Cours de psychologie

Neuropsychologie

Psychologie Cognitive - Neuropsychologie

 

 

Lectures conseillées :

- Eustache F., Faure S., & Desgranges B. (2013). Manuel de neuropsychologie. Paris : Dunod.

- Hecaen, H., & Lanteri-Laura, G. (1983). Les fonctions du cerveau. Paris : Masson.

- Seron, X., & Van der Linden, M. (2001). Traité de neuropsychologie clinique (Tomes I & II). Marseille : Solal.

- Sieroff, E. (2004). La neuropsychologie. Approche cognitive des syndromes cliniques. Paris : Armand Colin.

 

Plan :

I. Histoire des conceptions des liens cerveau-cognition.

1. Premiers liens cerveau-psychisme.

2. Théorie de l’axe médian.

3. Période pré-scientifique.

II. Avènement de la neuropsychologie scientifique.

1. Schéma des localisations cérébrales.

2. De la suprématie de l’HG à l’asymétrie cérébrale.

3. Apogée du schéma des localisations cérébrales des fonctions.

4. Oppositions, nouvelles théories :

                a. Critiques des localisations.

                b. Théorie jacksonienne.

5. Découverte tardive de l’hémisphère droit.

III. La neuropsychologie aujourd’hui.

1. Paradigme fondamental : recherche de dissociation.

2. Institutionnalisation de la discipline.

 

 

I. Histoire des conceptions des liens cerveau-cognition.

 

 

Neuropsychologie : « discipline qui étudie les liens entre le fonctionnement du cerveau et le comportement. Elle permet de comprendre les perturbations présentées par des patients et de les prendre en charge, tout en apportant des données essentielles pour modéliser le fonctionnement cognitif chez le sujet sain. » Lechevalier B., Eustache F. & Viader F, Traité de neuropsychologie clinique, Neurosciences cognitives et cliniques de l'adultes, DeBoeck.

 

« Comportement » est à comprendre au sens large, ce terme renvoie aux fonctions cognitives, aux émotions et aux comportements. Il s'agit de tous les troubles qui affectent la cognition.

 

Discipline-frontière entre neurologie dont elle est issue et psychologie, qui traite des fonctions cognitives, du comportement et des émotions dans leurs rapports avec les structures cérébrales. Avec comme postulat de base : langage oral et écrit, calcul, mémoire, praxies, gnosies, fonctions attentionnelles et exécutives… Peuvent être mis en relation avec l’anatomie, la physiologie et le fonctionnement du cerveau.

 

1. Premiers liens cerveau-psychisme :

 

La neuropsychologie remonte à la découverte, par Edwin Smith, d'un papyrus faisant état des observations d'un médecin égyptien qui soignait des soldats de l'armée. Ce document date d'environ 3000 av. J.-C. Le médecin décrit une personne ayant une fracture de l'os temporal du crâne et explique que cette personne ne peut pas parler et boite, alors qu'il ne souffre pas de lésions physiques. Précisément, le soldat a du mal à répondre aux questions du médecin et ne peut pas bouger l'une de ses jambes alors qu'il a reçu une blessure durant une bataille lui ayant traversé l'os temporal. Le médecin décrit donc un trouble moteur du coté ipsilatéral, du même coté que la lésion cérébrale. Cette description n'est pas conforme à la caractéristique croisée du système moteur.

Il y a différentes possibilités :

- Phénomène de contre-choc : un choc d'un coté du crâne se répercute de l'autre coté.

- On peut avoir une blessure dans un endroit du corps avec une sémiologie. Il s'agirait d'une découverte exceptionnelle pour l'époque.

Ce médecin réussit à distinguer le lieu de la lésion et la sémiologie. Le document nous montre aussi que l'observateur affirme l'implication du cerveau dans la motricité. Il établit un lien causal entre la paralysie et la blessure au cerveau. Ces deux observations sont fondamentales, puisqu'on a là une première description d'une aphasie en lien avec une blessure cérébrale.

 

Au 4ème siècle avant J.-C., le corpus d’Hippocrate contient un traité portant sur les plaies de la tête. Dans ce traité, l'auteur note que « des compulsions s'emparent d'un des cotés du corps. Si la plaie est du coté gauche de la tête c'est du coté droit du corps que les compulsions saisissent ». C'est là la description d'une personne qui souffre d'épilepsies, avec certitude des croisements des commandes. Diverses affirmations générales affirment que le cerveau est au centre de l'organisme, sorte de chef d'orchestre, moteur de la motricité et siège de ce que les anciens appelaient l'âme intellectuelle.

 

A cette même période, Platon écrit que « le cerveau surveille le corps et est le gardien de l'intelligence ». Aristote s'oppose à Platon en affirmant que le cœur est le siège de la pensée et des émotions. Sa conception sera suivie jusqu'au 18ème siècle. C'est à ce moment là que sera affirmé le fait que c'est le cerveau, et non le cœur, qui est le siège de la pensée. Aristote considère le cerveau comme un réfrigérant. Il se justifie par le fait que le cerveau est froid au toucher, et qu'en tapotant sa surface on ne provoque ni mouvements ni d'apparentes sensations. Au contraire, le cœur est chaud et actif, il accélère ses battements en cas d'excitation et ralentit en période de calme.

 

Erasistrate de Chios décrit très bien le cerveau. Il remarque que les circonvolutions du cerveau chez l'Homme sont plus nombreuses et complexes que chez d'autres espèces animales. L'Homme étant le plus intelligent dans le règne animal, il se demande s'il y a une corrélation entre les circonvolutions cérébrales et l'intelligence.

On a ici la preuve que ce médecin tire des arguments de l'anatomie comparée. Il est amené à proposer, à la suite de ses arguments, que la supériorité intellectuelle de l'Homme est liée au grand nombre de circonvolutions cérébrales et que les nerfs trouvent leur origine dans le cerveau. Il devient alors possible de conceptualiser la commande motrice comme une commande cérébrale.

 

L'hypothèse du lien entre cerveau et intelligence est faite sur la base du rôle possible des circonvolutions. Cependant ces idées ne vont pas progresser pendant plusieurs siècles, ne faisant pas l'objet d'études plus poussées. On retrouvera les idées développées par Erasistrate de Chios quelques siècles plus tard.

 

2. Théorie sur l'âme et l'axe médian :

 

Ce qui a freiné les recherches sur les propos avancés par Erasistrate de Chios c'est que l'âme est unique, il faut donc lui trouver un siège unique et situé sur l'axe médian du corps. Cela a donné lieu à plusieurs variantes, en freinant l'évolution des connaissances.

 

Au 2ème siècle, Galien avance le fait que l'âme habite le cerveau. Il affirme cela sur la base de différentes dissections sur les animaux. Il reprend l'idée de Platon en relevant en plus le fait que le cerveau soit mou : cette plasticité convient bien à la fonction de siège de l'âme. Galien s'intéresse aussi aux ventricules, notamment au 4ème qui est central. Ce dernier serait un bon candidat pour être le siège de l'âme à l'intérieur du cerveau. Son argument physiologique est affirmé par le fait qu'en endommageant le cerveau à différents niveaux on observe différents effets, mais la mort est instantanée uniquement dans le cas d'une lésion du 4ème ventricule. Un autre argument est le fait que le 4ème ventricule est un contenant, unique comme l'âme.

 

Au 4ème siècle, Nemesius propose dans la même lignée que Galien, la théorie ventriculaire : chaque ventricule abrite une fonction particulière.

Il propose une base structurale pour un processus dynamique. Selon lui les sensations seraient intégrées dans des perceptions au niveau des ventricules latéraux. Elles seraient ensuite déplacées dans le 3ème ventricule pour y être analysées, ce ventricule serait le siège du raisonnement. Le 4ème ventricule est alors la structure permettant la consolidation des souvenirs provenant du 3ème ventricule, il serait le siège de la mémoire.

Nemesius distingue quatre composantes de l'âme intellectuelle. Tous ceux qui ont fait avancer les connaissances entre cerveau-cognition, ont admis qu'il fallait morceler l'âme intellectuelle et la situer dans différentes structures.

En l'absence d'alternatives sérieuses, la théorie ventriculaire a survécu longtemps, pour être remplacée par des théories de la substance cérébrale seulement au 17ème-18ème siècle. Nemesius était dans l'erreur en ce qui concerne la localisation de l'âme intellectuelle, cependant son morcellement est bien nécessaire.

 

Au 15ème siècle, Leonard De Vinci invente une méthode qui consiste à injecter de la cire dans les cavités cérébrales des animaux, obtenant ainsi un moulage du cerveau et du système ventriculaire, et permettant ainsi son observation. Il affirme qu'il n'y a pas quatre mais trois ventricules. Il privilégie l'idée selon laquelle, pour concevoir le siège de l'intellect, la circulation des fluides au niveau ventriculaire est nécessaire. Les circonvolutions sont négligées dans cette théorie.

 

De plus en plus de savants vont fournir des descriptions de plus en plus complètes du système cérébral.

 

Descartes, dans son Discours de la méthode au 17ème siècle, définit les cadres de reconstruction de la connaissance. Les savants doivent s'opposer aux références aux anciens, c'est ainsi qu'il peut y avoir une bonne évolution des connaissances.

Il propose sa propre théorie sur la localisation de l'âme. Selon lui, tout se joue au niveau de la glande pinéale (épiphyse). Sa conception n'est pas totalement nouvelle et originale, il transfère tout ce qui a été défini précédemment des ventricules à la glande pinéale. Son argument est un argument d'autorité, dans la mesure où cette structure unique et centrale nous permet de comprendre l'âme intellectuelle. Descartes affirme que « l'épiphyse est l'unique organe de la tête à n'être pas conjugué », restant ainsi dans le même cadre de pensée que ses prédécesseurs.

