Cours de psychologie

Neuropsychologie de l'attention

Neuropsychologie de l’Attention

 

 

La revue électronique Psychologie et histoire est vivement conseillée. Rédigée par Serge Nicolas, elle relate des textes originaux et des articles précis sur l’histoire de la psychologie. Le site internet :  https://sites.google.com/site/psychologieethistoire.

 

Michael Posner est un pionnier dans l’étude de l’attention en sciences cognitives. Il fut le premier à se demander ce qu’est l’attention. Pour lui, « l’étude de l’attention est à la compréhension de la conscience, ce que l’étude de l’ADN est à la compréhension de la vie ». Pour tenter de comprendre la conscience, il faut d’abord comprendre ce qu’est l’attention.

L’attention est difficilement mesurable, elle ne peut être appréhendée qu’à travers les activités que l’on fait. C’est donc indirectement que l’attention se mesure.

L’attention est difficilement quantifiable, il y a trop de phénomènes attentionnels, l’attention renvoie à trop de phénomènes. L’attention a de multiples facettes.

 

L’attention a 3 aspects incontournables :

- Attention sélective ou focalisée : il s’agit de la concentration dans le langage courant, on se concentre sur une dimension du message.

- Attention divisée ou concurrence cognitive : Donald Broadbent a inventé l’écoute dichotique pour ses travaux sur l’attention et la mémoire. Cette épreuve consiste à envoyer simultanément à chaque oreille des messages de signification différente et de noter ceux qui sont les mieux perçus. Un casque maintient sur la tête du sujet deux écouteurs appliqués sur chacune des oreilles. Chaque écouteur est relié à une piste magnétophonique propre. On peut faire ainsi parvenir à chaque oreille, simultanément, des messages différents, cette rivalité permettant de rechercher s'il existe une prépondérance de l'une ou l'autre oreille pour le matériel présenté. Cherry a repris cette expérience pour tester l’attention divisée (peut également servir pour l’attention sélective), et par la suite Kimura a également emprunté cette écoute dichotomique et a pu mettre en évidence la spécialisation hémisphérique.

- Attention soutenue ou maintenue : consiste à maintenir une attention. On pratique des expériences avec des tâches simples mais avec des stimuli rares pour que l’attention se poursuive. On peut citer l’exemple du test de l’horloge, inventé par Norman Mackwoth, le sujet est placé face à une horloge et il doit surveiller l’aiguille des minutes qui fait son tour normalement mais par moment elle saute une minute, et c’est ce saut qu’il faut remarquer.

 

William James, frère de l’écrivain Henry James, est également un pionnier en psychologie cognitive, en Amérique.

En 1890, il écrit Principes de la psychologie, où il met en évidence qu’aucune définition de l’attention ne fait vraiment l’unanimité. Il écrit donc « Tout le monde sait ce qu’est l’attention […] L’attention est la prise de possession par l’esprit, sous une forme claire et vive, d’un objet ou d’une suite de pensées parmi plusieurs qui semblent possibles. La focalisation, la concentration et la conscience en sont l’essence. Elle (faire attention) implique le retrait de certains objets afin de traiter plus efficacement les autres, et elle s’oppose à l’état d’esprit dispersé et confus que l’on nomme la distraction ». A l’opposé donc la distraction, voire la confusion.

Il exprime le caractère mental et subjectif de l’attention, et il annonce l’un des grands défis des neurosciences cognitives, à savoir donner des définitions précises à des concepts qui ont déjà un sens pour tout un chacun.

 

Plan du cours :

I. Rappels notionnels sur l’attention :

1. Historique.

2. Les principales composantes de l’attention.

II. Distinction fondamentale entre processus :

1. Processus automatique et processus contrôlé.

2. Processus explicite et processus implicite.

3. Processus exogène et processus endogène.

III. Neuropsychologie de la préhension attentionnel de l’espace :

1. Hémisphère droit et appréhension attentionnelle de l’espace.

2. Détection et  évaluation de l’héminégligence.

3. Les lésions de l’héminégligence.

4. Différents types.

5. Grands axes d’hypothèses.

6. Les approches.

7. Résumé sur l’héminégligence.

 

 

I. Rappels notionnels sur l’attention.

 

 

1. Historique :

 

On commence à parler de l’attention au 18ème siècle où elle acquiert un statut scientifique. Et au 19ème siècle la notion s’individualise.

Pour Leibnitz, il n’y a que quelques stimulations qui nous parviennent qui deviennent conscientes. Il s’agit de la perception consciente. Il est cité durant tout le 19ème siècle et sert de base pour toutes les études sur l’attention.

Durant le 19ème siècle, l’attention et la conscience sont liées. Il s’agit d’une période surtout philosophique, dont les études s’appuient sur l’introspection.

 

A la fin du 19ème siècle, on envisage autre chose, en même temps que se constitue la psychologie scientifique avec Wundt, Titchener, Ribot et James, qui sont les premiers psychologues attentionnels, ils s’intéressent à la perception, à l’attention et à la conscience. Ils se demandent ce qu’est l’attention en relation avec la conscience. L’attention est alors conçue comme la sélection d’une pensée ou d’un évènement et son maintien. La pensée renvoie à un contenu de la mémoire. On se réfère à une stimulation extérieure (pour la sélection) et au contenu de la mémoire (pour le maintien).

James fut le premier à introduire la distinction entre attention spontanée/passive/involontaire, et l’attention volontaire/active. Grâce à lui, on comprend que pour étudier l’attention il faut distinguer les processus volontaires et involontaires. Ce qui a conduit à opposer de nos jours les processus automatique et contrôlé, ainsi que les processus exogène et endogène.

 

Vers 1910, Hermann Ebbinghaus parle de conscience en soulignant son étroitesse. Il démontre que le nombre d’opérations susceptibles d’être menées par un individu en un temps donné est limité. Donc l’attention a des capacités limitées.

Idée retrouvée chez Kahneman qui s’attache à élaborer une théorie selon laquelle nous possédons des capacités attentionnelles limitées pour le traitement d’information, et donc il y a compétition entre les différentes opérations de traitement. Une conséquence de cette idée des ressources attentionnelles limitée est  la nécessité d’être sélectif : certains messages traités par l’organisme sont retenus, d’autres sont rejetés.

Ceci amène une opposition entre ceux qui étudient les limites de l’attention (Ebbinghaus) et ceux qui étudient la sélection de l’attention (Posner). Cette compétition a donné de nombreuses expériences, bien que le côté limite de l’attention oblige à être sélectif.

 

Fin du 19ème – début du 20ème siècle, on comprend que la méthode introspective freine les recherches. Ainsi au début du 20ème siècle, les psychologues se détachent de l’introspection et étudient l’attention en mettant au point les premières expériences avec une démarche inférentielle, ce qui signifie qu’on enregistre les comportements des sujets puis on infère les processus attentionnels. Ces indices comportements sont :

- Temps de réaction : temps qui s’écoule entre le stimulus et la réponse, qui s’utilise lors de situation simple sur le plan cognitif, comme par exemple la tâche de perception.

- Temps de réponse : s’utilise que les processus sont plus élaborés, comme par exemple pour la tâche de jugement.

→ C’est sur ces temps que se basent les recherches sur l’attention au 20ème siècle.

