Cours de psychologie

Neuropsychologie du langage

Psychologie Cognitive – Neuropsychologie du Langage

 

 

Lectures conseillées :

- Broca, P. (1861). Remarques sur le siège de la faculté du langage articulé, suivies d’une observation d’aphémie (perte de la parole). Bulletin de la Société Anatomique, 6, 330-357.

- Broca, P. (1865). Du siège de la faculté du langage articulé. Bulletin de la Société d’Anthropologie, 6, 337-393.

- Lechevalier B., Eustache F. & Viader F. (Eds.) (2008). Traité de neuropsychologie clinique. Neurosciences cognitives et cliniques de l’adulte. Bruxelles : De Boeck.

- Paillard J. (1990). Dialogues sensori-moteurs et représentation mentale : un problème d’interface. In X. Séron (Ed.), Psychologie et cerveau (pp19-51). Paris : P.U.F

- Seron, X. (1993). La neuropsychologie cognitive. Paris: PUF

- Séron X. (2000). L’évaluation de l’efficacité des traitements. In X. Séron & M. van der Linden (Eds.), Traité de neuropsychologie clinique (Tome II, pp39-62). Marseille : Solal

- Shallice, T. (1995). Symptômes et modèles en neuropsychologie : des schémas aux réseaux. Paris, PUF.

- Viader F., Lambert J., de la Sayette V., Eustache F., Morin P., Morin I. & Lechevalier B. (2002). Aphasie. Encycl Méd Chir - Neurologie, 17-018-L-10, 32p

 

Plan :

Introduction : neuropsychologie ; langage et communication.

I. La neuropsychologie du langage : de l’essor à nos jours. 

1. Naissance de la neuropsychologie du langage.

2. Conception moderne : cognitivisme et néo-localisationniste.

II. Apports de l’approche cognitiviste :

1. Modèles du langage.

2. Rééducation de HW.

3. Synthèse : utilité du langage normal.

 

Le langage est un ensemble de règles propres à un groupe, à une culture, permettant le traitement et le partage d'un message verbal. La communication c'est l'ensemble des conditions propres à un groupe, à une culture, qui permettent le traitement en expression ou en compréhension d'une idée ou d'une intention. Donc, la communication implique bien évidemment le langage, qu'on peut résumer à ses deux aspects de parole d'une part et d'écriture d'autre part. Par ces deux aspects on renvoie à l'actualisation par le geste articulé ou le geste écrit de la symbolique qui permet l'actualisation. Cependant, la communication implique bien au-delà du langage, le comportement mimo-gestuel qui accompagne et enrichit l'expression des émotions, des opinions, etc. Au delà de ces aspects, il faut prendre en compte les médias, la musique, etc. La communication est donc quelque chose de très complexe.

 

L'étude scientifique du langage a pris naissance au 19ème siècle. En effet, depuis ce moment, on distingue très nettement plusieurs aspects au sein du langage et on parle d'articulation, de phonologie, d'aspect lexico-sémantique du langage et morphosyntaxe.

Plus récemment, au courant du 20ème siècle, le concept de langage s'est élargi pour englober les différents niveaux de discours et de pragmatique. On appréhende le langage dans sa fonction de communication en étudiant aussi, outre la phonologie et la syntaxe, le niveau du discours et le niveau pragmatique.

 

La neuropsychologie du langage est l'étude du langage en lien avec l'étude et le fonctionnement du cerveau. Il y a donc un premier aspect qui consiste à essayer de comprendre le langage à l'aide de la structure cérébrale. Les neuropsychologues du langage proposent des modèles du fonctionnement normal. Un deuxième pan concerne les troubles liés à la fonction du langage lorsque le patient a subi une lésion cérébrale. Cette partie comprend le diagnostic et les prises en charge des pathologies du langage.

 

En ce qui concerne l'approche théorique des différents troubles du langage, on n'en est plus à la conception du 19ème siècle qui considérait que pour comprendre la production du langage il fallait considérer qu'il y avait un ou quelques centres du langage dans le cerveau. De nos jours, on considère que les différents aspects du langage sont sous-tendus par des structures de neurones distribués dans des régions particulières du cerveau, impliqués dans les différents niveaux de traitements. La liste des principaux niveaux de traitement et des éléments impliqués dans la communication humaine s'allonge de plus en plus, et comprend : phonétique, phonologie, morphologie, syntaxe, sémantique et pragmatique (conversation, thème, inférence, prosodie émotionnelle et attitudinale).

 

Il y a donc une grande diversité des domaines qui peuvent être affectés par les troubles du langage ainsi que la grande diversité du langage en soi.

 

 

I. La neuropsychologie du langage : de l’essor à nos jours. 

 

 

1. Naissance de la neuropsychologie du langage :

 

L'essor de la neuropsychologie du langage se confond avec la naissance de la neuropsychologie elle-même. C'est au cours du 19ème siècle qu'on a établi un lien entre lésions de l'hémisphère gauche et troubles du langage. Cette découverte est due en partie à Broca, mais d'autres savants ont joué un rôle fondamental dans cette découverte. Parmi eux on retrouve Gall qui a, de façon très provocante, développé des recherches sur les liens entre fonction mentales (facultés) et substrat cérébral. Il a mis en place sa fameuse doctrine des localisations cérébrales. S'impose à ce moment l'idée qu'il faut fractionner l'esprit. Malgré une mauvaise méthode, Gall a eu la bonne idée de morceler le cerveau pour mettre en relation telle faculté mentale avec telle région corticale.

