Cours de psychologie

Méthode d'enquête et de questionnaire

Méthodes d’Enquêtes et de questionnaires (Cambon)

 

 

Chauchat H. (1985). L’enquête en psychosociologie. Paris, P.U.F.

Ghiglione, R., Matalon, B. (1998). Les enquêtes sociologiques. Paris, Armand Colin

Lorenzi-Cioldi, F. (1997). Questions de méthodologie en sciences sociales. Lausanne, Delachaux & Niestlé.

Weisberg, H., Krosnick, J., Bowen, B. (1996). An introduction to survey research, polling and data analysis. London, Sage.

Tourangeau, R., Rips, L., Rasinski, K. (2000). The psychology of survey response. Cambridge, Cambridge University Press.

 

 

I. Introduction.

 

 

1. Définition :

 

Enquête : interrogation verbale d'un certain nombre d'individus visant à recueillir des données quantitatives en vue d'une généralisation.

Différentes formes d'enquêtes : sondages, enquêtes de consommation/de recherche.

Différents objets : attitudes, préférences, croyances, prédictions, faits, comportements...

Les avantages : simplicité.

Les inconvénients : difficile d'obtenir une généralisation ; poser une question ce n’est pas si évident que ça : pas facile d'obtenir des réponses sincères et cohérentes.

 

2. Plan du cours :

 

L'élaboration de l'enquête.

Comment interroger ? L'élaboration du questionnaire.

La passation de l'enquête : l'implication que ça a sur la formulation des questions et sur l'échantillonnage.

Qui interroger ? Les différentes méthodes d'échantillonnage.

 

 

II. Le déroulement de l'enquête

 

 

1. La phase préparatoire de l'enquête :

 

Analyse bibliographique et documentaire :

  - Chercher des informations sur le thème à étudier.

  - Chercher les caractéristiques de la population qui peut nous intéresser.

Elaboration d'hypothèses :

  - Besoin de partir d'hypothèses pour savoir précisément ce que l'on cherche.

  - L'exemple de l'étude des opinions à l'égard de l'avortement chez les catholiques.

Phase d’opérationnalisation.

Ex : étude des opinions à l’égard de l’avortement chez les catholiques. Il faut séparer les différents sujets : catholiques, avortement et notre propre opinion.

 

2. La pré-enquête :

 

Elle permet de faire le lien entre les constructions théoriques et les faits observables.

Elle est constituée d'observations sur le terrain/d'entretiens.

Elle fournit des informations pour améliorer la forme et le fond du questionnaire final.

Elle permet parfois une reformulation des hypothèses.

Elle se termine par l'élaboration/passation/analyse d'un pré-questionnaire. Ce questionnaire peut encore être modifié si des items ne correspondent pas à l’enquête.

 

3. L'enquête définitive :

 

Une collecte systématique des données.

Un échantillonnage approprié.

Un test de validité et de fidélité du questionnaire.

Le traitement des données une fois que les questions non utiles sont supprimées du questionnaire.

 

 

III. L'élaboration du questionnaire.

 

 

Pour qu'un questionnaire soit valide, il faut que les questions :

  - Soient comprises par tous de la même façon et puissent donner lieu à une réponse valide (effets structuraux et psychologiques).

  - Soient acceptables.

                → Effet question.

  - Soient posées dans un ordre spécifique.

  - Soient adaptés à la modalité de passation.

  - Soient cohérentes avec le contexte.

                → Effet questionnaire.

 

1. La formulation d'un questionnaire :

 

a. Améliorer la compréhension littérale des questions :

 

L’importance des mots :

  - Eviter les mots techniques, peu familiers. Les individus qui ne comprennent pas les termes peuvent ne pas répondre ou répondre au hasard.

  - Eviter les noms et verbes abstraits (de façon à ce que la personne en face de vous pense à la même chose que vous par exemple : « avez fait de l’exercice cette semaine ? » pour certain petite marche de 10 min la réponse sera oui alors que le chercheur considère l’exercice comme une course de 20 min minimum. Il y aura donc un souci. Il faut donc être précis et clair).

