Cours de psychologie

Pourquoi l'amour ne suffit pas - Claude Halmos

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L’adulte qui revendique le besoin d’amour de l’enfant parle souvent, sans le savoir, de lui-même. Il dit soit sa nostalgie d’une tendresse dont il sait, pour l’avoir reçue, tout le prix ; soit la douleur indéracinable d’en avoir, jadis, éprouvé le manque.

L’amour est devenu le repère majeur pour tout ce qui concerne les relations parents-enfants.

Un enfant se construit, et dans cette construction les parents jouent un rôle déterminant que l’on ne peut limiter à l’amour.

 

I. Le mythe de l’amour et ses ravages : état des lieux.

 

Les croyances à propos de l’amour parental.

 

Chacun semble persuadé que l’amour vient aux parents en même temps que l’enfant. De plus, cet amour parental serait globalement et par nature forcément bon pour l’enfant. Mais ces croyances sont fausses.

L’amour parental n’a rien de naturel. Il est affaire de parole et de désir, et ce désir peut être bloqué par l’histoire personnelle.

Donner de l’amour à ses enfants implique que l’on en ait en soi. Ce n’est possible qu’à 2 conditions : si l’on a été, enfant, aimé par ses propres parents ou si, quand ce n’est pas le cas, on a pu, dans son trajet personnel, prendre conscience de ce manque.

L’amour n’est pas toujours bon, car il dépendant lui aussi, de ce que les parents ont vécu. Il peut s’agir d’un amour d’objet, un objet à soi, soit un amour teinté de sexualité car la sexualité est le seul amour connu.

 

L’amour parental : un objet non identifié.

 

Ne pas définir de critères spécifiques qui permettraient de dire ce qu’est un véritable amour parental, on en vient à prendre pour référence ceux qui caractérisent l’amour en général, celui qui unit deux personnes adultes.

Les différents critères : les sentiments (on peut dire d’une personne qu’elle en aime une autre à partir du moment où elle éprouve pour elle des sentiments, en lui donnant une place et une importance particulières, elle la situe par rapport à elle dans un rapport particulier), le plaisir (plaisir sexuel bien entendu, mais plaisir aussi dans tous les autres domaines), la possession (le vocabulaire comme « mon » amant, « ma » femme…).

Le fait de savoir, de sentir que l’enfant apporte de la joie à ses parents, qu’ils ont plus de bonheur avec lui qu’ils n’en auraient eu sans lui, est pour un enfant un appui narcissique fondamental.

Les sentiments et le plaisir ne sont pas suffisants pour définir l’amour entre parents et enfants. Il doit s’accompagner chez les géniteurs de la conscience d’avoir à accomplir une tâche, c’est le devoir d’éducation.

Affirmer que l’on aime un enfant alors que l’on n’a pour lui aucun projet de vie, que l’on ne s’emploie pas à lui enseigner le monde et ses lois, qu’on ne le soutient pas dans ses études, que l’on ne se préoccupe ni de sa vie sociale ni de ce qu’il ressent, n’a aucun sens.

La possession est très importante pour un enfant. Il doit sentir que ce sont « ses » parents pour se sentir lui, il doit aussi comprendre qu’il est « leur » enfant pour être en sécurité. C’est également important pour les parents qui peuvent ainsi se sentir parents et agir comme tels avec un sentiment de légitimité. Mais la possession ne doit pas aller plus loin, car parents et enfants n’ont pas le même rapport, l’enfant deviendra ce que ses parents feront de lui. La possession des parents empêche l’enfant de vivre et d’être.

 

Parents-enfants : savoir ce qu’aimer veut dire.

 

La qualité de l’amour parental n’est pas liée à l’intensité de l’attachement des géniteurs mais à sa nature. L’amour parental ne peut être vrai qu’à 2 conditions : si les parents apportent à leur enfant, dans tous les domaines, les matériaux dont il a besoin pour devenir d’abord un « grand », puis, plus tard, un adulte, et surtout s’ils ont, ce faisant, une conscience claire que ces dons n’ont pour but que de lui permettre, un jour, de les quitter.