Avec Gassendi, contemporain de Descartes, on va découvrir une autre théorie : le siège de l'âme serait situé dans le corps calleux, structure médiane pouvant expliquer la circulation des esprits animaux. Le corps calleux serait l'endroit où se rencontrent l'âme et le corps.

 

Au 18ème siècle, Von Haller remet en cause le savoir des anciens. Il s'agit d'un médecin allemand s'intéressant à la relation entre âme intellectuelle et corps. Il pose des questions en essayant de se débarrasser du poids des connaissances déjà constituées. Il écrit en 1757 : « Notre connaissance actuelle ne nous permet pas de parler avec quelques vérités des fonctions les plus complexes de l'esprit ni d'assigner un siège cérébral à l'imagination ni à la sensation générale ni à la mémoire ». Ce qui est important ici c'est le fait que Von Haller considère que le savoir est à constituer, qu'on ne sait rien. On retrouve aussi une distinction entre mémoire, sensation et imagination. L'âme intellectuelle n'est pas unitaire.

Von Haller dit qu'il faut procéder de deux façons :

- Comparer l'Homme à différentes espèces animales.

- Il faut disséquer le cerveau de malades pour lesquels on a des observations issues du vivant du malade.

Pour lui le savoir est trop mince. Pour le constituer il est donc nécessaire de disséquer le cerveau de malades. Il attire l'attention de ses contemporains sur le cortex : il faut l'observer et le décrire finement, laissant de coté les structures internes. Il affirme que tout se passe au niveau du cortex et non dans les cavités.

 

Pendant des siècles, il y a eu un obstacle épistémologique résidant dans la recherche de l'articulation de l'âme et du corps en un lieu unique et médian. Cette conception va bientôt tomber, cependant rien n'est présent au 18ème siècle pour la remplacer. En même temps, des précurseurs vont pratiquer le doute et faire des propositions en termes de méthodes.

Von Haller joue un rôle fondamental, complété par différents de ses contemporains.

Tomas Willis (1621-1673) affirme que la perception se situe dans le corps calleux et la mémoire au niveau du cortex cérébral.

Emmanuel Swedenborg (1688-1772) fait partie des premiers savants à proposer que les fonctions intellectuelles sont des propriétés distinctives du cortex, alors que les ganglions de la base sont le centre du contrôle moteur.

 

3. Période pré-scientifique :

 

Le 19ème siècle est une période pré-scientifique de la neuropsychologie. F.J. Gall, neuro-anatomiste allemand, va imposer l'intérêt pour le cortex, se détournant définitivement du système ventriculaire.

 

Le début du 19ème siècle est la période de la première rupture avec la période « ascientifique ». On peut attribuer cette rupture au fait que Gall propose que le cerveau humain n'est pas un organe unitaire, mais un assemblage d'organes, chacun constituant le substrat matériel d'une capacité cognitive spécifique ou d'un trait de la personnalité.

La contribution de Gall est fondamentale puisqu'il s'oppose à ses contemporains en affirmant que l'intelligence n'existe pas. Il faut concevoir l'esprit humain comme composé de différentes facultés mentales. Le cerveau est constitué de différents organes. Pour faire avancer la connaissance, il faut morceler l'esprit et le cerveau. Ses propos vont à l'encontre de l'église, de la politique et contre les idées dominantes chez les savants de l'époque.

 

Gall va produire une liste de 28 facultés mentales en s'inspirant des travaux de l'école de psychologie écossaise, dont les leaders étaient Reid & Stewart. Cette liste est hétéroclite. Il va s'attacher à proposer un siège cérébral pour chacune de ces facultés.

Gall proposait que le siège de la mémoire des mots et des noms serait situé dans la partie la plus antérieure du cerveau (au niveau des yeux). Parmi ses méthodes il y a avait la lecture de bibliographies de personnes célèbres. Il a observé que les personnes ayant une grande locution avaient les yeux plus vers l'extérieur.

 

Sa méthode était la phrénologie, alors que celle qui est passée à postériori est la craniologie. Sur le plan théorique, Gall était dans le vrai malgré le fait que sa méthode soit erronée.

Il avait retenu de ses lectures que les circonvolutions du cortex jouaient un rôle dans les facultés spécifiquement humaines. Du point de vue de la doctrine, il existerait une correspondance entre les circonvolutions et les fonctions déterminées de l'esprit humain : plus une faculté est développée plus la portion du cortex qui en est le siège se développe, ce qui doit logiquement occasionner des bosses à la surface du crâne.

Gall élabore une méthode empirique pour établir une liste des facultés humaines innées ainsi que leur localisation sur le cortex. L'idée est de s'intéresser aux personnes ayant développé des monomanies et de décrire la forme de leur crâne. Il part de l'idée que le développement d'une faculté donnée est corrélé à la taille de la circonvolution correspondante. Il va ainsi développer la cranioscopie, plutôt que la dissection (interdite et condamnée par l'église).

Il va aussi associer le développement d'une faculté avec le développement de telle ou telle région du cerveau. Selon lui, lorsqu’un individu développe plus particulièrement telle ou telle qualité, la circonvolution correspondante pousse l’os du crâne et produit une bosse qui peut s'observer par palpation.

 

En 1807, Gall quitte Vienne pour Paris. A cette époque il est célèbre pour sa théorie phrénologique. Il se situe du coté des matérialistes et s'oppose à l'innéisme, qui lui affirme que les facultés sont présentes dès l’embryogenèse. Il va aussi à l'encontre des idées centralistes. Ses avancées sont mal acceptées par le gouvernement, l'église mais aussi par la communauté scientifique.

 

L'œuvre de Gall laisse un bilan contrasté. Il y a un échec de la méthode, de la mise en relation des facultés mentales et de leur localisation cérébrale sur la base de la palpation du crâne. Au delà de la méthode, il y a un échec puisqu'il a voulu tout expliquer, rejetant par avance la réfutation. Y compris lorsqu'il n'avait aucun argument, il indiquait quand même la présence de quelque chose sur la surface du crâne.

Ce qui reste de son œuvre, c'est l'intérêt pour le cortex qui rejette définitivement la théorie ventriculaire. Ce qui s'impose aussi est l'idée selon laquelle « le cerveau serait constitué de plusieurs organes indépendants qui sous-tendraient les différentes facultés mentales, morales et intellectuelles ».

 

C'est à Gall particulièrement que l'on doit ces deux contributions majeures :

- Diviser l'esprit en différentes facultés mentales.

- Faire des hypothèses sur le fractionnement du cerveau.

On a là les deux conditions nécessaires à l'avènement de la neuropsychologie scientifique. La conception d'une âme intellectuelle en tant qu'entité indivisible est définitivement abandonnée. En dépit d'un bilan contrasté, on retient que Gall est la personne centrale ayant établi les bases de la neuropsychologie scientifique.

 

 

II. Avènement de la neuropsychologie scientifique.

 

 

1. Schéma des localisations cérébrales :

 

L'histoire de la neuropsychologie scientifique se confond avec celle de la découverte des liens entre troubles du langage et lésions de l'hémisphère gauche.

 

Gall : « analyser » l’intelligence en facultés et « diviser » le cortex.

Dax : lien côté de la blessure à la tête et trouble du langage.

Bouillaud : troubles du langage et rôle des « lobules antérieurs » ; démarche scientifique.

Broca : relation entre troubles observés du vivant du patient et des lésions cérébrales constatées à l’autopsie ; (1) intégrité 3ème circonvolution frontale / parole, puis (2) asymétrie des lésions.

→ 2 idées nouvelles : localisation du langage dans le cerveau et asymétrie fonctionnelle des hémisphères cérébraux.

 

En 60 ans :

- Il y a eu une focalisation sur le langage et le cortex.

- Une méthode a été développée : anatomoclinique. Il s'agit de la mise en relation entre perturbations du langage et sièges des lésions (post-mortem).

- Pour décrire les liens entre fonctions mentales (langage) et substrat cérébral (cortex frontal, puis temporal).

- Localisationnisme : théorie de la localisation des fonctions mentales supérieures dans le cerveau.

 

Différentes personnes sont considérées comme des précurseurs :

- Marc Dax :

+ Dax était un chirurgien des armées de Napoléon. En soignant les blessés de guerre, il tire différentes conclusions à partir desquelles il rédigera un mémoire, en 1835.

+ En 1836, dans une allocution devant la Société de Médecine de Montpelier, il affirme que les troubles du langage ne sont pas la conséquence d'une lésion de n'importe quel hémisphère. Il conclut que ce sont les lésions de l'hémisphère cérébral gauche qui sont responsables, la plus part du temps, des troubles du langage.

+ L'idée qui domine est celle d'une symétrie entre les hémisphères cérébraux, malgré le fait qu'il y ait des personnes qui affirment que les deux hémisphères ne sont pas identiques. Le mémoire que Dax a achevé en 1835 est égaré et l'allocution qu'il prononce devant ses paires en 1836 passe inaperçue. Il faudra attendre 1863 pour que son fils, Gustave Dax, retrouve le mémoire de son père et le soumet à l'Académie des Sciences. Cette dernière mettra deux ans pour expertiser le document et le diffuser. Dans ce mémoire on retrouve des affirmations du type : « les lésions de la moitié gauche de l'encéphale coïncident avec l'oubli des signes de la pensée », Gazette Hebdomadaire Med Chirurg, Paris, 1865.

