Cours de psychologie

Neuropsychologie de la mémoire

Neuropsychologie de la Mémoire

 

 

Lecture obligatoire :

- Les grands syndromes neuropsychologiques, dans Manuel de neuropsychologie, 4ème édition, Eustache, Faure, Desgranges, Paris, Dunod.

 

Plan du cours :

I. Les modèles de la mémoire :

1. Définition et historique.

2. Encodage, stockage et récupération.

3. Naissance des conceptions multi-systèmes (MS, ou structurales/elles).

4. Le concept de système de mémoire.

II. Principaux systèmes de mémoire en neuropsychologie :

1. Etats de conscience associés à chaque sous-système.

2. Les modèles de référence en neuropsychologie :

a. Modèle structural de Squire, approche paralléliste.

b. Modèle sériel, parallèle, indépendant de la mémoire (Tulving, 1995).

c. Essai de synthèse : MNESIS (Eustache et Desgranges, 2003).

3. Deux mémoires à individualiser :

a. La mémoire autobiographique.

b. La mémoire prospective.

III. Relations entre mémoire épisodique et mémoire sémantique :

1. Amnésie infantile et ictus amnésique idiopathique.

2. L’étude de l’amnésie permanente chez l’enfant.

3. Trouble de l’encodage et de la récupération.

 

 

I. Les modèles de la mémoire.

 

 

Plaintes fréquentes dans la vie quotidienne (vieillissement).

Les troubles de la mémoire renvoient à de nombreuses pathologies. Il n’y a pas toujours une base cérébrale objectivable. Il y a des maladies psychogènes ou fonctionnelles (liées à un traumatisme psychologique) qui sont souvent tenues en dehors du champ de la neuropsychologie. Les travaux scientifiques ont montré une perte d’identité personnelle, une atteinte de la mémoire autobiographique.

Les syndrome amnésiques permanent sont très divers et surviennent brutalement chez une personne qui « fonctionnait bien ».

 

Troubles dans de nombreuses pathologies :

- Amnésies psychogènes ou fonctionnelles (traumatisme psychologie, perte d’identité personnelle, atteinte mémoire autobiographique).

- Syndromes amnésiques permanents :

+ Syndrome bi-hippocampique : patient HM (Henri Molaison), épileptique sévère et exérèse des deux parties internes de l’hippocampe ce qui a endommagé grandement la mémoire - incapable à former de nouveaux souvenirs).

+ Syndrome de Korsakoff : carence en vitamine B1 chez alcooliques ou personnes dénutries.

+ Trouble mnésique d’origine frontale : TC, troubles de la mémoire épisodique et de la MDT.

+ Amnésie développementale : syndrome amnésique chez l’enfant (lésions cérébrales périnatales, tumeur cérébrale).

- Troubles de la mémoire (des mémoires) dans la maladie d’Alzheimer : avant que la maladie se manifeste, il y a déjà des altérations de la mémoire sémantique.

- Syndromes amnésiques transitoires :

+ Ictus amnésique idiopathique.

+ Syndromes amnésiques transitoires symptomatiques (consécutifs à un évènement identifié : origine ischémique, épilepsie, iatrogène…). On ne met pas en évidence des altérations structurelles ou fonctionnelles. Décrit en lien avec la prise de médicaments.

 

1. Définition et historique :

 

La définition la plus générale est que la mémoire renvoie à la capacité des organismes vivants et certains artefacts à encoder, stocker et retrouver de l’information. Il faut considérer une mémoire biologique ou phylogénétique : ensemble des processus et systèmes de conservation de toute réponse acquise et des activités par lequel un organisme modifie son comportement en fonction de son expérience. Une mémoire au sens large qui correspond au sous ensemble de la mémoire biologique constitué des processus et des systèmes de conservation des schémas d’action ou de connaissances et des processus qui se modifie avec la répétition, c’est-à-dire des habitudes. La mémoire au sens stricte est un sous ensemble de la mémoire au sens large qui est constitué par l’ensemble des processus et système qui détermine la capacité de stocker, transformer et réactualiser les souvenirs singuliers et autobiographiques, qui se réfère au passé de l’individu. Enfin, on termine par des utilisations plus spécifiques du terme pour définir, un système hypothétique de stockage de l’information (Mdt), la nature de l’information stockée (mémoire verbale), une propriété particulière de cette information stockée (mémoire épisodique), un processus particulier de récupération de cette information (mémoire de reconnaissance) enfin on peut aussi utiliser le terme de mémoire pour désigner un état particulier de conscience qui accompagne l’activité mnésique et la différence d’autres actes cognitifs (mémoire de récollection qui s’accompagne de reviviscence).

 

Dan Sperber et Le rôle crucial de la mémoire et de la cognition (2001), dans son texte il insiste sur le fait que sans mémoire nous n’avons pas de flexibilité adaptative. L’auteur souligne que tous système cognitif aussi rudimentaire soit-il, permet à l’organisme qui en est doté d’ajuster son comportement aux changements du monde qui l’entoure. Cependant, les organismes simples dotés d’un système cognitif sans mémoire sont incapable d’apprendre, ils réagissent toujours de manières stéréotypées à des évènements semblables. Un système cognitifs munie d’une mémoire permet à l’organisme de réagir de manière différentes à des évènements semblables, de choisir de ne pas réagir, d’ajuster ainsi ses réactions non seulement aux changements de l’environnement, à ses propres états internes (faim, fatigue, douleur…) mais aussi aux rapports que ces évènements et ces états entretiennent avec des évènements et des états passés.

Ceci souligne fortement le rôle de la mémoire dans les flexibilités adaptatives. Plus tard, Sperber dit qu’il faut distinguer deux aspects : celui de réserve d’informations et l’aspect distincts d’un ensemble de processus qui permet d’alimenter et d’exploiter cette réserve. Il souligne la capacité difficilement calculable de la mémoire humaine. Nous connaissons des centaines de personnes, des dizaines de milliers de choses et de mots… Nous ne pouvons pas non plus récupérer et exploiter l’intégralité de notre répertoire mnésique. L’efficacité cognitive dépend de la capacité du système à ne traiter que certaines informations, suffisamment pertinentes et dont le traitement sera susceptible d’avoir des effets cognitifs adéquats et adaptés dans un contexte donné. L’efficacité de la mémoire dépend donc en partie de sa sélectivité dans les informations qu’elle réactive à un moment donné. Elle est aussi tributaire de nombreux facteurs au delà de l’intégrité des processus et des représentations mnésiques (capacités perceptives, degré de vigilance, capacité d’attention et de concentration, de la motivation, de la valeur affective attribuée au matériel à mémoriser, la capacité de raisonnement, pertinence des procédure de traitements de l’informations, l’entrainement, l’âge, le sommeil…) Ces multiples facteurs qui modulent le fonctionnement mnésique explique la très grande variabilité interindividuelles.

 

B.Milner : travaillait avec Scoville dans le service d’épileptologie à Montréal, s’est occupée pendant plus de 30 ans du patient HM.

T.Ribot : père fondateur de la psychologie expérimentale et un des 1ers à élaborer une étude scientifique de la mémoire. Effet de primauté/récence.

 

La psychologie scientifique est née à la fin du 19ème, H.Ebbinghaus en 1885 publie ce qu’on considère comme la 1ère étude expérimentale de la mémoire et l’oubli. Il met en évidence l’économie au réapprentissage. Le taux d’oublie est important pour les délais les plus courts et diminue lentement pour les délais suivants à tel point qu’on oublie la majorité de l’information apprise entre 1 et 9H de délai alors qu’on ne perd pratiquement rien entre 1 et 2 jours de délai.

Watson, en 1920 a initié le béhaviorisme, l’étude des états d’âme où l’introspection n’est pas une méthode. La Rocher doit se baser uniquement sur l’observation des comportements observables. A partir de là, il va y avoir un phénomène d’éclipse d’étude sur la mémoire. Il rejette cette notion qu’il juge trop mentaliste, et lui préfère l’étude de l’apprentissage, étant entendu comme la modification de comportement. Pour lui tout apprentissage est basé sur le conditionnement. 