Aimer un enfant, c’est faire en sorte de lui être, au fil des jours, de moins en moins indispensable, à la fois sur le plan matériel et sur celui des sentiments. C’est aussi l’aider à se détacher de soi afin qu’il puisse s’attacher de plus en plus à d’autres.

L’amour véritable entre parents et enfants est, de par sa nature même, un amour radicalement différent de tous les autres puisqu’il est le seul qui consiste pour l’ « aimant » (le parent) à aimer un « objet » (l’enfant) que non seulement il ne possédera jamais totalement (il ne possédera ni son corps, barré par l’interdit de l’inceste, ni son esprit qui doit trouver ses propres voies) mais qui lui appartiendra, au fils du temps, chaque jour un peu moins.

Quand on donne, on reçoit toujours en retour, comme du pouvoir sur celui auquel il donne, une image de bienfaiteur qui le narcissise. S’il ne retire aucun bénéfice, il lui faut une compensation, on l’obtient sous la forme d’une jouissance masochiste, d’une jouissance de la privation. Pour qu’il n’en soit rien, le parent doit trouver une satisfaction dans le don et la transmission.

 

L’alibi des sentiments.

 

La croyance en un amour parental réduit aux sentiments a, au niveau des familles, des effets pervers évidents. Elle prive d’un certain nombre d’armes essentielles les parents soucieux de leur tâche. Elle les empêche de reconnaître son caractère ardu et, partant, leurs mérites. Tandis que, parallèlement, elle apporte une caution aux comportements destructeurs de ceux que leur histoire personnelle empêche d’être conscients de leur fonction parentale et de la souffrance de leurs enfants. Cette croyance a aussi des effets négatifs dans le domaine social.

Une survalorisation de la famille a 3 effets : rester aveugle et sourd à la maltraitance d’un enfant, absence de prévention contre la délinquance, ignorance des mesures sociales.

Jouir est un moyen de ne pas être anéanti, de ne pas devenir fou, de ne pas s’écrouler totalement sous le poids d’une inhumanité trop radicale pour que le psychisme humain puisse la supporter.

Loi relative à l’accès aux origines personnelles : loi du 22 janvier 2002 qui vise à modifier les conditions d’accès aux informations concernant leur origine des enfants adoptés et notamment de ceux nés sous X. Elle institue un Conseil national pour l’accès aux origines, auquel l’enfant peut s’adresse pour obtenir l’identité de ses parents, mais la mère n’est pas obligée de laisser son identité, elle si elle la laisse elle doit donner son accord avant qu’elle soit nommer à l’enfant.

Pour qu’un nourrisson soit ressenti comme sien par une femme, il ne suffit pas qu’elle en accouche. Il faut aussi qu’elle fasse dans son cœur, sa tête et son inconscient le chemin qui lui permette de le reconnaître comme son enfant.

 

II. Les enfants, victimes de l’amour.

 

L’amour : de l’absence à l’inflation.

 

Pour que l’amour parental existe, il a fallu attendre la seconde moitié du XVIIIème siècle. Avant, l’autorité seule dominait les rapports familiaux comme elle structurait les rapports sociaux. L’enfant n’était pas considéré, il était un adulte en miniature.

Mais au 18ème siècle, les mentalités changent. On dessine l’enfant comme un être immature qu’il faut éduquer, et on place dans les mères un amour maternel. Le lien parents-enfants est désormais reconnu et valorisé. Il est même chargé de valeurs morales.

A partir du 19ème siècle, l’enfant devient le centre de la vie familiale et le qualitatif l’emporte désormais sur le quantitatif puisque l’on a, à cette époque, le souci d’avoir moins d’enfants pour pouvoir s’occuper d’eux davantage. Naissance de la puériculture et de la pédiatrie. Mais ces progrès ne concernent que les enfants riches.