  - Eviter les adjectifs et adverbes ambigües. Tout le monde n’a pas la même définition d’un mot.

Spécifier correctement le cadre temporel.

Eviter les présupposés dans les questions.

Eviter de poser plusieurs questions en une (voulez-vous être riche et célèbre ? = riche – célèbre, deux notions, mieux vaut éviter).

Eviter les formes grammaticales complexes.

Adapter les réponses à la question :

  - Le répondant ne dispose pas de la réponse.

  - Le concept utilisé est inconnu du répondant.

  - La réponse est ambiguë.

 

b. Les effets psychologiques dans les questions :

 

Au-delà de la compréhension littérale, une question et sa réponse peuvent être mal comprises à causes de facteurs psychologiques.

Le questionnaire est régit par des normes conversationnelles (GRICE, 1975) :

  - La maxime de relation réclame au locuteur d’apporter une contribution pertinente à la conversation.

  - La maxime de quantité au locuteur d’apporter une contribution aussi informative que possible mais pas plus.

  - La maxime de manière exige une contribution claire.

  - La maxime de qualité réclame une contribution vraie de la part du locuteur.

Les répondants ont rarement des réponses toutes faites pour un questionnaire et préfèrent utiliser des raccourcis cognitifs  qui ne reflètent aucunement leurs pensées sincères (krosnick & alwin, 1987).

Raccourci cognitif : on se construit des systèmes de représentation à l’aide d’un certain nombre de codes. On prend un raccourci, on va plus vite, mais on peut oublier une information vitale et ne pas dire réellement ses propres pensées.

 

Illustration dans les questions ouvertes :

  - Le rôle du cadre temporel de la question : WINKIELMAN, (1998) :

           + « Avec quel fréquence avez-vous été en colère la semaine dernière ? »

           + « Avec quel fréquence avez-vous été en colère l’année dernière ? »

           + Les réponses ont été les plus importantes pour la semaine dernière que pour l’année dernière.

  - L’évocation d’une personne prestigieuse.

  - Le rôle des termes chargés d’affectivités.

           + Les gens se focalisent sur les termes forts et oublies la question.

           + Ex : éviter d'utiliser le mot « interdire »

  - Conclusion pour les questionnaires ouverts :

           + Les questions ouvertes sont importantes car moins d’influences sur la réponse (Schuman et Presser, 1981)

           + Les questions ouvertes sont influencées par le niveau d'éducation (Geer, 1988)

           + Fort taux de non-réponse lié a la place dans le questionnaire pour les questions ouvertes.

           + Il faut les placer à des endroits stratégiques, comme au début du questionnaire, lorsque les gens sont encore « frais »

           + Impossibilité d’aborder les thèmes indésirables

Question ouverte : type de question appelant des réponses libres.

 

Illustration dans les questions fermées : Réponses sous formes de propositions :

  - Elles peuvent suggérer des réponses non-spontanées :

             + Elles doivent être pré-testées dans une phase préalable à l'enquête.

  - Elles fournissent des indications sur le champ des réponses acceptables :

             + Les réponses sont souvent proposées dans un ordre croissant. Les sujets pensent que les fréquences les plus élevées sont plus rares. En répondant le plus élevé, le sujet va penser être « à l'extrémité », donc pas acceptable. Donc les sujets vont répondre par la fréquence moyenne, pensant qu'il s'agit d'une réponse « acceptable ». En fonction de l'échelle proposée, les personnes vont être amenées à mentir, ou au contraire à dire la vérité.

             + Ex : Boire 2 verres par jour : réponse extrême / Boire 8 verres par jour : réponse extrême → les gens ne vont pas oser répondre la même chose.

  - Les effets d’acquiescement et de positivité :

             + Traduit le fait que les gens favorisent en priorité les réponses positives. Si le sujet a le choix entre Oui et Non, il sera plus tenté de répondre Oui.

             + Pour palier à ce biais, il faut essayer de formuler la question pour qu'il soit aussi facile de répondre par l'affirmative que par la négative.