Le cognitivisme succède au béhaviorisme vers 1950, avec l’avènement des théories de système de traitements de l’information. Shannon et Whether proposent de nommer les structures de l’ordinateur avec des structures qui définissent l’humain. On va parler de langage machine, de mémoire vive/permanente, intelligence artificielle… Ils parlent de l’ordinateur mais rapidement vient l’influence inverse. On va s’appuyer sur la structure et le fonctionnement des ordinateurs pour parler de l’esprit humain, pour formuler des hypothèses sur le fonctionnement mental. On conçoit la mémoire comme étant l’ensemble des mécanismes d’encodage, de stockage et de récupération des informations. Les souvenirs sont comparés à des fichiers d’ordinateurs qui peuvent stocker des informations et moyennant certains mécanismes permettent d’y accéder. Le souvenir n’est pas un enregistrement passif, ou au pied de la lettre de la réalité. On y rattache des émotions que les expériences nous ont procurées. Ces émotions sont très importantes et l’influence de ces aspects émotionnels peut expliquer certaines distorsions de la mémoire. Le souvenir n’est pas aussi fiable que ce que l’on croit. La mémoire est un système complexe qui se trouve au point de rencontre entre la vie affective et les fonctions cognitives. Quand on parle d’oubli, de faux souvenirs, on parle du fonctionnement normal de la mémoire.

De l’antiquité au béhaviorisme la mémoire est considérée comme quelque chose d’unitaire, qu’on décide d’étudier ou pas. Quelques savants se sont détachés de cette vision mais leurs découvertes n’ont pas été reprises par leurs pairs.

Charcot prend clairement position pour le localisationnisme, différentes capacités mentales correspondent à certaines structures ; il note que certains aspects de la mémoire peuvent être affectés par une lésion. Il dit que l’aphasie n’est qu’une amnésie particulière qui se caractérise par un trouble plus ou moins partiel de la mémoire des mots. Il y a plusieurs formes de mémoire. La mémoire en tant que telle n’existe pas, elle est morcelée en diverses mémoires partiels autonomes. La mémoire ne serait pas unitaire.

Korsakov fait des hypothèses qui seront ensuite d’une haute importance théorique. Les troubles mnésiques sont isolés, c’est-à-dire que la fonction mnésique a une relative indépendance face à d’autres fonctions. La mémoire est une entité à distinguer du langage et de la capacité intellectuelle générale. Chez des patients des troubles n’affectent pas la mémoire dans son ensemble, certaines capacités sont préservées. Nous pouvons considérer qu’il est l’un des premiers à avoir remarqué des dissociations entre les troubles. La mémoire des souvenirs les plus anciens est conservée, en accord avec la loi formulée par Ribot. Il note aussi un contraste entre un déficit massif de l’accès volontaire aux souvenirs et possibilités de modification du comportement sous l’influence de stimulations antérieurs (« habitudes »). Les malades semblent capables de mémoriser certaines expériences qui influencent leurs comportements à leurs insu.

Claparede, psychologue et neurologue genevois, dans la 1ère moitié du 20ème siècle a développé des concepts qui sont toujours centraux aujourd’hui : implicite/explicite dans l’étude de la mémoire. Il prend en charge des patients atteints du syndrome de Korsakoff et met en œuvre une méthode expérimentale pour essayer de comprendre de façon précise ce qu’ont ces malades (utilise mesure de la mémoire d’Hebbinghaus qui repose sur l’économie du réapprentissage). Il a noté que la patiente apprenait plus rapidement une liste de mots qu’elle avait déjà vu ultérieurement sans pour autant se souvenir qu’elle l’avait étudiée dans une séance précédente. Il est amené à identifier deux phénomènes de la mémoire : l’effet d’amorçage et l’apprentissage de procédure. Il a notamment démontré une dissociation entre des capacités de mémoire implicite préservées et des capacités explicites gravement perturbées. Il a proposé des hypothèses théoriques telle que la distinction entre les habitudes (contenus non déclaratifs, accès implicite, résistantes à différents processus pathologiques [peuvent être préservées dans un syndrome de Korsakov]) et les souvenirs (contenus de mémoire qui apparaissent plus fragiles, souvent perturbées, accès explicite et facilement verbalisable). L’organisation entre les différents types de mémoire, pensée par Claparede, sera reprise dans la façon de concevoir la mémoire par Tulving.

Il ne suffit pas de faire des propositions théoriques pour susciter l’intérêt de ses contemporains.

 

Lorsqu’on se retrouve pour considérer l’évolution des conceptions des travaux importants en neuropsychologie on peut distinguer trois périodes :

- Une 1ère se situe  fin 19 début 20ème : très féconde en terme de découvertes et propositions, à partir de l’étude de patient qui ont des lésions cérébrales mais aussi à partir de l’étude du fonctionnement normal. Ebbinghaus a mis au point la méthode de l’économie de réapprentissage sur lui même, puis sur des personnes saines (Claparede, Korsakoff, Ribot…) suivi d’une période d’éclipse causée principalement par la domination du béhaviorisme du champ de la psychologie. Rejet de l’étude de la mémoire. Les observations précédentes passent inaperçues jusqu’à ce que la psychologie cognitive et la neuropsychologie cognitive se constituent dans les années 1970.

- A noter que Milner a joué un rôle particulier en décrivant le cas du patient HM et en documentant les dissociations (MCT préservée, MLT aboli ; mais il faut considérer d’autres distinctions comme par exemple entre la mémoire procédurale et déclarative). En 1960 on observe une renaissance de la mémoire.

- Dans les années 1980 les équipes élaborent des modèles détaillés de la mémoire humaine qui sont beaucoup en termes de différents systèmes de mémoire, de relations entre les différents systèmes. On utilise de nouvelles méthodes dont on ne disposait pas auparavant (neuroimagerie et neuroimagerie fonctionnelle, présentation en CVD, neurostimulation). Les modèles sont de plus en plus précis.

 

2. Encodage, stockage et récupération :

 

Phase obligée de toute activité mnésique ; renvoie aux processus qui permettent à des informations d’entrer en mémoire, d’y être maintenue et d’être éventuellement rappelées. Baddeley et al., en 2009, expliquent que par analogie avec les ordinateurs on conçoit la mémoire humaine comme comportant un ou plusieurs stocks. Mais ils soulignent qu’avant toutes choses, n’importe quel système de mémoire a besoin de trois choses : capacité à encoder l’information, à la stocker et à la récupérer l’information. Si ces 3 étapes servent des fonctions différentes, elles interagissent. On peut difficilement les considérer de manière isolée. Il y a des interactions entre elles. L’encodage détermine quelle information est stockée et comment, ce qui déterminera et limitera en retour ce qui peut être ultérieurement récupéré. On peut noter que c’est la distinction entre ces différents processus qui permet de comprendre les activités de la mémoire à moins de faire référence à une situation particulière. Les mécanismes d’encodage sont différents selon que le sujet se livre à un traitement superficielle de l’information (qui risque d’être rapidement oublié) ou bien met en œuvre un traitement profond qui s’appuie sur la sémantique du matériel à traiter et ce qui permet de faire un lien entre les différentes informations.

 

Encodage : ensemble de processus qui perçoivent une nouvelle information ; peuvent être plus ou moins automatiques (n’exigent pas d’attention et s’effectuent sans contrôle volontaire) ou peuvent mobiliser un certain effort (exigent de l’attention).

Stockage : renvoie à des mécanismes qu’il convient de distinguer. On en suppose certains passifs, dont la durée de rétention est brève ; et d’autres mécanismes plus actifs qui se font par la mise en œuvre de mécanismes plus complexes. Dans ce cadre, l’information peut être retenue plus longtemps, même si elle peut être remaniée. Dans ce cas on parle de consolidation. Quand on s’intéresse à la consolidation on a à faire à des échelles de temps très longues, qui sont celles de l’empan de vie.

Récupération : renvoie à plusieurs mécanismes. L’une peut être implicite (le sujet ne se rend pas compte de ce qu’il utilise) ou plus explicite et délibérée (on peut récupérer de l’information de manière automatique, situation dans laquelle on est confronté à un indice qui génère de manière irrépressible la récupération de l’information ; et on a des modes de récupérations plus stratégiques, où l’individu génère des indices lui permettant d’accéder à l’information souhaitée).

 

L’efficacité de la mémoire ne dépend pas seulement de l’intégrité et de l’état de marche de ces 3 processus.