 

Alors que l’étude sur l’attention est en plein essor, les recherches connaissaient pourtant un déclin. Il y a moins d’expérience à cause du Béhaviorisme qui devient le courant dominant, ainsi la psychologie s’institutionnalise. Le béhaviorisme refuse de voir les états mentaux comme des objets scientifiques. Les béhavioristes traitent de mentalistes tous les psychologues qui tentent de poursuivre l’étude sur l’attention. On retrouve parmi eux Skinner et Pillsburry. Ce dernier a consacré un ouvrage à l'attention en disant que « l'essence même de l’attention est un processus d’accroissement d’une idée indépendamment des autres ». Skinner représentera le courant béhavioriste en disant que l'attention renvoie à une relation entre stimulus et réponse, précisément elle renvoie à une relation de contrôle entre un stimulus discriminatif et une réponse, « l’observateur ne contrôle par le stimulus par l’attention, mais l’attention est contrôlée par le stimulus ».

Ce déclin commence vers 1920, il est faut attendre les années 40-50 pour que les recherches sur l’attention se remettent en avant.

 

Dans les années 50, il y a un renouveau par deux facteurs et quatre savants :

- Il y a d’abord Shannon et Weaver qui en 1949 s’intéressent au traitement de l’information. Le mental est considéré comme un canal de communication limité. Broadbent avec son écoute dichotique est dans ce courant.

- Puis il y a Moruzzi et Magoun qui font des travaux en psychophysiologie et neurophysiologie. En 1948, ils font une publication sur les états de vigilance et sur les distinctions entre veille et sommeil. Ils constatent qu’il y a différents stades dans le sommeil, et que la formation réticulé ascendante (FRA) est impliquée dans la régulation de l’état de vigilance.

Ces deux axes de recherche donnent l’impulsion pour reprendre les recherches sur l’attention. Ils s’intéressent aux capacités de traitement des organismes et aux bases nerveuses qui sous-tendent ces capacités. L’attention est donc réhabilitée. Ces quatre chercheurs disent qu’il faut étudier les processus qui permettent de réguler l’organisation en mémoire, de réguler les stimuli perçus.

L’attention est vue comme une interface entre la saisie de l’information et la représentation mentale en MLT des objets, pensées... Pourtant, il faut préciser que l’information n’est pas dans l’environnement, mais que c’est le produit du traitement opéré par le cerveau. Donc l’attention est considérée comme une variable intermédiaire pour expliquer les comportements, mais aussi pour expliquer les variations du comportement entre différents individus et chez un même individu.

 

A partir des années 60, avec la révolution cognitive, il y a un essor extraordinaire des travaux sur l’attention.

 

2. Les principales composantes de l’attention :

 

Pour l’encyclopédie universalis, Camille Aimé Possamai évoque l’attention. Pour lui, pour comprendre l’attention il faut d’abord prendre en compte la pluralité des fonctions attentives et savoir que l’attention est issue du vocabulaire courant puis a accédé à un statut scientifique bien que le terme n’ait jamais reçu de définition univoque. Malgré les aspects subjectifs (les expériences), les mécanismes psychologiques qui l’accompagnent, et les effets sur le comportement, les tentatives sont restées impuissantes pour intégrer les différentes strates de l’attention en une seule définition.

Il explique qu’il n’y a pas de théorie générale de l’attention, mais que ce n’est pas nécessaire pour comprendre de quoi il s’agit. On a d’abord opposé la composante intensive (éveil contre sommeil) à la composante sélection, puis la composante passive/involontaire à la composante active/volontaire, ensuite la composante transitoire (ex : coup de téléphone qu’on attend) à la composante soutenue, et enfin la composante automatique à la composante contrôlée. On a donc de nos jours en psychologie, plusieurs théories de l’attention pour rendre compte des mêmes phénomènes empiriques.

 

Quelques métaphores pour expliquer l’attention :

- Le filtre attentionnel : par Broadbent, l’attention constitue un filtre permettant de sélectionner certaines informations et d’interdire aux autres l’accès au système central de traitement dont la capacité est limitée.

- Ressource et effort : par Kahneman, l’attention est un réservoir limité d’énergie mentale dans lequel nous puisons. Aspect intensif énergétique de l’attention sans souligner les aspects sélectifs et d’orientation.

- Le faisceau attention : par Posner, le faisceau se déplace dans le champ visuel pour y sélectionner les stimuli attentivement traités. D’autres auteurs suggèrent que la taille du faisceau est réglable et peut soit englober la totalité du champ perceptif (attention diffuse) ou soit se concentrer sur un point unique (attention concentrée).

- Le zoom : par Eriksen, complète le faisceau de Posner, ici le faisceau peut soit être un pinceau fin concentrant une grande quantité de ressources attentionnelles sur un endroit limité aboutissant à une focalisation intense et autorisant une grande sélectivité, soit être de forme plus large, plus diffuse, distribuant sur une grande surface la même quantité de ressources, dès lors moins concentrées.

- La fenêtre attentionnelle : par Reeves, c’est l’empan visuel.

- La glue : par Trisman et Gelade, l’attention joue un rôle de glue assemblant les différentes caractéristiques en un objet. Notre attention peut être capturée par des évènements saillants à cause du contenu qui a une valeur adaptative importante.

- Rehaussement : par Laberge, image d’une rivière qui coule avec différents courants qui sont représentés par différentes couleurs. Puis, un des courants s’élargit jusqu’à occuper toute la rivière. Voilà ce qui se passe quand l’esprit est occupé par une pensée, quand quelque chose occupe tout l’espace mental.

 

L’attention n’a toujours pas reçu de définition univoque. Selon Possamaï, il faut considérer une conception multidimensionnelle de l’attention au sens où l’attention doit être vue comme une instance de sélection, de distribution de ressources, de régulation du comportement et de contrôle du comportement :

- On va parler de sélection car le sujet est capable de sélectionner d’un flux continu d’évènement, d’éléments sensoriels provenant du monde extérieur. Mais aussi d’opérer une sélection dans son répertoire de connaissance et de réponse. La sélection ne doit pas être vue seulement comme une sélection de l’organisme qui piocherait de l’environnement, mais une sélection aussi des connaissances et de possibilités de réponse. Sinon c’est l’impasse comportementale, c’est-à-dire que si le sujet n’est pas capable de sélectionner il va être en situation de surcharge, et on peut aller jusqu’à ce que Possamaï appelle une paralysie comportementale.

- On parle de distribution, car il y a distribution d’un ensemble fini limité de potentialité de traitement. Cette distribution permet de gérer et de définir des priorités lorsque plusieurs activités sont possibles en même temps. Ce que l’on retrouve dans l’article de Possamaï, c’est ce que tout le monde dit, pour comprendre l’attention il faut d’abord considérer que la capacité de sélection qu’elle procure a une valeur adaptative fondamentale. Lorsque Possamaï parle de distribution des possibilités de traitement, elle renvoie à une autre dimension qui est celle de ressource.

- L’attention enfin peut être vue comme une instance de régulation des aspects intensifs du comportement. Cette instance permet d’adapter le régime de fonctionnement d’un organisme aux sollicitations auquel il doit faire face. Cela renvoie notamment aux différents états de veille.

- Le contrôle du comportement est également une dimension fondamentale. L’attention peut être vue comme une instance de comportement qui hiérarchise nos différentes activités en différenciant notamment celles qui sont privilégiées sur le plan adaptatif par exemple, et qui nécessitent un accès à la conscience, et puis d’autres qui peuvent relever d’automatisme. Donc ça c’est l’aspect supérieur de l’attention, qui renvoie aux recherches très nombreuses sur le contrôle cognitif ou sur le fonctionnement exécutif.

→ Ce qui donne : sélection parmi le flux continu d’informations (provenant du monde extérieur, et au sein du répertoire de réponses dont nous disposons pour y réagir, évitant ainsi la surcharge de traitement sensoriel et l’incohérence, voire la paralysie des effectueurs), distribution d’un ensemble limité de potentialités de traitement (qui gère des priorités, lorsque plusieurs activités concurrentes doivent être menées simultanément), régulation des aspects intensifs du comportement (qui adapte le régime de fonctionnement de l’organisme aux sollicitations, transitoires ou à long terme, auxquelles nous devons faire face), et contrôle du comportement (qui hiérarchise les modalités du traitement affecté à nos activités, différenciant celles privilégiées qui bénéficient d’un accès à la conscience, et celles, les plus nombreuses, qui se déroulent automatiquement).