Le 20ème siècle va amplifier le souci de l’enfant. On se donne l’idée de protection. Changement plus radical encore à partir des années 1960-1970, avec l’émancipation des femmes et les innovations techniques. La psychanalyse a contribué au développement, en faisant prendre conscience de l’importance du psychisme de l’enfant et en démontrant la place qu’occupent les parents dans la structuration de leur enfant.

De nos jours, on a tendance à négliger l’éducation, en considérant trop l’enfant on oublie qu’il est en construction. L’amour serait pour notre société une position de repli commode qui permettrait de changer de registre et de décharger les parents du poids de leurs responsabilités éducatives. De plus, avec les bouleversements dans les familles, dans le couple parental, il est difficile de situer l’enfant et de poser des repères, les parents ne savent plus expliquer, les enfants n’ont pas d’interdit de l’inceste. Il y a aussi une montée du rôle de la mère, et le déclin du rôle du père. Il faut aussi prendre en compte la tendance qu’à notre société à privilégier l’individu aux dépens du social.

Ce n’est pas la biologie qui fonde l’interdit de l’inceste mais la loi humaine et les rapports de parenté qu’elle instaure. Cet interdit de l’inceste est un rempart possible contre l’animalité en général et la violence en particulier.

Le 21ème siècle est fait de régression. Régression d’abord par rapport à la découverte de la complexité du psychisme de l’enfant et de ce dont il a besoin pour se construire. Régression parce que le retour, par le biais de l’amour, à un prétendu naturel ressemble à s’y méprendre à un retour à l’instinct. Régression puisque la théorie de l’amour menace à ce que l’on n’ait aucune exigence envers les parents va en fait à contre-courant de toute idée d’éthique. Régression parce que se contenter d’aimer un enfant et ne pas l’éduquer revient à le laisser se débrouiller tout seul, comme un adulte.

 

L’enfant face à la justice.

 

Avant, la justice ne considérait pas l’enfant et le traitait comme un adulte. Puis est intervenu la notion de minorité, avec une justice des mineurs.

L’ancien régime n’avait pas de règle pour les mineurs. Puis, en 1791, une majorité a été fixée à 16ans, et la notion de discernement est apparue. Le code de 1810 ajoute une fonction d’éducabilité, pour aider l’enfant dans le discernement. Mais cela reste sans effet puisqu’il n’y a aucune structure pour accueillir les jeunes détenus. La première maison de correction date de 1836, mais elle sert surtout pour les enfants de la misère (conditions horribles de détention). La loi du 5 août 1850 donne enfin possibilité d’éducation avec séparation des mineurs d’avec des adultes, les établissements spécialisés vont être créés, mais les peines sont longues et disproportionnées.

En 1906 la majorité passe à 18ans. La loi du 22 juillet 1912 crée le tribunal pour mineurs, l’enquête sociale et l’enquête de personnalité, elle instaure la liberté surveillée. Mais ces mesures ne sont guères réalisées. L’ordonnance du 2 février 1945, stipule que les jugements des mineurs doivent relever de juridictions spécialisées, que les jugements rendus doivent surtout être des mesures éducatives, et que la détention doit être limitée. Enfin ce texte devient réalité, des tribunaux pour enfants sont créés, et des juges pour enfants sont formés. Ici le statut du mineur change, il devient victime d’une éducation qu’il n’a pas eue.

 

La remise en cause de la justice des mineurs : l’enfant floué.

 

Avec l’ordonnance de 1945, l’enfant devient un être en devenir, on cherche à comprendre qui il est, et sa responsabilité est graduée selon son âge. A partir de 13ans il peut être incarcéré, et à partir de 16ans il est passible de la cour d’assises des mineurs et de la détention provisoire.

La loi Perben du 9 septembre 2002 remet en cause l’ordonnance de 1945. Dorénavant, les petites infractions relèvent des juges de proximité, la sanction pénale est possible dès 10ans, les retenues dans les locaux de la police sont élargies, la détention provisoire est possible dès 13ans, création de nouveaux délits, et création de centres éducatifs fermés. Cette loi est un retour en arrière.

