Cours de psychologie

Métapsychologie - Sigmund Freud

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I. Pulsions et destins des pulsions.

 

L’excitation pulsionnelle ne provient pas du monde extérieur, mais de l’intérieur de l’organisme lui-même.

La pulsion n’agit jamais comme une force d’impact momentanée mais toujours comme une force constante.

La satisfaction ne peut être obtenue que par une modification conforme au but visé de la source interne d’excitation.

Le système nerveux doit maîtriser les excitations. Mais il ne peut maîtriser l’excitation pulsionnelle.

La sensation de déplaisir est en rapport avec un accroissement de l’excitation, et la sensation de plaisir avec une diminution de celle-ci.

Pulsion : concept limite entre le psychique et le somatique, représentant psychique des excitations, issues de l’intérieur du corps et parvenant au psychisme, comme une mesure de l’exigence de travail qui est imposée au psychique en conséquence de sa liaison au corporel.

Poussée : facteur moteur de la pulsion, la somme de force ou la mesure d’exigence de travail qu’elle représente.

But d’une pulsion : est toujours la satisfaction, qui ne peut être obtenue qu’en supprimant l’état d’excitation à la source de la pulsion.

Pulsions inhibées quant au but : une certaine progression dans la voie de la satisfaction pulsionnelle est tolérée, mais ensuite, subit une inhibition ou une dérivation.

Objet de la pulsion : ce en quoi ou par quoi la pulsion peut atteindre son but, rend possible la satisfaction. Objet étranger ou partie du corps propre. Il peut être remplacé à volonté. Le même objet peut servir simultanément à la satisfaction de plusieurs pulsions, c’est l’entrecroisement des pulsions. Lorsque la liaison de la pulsion à l’objet est particulièrement intime, on parle de fixation, elle se réalise souvent dans les périodes du tout début du développement de la pulsion et met fin à la mobilité de celle-ci en résistant intensément à toute dissolution.

Source de la pulsion : processus somatique qui est localisé dans un organe ou une partie du corps et dont l’excitation est représentée dans la vie psychique par la pulsion.

Pulsions sexuelles : elles sont nombreuses, issues de sources organiques multiples, elles se manifestent d’abord indépendamment les unes des autres et ne sont rassemblées en une synthèse plus ou moins complète que tardivement. Le but que chacune d’elles poursuit est l’obtention du plaisir d’organe ; c’est seulement la synthèse une fois accomplie qu’elles entrent au service de la fonction de reproduction, et c’est ainsi qu’elles se font généralement connaître comme pulsions sexuelles. Elles fonctionnent donc sur un mode auto-érotique, c’est-à-dire que leur objet s’efface au profit de l’organe qui est leur source, et, en règle générale, ne fait qu’un avec lui.

Sublimation : pulsions sexuelles qui sont capables d’opérations éloignées des actions imposées par les buts originaires.

Le renversement dans le contraire se résout en 2 processus différents : le retournement d’une pulsion de l’activité à la passivité et le renversement du contenu.

Entre sadisme et masochisme, et entre voyeurisme et exhibitionnisme, les buts sont les mêmes. Le masochisme est un sadisme retourné sur le moi propre, et l’exhibition inclut le fait de regarder son propre corps. Le masochiste jouit, lui aussi, de la fureur dirigée sur sa propre personne, l’exhibitionniste partage la jouissance de celui qui le regarde se dénuder. L’essentiel dans le processus est donc le changement de l’objet, le but demeurant inchangé.

Processus du sadisme au masochisme : 1. Le sadisme consiste en une activité de violence, une manifestation de puissance à l’encontre d’une autre personne prise comme objet ; 2. Cet objet est abandonné et replacé par la personne propre. En même temps que le retournement sur la personne propre, s’accomplit une transformation du but pulsionnel actif en but passif ; 3. De nouveau est cherchée comme objet une personne étrangère, qui en raison de la transformation de but intervenue, doit assumer le rôle du sujet (masochisme).

Processus du voyeurisme à l’exhibitionniste : 1. Regarder comme activité dirigée sur un objet étranger ; 2. Abandon de l’objet, retournement de la pulsion de regarder sur une partie du corps propre, en même temps il y a un renversement en passivité et instauration d’un nouveau but, être regardé ; 3. Introduction d’un nouveau sujet auquel on se montre pour être regardé par lui.

La pulsion de regarder a un stade préliminaire, elle est au début de son activité, auto-érotique, elle a un objet mais sur le corps propre. C’est de ce stade qui provient le voyeurisme et l’exhibitionnisme. C’est une formation narcissique.

Narcissisme : phase du début du développement du moi, pendant laquelle les pulsions sexuelles trouvent une satisfaction auto-érotique. Le moi se trouve investi par les pulsions et il est en partie capable de satisfaire ses pulsions sur lui-même.

Ces destins pulsionnels que sont le retournement sur le moi propre et le renversement de l’activité en passivité dépendent de l’organisation narcissique du moi et portent la marque de cette phase.

La transformation d’une pulsion en son contraire (matériel) ne s’observe que dans un cas, celui de la transposition de l’amour en haine. Amour et haine se dirigeant très souvent simultanément sur le même objet, cette coexistence fournit aussi l’exemple le plus important d’une ambivalence du sentiment.

Aimer entre dans 3 oppositions : aimer – haïr ; aimer – être aimé (retournement de l’activité en passivité, et se ramène à s’aimer soi-même, ce qui se rapporte au narcissisme) ; aimer et haïr – état d’indifférence ou insensibilité.

La vie psychique en tant que telle est dominée par 3 polarités, 3 oppositions : sujet (moi) – objet (monde extérieur) (opposition imposée très tôt, crée la situation fondamentale pour la recherche) ; plaisir – déplaisir (échelle de sensation, détermine notre volonté) ; actif – passif (réaction face aux pulsions, se fond plus tard dans l’opposition masculin – féminin).