Dans ce cadre-là, Possamaï qui fait une sorte de bilan dit que toutes les tentatives concernaient à la fois les aspects subjectifs de l’attention, mais aussi les mécanismes psychophysiologiques qui accompagnent l’attention, mais aussi les effets objectifs de l’attention sur le comportement et la performance. Toutes ces tentatives de toutes les disciplines scientifiques sont restées impuissantes à intégrer ces dimensions sélection, distribution, régulation et contrôle de comportement dans une même théorisation.

 

Le consensus : sans attention on ne peut pas maintenir un comportement cohérent. Selon Colliot et al (2007) l’attention permet la continuité et la cohérence d’un comportement orienté envers un but ainsi que sa flexibilité en réponse aux modifications de l’environnement.

Les travaux de Corbetta et Shulman sont une autre contribution majeure dans le domaine de l’attention. Ils avancent un modèle des bases cérébrales de l’attention qui tente de comprendre comment ces deux aspects, cohérence et flexibilité, peuvent être conciliés, articulés pour avoir un comportement adaptatif.

 

 

II. Distinction fondamentale entre processus.

 

 

1. Processus automatique et processus contrôlé :

 

Les travaux princeps de l’attention en termes de processus automatique contre processus contrôlé (Posner, Synder, 1975 ; Schneider & Shiffrin 1977).

 

L’attention peut être qualifiée d’automatique ou de contrôlée. Mais cette distinction automatique-contrôlée devient délicate quand on parle d’une mobilisation ascendante de l’attention, c’est-à-dire que l’attention peut être capturée brutalement par la survenue d’un évènement dans mon environnement. Et puis il y a une mobilisation descendante de l’attention, c’est-à-dire, j’ai des objectifs et j’élabore un plan d’action, je mobilise des ressources pour le mettre en action, etc. La question qui se pose alors c’est : est-ce que tout ce qui est descendant (top-down) est contrôlé alors que tout ce qui est ascendant (bottom-up) est forcément automatique ?

 

Selon Broadbent, si l’on veut comprendre quelque chose de l’attention, il faut envisager qu’il y a à la base deux modes de sélection de l’attention :

- Un basé sur les propriétés physiques des stimuli.

- L’autre étant basé sur les propriétés sémantiques des stimuli.

Et ce faisant, Broadbent a introduit une nouvelle façon de voir chez les psychologues. Selon lui, l’attention on peut s’y intéresser pas tellement en termes de structure, mais plutôt en termes de fonctionnement. C’était un des premiers à dire qu’il y a différents mode de mise en jeu de l’attention, différents modes de fonctionnement et qu’il est nécessaire de regarder dans ce sens.

 

Schneider et Shiffrin ont par la suite, à  partir de différents protocoles expérimentaux avec des tâches très simples, ont posés les bases d’une nouvelle conception qui oppose traitement contrôlé et automatique. Par rapport à la distinction faite une vingtaine d’années auparavant par Broadbent, entre la distinction étant capturée par les aspects physique ou sémantique.

Selon Schneider et Schiffrin, cette distinction-là n’est pas majeure, puisque je peux avoir une attention dirigée par les aspects sémantique, et cela peut être largement automatique. Selon eux, la distinction majeure est entre les processus automatiques et les processus contrôlés.

 

Depuis les définitions se sont stabilisées :

- Un processus automatique : plutôt rapide, se déroule de façon autonome et assez irrépressible. Ils ne consomment pas ou peu de ressources attentionnelles, et leurs déclenchements sont non attentionnels et s'effectuent en dehors de tout contrôle conscient/automatique. C'est plutôt un type ascendant d'attention et dirigé par les données de l'environnement.

- Un processus contrôlé : exécuté lentement, déclenché de façon délibérée, utilise beaucoup de ressources attentionnelles et fonctionne généralement de manière séquentielle. La plupart du temps, ils se déroulent de façon consciente et peuvent être facilement interrompu par une action volontaire ou une décision du sujet. On parle ici d'une attention plutôt descendante et dirigée par les connaissances et les buts du sujet.

→ Les traitements automatiques sont plutôt dirigés par les données de l’environnement, donc plutôt de type ascendant. Et à l’opposé, les traitements dits contrôlés sont de type descendant et dirigés par les connaissances et les buts du sujet.

 

Dans les publications de Schneider et Shiffrin, ils soulignaient déjà à l’époque une caractéristique essentielle qui différencie les processus automatique et contrôlé, c’est le fait que les processus automatiques peuvent être réalisés en parallèle, y compris simultanément à un processus contrôlé. A l’opposé, les processus contrôlés sont de nature séquentielle et ne pourraient pas être réalisés simultanément à un autre processus contrôlé.

Toutefois, pour relativiser cette dichotomisation on peut souligner, comme Kahneman qu’un processus contrôlé peut devenir automatique avec l’expérience, et une fois automatisé cela libère des ressources attentionnelles pour la mise en œuvre d’autres processus. L’automatisation d’un processus est de ce point de vue-là un mécanisme adaptatif.

 

La mobilisation de l'attention a deux aspects :

- Ascendante ou bottom up : l'attention est capturée d'un coup par une stimulation extérieure.

- Descendante ou top down : mise en place des ressources, élaborer un plan d'action.

On distingue deux types de traitements attentionnels :

- Ascendant/descendant :

+ Processus automatique : traitement de type ascendant et dirigé par les données.

+ Processus contrôlé : traitement de type descendant et dirigé par les concepts.

- Traitement parallèle/sériel :

+ Processus automatique : peuvent être exécutés en parallèle, sans interférences.

+ Processus contrôlé : sont de nature séquentielle, avec interférences.

 

2. Processus explicite et processus implicite :

 

Notre rétine est composée de 3 régions distinctes :

- Zone fovéale : 1/2° dans le visuel à D/G du point de fixation du sujet.

- Zone parafovéale : jusqu'à 5° dans le visuel autour du point de fixation.

- Zone périphérique : s'étend au delà de 5° de la fovéa.

Les stimuli visuels qui prennent place dans la zone fovéal bénéficient de l’acuité maximale, cette acuité baisse de manière importante au fur et à mesure que l’on s’éloigne de la zone fovéal vers la zone périphérique. Les stimuli qui occupent une position périphérique sur la rétine peuvent être placés au centre de la rétine par un déplacement du regard afin d’avoir une meilleure acuité.

 

Selon les cas, l’attention peut donc être déplacée en même temps que le regard. Mais dans d’autres circonstances, l’attention peut être dissociée de la position du regard. Donc l’attention peut être déplacée en même temps que le regard, le sujet détecte un stimulus et déplace son regard, dans ce cas-là on parle d’attention explicite. Dans la terminologie de Posner on parle d’attention ouverte, et puis le sujet peut porter son attention vers un stimulus qu’il ne regarde pas, qui est dans une partie périphérique de sa vision, il s’agit alors d’attention implicite, ou d’attention couverte selon les termes de Posner. Le regard est sur un point, et l’attention du sujet est dirigée ailleurs.

 

Dans la modalité visuelle les déplacements de l’attention sont souvent accompagnés de mouvements oculaires dont l’objectif est d’amener le stimulus d’intérêt dans la partie la plus sensible de la rétine. Mais des déplacements d’attention peuvent avoir lieu sans déplacements oculaires. Posner a tiré parti de ces possibilités pour élaborer un des paradigmes de l’attention visuelle le plus utilisé en neuropsychologie.