 

3. Naissance des conceptions multi-systèmes (MS, ou structurales/elles) :

 

Nicolas dans son ouvrage sur la mémoire dit qu’on place les théories de la mémoire soit dans les théories fonctionnelles soit dans les théories structurales. Les structurales dominent ; structurales car elles ont en commun d’accepter l’hypothèse qu’il existe différents systèmes de mémoire. Tandis que les théories dites fonctionnelles envisagent que ce que certains considèrent comme renvoyant à des systèmes différents renvoient en fait à des tâches différentes. Pour les tenants des théories fonctionnelles, la mémoire serait unitaire. Les chercheurs devraient se donner comme objectif, non pas d’étudier les différents systèmes de mémoire mais de s’intéresser aux différents processus mnésiques impliqués dans différentes tâches.

Collin et Loftus, Anderson proposent des modèles en termes de réseaux propositionnels.

Versace et al., conçoivent la mémoire comme quelque chose d’unitaire et laissent de côté l’idée selon laquelle il y aurait des systèmes distincts. Il parle de modèle de traces multiples ; non seulement il remet en cause la conception de certains systèmes de mémoire mais aussi la notion de représentation dans sa valeur abstractive qui lui est donnée par l’approche cognitiviste. Le but, la finalité des systèmes sensoriels est d’abstraire les invariants. Il rejette cela pour dire qu’il y a un pattern d’activation à un moment donné qui tient lieu de représentation. Il n’y a pas un dépôt quelque part abstrait qui sera récupérer ; mais il y a des patterns d’activation qui tiennent lieu de représentation.

Cette conception en trace multiple considère que chaque confrontation à un évènement entraîne la création d’une trace mnésique qui correspond strictement aux activations sensori-motrices et émotionnelles provoquées par celui-ci. Selon cette approche, se serait l’accumulation de ces traces qui permettrait à partir de la confrontation répétée entre l’individu et un objet dans une large gamme de contextes différents qui permettrait d’extraire en quelques sortes, un sens. Le sens n’est pas conçu comme stable abstrait, mais serait recréé à chaque activation. Ce sens qui n’est pas stocké en tant que tel correspond à l’ensemble des activations sensori-motrices liées à cet objet.

 

Les théories structurales sont nées de la proposition d’une dichotomie entre la MCT et la MLT. Cette notion est ancienne mais la notion de dichotomie a été redécouverte dans les années 1960 (cas HM et d’autres…). Atkinson et Shiffrin ont intégré ces deux systèmes :

- MCT : système mnésique de capacité limitée qui sous-tend la réalisation de tâches qui nécessitent le maintien en mémoire d’informations disponibles pour un traitement immédiat.

- MLT : permet d’acquérir des informations de façon durable et sa capacité est très importante.

Selon le modèle d’Atkinson et Shiffrin en 1968, ces 2 systèmes sont organisés entre eux de façon sérielle :

- L’information entre d’abord dans un registre d’informations sensorielles et y réside pendant un temps très bref (msec).

- La MCT reçoit ensuite une sélection des informations en provenance du RIS (les informations sont maintenues en MCT dans un temps limité, sec).

- Une partie est transférée en MLT, caractérisée par la permanence de l’information stockée, même si cette information peut être temporairement indisponible ou remaniée/modifiée au moment de la récupération.

On peut noter les effets de primauté et de récence qui revoient respectivement aux capacités de la MLT et de la MCT. Il y a un regain de la neuropsychologie de la mémoire.

Des patients possédaient une dissociation inverse à celle du patient HM, avec une atteinte de la MCT et MLT préservée, comme le patient KF (étudié par Warrington et Shallice en 1970). Chez ce  patient on n’observe pas d’effet de récence et les chercheurs observent un résultat anormal (quasi nul) dans la tâche de Peterson (on présente une faible quantité de matériel, 3 consonnes présentées sur une fiche et on mesure la rétention de ce matériel après un court délai comportant une tache interférente qui empêcherait la répétition mentale). Vers 1980, d’autres cas similaires seront publiés et chez qui la dissociation est la suivante : abolition de la MCT et préservation de la MLT.

On a donc deux profils de patients qui nous procurent un argument fort pour penser que l’on a à faire à deux systèmes de mémoire ou deux processus distincts effectivement.

Ultérieurement les études chez KF ont établi qu’il n’y avait pas un déficit global de la MCT ; la composante verbale serait plus atteinte et plus spécifiquement encore le patient KF aurait eu un déficit au niveau phonologique.

On a une double dissociation qui conforte la conception en terme de deux systèmes séparables mais en même temps contredit et mène à abandonner la conception sérielle entre deux systèmes.

→ A partir de là, le concept de MCT évolue en MDT et plusieurs systèmes sont supposés au sein de la MLT.

 

4. Le concept de système de mémoire :

 

Dissociations entre capacités perturbées et préservées dans les syndromes amnésiques ont inspiré aux chercheurs des théories structurales de la mémoire humaine. Ces modèles supposent différents systèmes.

« Les systèmes de mémoire sont des structures organisées formées de composants opérationnels plus élémentaires. Un composant opérationnel…est fait d’un substrat neural et de ses corrélats comportementaux et cognitifs », Tulving (2004). Certains composants sont communs à tous les systèmes, d’autres à seulement quelques unes, et d’autres encore sont spécifiques à un système donné. Différentes situations d’apprentissage et de mémoire impliquent différentes concaténations de composants provenant d’un ou de plusieurs systèmes…

 

Système :

- Terme plus contraint que celui de composante ou de test de mémoire, qui servent à décrire, tandis que le terme de système est relié à un certain modèle de l’architecture neurofonctionnelle.

- Ne sont ni des formes de mémoire, ni des proc mnésiques, et ne renvoient pas non plus à tâches.

Critères pour caractériser les systèmes de mémoire :

- Seraient impliqués dans des fonctions cognitives et composantes mentales ne présentant qu’un recouvrement partiel.

- Sous-tendraient l’acquisition et la rétention de différents types de savoirs et d’informations.

- Seraient sous la dépendance de structures cérébrales et/ou de mécanismes neuronaux spécifiques.

- Leur fonctionnement obéirait à différentes règles ou lois ou principes distincts.

Pas de correspondance termes à termes entre une tâche mnésique et un système (même si reliés) :

- L’analyse des tâches utilisées pour appréhender la mémoire est importante : plusieurs systèmes contribuent au stockage et à l’utilisation de l’information dans une activité donnée.

- Une tâche recrute donc plusieurs systèmes : performances à une tâche de mémoire épisodique (RL/RI 16 items-mots, rappel d’histoire BEM144…) aussi déterminées par l’efficience de la mémoire sémantique.

 

 

II. Principaux systèmes de mémoire en neuropsychologie.

 

 

Pour comprendre la mémoire humaine on doit comprendre qu’il existe 5 principaux systèmes de mémoire :

- Mémoire procédurale : définit comme nous permettant d’acquérir progressivement des habiletés avec l’entraînement qui comprend de nombreux essais, les stocker et les restituer sans faire référence à l’expérience antérieure (ex : faire du vélo). Ses contenues sont difficilement verbalisables ; mémoire plutôt automatique et à laquelle on accède difficilement de manière consciente et dont les opérations s’expriment dans l’activité du sujet. L’apprentissage procédural requiert l’implication de nombreux autres systèmes en particulier sur la Mdt et sur les systèmes de mémoire déclaratives (recrutés de manières importantes dans les phases initiales, puis de moins en moins avec automatisation et procéduralisation). On l’évalue en proposant aux individus la pratique intensive de tâches « constante » (même matériel, même consigne de manière à recruter les mêmes traitements ; ex : tâche du labyrinthe; celle de poursuite de cible sur un disque tournant, la lecture en miroir, tour de Hanoï…). On évalue comment l’apprentissage se fait avec la répétition. On sait que cette mémoire repose sur la mise en jeu de structures sous corticales en particulier, le striatum et le cervelet. Les performances à une tâche jamais réalisée (tâche de l’étoile) s’améliorent de jours en jour, tout comme les performances de personnes saines. Les différents sous systèmes de mémoire, sont différemment impliqués selon les phases initiales, ou ultérieures de routinisation. Aucun de ces tests n’est pur, les tâches dites de mémoire procédurale impliquent d’autres sous systèmes.