             + Ex : Est-ce qu'il faudrait augmenter le prix des amendes pour les grands excès de vitesse ? → Réponse Oui choisie +++

             + Certains pensent qu'il faudrait augmenter le prix des amendes pour les grands excès de vitesse, d'autre non. Pensez vous qu'il faudrait augmenter le prix des amendes ? → Oui et Non aussi acceptables l'un que l'autre.

  - Les effets de primauté et de récence :

             + Effet de primauté : tendance à choisir en priorité parmi les premières propositions données. Intervient essentiellement quand la passation est à l'écrit.

             + Effet de récence : privilégier les dernières réponses proposées. Intervient essentiellement quand la passation est à l'oral.

             + Pour éliminer ces effets : il faut changer de type de passation, une passation sur l'autre (faire un sujet à l'oral/un sujet à l'écrit/un sujet à l'oral...)

  - Conclusion sur l'utilisation des questions fermées :

             + Elles doivent être exhaustives (importance du pré-test).

             + Il faut éviter les catégories fourre-tout (l'effet « autre » versus « je ne sais pas »).

             + Le « autre » est utilisé très rarement, donc inutile ! Le « je ne sais pas » est une proposition très intéressante, surtout lorsqu'on aborde des thèmes techniques qui nécessitent certaines connaissances.

             + Expérience de Shuman et Presser, 1981. On fait 2 questionnaires à propos d'un texte de loi. Un avec l'option « je ne sais pas », l'autre sans l'option « je ne sais pas ».

                         . Pas de « je ne sais pas » → 30% favorables au texte de loi.

                         . Avec le « je ne sais pas » → 10% favorables au texte de loi.

Question fermée : question d’un questionnaire pour laquelle la personne interrogée se voit proposée un choix parmi des réponses préétablies. La question fermée peut être à choix unique ou choix multiple.

 

Illustration dans les réponses à échelle :

  - Les effets du nombre des échelons proposés :

             + Krosnick et Fabrigar : les échelles les plus fiables sont celles à 5 et 7 échelons. Ces échelles nuancent suffisamment les opinions (contrairement à 4 et moins) et comportent un point médian (contrairement à 6).

  - Le biais de contraction de la réponse :

             + Tendance à favoriser le milieu de l'échelle, en évitant les extrêmes.

  - Rôle des labels verbaux :

             + Nommer tous les échelons ou les extrémités. On a des réponses plus fiables quand on nomme tous les points de l'échelle, et pas juste les extrémités. Mais il est difficile de trouver les bons mots pour chaque échelon. 

             + Equivalence des termes. Mieux vaut utiliser des antonymes que des mots différents (Satisfaits/insatisfait plutôt que satisfait/pas d'accord)

  - Le rôle symbolique des chiffres :

             + Shwarz et coll : « si vous deviez évaluer le succès de votre vie ».

             + 2 questionnaires différents :

                       . Un de -5 à +5 (peu de succès, beaucoup de succès) → 13% se mettent de -5 à 0

                       . L'autre : de 0 à 10 (peu de succès, beaucoup de succès) → 34% se mettent entre 0 et 5

             + Les chiffrent « colorent » les catégories verbales.

             + Le chiffre zéro a une double connotation : position médiane ou représentation de la nullité !

             + Il vaut mieux le garder en point médian plutôt qu'en point de nullité.

             + Il vaut mieux utiliser les échelles qui font comme -5/5 (positif/négatif) sauf lorsqu'il y a une forte notion de notation (à ce moment là on utilise une échelle type 0/10).

  - Conclusion sur l'utilisation des échelles :

             + Des labels verbaux ou pas ?

             + Il faut adapter le sens des chiffres au sens des réponses : il faut éviter les échelles bipolaires (à chiffres négatifs).

Question à échelle : permet de mesurer l'intensité d'une attitude à l'égard d'un stimulus, grâce à des échelles.

 

Le cas particulier des questions de mémorisation :

La mémoire humaine est peu fiable donc le rappel est faible (Sturbe, 1987).

  - Un 1er contact, le rappel est faible.

           + 42% des répondants ne se rappelaient même pas avoir eu une consultation hospitalière dans l'année.