 

3. Processus exogène et processus endogène :

 

Les chercheurs qui s’intéressent aux multiples aspects de l’attention estiment que pour décrire les choses correctement, il faut aussi considérer qu’il y a principalement deux modes d’orientation attentionnelle :

- Exogène : guidée par le stimulus, prépare l'organisme à réagir à une information nouvelle, relativement automatique, ses effets sont de durée brève et cette attention est difficile à inhiber une fois déclenchée.

- Endogène : guidée par le sujet, permet à l'individu d'identifier la nature de l'évènement détecté, attention contrôlée, ses effets sont de durée plus longue et c'est un mode d'orientation facile à interrompre une fois qu'il est mis en place.

 

Pilier de l’approche expérimental dans l’attention visuospatiale, Posner a eu l’idée de mettre au point une tâche qui nécessite au sujet d’orienter son orientation de façon ouverte ou implicite, et puis il a introduit les manipulations expérimentales qui vont permettre de se pencher sur les capacités d’orientation endogène et les capacités d’orientation exogène.

Selon Posner, l’orientation exogène de l’attention s’apparente à l’orientation réflexe, on est dans une activité et puis brutalement l’attention est capturée. Il va opérationnaliser l’attention exogène en utilisant une tâche de détection, en comparant ce qui se passe quand il donne un indice périphérique contre un indice centrale ou symbolique qui nécessite un traitement plus élaboré. Cette idée de base a été enrichie depuis.

On place le sujet devant un écran, et on lui demande de fixer un point noir. A droite et à gauche de l’écran il y a également deux carrés. On demande au sujet de répondre à chaque fois qu’une cible (flash lumineux) apparait, et de s’abstenir quand il n’y a pas de cible. Dans certaines conditions la présentation de la cible va être précédée d’une surbrillance des deux carrés à gauche et à droite du point de fixation. Donc c’est une condition neutre du point de vue des informations que l’on donne au sujet sur l’endroit où la cible va s’afficher. Les auteurs ont deux autres conditions qui sont fondamentales :

- Une deuxième condition d’indiçage valide. A la phase d’amorçage, un carré se met en surbrillance et il se trouve que c’est là où la cible va apparaitre.

- Et on a aussi une autre condition ou l’indiçage est non valide. Le carré est en surbrillance et la cible apparait de l’autre côté.  

Selon les auteurs ce procédé permet d’opérationnaliser les processus plutôt exogènes. Ce que les auteurs mettent en évidence, c’est que si on considère le temps de réaction des participants, et le délai entre l’indiçage et l’apparition de la cible, on constate que les temps de réactions des sujets sont significativement plus courts dans la condition valide comparée à la condition neutre. Selon les auteurs, l’indiçage permet un bénéfice dans le traitement de l’information qui est de l’ordre de 40ms. Quand l’indiçage est non valide, les temps de réactions sont significativement plus élevés que dans la condition neutre et cela permet d’avoir une estimation de ce que coûte le fait d’orienter de façon trompeuse, d’orienter du côté inverse à celui où va apparaitre la cible.

Une bonne partie des recherches actuelles sur le fonctionnent normal et pathologique de l’orientation de l’attention dans le monde visuel est basé sur ce paradigme.

 

Une étude menée par Kim et al. 1999, a repris la situation de l’indiçage valide-non valide. C’est une étude en imagerie cérébral fonctionnel. On peut sur la même base que Posner, avec le même dispositif, essayer de faire que le traitement de la tâche repose non pas sur le phénomène qu’un indice périphérique capture l’attention vers la droite ou la gauche, on peut fournir des indices qui vont recruter l’autre mode d’orientation attentionnelle, le mode plus endogène. Physiquement c’est le même dispositif, plutôt que de sur-briller le carré, ils ont épaissi le point de fixation qui est en forme de losange de telle façon à constituer une sorte de flèche dirigée vers la cible ou non  (indice valide ou non). Les auteurs parlent de 5 choix expectancy task pour renvoyer cette idée que l’on n’a pas modifié l’environnement physique de façon à capturer l’attention exogène du sujet. On lui a indiqué de quel côté il fallait attendre que la cible apparaissent. C’est donc un mode plus endogène de l’orientation de l’attention.

Il y a effectivement des différences entre les délais qui nous renseigne selon que l’indiçage est périphérique ou central supposé respectivement solliciter l’orientation exogène ou endogène de l’attention. Cela nous renseigne sur la dynamique de l’attention.

Les auteurs montrent que la présence d’un indice valide facilite la performance de détection. Il y a une interaction avec la validité de l’indiçage et la nature périphérique contre centrale  de l’indiçage. Les réponses non valides sont beaucoup plus lentes dans la condition centrale que dans la condition périphérique. Il y a un coût cognitif élevé d’orienter son attention volontairement du mauvais côté, et de la réorienter. Et on n’a pas ce coût là quand l’indice est valide. La condition d’indiçage centrale est supposée recruter l’aspect endogène de l’attention.

 

Ces deux types d’orientations endogène-exogène ont des dynamiques totalement différentes. Chokron et Bartolomeo, neuropsychologues de l’attention, ont compilé une trentaine d’articles expérimentaux, articles ayant fait varier le délai entre l’affichage de la cible et l’affichage de l’indice périphérique ou central. Ils retiennent que les indiçages périphériques supposés opérationnaliser l’orientation exogène automatique de l’attention contre centrale, et l’indiçage central supposé montrer une orientation endogène contrôlé, conscient de l’attention ont des dynamique très différente.

Du point de vue du déploiement de l’attention exogène, on enregistre ces effets bénéfiques avec des délais aussi courts que 30/40ms. Après 200ms on note le phénomène d’inhibition de retour (phénomène qui pousserait à explorer son espace extra-personnelle). Tandis que quand on regarde ce qui se passe quand on espère avoir opérationnalisé une orientation endogène, on a un déploiement plus progressif de l’attention. Les bénéfices apparaissent véritablement aux alentours de 200 ms pour atteindre un maximum un peu au-delà de 200ms d’intervalle entre l’indice et la cible. Et ensuite ils vont rester stable, on a des bénéfices liés à l’indiçage central sur la performance au-delà d’une ou deux secondes (très long délai). Cela se déploie donc plus lentement que l’orientation exogène, mais les bénéfices durent bien plus longtemps que ceux liés à une capture exogène de l’attention. (Exogène = la situation d’indiçage périphérique qui l’opérationnalise ; endogène = situation d’indiçage centrale quel qu’elle soit.)

 

Les neuropsychologues s’accordent sur le fait que l’on a 2 modes d’orientation de l’attention distincts qui remplissent des fonctions différentes, complémentaires. Et un des défis est de comprendre comment ces deux modes interagissent en permanence pour permettre un comportement adapté, c’est-à-dire on se débarrasse d’une vision qui oppose ces modes. Ces 2 modes interagissent en permanence, selon Chokron et Batholemo, pour agir de façon adaptée dans un environnement continuellement changeant, l’individu a besoin de 2 mécanismes :

- Le premier permettant le traitement d’évènements nouveaux ou inattendus qui peuvent se révéler avantageux ou dangereux, afin de répondre de façon appropriée par des comportements d’approche et d’évitement.

- Et un autre mécanisme qui lui permet le maintien d’un comportement dirigé vers un but en dépit d’évènement distracteur.