- Mémoire perceptive : permet d’acquérir des habiletés perceptives, des connaissances relatives à la forme et à la structure des objets. Ne traite pas de la sémantique. Joue un rôle important dans l’identification des objets, des mots. Elle est impliquée dans l’expression inconsciente ou implicite de la mémoire (ex : effet d’amorçage perceptif pour renvoyer au fait que l’identification perceptive d’un objet peut être facilitée lorsque préalablement on présente l’intégralité de l’objet et ensuite on présente sa forme dégradée. Malgré cela, la réponse va être facilitée). On suppose qu’il existe plusieurs systèmes de représentations perceptives (PRS) : un qui traite spécifiquement de la forme visuelle des mots, un autre qui traite de la forme auditive des mots. On suppose aussi un système de description structurelle pour tout ce qui n’est pas verbal. Du point de vue des substrats, les aires impliquées sont au niveau du cortex visuel : occipital (en particulier HD). Pour la modalité auditive on peut citer comme substrat le cortex auditif, en périphérie du gyrus de Heschl.

- Mémoire sémantique : permet l’acquisition et la rétention de connaissances générales sur le monde. Permet de fournir au sujet le matériau nécessaire pour réaliser des opérations cognitives sur des aspects du monde qui ne peuvent être appréhendé par la perception immédiate, qui ne sont pas dans le présent cognitif du sujet. Cette mémoire joue un rôle central dans la vie cognitive du sujet. Elle est indispensable à l’utilisation du langage mais pour autant elle ne s’y réduit pas. Elle comprend aussi de nombreux autres aspects indépendants du langage, en autres : la connaissance des règles, des algorithmes, des symboles non linguistiques… En terme d’évaluation, DO 80/100 normée par Deloche et Kremin entre autres ; fluences verbales standardisée par Cardebat et al. Repose sur un réseau de neurones partagé avec la mémoire épisodique. On sait que les cortex temporaux et frontaux sont très impliqués.

- Mémoire de travail : système à capacité limitée qui permet le maintient temporaire et la manipulation d’information sous un format accessibles pour permettre à  l’individu de réaliser des tâches cognitives diverses. Parmi elles, on note des tâches de haut niveau : raisonnement, compréhension d’un discours, situation de résolution de problème. En neuropsychologie le modèle de référence est de type structuraux fonctionnels (Baddeley et ses 4 sous systèmes), pour une approche uniquement fonctionnelle et unitaire on fera référence à Cowan.

+ Pour Baddeley on a l’idée du buffer épisodique (mémoire de courte durée et faible capacité), du calepin visuo-spatial et de la boucle phonologique : D’après Baddeley le buffer épisodique est censé être dédié à la MLT épisodique. Elle doit rendre compte de faits difficilement explicables comme la difficulté à rappeler un texte en prose ; qui permet de pouvoir maintenir et restituer un grand nombre d’unité d’informations qui dépasse la capacité de l’empan auditivo-verbale. Les capacités limitées des deux sous systèmes esclaves ne sont pas compatibles avec beaucoup de nos activités humaines, il faut essayer de formuler une hypothèse supplémentaire qui expliquerait la capacité à traiter des informations nouvelles et multimodales : le Buffer épisodique entre alors en jeu. Ce Buffer épisodique jouerait un rôle fondamental dans l’encodage dans  la mémoire épisodique et dans la récupération.

+ On évalue ce type de mémoire avec l’empan envers, la double tâche de type procédure de Brown Peterson ou double tâche de Baddeley (on mesure la capacité d’empan endroit, puis on demande d’effectuer une tâche de traçage/poursuite enfin on impose en même temps au sujet de réaliser les deux tâches simultanément. On regardera en quoi l’exécution simultanée gêne le sujet ; ce qui nous donne une mesure de déficience de l’administrateur central.

+ Les épicentres des réseaux neuronaux impliqués se trouvent dans le cortex frontal. On sait que pour la boucle phonologique, on peut dissocier 3 sous ensembles de réseaux neuronaux qui ont chacun un épicentre dans le cortex frontal (inférieur) et un autre dans le cortex pariétal.

- Mémoire épisodique : reçoit et stock des informations concernant des épisodes ou des événements temporellement datés ainsi que leurs relations spatio-temporelle. Cette mémoire nous permet de nous souvenir et de prendre conscience des évènements personnellement vécus situés dans leur contexte d’acquisition spatio-temporelle. A partir du moment où le sujet a pu stocker cela on parle de souvenir. Au delà de ça, on note que ces évènements impliquent une impression subjective de souvenirs. Elle rend possible la récupération consciente d’évènement personnellement vécus. Une autre notion fondamentale de plus en plus étudiée est l’idée selon laquelle cette mémoire nous permet de voyager dans le temps (passé - présent - futur). Par ces caractéristiques, la mémoire épisodique est fondamentale à l’identité de l’individu, tant dans sa création que dans son maintient. Wheeler, Stuss et Tulving publie un article sur cette question : vers une théorie de la mémoire épisodique : les lobes frontaux et la conscience autonoétique. Le système autonoétique implique une prise de conscience de l’objet et du sujet propre en tant qu’il perçoit l’objet.

+ Pour la tester on utilise généralement les tâches de rappel libre de mots. Mais pour des patients atteints d’Alzheimer, leurs scores médiocres ne renvoient pas forcément à une atteinte épisodique mais l’atteinte peut être plus précoce au niveau sémantique. On doit alors effectuer un test de connaissances sémantiques au préalable.

+ En termes de substrat cérébraux, les lobes temporaux médians (faces internes) et l’hippocampe sont impliqués. Les travaux récents montrent une implication du cortex frontal. (Tulving et le modèle Hera qui propose une asymétrie hémisphérique pour les processus d’encodage et de récupération des informations en mémoire épisodique).

 

1. Etats de conscience associés à chaque sous-système :

 

On doit ces questionnement à Tulving, qui en 90, émet la possibilité que ce qui caractérise aussi les différents sous système de mémoire sont différents états de consciences associés à chacun de ces sous systèmes : noétique → noèse (fait même de penser) :

- 1er niveau : mémoire anoétique - absence de prise de conscience.

- 2ème niveau : mémoire noétique - niveau de conscience qui permet d’avoir une conduite introspective sur le monde ; qui permet de prendre conscience du monde.

- 3ème niveau : mémoire autonoétique - permet au sujet de prendre conscience de sa propre identité et de son inscription dans le temps (passé, présent et futur). C’est ce niveau de conscience et cette mémoire qui nous permet de naviguer dans le temps et de se projeter dans l’avenir.

 

Le noème est l’objet de penser. Il y a l’acte de penser et l’objet.

 

Mémoire procédurale : anoétique  sans prise de conscience du sujet.

SPR : anoétique et n’implique pas de prise de conscience de l’objet qu’il traite.

Mémoire sémantique : système noétique implique une prise de conscience des objets qu’il traite.

Mdt : système noétique : implique une prise de conscience des objets qu’il traite.

Mémoire épisodique : système autonoétique impliquant une prise de conscience de l’objet et du sujet propre en tant qu’il perçoit l’objet.

 

2. Les modèles de référence en neuropsychologie :

 

Sans titre2.jpg

 

Importance des modèles :

- Les évaluations de la mémoire en neuropsychologie chez l’adulte se fondent sur des modèles précis et détaillés des systèmes et des processus permettant d’encoder, stocker et recouvrer de l’information.

- Ces hypothèses théoriques sur les différents systèmes guident le dépistage et l’évaluation des troubles, ainsi que leur prise en charge.

- Les tests de mémoire sont souvent issus de procédures expérimentales ayant conduit par la suite à des procédures d’évaluation standardisées et normées (Desgranges et Eustache, 2003).

 

a. Modèle structural de Squire, approche paralléliste :

 

Modèle de la mémoire à long terme (Squire et Knowlton, 1995) : suppose un seul système pour la mémoire déclarative, comprenant les aspects sémantiques et épisodiques, tous deux dépendants du LTI et du diencéphale.

 

Sans titre2.jpg

 

Cette conception prend ces racines dans la conception du syndrome amnésique. Les patients souffrant d’un syndrome amnésique ont des capacités préservées (ex: pour enregistre des nouvelles informations). Patient HM et PF. HM pouvait apprendre de nouvelles habilités motrices mais aussi des procédures cognitives qui permettent de résoudre des problèmes comme la tour de Hanoï sans pour autant se souvenir des séances d’entrainement. Dans le SA il existe des capacités d’apprentissage préservées mais qui reste non conscience. Ce qui conduit a proposé une distinction entre mémoire déclarative/explicite et mémoire non déclarative/implicite.

