Cours de psychologie

Neurobiologie des troubles mentaux - le trouble psycho-traumatique

Neurobiologie des Troubles Mentaux – Le Trouble Psycho-traumatique

 

 

Plan du cours :

I. Physiopathologie du trouble psycho-traumatique :

                1. Symptômes et physiopathologie :

                               a. Causes, symptômes, évolution et prévalence.

                               b. Physiopathologie.

                2. Modèles neurobiologiques :

                               a. Modèle de Khan et Liberzorf.

                               b. Modèle de Siegmund et Wotjak.

II. Biomarqueurs et préventions du trouble psycho-traumatique :

                1. Biomarqueurs :

                               a. Biomarqueurs pré-traumatiques.

                               b. Biomarqueurs post-traumatiques.

                2. Préventions :

                               a. Préventions secondaires et modèles-neurobiologiques.

                               b. Préventions de la rechute.

 

 

I. Physiopathologie du trouble psycho-traumatique.

 

 

1. Symptômes et physiopathologie :

 

a. Causes, symptômes, évolution et prévalence :

 

Les troubles psycho-traumatiques sont issus d’événements traumatogènes, et donc potentiellement traumatique. Un événement traumatogène devient traumatique à partir du moment où il provoque le trouble de stress post-traumatique (PTSD). Plus de 70% des êtres humains vont vivre au moins une fois dans leur vie un événement traumatogène.

 

On distingue deux types de sujets dans ce type d’événements :

- Les victimes : d’une violence physique, d’un accident, d’une inondation, d’un incendie...

- Les témoins : personnes qui ne sont pas directement liées, touchées, par l’événement mais ils y ont assisté depuis une position tierce.

 

Les symptômes de ce trouble sont :

- La reviviscence :

+ Revivre mentalement l’événement en question. On parle de souvenirs répétitifs et envahissants de l’évènement, rêves répétitifs concernant l’évènement, flash-back, ou de mémoires intrusives.

+ Les souvenirs répétitifs peuvent être associés à une impression soudaine « comme si » l’évènement traumatique allait se reproduire, incluant le sentiment de revivre l’évènement, des illusions, des hallucinations, et des épisodes dissociatifs.

+ Sentiment intense de détresse psychique lors de l’exposition à des indices internes ou externes évoquant ou ressemblant à un aspect de l’évènement traumatique (ex : dates anniversaires, certaines scènes à la télévision…).

+ Réactivité physiologique lors de l’exposition à des indices internes ou externes pouvant évoquer ou ressembler à un aspect de l’évènement traumatique.

- L’évitement :

+ Des situations qui rappellent l’événement. Il peut être cognitif ou comportemental. On a constaté que plus la personne va éviter et plus elle va glisser dans la maladie et inversement plus la personne va se confronter à ce qui fait symptôme et plus elle a des chances de sortir du PTSD.

. Evitement de type cognitif et de type émotionnel : efforts pour éviter les pensées, les sentiments ou les conversations associés au traumatisme.

. Evitement de type comportemental : efforts pour éviter les activités, les endroits ou les gens qui éveillent des souvenirs du traumatisme.

+ Ces tentatives désespérées d’échapper aux souvenirs traumatiques peuvent faire apparaître chez le sujet un sentiment d’aliénation, de détachement vis-à-vis des autres qui peut conduire à un véritable repli sur soi (sentiment de devenir étranger par rapport aux autres) : isolement social.

- La sur-activation physiologique : difficultés d’endormissement ou sommeil interrompu, irritabilité, agressivité ou accès de colère, difficultés de concentration, hypervigilance et réaction de sursaut exagérée.

 

On ne peut pas poser de diagnostic avant un délai d’un mois à la suite d’un événement traumatogène. Le PTSD ne se développera pas avant. De plus, pour poser un diagnostic il faut constater les différentes phases par lesquelles se manifeste la phase de stress aigu.

 

Troubles cognitifs dans le PTSD :

- Déficit attentionnel : difficultés au niveau des processus exécutifs.

- Déficit mnésique : déficit en mémoire explicite.

- Processus dissociatifs : réactions dissociatives sur la mémoire, l’identité et la perception.

 

Comorbidité : lorsqu’une pathologie apparaît conjointement au développement d’une autre.

 

Phase de stress aigu : augmentation de l’anxiété, augmentation de réponse de sursaut, augmentation des réponses physiologiques.

 

On parle de prévalence pour définir le nombre de cas de maladie ou de personnes malades existant ou survenant dans une population déterminée, soit à un moment précis soit au cours d’une période donnée.