Ils poursuivent de façon prudente (depuis les travaux actuels ont confirmé ces idées), il est plausible que des processus attentionnels différents servent ces deux objectifs partiellement conflictuel, en l’occurrence l’attention peut être dirigée vers un objet dans l’espace de façon reflexe (ex : lorsque le bruit d’une voiture attire l’attention du piéton), ou on peut avoir un autre type de processus attentionnel qui est sur un mode contrôlé (ex : lorsque le piéton attend le passage au feu vert). Les auteurs nous rappellent que cette distinction fondamentale était déjà prise en compte par W. James qui à la fin du 19ème siècle distinguait l’attention passive reflexe, non volontaire et sans effort et l’attention active et volontaire.

 

Les recherches actuelles ont menés à un consensus : l’orientation de l’attention vers l’environnement active un réseau d’aires cérébrales avant que la cible apparaisse (aspect endogène), et ce réseau est distinct du réseau cérébral qui est crucial pour l’attention exogène plus reflexe, automatique.

 

 

III. Neuropsychologie de la préhension attentionnel de l’espace.

 

 

La capacité à diriger l’attention vers des évènements sensoriels dans l’espace extra personnel est crucial pour le comportement adaptatif. Lorsque les processus qui sous-tendent cette capacité sont lésés cela provoque des troubles. Ces troubles et les déficits sous-jacents sont une source d’handicap majeur.

 

Espace visuelle : l’espace du point de vue psychologique concerne les propriétés spatiales des objets y compris le corps propres et les relations spatial qu’ils entretiennent. Il y a une condition pathologique dans laquelle la capacité à prendre en compte l’espace visuel est altérée : l’héminégligence (le trouble attentionnel par excellence).

 

Les syndromes cliniques spécifiques de l’atteinte unilatérale de l’hémisphère droit (AVC) : héminégligence spatiale unilatérale, apraxie constructive, apraxie de l’habillage, hypergraphie, syndromes visuoperceptifs (agnosie visuelle aperceptive, prosopagnosie, désorientation topographique), troubles liés à la communication (dysprosodie expressive et réceptive, diminution de l’efficience et de la spécificité du discours, compréhension réduite des expressions faciale), syndromes neuropsychiatriques (anosognosie et somatognosie, délires d’identification, manie).

 

Le syndrome de l’héminégligence est un syndrome clinique quasiment spécifique de l’atteinte unilatérale de l’hémisphère droit (il est rarissime que l’héminégligence survienne suite à une lésion gauche) suite par exemple à un AVC.

 

1. Hémisphère droit et appréhension attentionnelle de l’espace :

 

Syndrome de l’héminégligence : « Difficulté à rendre compte de, à réagir à, à s’orienter vers, des stimuli nouveaux ou significatifs lorsque ceux-ci sont présentés dans l’hémi-espace controlatéral à la lésion cérébrale, sans que ce trouble ne soit explicable par un déficit sensoriel ou moteur. » Heilman et al. (1985).

Quand Heilman décrit de façon succincte le trouble de l’héminégligence cela renvoie à une situation d’handicap pour le patient. De survenue bien plus fréquente en cas de lésion cérébrale droite qu’en cas de lésion cérébrale gauche. On notera que la manifestation est controlatérale à la lésion.

 

Ce phénomène est connu sous le nom de l’héminégligence. L’hémisphère droit semble jouer un rôle particulier pour sous-tendre les processus qui sont nécessaires à l’orientation et au traitement de l’espace. D’autres termes sont utilisés, notamment la négligence spatiale unilatérale ou NSU, on trouve aussi négligence latérale, et d’autres termes beaucoup plus interprétatif : hémi-inattention (c’est-à-dire que les auteurs pensent que le déficit est plutôt de nature attentionnel) ou inattention hémi-spatial (avec l’idée que l’on a une difficulté d’ordre attentionnel qui se traduit dans une difficulté à traiter l’espace).

Quatre autoportraits d’un peintre héminégligent qui ont été produits post ictus (délai post ictus de 2mois, entre3-5 mois, 6mois, et 9). Youg en 1974, décrit que les autoportraits faits séquentiellement par le peintre alors qu’il est en train de récupérer d’un AVC pariétal droit, montre une amélioration progressive de son attention vers le côté gauche de son image en miroir. On peut avoir un trouble vraiment sévère et puis progressivement on voit que le cadre est mieux occupé, on voit des détails qui apparaissent sur la partie gauche.  Le trouble peut être sévère, mais il peut avoir une récupération plus ou moins lente, mais importante. Malgré cela la difficulté à traiter l’hémi-espace gauche peut persister pendant des années.

 

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Le plus souvent l’héminégligence apparait après une lésion de l’hémisphère droit et le lobe pariétal apparait très souvent impliqué. Cela survient chez des personnes ayant une vision normale, et pourtant ces personnes se comportent comme si la moitié controlatérale à la lésion n’existe pas. Cela se manifeste dans toutes les activités de la vie quotidienne.

 

2. Détection et  évaluation de l’héminégligence :

 

On a l’habitude de distinguer les échelles, les questionnaires d’une part, et d’autre part les tests classiques de diagnostic. 3 principaux tests :

- ECB : une des échelles disponible est l’échelle de Catherine Bergego :

 

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+ L’échelle comprend 10 items avec une possibilité de coter l’intensité du trouble en 5 points. Selon les items on va s’appuyer sur des signes de négligences dans les actes de la vie quotidienne. Au total on a 10 items que l’on va utiliser en hétéro-évaluation, c’est-à-dire que c’est le psychologue qui va coter un score total sur 30. ECB a été conçu pour une utilisation en hétéro-évaluation, mais aussi pour une situation d’auto-évaluation par le patient de façon à obtenir un score d’anosognosie.

+ L’ECB est souvent utilisé. Cela s’appuie fortement sur le fait que le psychologue observe des actes de la vie quotidienne du patient. Les travaux ont montré que l’ECB a une très bonne sensibilité et une assez bonne spécificité, ce qui permet de l’utiliser en suivi, pour suivre l’évolution des difficultés du patient pendant la rééducation.

- Epreuve de barrage :

 

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+ Une autre catégorie d’épreuve classique permettant d’évaluer et de détecter l’héminégligence est l’épreuve de barrage. Le test de négligence visuelle mis au point par Albert en 1973, propose un ensemble de stimuli réparti sur une feuille de papier. On pose la feuille de papier au centre du patient et on demande au patient de barrer tous les segments de droite. Il faut attacher la feuille, afin que le patient ne puisse pas déplacer la feuille vers la droite. Ici la consigne précise est de barrer tous les segments de droite. Il existe beaucoup d’autres versions :

. Epreuve de barrage des étoiles, où il y a du verbal (aspect qui peut poser problème : en lien avec les travaux de Kinsbourne).

. Epreuve des cloches.

+ Quel que soit l’épreuve de barrage  on va comptabiliser les items omis en tenant compte de la répartition gauche-droite. Dans le cas le plus fréquent de l’héminégligence par lésion du lobe pariétal droit on a des omissions significativement plus fréquentes à gauche qu’à droite. Quand le trouble est sévère il y a un gradient, plus le patient avance dans la tâche, et plus il consomme de ressources, il se fatigue, et moindre est sa performance.

+ Les tests de barrages sont aussi très sensibles et permettent une quantification du trouble. Toutefois c’est un peu éloigné des activités quotidiennes du sujet.

- Bissection de ligne :

 

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+ Beaucoup de travaux comparant la bissection de ligne et les épreuves de barrage. On peut présenter à l’individu un segment de droite et lui demander de barrer au milieu. Le principe général est donc que le sujet doit tracer une marque de façon à obtenir 2 segments égaux de part et d’autre de sa marque. Les sujets contrôles exécutent cette tâche assez précisément. Alors que les sujets héminégligents tracent une ligne trop à droite. Les auteurs interprètent ce comportement comme causé par une attention diminué par l’hémi-espace gauche.