Ces modèles tiennent compte des bases neurobiologiques. Le point commun à la mémoire déclarative et non déclarative sont qu’elles sont inscrites dans les systèmes sensoriels et les systèmes moteurs qui traitent l’information. Pour la mémoire non déclarative, le stockage à long terme d’un souvenir déclaratif nécessite un réseau neuronal supplémentaire qui implique un système particulier formé par l’hippocampe et les structures adjacentes. Cette évolution a permis de mieux rendre compte les observations neuropsychologiques faites auprès de patients amnésiques.

D’autres études suggèrent qu’on aurait des capacités d’acquisition de nouvelles connaissances en mémoire sémantique dans le syndrome amnésique.

 

b. Modèle sériel, parallèle, indépendant de la mémoire (Tulving, 1995) :

 

Modèle qui se fonde sur l’hypothèse que la mémoire est scindée en 5 systèmes : épisodique, sémantique, de travail, perceptive et procédurale.

Encodage sériel, stockage en parallèle et récupération indépendante.

 

Sans titre2.jpg

 

Conception différente de l’organisation entre les différents systèmes de mémoire ; avec une organisation mono-hiérarchique et structurale de la mémoire. En dépit d’un SA sévère, à la fois antérograde et rétrograde, les patients gardent la plupart du temps leurs connaissances sur le monde et sur eux même. On est en présence d’une dissociation entre la mémoire des connaissances et la mémoire des évènements. Selon Tulving, cela doit conduire à se focaliser sur la distinction entre une mémoire sémantique et une mémoire épisodique. Avec l’idée que si une mémoire peut être intacte et l’autre altérée, cela confirme l’idée que les mémoires sont dissociables. La mémoire procédurale = système d’action. 4 systèmes de représentation sont supérieurs hiérarchiquement et Tulving pense qu’ils sont organisés par emboitement. La mémoire épisodique devient un sous système spécialisé de la mémoire sémantique. Cette conception exclut la possibilité de certaines doubles dissociations. Les systèmes de niveaux supérieurs étant fonctionnellement dépendant des systèmes inférieurs (ex : une perturbation au niveau sémantique entraine un déficit au niveau des systèmes supérieurs) L’encodage se ferait de façon sérielle avec initialement passage par le traitement de PRS puis vers les autres systèmes. On peut avoir une même représentation stockée dans différents sous système (aspect parallèle de la conception). On récupère l’information de façon indépendante. L’encodage est sériel, l’encodage se fait en parallèle et la récupération est indépendante des systèmes.

Les hypothèses de Tulving ne sont pas compatibles avec certaines dissociations. A cause de cette organisation par « enchâssement », on a du mal à intégrer et interpréter des données qui montreraient un niveau inférieur déficitaire et un niveau supérieur intact. Car les niveaux supérieurs sont fonctionnellement dépendants des niveaux inférieurs.

 

c. Essai de synthèse : MNESIS (Eustache et Desgranges, 2003) :

 

Pour Modèle NEo-Structural Inter-Systémique de la mémoire humaine.

Comprend 5 systèmes de mémoire et intègre notamment les conceptions de Tulving (2001) et de Baddeley (2000).

Insiste sur les interrelations entre les différents systèmes pour rendre compte du caractère dynamique et reconstructif de la mémoire humaine (Conway, 2001 ; Schacter, 1999).

 

Une tentative récente vise à dépasser les limites actuelles de ces modélisations : Eustache 2004 propose la MNESIS,  une approche intégrée du fonctionnement de la mémoire humaine intégrée aux bases cérébrales ; car il reprend des propositions théoriques et les limites des modèles de ces prédécesseurs, et dit que l’on peut concevoir : une organisation sérielle et il précise des relations fonctionnelles entre les différents systèmes et sous systèmes ; où la MdT a une place particulière, centrale et fait l’interface entre le sous système qui permet l’apprentissage procédural, et les systèmes de représentations épisodiques et sémantiques. On retrouve les propositions théoriques de Baddeley (boucle phono, calepin visuo-spatial, le système central exécutif qui alloue les ressources aux deux sous système, et le Buffer épisodique). Il est important de noter les propositions concernant les liens entre mémoire épisodique, sémantique ; Eustache note différents types de relations entres différents sous systèmes. Principalement, il faut envisager quand il y a récupération dans la mémoire épisodique avec des reviviscences cela implique les systèmes de représentations perceptives. Eustache propose donc une synthèse. La sémantisation renvoie à la possibilité que lorsqu’on récupère souvent un souvenir épisodique et que l’on relate aux autres ce contenu, ce qui est au départ épisodique va se sémantiser. Cela devient plus une connaissance qu’un souvenir à proprement parlé.

 

Sans titre2.jpg

 

Le TEMPau permet l’évaluation de la mémoire autobiographique; ils précisent la nature de la représentation mnésique chez le patient.  On pose des questions visant à établir si le patient a un souvenir précis sur une date, le contexte temporel et/ou sur les lieux. On essaie de lui faire produire des choses qui sont véritablement épisodiques. Les patients peuvent peu restituer des détails qui signent l’épisodicité du souvenir, tout se passe comme si, au travers de multiples répétitions, une connaissance s’est construite (processus de sémantisation). Cela permet en cas de déficit de la mémoire épisodique, que les patients peuvent produire des choses qui ressemblent aux souvenirs épisodiques. Avec la sémantisation on passe du très particulier à quelque chose d’un peu générique.

 

3. Deux mémoires à individualiser :

 

Est ce qu’on a affaire à deux types de mémoire qu’il faut individualiser car elles ont une place dans l’activité cognitive qui est centrale ? Ou bien est ce qu’on a deux systèmes de mémoire au sens strict ? On est plus vers deux types de mémoire fondamentaux mais qui ne renvoie pas à des sous systèmes. On va parler de mémoire autobiographique et de mémoire prospective.

Ne seraient pas des « systèmes de mémoire » stricto sensu.

- Mémoire autobiographique :

+ Répondre à la question « qui suis-je ? ».

+ Se réduit-elle à la mémoire du « self » ?

+ La mémoire autobiographique : théorie et pratique, Piolino, Desgranges et Eustache.

- Mémoire prospective :

+ Des intentions.

+ La mémoire prospective dans le vieillissement normal et la maladie d’Alzheimer : intérêts et limites des études actuelles, Gonneaud, Eustache, Desgranges.

 

a. La mémoire autobiographique :

 

Qui suis-je ? Quand on parle du self cela renvoie à une multiplicité de processus et tous ne sont pas mnésiques.  D’autre part, la mémoire autobiographique qui est indispensables à l’identité n’est qu’un aspect du self. On conçoit la mémoire autobiographique comme à très long terme ayant plusieurs fonctions importantes. On se penche sur des périodes de plusieurs dizaines d’années. Cela amène les chercheurs à se questionner sur ce qui se passe sur un empan de vie. Cette mémoire a plusieurs fonctions très importantes : joue un rôle central dans la construction d’identité et dans son maintient. En effet, c’est grâce à la mémoire autobiographique que depuis le plus jeune âge nous emmagasinons des informations et des souvenirs personnels. C’est donc cette mémoire qui est à l’origine du sentiment de continuité dans le temps. Cette mémoire permet la poursuite des buts de vie. Par ces différents aspects cette mémoire est importante pour former et consolider les interactions au sein de la famille et les interactions sociales. Enfin on retrouve les préoccupations centrales chez Tulving, compte tenu de ces caractéristiques elle permet le voyage dans le temps subjectif, nous permet de revivre des émotions, pensées et perceptions particulières qui renvoient aux détails phénoménologiques d’un évènement du passé. On souligne la place majeure de la mémoire autobiographique dans l’adaptation du sujet. Pour aller plus loin, on a l’habitude  de souligner qu’il y a de forts liens/proximité entre mémoire autobiographique et mémoire épisodique. Les travaux ont permis de distinguer deux composantes majeures de la mémoire autobiographique : il y a un aspect sémantique et un aspect épisodique.