  - Les gens utilisent des stratégies courtes : reconstruction de la mémoire :

           + La décomposition → intervient surtout quand on demande aux gens des fréquences. Les gens se réfèrent aux derniers évènements dont ils se rappellent. Ex : combien de fois je suis allé au cinéma ces 6 derniers mois ? Le mois dernier une fois donc 6 fois en 6 mois.

           + Utilisation de théories subjectives → les gens pour juger de la fréquence des évènements utilisent la facilité de rappel. Au mieux ils s'en souviennent, au plus ils jugent l'évènement fréquent. Au moins ils s'en souviennent, au moins ils l'ont fait selon eux. Mais il est prouvé que ce n'est pas vrai !!! La fréquence d'un événement n'a rien à voir avec le rappel facile ou pas !

           + Inférences à partir des échelles  → lorsqu'on propose des échelles de fréquences, le gens se servent du milieu de l'échelle comme « réponse normale »

           + Shwartz et Scheuring → en fonction des échelles, les réponses des personnes  ne sont pas les mêmes ! On demandait à des personnes la fréquence de leur douleur :

                      . 1 → échelle de jamais à plus de deux fois par mois. 39% déclaraient avoir eu des douleurs 2 fois par jour.

                      . 2 → échelle de 2 fois par mois ou moins à plusieurs fois par jour. 62% déclaraient avoir eu des symptômes plus de deux fois par mois !

           + Les sujets ayant eu l'échelle 1 se déclaraient beaucoup moins satisfaits par leur santé que ceux qui avaient eu l'échelle 2 !

 

Comment améliorer le report des évènements ?

  - Restreindre le rappel à des périodes de référence courtes et récentes.

           + Mais problème : beaucoup de non réponse selon les questions.

  - Fournir des indices de rappel.

           + Mais problème : on peut suggérer des réponses sans le vouloir.

           + Méthode du planning : pour étudier la consommation d'alcool on peut mettre tous les jours en fonction des situations dans un tableau.

 

 

  - Décomposer le rappel en tâches successives :

           + Allez vous au cinéma – cette année, y êtes vous allé – la dernière fois que vous y êtes allé ? - et la fois d'avant ? - combien de fois êtes vous allé au cinéma cette année ?

           + Plutôt que d'emblée « combien de fois êtes vous allé au cinéma cette année ? »

  - Laisser du temps et motiver :

           + Pour motiver, on peut dire au sujet que la question est importante, et donc nécessite du temps.

  - L'intérêt des questions ouvertes : souvent, pour donner un nombre, une fréquence, le mieux est d'utiliser une question ouverte très précisée, dont la réponse sera juste un chiffre.

 

Le cas des questions d'attitude :

  - Une attitude est une tendance psychologique qui s'exprime par l'évaluation d'une entité particulière avec un certain degré de favorabilité ou de défavorabilité (Eagly & Chaiken, 1993).

  - Les attitudes peuvent être chroniques ou construites.

           + Chroniques : des opinions toutes faites, bien ancrées dans notre esprit.

           + Construites : opinion pas encore forgées, très influençables par la formulation de la question, les réponses aux questions précédentes... → effet de contexte. Influence de l'accessibilité de la réponse à la question précédente sur la réponse à la question suivante.

                     . Les effets de contexte se manifestent par :

                                  - Des effets d'assimilation lorsqu'on va de questions particulières à des questions plus générales. Ex : pas satisfait de son mariage → pas satisfait de sa vie en général. Mais il faut partir du cas particulier en premier (mariage) pour aller vers des questions plus générales (la vie)

→ Donc, éviter de mettre les items dans cet ordre là !

                                  - Des effets de contrastes quand les jugements portent sur des catégories latérales. Ex : Est ce que vous pensez que DSK est un homme politique peu fréquentable ? / Pensez vous que Hollande est un homme politique peu fréquentable ? → Effet de contraste +++

                    . Pour palier à ça : intercaler des questions entre 2 questions ; faire attention à l'ordre des questions. Séparer les questions susceptibles de se contaminer.