Traiter en adulte un enfant de 10ans, c’est valider sa « frime », le masque derrière lequel il cache sa faiblesse.

Les problèmes sont nombreux de nos jours dans l’éducation. Beaucoup de parents, de peur de se montrer mal-aimants, poser les limites de vives voix, sans aucun acte, l’enfant n’a donc rien à craindre s’il transgresse une limite. De plus, nous confondons maltraitance et sanction, une gifle n’est pas un signe de mauvais traitement. Un parent qui ne fait rien est d’autant plus destructeur. On ne met plus en cause les parents, seuls les enfants sont coupables.

La loi Perben va à contresens de l’objectif qu’elle se fixe, car par toutes les mesures qu’elle met en place, elle disqualifie l’éducation, alors même que celle-ci est le seul rempart contre la délinquance.

 

III. L’éducation, moteur de la construction de l’enfant.

 

La grande oubliée de notre époque : l’éducation.

 

De nos jours, les jeunes patients sont malades de leur éducation ou, plutôt, de leur absence d’éducation.

3 choses essentielles ont changé : le nombre d’enfants en mal d’éducation, la gravité des carences dont ils souffrent et surtout la cause de ces carences.

On réduit le rôle et la portée de l’éducation en ne lui concédant qu’une fonction adaptative. On considère qu’un enfant non éduqué est socialement handicapé mais on pense rarement qu’il puisse être psychiquement en danger…ce que, pourtant, il est.

Un enfant a une croissance psychologique, parallèle et comparable à celle de son corps. Cette croyance débute dès l’aube de la vie et elle ne peut pas se faire sans l’aide des adultes (= éduquer). L’éducation est donc le vecteur essentiel de la construction de l’enfant, le support fondamental de sa croissance psychologique.

La croissance psychologique de l’enfant ne se limite pas à faire d’un psychisme de petit un psychisme de grand. Elle implique une mutation, un passage essentiel de l’animalité à l’humanité.

Eduquer un enfant, l’humaniser, c’est à la fois : l’aider à découvrir ce qu’il est, ce qu’il aime, ce qu’il veut, à développer ses potentialités, à construire son être propre, sa singularité ; et lui permettre parallèlement, en lui enseignant les règles de la vie humaine, d’inscrire cette singularité dans la communauté des autres.

Comme celle de son corps, la croissance psychologique de l’enfant exige que l’on prévienne certaines carences. Le manque de paroles, de limites, de respect, de sécurité, d’attention, d’affection hypothèque son développement psychique tout autant que la privation de nourriture porte atteinte à celui de son corps. Il entraîne une malnutrition éducative qui est en passe de devenir l’une des maladies de notre siècle.

L’éducation nécessite un certain nombre d’apports, un équilibre de ces apports, et la mise en place d’interdits.

Mettre des normes à l’éducation c’est dessiner les contours d’un cadre qui vaut pour tous et à l’intérieur duquel chaque désir individuel peut se déployer, chaque personnalité unique se développer.

L’enfant que ses parents auront éduqué aura pour vivre des points d’appui. Il pourra trouver des repères dans les lois au monde qu’ils lui auront enseignées. L’éducation est également indispensable aux parents, car elle leur permet d’acquérir un sentiment de sécurité et de légitimité.

Devenir des parents différents de leurs propres parents et en prendre conscience leur permet de réparer quelque chose de leur propre enfance. Signifier aux parents qu’il existe en matière d’éducation des principes qu’ils peuvent et doivent respecter, c’est exiger d’eux une réflexion et des efforts considérables. Mais c’est aussi leur délivrer un formidable message d’espoir. Parce que c’est leur dire que, quoi qu’ils aient eux-mêmes vécu, ils ne sont pas condamnés pour autant à le reproduire à l’identique avec leur descendance, qu’ils ne sont pas voués à fabriquer des enfants aussi meurtris qu’eux-mêmes l’ont été.