- Jean-Baptiste Bouillaud :

+ Il s'agit d'un médecin neurologue se revendiquant de l'héritage de Gall. Il a en charge des patients avec des lésions cérébrales. Au travers de ses écrits, il cherche à affirmer que la perte de la parole correspond à l'atteinte des lobules antérieurs.

+ Bouillaud va introduire un début de démarche scientifique par deux contributions majeures :

. Il faut travailler sur ce qui est directement observable. C'est pour cela qu'il met en place une étude directe du langage.

. Il est tout aussi important de chercher les localisations du langage dans les pôles antérieures. Pour déterminer où siège le langage articulé, la parole, on a besoin de deux types d'arguments :

- Arguments positifs : la perte ou l'altération de la parole lors de lésions des parties antérieures du cerveau.

- Preuves négatives : il y a conservation de la parole lorsque les lésions épargnent ces zones antérieures.

- Paul Broca :

+ On peut penser que Bouillaud a très fortement influencé Broca. Ce dernier était un chirurgien à l'hôpital Bicêtre à Paris. Il n'a jamais reconnu cette influence, mais elle est certaine. Il a travaillé sur beaucoup de domaines, il est notamment le père fondateur de la neuroanatomie scientifique.

+ En 1859, Broca fonde la Société d'Anthropologie de Paris. Il rassemble ainsi plusieurs jeunes médecins, dont Bertillon, Grassolet et d'autres. Ils ont en communs d'être plutôt jeunes et en opposition contre l'Académie de Médecine et aux Mandarins (grands médecins bien établis avec mainmise sur l'Académie de Médecine).

+ En 1861, il fait une première communication sur le langage, intitulée Perte de la parole, ramollissement chronique et destruction partielle du lobe antérieur gauche du cerveau. Cette première communication est basée sur l'observation de l'autopsie d'un patient de Broca, M. Leborgne. Ce dernier vivait à l'hôpital depuis 20 ans, chez lui l'intelligence et la maitrise de la parole étaient préservées, cependant il ne pouvait prononcer que quelques jurons quand il était en colère. Au moment de l'autopsie, Broca met en lien la perte totale de la parole de ce patient avec l'atteinte du 1/3 antérieur de la 3ème circonvolution frontale dans l'hémisphère gauche. Broca ne commente pas plus que ça sur le fait qu'elle se situe dans l'hémisphère gauche, il souligne le fait qu'il s'agisse d'une lésion localisée et définie. Il émet l'hypothèse d'une localisation du langage articulé dans une aire cérébrale bien déterminée qu'il désigne comme le centre de l'image motrice des mots. Il se sert de l'observation pour appuyer les thèses de Bouillaud, et n'insiste pas sur la localisation dans l'hémisphère gauche mais plutôt sur la nécessité de travailler avec des localisations bien plus précises en ce qui concerne les lésions au niveau des différentes circonvolutions.

+ Le terme d'aphasie sera imposé par un opposant de la théorie de localisation : Troussea. Pour lui l'aphasie n'est pas la perte du langage articulé, mais il s'agit de la perte du raisonnement, c'est la dissolution de l'intelligence. Il est diamétralement opposé à Broca. Ce dernier va mettre en place une méthode de mise en relation entre un trouble et les caractéristiques d'une lésion. Il s'agit de la méthode anatomoclinique, contribution majeure de 1861.

+ Au delà de ça, on peut noter d'autres changements dans la façon d'étudier les choses. Lorsqu'il examine un patient, Broca va le pousser à exprimer ses pensées par un autre biais que la parole.

+ Il y a aussi la distinction très claire entre l'intelligence générale et le langage, ainsi que celle entre la faculté générale du langage et la parole. La faculté générale du langage est ce qui permet d'établir une relation constante entre une idée et un signe. En ce qui concerne cette notion, dans d'autres écrits de Broca, l'idée est que c'est un aspect intellectuel du langage : il s'agit d'un aspect conceptuel. La parole est « la mise en jeu d'organes d'émission et de réception nécessaires à l'expression de la faculté générale du langage ». Il y a donc d'un coté la capacité articulatoire et de l'autre la faculté générale du langage. Pour Broca ces deux aspects du langage ne sont pas sous-tendus par les mêmes régions du cerveau, puisqu'on peut avoir une perte de la parole par une lésion partie F3 sans pour autant perdre la faculté générale du langage.

 

Par ces différents auteurs, l'intérêt pour le cortex s'installe définitivement. Bouillaud et Broca recherchent des faits que l'on peut utiliser comme arguments. Ils vont imposer la méthode anatomoclinique. La dernière chose à noter est que les savants se mettent à formuler des hypothèses et cela signifie qu'ils acceptent par avance que ces hypothèses puissent être réfutées.

 

En 1861, émerge l'idée nouvelle selon laquelle une lésion peut engendrer une perte de la parole. Cela est possible grâce à l'observation du cas de M. Leborgne. La localisation cérébrale est définie et il est affirmé que l'intégrité de la circonvolution frontale gauche est nécessaire à la parole. Il y aurait donc une asymétrie fonctionnelle cérébrale : les deux hémisphères n'ont pas les mêmes fonctions.

En 1863, Broca recueil 8 cas d'aphémie (désintégration phonétique), tous causés par des lésions de la 3ème circonvolution frontale de l'hémisphère gauche. Cependant il ne tire toujours pas de conclusions sur la situation dans l'hémisphère gauche. Ce n'est qu'en 1865 qu'il va franchir le pas et conclure que les deux hémisphères ne jouent pas le même rôle dans le langage. Il publie un article dans lequel il dit qu'il faut changer les idées dominantes, il faut admettre l'idée d'asymétrie fonctionnelle cérébrale. Il inaugure ainsi la notion d'asymétrie fonctionnelle ischémique et il fait l'hypothèse d'une différence de nature entre les deux hémisphères cérébraux. Broca devient ainsi un véritable chercheur, puisqu'il a su prendre en compte des idées contradictoires avec les courants de l'époque.

 

Il va y avoir différentes réactions à sa publication. L'idée d'absence de symétrie fait scandale à l'époque. Malgré tout, le schéma de localisation cérébrale des fonctions mentales et de suprématie de l'hémisphère gauche va se développer assez rapidement à partir des années 1860.

 

2. De la suprématie de l’HG à l’asymétrie cérébrale :

 

En 1870 est reconnue la dominance de l'hémisphère gauche en ce qui concerne les troubles du langage oral. A cette période vont aussi commencer les premiers travaux sur l'écriture. En 1900, Liepman décrit l'apraxie et propose que l'hémisphère gauche contrôle les mouvements intentionnels dirigés vers un but. Cela va contribuer à renforcer le schéma de localisation cérébrale et de suprématie de l'hémisphère gauche.

 

Deux problèmes sont discutés :

- L'intelligence et le langage : pour Trousseau, la perte de parole n'est que la manifestation d'un trouble plus important : altération globale de l'intelligence et c'est pour cela qu'il invente le terme d'aphasie. Cette vision s'oppose totalement à celle de Broca, qui affirme que les patients aphémiques ont conservé leur intelligence. Les propose de Trousseau sont issus d'un constat : dans le cas de Bodelaire il y a perte de la parole et de la raison. La cause de ce trouble serait donc une altération générale de l'intelligence.

- Cortex et sensorimotricité : l'idée selon laquelle le cortex serait une simple enveloppe est renversée seulement au début du 19ème siècle. En ce qui concerne la sensorimotricité, ce n'est qu'à la fin des années 1970 qu'on admettra que le cortex a un rôle à jouer dans ce domaine.

 

D'autres problèmes sont négligés :

- Distinction automatique contre volontaire :

+ Baillarger est un neurologue qui s'intéresse aux personnes ayant été privées de la parole à la suite d'une lésion cérébrale. Il essaye d'apporter une idée qui est primordiale : ce qui est aboli est l'usage volontaire du langage, les aspects automatiques sont souvent préservés. Par exemple, les aphasiques peuvent chanter, proférer des jurons, etc. Selon lui, cela indique que l'utilisation automatique du langage est préservée chez les aphasiques, ce qui est perturbé est l'usage plus volontaire ou langage propositionnel.

+ Il va, dans la polémique entre Trousseau et Broca, proposer une troisième voie. Il explique que chez les aphasiques « ce qui sort de façon automatique sort bien », le trouble chez ces patients concerne le choix et l'articulation opportune des mots voulus. Les patients ont perdu les incitations motrices et volontaires.

+ Plus tard, on parlera de perte du langage propositionnel.

+ Baillarger est un précurseur des tests de Jackson.

+ La question est encore actuelle puisque les scientifiques s'interrogent encore sur la représentation corticale des mots. Il y a toujours des théories qui s'opposent, alternatives ou incompatibles. Toutes essayent de rendre compte de la façon dont les mots peuvent être représentés par les neurones dans le cerveau.

- Lésion frontale et troubles de la personnalité :

+ En 1878, le cas de M. Gage, ouvrier qui subit une lésion au niveau frontal, devient la preuve qu'une lésion cérébrale peut entrainer des troubles de la personnalité, et un changement de comportement. Ce cas est d'abord étudié par Harlow, qui y ajoute des problèmes de planification en plus des troubles de la personnalité. Les premiers seront laissés de coté jusqu'à l'arrivée de Damasio, dans les années 1990.

+ Il est ainsi démontré qu'une lésion au niveau du cortex frontal ventromédian peut conduire à des comportements sociaux anormaux, des difficultés de prise de décision et de planification. Les fonctions exécutives seraient donc sous-tendues par le cortex frontal.