 

2. L'acceptabilité sociale du questionnaire :

 

La façon de répondre à un questionnaire dépend :

  - Du type de thème abordé (désirabilité sociale)

  - De l'organisation du questionnaire.

 

a. Le biais de désirabilité sociale :

 

La désirabilité sociale : consiste à poser des questions portant sur des attitudes ou des comportements trop désirables ou trop indésirables pour que les répondants y répondent franchement.

 

Racisme = thème particulièrement indésirable.

Vote ou écologie = thème trop désirable.

→ Les gens veulent trop donner une bonne image d'eux-mêmes.

 

Comment contrôler ce biais ?

  - Normaliser le comportement ou l'attitude indésirable dans la formulation de la question : Ex : en normalisant l'abstention (« la majorité des français n'a pas voté »), les gens avoueront plus facilement qu'ils ne sont pas allés voter.

  - Augmenter l'extrémité des réponses possibles : Ex : 20 verres d'alcool par jour possible dans l'échelle. Les gens buvant beaucoup auront plus de facilité pour ne pas mentir sur leur consommation de 10 verres par jour.

  - Garantir l'anonymat.

  - La technique du détecteur de mensonge : Consiste à demander la preuve de ce que les gens affirment quand les gens l'affirment (ex : le sujet dit avoir voté, on lui demande sa carte d'électeur).

 

b. L'organisation du questionnaire :

 

L'acceptation du questionnaire sera fortement dépendante de son organisation et notamment de :

  - Facteurs techniques (la lisibilité du questionnaire).

  - Facteurs plus psychologiques (effets de parasitage).

 

La lisibilité du questionnaire :

  - Formuler des questions dans une langue simple et parlée.

  - Organiser la complexité et l'attrait des questions. Les plus attrayantes sont au début (pour donner envie de répondre), les questions importantes sont au début (quand il y a le plus d'attention disponible). On alterne des questions faciles et questions plus complexes. On fini par des questions anodines.

  - L'enchainement des thèmes. Il faut que les sujets aient l'impression d'une logique, d'une continuité. On peut utiliser des questions inutiles uniquement pour faire un semblant de cohérence.

  - Placer les questions ouvertes et importantes au début.

  - Utiliser des échelles similaires. Eviter un changement systématique des échelles d'une question à l'autre.

  - Ne pas utiliser trop de questions :

            + Lieu public : 5 minutes de questions.

            + Lieu de travail et téléphone : questionnaire court et fermé.

            + Domicile : 30 minutes de questions.

            + Voie postale : 4 pages dactylographiées.

 

Les effets de parasitage :

  - La présentation de l'organisme. Un questionnaire présenté comme prévenant d'un institut Y ou un institut X n'aura pas les mêmes résultats.

  - La présentation du thème de l'enquête. Ex : étude sur l'alcoolisme / Etude sur la consommation d'alcool → pas les mêmes résultats !

  - L'organisation des questions. Trop focaliser les questions sur un thème conduit à orienter les réponses suivantes.

 

c. Les effets de passation :

 

Les effets enquêteurs : la distance et les attentes :

  - L'enquêteur ne doit pas être trop proche du sujet.

  - L'enquêteur ne devrait pas être au courant des hypothèses, pour ne pas orienter l'avis du sujet → effet pygmalion.

  - Les enquêteurs sont formés de façon très stricte pour dire tout le temps le même type d'informations, sans se dévoiler et risquer de donner son avis.

 

Les effets enquêtés : les rôles et les objectifs :

  - Maintenir un bon rapport avec l'enquêteur → biais d'acquiescement +++

  - Donner une image positive de soi → biais lors de questions peu désirables.

 

Les effets de la passation :

  - Face à face :

           + Points positifs : diminue le nombre de refus ; pouvoir éclaircir les problèmes d'incompréhension.

           + Points négatifs : difficile d'aborder des thèmes sensibles ; diminue la capacité de réflexion (les sujets se sentent pressés) ; très couteux en temps et en argent ; influence maximum de l'enquêteur sur l'enquêté.