Dax a été le premier à révéler le lien entre une lésion de l'hémisphère gauche et la perte de la parole. Bouillaud a contribué par l'enseignement à ses contemporains de la nécessité d'étudier les arguments positifs et négatifs. Il fallait montrer qu'une lésion dans une autre zone que celle impliquée dans le langage, il n'y a pas de troubles du langage. Bouillaud avait mis en place ce qu'on appellerait aujourd'hui une méthode de dissociation. Ca a joué un rôle fondamental dans l'établissement du lien entre troubles et régions corticales. C'est l'avènement d'une nouvelle méthode : anatomo-clinique. Elle consiste en la mise en correspondance des perturbations acquises du langage et des sièges lésionnels.

 

1859 : Broca fonde la Société d’Anthropologie de Paris.

 

1861 : 1ère communication de Broca « Perte de la parole, ramollissement chronique et destruction partielle du lobe antérieur gauche du cerveau ». Observation de Mr Leborgne qui vit à l’hôpital depuis 20 ans : ne peut s’exprimer (syllabe « tan », jurons …) ; intelligence et compréhension du langage préservées ; décède le 17 avril 1861 (autopsie). Broca met en relation le trouble de Mr. Leborgne - aphémie « perte de la parole sans paralysie des organes de l’articulation et sans destruction de l’intelligence » (rebaptisé « aphasie » ultérieurement par Trousseau) - et sa lésion cérébrale (frontale). Fait l’hypothèse d’une localisation du langage articulé dans une aire cérébrale bien délimitée et désignée « le centre des images motrices des mots » (rebaptisé « aire de Broca » par Ferrier). Selon Broca, cette observation confirme les idées de Bouillaud sur le siège frontal de la « faculté de langage ». Insiste pour les études futures sur (1) la nécessité de descriptions plus précises dans un cadre commun à tous : il faut préciser la localisation (circonvolution) et construire une méthode ; (2) la distinction entre « faculté générale du langage … établir une relation constante entre une idée et un signe », et mise en jeu « d’organes d’émission et de réception », nécessaire « à l’expression de cette faculté ». La lésion est dans l’hémisphère gauche, mais Broca n’en tire aucune conclusion… Broca décrit un ramollissement de l’HG qui atteint le lobe frontal dans sa quasitotalité, s’étend aux lobes pariétal et temporal. Il ne retient comme origine de l’aphasie que la 3ème circonvolution frontale gauche.

 

1863-1865 : émergence d’une idée nouvelle, de dissymétrie. Broca (1) observe de nombreux cas similaires d’aphémie, tous par lésion 3ème frontale gauche, puis d’autres, de lésion frontale droite sans aphémie et (2) tire des conclusions du fait qu’une lésion du pied de F3 dans l’HG provoque une aphémie, alors qu’une lésion symétrique de l’HD n’entraîne pas de trouble du langage : les deux hémisphères n’ont pas des « fonctions symétriques » → naissance de la notion d’asymétrie fonctionnelle du cerveau.

 

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1874 : Pour que le langage soit fonctionnel, il faut que les images verbales, représentations élaborées dans l'aire de Wernicke, soient misent en relation avec les représentations verbales, stockées dans l'aire de Broca. L'aphasie ne s'accompagne pas forcément de troubles de l'intelligence. Wernicke décrit d’autres types d’aphasies, dont la forme qui porte maintenant son nom ou aphasie sensorielle, l’aphasie de conduction…

 

1885 : Lichtheim prend la peine de rassembler un grand nombre de schémas qui tentent de rendre compte de la variété des aphasies déjà décrites à l'époque. Il dénombre 7 types d’aphasies : corticale motrice (B) et sensorielle (W), de conduction, deux aphasies transcorticales motrice et sensorielle, et deux sous-corticales motrice et sensorielle. Il permet à la communauté des savants d'accéder à un savoir commun.

 

1891 : Freud nie l’existence des centres du langage : la région corticale du langage est une aire continue du cortex hémisphérique gauche. La représentation du mot déclenche de nombreuses associations : visuelles, tactiles, acoustiques.

 

1906 : Pierre Marie est un farouche opposant à la localisation des fonctions du langage dans des régions corticales. Il publie cette année là un ouvrage intitulé Révision de la question de l'aphasie : la 3ème circonvolution frontale gauche ne joue aucun rôle spécial dans la fonction du langage.

 

1908 : Jules Déjerine, contre Pierre Marie, fidèle à la conception de Broca. En 1892, il décrit l’alexie sans agraphie.

 

1915 : John H. Jackson est réticent pour localiser le langage : le langage propositionnel peut dépendre de l’HG, mais que le langage automatique est plutôt hémisphérique droit.