 

Les travaux en ce qui concerne la meilleure approche (barrage contre bissection de ligne) ne sont pas concluant. Les tâches de barrage seraient quand même plus sensibles que les tâches de bissection (seulement 10% de faux négatif contre plus de 40% avec la bissection de ligne).

 

De plus en plus, au lieu de faire référence à un type de tests les neuropsychologues prennent en compte les types de processus sollicités par les tests. Cela a été initié dans les années 90, par exemple Kinsella a proposé qu’il n’est pas suffisant de faire des tâches de barrage ou de ligne mais qu’il faut caractériser les tâches en termes de processus impliqués. Selon lui, il est fondamentale de distinguer dans une première approche les situations où le patient va devoir explorer l’espace à la recherche de stimuli, donc des tâches de détection de stimuli dans l’espace extra personnelle, et par ailleurs les tâches qui demandent au patient de traiter une représentation interne de l’espace, ou bien encore les tâches d’imagerie. Respectivement pour l’exploration de l’espace on a des tâches classiques (barrage, bissection), et de l’autre côté on a d’autres tâches (le dessin de mémoire d’objet). Les dessins de mémoire d’objets font appel à des processus cognitifs différents par rapport aux tâches de barrage et de bissection.

 

Depuis les années 90, il y a un  mouvement initié qui considère qu’il est plus important d’avoir un modèle descriptif assez précis des processus recrutés dans la tâche, plutôt qu’une simple description de la tâche en elle-même. Et de fait, on sait maintenant qu’il est difficile de parler du syndrome d’héminégligence au singulier, il existe plusieurs  formes.

 

3. Les lésions de l’héminégligence :

 

On parle beaucoup du lobe pariétal, plus précisément on va s’appuyer sur les données collectées et analyser par Vallar. Vallar a recueilli des cas d’héminégligence gauche par lésion droite, et il a montré que lorsqu’on superpose les images au scanner, la zone qui est commune au cas d’héminégligence gauche sévère est le carrefour pariéto-temporal.

 

Les travaux de Vallar sont venus confirmer ce que Brain avait déjà esquissé en 1941, c’est à dire que des lésions sont dans le cortex postérieur de l’hémisphère droit. Par la suite, de nombreuses études ont comparé des groupes de cérébrolésés droit et des groupes de cérébrolésés gauche, et ont convergé dans le même sens, c’est-à-dire que l’on a une dominance des lésions pariétales droite.

La présence d’un comportement d’héminégligence par lésion gauche, touchant l’hémi-espace droit est observée seulement dans 4 à 5 % des cas. La littérature n’est pas unanime. Les travaux de Garinotti (1968) ont établi qu’en phase aigüe, on avait une héminégligence au test de dessin et de barrage, chez 50 % des cérébrolésé droit contre une prévalence de et 5 à 10 % des cérébrolésés gauche.

 

Stone et al. (1991) ont montré que toujours en phase aigüe (3jrs post-ictus), on avait 62% CLG contre 72% CLD qui présentaient une héminégligence. Stone dit que cette différence est non significative. Si on fait une véritable revue de la littérature, on note que même lorsque les analyses CLD contre CLG n’établissent pas une plus grande fréquence par lésion droite que par lésion gauche, on a tout de même chez les cérébrolésés droit qui sont héminégligent de plus grandes difficultés de récupération fonctionnelle (au niveau déplacement, les interactions avec l’entourage…). L’étude de Denes et al. 1982 ; Blanc-Garin 1994, chez les hémiplégiques gauche qui ont une héminégligence récupèrent plus lentement que les hémiplégiques droit, lorsque l’on regarde la marche 6mois après l’AVC. Les hémiplégiques gauche héminégligent ont une moins bonne autonomie dans les activités de la vie quotidienne et moins bonne adaptation sociale. Le seul facteur qui explique ces différences de récupération fonctionnelle est la présence d’une héminégligence.

 

Même si on a du mal à estimer la prévalence de l’héminégligence après lésion gauche ou droite, on a un faisceau d’observation de résultats qui pointe le rôle particulier de l’hémisphère droit. Cela évoque l’idée qu’au trouble spatial latéralisé se surimpose un trouble attentionnel non latéralisé diffus qui aggraverait les manifestations de l’héminégligence.

 

4. Différents types :

 

Négligence extra-personnelle : on s’accorde pour dire qu’il y a une difficulté pour traiter l’espace extra-personnelle, et que cela peut être dissocié à la difficulté de traiter le corps propre :

- Négligence spatiale contre centrée sur l’objet : le référentiel qui est perturbé n’est pas un référentiel centré sur l’espace, mais bien sur l’objet. Le trouble est centré sur chaque objet considéré individuellement : la partie gauche de chaque objet quel que soit sa position par rapport à son corps est négligée lorsque le patient copie la scène.

- Espace proche contre lointain : Halligan et Marcshall ont mis en évidence une dissociation telle que l’on peut avoir une négligence pour l’espace proche peripersonnel (ex : feuille de dessin, table devant soi, etc.) et pas de négligence pour l’espace lointain. Chez d’autres patients on a des dissociations inverses.

- Dyslexie de négligence : on range dans cette même catégorie la dyslexie de négligence, décrit notamment par Ellis et al., qui ont publié des cas de patients qui n’ont aucun signe de négligence mise à part en lecture de la partie gauche de la page ou des mots, surtout si les parties de gauche du mot peuvent chacun avoir un sens (mots composés).

 

Négligence représentationnelle : une autre distinction entre le traitement de l’espace physique présent et puis ce qui se passe quand on travaille en représentation. Les travaux de Bisiach et Luzzati (1978) sont les premiers  à avoir décrit des difficultés qui s’expriment non pas dans le traitement perceptif de l’espace mais des troubles qui semblent affecter la représentation mentale de l’espace. L’héminégligence peut toucher la représentation mentale de l’espace. Ils ont donc introduit cette idée de négligence représentationnelle.

Les auteurs ont demandé aux patients avec héminégligence gauche par lésion droite de se représenter un lieu qu’ils connaissaient tous très bien (place du Dôme à Milan).  La consigne était telle que les patients devaient se représenter d’abord comme étant de face à la cathédrale, et puis de dos. Ces patients devaient décrire les éléments saillant se trouvant sur la place. A partir de cette étude fine, les auteurs décrivent des patients qui sont incapable de décrire la moitié gauche des images revisualisées. Selon les auteurs cela indique qu’outre la négligence pour l’espace présent il y a un trouble qui est probablement sous-tendu par un déficit de traitement de la représentation de l’espace.

 

Négligence personnelle et asomatognosie : la personne néglige la partie gauche de son corps, par exemple son bras gauche. Cela se traduit par des difficultés spécifiques dans la toilette, l’habillage. Cette forme d’héminégligence est mise en lien avec une difficulté à traiter les informations qui sont en lien avec le corps propre.

Aspect Moteurs de la négligence : négligence qui se traduit non pas tellement sur le versant de la perception mais plutôt au niveau des aspects moteurs de la négligence. Laplane et Degoes ont introduit le terme de négligence motrice. Le patient a des difficultés à utiliser l’hémicorps controlatéral. Heilman et al., s’est beaucoup intéressé au fait que certains patients ont une difficulté isolée du geste (motricité intentionnelle) dirigé vers l’espace controlatéral, on parle d’hypokinésie directionnelle (possibilité de motricité mais sous utilisé) ou on retrouve dans la littérature également  le terme de négligence intentionnelle.

- L’extinction : trouble qui se manifeste lorsqu’il y a présence de plusieurs stimuli à gauche et droite en même temps dans le champ visuel du patient. Le patient rapporte uniquement ce qu’il voit dans son hémichamp droit. Alors qu’en condition de stimulation simple (1 côté à la x) le patient rapporte bien.