Une partie des pulsions sexuelles est apte à une satisfaction auto-érotique et se prête à être le porteur du développement qui s’opère sous la domination du principe de plaisir. Quant à celles des pulsions sexuelles qui exigent d’emblée un objet, et aux besoins des pulsions du moi, qui ne peuvent jamais être satisfaits de façon auto-érotique, ils ne peuvent que troubler cet état et préparer la progression. De fait, l’état originaire narcissique ne pourrait connaître ce développement si chaque être individuel ne passait par une période de détresse et de soins pendant laquelle ses besoins pressants sont satisfaits par l’intervention de l’extérieur et ainsi préservés de tout développement.

Le moi est d’abord auto-érotique, avec le principe de plaisir il se développe. Il introjecte les objets qui lui procurent du plaisir, et il expulse hors de lui ce qui lui procure du déplaisir. Il devient un moi plaisir purifié. On a donc un moi-sujet avec le plaisir, et un monde extérieur avec le déplaisir. Nous aimons l’objet qui procure le plaisir, et haïssons celui qui procure le déplaisir.

Amour : provient de la capacité qu’a le moi de satisfaire une partie de ses motions pulsionnelles de façon auto-érotique, par l’obtention du plaisir d’organe. À l’origine, l’amour est narcissique, puis il s’étend aux objets qui ont été incorporés au moi élargi et exprime la tendance motrice du moi vers ces objets en tant qu’ils sont sources de plaisir. Il se lie intimement à l’activité des pulsions sexuelles ultérieures et, une fois leur synthèse accomplie, coïncide avec la tendance sexuelle dans sa totalité. Le premier but de l’amour et d’incorporer ou de dévorer l’objet, ce qui est ambivalent. Au stade sadique-anal, le but devient une poussée à l’emprise. C’est avec l’établissement de l’organisation génitale que l’amour est devenu l’opposé de la haine.

Haine : en tant que relation à l’objet, est plus ancienne que l’amour. Elle provient du refus primordial que le moi narcissique oppose au monde extérieur, prodiguant les excitations. Demeure toujours en relation intime avec les pulsions de conservation du moi. Quand les pulsions du moi dominent la fonction sexuelle, elles donnent au but pulsionnel lui-même les caractères de la haine.

Les destins pulsionnels consistent pour l’essentiel en ce que les motions pulsionnelles sont soumises aux influences des 3 grandes polarités qui dominent la vie psychique. De ces 3 polarités, on pourrait caractériser celle de l’activité-passivité comme polarité biologique, celle du moi-monde extérieur comme polarité réelle, et enfin celle du plaisir-déplaisir comme polarité économique.

 

II. Le refoulement.

 

Le refoulement est un concept entre la fuite et la condamnation. Il a pour fonction de mettre à l’écart et de tenir à distance du conscient.

Pour qu’il y ait refoulement, il faut que le motif du déplaisir acquiert une puissance supérieure à celle du plaisir de satisfaction.

Refoulement originaire : première phase du refoulement. Le représentant psychique (représentant-représentation) de la pulsion se voit refuser la prise en charge dans le conscient. Avec lui se produit une fixation. Le représentant correspondant subsiste, à partir de là, de façon inaltérable et la pulsion demeure liée à lui.

Refoulement : concerne les rejetons psychiques du représentant refoulé, ou bien telles chaines de pensées qui, venant d’ailleurs, se trouvent être entrées en relation associative avec lui. Du fait de cette relation, ces représentations connaissent le même destin que le refoulé originaire. C’est donc un refoulement après-coup. Le refoulement est individuel et mobile. Le processus du refoulement ne consiste pas à supprimer une représentation représentant la pulsion, mais à l’empêcher de devenir consciente.

Le refoulement ne trouble que la relation à un système psychique, celui du conscient.

La représentation de la pulsion connaît un développement moins perturbé et plus riche quand il est soustrait par le refoulement à l’influence consciente.

Quand les rejetons se sont suffisamment éloignés du représentant refoulé, soit parce qu’ils se sont laissé déformer, soit parce que se sont intercalés plusieurs intermédiaires, alors, sans plus d’obstacles, ils peuvent accéder librement au conscient.

Le refoulement travaille de manière tout à fait individuelle. Chaque rejeton du refoulé peut connaître un destin particulier, un peu plus ou un moins de déformation et le résultat change du tout au tout.

En règle générale, la suppression du refoulement n’est que passagère : il est aussitôt rétabli.

Le refoulé exerce, en direction du conscient, une pression continue, qui doit être équilibrée par une contre-pression incessante. Maintenir le refoulement suppose donc une dépense constante de force ; le supprimer, cela signifie, du point de vue économique, une épargne.

Que la représentation voie son investissement en énergie accru ou qu’elle se rapproche de l’inconscient, le résultat, en ce qui concerne le refoulement, est équivalent ; de même, une diminution de cet investissement équivaut à un éloignement de l’inconscient ou à une déformation.

Quantum d’affect : pulsion qui s’est détachée de la représentation et qui trouve une expression conforme à sa quantité dans des processus qui sont ressentis sous forme d’affects. C’est lui qui décide du jugement que nous portons sur le processus de refoulement.

Donc, dans la description d’un cas de refoulement, il faut rechercher séparément ce qu’il advient, du fait du refoulement, à la représentation et ce qu’il advient de l’énergie pulsionnelle qui lui est attachée.

La pulsion est tout à fait réprimée, de telle sorte qu’on ne trouve aucune trace d’elle ; ou bien elle se manifeste sous forme d’un affect doté d’une coloration qualitative quelconque ; ou enfin elle est transformée en angoisse.

Si un refoulement ne réussit pas à empêcher la naissance ou de sensations de déplaisir ou d’angoisse, nous pouvons dire qu’il a échoué, même s’il a atteint son but en ce qui concerne l’élément représentation. Naturellement, c’est le refoulement manqué qui réclamera notre intérêt, de préférence à celui qui a réussi, lequel, la plupart du temps, échappe à notre étude.