 

3. Apogée du schéma des localisations cérébrales des fonctions :

 

Il faut aussi admettre qu'il n'y a pas une entité individuelle, mais différentes facultés sociales, affectives et cognitives. A posteriori, Gall avait raison sur le plan de la doctrine, avec sa proposition théorique, il s'est trompé en termes de méthode.

 

A la fin du 19ème siècle, avec les travaux de Wernicke puis de Lichtheim, deux théories vont s'articuler :

- Associationnisme : la pensée nait dans l'association entre éléments simples, sensations, et images produites par ces sensations. Cela produit une loi d'association entre éléments simples, par exemple : la perception serait la combinaison des images avec des sensations présentes. Deux aires sont impliquées dans cette théorie :

+ Aire des projections primaire : lieu où se combinent sensations et actions.

+ Aires associatives : centres d'images correspondant aux différentes sensations (objets visuels, bruits, langage parlé, etc.).

- Localisationnisme : les facultés mentales, dont fait partie le langage, sont localisées sur le cortex.

 

La doctrine associationniste-localisationnisme préfigure la démarche du courant néo-associationniste du 20ème siècle : superposer des modèles des traitements cognitifs et des régions cérébrales. Cela conduit à une cartographie fonctionnelle du cortex.

L'avènement de ce modèle est possible grâce aux travaux de Wernicke et de Lichtheim.

 

Wernicke focalise ses recherches sur les aphasies.

- Une partie de ses travaux :

+ Mémoire sur l'aphasie et le schéma anatomoclinique.

+ Fonctions motrices : situées sur la partie antérieure du cerveau.

+ Fonctions sensitives : situées sur la partie postérieure.

+ Troubles de la compréhension du langage : issues de lésion du 1/3 postérieur de la circonvolution temporale gauche.

- Il postule un lien de cause à effet entre cette lésion et les troubles de la compréhension :

+ Il rapporte plusieurs cas d’aphasies sensorielles et vérifie la localisation de la lésion.

+ Oppose « aphasie sensorielle » (qui deviendra l’aphasie de Wernicke) et « aphasie motrice » (aphasie de Broca).

 

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+ Il fait l’hypothèse d’un 3ème type d’aphasie, jamais décrite auparavant : « aphasie de conduction ». Il s'agit d'un trouble de la répétition avec des capacités de compréhension et de production du langage plus ou moins préservées. Cela est du à une déconnexion entre les centres des images auditives et les centres des images motrices (faisceau arqué). La personne atteinte de ce type d'aphasie pourra comprendre ce qui lui est dit mais ne sera pas capable de répéter l'information. Peu de temps après cette hypothèse, des savants commencent à observer ce type d'aphasie chez des patients. Cela va permettre de collecter des observations validant le paradigme élaboré par Wernicke. Il n'en reste pas moins que cette aphasie est très rare. Les symptômes sont un discours fluent sans être exagéré, une compréhension assez correcte avec des erreurs de lecture à voix haute, des erreurs d'élocution et il y a conscience du trouble de la part des patients.

 

Wernicke, en 1874, puis Lichtheim, en 1885, vont mettre en place le modèle de compréhension et de production du langage. Ce modèle suppose que le centre des images auditives des mots se situe dans le gyrus temporal, dans l'hémisphère droit. On doit à Lichtheim le recueil des différents schémas que les savants ont utilisé pour résumer leurs conceptions sur les facultés mentales et sur le cerveau.

On en dénombre entre 20 et 30 :

- Images auditives des mots (A) : reconnaitre la forme des mots entendus et fournir les formes pour parler.

- Images motrices des mots (M) : guider les groupes de muscles qui permettent d’articuler les mots.

Une lésion de la zone prenant en charge M va donner l'aphasie de Broca et inversement une lésion de la zone en charge des images auditives des mots va induire une aphasie de Wernicke. Réciproquement, on peut déduire qu'une personne ayant des difficultés à produire des mots doit souffrir d'une lésion des centres des images motrices des mots, de même pour l'aphasie de Wernicke.

Le faisceau arqué, liaison anatomique et fonctionnelle entre les centres A et M, permet de connecter ces deux centres de traitements.

 

Dans le schéma, ce qui va permettre l'évolution de la neuropsychologie c'est le fait qu'il prend en compte le fonctionnement normal ainsi que les troubles. Lichtheim recense sept types d'aphasies consécutives à une destruction sélective de certains centres cérébraux. Cette classification est encore en vigueur de nos jours. Comprendre un patient aphasique peut être beaucoup plus complexe puisque chaque cas d'aphasie est différent.

Un des schémas recensés par Lichtheim représente une maison. Cette dernière préfigure les modèles cognitifs que nous utilisons aujourd'hui. Il s'agit d'un ancêtre des modèles symboliques et cette rencontre entre associationnisme et localisationnisme a forgé des courants primitifs de la neuropsychologie du 20ème siècle.

 

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De cette doctrine localisationniste-associationniste, on aboutit au cognitivisme. Ce dernier est en fait un ensemble d'hypothèses concernant les modules de traitement et les différentes mémoires nécessaires pour les activités lexicales. Sur le plan de la conceptualisation générale, il y a une très forte parenté entre, d'une part, les savants, dont Wernicke, qui expriment leurs hypothèses concernant les différents centres d'images, et d'autre part, les scientifiques qui rassemblent le fonctionnement pour démontrer l'objet correspondant. Une autre ressemblance se situe au niveau du trouble dans la manière où on essaye de comprendre le déficit sous-jacent.

 

Hecaean et Lanteri ont qualifié la fin du 19ème siècle d'âge d'or pour la neuropsychologie : il s'agit d'une période très féconde et harmonieuse pendant laquelle une majorité de la communauté savante s'engouffre dans l'idée que l'on peut décrire les localisations.

Moutier, dans sa thèse, définie 28 schémas différents pour essayer de rendre compte des aphasies.

Hecaean et Lanteri décrivent aussi un moment fécond pour la neuropsychologie puisque des troubles spécifiques commencent à être considérés comme révélant une certaine organisation des fonctions mentales. Il est aussi proposé de chercher et de décrire les supports anatomiques de ces fonctions mentales en termes d'aires cérébrales reliées par des faisceaux de fibres. A ce moment là, les savants pensent qu'il est possible de faire coïncider des symptômes et des fonctions mentales par le biais des substrats cérébraux, lobes, circonvolutions et de couches histologiques.

Hecaean et Lanteri vont déposer un bilan contrasté puisqu'il y a des personnes qui considèrent que les schémas ne doivent être considérés comme des dogmes. Wernicke disait que « ces schémas n'ont de valeur que temporairement, que comme outils d'enseignement et pour l'interprétation des difficultés des patients », il continue en disant que « le schéma perd toutes sa signification dès que l’on trouve une façon plus économique et plus précise de regrouper les faits ».

Les schémas sont donc une tentative d’explications. Ils sont indispensables aux patients et nécessaires à l’enseignement, mais il suffit que les résultats expérimentaux invalident les hypothèses, pour qu'on modifie les théories.

Quelques siècles de questionnement sur les liens entre cerveau et fonctions mentales : synthèse :

- Premiers liens cerveau-psychisme dès l’antiquité.

- Jusqu’au 18ème siècle, la théorie de l’axe médian domine.

- Début 19ème, première rupture avec Gall :

+ Analyse de l’esprit en différentes facultés mentales.

+ Hypothèses sur le fractionnement du cerveau.

→ Deux conditions nécessaires à l’avènement de la neuropsychologie.

- Puis, focalisation sur le langage et le cortex, développement d’une méthode anatomoclinique : perturbations du langage et sièges des lésions (post-mortem) pour décrire les liens entre fonctions mentales (langage) et substrat cérébral (cortex frontal, puis temporal).

- 1861 : Broca associe survenue d’une aphémie et lésion de la 3ème circonvolution frontale → localisation cérébrale du langage.

- 1865 : Broca inaugure la notion d’asymétrie fonctionnelle entre les hémisphères cérébraux.

- 1874 : Wernicke propose le 1er modèle associationniste-localisationniste du langage.

- 1885 : Publication de Lichtheim sur les aphasia.

 

4. Oppositions, nouvelles théories :

 

a. Critiques des localisations :

 

De nombreux auteurs ont critiqué les théories localisationnistes, qui affirmaient que le « cortex ne peut être divisé en unités fonctionnelles ». Parmi eux, on retrouve : Flourens (1865), Jackson (1970), Freud (1891), Marie (1906), Von Monakov (1910), Head (1926) et Lashley (1930).

 

De ces auteurs, on retiendra tout particulièrement les critiques de :

- Pierre Flourens (1974-1867) :

+ Il est un anatomiste et physiologiste.

+ Flourens s'oppose aux conceptions phrénologiques de Gall ainsi qu'à la faiblesse de la méthode. Il s'oppose aussi aux thèses localisationnistes de Broca et de Wernicke. En 1824, il écrit que « toutes les sensations, perceptions et volitions occupent concurremment le même siège dans ces organes », ainsi que « le cerveau agit toujours comme un organe d'ensemble ». Il est classé parmi les unitaires, refusant d'admettre la fragmentation de l'esprit et du cerveau.

+ Pour appuyer ses critiques, Flourens utilise des méthodes expérimentales en pratiquant des lésions expérimentales sur le cortex de l'animal. Il constate que les effets sont identiques quelque soit le siège lésionnaire. Selon lui, et à partir de ses travaux, il soutient que le cerveau agit comme un organe unitaire. Ses observations sont rudimentaires, puisque faites sur des animaux assez simples (grenouilles, canards, pigeons, etc.). Il critique donc, contre les évidences, les propositions faites par Broca.