Selon Chokron et Bartolomeo on peut observer des troubles d’extinction sans héminégligence, c’est-à-dire tout de suite après la survenue d’une lésion plutôt droite que gauche on peut avoir une extinction sans héminégligence. Selon les auteurs il faut rester prudent et continuer à la recherche, car on a une double dissociation : on peut avoir une héminégligence sans extinction, et une extinction sans héminégligence.

 

5. Grands axes d’hypothèses :

 

Pendant longtemps les débats entre les neuropsychologues tournaient autour qu’un déficit sensoriel expliquerait les manifestations de l’héminégligence. Il y a un large consensus pour considérer qu’une perte des capacités sensorielle n’explique pas les manifestations de l’héminégligence.

- Même si différents troubles sensorimoteurs élémentaires sont associés à l’héminégligence on ne retient pas l’idée d’un déficit sensoriel pour expliquer l’héminégligence. Quand on parle de différents troubles sensorimoteurs étant associé à l’héminégligence, on pense à l’hémiparésie (paralysie d’un hémicorps), hémianesthésie (perte de la sensibilité de l’hémicorps), et surtout souvent une hémianopsie (perte de la vision, hémi-aveugle).

- On peut avoir une hémianopsie lorsque l’on a une lésion qui endommage l’entièreté de la scissure calcarine. On peut avoir un scotome lorsque l’on a une petite lésion sur le bord la scissure calcarine ainsi une petite partie du champ visuel qui est aveugle. Et puis on peut avoir une quadranopsie lorsque l’on a une lésion en bandelette dans cette même aire visuelle primaire.

- Très souvent l’héminégligence est dans la jonction pariéto-temporal-occipital, donc contenu de la proximité des cortex on a de fortes chances d’avoir un déficit primaire de la vision, cela arrive fréquemment. Mais toutes les études se penchant sur le fait que la perte de vision totale ou partielle dans un hémichamp, ont amené à conclure que cela est insuffisant pour expliquer les effets de l’héminégligence (ex : étude de Pizzamiglio, 2000 cortex).

- Quelqu’un qui est hémiaveugle va activement compenser avec des mouvements des yeux, de la tête, d’orientation du tronc, faire des déplacements, et cela spontanément. Très vite un hémi-aveugle met en place des stratégies spontanément pour explorer leur espace visuelle. Les héminégligents ne font pas ainsi, ni spontanément ni même souvent quand on les incite. On retient, même s’il y a souvent une cooccurrence entre déficit visuelle primaire et l’héminégligence, l’hémianopsie n’explique pas les difficultés du patient. De plus, l’héminégligence ne se limite pas seulement à la modalité visuelle chez certain patient, on a des héminégligents à la fois pour l’espace visuelle et aussi pour l’espace auditif, c’est-à-dire qu’ils vont avoir du mal, à s’orienter vers, prendre en compte des évènements sonores qui se produisent de leur côté gauche. L’hypothèse sensorielle est donc difficilement retenue.

- Enfin, le faisceau d’argument qui permet d’écarter l’hypothèse sensorielle, on peut terminer en évoquant le travail de Marshall et Halligan qui soulignent que chez beaucoup d’héminégligents il y a un défaut de traitement conscient de la partie de l’espace qui est controlatéral à la lésion, il y a peut-être des traitements qui n’arrivent pas à la conscience mais le patient a quand même accès à certaines informations (ex : expérience de Marshall et Halligan, 1998).

 

Hypothèses représentationnelles :

- Le modèle de Bisiach : à partir de ces observations de l’expérience de la place du Dôme, Bisiach et al., développent l’hypothèse d’un trouble de la représentation spatiale pour rendre compte de l’héminégligence. Dans ce modèle, l’espace est représenté de façon analogique et symétrique dans les 2 hémisphères cérébraux. Selon Bisiach et al., on peut expliquer l’héminégligence  comme étant causé par la destruction de la représentation de l’espace controlatéral, il y a une amputation non pas du champ visuelle de telle façon que l’on serait hémi-aveugle, mais il y a une amputation de la représentation de l’espace qui est controlatérale ou bien (à cette époque-là il ne tranche pas encore) il y a une distorsion/compression de la représentation de la partie gauche de l’espace.

- Le modèle de Caramazza et Hills.

- Le modèle prémoteur de Rizzolatti.

 

Hypothèses attentionnelles (famille de modèle qui fait le plus de consensus) : l’hypothèse selon laquelle l’héminégligence serait causée par un déficit attentionnel. Ce sont des processus attentionnels sous-jacents qui sont dysfonctionnels. Toutefois chaque auteur va développer une interprétation particulière en termes de type de processus attentionnel plutôt automatique, plutôt contrôlé qui serait endommagé dans l’héminégligence.

- Le modèle vectoriel de Kinsbourne : selon Kinsbourne chacun de nos hémisphères cérébraux dirige l’attention dans la direction qui lui est opposé. Initialement au début des années 70, Kinsbourne a proposé la théorie de la rivalité hémisphérique qui a 3 hypothèses fondamentales :

+ 1ère hypothèse : chaque hémisphère biaise l’attention vers l’hémi-espace controlatéral.

+ 2ème hypothèse : dans le cerveau normal, tendance à l’orientation vers la droite, en lien avec le biais d’orientation sous tendu par l’hémisphère gauche, plus puissant que celui de l’hémisphère droit.

+ 3ème hypothèse : la lésion droite, en désinhibant l’hémisphère gauche, exagère ce biais physiologique vers la droite, ce qui génère une négligence gauche.

 

Hypothèse de la référence égocentrique : Baillard définit la référence egocentrique comme étant l’axe médian du système de coordonnées permettant de diviser l’espace en 2 parties : droite et gauche. Cette référence égocentrique est construite grâce à l’intégration de différentes informations sensorielles (vision, somesthésique, le système vestibulaire). Il poursuit en disant que chez le sujet normal, l’axe sagittal du corps est superposé à la référence égocentrique. Mais lorsque l’on s’intéresse à l’héminégligence, tout semble se passer comme si cette référence egocentrique est décalée, dissociée de l’axe sagittal du corps. Afin d’étudier la référence égocentrique on fait une tâche étudiée par le pointage « droit devant » avec les yeux fermés. Dans l’héminégligence par lésion droite on a un pointage droit devant qui est systématiquement dévié vers la droite. Tout se passe comme si la référence egocentrique et l’axe sagittale du corps est dissocié. Un certain nombre de chercheurs, ont proposé  aux patients héminégligents des stimulations diverses et ont observé des effets de rémission de courtes durée de l’héminégligence. Etudes des effets des manipulations sensorielles :

- Stimulations caloriques vestibulaires.

- Vibrations des muscles du cou.

- Rotation du tronc vers la gauche.

- Adaptation prismatique.

L’équipe de Rosetti et al., a notamment découvert qu’à l’aide de lunette prismatique on pouvait obtenir une régression temporaire de l’héminégligence, de quelques minutes à quelques heures. L’hypothèse est que chez les héminégligents on a une déviation ipsilésionnel de la position de la référence egocentrique. Les chercheurs font porter aux patients des lunettes à prisme qui dévient le champ visuel vers la droite. Le but étant de modifier la coordination entre l’œil et la main et de susciter une réaction d’adaptation du  cerveau.

On retient pour ces différentes manipulations qu’elles ont toutes des effets positifs, une régression de l’héminégligence, mais les effets de plus longues durées et ceux que l’on comprend le mieux sur le plan théorique sont ceux de l’adaptation prismatique. Mais l’arsenal thérapeutique est limité, on n’a pas de méthode de rééducation qui sont persistant et chez tous les patients.