 

Lorsqu’on prend l’exemple du viol, on constate que la prévalence du trauma est supérieure chez les femmes que chez les hommes. Cependant, la probabilité de développer un PTSD est plus développée pour les hommes que chez les femmes. Dans le cas de la prévalence, on regarde combien d’hommes ont développé le PTSD après un viol, et de même pour les femmes. Les femmes auront un pourcentage plus élevé que les hommes. Dans le cas de la probabilité, on prend 10 hommes qui ont subi un viol au cours de la semaine passée et on fait un autre groupe avec 10 femmes. On attend et on voit quels sont les chances de développer un PTSD dans un groupe et dans l’autre : c’est là qu’on constate que le pourcentage est plus élevé.

 

Sur le modèle animal on retrouve beaucoup de similarités avec ce qu’on observe chez l’humain.

On suppose que les gens qui subissent un événement traumatogène et qui développent en PTSD, sollicitent ou construisent dans leur cerveau deux types de mémoire en lien avec la peur. On retrouve :

- La mémoire associative : on peut aussi parler de conditionnement, de généralisation...

- La mémoire non associative.

Le fait de flotter pour un animal est un mauvais signe puisqu’il ne manifeste pas de comportement de « survie ».

 

b. Physiopathologie :

 

Altérations chimiques :

 

Chez les personnes avec PTSD on constate des changements dans les taux des hormones de stress :

- Vasopressine : taux élevé. Or, on sait qu’un taux élevé va induire des comportements violents, de l’agressivité, une tendance à la dépression et au suicide.

- CRF (Corticotropin-Releasing Factor) : taux élevé provoquant ainsi de l’anxiété et une sensibilisation de la réponse de sursaut. Les animaux en type PTSD présentent des comportements liés à l’anxiété.

- Cortisol : au travers de l’étude, les chercheurs ont montré que le cortisol est plus bas chez des personnes ayant développé un PTSD. Par la baisse de la fabrication d’ACTH on induit une diminution de cortisol. Dans le cas des dépressifs, le rétro-control ne marque pas, et donc malgré le taux élevé de cortisol, ce dernier a très peu d’effet. Au contraire, il fonctionne trop bien, voire de manière exagérée, chez les personnes souffrant de PTSD.

 

On constate aussi :

- Noradrénaline : plus le PTSD est important et plus le taux de NORA sera important. De plus, ce taux élevé est impliqué dans des manifestations comportementales qu’on retrouve aussi dans le PTSD.

- Neuropeptide Y : son rôle est de diminuer le taux de NORA par les neurones du système sympathique (yohimbine est un antagoniste compétitif des récepteurs adrénergiques alpha-2 sélectifs), cette dernière étant plus élevée en cas de PTSD, le neuropeptide Y ne fait donc pas son travail.

- Sérotoninergique : taux plus faible en cas de PTSD. Naturellement, peu de SERO implique de l’anxiété, état de panique, agressivité impulsive, dépression et suicide. On retrouve ces manifestations dans les cas de PTSD.

- Dopamine : présente en trop grande quantité lors d’un PTSD, avec présence de psychoses paranoïdes, hallucinations, réponses de sursaut exagérées.

- GABA : concentration trop faible chez les personnes en PTSD.

 

Les récepteurs SERO sont dits autorécepteurs lorsqu’ils sont situés directement sur le neurone SERO.        

Cas de la dopamine :

- D’abord quelques rappels sur les notions de génétique pour comprendre l’implication de la dopamine :

+ Les allèles :

 

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+ Le polymorphisme génétique :

. Toute variation de séquence génomique entraînant l’existence d’au moins 2 formes différentes de la séquence dans la population.

. Types de polymorphismes : substitution d’un nucléotide (SNP, single nucleotide polymorphism, substitution simple de nucleotide), insertion/délétion, polymorphisme de répétition (VNTR [variable number of tandem repeats, nombre variable de répétitions en tandem], CA repeat…).

- Relation entre les mutations touchant le gène (SLC6A3) codant pour le transporteur de la dopamine (DAT) et le stress post-traumatique. Indication sur le polymorphisme de répétition (VNTR) : excès de la fréquence allélique 9 chez les patients stress post-traumatique. Indication sur la distribution génotypique : excès du génotype homozygote 9-9. Ces résultats suggèrent que les changements génétiques touchant le système dopaminergique peuvent contribuer à l’évolution vers un stress post-traumatique après une traumatisation.

 

Altérations anatomiques et fonctionnelles :

 

Régions cérébrales impliquées dans le stress post-traumatique : amygdale, cortex insulaire, cortex préfrontal ventromédian, cortex cingulaire antérieur, hyppocampe.

Au niveau de l’amygdale, il y a une augmentation de l’activité chez les personnes en PTSD.