- Sigmund Freud :

+ Dans les années 1890, Freud est neurologue. Il s'intéresse au langage, et plus particulièrement à l'aphasie. Au départ il a une théorie localisationniste, puis il va se situer dans le courant unitaire ou globaliste.

+ En 1891, il fait une revue critique des travaux sur les localisations cérébrales et réagit vivement vis à vis du morcellement du cerveau en centres d'images. Selon lui, « le substrat cérébral de la parole doit être conçu comme une aire corticale continue dans l'hémisphère gauche ».

- Pierre Marie :

+ C'est en 1906 que ce neurologue parisien provoque Jules Dejerine en duel. Ce dernier est aussi neurologue et, à la fin 19ème, il étudie ce qui se passe chez les aphasiques. Marie nie l'existence des centres d'image et critique le schématisme des théories de l'époque. Il en ira jusqu'a provoquer Dejerine en duel, sur la question de la possibilité de localiser les facultés mentales sur le cortex.

+ Il y a ici l'idée que dans l'attachement des chercheurs vis à vis de leurs théories, il y a autre chose que du rationnel : il y a un lien social, un lien affectif entre les chercheurs et leurs paradigmes. Il faut admettre cela pour comprendre les causes de cette provocation en duel.

- Karl Lashley : expérimente sur l’animal :

+ Localisations corticales définies pour aires de projection motrice et sensorielle.

+ Mais pour le reste du cortex - aires associatives - on ne peut opérer de distinction fonctionnelle : la forme que prend le trouble dépend de l’étendue de la lésion et non du territoire cortical détruit.

+ Principes d’équipotentialité (fonctionnelle du cortex) et d’action de masse.

 

b. Théorie jacksonienne :

 

John Huglings Jackson est un neurologue anglais. Dès les premières allocutions de Broca, Jackson se passionne pour ses publications.

Ses travaux s'étalent sur plusieurs années :

- En 1864, il considère que les affirmations de Broca sont suffisamment solides pour qu'il intègre l'idée de la distinction entre les zones du langage. Il détermine qu'il y a donc un lien entre le trouble du langage et les lésions de l'hémisphère gauche.

- Un an plus tard il envisagera la thèse de la complémentarité entre capacité d'expression, située dans l'hémisphère gauche, et capacité de perception, située dans l'hémisphère droit.

- En 1868, il applique ses théories à des processus plus avancés.

- En 1874, il publie De la dualité du cerveau dans lequel il expose l'idée majeure de sa carrière scientifique : il y aurait des utilisations volontaires, situées dans l'hémisphère gauche, et des traitements automatiques, situées dans l'hémisphère droit.

 

Ses théories évoluent d'une suprématie de l'hémisphère gauche à la concrétisation d'une asymétrie cérébrale. Jackson fait partie des rares neurologues à s'intéresser à l'hémisphère droit, qu'il définit comme spécialisé dans la perception du langage. En 1868, il envisage que pour les processus supérieures du langage l'hémisphère gauche est directeur alors que pour les processus inférieures l'hémisphère droit serait impliqué. Dans les années 1860, Jackson prit en charge un patient souffrant d'une tumeur située dans l'hémisphère droit et ayant du mal à reconnaitre les personnes et les lieux.

Il détermine alors que :

- Si lésion de l'hémisphère gauche : troubles du langage.

- Si lésion de l'hémisphère droit : troubles du traitement mental de la reconnaissance des lieux, des visages, etc.

Il faudra attendre les années 1920 pour que les neuropsychologues se penchent sur la perturbation de la reconnaissance des visages, aussi appelée prosopagnosie, et des lieux.

 

Au moment de ses études, Jackson est tout à fait au courant des théories darwinienne sur l'évolution des espèces. Pour rendre compte des comportements humains qu'il étudie, Jackson ne fait pas uniquement référence à des structures neuro-anatomiques, mais aussi à des mécanismes psycho-physiologiques.

Sa théorie s'articule autours de deux idées maitresses :

- Une fonction accomplie par le système nerveux central (SNC) ne dépend pas d'un groupe de neurones limités qui formerait une sorte de dépôt pour la fonction en question.

- Toute fonction accomplie par le SNC est sous-tendue par une organisation verticale complexe.

Selon Jackson, une fonction est représentée à plusieurs niveaux du SNC, à partir du tronc cérébral avec les réflexes, en passant par le niveau intermédiaire soit dans les portions motrices soit dans les portions sensorielles du cortex, enfin la fonction est représentée à un niveau supérieur que Jackson suppose être dans les régions frontales du cerveau. En d'autres termes Jackson est parti de la théorie de l'évolution des espèces de Darwin pour déterminer qu'une fonction est représentée de façon répétitive dans le SNC à cause de l'évolution phylogénétique et des différentes réorganisations qui ont été mises en place dans le cerveau.

Jackson va proposer que chez les patients ayant subit une lésion cérébrale, les troubles sont causés par une régression, une réversion, dans l'évolution.

Jackson reprend les affirmations phylogénétiques apportées par Darwin et dit que l'évolution à la fois phylogénétique et ontogénétique va du plus rigide (réflexes) au plus souple/variable (niveau des fonctions supérieures). Dans ce cadre là, il affirme que la lésion cérébrale provoque une inversion de l'évolution : elle touche d'abord ce qui est le plus tardif et le plus variable dans l'évolution (les fonctions supérieures) tandis qu'elle peut épargner les niveaux les plus résistants parce qu'ils sont acquis les premiers.

Pour Jackson, un phénomène pathologique doit être considéré comme la dissolution d'un comportement normal avec la lésion qui cause deux types de conséquences :

- Négatives : il y a destruction d'une partie du SNC qui cause la perte de la fonction qui était possible avant que la structure nerveuse soit lésée.

- Positives : libération des aspects inférieurs de la fonction, par exemple dans l'aphasie, les niveaux inférieurs de la fonction langagière sont libérés du contrôle qui était effectué sur eux par la structure qui est maintenant lésée.

Baillarger est un précurseur par rapport aux théories de Jackson.

Le tableau clinique du patient doit être considéré à partir de l'aspect négatif lié au trouble sous-jacent et de l'aspect positif avec la libération de fonctions inférieures.

 

La théorie jacksonienne a des conséquences sur les démarches des savants et ce qu'on pense pouvoir comprendre à partir des patients cérébro-lésés. Il a écrit que « la localisation responsable du symptôme lors de l'atteinte limitée d'une zone du SNC ne permet pas de localiser le siège cérébral de la lésion. En effet, cette dernière peut avoir une organisation cérébrale bien plus complexe qu'un unique siège comme l'envisageaient les premiers localisateurs ».

 

Au début du 20ème siècle, de nombreux savants vont développer les thèses de Jackson. Parmi ses disciples, on retrouve Von Monakov. Ce dernier développe la théorie de Jackson en étudiant le diaschisis. L'idée majeure est qu'une lésion focale relativement restreinte peut avoir des effets à distance dans le SNC.

Dans ses travaux, Von Monakov introduit l'idée qu'une lésion du SNC induit d'abord des perturbations hémodynamiques qui vont tendre à se normaliser. Ces perturbations sont telles qu'il peut y avoir inhibition à distance depuis le territoire cérébral lésé vers des zones cérébrales indemnes, épargnées par la lésion. Au delà de cette proposition, il faut distinguer deux types de diaschisis :

- Neuronale : il y a d'abord propagation puis résorption du sang hémorragique, avec diminution de l'apport sanguin dans une région impliquant une dégénérescence des cellules dans le voisinage ou à distance.

- Fonctionnel : désorganisation du déroulement temporel des processus psychologiques.

Ses théories se situent bien dans la démarche jacksonienne. Il est clair ici que localiser la lésion cérébrale qui cause le symptôme ne peut pas s'assimiler à la localisation du siège cérébral de la fonction puisqu'on peut avoir ces effets à distance.

 

En 1991, Berube définie le diaschisis comme une « abolition plus ou moins temporaire de l'activité des neurones plus ou moins distants de l'aire lésée, mais possédant avec celle-ci des liens anatomiques et physiologiques directes ou indirectes ».

Cappa et al., en 1997, étudient le cas de la patiente MF qui souffre d'une aphasie par lésion de l'hémisphère cérébral gauche. Elle a été suivie pendant plusieurs mois et on obtient le tableau clinique suivant : une dénomination orale quasi abolie, une fluence verbale à critère orthographique (ce test a été mis en place par Thurstone. En neuropsychologie il a été standardisé par l'équipe de Cardebat et col. dans les années 1990. Le test a été normé avec des critères catégoriels, orthographiques et l'idée de fluence guidée) très faible, une fluence sémantique nulle, un test de lecture où le score est de 0/50. Elle se situe dans une phase aigue, avec un langage oral presque aboli.

Une observation de son cerveau est faite à deux temps différents :

- Phase aigue (deux semaines post-ictus) : Hypométabolisme intrahémisphérique (aires périsylviennes de l'hémisphère gauche).

- Phase stable (six mois post-ictus) : normalisation du métabolisme (sauf aires lésées de l'hémisphère gauche) et récupération fonctionnelle.

Les auteurs soulignent un hypométabolisme intrahémisphérique dans la phase aigue et proposent que la récupération du langage est liée, en tout cas associée, à la régression de la dépression fonctionnelle (diachisis) dans les régions cérébrales indemnes, en particulier dans l'hémisphère droit. La question de l'implication de l'hémisphère cérébrale droit dans la récupération d'une lésion dans l'hémisphère cérébral gauche n'est toujours pas résolue, il n'y a pas de résultats probants.