Un changement impliquerait que l’on modifie le statut social de l’enfant et celui de ses géniteurs.

Le vide éducatif est pour un enfant une violence et l’absence d’éducation une maltraitance.

 

L’éducation après et d’après Freud.

 

Pour Freud, l’éducation n’est pas un « en plus », appliqué à un enfant déjà construit et destiné à l’adapter à la vie sociale. Non seulement elle fait partie de sa construction psychique mais on peut même dire qu’elle en est le moteur essentiel. Pour Freud, c’est l’éducation qui construit l’enfant.

Principe de plaisir : tendance de l’appareil psychique à centrer toute son activité sur un seul but, la recherche du plaisir et l’évitement du déplaisir. Au début de la vie, le principe de plaisir règne en maître.

Principe de réalité : recherche de ce qui est réel car cela seul est utile. L’appareil psychique se résout à se représenter l’état réel du monde extérieur et à rechercher une modification réelle.

Au début de sa vie, le bébé vit de son plaisir. Quand il ressent un besoin, il doit satisfaire son plaisir et il hallucine ce qui va le satisfaire. Mais l’hallucination ne peut pas tout satisfaire, il doit donc s’ouvrir au monde et chercher la réalité. Il développe ainsi sa sensorialité, une faculté qui lui permettra de prendre dans le monde extérieur ce qui peut le satisfaire. Il commence donc à avoir une mémoire qui va lui donner accès au jugement. Il pourra donc avoir un jugement sur ce qui l’entoure, ce qui va le pousser à l’action. L’action va permettre de développer la notion de délai entre un besoin, un jugement et une action. Et c’est ce délai qui entraîne la faculté de penser, tout comme la faculté de penser permet que le délai soit supportable. Tout ceci est un cheminement jamais linéaire.

Néanmoins, dans le développement il y a une résistance, on ne veut jamais renoncer totalement au principe de plaisir. Donc, une partie de la pensée va échapper au principe de réalité et va rester livrée au principe de plaisir et se maintenir sous sa domination. C’est ce qui est à la source de la création de fantasmes. Devenu capable de penser la réalité réelle, le bébé va donc se révéler également apte à imaginer une autre réalité, à la fantasmer.

Les pulsions sexuelles restent plus longtemps que les autres sous la domination du principe de plaisir, jusqu’à même dans certains cas,  ne jamais lui échapper. Le retard de la pulsion sexuelle quant à l’acceptation du principe de réalité explique que, chez tous les humains, la sexualité soit le royaume des fantasmes beaucoup plus que celui de la réalité.

Pour Freud, c’est dans ce retard que réside l’essentiel de l’origine des névroses. Le retard des pulsions sexuelles ouvre au psychisme des possibilités permanentes de régression en permettant à tout moment aux humains de quitter le terrain de la réalité pour celui du fantasme. Il fait ainsi le lit de toutes les névroses, justifiant que Freud qualifie ce phénomène de « point faible de notre organisation psychique ».

Le psychisme en passant au principe de réalité ne renonce pas au plaisir. Il accepte seulement de le différer et pour une seule raison, parce que ce plaisir différé est plus sûr que le plaisir immédiat précédemment visé.

L’éducation vient en aide au processus de développement interne de l’enfant, car elle contraint ce dernier à tenir compte de la réalité et à ne pas avoir pour seul guide son plaisir immédiat. L’éducation opère par l’amour et l’estime qui nous entoure en sachant qu’on peut les perdre, rien n’est acquis. Le bon parent est celui qui promeut l’enfant en le reconnaissant comme un être humain valable quand il accepte de faire les efforts que tous les humains ont à faire pour se construire.

 

Françoise Dolto ou comment le bébé naît au monde.

 

L’idée de l’éducation des enfants avancée par Freud est reprise par Françoise Dolto.