 

Hypothèse d’une perturbation de la mémoire de travail visuospatial : Denis et al., sont partis du constat dans les années 90 que toutes les tâches impliquant le traitement de scènes visuelle et de message linguistique décrivant ces scènes, ces tâches mettent à contribution la mémoire de travail visuospatiale, et en particulier le calepin visuospatial. Selon Denis et al., l’héminégligence peut être vue comme causée par un dysfonctionnement de la mémoire visuospatiale. Leur programme de recherche a visé l’étude des relations entre les mécanismes qui nous permettent de pouvoir traiter les scènes visuelles et les processus qui nous permettent de représenter scènes visuelles et de nous les représenter.

- Dans leur étude de 2002 les « héminégligents » sont invités à rappeler de mémoire une scène qu'ils ont vue. Ils omettent les objets figurant dans la moitié gauche de la scène (comme dans l’expérience de Bisiach).

- Denis, Logie, Della Sala et Beschin (2002) imagine de décrire une scène aux patients héminégligents et de demander ensuite un rappel. Cette « négligence » de l'hémichamp gauche peut être retrouvée chez des patients ayant simplement imaginé la scène à partir de sa description verbale.

- Della Sala,Logie, Beschin, & Denis, 2003 :

+ Dans une expérience on fait passer des épreuves de mémoire aux sujets sains et patients héminégligents. Il y avait 2 conditions :

. Condition 1 : examiner des configurations composées de quatre objets disposés devant eux sur une table.

. Condition 2 : aucun objet visible, mais entendaient une description et devaient imaginer que les objets étaient disposés de cette manière sur la table.

+ Dans une phase ultérieure ils doivent effectuer un même type de rappel, mais en imaginant voir les objets depuis la perspective opposée, après une rotation mentale de 180°.

+ Les résultats montrent des taux de rappel des objets vu selon qu’il était à gauche ou à droite du dispositif réel ou imaginé :

. Chez les participants contrôles rappel élevé, pour les objets vus à gauche et à droite, et non affectés par la rotation mentale.

. Chez les héminégligents le rappel est plus faible des objets vus à gauche, c'est-à-dire dans l'hémichamp négligé, mais aussi pour les objets qui se retrouvent à gauche après l'inversion de perspective. Enfin, la rotation mentale appliquée aux objets présentés initialement du côté négligé n'aggrave pas le déficit de rappel des objets qui ont été vus du côté non négligé (résultat probablement non attendu)

- Il y a des traitements similaires qui opèrent le traitement d’image construite avec ou sans médiation perceptive. Les auteurs suggèrent qu’au moins certains des processus opérant sur les images mentales (comme la rotation mentale) restent préservés chez les patients héminégligents.

- Enfin, ces résultats sont difficilement expliqués par l'hypothèse d'un déficit attentionnel chez les héminégligents. Les résultats sont plutôt compatible avec l'hypothèse d'une perturbation des fonctions assurées par la mémoire de travail visuo-spatiale.

- Encore une famille d’hypothèse qui n’est pas très diffusée, mais qui mériterait d’être travaillée d’avantage.

 

6. Les approches :

 

Concernant la variabilité de l’héminégligence, on peut parler d’hétérogénéité des mécanismes sous-jacents, des causes, qui expliquent les plusieurs formes qui seraient sous-tendues par des déficits différents. Les études continuent en distinguant l’espace personnel contre extrapersonnel, en distinguant les aspects perceptif contre moteur du comportement. Il y a certainement une partie des explications qui est liée à la distinction que l’on travaille sur la perception contre représentation. Et enfin on a la distinction des traitements conscients contre non conscient.

 

La majorité des recherches se situe dans le cadre de l’hypothèse attentionnel, mais il y a un  désaccord au sein des modèles « attentionnels ».  Certains disent que l’attention est trop dirigée vers la droite et d’autres vont dire que l’attention n’est pas assez dirigé à gauche.

- « Trop à droite et/ou pas assez à gauche », Colliot et al,, 2007.

- Kinsbourne « pas assez d’inhibition pour l’HG ».

- Heilman « pas assez d’éveil pour le côté gauche ».

- Mesulam « trop d’attention à droite et pas assez à gauche ».

- Posner « trop d’engagement à droite et pas assez à gauche ».

- Gainotti « pas d’orientation automatique à gauche ».

 

Les approches rééducatives tiennent compte de ces connaissances partielles sur l’héminégligence. Provensky et al., ont fait une synthèse de l’approche rééducative de l’héminégligence, et selon eux on a dans la littérature clinique toute sorte d’approche rééducative, mais on a 2 approches selon l’objectif : 

- Approche top-down qui vise à amener le patient à mettre en place consciemment des stratégies d’exploration de l’espace qui l’amène à porter son attention volontairement sur le côté négligé.

- Approche bottom up qui va mettre en œuvre des stimulations sensorielles du côté négligé de façon à ce que le traitement repose plus sur les côtés plus automatique. De telle façon que l’on n’invite pas le contrôle volontaire et conscient du patient. Une illustration était notamment l’adaptation prismatique. Ces approches bottom up sont les plus utilisées, car ce sont celles qui donnent les résultats les plus encourageant, néanmoins les effets sont limités dans le temps.

L’utilisation de la stimulation transcrânienne est une approche visant soit à booster les réseaux neuronaux de l’hémisphère droit soit à inhiber ceux de l’hémisphère gauche.

 

7. Résumé sur l’héminégligence :

 

L’héminégligence spatiale unilatérale gauche (Carota et al., 2005) :

- Se traduit par une réponse absente ou diminuée face aux stimuli présentés dans la partie gauche de l'espace. Est un déficit supramodal qu'il n'est pas possible de rattacher à un déficit moteur ou sensoriel isolé, peut être mise en évidence dans toutes les modalités sensorielles, mais en général plus fréquente et plus sévère dans la modalité visuelle.

- Tests papier-crayon (barrage, bissection de lignes, copie, dessin, lecture) sont généralement utilisés pour le dépistage et le diagnostic, bien qu'ils ne soient pas les plus sensibles.

- L’espace est divers : comprend un espace personnel, un espace péri- et extrapersonnel, ainsi qu'un espace « mental ». L'espace peut également être défini sur la base de coordonnées égocentriques (ligne médiane de la tête, des yeux, du corps ou d'un membre) et allocentriques (perspective spatiale globale ou centrée sur les objets).

- D’autres phénomènes cliniques, souvent associés sont l'extinction à la double stimulation, l’allochirie, la perception implicite, l'anosognosie et d'autres déficits spatiaux non latéralisés.

- Le réseau neuronal dont la lésion cause les symptômes comprend différentes régions cérébrales : lobes frontal et pariétal, thalamus. Le plus fréquemment c’est la jonction temporopariétale (lobule pariétal inférieur et gyrus supramarginal) qui est lésée.

- Un trouble de l'attention spatiale explique la plupart, mais non la totalité, des phénomènes cliniques de l’héminégligence spatiale unilatérale gauche.

 

Quelques problèmes théoriques : une ou plusieurs négligences ?

- Négligence et attention non spatiale :

+ Déficit de l’attention globale contre focale ?

+ Déficit de la vigilance, l’alerte, et l’attention soutenue ?

- Négligence et perception implicite.

- Variabilité intra-sujet de la négligence :

+ Dissociations selon la tâche chez des patients avec lésions bilatérales : négligence droite visuo-spatiale et dyslexie de négligence gauche (Costello et Warrington) ; négligence centrée sur l’objet gauche et négligence spatiale droite (Riddoch et Humphreys).

+ Dissociations selon la main utilisée : régression de la négligence en cas de réponse avec la main gauche (Joanette et Brouchon).



08/03/2015
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