 

Ce qu'on sait sur le diaschisis aujourd'hui c'est que sa dissipation constitue un des mécanismes sous-jacents à la récupération fonctionnelle.

Selon Berube, il y a plusieurs phénomènes à considérer au niveau neuronal :

- Reprise du fonctionnement neuronale :

+ La zone de pénombre : au cours d'un AVC, il existe une zone de souffrance cérébrale plus large dans laquelle on observe une modification du débit sanguin et/ou du métabolisme cérébral. Assez rapidement, cette zone peut retrouver son fonctionnement antérieur normal. Pour les neurologues c'est ce processus qui permettrait de rendre compte des récupérations précoces dans le 1er mois qui suit l'AVC.

+ L'inhibition du diaschisis : à distance de la zone de l'AVC, il y a une baisse ou interruption de l'activité neuronale (souvent en cas de lésions sous-corticale), on parle d'inhibition à distance d'aires corticales indemnes. La normalisation plus ou moins totale est plus lente que pour la zone de pénombre.

+ Il y a un intérêt pour la neuro-stimulation corticale locale qui permettrait d'optimiser la récupération fonctionnelle.

- Reprise de fonction par une autre zone ou une autre voie cérébrale :

+ Déjà impliquée dans la fonction : par exemple les régions péri-lésionnelles au sein du réseau de traitement du langage dans l'hémisphère gauche.

+ Non impliquées dans la fonction : par exemple, l'aire de l'hémisphère cérébral droit dans des zones homologues aux aires du langage de l'hémisphère gauche. Beaucoup de travaux vont regarder ce qui se passe du point de vue de l'activité dans les zones homologues aux aires 44 et 45 de Broadman lésées dans l'hémisphère gauche.

- Régénerescence ou multiplication cellulaire : y compris à l'âge adulte, ou avancé dans l'âge adulte, et pour lesquelles le rôle dans la récupération fonctionnelle n'est pas établie.

 

Dès le début du 20ème siècle, le schéma localisationniste est remis en question. De nos jours, on fonctionne toujours avec ce schéma mais de manière plus complète puisqu'on y a intégré la notion de diaschisis.

 

5. Découverte tardive de l’hémisphère droit :

 

Les chercheurs ont mis près d'un siècle pour déterminer que l'hémisphère droit joue un rôle aussi important que l'hémisphère gauche dans le comportement, la cognition et les émotions. Cette découverte se situe dans les années 1950.

 

A la fin du 19ème siècle,  on commence à affirmer que l'hémisphère droit est impliqué dans les mêmes fonctions que l'hémisphère droit. Ces affirmation ne sont pas intégrées dans les schémas qui se constituent à l'époque et ne sont pas acceptées par la communauté scientifique. Jackson considérait qu'il ne fallait pas adopter un point de vue unilatéral des foncions cérébrales. Ce point de vue extrême qui localise les fonctions mentales supérieures dans l'hémisphère gauche est faux selon lui. En parcourant les écrits de Jackson de 1865, on peut lire que : « S'il s'avérait [...] que la faculté d'expression réside dans un hémisphère, il n'y aurait pas d'absurdité à soulever la question de savoir si la perception - son correspondant opposé - pourrait siéger dans l'autre ». Dans les années 1870, il sera le premier à décrire des troubles non langagiers chez un patient avec une tumeur dans les zones postérieures de l'hémisphère droit. Il affirme qu'une lésion de l'hémisphère droit implique aussi des dysfonctionnements dans des fonctions supérieures, même si elles ne sont pas liées au langage.

 

Il faudra attendre les années 1940 pour que la méthode anatomique-clinique, qui consiste à mettre en relation un trouble et son siège lésionnel, soit utilisée aussi pour aborder et essayer de comprendre les fonctions mentales sous-tendues par l'hémisphère cérébral droit. Cela est rendu possible par la prise en charge des soldats blessés lors de la Seconde Guerre Mondiale. Jusque là, les médecins travaillaient sur des cas d'AVC et donc surtout sur les personnes âgées.

 

A partir de là, il y a une généralisation des études avec un grand nombre de patients. Parmi ces études, on relève celles faites par Liepman. Il affirme qu'il ne suffit pas d'étudier des cas particuliers, mais il est nécessaire de généraliser les phénomènes en faisant des études à grandes échelles. Cela se passe au moment de la Seconde Guerre Mondiale, alors que les neurologues soignent de très nombreux blessés. Les neurologues vont composer des groupes de sujets en fonction de l'hémisphère lésé, en fonction des différents troubles proposés, et d'autres caractéristiques spécifiques. Ces groupes de patients vont être comparés à des groupes contrôles, composés de personnes tout-venants. Hecaen, en 1950, va formaliser la méthode de comparaison de groupe. Le terme de neuropsychologie expérimentale commence à être employé par Vignolo.

Elle consiste dans :

- La constitution d'échantillons représentatifs de patients avec des lésions significatives unilatérales.

- A chaque groupe seront présentées des épreuves standardisées avec comparaison à des groupes de sujets normaux (témoins appariés). Les groupes sont constitués en fonction de l'âge, du sexe, etc.

- La fréquence et la gravité des troubles sont mesurées selon différents critères (par exemple à la latéralité lésionnelle).

- On commence à utiliser des statistiques pour établir dans quelles mesures le trouble que l'on étudie est associé à une latéralité lésionnelle, voire associé à une localisation intra-hémisphérique. Mais aussi pour déterminer dans quelle mesure le trouble observé s'associe à d'autres troubles des fonctions cognitives. Les statistiques permettent aussi de déterminer dans quelles mesures ces conclusions peuvent être généralisées à la population parente.

C'est de cette façon, qui émerge au tournant du 20ème siècle, que les neurologues démontrent que certains troubles sont systématiquement associés à des lésions de l'hémisphère gauche (comme le langage) sans survenir en cas de lésion de l'hémisphère droit et réciproquement d'autres troubles de traitement de l'espace, des visages, du corps, etc. sont associés de façon statistiquement significative à une lésion de l'hémisphère droit et ne surviennent pas lors de lésions de l'hémisphère gauche. C'est une grande nouveauté en neuropsychologie. Dans ces études on décrit la prosopagnosie, l'héminégligence spatiale, etc. Ce faisant, on décrit aussi des troubles subtiles de la communication verbales. Hecaen fait partie de ceux qui affirment qu'on retrouve dans l'hémisphère droit des troubles subtiles du langage.

 

Plus de 60 ans après l'intuition de Jackson, on va commencer à décrire un ensemble de troubles spécifiquement liés à des lésions de l'hémisphère cérébral droit. On commence à décrire le syndrome de l'hémisphère mineur et à décrire que cet hémisphère est, à l'instar du gauche, lui aussi impliqué dans la communication.

 

Voici quelques syndromes de l'hémisphère droit :

- Héminégligence spatiale unilatérale.

- Apraxie constructive et de l'habillage.

- Syndromes visuoperceptifs :

+ Agnosie visuelle aperceptive.

+ Prosopagnosie.

+ Désorientation topographique.

- Troubles liés à la communication :

+ Prosodie.

+ Sémantique des mots par la fluence verbale et le critère catégoriel.

+ Sémantique des mots avec sens second métaphorique.

+ Discours.

+ Pragmatique.

- Syndromes neuropsychiatriques :

+ Anosognosie et somatagnosie.

+ Délires d'identification et manie.

 

A peu près à la même époque, on retrouve d'autres étudies sur les cérébro-lésés de l'hémisphère droit :

- Eisenson (1950), Weinstein, Critcheley, etc. déterminent différents troubles discrets et subtils de la communication verbale, sans aphasie, en lien avec une lésion de l'hémisphère droit.

- Myers (1979) fait des étudies sur l'imagerie mentale visuelle, le langage figuratif, les affects, le sens de l'humour, etc.

- Joanette & al. (1990) déterminent que « la communication verbale dépend aussi de l'intégrité de l'hémisphère droit ».

- Joanette (1991), Faure (1991) affirment que les troubles de la sphère langagière affectent 1/2 des cérébro-lésés droit.

Depuis ces années là, on n'a pas encore établi un lien direct entre un siège lésionnel de l'hémisphère droit et certains troubles particuliers.

 

A ce jour, il existe très peu d'outils d'évaluation spécifiques de ces troubles de la communication verbale en cas de lésion droite. Le MEC (Montreal d'Evaluation de la Communication) est la seule batterie constituée pour analyser et prendre en charge des symptômes liés à des lésions situées dans l'hémisphère droit. Il s'agit d'un protocole très long, et c'est pour cette raison qu'il existe une MEC de poche.

 

 

III. La neuropsychologie aujourd'hui.

 

 

1. Paradigme fondamental : recherche de dissociation :

 

Pour comprendre l'établissement des différentes théories au fil du temps, il faut comprendre le paradigme fondamental de recherche de dissociation.

 

En 1865, Broca cherchait à décrire des facultés préservées chez un patient contrastant avec d'autres facultés qui sont dysfonctionnelles. Il utilise le paradigme fondamental de manière implicite.

On distingue d'un coté la dissociation simple lorsque le patient échoue dans une tache particulière qui contraste avec des activités qui sont abolies ou perturbées. Pour les neuropsychologues cela renvoie au fait que les processus requis pour la première activité sont perturbés chez ce patient alors que ceux concernant la seconde activité sont conservés.