Elle met en lumière 2 dimensions essentielles du développement psychique de l’enfant : la façon dont le corps intervient dans ce développement, c’est-à-dire la façon dont il se noue au psychisme, la façon dont le psychisme se construit à partir de lui ; et le rôle très précis que jouent dans cette construction, dans cette édification de l’être de leur enfant, les parents.

Corps et psychisme sont, chez l’être humain, indissociables. Elles se construisent non seulement parallèlement l’une à l’autre mais dans une intrication serrée l’une avec l’autre.

Avancer est difficile pour l’enfant et peut même devenir impossible pour lui parce que le mouvement perpétuel de la vie auquel il doit se soumettre l’oblige chaque fois à renoncer à ce qu’il connaissait déjà. Plus précisément aux plaisirs qu’il connaissait jusqu’ici.

La sexualité infantile s’élabore à partir de la satisfaction des besoins. Grâce aux interdits que pose la mère, la libido doit dévier et trouver d’autres voies.

Castration : interdit radical opposé à la satisfaction recherchée et auparavant connue.

Un enfant ne peut avancer que s’il y est poussé, et il l’est par 2 choses : le désir inconscient qu’il sent chez ses parents de le voir grandir, et par la façon dont ils manifestent ce désir.

Les limites une fois acquises, sont ressenties par les enfants comme un apport positif et une véritable source de joie.

Quand un enfant persiste dans ses symptômes, c’est : un peu parce qu’il y trouve une satisfaction ; beaucoup parce qu’il est dans l’incapacité d’y mettre un terme seul et surtout parce qu’il pense, paradoxalement, qu’il satisfait ses géniteurs.

La mère ne demande pas à l’enfant d’abandonner sans contrepartie les plaisirs auxquels il s’adonnait. Elle ne l’exige de lui que pour lui permettre d’en découvrir d’autres, plus adaptés à son âge et surtout plus riches de découvertes à faire.

En délivrant à leur enfant les castrations, en l’obligeant à fermer la porte à ses plaisirs passés pour découvrir, les uns après les autres, les plaisirs nouveaux auxquels son âge lui donne désormais la possibilité d’accéder, ses parents lui permettent de faire coïncider plaisir et développement. De mettre sa recherche de plaisir non plus au service d’une stagnation stérile et stérilisante mais au service de la vie. D’en faire l’un des moteurs de son évolution.

Ce que l’enfant est obligé d’abandonner, il peut le symboliser grâce à ses parents, c’est-à-dire lui faire subir une transmutation, le transformer en capacités nouvelles qui vont être pour lui autant de possibilités d’avancer, d’ouverture vers des progrès possibles.

L’enfant qui commence à parler découvre la communication, porteuse d’un plaisir sans cesse renouvelé, qui l’ouvre sur l’extérieur, sur les autres, sur le monde, sur la vie.

La castration a aussi pour fonction d’initier peu à peu l’enfant à la loi humaine en lui apprenant ce qu’il est permis de faire ou non. Enseignement qui peut et doit avoir lieu à tous les moments de sa vie quotidienne et dès son plus jeune âge. La castration barre ainsi la route à la libido qui ne se vouait qu’à la satisfaction pulsionnelle immédiate et brutale.

La castration est le fait d’une éducation-humanisation, car elle ne demande pas à l’enfant de renoncer à ses pulsions, elle lui donne la possibilité de les satisfaire au moyen de buts compatibles avec la vie sociale. Elle l’aide donc à faire du petit animal qu’il était un être humain, du petit sauvage un civilisé.

La castration donne aussi la possibilité d’accéder aux sublimations, c’est-à-dire à la satisfaction des pulsions par des moyens qui exigent une participation, une mise en marche de son intelligence. Elle est la clé du développement de son intelligence.

Enfin, les castrations renforcent le désir, les enfants se sentent valorisés dans leur désir. Il apprend à ne pas être angoissé par ces désirs et à les accueillir, ce qui est un facteur essentiel d’épanouissement et de créativité.