 

1920 : Henry Head reprend les thèses de Jackson et les applique à l'aphasie. Il s'intéresse à l'évaluation du trouble aphasique et à sa prise en charge. C'est à lui qu'on doit la première batterie d'aphasiologie. Selon Head, l'aphasie est une perturbation de l'expression et de l'intégration symbolique. L'aphasie toucherait non seulement l'usage et la compréhension des signes propres au langage, mais aussi d'autres signes du langage. Il s'appuie sur les thèses de Jackson et Baillarger, notamment sur la distinction entre langage propositionnel et langage automatique. Les fonctions propositionnelles sont les plus atteintes dans les aphasies. Il dit : « plus la formulation verbale préliminaire à l'acte est complète et abstraire, plus la réalisation de cet acte est susceptible d'être altéré chez l'aphasique ». Il propose l'existence de plusieurs modalités constituantes du langage, du plus automatique au plus propositionnel : les habitudes articulatoires et verbales, le lien entre le signe et la signification, l'utilisation des formes grammaticales et enfin, le plus susceptible d'être atteint par une lésion cérébrale, l'ajustement des signes à une intention dans l'expression de la pensée. A partir de cette distinction, Head dit qu'il faut considérer qu'il y a quatre principales variétés cliniques d'aphasie : verbale, nominale, syntaxique et sémantique. En développant ses thèses, Head s'oppose aux thèses localisationnistes. Pour lui, il faut renoncer à décrire la localisation cérébrale de la fonction du langage. Il admet que l'on peut tenter de décrire les rapports entre des lésions circonscrites et des symptômes.

 

1928 : Charles Foix établit des corrélations anatomocliniques strictes entre le siège du ramollissement cérébral et le type d’aphasie présentée.

 

1933 : Kurt Goldstein préconise une conception globaliste de l’aphasie, résultat d’une perturbation de l’organisation fonctionnelle du cerveau.

 

1939 : Théophile Alajouanine est le premier à proposer des modèles linguistiques pour essayer de comprendre la fonction du langage normal et ses troubles. Il inaugure l'ère linguistique de l’aphasie. Dans son mémoire, il fait une référence explicite au principe de Baillarger-Jackson (principe de dissociation automatico-volontaire, certains patients peuvent prononcer des jurons mais ne peuvent pas produire de langage construit). Une vingtaine d'années plus tard, Alajouanine fondera le premier centre d'étude et de rééducation du langage à la Salpêtrière.

 

1964 : Alexandre Luria formule la première classification neurolinguistique des aphasies.

 

1965 : Les travaux de Norman Geschwind confortent la vision de Wernicke. Il réaffirme la pertinence des théories associationnistes. A l'époque, il va contre-courant puisqu'on se refuse à établir une relation entre région corticale et fonction langagière. Il met en place le modèle nommé Geschwind-Wernicke selon lequel, la compréhension d'un mot entendu nécessite le passage par plusieurs étapes et structures.

Il établit différents circuits :

- L'information est perçue par le cortex auditif primaire (AB 41 ; 42), ensuite passe par l'aire de Wernicke (AB 22), le faisceau arqué transmet l'information à l'aire de Broca (AB 44 ; 45), et la projection finale aboutit au cortex moteur.

- Concernant la lecture à voix haute, l'information part du cortex visuel primaire, passe par le gyrus angulaire et l'aire de Wernicke, le faisceau arqué transmet l'information à l'aire de Broca et enfin la projection aboutit au cortex moteur pour que les neurones pyramidaux envoient des impulsions aux muscles de la langue et des lèvres permettant la production de la parole.

- La validité de ces schémas n'a pas été remise en cause, mais depuis leur publication, plusieurs choses ont été modifiées et complétées, comme l’organisation sérielle stricte.

 

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A la fin des années 1950, l'objectif de Penfield et des neurologique est d'éviter que les patients opérés ne se retrouvent aphasiques. Pour cela, ils mettent en place la craniotomie, où on place des électrodes sur le cortex et pendant laquelle le patient répond à des taches cognitives. Cela permet d'identifier les aires qu'il faut absolument éviter de toucher pour ne pas causer des lésions provoquant des troubles du langage et de la compréhension. Ils établissent aussi une cartographie sensorielle du cortex, grâce notamment à des relations de cause à effet. Cela permet de préciser les rôles fonctionnels de différentes aires dans le langage. Il y a une relance du mouvement localisationniste.

 

2. Conception moderne : cognitivisme et néo-localisationniste :

 

Un siècle après les découvertes de Broca, en 1975, advient la naissance d'un nouveau courant : la neuro-psycho-linguistique.

L'objectif de ce nouveau courant est d'élaborer des théories du traitement de l'information chez le sujet sain à partir de l'analyse des troubles aphasiques. On va se servir des dissociations introduite dans la fonction du langage à cause d'un trouble aphasique pour proposer des modèles du fonctionnement normal de cette même fonction. Dans un deuxième temps, les modèles théoriques et méthodologiques sont utilisés pour décrire et comprendre les perturbations observées chez les patients. Les modèles établis dans le premier temps vont permettre l'élaboration de prises en charge des patients aphasiques. Cette approche cognitive s'intéresse peu aux corrélations anatomo-cliniques : on ne s'intéresse pas trop à la mise en relation entre tel type de traitement, fonction, et tel type de substrat cérébral.

On peut constater que tout se passe comme si ces deux courants s'éloignent. Ils coexistent mais vont finir par s'opposer dans les années 1990. D'un coté les néo-localisationnistes (renouveau du localisationnisme dans la deuxième moitié du 20ème siècle, avec le maintien des mêmes théories. On parle de « nouveau » parce que, malgré le maintien de la corrélation anatomo-clinique, il y a un élément de nouveauté : la neuro-imagerie), qui met en lien substrat cérébral et fonction, et de l'autre côté les cognitivistes, qui s'écartent de cette corrélation anatomo-clinique. Les ultra-cognitivistes vont même jusqu'à nier la localisation cérébrale.