Teuber (1955) systématise cette démarche comme moyen d'attribuer des rôles fonctionnels aux différentes régions cérébrales. Shallice (1995) va définir des critères du paradigme fondamental, en s'intéressant essentiellement au niveau cognitif.

 

Le paradigme fondamental est défini selon deux points de vue :

- Cognitif :

+ On distingue deux définitions :

. Définition simple : si un patient échoue dans une tâche A, associée à un processus a, et réussit dans une tâche B, associée à un processus b, alors il y a une dissociation entre processus fonctionnels et non fonctionnels. Ces deux processus sont indépendants, on parle aussi de deux systèmes de traitement de l'information. Cependant, on se pose la question sur la dissociation de ces deux processus par le fait que les deux taches sont différentes, et par conséquent elles ne sont pas équivalentes.

. Définition simple inverse : si un patient réussit dans une tâche A, associée à un processus a, et échoue dans une tâche B, associée à un processus b, alors il y a une dissociation entre processus fonctionnels et non fonctionnels.

+ On considère que cette dissociation simple signale l'indépendance entre deux processus ou deux systèmes de traitements spécifiques. Cependant, la différence entre ces deux taches se situe au niveau des processus ? Des causes ? De la difficulté des taches ? Pour palier à cela il faut mettre en place une dissociation simple inverse, dans laquelle un patient réussit la tache A mais échoue à la B.

+ La dissociation simple associée à la dissociation inverse forment un argument fort en faveur de l'indépendance des deux systèmes. On parle alors de double dissociation.

- Localisationniste :

+ A partir d'une lésion X chez un premier patient, qui produit un trouble x plus grave qu'un trouble y, et d'une autre lésion Y chez un autre patient, qui produit un trouble y plus grave qu'un trouble x, on en déduit que chaque site lésionnel est associé à un trouble spécifique. Ce dernier reflète une contribution particulière de l'aire cérébrale en question à une activité cognitive donnée.

+ C'est ce qui a guidé les neuropsychologues pendant plus d'un siècle dans leurs recherches. Ils décrivent une dissociation simple chez un patient et une autre différente chez un autre patient pour expliquer leurs hypothèses sur la dissociation des fonctions dans le cerveau.

+ Ce postula nécessite deux conditions :

. Deux sites lésionnels de localisations différentes, mais comparables par ailleurs : même type, taille, délai post-ictus, etc.

. Deux tâches utilisant du matériel différent et/ou faisant appel à des traitements différents, mais comparables par ailleurs : même difficulté et même qualités métriques.

+ La double dissociation permet d'établir une corrélation entre anatomie et cognition : spécialisations fonctionnelles des différentes zones cérébrales.

 

Attention aux fausses dissociations. Celles-ci peuvent trouver leur origine dans des différences de validité interne des mesures.

Bates et al., en 1991, font une expérience en basant leurs démonstrations sur des données fictives. Ils établissent deux profils de performances de patients évoquant une double dissociation.

 

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Les résultats qu'ils ont obtenus peuvent indiquent que les taches A et B font appel à des mécanismes qui peuvent être doublement dissociées. Mais il y a d'autres explications possibles, c'est pour cela que Bates et coll. comparent les performances des deux patients à celles qui seraient observées dans une population normale. Il en résulte que leurs sujets ont obtenu des scores aux taches A et B proches à la moyenne de la population, cependant on observe une dispersion très différente. Cela suggère que la fidélité interne est différente pour les deux mesures. Dans la tache A il y a beaucoup de « bruit » puisque les performances s'étendent de 20 à 80% de réussite, tandis que les scores à tache B sont plus fidèles, puisqu'ils évoluent entre 45 et 55% de réussite.

L'apparente double dissociation entre les patients Smith et Jones peut être obtenue au hasard puisque dans chaque cas, les patients sont situés à l'intérieur d'un écart-type autour de la moyenne « normale ».

 

Pour vérifier les résultats obtenus on se sert de statistiques dérivées du T de Student ou de l'Anova. On peut s'en servir aussi bien dans l'étude de cas uniques que dans l'étude de cas multiples.

Ils permettent de tester :

- La significativité d'une différence entre les scores d'un patient et ceux d'un échantillon.

- L'effet de facteurs expérimentaux sur les performances d'un patient.

- Les différences de performances entre les taches qui leur ont été proposées.

 

Critères énoncés par Shallice en 1995 : 3 types de dissociations :

- Dissociation classique : « la tache I est réalisée au même niveau qu’avant le début de la maladie » et la tache II est « très inferieure et bien au-dessous de la moyenne ».

- Dissociation forte : « aucune tache n’est réussie a un niveau normal, mais la tache I est beaucoup mieux réussie que la tache II ».

- Tendance à la dissociation : la tache I est de façon significative mieux réalisée que la tache II mais les « niveaux de performances ne sont pas qualitativement dissemblables ».

Ces critères manquent de rigueur et ne sont pas opérationnels. On retrouve un premier problème d'équivalence des deux taches où sont mesurées les performances. Ces dernières font appel à du matériel et/ou à des traitements différents de plus elles doivent être comparables, notamment du point de vue du niveau de difficulté et des qualités métriques. De plus il y a une nécessité de définition plus précise et rigoureuse.

Crawford, Garthwaite et Gray (2003) proposent des critères opérationnels pour établir l'existence de déficits et de dissociations.

La dissociation classique peut donc être employée lorsqu'un patient :

- Présente un déficit dans la tache x.

- Obtient des scores dans les limites de la normale à la tache y.

- S'il existe une différence significative entre les performances aux deux taches.

Ce dernier point rend leurs critères plus opérationnels et rigoureux. En effet, dans la définition habituelle de Shallice, le critère de dissociation classique est le fait que la performance du patient soit perturbée à la tache x et dans les limites de la normale ou non perturbée à la tache Y. Or comme le souligne Crawford, la deuxième partie de la définition revient à essayer de prouver l'hypothèse nulle. De plus, la différence dans les performances du patient pourrait être triviale, lorsque par exemple les performances à la tache x sont juste sous le seuil pathologique et celles à la tache y juste au dessus.

L'exigence d'une différence significative entre les scores que le patient obtient aux deux tâches lève les deux difficultés. Cette différence peut être mesurée à l'aide de méthodes statistiques permettant de déterminer son existence, ainsi qu'une dissociation ou un déficit différentiel.

 

Il est nécessaire de faire attention aux conclusions erronées (Atzeni, 2009).

Prenons le cas hypothétique d'un patient pour lequel les performances (en %) de dénomination d'images de choses vivantes et de choses non vivantes sont relevées dans une tache non standardisée. La comparaison intra-individuelle amène à conclure que le patient ne présente aucune dissociation. En revanche, si l'on compare ses performances à celles d'un groupe témoin, on sera amenés à conclure qu'il présente une altération des performances de dénomination pour les choses vivantes.

 

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Dans ce cas, les performances d'un autre patient, en cas de comparaison intra-individuelle, amèneraient à conclure que ses performances sont altérées sur les images de choses vivantes. Pour ce patient, la comparaison avec un groupe témoin amène à réviser cette conclusion : le patient ne présente aucune dissociation dans ses performances.

 

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Enfin, la comparaison inter-individuelle des performances de ce troisième patient pourrait amener à conclure qu'il y a une altération des performances des images de choses vivantes. Cependant, après comparaison avec un groupe témoin, on constate que c'est la dissociation inverse qui est opposée.

 

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Ce genre de publication a eu un impact en neuropsychologie. Même si les affirmations sont basées sur des données fictives, mises en rapport de deux profils distincts, elles reflètent une réalité bien présente à l'époque.

 

2. Institutionnalisation de la discipline :

 

C'est en 1913, sous la plume du neuropsychologue W. Osler, qu'apparait le terme de neuropsychologie. Elle désigne la science des relations entre les maladies mentales et le cerveau. Ce terme se généralisera dans les années 1930-1940, sous l'influence de Benton. On abandonne des termes comme psychopathologie cérébrale, psychologie neurologique, au profit de ce nouveau terme.

 

Karl Spencer Lashley (1890-1958) se voit attribuer, en 1937, la première chaire de neuropsychologie à Harvard. Il est institutionnellement le premier professeur de neuropsychologie.

 

Henri Hecaen (1912-1983) a joué un rôle majeur de plusieurs façons. En 1951, il créé le symposium annuel de « neuropsychopathologie ». Pour lui ce terme intéresse des spécialistes de trois domaines : neurologie, psychologie et psychiatrie. Le tout premier symposium porte essentiellement sur les thèmes de l'alexie, aphasie et dominance cérébrale (renvoie à l'idée selon laquelle nos deux hémisphères cérébraux sont spécialisés au niveau émotionnel).

En 1963 nait la première revue de neuropsychologie : Neuropsychologia. Elle traite des grandes fonctions cognitives. Elle est fondée notamment par Hecaen. A propos du terme de neurpsychologie, elle dit que « Sous le terme de neuropsychologie, il semble qu'on est en droit de délimiter un domaine particulier de la neurologie principalement corticale, qui intéresse à la fois, neurologistes cliniciens, psychiatres, psychologues, psychophysiologistes et neurophysiologistes. Ce domaine concerne les troubles des activités mentales supérieures et plus spécialement les troubles du langage, du geste et de la perception ». La préface signale des échanges déjà très importants entre les modèles animaux et les pathologies retrouvées chez l'Homme, notamment les troubles du langage. Les statistiques inférentielles sont utilisées pour expliquer les résultats obtenus dans les différentes expériences.

Une seconde revue est créée peu après. Elle se nomme Cortex et est dirigée par un groupe animé par De Renzi.