Attention tout de même, l’enfant peut ne pas comprendre la parole parentale, il peut penser que l’adulte ne valorise que la souffrance et la privation, il peut aussi croire que l’adulte le prive pour se réserver les privilèges.

L’éducation et les castrations que suppose Françoise Dolto, n’ont d’autre fonction que de faire entrer l’enfant dans la loi commune, et cette loi n’a jamais interdit le plaisir. Elle exige seulement qu’il soit obtenu par des moyens compatibles avec une vie passée dans la compagnie de ses semblables.

La castration est valorisante pour l’enfant puisqu’elle lui permet de devenir l’égal des grands.

L’enfant accepte la castration car il ressent le besoin de limites, et car il aime le parent qui lui délivre la castration, il a confiance en lui, il l’admire et souhaite lui ressembler.

Pour que le parent soit crédible, il doit croire en ce qu’il dit, il doit être convaincu de la valeur et du sens des repères qu’il donne à l’enfant. De plus, il doit mettre ses actes en accord avec ses paroles.

Pour les enfants, les actes comptent au moins autant que les mots. Ils sont même pour eux la preuve de la véracité de ces mots.

La castration implique un temps de vide, celui laissé par le plaisir auquel l’enfant doit renoncer. Le passage par ce vide est indispensable pour que l’enfant puisse transmuter ses plaisirs anciens en plaisirs nouveaux. C’est donc une épreuve, une souffrance, l’enfant doit faire le deuil des plaisirs auxquels il s’adonnait jusque là.

Deuil : la personne en deuil l’est parce qu’il avait investi sa libido sur un objet d’amour qui, tout à coup, a disparu. Elle se retrouve donc dans une douleur et un désarroi infinis, car son désir d’investir demeure, alors qu’elle ne peut plus le réaliser. La disparition de l’être aimé rend définitivement l’opération impossible. Le temps du deuil est celui dont l’endeuillé a besoin pour accepter cette terrible impossibilité et, peu à peu, retrouver le désir et le courage de recommencer à investir ailleurs.

Lors de cette période de souffrance, l’enfant a besoin de l’aide, de l’appui et des paroles de ses parents. Les parents doivent donc comprendre les motifs de cette souffrance, et savoir que c’est une souffrance nécessaire. Si les parents cèdent, ils bloquent l’enfant dans son développement, il régresse et produit donc des symptômes qui sont douloureux et invalidants.

La castration est également une castration pour le parent, car en barrant la route au plaisir de l’enfant, il se barre le plaisir que lui-même prenait avec lui.

Pour l’enfant comme pour ses parents, chaque castration est une sorte de nouvelle naissance, de nouvelle séparation.

 

Quand soigner ne rime plus avec écouter.

 

Le thérapeute ne considère pas le problème dont souffre l’enfant comme l’effet d’un vice de fabrication dramatique et rédhibitoire avec lequel il serait né, mais comme celui d’une difficulté rencontrée dans le travail de construction. Ce qui permet d’affirmer que l’enfant peut guérir, et permet aussi de mettre en place un protocole de soins.

La thérapie doit se faire avec les parents, il faut pouvoir écouter les parents en même temps que l’enfant, et l’enfant doit sentir que la thérapie est pour lui, qu’il est la préoccupation de ses parents, et lui demander son avis permet de le situer comme sujet.

Ces entretiens exploratoires prennent en compte chaque avis, des parents et de l’enfant, chacun peut s’exprimer, chacun peut voir les divergences entre eux. Ils servent à connaître les parents, l’enfant, son histoire et la façon dont il vit. Ces quelques premières séances suffisent parfois à régler les problèmes.

La construction de l’enfant est soumise à des règles, et le non-respect de ces règles peut provoquer des troubles.

Si ces entretiens exploratoires ne suffisent pas, on peut proposer une thérapie, à condition que les parents soient d’accord ainsi que l’enfant. Il est important que l’enfant comprenne en quoi consiste la thérapie et qu’il accepte de la faire. Là, il sera reçu seul.