Le mécanisme du refoulement ne coïncide pas avec le ou les mécanismes de la formation de substitut. Il y a des mécanismes de formation de substitut très différents les uns des autres. Et il y a au moins une chose commune aux mécanismes du refoulement, le retrait de l’investissement d’énergie (ou de libido s’il s’agit de pulsions sexuelles).

Dans l’hystérie d’angoisse, lors de la phobie d’animaux, la motion pulsionnelle qui a succombé au refoulement est une position libidinale envers le père, couplée avec l’angoisse dont celui-ci est l’objet. Après le refoulement, cette motion s’est effacée de la conscience, le père n’y apparaît plus comme objet de la libido. Comme substitut on trouve un animal plus ou moins propre à servir d’objet d’angoisse. La formation d’un substitut de l’élément représentation s’est accomplie par la voie du déplacement en suivant des connexions déterminées d’une façon particulière. L’élément quantitatif n’a pas disparu, mais s’est transposé en angoisse. L’angoisse d’un animal remplace une revendication d’amour adressée au père.

Ce genre de refoulement que l’on trouve dans le cas de phobie d’animaux, est un refoulement fondamentalement manqué. Il a éliminé la représentation et lui a substitué autre chose, mais l’épargne du déplaisir n’a absolument pas réussi. Le travail de la névrose se poursuit avec la phobie proprement dite, une fuite, qui empêche la libération d’angoisse.

Dans l’hystérie de conversion, le refoulement peut réussir à faire disparaître complètement le quantum d’affect, le malade ignore ses symptômes. D’autres fois, la répression n’est pas si complète, une partie des sensations pénibles se lie au symptôme lui-même, ou bien une fraction de libération d’angoisse n’a pas pu être évitée, cette libération d’angoisse qui de son côté met à l’œuvre le mécanisme de formation de la phobie. Le contenu représentatif du représentant pulsionnel est radicalement soustrait à la conscience ; comme formation de substitut, et en même temps comme symptôme, on trouve une innervation très forte, somatique dans les cas typiques, de nature tantôt sensorielle, tantôt motrice, soit excitation, soit inhibition. A un examen plus attentif, l’endroit sur-innervé s’avère être précisément un fragment du représentant pulsionnel refoulé, fragment qui a attiré à lui, par condensation, la totalité de l’investissement.

Dans l’hystérie le refoulement est complètement manqué dans la mesure où il n’est rendu possible que par de très importantes formations de substitut ; mais par rapport à la liquidation du quantum d’affect, véritable tâche du refoulement, il signifie en règle générale, un plein succès. De plus, dans l’hystérie de conversion, le processus de refoulement s’achève avec la formation de symptôme et il n’a pas besoin, comme dans l’hystérie d’angoisse, de se constituer en un second temps, ou à proprement parler sans limite.

Quant à la névrose obsessionnelle, elle présuppose une régression par laquelle une tendance sadique a pris la place de la tendance tendre. C’est cette impulsion hostile contre une personne aimée qui succombe au refoulement. En premier lieu, le contenu de la représentation est écarté et l’affect est amené à disparaître. Comme formation de substitut, on trouve une altération du moi, l’augmentation de la scrupulosité, que l’on ne peut en toute rigueur appeler un symptôme. Ici, formation de substitut et formation de symptôme sont séparées. Le refoulement a réalisé un retrait de la libido, mais il s’est servi de la formation réactionnelle par renforcement d’un opposé. La formation de substitut a donc ici le même mécanisme que le refoulement et coïncide fondamentalement avec lui, mais elle se sépare, chronologiquement aussi bien que conceptuellement, de la formation de symptôme. C’est le rapport d’ambivalence, dans lequel est entrée l’impulsion sadique à refouler, qui rend possible tout le processus. En second lieu, le refoulement échoue. L’ambivalence est aussi le lieu où le refoulé réussit à faire retour. L’affect disparu revient, transformé en angoisse sociale, en angoisse morale, en reproche sans merci, la représentation écartée est remplacée par un substitut de déplacement, souvent par déplacement sur l’infime, sur l’indifférent. L’échec dans le refoulement du facteur quantitatif, affectif, met en jeu ce même mécanisme de fuite par évitements et interdits que l’on a dans la phobie hystérique. Mais la représentation écartée du conscient est maintenue avec obstination dans cette position parce que cela permet de se tenir à l’écart de l’action, d’enchaîner l’impulsion quant à la motricité.

Donc, dans la névrose obsessionnelle, le travail du refoulement débouche sur une lutte sans succès et sans fin.

 

III. L’inconscient.

 

Tout refoulé demeure nécessairement inconscient, mais ne recouvre pas tout l’inconscient. L’inconscient a une extension plus large, le refoulé est une partie de l’inconscient.

L’analyse doit surmonter certaines résistances, celles-là même qui, en leur temps, ont fait de telle représentation un refoulé en l’écartant du conscient.

 

Justification de l’inconscient.

 

Tous les actes conscients demeurent incohérents et incompréhensibles si on s’obstine à prétendre qu’il faut bien percevoir par la conscience tout ce qui se passe en nous en fait d’actes psychiques ; mais ils s’ordonnent dans un ensemble dont on peut montrer la cohérence, si nous interpolons les actes inconscients inférés.

Souvenirs enfouis, actes manqués, rêves… sont inconscients.

On se range à l’avis que ce n’est qu’au prix d’une prétention intenable que l’on peut exiger que tout ce qui se produit dans le domaine psychique doive aussi être connu de la conscience.

L’assimilation conventionnelle du psychique et du conscient n’est absolument pas utilisable. Elle brise les continuités psychiques, nous précipite dans les difficultés insolubles du parallélisme psycho-physique, prête le flanc au reproche de surestimer, sans fondement évident, le rôle de la conscience et nous contraint à abandonner prématurément le domaine de la recherche psychologique, sans pouvoir nous apporter de dédommagements tirés d’autres domaines.