La sémantique personnelle stocke à long terme la connaissance qu’a un individu de son passé. A partir de là, les chercheurs proposent qu’elle est composée des connaissances générales sur soi (description de soi) et des connaissances générales qui concernent les noms des proches. Il y a aussi un stocke à long terme pour les évènements généraux issus de sources d’encodage multiples mais pour lesquelles l’individu n’a pas forcément accès à un contexte d’apprentissage/d’acquisition particulier.

La deuxième composante épisodique contient des évènements personnels spécifiques que l’individu peut revivre mentalement. Elle permet l’acquisition et la rétention des évènements personnellement vécus et situés dans un contexte spatiotemporel précis. La récupération de ces souvenirs s’accompagne d’un rappel conscient du contexte d’encodage. Cette mémoire implique un voyage mental temporel au cours duquel le souvenir de l’évènement est revécu avec les détails phénoménologiques qui ont participé à l’étape d’encodage.

 

Grâce à différents travaux on a récemment tenté de décrire la distribution temporelle de cette mémoire. 3 principes généraux ont été dégagés :

- L’idée de pertinence par rapport au but du sujet. Seuls les souvenirs épisodiques qui présentent une certaine pertinence avec les buts de vie vont résister au passage du temps.

- Principe de sémantisation (Cermak 1984) : la fréquence de répétition d’évènement similaire dans la vie quotidienne occasionne une transition des représentations épisodique vers des connaissances sémantiques. Ce processus renvoie au phénomène suivant : la capacité de rappel des circonstances épisodiques de l’évènement s’estompe avec le temps au bénéfice du rappel des caractéristiques communes. Il y a une part importante de la sémantique personnelle qui provient de ce processus d’abstraction à partir des souvenirs épisodique vers la formation de connaissances sémantiques décontextualisées.

- Concerne la dynamique temporelle : les évènements qui sont particulièrement importants dans la constitution du self sont eux stockés avec une grande richesse de détails et accessibles tout au long de la vie avec une récupération de tous ces détails. Conway et al., en 2004 proposent que les souvenirs épisodiques définissant le soi, sont caractérisés par la densité des affects, des images mentales, de nombreuses répétitions du souvenir, le lien avec d’autres souvenirs d’importances semblables. Ces souvenirs sont très faciles d’accès.

 

Les chercheurs s’accordent pour distinguer 3 phases pour ce qui concerne les souvenirs épisodique de la mémoire autobiographique :

- Phase de rétention qui concerne les souvenirs des 20 dernières années ; et correspond à la courbe d’oubli avec le temps qui est caractérisée par un effet de récence.

- Amnésie infantile : pauvreté de rappel pour les évènements vécus avant 4/5 ans.  Probablement du à la maturation lente et tardive des réseaux cortico-frontaux qui permet la récupération de ce type de souvenirs

- Pic de réminiscence : renvoie à la supériorité de rappels des souvenirs encodés par l’adolescent et le jeune adulte en comparaison avec les autres périodes du passé. Cela serait du à un mécanisme d’encodage spécifique, ou à un mécanisme de récupération particulier, ou renvoie à une période de vie déterminante pour la construction du sentiment d’identité et son maintient à travers le temps

 

b. La mémoire prospective :

 

Grands nombres d’études sur les personnes âgées permet de montrer que beaucoup de plaintes renvoie à la capacité à se rappeler d’effectuer une action à un moment précis du futur. L’action est effectuée après la formulation d’intention. On parle aussi d’une mémoire qui permet de former et de rappeler des intentions. Cette mémoire fait partie de la mémoire épisodique mais a été moins étudiée que d’autres aspects de la mémoire épisodique. Il y a deux aspects : une composante rétrospective (voyage dans le passé, très étudié) et une composante prospective (voyage dans le futur). L’aspect prospectif fait l’objet de plaintes chez des sujets n’ayant aucune pathologie ; chez des personnes surmenées, vieillissantes. Ces plaintes renvoie à un mauvais fonctionnement de la mémoire qui a des effets négatifs sur la vie professionnelle, sociale et dans le contexte du vieillissement, a des effet sur l’autonomie. Dans le R.B.M.T (Rivermead Behaviored Memory Test) il y a UN item de la mémoire prospective. On dit au patient, au début de l’évaluation, qu’il devra effectuer une tâche plus tard. Sur le plan théorique, les travaux des dernières années ont permis de dégager qu’il y a deux types d’évènement qui guident le fonctionnement de la mémoire prospective. Les chercheurs proposent deux types de mémoires prospectives distinctes selon le mode de récupération de l’intention :

- Soit la récupération de l’intention est basée sur un évènement ; event-related (ex : alarme de minuteur qui rappelle de sortir le gâteau du four).

- Soit la récupération de l’intention est basée sur le temps ; time-based (ex : surveillance de la dimension temporelle et un processus endogène entraine une action).

 

Cette distinction est importante si on veut comprendre ce qu’il se passe dans le fonctionnement cognitif de la personne âgée et certains cas d’amnésie. La mémoire prospective time-based serait plus sensible aux effets du vieillissement que la mémoire prospective event-based. Cela suggère que les deux types de mémoire prospective ont des mécanismes sous jacents différents. On s’oriente vers l’implication des fonctions exécutives. Il y a des liens fonctionnels forts entre les différents aspects de la mémoire prospective. Dans le vieillissement normal les tâches event-based sont bien préservées tandis que les time-based sont plus problématiques (car nécessite plus d’implications des fonctions exécutives). Cette mémoire est individualisable sur le plan fonctionnel, et a un rôle majeur dans le maintient de l’autonomie. Mais au niveau des processus sous jacent on n’a pas de processus unitaires mais plutôt une orchestration des processus élémentaires exécutifs (pas mnésiques à proprement parlé) qui correspondent à la planification, le contrôle de l’environnement pour détecter et traiter les indices prospectifs, la flexibilité pour sortir de l’activité en cours et se concentrer sur l’autre tâche…

 

 

III. Relations entre mémoire épisodique et mémoire sémantique.

 

 

Mémoire épisodique :

- Perturbée dans de nombreuses pathologies, mais intérêt limité des batteries générales d’évaluation de la mémoire (ex : échelle clinique de mémoire, batterie d’évaluation de la mémoire). Il faut en effet pouvoir préciser quels sont les processus qui forment, maintiennent et récupèrent les représentations dans la mémoire à long terme, qui sont altérés :

+ Encodage : processus par lequel les caractéristiques d’un stimulus ou d’un événement sont traitées et converties en une trace mnésique.

+ Stockage : maintien en mémoire.

+ Récupération : permet d’avoir accès à la trace mnésique correcte, et de dériver des informations utiles à partir de celle-ci.

- La plupart des épreuves utilisées en neuropsychologie pour étudier la mémoire épisodique sont réductrices en regard de ce qu’est cette mémoire (en outre, permet de voyager mentalement dans le temps, de se représenter consciemment les évènements passés et de les intégrer à un projet futur).

 

Mémoire sémantique :

- « Le terme de mémoire sémantique fait référence à un ensemble de connaissances sur les objets, les mots et les personnes. Plusieurs types de modèles théoriques ont été proposés pour rendre compte de l’organisation et du format de codage de ces connaissances. L’approche la plus classique est celle que nous qualifions d’approche abstractive. Elle postule que les connaissances, issues des expériences sensorimotrices, sont recodées et stockées de manière permanente, sous un format abstrait et amodal, au sein d’une mémoire sémantique distincte de la mémoire épisodique et séparée des systèmes modaux perceptifs et moteurs (…) les modèles non abstractifs d’Hintzman et de Damasio (…) rejettent l’hypothèse de l’existence d’une mémoire sémantique permanente et considèrent que l’évocation des connaissances sur un item donné émerge momentanément de la réactivation des traces sensorimotrices des épisodes l’ayant mis en jeu ».

- Tulving, depuis 1972, propose une conception multisystèmes de la mémoire dans laquelle il distingue notamment, dans la mémoire à long terme, la mémoire épisodique et la mémoire sémantique. La mémoire épisodique est un système qui contient les traces des évènements vécus par un individu. Ces traces sont contextualisées, c’est-à-dire situées à la fois dans le temps et dans l’espace, et ont un caractère autobiographique. Le souvenir d’un moment précis de vos dernières vacances, des personnes présentes, du lieu, du contexte émotionnel de l’événement…est un exemple d’épisode enregistré dans ce système. La mémoire sémantique, quant à elle, contient l’ensemble des connaissances sur le monde, les objets, les faits et les personnes. Ces connaissances sont décontextualisées et supposées communes à tous les individus d’une même culture. Ainsi, c’est à ce système de mémoire que l’on fait appel pour savoir qu’un stylo sert à écrire, qu’une girafe a un long cou ou ce que signifie le mot liberté ».