 

Dans les années 1980, il y a la mise au point de la neuro-imagerie. Dans cette période, un certain nombre de chercheurs vont développer des techniques d'imagerie morphologique et plus tard l'imagerie fonctionnelle du cerveau. Les premières techniques à émerger sont les scanner-x, suivis par les techniques d'imagerie par résonance magnétique (IRM). Celles-ci permettent une visualisation précise des lésions. Plus tard viendront des techniques de mesures métaboliques en tomographie par émission de positons (TEP) pour l'étude des répercussions fonctionnelles dans des secteurs plus étendus. A la fin des années 1980 on va entreprendre les premières activations verbales chez les sujets sains. Pour cela, on place des sujets sains dans la TEP ou dans l'IRMf et on va enregistrer les variations locales de leur activité cérébrale lorsque ces sujets font des taches verbales.

On va ainsi disposer de techniques non invasives d'imagerie cérébrale pour explorer les bases cérébrales du langage à partir de l'étude du fonctionnement d'un cerveau sain.

 

Dès que ces moyens d'imagerie ont été mis à disposition, les neuropsychologues s'en sont emparés pour observer le fonctionnement du cerveau. Cela rappelle ce que Broca avait fait en 1861, lorsqu'il décrit un ramollissement de l'hémisphère gauche qui atteint le lobe frontal. De là, il ne retient que la lésion de la troisième circonvolution gauche.

 

En 1978, Castaigne et al., reprennent les études sur le cerveau de M. Leborgne. Les auteurs décrivent une lésion plus étendue que celle que Broca avait observée. Après avoir effectué des coupes axiales, coronales et sagittales, ils vont décrire une lésion qui s'étend en profondeur, touchant l'insula et les ganglions de la base.

 

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Au début des années 1990, d'autres auteurs reprennent ce cas en faisant d'autres coupes, déduisent le faisceau longitudinal supérieur, incluant le faisceau arqué et reliant les aires antérieures (frontales) et postérieures (jonction temporo-pariétale postérieure) du langage, sont lésées aussi. Chez Leborgne la partie antérieure de ces faisceaux était lésée, causant un trouble de la communication entre les aires antérieures et postérieures. Donc, pour avoir un cas comme celui décrit par Broca, d'un patient avec des symptômes graves et non réversibles, il faut une lésion des aires de Broca 44 et 45 mais aussi une lésion du faisceau longitudinal supérieur. La littérature ne présente presque aucune aphasie grave sans une lésion de ce faisceau.

Aujourd'hui, en neuropsychologie on est entrain de reconsidérer les symptômes en incluant le fait qu'il ne suffit pas d'une lésion corticale pour qu'il y ait aphasie, mais il faut aussi une interruption entre deux structures de neurones corticaux.

 

Des chercheurs italiens, il y quelques années, ont découvert que dans des cas d'héminégligence sévère il y a une lésion de la partie inférieur du faisceau longitudinal supérieur. Là aussi il faut une lésion corticale ainsi qu'une lésion de ce faisceau pour qu'il y ait trouble.

 

En un peu plus d'un siècle, on a une psychologie du langage qui s'est développée. La neuropsychologie du langage actuelle correspond à l'étude du langage en lien avec la structure et le fonctionnement du cerveau. On articule un modèle de la fonction normale et des modèles neurocognitifs. La neuropsychologie du langage s'intéresse aussi de manière importante aux diagnostics et à la rééducation des troubles du langage et de la communication.

La conception de la neuropsychologie actuelle c'est qu'il n'y a pas de centre du langage dans le cerveau. On sait maintenant que l'activité du langage est sous-tendue par l'activité des réseaux de neurones distribués dans des régions particulières du cerveau. La localisation n'est pas abandonnée, elle est juste devenue d'un très haut degré de complexité. Il y a des régions qui sont nécessaires aux opérations cognitives qui sous-tendent les différentes composantes du langage : phonologie, syntaxe, sémantique, etc.

Très progressivement, a émergé l'idée que les interactions hémisphériques sont nécessaires à la plupart des aspects de la communication verbale. On admet donc que l'hémisphère cérébral joue un rôle dans le langage et plus précisément dans le traitement de la phonologie, différent que l'hémisphère gauche et peut être inférieur, mais cette conception n'était pas évoquée dans les recherches dans le 19ème siècle.

Les 2 courants, cognitiviste (décrire l'architecture fonctionnelle normale) et néolocalisationniste (relier fonction et substrat cérébral), opposés dans les années 1990, correspondent à des démarches de recherche complémentaires et sont pratiquement intégrés aujourd’hui (ex : évaluer et rééduquer).

 

 

II. Apports de l'approche cognitive.

 

 

Dans les années 1970, révolution cognitive en Psychologie → neuropsychologie cognitive.

 

Changements dans les priorités de recherche (décrire l’architecture fonctionnelle normale en modules et processus de traitement de l’information) et méthodes (retour à l’étude de cas unique ; mais démarche expérimentale, quantitative et tests standardisés).