Les souvenirs et autres qui ne sont pas dans la conscience actuelle, sont des états latents de la vie psychique. Conscients ou inconscients ? Une bonne partie de ces états latents ne se distinguent des états conscients qu’en ce que précisément la conscience leur fait défaut.

Les expériences hypnotiques ont démontré l’existence et le mode d’efficace de l’inconscient psychique.

 

La pluralité des significations du terme d’inconscient et le point de vue topique.

 

L’être inconscient n’est qu’un signe distinctif du psychisme qui ne suffit d’aucune façon à le caractériser.

L’inconscient comprend, d’une part, des actes qui sont simplement latents, temporairement inconscients, mais qui, le reste du temps, ne se distinguent en rien des actes conscients et, d’autre part, des processus, comme les processus refoulés, qui, s’ils devenaient conscients, se détacheraient du reste des processus conscients de la façon la plus tranchée.

Un acte psychique en général passe par 2 phases, 2 états, entre lesquels est intercalée une sorte d’épreuve (censure). Dans la 1ère phase, il est inconscient et appartient au système inconscient ; s’il est écarté par l’épreuve que lui fait subir la censure, le passage à la 2ème phase lui est refusé ; il est dit alors refoulé et doit nécessairement rester inconscient. Mais s’il réussit dans cette épreuve, alors il entre dans la 2ème phase et appartient désormais au 2ème système, le conscient. Mais son rapport à la conscience n’est pas encore déterminé de façon univoque par cette appartenance. Il n’est pas encore conscient mais bien plutôt susceptible de devenir conscient, autrement dit il peut maintenant, sans résistance particulière, et pourvu que certaines conditions se trouvent remplies, devenir objet de la conscience.

Le système préconscient partage les propriétés du système conscient et la censure remplit avec rigueur son office au passage de l’inconscient au préconscient (ou conscient).

La suppression du refoulement n’intervient pas avant que la représentation consciente, une fois surmontées les résistances, ne soit entrée en liaison avec les traces mnésiques inconscientes. C’est seulement quand ces dernières sont elles-mêmes rendues conscientes que le succès est atteint.

Il semblerait que les représentations consciente et inconsciente, sont les inscriptions, différentes et topiquement séparées, d’un même contenu.

 

Sentiments inconscients.

 

L’opposition entre conscient et inconscient ne s’applique pas à la pulsion. Une pulsion ne peut jamais devenir objet de la conscience, seule le peut la représentation de la représente. Mais, dans l’inconscient aussi, la pulsion ne peut être représentée que par la représentation.

Il peut arriver qu’une motion d’affect ou de sentiment soit perçue mais méconnue. Son propre représentant ayant été refoulé, elle a été contrainte de se rattacher à une autre représentation et elle est maintenant tenue par la conscience pour la manifestation de cette dernière. Quand nous rétablissons la connexion exacte ; nous appelons inconsciente la motion d’affect originaire, bien que son affect n’ait jamais été inconscient et que seule sa représentation ait succombé au refoulement. Dans tous les cas où le refoulement réussit à inhiber le développement de l’affect, nous appelons inconscients les affects que nous rétablissons en redressant le travail du refoulement. L’emploi des expressions affect inconscient et sentiment inconscient, renvoie surtout aux destins que connaît le facteur quantitatif de la motion pulsionnelle par suite du refoulement. La représentation inconsciente une fois refoulée, demeure dans le système inconscient comme formation réelle tandis qu’à l’affect inconscient ne correspond en ce même lieu qu’un rudiment qui n’a pas pu parvenir à se développer.

Toute la différence vient de ce que les représentations sont des investissements, fondés sur des traces mnésiques, tandis que les affects et sentiments correspondent à des processus de décharge dont les manifestations finales sont perçues comme sensations.

Le refoulement peut réussir à inhiber la transposition de la motion pulsionnelle en manifestation de l’affect.

Refoulement : empêche l’accès à la conscience, mais aussi le développement de l’affect et le déclenchement de l’activité musculaire.

Aussi longtemps que le système conscient régit l’affectivité et la motilité (effectuer des mouvements), nous appelons normal l’état psychique de l’individu.

L’affectivité se manifeste essentiellement en décharge motrice (sécrétoire, vaso-régulatrice) destinée à transformée (de façon interne) le corps propre, sans rapport avec le monde extérieur ; la motilité, en actions destinées à transformer le monde extérieur.

Tandis que la domination du conscient sur la motilité volontaire est fermement établie, qu’elle résiste, normalement, à l’assaut de la névrose et ne s’effondre que dans la psychose, la domination du développement de l’affect par le conscient est moins ferme.

En restant dans les limites de la vie normale, on voit le conscient et l’inconscient lutter constamment pour s’assurer le primat dans le domaine de l’affectivité, certaines sphères d’influence se délimiter les unes par rapport aux autres et des conjonctions des forces en action se produire.

Il est possible que le développement de l’affect parte directement du système inconscient, dans ce cas il a toujours un caractère d’angoisse, angoisse contre laquelle tous les affects refoulés sont échangés. Mais il arrive aussi fréquemment, que la motion pulsionnelle doive attendre jusqu’à ce qu’elle ait trouvé une représentation substitutive dans le système conscient. Alors le développement de l’affect est rendu possible à partir de ce substitut conscient et c’est la nature de ce dernier qui détermine le caractère qualitatif de l’affect.

Un affect ne se produit pas tant que n’a pas réussi la percée qui lui donne une nouvelle façon d’être représenté dans le système conscient.

 

Topique et dynamique du refoulement.

 

Refoulement : retrait de l’investissement préconscient, conservation de l’investissement inconscient ou substitution à l’investissement préconscient d’un investissement inconscient.

Existence d’un contre-investissement par lequel le système préconscient se protège contre la poussée de la représentation inconsciente. C’est lui qui représente la dépense permanente d’un refoulement originaire, mais aussi qui garantit la permanence de celui-ci.

