castration, le phallus étant l’outil de production.

 

Les symptômes, et au-delà.

 

Aujourd’hui, où le besoin d’image a remplacé le besoin de responsabilité et de reconnaissance, où la communication revient souvent à se retrouver seul derrière un écran, où le mépris semble banal…, il semble que nous vivons une régression. Or, toute régression peut mener à des passages à l’acte psychotiques.

Il existe une position naturelle lors de l’évolution de l’homme, où les pulsions refoulées font retour et entraînent de fortes régressions : l’adolescence. Mais il s’agit alors de régressions préparant de nouveaux progrès.

Nos névroses occupent quantité d’énergie et nous en libérer nous ramène cette énergie.

 

 

► Très simple à lire, rapide et donnant de multiples informations. A lire.



16/05/2014
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