  - Ecrit (courrier, internet) :

           + Points positifs : les réponses peuvent être beaucoup plus approfondies, beaucoup plus sincères ; pas d'influence de l'enquêteur ; passation peu couteuse.

           + Points négatifs : très fort taux de non réponse (jusqu'à 70% de non réponse!!) ; on ne sait pas qui répond (il faut que ce soit la bonne personne du foyer concernée qui réponde, pas une autre) ; on ne peut pas s'assurer de la bonne compréhension des questions ; pas de contrôle sur l'ordre dans lequel les personnes répondent aux questions.

  - Téléphone :

           + Points positifs : facilite l'échantillonnage ; peu couteux ; influence relativement moyenne de l'enquêteur.

           + Points négatifs : problème de compréhension des questions ; difficile d'aborder des thèmes sensibles ; beaucoup de non-réponses.

→ Souvent, on fait précéder l'appel par un courrier, pour diminuer les non-réponses → les gens sont prévenus.

  - Les modes mixtes :

           + On peut croiser les modalités de passations, et les modes de passation.

 

3. Le pré-test du questionnaire :

 

Se fait en général sur une petite population (une cinquantaine de personnes).

Ces réponses ne seront pas comptabilisées.

 

Plusieurs méthodes :

  - Observation et débriefing :

            + Le sujet passe le test dans les mêmes conditions que la passation finale.

            + L'expérimentateur prend note des toutes les réactions du sujet.

            + A la fin de la passation, l'expérimentateur revient avec le sujet sur toutes les questions une à une.

  - Remplissage à haute voix :

            + Le sujet doit remplir le questionnaire à haute voix, en disant tout ce qui lui passe par l'esprit.

            + Les réponses orales sont enregistrées.

 

4. Conclusions :

 

Dans la mesure du possible, il faut utiliser des questions standards, déjà utilisées dans d'autres questionnaires (et donc fiables et vérifiées).

Il faut essayer d'utiliser plusieurs questions pour mesure le même concept. On peut ainsi vérifier la fidélité, la consistance des réponses sur un même thème.

Il est absolument nécessaire de pré-tester les questions.

Il faut trouver le juste milieu entre validité et acceptabilité. Trouver le juste milieu entre questions trop longues mais très claires et questions concises mais ambiguës.

 

 

IV. Qui interroger ? L'échantillonnage.

 

 

1. Le principe de l'échantillonnage :

 

L'échantillon est constitué d'une partie des individus (unités) de la population visée par l'enquête (population parente).

Un échantillon, pour être valable, doit présenter les mêmes caractéristiques que la population générale que l'on étudie (représentatif).

 

2. La taille de l'échantillon :

 

 

Ces calculs ne sont valables que pour échantillons probabilistes. Ils n'ont aucune signification pour les échantillons non-probabilistes.

Attention au rapport entre coût de l'enquête et précision statistique. Au delà d'un échantillon de 3000 personnes le gain de précision est disproportionné par rapport au coût de l'enquête.

Une règle plus pragmatique : 10% de la population parente et jamais plus de 3000.

 

 

3. Différents types d'échantillonnage :

 

Il existe deux grands types d’échantillonnage :

  - Les échantillonnages probabiliste (simple, stratifié, grappe, plusieurs degrés).

  - Les échantillonnages non probabilistes ou empiriques (par quotas...).

A coté, on distingue également les échantillonnages par panels, et les échantillonnages mixtes.

 

a. Les échantillonnages probabilistes :

 

Les EP sont les échantillons les plus précis, les plus représentatifs (c'est à dire que l'on peut généraliser les résultats obtenus à l'ensemble de la population parents selon un risque qui peut être calculé).

Un EP est un échantillon dans lequel chaque unité de la population a une probabilité connue et non nulle d'être tirée au sort.

Il a la nécessité d'avoir une base de sondage (liste la plus exacte possible, sans omission ni répétition, de la population parente)

 

L'échantillonnage aléatoire simple :

  - Méthode :

          + Constitution d'une base de sondage.

          + Numérotation des unités de la base.

          + Choix du taux de sondage (définition de n).

          + Tirage aléatoire (sans remise) de n numéros.