Le contre-investissement est le seul mécanisme du refoulement originaire ; dans le refoulement proprement dit, il s’y ajoute le retrait de l’investissement préconscient. Il est possible que ce soit précisément l’investissement retiré à la représentation qui soit utilisé pour le contre-investissement.

On parle de métapsychologie quand on décrit un processus psychique sous les rapports dynamique, topique et économique.

Dans l’hystérie d’angoisse, une angoisse apparaît sans que soit perçu ce sur quoi elle porte. Il faut admettre qu’il existait dans l’inconscient une motion d’amour, qui réclamait une transposition dans le système préconscient ; mais l’investissement dirigé depuis ce système vers la motion s’est retiré d’elle à la manière d’une tentative de fuite et l’investissement libidinal inconscient de la représentation écartée a été déchargé sous forme d’angoisse. L’investissement, dans sa fuite, s’est dirigé sur une représentation substitutive qui, d’une part, était dans un rapport associatif avec la représentation écartée et, d’autre part, étant éloignée d’elle, était soustraite au refoulement (substitution par déplacement) et permettait une rationalisation du développement d’angoisse encore impossible à inhiber. La représentation substitutive joue dès lors pour le système conscient, le rôle d’un contre-investissement dans la mesure où elle le garantit contre l’émergence dans le conscient de la représentation refoulée ; d’autre part, elle est le point de départ de la libération d’un affect d’angoisse, qui ne devient qu’à ce moment tout à fait impossible à inhiber. La représentation substitutive se comporte dans ce cas, comme le lieu d’une transition du système inconscient au système conscient, et dans l’autre cas, comme une source autonome de la libération d’angoisse. Le contre-investissement provenant du système conscient a donc conduit dans la 2ème phase de l’hystérie d’angoisse, à une formation de substitut. L’ensemble de l’environnement associé à la représentation substitutive est investi avec une particulière intensité, en sorte qu’il peut montrer une grande sensibilité à l’excitation. L’excitation d’un endroit quelconque de cette partie avancée doit, en raison de la connexion avec la représentation substitutive, déclencher un développement d’angoisse minime, qui est alors utilisé comme signal pour inhiber, par une nouvelle fuite de l’investissement, le progrès ultérieur du développement d’angoisse. Plus les contre-investissements sensibles et vigilants sont situés loin du substitut redouté, plus grande est la précision avec laquelle peut fonctionner le mécanisme qui doit isoler la représentation substitutive et tenir les nouvelles excitations à l’écart de celle-ci. Ces précautions commencent à agir lorsque le substitut a bien assumé sa fonction de représenter le refoulé, et on ne peut jamais se fier entièrement à leur action. Toute cette construction correspond à la phobie. La fuite devant l’investissement conscient de la représentation substitutive s’exprime dans les évitements, renonciations et interdits, à quoi l’on reconnaît l’hystérie d’angoisse. Le conscient se protège maintenant contre l’activation de la représentation substitutive, par le contre-investissement de l’environnement, comme il s’était auparavant garanti, par l’investissement de la représentation refoulée. Par l’ensemble du mécanisme de défense mis en œuvre, on a obtenu une projection du danger pulsionnel vers l’extérieur. Le moi se comporte comme si le danger d’un développement d’angoisse ne venait pas d’une motion pulsionnelle mais d’une perception, et il est donc fondé à réagir contre ce danger extérieur par les tentatives de fuite que sont les évitements phobiques. La libération d’angoisse peut être, dans une certaine mesure, endiguée ; toutefois, ce n’est qu’au prix de lourds sacrifices en liberté personnelle. Mais les tentatives de fuite devant les revendications pulsionnelles sont, en générale, vaines et le résultat de la fuite phobique n’est pas, en fin de compte, satisfaisant.

Dans l’hystérie de conversion, l’investissement pulsionnel de la représentation refoulée est transposé dans l’innervation du symptôme. Le contre-investissement choisit, dans le représentant de la pulsion, le fragment sur lequel pourra être concentré tout l’investissement de celui-ci. Ce fragment choisi pour le symptôme doit fournir une expression aussi bien au but de désir de la motion pulsionnelle qu’à la tendance du système conscient à se défendre ou à se punir ; il est donc surinvesti et maintenu de 2 côtés comme la représentation substitutive de l’hystérie d’angoisse. La dépense en refoulement du système conscient n’a pas besoin d’être aussi grande que l’énergie d’investissement du symptôme, car la force du refoulement se mesure au contre-investissement mis en œuvre, tandis que le symptôme s’appuie non seulement sur le contre-investissement, mais aussi sur l’investissement pulsionnel condensé en lui et issu du système inconscient.

Dans la névrose obsessionnelle, le contre-investissement du système conscient vient au premier plan, il s’acquitte du premier refoulement et c’est sur lui que réussit, ultérieurement, la percée de la représentation refoulée. C’est en raison de la prépondérance du contre-investissement et du manque d’une décharge que l’œuvre du refoulement apparaît beaucoup moins réussie dans l’hystérie d’angoisse et la névrose obsessionnelle que dans l’hystérie de conversion.

 

Les propriétés particulières du système inconscient.

 

Le noyau de l’inconscient est constitué par des représentants de la pulsion qui veulent décharger leur investissement, donc par des motions de désir qui sont coordonnées entre elles mais sans s’influencer.

Il n’y a dans ce système ni négation, ni doute, ni degré dans la certitude. Tout cela n’est introduit que par le travail de la censure entre inconscient et préconscient. La négation est un substitut du refoulement à un niveau supérieur. Dans l’inconscient, il n’y a que des contenus plus ou moins fortement investis.

Par le processus de déplacement, une représentation peut transmettre tout son quantum d’investissement à une autre, par celui de condensation, s’approprier tout l’investissement de plusieurs autres. Ce qui est caractéristique du processus psychique primaire, alors que dans le préconscient règne le processus secondaire.

Les processus du système inconscient sont intemporels, et n’ont égard à la réalité. Ils sont soumis au principe de plaisir.