Paiement symbolique : obligation faite à l’enfant d’apporter, pour payer sa séance, quelque chose (un dessin, un caillou…). Un quelque chose à quoi il doit penser seul, sans que ses parents aient à le lui rappeler, étant bien entendu que, s’il a oublié ce paiement, sa séance n’aura pas lieu. Et que, si le fait se reproduit, il sera, sans être en rien grondé, renvoyé à son désir.

Quand la thérapie commence, les parents ne sont pas pour autant exclu. L’analyste les reçoit régulièrement, ensemble ou en alternance à la fin de chaque séance, et ce, en sa présence, afin qu’il ait l’assurance que rien n’est dit « derrière son dos ». Il est important que l’enfant ait droit, en thérapie, aux mêmes garanties qu’un adulte, comme le secret professionnel. Avec l’accord de l’enfant, les parents pourront être interrogés sur des souvenirs que l’enfant a oublié mais qui sont toujours présents inconsciemment, ce qui essentiel pour l’analyste. L’analyste doit recevoir les parents, pour constater des progrès ou non faits, pour voir si de nouveaux problèmes surgissent, et pour les aider à supporter les changements.

Les parents ne sont pas accusés, ils sont au contraire, pour le praticien, des alliés, des partenaires. L’analyste peut, certes, être amené à rappeler des règles et des interdits, mais il ne culpabilise pas les parents.

Si l’analyste veut aider l’enfant, il doit aussi entendre la souffrance des enfants que furent le père et la mère. Une fois les souffrances dénouées, chacun peut retrouver sa place. Quand les parents comprennent leur propre souffrance, quand ils redeviennent capables d’accomplir leur tâche, le travail thérapeutique peut s’achever.

La thérapie d’un enfant doit être beaucoup plus courte que celle d’un adulte, car ses difficultés sont récentes, on peut donc les prendre à la racine et les empêcher de se développer. De plus, chez l’enfant il y a une dimension d’urgence puisqu’il est en construction, il faut donc rapidement le stabiliser pour que la construction se fasse correctement.

Le langage n’advient que dans l’espace créé par la séparation des corps, et il faut, pour parler, être « un », séparé de sa mère.

DSM : manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux. Manuel publié par l’American Psychiatric Association, et destiné à établir des critères diagnostiques. Référence d’une grande partie de la psychiatrie.

Théorie de l’amour et DSM se rejoignent sur un point : la négation de toute idée d’une histoire personnelle du sujet humain. La théorie de l’amour nie implicitement cette dimension en ne prenant pas en compte la construction de l’enfant. Et cette psychiatrie la nie, elle, explicitement, puisqu’elle prône un traitement anonyme des symptômes.

Oublieuse de leur construction et de l’importance pour eux de l’éducation, la vision actuelle de la pathologie des enfants fige leurs symptômes et les majore. Elle menace des centaines d’entre eux de diagnostics qui non seulement sont inappropriés, mais risquent d’être à l’origine, pour leurs familles et pour eux-mêmes, de blessures narcissiques irréparables.

 

IV. Pour conclure.

 

Les sentiments ne peuvent, à eux seuls, définir l’amour parental, car l’enfant a besoin, pour se construire, de l’éducation de ses parents. Ces derniers ne peuvent donc prétendre l’aimer que s’ils l’éduquent ; que s’ils font, jour après jour, rimer « aimer » avec « éduquer ».

Les parents ont besoin qu’on les épaule dans leur tâche et qu’on leur donne des repère clairs. Et ils ont surtout besoin aujourd’hui qu’on leur permette de comprendre qu’éduquer un enfant n’est pas l’asservir, le brimer et l’entraver mais au contraire l’aider à se développer. Et que c’est, à ce titre, la plus belle façon de l’aimer.

 

 

► Super livre. Bon, le début est un peu long avec l'histoire de la considération d'un enfant et l'histoire de la justice, mais c'est très intéressant. Une belle base sur l'éducation et la prévention de la délinquance. A lire.



11/09/2013
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