Postulat central : « Les perturbations d’un patient cérébrolésé sont causées par des dysfonctionnements sélectifs qui touchent une ou plusieurs composantes de traitement au sein de l’architecture fonctionnelle ; ces composantes assument des traitements distincts et sont relativement autonomes ». (Séron, 2000). Le point de vue cognitif en neuropsychologie suppose d’adopter 3 principes :

- Modularité : une fonction cognitive, conçue comme un système complexe de traitement de l'information, est décomposable en sous-systèmes, en modules, ayant une certaine autonomie fonctionnelle.

- Transparence : les performances observées chez un cérébrolésé particulier peuvent être interprétées comme la résultante d'un traitement normal amputé d'un ou plusieurs modules.

- Fractionnement : une lésion cérébrale peut entraîner la perturbation d'un seul module, épargnant les autres composantes de l'architecture fonctionnelle.

3 principes : le patient cérébrolésé représente un « révélateur » privilégié des composantes et du fonctionnement de l'architecture cognitive normale. Importance de la mise en évidence de dissociations, entre processus fonctionnels et des non fonctionnels.

 

Elaboration d’un modèle du fonctionnement cognitif : consiste à identifier ces processus et à définir la façon dont les sous-systèmes correspondants sont organisés entre eux afin d’accomplir l’activité cognitive concernée.

Le modèle de fonctionnement : une description de sous-systèmes organisés en architecture fonctionnelle (Paillard, 1990 : « ensemble des éléments structuraux du système contribuant de façon nécessaire sinon suffisante à l’accomplissement d’une opération fonctionnelle définie et objectivable »).

 

1. Modèles du langage :

 

Dans les années 1970, des neuropsychologues commencent à décrire deux types de dyslexies acquises. Ces auteurs sont Marshall et Newcombe, qui en 1973 parlent de « patterns of paralexias ». Les dyslexies acquises sont des conséquences d'une lésion cérébrale survenue chez un adulte qui maitrisait antérieurement le langage écrit. Ces différentes paralexies renverraient à différentes formes de dyslexies acquises correspondant à des déficits distincts des sous composantes du système de lecture.

 

On distingue :

- Les alexies périphériques :

+ Touchant les étapes de l'analyse visuelle. Les alexies périphériques sont dues à des lésions du système de traitement de l'information visuelle.

+ Les patients cérébrolésés droits, avec une dyslexie de négligence, vont avoir des difficultés à traiter les partes gauches des phrases et des parties gauches des mots. De plus, les sujets vont avoir plus de facilité à traiter les non-mots que les mots.

- Les alexies centrales :

+ Elles sont causées par le dysfonctionnement du système de la lecture. Marshall et Newcombe nous disent que les dyslexies centrales renvoient au dysfonctionnement d'étapes plus tardives du traitement de l'information langagière.

+ Les dyslexies centrales se divisent en trois catégories :

. Dyslexie de surface : caractérisée par des difficultés dans le traitement de mots particuliers ou de mots inconsistants sur le plan orthographique. Pour ces mots, les patients vont faire une lecture avec des erreurs de régularisation. On constate que les mots réguliers ou les non-mots sont bien mieux lus que les mots irréguliers et les vrais mots. Marshall et Newcombe décrivent ce tableau clinique tel que les patients ne peuvent plus lire les mots irréguliers mais continuent à lire les mots réguliers et les non-mots (qui correspondent à la lecture d'un nouveau mot). Pour expliquer cette dissociation, ils font l'hypothèse qu'il y a une altération de la voie lexicale de lecture. Cette voie, qui passe par le lexique, est endommagée et donc, pour prononcer les mots, les patients passent par la voie non lexicale. Il y a un transcodage graphophonologique.

. Dyslexie profonde : la lecture des non-mots et des pseudo-mots est très difficile voire impossible, alors qu'ils continuent à lire les mots familiers en faisant des erreurs intrigantes. On a qualifiés ces erreurs, par la suite, comme des paralexies sémantiques. Le mot présenté à la lecture ne va pas être lu correctement : au lieu de lire lion (mot présenté) il va lire tigre (mot énoncé), etc. On retrouve aussi des erreurs visuelles et dérivationnelles. Quand on analyse les performances de ces patients,  on constate que les mots à référent concret sont mieux lus que les mots à référent abstrait, et les substantifs sont mieux lus que les mots appartenant à d'autre classe grammaticales. Habib et Robichon (1996) présentent un modèle de traitement de l'information. Marshall et Newcombe font l'hypothèse que « dans le cadre du modèle à double voie de la lecture, on peut expliquer les difficultés des patients à lire les doubles mots par une altération fonctionnelle de la voie non lexicale ». De plus, il y a une altération partielle de la lecture des mots familiers, en faveur du dysfonctionnement de la voie directe qui connecte le lexique orthographique et le lexique phonologique. En conséquence, la lecture des patients dyslexiques profonds, reposerait essentiellement sur la voie lexicale sémantique. Il s'agit d'un traitement grossier. On a avec cette dyslexie, un pattern de troubles inverse à celui de la dyslexie de surface.

 

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. Dyslexie phonatoire.

 

Cela consiste en une tentative de description de patterns de troubles opposés. Cela va donner l'impulsion à des travaux majeurs qui cherchent à comprendre la lecture. C'est le coup de départ à l'élaboration de modèles du fonctionnement de la lecture.

 

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Pour le stockage à long terme on va parler de lexique alors que pour le stockage à court terme, on parle de buffer, avec l'idée de mémoire tampon. Dans ce schéma on précise aussi les opérations et les transformations qui sont opérés pour une tache lexicale donnée.