Ces deux revues sont encore publiées de nos jours. Dans les années 1970, de nombreuses autres revues seront créées, notamment en Amérique du Nord. Parmi elles on retrouve le Journal of Clinical and Experimental Neurology, dans cet ouvrage il y a des difficultés à faire correspondre des articles de recherche clinique et d'autres de recherche fondamentale.

 

C'est à la fin des années 1960 qu'a été créée la première association spécifiquement orientée vers la neuropsychologie : INS, International. Elle est fondée par le professeur Costa. Il rassemble quelques spécialistes de la neuropsychologie et les regroupe dans cette association. Cette dernière va contribuer à l'expansion de la neuropsychologie. C'est à Costa qu'on attribue la naissance de la neuropsychologie clinique en tant que spécialité professionnelle.

 

En 1972 est publié le premier manuel de neuropsychologie intitulé Introduction à la neuropsychologie. Cet ouvrage donne aux psychologues une base sur laquelle se fonder pour acquérir des connaissances en neuropsychologie.

Hecaen & Lanteri-Laura publient Histoire et textes fondamentaux en 1983. Ils y définissent la neuropsychologie comme traitant « des fonctions mentales supérieures dans leurs rapports avec les structures cérébrales ».

 

Les premières formations spécialisées en neuropsychologie apparaissent tardivement, autour des années 1990 d'abord à Chambéry puis à Caen. De nos jours, on compte une quinzaine de masters avec l'intitulé neuropsychologie en France.

 

 

IV. TDs.

 

 

1. TD 1 :

 

En neuropsychologie, on part d'observations clinique pour aboutir à des modèles théoriques. Ces dernières servent à expliquer ce qu'on observe au niveau clinique. Au fur et à mesure, il y a un besoin d'adaptation des théories par rapport aux nouveaux cas cliniques observés.

 

La suite du TD consiste en des études de cas discutées à l'oral.

 

2. TD 2 :

 

L'attention sélective est une notion hétérogène. William James, en 1890, définissait l'attention comme « la prise de possession par l'esprit, sous une forme claire et vive, d'un objet ou d'une suite de pensées parmi plusieurs qui semblent possibles. [...] Elle implique le retrait de certains objets afin de traiter plus efficacement les autres ».

 

Il faut prendre en compte que, selon Sieroff (1998) :

- Système cognitif à capacité limitée.

- Perception privilégiée d’un stimulus par rapport à un autre.

- Contexte environnemental et comportemental dans lequel s'inscrit le sujet.

 

Quand on pense attention sélective ça renvoie à différents modèles. Cependant, s'agit-il de différentes approches d’un même système ou de différentes fonctions interdépendantes ?

Chacun des modèles présentés :

- Répond à une hétérogénéité théorique mais complémentarité des outils dans la pratique.

- Chaque modèle a contribué à l’élaboration des outils d’évaluations et de prise en charge de l’attention actuellement utilisés.

On retrouve donc quatre modèles :

- L’attention filtre :

+ L'effet « cocktail party » consiste en la faculté que l'on a de faire abstraction d'un certain nombre d'informations qui nous parviennent et que l'on ne souhaite pas percevoir. L'attention est donc un filtre perceptif.

+ On parle de sélection précoce ou tardive d’une information parmi des distracteurs. Le filtre s'établit en fonction du contexte, de la tâche, de la motivation.

+ La notion de filtre attentionnel a évolué jusqu'à mettre en avant la notion de contrôle des conflits cognitifs. Les processus inhibiteurs, possibles grâce au cortex frontal, sont au cœur du filtre attentionnel. L'effet Stroop (1935) est un test qui permet d'observer les capacités d'inhiber les éléments perceptifs non pertinents (mot) pour se focaliser sur les éléments pertinents (couleur).

+ En ce qui concerne le filtre attentionnel et le « contrôle attentionnel », ce qui ressort c'est l'importance des processus inhibiteurs (cortex frontal) dans la gestion des activités cognitives.

+ L'évaluation de l'efficacité de ce filtre peut se mesurer par le Test de Stroop ainsi que par d'autres tests de recherche de cible parmi des distracteurs.

+ Pour la prise en charge, différents types de prise en charge sont possibles. Généralement, ils consistent en des exercices et des entrainements pour les capacités d'inhibition et de contrôle cognitif.

- L’attention réservoir de ressources :

+ Les ressources attentionnelles sont limitées. Selon les spécificités de la tâche à exécuter, il faut allouer ces ressources en conséquence (Kahneman, 1973). De manière générale, les performances observées pour l'attention partagée sont moins bonnes que les performances dans le cas de performances en attention focalisée.

+ Si ces ressources attentionnelles sont limitées, c'est parce que la charge cognitive et l’apprentissage jouent sur l’attention.

+ L'évaluation se fonde sur :

. Tests de double tâche.

. Mémoire de travail (empans de Braddley).

. Flexibilité mentale (TMT, etc.).

. Tests de recherche de cible parmi des distracteurs.

+ Pour diminuer le handicap d’un patient avec des troubles attentionnels, automatisation de chacune des composantes d’une tâche complexe. La stimulation doit favoriser la plasticité cérébrale. La plasticité cérébrale est ce qui met en évidence cette capacité adaptative.

- Le faisceau attentionnel :

+ A l’instar d’un faisceau lumineux, le focus attentionnel est déplacé, élargi ou resserré selon la tâche. Cela permet de cibler de manière plus ou moins précise l'objet visé. Traitement des stimuli soumis à ce faisceau feront l'objet d'un traitement approfondi, au détriment des autres stimuli.

+ Selon le modèle de Posner & Raichle (1988), orienter son attention suppose différentes étapes. On en dénombre trois :

. Désengagement de la cible actuelle (lobe pariétal supérieur).

. Déplacement vers une nouvelle cible (colliculi supérieurs).

. Réengagement (pulvinar).

 

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+ Une orientation de l’attention peut être :

. Exogène : rapide automatique, souvent involontaire et guidée par les évènements extérieurs.

. Endogène : plus lente, volontaire et dirigée par le sujet.

+ Il existe un recouvrement entre les mécanismes de l’orientation attentionnelle et oculomotricité, selon Posner (2004).

+ Selon le paradigme de Posner (1984), on présente un indice et le sujet doit répondre à l’apparition d’une cible visuelle.

. On constate que l'attention traite de manière différente les stimuli :

- Exogène : indice périphérique.

- Endogène : indice symbolique central.

. Les résultats indiquent que la réponse est plus courte lorsque l’indiçage est valide (indice et cible du même côté)

+ L’attention endogène intervient plus tardivement et peut être soutenue plus longtemps. En ce qui concerne l’orientation exogène vers une localisation c’est rapide, précoce et limitée dans le temps : après 250 ms, toute réorientation vers cette localisation est inhibée (phénomène d’inhibition de retour).

+ Toute orientation attentionnelle résulte de l’interaction entre les orientations exogènes  et endogène (cf. Corbeta et Shulman, 2002). On retrouve :

. L'attention volontaire endogène : réseau composé du cortex frontal dorsal bilatéral et du cortex intrapariétal.

. L'attention « court-circuit » exogène : jonction temporo-parietal du cortex fronto-ventral de l’HD. On parle d'attention « court-circuit » puisqu'il suffit qu'elle s'active pour attirer l'attention du sujet, jusque là volontaire endogène, vers un indice plus périphérique.

+ En ce qui concerne l'évaluation :

. Paradigme de Posner.

. Tâches de recherche de cible.

+ Pour la prise en charge :

. L'héminégligence correspond à une incapacité à prendre efficacement conscience des évènements survenant dans l’hémichamp visuel gauche.

. Le déficit des processus permettant le désengagement de l’attention exogène de l’hémichamp droit pour l’orienter vers l’hémichamp gauche (Bartolomeo et Chokron, 2002).

. La stimulation tactile bras gauche, etc.

- L’attention comme anticipation d’un évènement sensori-moteur :

+ Rizzolati et Craighero (1998) opposent deux conceptions de l’espace :

. L’espace est un vide où sont localisés les objets.

. Les gestes, oculaires et manuels, permettent de construire l’objet et sa localisation.

+ L’espace est donc une construction qui émerge de l’ensemble des interactions possibles avec l’ensemble des objets possibles.

+ Selon Rizzolati et Craighero (1998), orienter l'attention « vers un objet dans l’espace » revient à simuler mentalement et inconsciemment un geste d’interaction (manuelle, oculaire, etc.) vers cet objet.

+ Les boucles fronto-pariétales sous-jacentes à la réalisation d’un geste sont également impliquées dans l’orientation attentionnelle. Il existe donc autant d’orientations attentionnelles qu’il existe d’interactions possibles.

+ L'attention pré-motrice met en jeu un système de boucles fronto-pariétales. Dans un premier temps il y a une préparation d'interaction avec cet objet. Du cortex frontal on projette au niveau du cortex pariétal qui identifie les objets compatibles et donc qui renvoie l'information au cortex frontal pour qu'il y ait exécution du geste.

+ Une orientation attentionnelle est donc déjà une préparation de l'action en soi. Avant d'initier un geste vers un objet, j'ai déjà perçu visuellement l'objet.

+ Rossetti a mis en place une technique d'adaptation au prisme, à appliquer en cas d'héminégligence gauche. Elle se déroule en 4 étapes :

. Exposition à un prisme : déplacement du champ visuel vers la droite.

. Pointages vers une cible : déviés vers la droite (prisme).

. Entrainement : le patient corrige son geste vers la gauche.

. Retrait du prisme : l’effet compensatoire vers la gauche persiste.



10/05/2014
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