 

1. Amnésie infantile et ictus amnésique idiopathique :

 

Ainsi que l’existence de capacités préservées dans le syndrome amnésique.

 

Trouble massif de la mémoire épisodique qui survient brutalement chez une personne en bonne santé et est totalement réversible. On peut aussi trouver l’amnésie globale transitoire (AGT/GTA), on évite cependant cette dénomination. Ictus, car survient brutalement. Le trouble est soudain mais aussi fugace (régresse spontanément) chez une personne en bonne santé. L’âge moyen de survenue de l’IAI est au-delà de 50 ans. Idiopathique, car concernant les causes possibles au niveau cérébrales, il y a peu de certitudes. Chez la personne la structure et le fonctionnement cérébral sont préservés. Il n’y a pas de lésions fonctionnelles qui sont mises en évidence. Il y a une piste vasculaire pour expliquer l’IAI (terrains migraineux). On ne connaît pas l’étiologie de l’IAI.

Le tableau clinique : la personne a des troubles  antérograde et plus rare rétrograde. Pour certains cas la composante rétrograde concerne quelques semaines/mois concernant la survenue de l’ictus. Tout cela étant associé à une désorientation dans le temps. Pendant l’ictus (durée variant de 8 à 24h) on a une personne qui est capable de raisonnement, le discours est toujours intact et le comportement reste adapté. Les activités complexes sont toujours possibles si elles sont préalablement acquises avec un haut niveau d’automatisation. La personne oublie au fur et à mesure ce qu’il vient de se passer. Sur le plan du comportement, on note une perplexité anxieuse. Elles n’ont pas forcément une conscience claire de ce qui se passe mais posent des questions et cherchent à comprendre. Les troubles régressent spontanément et ne laisse aucune séquelle à l’exception d’une amnésie lacunaire qui porte sur tout ou une partie de l’épisodique.

A partir de là, l’étude de l’IAI représente un grand intérêt pour les neuropsychologues car on a une condition où il y a un trouble de la mémoire qui régresse totalement et la personne peut être son propre témoin. On interprète les troubles en références aux théories structurales de la mémoire. Ce qui est préservé est la mémoire procédurale, la Mdt et la mémoire sémantique. Les travaux soulignent que la mémoire sémantique est préservée pour les connaissances générales sur le monde. Ce qui est perturbé est la mémoire épisodique qui caractérise l’ictus et qui se manifeste par une amnésie antérograde et une amnésie rétrograde. L’IAI permet d’étudier la mémoire épisodique sans la limite liée à d’éventuels phénomènes de réorganisation cérébrale et cognitive comme c’est le cas pour le syndrome amnésique. Tout retourne à la normale en 1 ou 2 jours maximum.

 

Volonté d’étudier ce qui se passe dans l’IAI. Cela suppose de mettre en place un système de veille, d’alerte, d’envisager une mobilisation 24h/24 et 7j/7. La plupart des études étaient rétrospective. Au bout d’un moment, passé l’épisode aigu, une personne était dirigée vers une équipe de recherche. Puis des études prospectives ont été menées. Le protocole est mis en place, on informe et on forme des personnes concernées.

Raisonnement, discours préservée et adaptée mais un oubli sévère. Le protocole d’étude est démarré. Les auteurs ont utilisé le test des phrases énigmatiques : on présente à la personne des phrases qui peuvent donner lieu à plusieurs interprétations, du type « les cordes étaient abimées car il y avait de la fumée ». On demande à la personne ce qu’elle en pense, qu’elle essaie de décrire la situation. On évoque les différentes interprétations (corde à linge/cordes vocales). 45 minutes plus tard, on replace la personne en situation de test. La personne avoue ne reconnaître personne, ne pas se souvenir être venu dans la pièce. Mais quand on lui propose de nouveau la phrase énigmatique, la personne livre de suite l’interprétation proposée par les chercheurs. Les auteurs concluent qu’il est manifestement possible dans l’IAI, en présence d’un déficit de mémoire épisodique, que la personne forme des représentations mnésiques et est capable de retenir des connaissances sémantiques.

 

2. L’étude de l’amnésie permanente chez l’enfant :

 

Une étude princeps à étaient mise en place pour savoir s’il était possible d’apprendre sans se souvenir.

 

Amnésie par lésions cérébrales précoces :

Travaux princeps : Vargha-Khadem et al. (1997) : 3 enfants, lésions localisées touchent l’hippocampe :

                - Amnésie antérograde (tests).

                - Mémoire autobiographique perturbée.

                - Langage à peu près préservé.

                - Connaissances sur le monde normales.

                - Scolarité plus ou moins normale.

                - Apprentissage de nouveaux concepts.

En dépit d’un oubli antérograde sévère, des enfants peuvent se développer à peu prés normalement sur le plan cognitif, former un stock lexico-sémantique normal et par ailleurs acquérir des connaissances générales sur le monde.

 

Sans titre2.jpg

 

Guillery Girard et al (2004) ont mis au point un protocole original pour tester l’acquisition et la rétention des connaissances sémantique dans l’amnésie développementale (amnésie permanente chez l’enfant). Pour poser une question bien précise : qu’est ce qu’il en est de l’intervention des capacités épisodiques résiduelles dans ces acquisitions chez des enfants qui ont un déficit mnésique sévère avec une amnésie antérograde. Le protocole a été conçu de la façon suivante : Il y a 3 phases :

- Restreinte à session 1 : il s’agit d’évaluer les connaissances des enfants avec un questionnaire qui porte sur items familiers/nouveaux sous forme de photos. On va déterminer si l’item est familier/connu. On demande à l’enfant de nommer les photos puis on pose des questions sur la catégorie et sur les caractéristiques.

- Dès la première session on commence la 2ème phase d’apprentissage de nouveaux concepts. On présente des cibles à l’enfant et des textes/photos qui apportent des détails qui forment le concept. Durant les sessions 2, 3 et 4, 8 concepts sont travaillés. L’apprentissage de nouveaux concepts a été basé sur le fait que l’apprentissage sans erreur (consiste à limiter au maximum les possibilités pour le patient de commettre des erreurs dans le cours de l’apprentissage, une consigne importante est qu’on ne répond pas si on n’est pas sur. Une réponse fausse risque d’être encoder et gêner l’apprentissage; Baddeley et Wilson 1992 ; procédure d’apprentissage qui empêche l’apparition d’erreur de manière à éviter les effets d’interférence associés à la production d’erreurs) et la technique d’estompage des consignes/indices (les indices sont fournis au patient concernant l’information cible à récupérer sont progressivement estompés. Le cas de la patiente Barbara s’est montré efficace dans l’apprentissage d’un nouveau vocabulaire informatique) favorisent l’apprentissage pour les personnes amnésiques. L’équipe se donne les moyens d’étudier ce qu’il en est d’une éventuelle intervention de la mémoire épisodique. La mémoire épisodique résiduelle dans l’acquisition des ces informations sémantiques nouvelles est testée à plusieurs reprises, avec des tâches de reconnaissances dans les sessions 2, 3 et 4 ; qui portent sur la reconnaissance des cibles (concept présenté sous forme de photo avec des textes descriptifs) et sur les indices contextuelles (permet d’avoir un souvenir objectif, 2 catégories : (1) renvoie au recouvrement/ à la récupération d’élément du contexte généraux et (2) du contexte spécifique). Nous avons 6 indices spatio-temporaux généraux : renvoie à quand, où… Sont introduits à chacune des 3 premières séances. Certains interviennent dans une seule séance, nous parlons alors d’indices spécifiques (sons entendus, habits portés, activités proposée, bonbon donné, un parfum, couleur des murs…). Les indices contextuels introduits pendant une séance sont testés lors de la séance suivante. Des tâches de reconnaissance portent sur des cibles, aux séances 2 et 3 une tâche de reconnaissance oui/non est proposée sur les photos utilisée pour la dénomination. Le paradigme RK (remember know) pour tester le caractère plus ou moins épisodique de ce qui a été restitué. Pour chacune de ses réponses l’enfant doit produire des réponses prouvant qu’il a un souvenir épisodique. S’il se souvient véritablement, les réponses sont notées R, s’il sait uniquement qu’il a déjà rencontré la photo mais ne sait où, on quotte les réponses K (sentiment de familiarité mais aucun souvenir épisodique a proprement parlé). On demande ensuite à l’enfant de nommer la cible.