Lors d’une épreuve de mémoire déclarative, on observe une absence d’activation de l’hippocampe chez les personnes en PTSD.

Au niveau préfrontal, il y a une très faible activation lors du rappel de l’évènement traumatique.

 

2. Modèles neurobiologiques :

 

a. Modèle de Khan et Liberzorf :

 

Les modèles animaux doivent obéir à 3 critères :

- La validité de construction : l’étiologie de la pathologie humaine.

- La validité de représentation : la symptomatologie humaine.

- La validité prédictive : l’efficacité d’un traitement pharmacologique pour la pathologie humaine.

Pour le psycho-traumatique :

- La validité de construction est simple car basée sur l’exposition de l’animal à un stress intense.

- La validité de représentation est difficile compte tenu de la complexité de la pathologie mentale humaine, la validité de représentation d’une pathologie comme le psycho-traumatisme ne peut que se limiter à la reproduction de quelques symptômes chez l’animal (cas de la sensibilisation et de l’incubation de la peur et des troubles cognitifs).

- La validité prédictive est simple, on peut utiliser chez l’animal l’approche médicamenteuse (cas des antidépresseurs).

 

b. Modèle de Siegmund et Wotjak :

 

Les modèles animaux de stress post-traumatique sont pour la plupart basés sur le conditionnement, la sensibilisation et l’incubation de la peur. Du trauma à la mémoire associative et non-associative.

 

 

II. Biomarqueurs et préventions du trouble psycho-traumatique.

 

 

1. Biomarqueurs :

 

Il existe différent types de biomarqueurs : prédictifs, thérapeutiques et de rechute. Dans le cas du PTSD, on va introduire deux nouveaux biomarqueurs : pré-traumatique et post-traumatique.

 

a. Biomarqueurs pré-traumatiques :

 

On s’interroge sur la possibilité d’une présence de biomarqueurs prédictifs du PTSD.

 

Les études ont montré que le taux bas de cortisol peut être un indicateur prédictif du PTSD. La caractéristique « taux bas de cortisol » serait transmise génétiquement aux enfants.

Un petit volume de l’hippocampe prédit le risque de stress post-traumatique.

Un nombre élevé de récepteurs aux glucocorticoïdes, mesurés au niveau sanguin, prédit un risque élevé de stress post-traumatique dans les 6 mois qui suivent l’exposition au trauma.

 

En ce qui concerne le cortex/girius cingulaire antérieur, les chercheurs ont démontré que son volume diminue à la suite de l’apparition du PTSD.

 

b. Biomarqueurs post-traumatiques :

 

Un bas niveau de GABA au moment du trauma prédit le risque de développer le stress post-traumatique.

Des corrélations significatives peuvent être établies entre les taux urinaires de différentes hormones du stress au moment du trauma et l’apparition ultérieure du stress post-traumatique.

Le niveau du cortisol est bas au moment du trauma chez les personnes qui vont développer le stress post-traumatique.

Le rythme cardiaque et le rythme respiratoire au moment du trauma sont prédictifs du stress post-traumatique.

 

Les patients qui ont un volume du cortex cingulaire antérieur volumineux (proche des sujets sains) répondent mieux au traitement du stress post-traumatique que ceux qui ont un volume plus faible.

 

2. Préventions :

 

a. Préventions secondaires et modèles-neurobiologiques :

 

Traitement du stress aigu pour prévenir le stress post-traumatique.

Prévention pharmacologique. Ex : des patients admis à l’hôpital pour blessures graves avaient reçu de la morphine en fonction de leur douleur, et il s’avère que ceux qui avaient reçu les doses les plus élevées, n’ont pas développé de stress post-traumatique 3mois plus tard.

 

b. Préventions de la rechute :

 

Le maintien d’un antidépresseur après la rémission réduit le risque de rechute.

 

 

III. Questions d’examen.

 

 

Parmi les bases biologiques des troubles mentaux, l’implication des altérations chimiques soutenues depuis des décennies. Par exemple, de nombreux auteurs proposent l’altération touchant le système DA comme faisant partie des altérations chimiques associées au trouble psychotique. Défendez puis critiquez cette proposition.

→ Corrigé : Dire ce qu’est un trouble psychotique. Donner les altérations chimiques connues de ce trouble. Argumenter l’altération DA (arguments pharmacologiques, avec agoniste et antagonistes DA, argument basé sur les études post-mortem et argument basé sur les études en neuro-imagerie). Est-ce une altération majeure ? On sait par exemple que l’antagoniste DA réduit mais ne supprime pas le trouble psychotique. Discuter de ce point.



20/12/2014
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