Le but de ce schéma est de représenter toutes les activités verbales et de fournir une explication simple du fonctionnement verbal.

Le lexique phonologique de sortie est activé par certaines activités langagières et pas par d'autres. Le lexique phonologique de sortie est activé à chaque fois qu'on perçoit un mot familier. Si ce lexique est dysfonctionnel, on peut s'attendre à ce que le patient présente des difficultés pour toutes les activités qui recrutent ce lexique. De plus, si ce déficit du LPS est isolé, alors le patient ne devrait pas présenter d'autres difficultés dans les difficultés qui se réalisent sans l'intervention du LPS. Par exemple, le patient qui suite à une lésion lexical ne devrait pas présenter de troubles dans la copie d'une production écrite, ni lorsqu'on lui demande de dénommer par écrit une image, etc.

Activités qui recrutent obligatoirement le LPS (lexique phonologique de sortie) :

- Répétition de mots.

- Dénomination orale d’images.

- Lecture à voix haute de mots.

- Production spontanée.

Si déficit sélectif du LPS :

- Perturbées : répétition de mots, dénomination orale d’images, lecture à voix haute de mots, production spontanée.

- Epargnées : lecture de non mots, dénomination écrite d’images, écriture sous dictée.

 

Il faut faire la distinction entre le trouble, qui est une manifestation de surface et le déficit qui se passe dans la composante de traitement de l'information. De plus, un même trouble peut avoir des causes différentes, peut être occasionné par des mécanismes sous-jacents différents. C'est sur ce déficit sous-jacent qu'il faut être capable de faire des hypothèses.

Si on a une analyse détaillée des difficultés du patient pour localiser au sein de l'AF les composantes déficitaires et les composantes toujours fonctionnelles, on peut comprendre la nature du trouble qui affecte ce patient. Cette analyse passe par la mesure de l'efficience de chacune des composantes et de chacune des étapes supposées sous-tendre une activité donnée au moyen d'épreuves appropriées. Elle passe aussi par l'interprétation satisfaisante des difficultés liées au diagnostic cognitif, hypothèse sur les troubles du patient, puis au choix thérapeutique.

 

L'anomie est l'un des troubles les plus fréquents en clinique neuropsychologique. Elle renvoie à la difficulté de produire le bon mot, le mot cible/voulu, dans un contexte particulier. On appelle ça aussi le manque du mot. Ce manque du mot est retrouvé chez tous les sujets aphasiques avec lésion de l'hémisphère gauche, chez les sujets atteints d'Alzheimer, etc. Mais ce manque de mot intervient aussi en dehors de toute pathologie, a partir du moment où il y a une surcharge cognitive.

L'anomie peut être causée par beaucoup de choses :

- Perte de la représentation mentale du mot cible dans le lexique.

- Perte de l'accès à ces représentations.

Ces causes ont exactement la même manifestation au niveau des symptômes. Cependant, pour aider ces patients, il faut prendre en compte de la cause qui va influencer le type de prise en charge et de traitement.

Les stratégies thérapeutiques sont différentes :

- Dans le cas de la perte de représentation, on passe un par un réapprentissage.

- Dans le cas où on perd l'accès aux représentations, il faut employer des méthodes pour faciliter l'accès à ces représentations. Pour cela on utilise des techniques d'indiçage.

 

En cas de déficit sélectif du LPS, on peut prédire tel association ou telle dissociation. On s'appuie sur ça pour, face à un patient particulier, essayer de déterminer, à partir d'une analyse fine de ses comportements et de ses performances à différents tests, le déficit cognitif sous-jacent à ses troubles. Ces prédictions sont transférées à la pratique clinique mais aussi à la rééducation du patient. Une fois que le diagnostic est posé, on est en mesure de prédire la thérapie à mettre en place ainsi que les effets du traitement sur le patient. Cela permet de définir l'efficacité du traitement.

 

2. Rééducation de HW, selon Hills et Caramazza (1994) :

 

Tableau clinique :

- Personne droitière qui à l'âge de 64 ans a subit une lésion cérébrale. Elle avait jusque là un bon fonctionnement cognitif. Après sa lésion, elle se retrouve avec des troubles cognitifs sévères.

- Les symptômes :

+ Langage oral :

. Production orale : langage fluent et correct sur le plan syntaxique. Il arrive qu'elle produise des paraphasies sémantiques et phonémiques, remplace un mot par un autre ou le son d'un mot par un autre.

. Compréhension du langage oral : normale.

+ Lecture : nombreuses erreurs (paralexies : erreurs de lecture) :

. Paralexies sémantiques.

. Les substantifs (40% de lectures correctes) beaucoup mieux lus que les verbes (18% de lecture correcte).

. Effet de la fréquence d'usage des mots, pour ce cas, plus le mot est fréquent et plus le mot est bien lu.

+ Ecriture :

. Absence d'effet de classe grammaticale (substantif-verbe), de fréquence d'usage.

. Pas de paragraphie sémantique (substitution d’un mot par un autre), mais erreurs d'épellation.

. Pour les non-mots : il y a de très nombreuses erreurs aussi bien en lecture qu'en écriture.

 

Ce qui est surprenant chez cette patiente est la différence très nette entre ce qui se passe entre les verbes et les substantifs. Les expérimentateurs ont présenté un certain nombre d'épreuves à HW.