- Post apprentissage (1 semaine après) ; évaluation des connaissances à la fin de l’apprentissage; à la session 5. Nous avons éventuellement une session 6, une évaluation des connaissances post apprentissage à distances (2 mois après la fin de l’apprentissage). Permet de savoir s’il y a maintien des connaissances apprises. Pour certains patients, comme la petite KF, l’apprentissage s’est étendue jusqu’à 12 sessions.

 

On a mis en œuvre les moyens de départager s’il y a acquisition stable d’un nouveau concept, est ce que des capacités de mémoire épisodique résiduelle sont intervenues, possibilité de distinguer de ce qui relève d’une connaissance sémantique nouvelle acquise et ce qui relèverait d’une simple familiarité avec la confrontation répétée au même matériel.

 

Bilan neuropsychologique de RH : 9 ans au moment de l’étude, gaucher, à l’âge de 6 ans craniopharingeome opéré avec des complications avec un kyste dans le 3ème ventricule. Sur le plan neuropsychologique, en post op, le petit garçon présente une amnésie antérograde (oubli à mesure important) et rétrograde (il ne reconnaît plus ses copains d’école) ; les capacités cognitive générale sont plutôt bonne. A 7 ans, RH reprend sa scolarité et la poursuit normalement. Sur le plan de la mémoire à long terme, la mémoire épisodique est sévèrement perturbée même si après l’opération il y a eu un peu d’amélioration. Se traduisant dans les activités quotidienne (demande de façon impérative ce qu’il fait là est ce qu’on se connaît). Cependant les capacités de Mdt sont bien préservées. Dans le protocole de l’acquisition des nouvelles connaissances, pour la tâche de dénomination de cible les scores sont pathologiques à la première évaluation post apprentissage. RH a les mêmes capacités d’apprentissage que des enfants contrôles de même âge. Les auteurs notent à ce propos qu’il y aurait une difficulté des apprentissages et en particulier, ils notent que 2 items ont été impossibles à retenir. Les scores progressent pour tous. Il y a des connaissances même si elles sont parfois difficiles d’accès. Les auteurs ont vérifié que les opérations été flexibles (KF peut nommer correctement même si on présente la photo sous un autre angle). Pour l’acquisition des catégories et des caractéristiques sémantique, KF présente un apprentissage régulier mais inférieur à celui du groupe contrôle. Là aussi, les auteurs montrent que toujours le ménatre pose problème. Les performances sont bien maintenus après une semaine mais diminue peu à peu. Quand les auteurs testent la récupération des éléments contextuelles il y  aune perturbation significative. Ils notent que la perturbation significative est plus prononcée pour les indices généraux à certaines séances et prononcée pour les indices spécifiques à d’autres séances. Concernant la reconnaissance des photos d’apprentissage, tout se passe correctement. RH se distingue des enfants contrôle dans la mesure où quand on lui pose des questions, il donne des détails erronés (ne renvoie pas à un souvenir épisodique).

 

Patiente KF a un bilan neuropsychologique en partie commun avec RH ; 7 ans au moment de l’étude a tous les aspects de la mémoire épisodique anormaux ; renvoyant à une abolition des capacités épisodiques. Elle a aussi des capacités cognitives générales déficitaires, un niveau langagier faible mais suffisant pour lui permettre d’interagir avec son environnement, et des troubles du comportement (hyperactivité, désinhibition avec des gestes et langages inappropriées) qui tendent à se normaliser au fur et à mesure qu’elle grandit. A 5 ans elle déclenche des crises épileptiques ; un œdème qui touche l’hippocampe a été mis en évidence avec une atrophie de l’hippocampe qui a perdu 50% de son volume. 12 phases d’apprentissage lui ont été proposées. Elle a acquis quelques nouveaux concepts et a maintenu pendant plus d’un an après l’arrêt de la prise en charge ses connaissance acquise, la catégorie des nouveaux concepts, l’étiquette verbale et les caractéristiques sémantiques relatives au concept en question, et ce en dépit d’une mémoire épisodique quasi inexistante. Les auteurs soulignent cette dissociation nette entre l’acquisition de nouveaux concepts en présence d’une mémoire épisodique pratiquement abolie.

 

Lebrun Givois effectue une synthèse :

- Les patients peuvent savoir sans se souvenir : acquisition de nouveaux concepts (noms, catégories, traits sémantiques…). Rétention à long terme de ces informations nouvellement acquises, en dépit de lésions des régions cérébrales qui sous-tendent la mémoire épisodique (diencéphaliques chez RH, lobe temporal médian, hippocampe et structures adjacentes chez KF) et de troubles massifs de la mémoire épisodique.

- Résultats en faveur des propositions théoriques de Tulving : l’acquisition sémantique d’informations nouvelles ne requiert pas forcément la mémoire épisodique. Remettent en cause le « caractère indispensable de l’hippocampe dans l’acquisition de connaissances sémantiques ». Suggèrent l’existence d’une voie néocorticale, plus lente que celle passant par l’hippocampe et nécessitant plus d’expositions, qui pallierait le dysfonctionnement hippocampique.

- Sur le plan clinique : efficacité de techniques d’abord mises au point dans le cadre de la rééducation de patients adultes pour l’apprentissage de nouveaux concepts. Ouvre des perspectives de rééducations cognitives à mettre en œuvre précocement pour élargir le vocabulaire d’enfants souffrant de troubles massifs de la mémoire épisodique, même chez ceux qui ont des perturbations cognitives générales.

 

3. Trouble de l’encodage et de la récupération :

 

Pourquoi faut-il pouvoir distinguer un trouble de l’encodage et un trouble de la récupération ?

L’évaluation de la mémoire épisodique est importante dans le dépistage et le diagnostic différentiel des démences neurodégénératives, ainsi que pour leur prise en charge. Les troubles de la mémoire épisodique chez les patients atteints de la maladie d’Alzheimer son causés, en tout cas initialement, par des déficits qui prédominent en encodage (ce qui contraste avec les éventuelles difficultés du vieillissement cognitif normal, qui s’expliquent plutôt par une limitation de la récupération).

 

Comment ?

- Avec une épreuve permettant de contrôler strictement les conditions d’encodage et de récupération (contrôle de l’encodage profond, et rappel, libre, indicé, immédiat et différé, ainsi que reconnaissance).

- Et qui manipule l’indiçage (le contexte interne et externe dans lequel la connaissance est apprise est conservé en mémoire avec la connaissance et joue le rôle d’indice lors de récupération de cette connaissance en mémoire).

- En évaluant aussi les autres fonctions cognitives, et notamment les autres systèmes de mémoire, pour interpréter correctement les résultats de l’évaluation de la mémoire épisodique (il faut pouvoir écarter l’influence éventuelle de troubles de la mémoire sémantique).

 

Quels sont les facteurs qui assurent un encodage (processus qui perçoivent une nouvelle information, qui opèrent sur cette information en utilisant une connaissance stockée et qui introduisent en mémoire l’information perçue ainsi que les résultats des opérations effectuées) efficace ?

Rappels sur la théorie des niveaux de traitement (Craik et Lockhart, 1972). Des expériences ont présenté à plusieurs groupes la même liste de mots et demandé d’effectuer sur cette liste des opérations différentes (tâche d’orientation) ont montré l’influence de la nature du traitement lors de l’encodage : sémantique (signification des mots, ex : évaluer le caractère agréable) et non sémantique (caractéristiques physiques des mots, ex : la police). La performance de rappel après orientation sémantique est meilleure.

En résumé, une information sera d’autant mieux mémorisée que le traitement réalisé sur cette information est profond, porte sur le sens. De plus, l’utilisation du même contexte à la récupération facilite la performance.

Un encodage adéquat doit introduire en mémoire une information suffisamment spécifique pour qu’elle puisse être sélectionnée parmi d’autres stockées lors de la phase de récupération.



28/02/2015
0 Poster un commentaire

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 1520 autres membres