Ce qui donne : absence de contradiction, processus primaire (mobilité des investissements), intemporalité et substitution à la réalité extérieure de la réalité psychique.

Les processus inconscients ne nous sont connaissables que dans les conditions du rêve et des névroses, donc dans des circonstances où des processus du système supérieur, le préconscient, ont été rabaissés (par régression) à un stade antérieur. En eux-mêmes, ils sont inconnaissables et même incapables d’exister car l’inconscient a été recouvert très tôt par le préconscient, qui s’est emparé de l’accès à la conscience et à la motilité.

Les processus du système-me préconscient montrent une inhibition de la tendance à la décharge des représentations investies. Lorsque le processus passe d’une représentation à une autre, la première conserve une partie de son investissement et seule une petite part subit le déplacement. Des déplacements et des condensations tels que ceux qui se produisent dans le cas du processus primaire sont exclus ou très limités.

Au système préconscient reviennent encore l’instauration d’une capacité de communication entre les contenus des représentations, de sorte qu’ils puissent s’influencer réciproquement ; l’ordonnance temporelle de ses contenus ; l’introduction de la censure ou de plusieurs censures ; l’épreuve de réalité et le principe de réalité.

 

Les rapports entre les deux systèmes.

 

L’inconscient se prolonge dans ses rejetons, il est accessible à l’action des évènements de la vie, il exerce une influence permanente sur le préconscient et il est même de son côté soumis aux influences venant de la part du préconscient.

A tout passage d’un système dans le système immédiatement supérieur, donc à tout progrès vers un niveau plus élevé d’organisation psychique, correspond une nouvelle censure.

Non seulement le refoulé psychique demeure étranger à la conscience mais aussi une partie des motions qui régissent notre moi, par conséquent ce qui s’oppose fonctionnellement de la manière la plus forte au refoulé.

L’inconscient, à la frontière du préconscient, est renvoyé par la censure, ses rejetons peuvent tourner cette censure, parvenir à un haut degré d’organisation, accroître leur investissement dans le préconscient jusqu’à une certaine intensité puis, lorsqu’ils ont dépassé celle-ci et veulent s’imposer à la conscience, ils sont reconnus comme rejetons de l’inconscient et se voient refoulés de nouveau à une nouvelle frontière – la censure entre préconscient et conscient. Ainsi, la première censure fonctionne contre l’inconscient lui-même, la seconde contre les rejetons préconscients de l’inconscient.

L’existence de la censure entre préconscient et conscient nous avertit que le devenir-conscient n’est pas un pur et simple acte de perception mais vraisemblablement aussi un surinvestissement, un nouveau progrès dans l’organisation psychique.

Toutes les voies qui mènent de la perception à l’inconscient demeurent normalement libres ; seules celles qui, partant de l’inconscient, conduisent plus loin sont soumises à un barrage par le refoulement.

Le contenu du système préconscient ou conscient provient, pour une part, de la vie pulsionnelle (par l’intermédiaire de l’inconscient), pour une autre part, de la perception.

S’il existe chez l’homme des formations psychiques héritées, quelque chose d’analogue à l’instinct des animaux, c’est là ce qui constitue le noyau de l’inconscient. Plus tard vient s’ajouter ce qui fut éliminé au cours du développement de l’enfant comme inutilisable et qui n’a pas besoin d’être d’une autre nature que ce qui est hérité. Ce n’est qu’au moment de la puberté que s’instaure, en règle générale, une séparation nette et définitive du contenu des deux systèmes.

 

La reconnaissance de l’inconscient.

 

Dans la schizophrénie, les mots sont soumis au même processus qui, à partir des pensées latentes du rêve, produit les images du rêve et que nous appelons le processus psychique primaire. Les mots sont condensés et transfèrent, sans reste, les uns aux autres, leurs investissements, par déplacement ; le processus peut aller si loin qu’un seul mot, apte à cela du fait de multiples relations, assume la fonction de toute une chaine de pensées.

Représentation de chose : consiste en l’investissement, sinon des images mnésiques directes de chose, du moins en celui de traces mnésiques plus éloignées et qui en dérivent.

La représentation consciente comprend la représentation de chose plus la représentation de mot qui lui appartient, la représentation inconsciente est la représentation de chose seule. Le système inconscient contient les investissements de chose des objets, les premiers et véritables investissements d’objets ; le système préconscient apparaît quand cette représentation de chose est surinvestie du fait qu’elle est reliée aux représentations de mot qui lui correspondent. Ce sont ces surinvestissements qui introduisent une organisation psychique plus élevée et qui rendent possible le remplacement du processus primaire par le processus secondaire qui règne dans le préconscient.

Dans les névroses de transfert, le refoulement refuse la représentation écartée : c’est la traduction en mots, lesquels doivent rester reliés à l’objet. La représentation qui n’est pas exprimée en mots ou l’acte psychique non surinvesti demeurent alors en arrière, refoulée, dans l’inconscient.

Notre activité psychique peut suivre deux parcours aux directions opposées, soit venant des pulsions par le système inconscient pour aboutir au travail de pensée conscient, soit sur une incitation de l’extérieur en passant par le système conscient et préconscient pour arriver aux investissements inconscients du moi et des objets. Cette deuxième voie doit, malgré le refoulement qui s’est préalablement produit, rester praticable et elle reste jusqu’à un certain point ouverte aux efforts de la névrose pour récupérer ses objets.

Les schizophrènes traitent les choses concrètes comme si elles étaient abstraites.

 

IV. Complément métapsychologique à la théorie du rêve.

 

Régressions temporelles : retour en arrière dans le développement. On distingue deux régressions de ce type, celle qui concerne le développement du moi et celle qui concerne le développement de la libido. La seconde va, dans l’état du sommeil, jusqu’au rétablissement du narcissisme primitif, la première jusqu’au stade de la satisfaction hallucinatoire du désir.

Le narcissisme peut être défini comme le complément libidinal de l’égoïsme.