  - Attention !! Il ne faut pas mettre par ordre alphabétique dans la base de sondage ! Parce que les noms dans ce cas là ne sont pas distribués totalement au hasard.

  - Inconvénients :

          + La constitution de la base de sondage.

          + Couteux.

          + Nécessité d'un large échantillon.

          + Le cas des sous-groupes minoritaires.

 

L'échantillonnage stratifié :

  - Méthode :

           + Dans la base de sondage, diviser la population en strates (catégories homogènes/caractéristiques) en fonction de l'objectif de l'enquête.

           + Tirer aléatoirement un échantillon dans chaque strate en fonction d'un taux de sondage (proportionnel à la taille de la population parente).

  - Inconvénients :

           + Coûteux.

           + Constitution de la base de sondage.

  - Avantage :

           + Possibilité de modifier les taux de sondage des strates (on peut interroger plus de personne d'une strate X, quitte à pondérer les réponses par la suite.)

 

L'échantillonnage par grappes :

  - Méthode :

           + On ne dispose pas de la liste des personnes mais de celle de groupements de personnes (=grappes / aréoles pour les zones géographiques).

           + Tirage aléatoire d'un nombre n de grappes (taux de sondage).

           + Interrogation de toutes les personnes des grappes tirées au sort.

  - Inconvénients :

           + Nombre de personnes par grappe ne doit pas être trop important.

           + Problème de l'homogénéité des membres d'une grappe (perte d'information + perte de représentativité) = augmenter le nombre de grappes.

 

L'échantillonnage à plusieurs degrés :

  - Consiste à partir d'un échantillonnage par grappes pour arriver à obtenir une liste des individus composant la population.

  - Méthode :

          + Constitution d'un premier niveau de grappes = unités primaires (UP) et tirer aléatoirement n grappes selon un taux de sondage.

          + Pour chaque UP tirées, on fait la liste des individus de notre population parente et on tire un nombre n aléatoirement en fonction du taux de sondage (exemple : fonction d'enseignant chez les profs de lettres de lycée)

→ On peut intercaler des unités secondaires dans ce schéma : dans les UP tirées, on crée un second niveau de grappes (=unités secondaires) et on tire aléatoirement n grappes selon un taux de sondage. Ensuite, on reconstitue la liste des individus appartenant aux unités secondaires tirées et on tire un nombre n aléatoirement en fonction du taux de sondage.

  - Une variation, l’échantillonnage stratifié à plusieurs degrés :

          + On complexifie l ’EàPD en stratifiant les différentes unités.

          + Il sert pour les enquêtes sur de larges populations pour lesquelles on ne dispose pas de base de sondage de noms.

          + Ex : sondages électoraux.

 

b. Les échantillonnages non probabilistes :

 

Il s'agit de méthodes pour lesquelles le choix des unités n'est pas fait selon un tirage aléatoire (pas de base de sondage). On ne connait donc pas la probabilité qu'a chaque unité d'appartenir à l'échantillon.

Il faut par contre connaître la répartition de la population parente selon certaines variables.

Les possibilités de généralisation des résultats sont plus limitées (pour obtenir la même validité, il suffit de 360 personnes en échantillonnage aléatoire contre 4320 en échantillonnage par quota)

 

L'échantillonnage par quota :

  - Il consiste à construire un échantillon dont la structure est identique à celle de la population parente pour certaines variables.

  - Les variables qui sont les plus susceptibles d'affecter les résultats de l'enquête (variables de contrôle).

  - La méthode est la même que pour l'échantillonnage stratifié, à l'exception que l'on ne possède pas de liste de noms.

  - On projette d'interroger des personnes appartenant aux quotas mais sans savoir où ils sont.

  - Interrogation sur le terrain, dans des lieux représentatifs.

  - Il est nécessaire de contrôler la structure de l’échantillon, deux méthodes sont possibles : le contrôle marginal et le contrôle croisé :

          + Théoriquement, le contrôle croisé est supérieur au contrôle marginal; ce n’est pas toujours le cas dans la pratique (Stephan & McCarthy, 1958) à cause de la difficulté de trouver les individus rares.