Parmi ces tests on retrouve :

- Tache de dénomination écrite et orale d'image présentant plutôt la forme substantif ou la forme verbe.

- Tache de lecture à voix haute et de dictée des mots présentés en dénomination.

- Tache de description des images à l'oral ou à l'écrit, de façon à s'assurer qu'elle accède bien au sens. Cela permet d'identifier l'état du système sémantique chez HW.

Les résultats montrent que pour toutes les taches orales, HW a des performances moins bonnes pour les verbes (30% de réponses correctes) que pour les substantifs (68% de réponses correctes).

Ces tests suggèrent la présence de deux déficits distincts :

- Déficit du lexique phonologique de sortie : concernerais essentiellement les verbes.

- Altération majeure des procédures non lexicales : les procédures qui permettent de convertir les phonèmes en séquences écrites et ces séquences écrites en séquences sonores (phonèmes).

 

D'autres hypothèses peuvent être énoncées en ce qui concerne les causes des troubles.

Hills et Caramazza vont sélectionner deux autres hypothèses interprétatives pour les réfuter :

- Déficit de type sémantique : la compréhension des verbes n'est pas altérée et la dénomination écrite ne l'est pas non plus. De plus elle décrit très bien les images qu'on lui demande de traiter.

- Déficit de l'activation des composantes périphériques qui permettent la production du geste phonatoire : ne tient pas car pas compatible avec l'effet de classe grammaticale et les erreurs sémantiques.

 

L'hypothèse sur la différence des performances au niveau des verbes et des substantifs est que les verbes sont acquis plus tardivement que les substantifs. Par conséquent les représentations des verbes sont plus fragiles que les représentations des substantifs et donc sont altérées plus rapidement.

 

L'objectif thérapeutique est de fournir à HW les formes phonologiques qui sont soit perdues soit difficilement accessibles. Il y a une justification théorique au fait de proposer à HW un programme de rééducation qui l'amène à produire de manière répétée les mots qui lui sont problématiques. Elle se base sur le modèle des logogens de Morton. L'idée la plus importante de ce modèle est l'automate à seuil : chaque fois qu'on produit un mot, on active une unité qui le représente. Plus souvent cette unité est activée et plus le seuil de déclenchement de l'unité baisse. L'idée de Hills et Caramazza de faire répéter des mots à HW est basée sur le fait que les mots de la langue sont représentés comme des automates à seuil. Elles pensent que le seuil des mots de HW est anormalement élevé, lui empêchant ainsi d'accéder au mot. Donc, en appliquant l'idée de Morton, HW devrait pouvoir retrouver l'accès à ces mots en baissant de manière significative le seuil de déclenchement.

 

La méthode consiste à faire produire oralement de nombreuses fois les mots qui posent problème. Pour cela il faut renforcer ou réinstaller les formes phonologiques. Les auteurs ont donc composé deux listes d'items composées chacune de 20 verbes avec une fréquence d'usage comparable. La première liste (A) va être utilisée en rééducation, pendant que la seconde liste (B) va être utilisée comme liste contrôle. Puis, la liste B sera travaillée lorsque le critère de réussite est atteint pour A.

L'intervention, en elle même, consiste en :

- Des exercices de lecture à haute voix, pendant laquelle on aide le patient à l'aide d'indices phonémiques. On travaille ainsi tous les items de la liste A, jusqu'à ce qu'au bout de quelques semaines HW produise 100% de réponses correcte.

- Après quelques semaines d'une première phase de traitement portant sur la liste A, l'identification d'images en lien avec les verbes qui posent problème sont considérablement améliorés, mais uniquement avec les verbes qui ont été traités en lecture pendant la séance de rééducation. A l'issue de cette première phase il n'y a aucune généralisation aux items de la liste B.

 

On se doit de proposer aux patients des thérapeutiques pour lesquelles on a déjà démontré les effets. C'est une question d'éthique.

En utilisant deux listes d'items, strictement comparables par ailleurs, on se donne les moyens de démontrer l'effet spécifique de la rééducation et d'écarter le fait que ça pourrait être des effets généraux qui participent à l'amélioration des performances de la patiente.

 

On fait une ligne de base au niveau du prétraitement et au niveau post-traitement. On constate qu'il y a une amélioration des performances de HW.

 

Il y a deux effets principaux de la rééducation :

- Effet d'item spécifique : seuls les items travaillés en rééducation sont améliorés.

- Généralisation des progrès : à la dénomination d'images à partir d'un traitement basé sur la lecture à voix haute. Le travail en rééducation sensé renforcer l'accès des verbes était un travail de lecture. A partir des ces exercices visant à faire répéter les items posant problème, on renforce leur accès dans le lexique phonologique de sortie.

 

Les auteurs poursuivent en disant que ces effets étaient prédits compte tenu de du modèle de l'architecture normale de référence.

La dénomination orale partage avec la lecture le recrutement du lexique phonologique de sortie. La voie de lecture non lexicale de conversion des phonèmes en graphèmes est endommagée. Donc, pour HW le passage par ce recrutement est obligatoire puisque la voie de lecture non lexicale est endommagée.

Les exercices de lecture répétitive à voix haute avaient pour objectif d'abaisser le seuil du lexique phonologique de sortie. Il était attendu que les taches améliorent toutes les activités de dénomination d'images et des mots correspondant. Sur le plan théorique on s'attend à ce que si on renforce l'accès des verbes dans le lexique phonologique de sortie, on s'attend à ce qu'il se généralise à l'emploi de ces verbes au quotidien et en lien à la dénomination d'images.