Le rêve est toujours égoïste, le rôle principal est assuré par la personne propre. C’est une projection, l’extériorisation d’un processus interne.

Pensées latente du rêve : restes diurnes, des investissements de pensée qui ne se sont pas soumis au retrait général des investissements mais on retenu, en dépit de celui-ci, une certaine quantité d’intérêt, libidinal ou autre. Représentations préconscientes, des ressortissants du système préconscient.

Dans le sommeil, le narcissisme signifie le retrait de l’investissement de toutes les représentations d’objet, aussi bien inconscientes que préconscientes. Les restes diurnes qui sont encore investis, reçoivent un renforcement des motions pulsionnelles inconscientes, pour devenir formateurs du rêve.

La partie refoulée du système inconscient n’obéit pas au désir de dormir provenant du moi, elle conserve son investissement entièrement ou en partie et, d’une façon générale, elle s’est acquise, par suite du refoulement, un certain degré d’indépendance à l’égard du moi.

Donc, le désir de dormir cherche à faire rentrer tous les investissements envoyés à partir du moi, et à établir un narcissisme absolu.

Le désir préconscient du rêve est formé, qui donne expression à la motion inconsciente dans le matériel des restes diurnes préconscients.

Donc, renforcement des restes diurnes préconscients par l’inconscient, instauration du désir du rêve.

Le processus commencé dans le préconscient et renforcé par l’inconscient prend une voie rétrograde, à travers l’inconscient, vers la perception qui s’impose à la conscience. Cette régression est la troisième phase de la formation du rêve, c’est une régression topique.

Dans la schizophrénie, ce sont les mots eux-mêmes, dans lesquels était exprimée la pensée préconsciente, qui deviennent l’objet de l’élaboration par le processus primaire ; dans le rêve, ce ne sont pas les mots mais les représentations de chose auxquels les mots ont été ramenés. Dans le rêve, la circulation est libre entre investissements de mot (préconscient) et investissements de chose (inconscient) ; dans la schizophrénie cette circulation est coupée.

Le désir du rêve est halluciné et trouve, sous forme d’hallucination, la croyance en la réalité de son accomplissement.

L’hallucination consiste en un investissement du système conscient, investissement qui ne se produit pas, comme il serait normal, de l’extérieur, mais de l’intérieur, et elle a pour condition nécessaire que la régression aille jusqu’à atteindre ce système lui-même et puisse ainsi se placer au-delà de l’épreuve de réalité.

Une perception qu’une action peut faire disparaître est reconnue comme extérieure, comme réalité ; si cette action ne change rien, c’est que la perception vient de l’intérieur du corps, elle n’est pas réelle. Le conscient doit disposer d’une innervation motrice qui permet de décider si on peut faire disparaître la perception ou si celle-ci se révèle résistante.

Amentia : réaction à une perte que la réalité affirme mais que le moi doit dénier, parce qu’insupportable. Le moi rompt alors la relation à la réalité, il retire au système des perceptions, au système conscient, l’investissement. Le moi se détournant ainsi de la réalité, l’épreuve de réalité est mise à l’écart, les fantasmes de désir peuvent pénétrer dans le système et sont, de là, reconnus comme une meilleure réalité ; un tel retrait équivaut au refoulement.

Ce qui, dans l’amentia est le résultat du refoulement, est dans le rêve l’effet d’un renoncement spontané. Avec le désinvestissement du système conscient, la possibilité d’une épreuve de réalité est abandonnée, et les excitations qui, indépendamment de l’état de sommeil, ont pris la voie de la régression, trouveront cette voie libre jusqu’au système conscient dans lequel elles prendront la valeur d’une réalité incontestée.

Dans le rêve le retrait de l’investissement (libido, intérêt) touche également tous les systèmes, dans les névroses de transfert c’est l’investissement préconscient qui est retiré, dans la schizophrénie celui de l’inconscient, et dans l’amentia celui du conscient.

 

V. Deuil et mélancolie.

 

Le deuil est régulièrement la réaction à la perte d’une personne aimée ou d’une abstraction mise à sa place, la patrie, la liberté, un idéal…

L’action des mêmes évènements provoque chez de nombreuses personnes, pour lesquelles nous soupçonnons de ce fait l’existence d’une prédisposition morbide, une mélancolie au lieu du deuil.

Mélancolie : dépression profondément douloureuse, suspension de l’intérêt pour le monde extérieur, perte de la capacité d’aimer, inhibition de toute activité et diminution du sentiment d’estime de soi qui se manifeste en des auto-reproches et des auto-injures et va jusqu’à l’attente délirante du châtiment. Avec en plus, insomnie, refus de nourriture et défaite de la pulsion qui oblige tout vivant à tenir bon à la vie.

Le deuil présente les mêmes symptômes, hormis le trouble de l’estime de soi.

L’épreuve de réalité a montré que l’objet aimé n’existe plus et édicte l’exigence de retirer toute la libido des liens qui la retiennent à cet objet. Là-contre s’élève une rébellion compréhensible, cette rébellion peut être si intense qu’on en vienne à se détourner de la réalité et à maintenir l’objet par une psychose hallucinatoire de désir. Il faut du temps et de l’énergie pour retirer la libido accordée au défunt. Après avoir achevé le travail de deuil, le moi redevient libre et sans inhibition.

La mélancolie pourrait être une perte de l’objet qui est soustraite à la conscience. Le travail mélancolique suit le même processus que le travail de deuil, mais avec en plus la perte de l’estime de soi.

Dans le deuil, le monde devient pauvre et vide ; dans la mélancolie, c’est le moi lui-même.

Le mélancolique n’a plus d’estime de lui-même, mais il n’a pas de honte. Il s’épanche auprès d’autrui de façon importune, trouvant satisfaction à s’exposer nu. Les auto-reproches du mélancolique, sont des reproches contre un objet d’amour, qui sont renversés de celui-ci sur le moi propre. Il ne peut donc y avoir de honte, puisque les reproches sont prononcés à l’encontre d’un autre.