          + Il faut sélectionner les individus totalement au hasard.

 

L'échantillonnage sur place :

  - Il s'agit d'une variété d'échantillonnage par quotas que l'on applique lorsque la population parente se caractérise par les lieux où elle se trouve (ex : enquête auprès de spectateurs de théâtre → on les cherche à la sortie des théâtres).

  - En plus de la détermination des variables de contrôle classique, il faut également échantillonner les lieux et les moments où l'on interroge les personnes.

 

c. Autres types d’échantillons :

 

Les panels :

  - Il s’agit d’un échantillon de sujets (tiré selon une méthode probabiliste) observés à plusieurs reprises.

  - Particulièrement adapté à l’étude de phénomènes en mouvement.

  - Problème de la mortalité et de l’évolution de l’échantillon.

 

Les échantillons mixtes :

  - Il s’agit d’un échantillon pour lequel une partie de la population est choisie selon un principe probabiliste (on dispose d’une base de sondage pour cette population) et une autre partie selon un principe empirique.

 

4. Les problèmes d'échantillonnage :

 

Pour les échantillonnages non probabilistes, le principal problème est que l'on ne sait jamais si les personnes que l'on interroge sont représentatives de la population parente.

Il faut donc toujours se poser la question de savoir si notre échantillon ne peut pas être « contaminé » (posséder des caractéristiques qui dont qu'ils ne sont pas représentatifs)

 

Pour les échantillons probabilistes, les problèmes peuvent être de trois types :

  - Non recouvrement :

          + L'échantillon prélevé ne correspond pas totalement à la population parente.

          + Il ne s'agit d'un biais que si on pense que la population non interrogée est nombreuse et pourrait donner des réponses différentes de l'échantillon.

  - Absences :

          + Si on n'essaie pas d'interroger systématiquement les personnes absentes, on aura un échantillon de personnes sortant peu (on ne pourra appeler et avoir au téléphone uniquement les personnes restant chez elles).

          + Il est possible que ces personnes aient des caractéristiques qui les démarquent de la population générale.

          + Comment vérifier l’effet des absences ?

                    . Etude de Visser & al, 1996 qui montre qu’en matière de sondage électoral une enquête avec 20% de participants est plus valide qu’une enquête avec 60%.

 - Refus :

          + Il se peut que les personnes qui refusent de répondre aient des caractéristiques qui les démarquent de la population générale.

          + C'est le cas des travailleurs indépendants, personnes âgées, femmes à la maison, milieux intellectuels, milieux politisés.

          + On observe une augmentation croissante du nombre de refus dans les enquêtes d'année en année.

          + Il faut prévenir les gens à l'avance et les engager pour prévenir ces refus.

 

La possibilité de correction et redressement de l'échantillonnage :

  - Dans un échantillon probabiliste, à partir d'une comparaison entre l'échantillon théorique et réel, on peut corriger les non réponses et les absences par :

           + Stratification a posteriori (ex : il nous manque 50 personne dans la classe X pour arriver au résultat ; il faut qu'on supprime 50 personnes de la classe X).

           + Application d'un coefficient de redressement (si on a interrogé 10 fois trop de personnes dans la classe X, on lui affecte un coefficient pour diminuer son pouvoir dans les résultats)

 

 

1er degré : cantons et unités urbaines (UP). Ils sont stratifiés selon le nombre d’habitants et la région, on en tire 123 au sort
2ème degré : l’ensemble des communes qui font partie des strates tirées (US) = 800 communes

3ème degré : l’ensemble des quartiers qui font partie des US tirées stratifiés par revenus et par zone géographique (UT)

4ème degré : l’ensemble des blocs qui font partie des UT tirées (UQ)

5ème degré : l’ensemble des noms des personnes habitant ces blocs  sont tirées au sort

 

Contrôle marginal : on considère indépendamment la distribution de chacune des variables.

Contrôle croisé : on considère simultanément les variables de contrôle. On contrôle donc la structure de l’échantillon suivant toutes les variables à la fois. 



15/01/2013
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