L'effet item-spécifique corrobore le fait que c'est bien l'abaissement du seuil d'activation des représentations dans le lexique phonologique de sortie qui explique les progrès. Seul les items qui ont été prononcés fréquemment durant la rééducation, voient leur seuil d'activation baisser et voient leur accès plus disponible.

 

3. Synthèse : utilité des modèles du langage normal :

 

Classiquement, on dit que les modèles de langage normal :

- Guident l'évaluation.

- Permettent de définir ce sur quoi doit porter la rééducation.

- Donnent des indications quant aux méthodes de rééducation.

- Permettent d'éprouver la spécificité des effets de la rééducation, comme pour la rééducation item-spécifique : seuls les items travaillés en séance de rééducation s'améliorent. On peut aussi entreprendre une rééducation qui permette de réhabiliter l'usage de certaines stratégies que le sujet peut appliquer dans certaines situations. On suppose que le sujet va pouvoir généraliser l'application de ces stratégies à différentes situations.

 

Selon le défini cognitif et selon la thérapie on s'attend à un effet de généralisation restreint à certaines classes de stimuli. Cependant, les effets enregistrés en rééducation ont un effet sur la vie du patient. Cela lui apporte un mieux-être puisqu'il y a une amélioration de sa vie quotidienne.

 

En retour, l'étude des troubles et des déficits chez les patients permet :

- De distinguer des composantes et d'élaborer les modèles.

- De tester et préciser les modèles.

 

 

III. TD : Latéralité cérébrale et manuelle.

 

 

Pour déterminer la latéralité cérébrale et manuelle d'une personne, on lui présente un tache cognitive, tel que la tachiostocopie (présentation de stimuli visuels très rapides) en champ visuel divisé. La méthode consiste à présenter des stimuli mot ou non mot, à droite du point central de fixation du sujet ou à gauche. Ce qui apparait dans un hémi-champ visuel est traité par l'hémisphère opposé. Le temps de présentation de chaque stimulus est de 100ms. Cela nécessite un dispositif d'affichage et de réponse très précis et rapide. Cela est nécessaire puisque l'accès au sens du stimulus se fait dès 100ms après la présentation. De plus, le temps de transfert entre hémisphère droit et hémisphère gauche prend entre 5 et 13 ms, en fonction de la complexité de la tache. C'est pour cela qu'il est nécessaire d'avoir du matériel extrêmement précis.

 

Il existe aussi des taches papier-crayon permettant de mesurer l'asymétrie cérébrale fonctionnelle. Ils ne sont pas nombreux.

On retrouve, pour les stimuli visuels :

- Grey Scale Task (Mattingley et al.) : on présente des planches au sujet présentant deux rectangles avec un dégradé allant du noir au blanc et on demande au sujet de désigner le rectangle le plus sombre. Elle a été publiée en 2004 avec pour objectif de mettre au point une tache papier crayon qui permette de déterminer au niveau d'un groupe s'il y a un biais vers l'espace gauche. Etant entendu que notre hémisphère droit est spécialisé dans le traitement de l'espace, il devrait y avoir une préférence pour le traitement de ce qui est présenté dans l'hémi-champ droit.

- Le test des visages : pour chaque paire de visage, on demande au participant lequel est le plus agréable, le plus avenant. On s'est arrangés pour que le visage ait une hémiface plutôt souriante à gauche ou plutôt souriante à droite.

 

Pour le langage, il n'existe pas de test standardisé.

Certains ont tout de même été établis :

- 20 + 20 (Glackman) : dans sa thèse il affirme que lorsque l'hémisphère cérébral gauche est plus activé que le droit, le regard aurait tendance à partir vers la droite, et inversement. C'est lié à des mécanismes de très bas niveau. Il propose de présenter un stimulus auditif au sujet pour lequel il y a un traitement linguistique et verbal. On observe la première orientation oculaire après le stimulus.

 

Exercice : proposition d'une vingtaine de questions :

- Quelles sont les couleurs du panneau représentant une route prioritaire ?

- Nombre de pièces d'échec ?

- Nombre d'anneaux olympiques ?

- Nombre d'angle droits au chiffre 4 ?

- Combien de face à un cube ?

- Combien de présidents ont une barbe sur le mont Rushemort ?

- La couleur du costume de superman ?

- Couleur de la salopette de Mickey ?

- Combien d'arêtes a une pyramide ?

- Combien y a-t-il d'enfants sur le panneau « danger école » ?

- Ou se situe la Finlande par rapport à la Pologne, géographiquement ?

- Combien y a t-il de bandes de couleurs sur le drapeau allemand ?

- Quelle est la couleur de la Tour Eiffel ?

- Sur une pièce de 50 centimes, quel est le profil visible ?

- Imaginer un rectangle et tracer une droite qui va du coin supérieur gauche au coin inférieur droit.

- Représenter vous toutes les portes de votre appartement et compter le nombre de poignées.

- Combien de coussinets sous les pattes d'un chat ?

- Pour aller de Menton à Monaco, vers quel point cardinal faut-il aller ?

- De quelle couleur du costume de picsou ?

- En combien de parts se divise un cercle quand on trace six diamètres ?



10/05/2014
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