Ainsi, le processus de la mélancolie, commence par un choix d’objet, une liaison de la libido à une personne déterminée ; sous l’influence d’un préjudice réel ou d’une déception de la part de la personne aimée, cette relation fut ébranlée. Le résultat ne fut pas celui qui aurait été normal, à savoir un retrait de la libido de cet objet et son déplacement sur un nouvel objet, mais un résultat différent, qui semble exiger pour se produire plusieurs conditions. L’investissement d’objet s’avéra peu résistant, il fut supprimé, mais la libido libre ne fut pas déplacée sur un autre objet, elle fut retirée dans le moi. Mais là elle ne fut pas utilisée de façon quelconque : elle servit à établir une identification du moi avec l’objet abandonné. L’ombre de l’objet tomba ainsi sur le moi qui pu alors être jugé par une instance particulière comme un objet, comme l’objet abandonné. De cette façon la perte de l’objet s’était transformée en une perte du moi et le conflit entre le moi et la personne aimée en une scission entre la critique du moi et le moi modifié par identification.

Pour cela, il doit exister d’une part une forte fixation à l’objet d’amour, mais d’autre part et de façon contradictoire une faible résistance de l’investissement d’objet. Identification narcissique avec l’objet devient substitut de l’investissement d’amour.

Dans l’identification narcissique, l’investissement d’objet est abandonné ; dans l’identification hystérique, l’investissement persiste et exerce une action, qui habituellement se limite à certaines actions et innervations isolées.

La mélancolie emprunte donc une partie de ses caractères au deuil et l’autre partie au processus de la régression à partir du choix d’objet narcissique jusqu’au narcissisme.

La mélancolie a un conflit ambivalentiel d’amour et de haine. Si l’amour pour l’objet, qui ne peut pas être abandonné tandis que l’objet lui-même est abandonné, s’est réfugié dans l’identification narcissique, la haine entre en action sur cet objet substitutif en l’injuriant, en le rabaissant, en le faisant souffrir et en prenant à cette souffrance une satisfaction sadique.

Ainsi, l’investissement d’amour que le mélancolique avait fait sur son objet a eu un double destin ; pour une part il a régressé sur l’identification, pour une autre part il a été reporté, sous l’influence du conflit ambivalentiel, au stade de sadisme qui est plus proche de celui-ci.

Le moi ne peut se tuer que lorsqu’il peut, de par le retour de l’investissement d’objet, se traiter lui-même comme un objet, lorsqu’il lui est loisible de diriger contre lui-même l’hostilité qui vise un objet et qui représente la réaction originaire du moi contre des objets du monde extérieur.

La manie n’a pas d’autre contenu que la mélancolie, les deux affections luttent contre le même complexe auquel il est vraisemblable que le moi a succombé dans la mélancolie alors que dans la manie il l’a maîtrisé ou écarté.

L’ivresse alcoolique serait une suppression des dépenses de refoulement, obtenue par des moyens toxiques.

Dans la manie, il faut que le moi ait surmonté la perte de l’objet, ensuite de quoi toute la charge de contre-investissement que la peine douloureuse de la mélancolie avait tirée du moi vers elle, et qu’elle avait liée, est devenue disponible.

Le deuil normal surmonte bien, lui aussi, la perte de l’objet et absorbe pareillement, aussi longtemps qu’il dure, toutes les énergies du moi.

Dans la mélancolie se nouent autour de l’objet une multitude de combats singuliers dans lesquels haine et amour luttent l’un contre l’autre, la haine pour détacher la libido de l’objet, l’amour pour maintenir cette position de la libido contre l’assaut.

L’accumulation d’un investissement qui est d’abord lié puis qui devient libre après la terminaison du travail de la mélancolie et rend possible la manie, cette accumulation doit être en relation avec la régression de la libido au narcissisme.

 

VI. Note sur l’inconscient en psychanalyse.

 

Représentation inconsciente : représentation que nous ne percevons pas mais dont nous sommes prêts à admettre l’existence à partir d’autres preuves ou d’autres signes.

Inconscient : ne désigne pas seulement les pensées latentes en général mais particulièrement les pensées présentant un certain caractère dynamique, à savoir celles qui sont maintenues à l’écart de la conscience malgré leur intensité et leur efficience.

Préconscient efficient : qui passe dans la conscience sans difficulté.

Inconscient efficient : qui demeure tel et semble coupé de la conscience.

La pensée inconsciente est exclue de la conscience par des forces vivantes qui s’opposent elles-mêmes à son acceptation alors qu’elles ne font pas d’objection pour les autres pensées, les pensées préconscientes.

L’inconscience est une phase régulière et inévitable des processus qui constituent notre activité psychique, tout acte psychique commence par être inconscient et il peut soit le demeurer soit se développer jusqu’à la conscience, selon qu’il rencontre de la résistance.

Formation du rêve : un train de pensées a été éveillé par l’activité de l’esprit pendant le jour, il a retenu une partie de son pouvoir d’action et a échappé à la baisse générale des intérêts qui provoque le sommeil et qui constitue sa préparation psychique. Pendant la nuit, ce train de pensées réussit à trouver des connexions avec l’un des désirs inconscients présents depuis l’enfance dans la vie mentale du rêveur mais généralement refoulés et exclus de sa vie consciente. Par la force que leur fournit cette aide inconsciente, les pensées, les restes diurnes deviennent maintenant de nouveau efficients et émergent dans la conscience sous la forme du rêve. Ainsi, il s’est passé trois choses : 1. Les pensées ont connu un changement, un déguisement et une déformation qui représente la part de la collaboration inconsciente ; 2. Les pensées ont occupé la conscience à un moment où elles n’auraient pas dû le faire ; 3. Une partie de l’inconscient qui, autrement, n’y serait pas parvenue a émergé dans la conscience.

 

 

► Très bon livre. Il n'est pas long, il est accessible et regroupe de nombreuses notions essentielles. Vivement conseillé !



16/01/2014
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