Cours de psychologie

Linguistique (suite)

IV. Exemple d’examen et conclusion.

 

 

1. Exemple d’examen :

 

« Les variétés d’aphasie sont nombreuses et diverses […] Toute forme de trouble aphasique consiste en quelque altération, plus ou moins grave, soit de la faculté de sélection et de substitution, soit de celle de combinaison et de contexture […] La relation de similarité est supprimée dans le 1er type et celle de contigüité dans le 2nd » (Jakobson).

 

On pourrait commencer par : qu’est-ce que l’aphasie ?

- Trouble du fonctionnement interne du langage qui se manifeste par la perte de la capacité à utiliser le langage de manière bipolaire, soit encodage et décodage. Tend à l’unipolarité du langage. Trouble du signifié et du signifiant, le signe ne fonctionne plus.

- Causes : par lésion d’une zone spécifique qui trouble le fonctionnement du langage, ces zones ne peuvent plus traiter correctement l’information, quelle soit auditif ou commandée.

- Ce qui n’est pas l’aphasie : dégénérescence, arthrique…

On peut suivre par l’explication des mots employés dans le texte :

- Jakobson parle de la 1ère dichotomie (encodage/décodage) et trouble de conséquent :

+ Pour Broca : sélection + combinaison (le conséquent c’est la combinaison, donc combinaison altérée).

+ Pour Wernicke : combinaison + sélection (le conséquent c’est la sélection, donc sélection altérée).

+ Les altérations sont toujours dues au conséquent.

- Donc, les 2 représentants sont :

+ Wernicke : sélection – substitution – similarité – trouble du décodage.

+ Broca : combinaison – contexture – trouble de l’encodage.

- La relation de similarité vient d’un trouble de la sélection car l’aphasique ne voit pas les ressemblances et les différences (type Wernicke). Tandis que la relation de contigüité vient d’un trouble de la combinaison car incapacité à former le contexte (type Broca).

On peut continuer en citant Saussure avec les axes et le signe.

- L’axe syntagmatique permet la combinaison, et l’axe paradigmatique permet la sélection.

- Rappelons que le signe c’est l’association du signifié et du signifiant.

- Les troubles de la sélection sont liés au signifié, le sens du mot est défaillant mais le lexique plein est toujours là, pas d’oubli pour les éléments qui permettent de faire le contexte (type Wernicke).

- Les troubles de la combinaison sont liés au signifiant, la réalisation du message est problématique, il choisit correctement les unités lexicales mais ne peut pas utiliser les outils qui servent à réaliser le contexte de la phrase (type Broca).

On pourrait également parler de ce qui n’est pas aphasique, et des différentes formes d’aphasie.

- Les troubles extralinguistiques sont un trouble de la pensée qui se reflète sur le langage, c’est un trouble du référant. C’est le rapport à l’objet qui pose problème.

- Du côté de la difficulté d’encodage : aphasie de Broca, aphasie dynamique, aphasie kinesthésique.

- Du côté de la difficulté du décodage : aphasie de Wernicke, aphasie sémantique, aphasie acoustico-amnéstique.

 

2. Simplifications des aphasies :

 

 

3. Conclusion :

 

La linguistique est une science récente et ses fondateurs ont souhaité définir la langue comme une science à part entière avec ses propres principes, ses méthodes et ses problématiques bien particulières.

 

Ferdinand de Saussure a posé les fondements pour mettre en place les méthodes d’analyse. Il a décrit le langage et plus particulièrement la langue sous la forme d’un mécanisme particulier, et a définit les concepts (ex : signe, signifiant, signifié…) et leur fonctionnement.

Toutes les langues reposent sur le lexique/vocabulaire et sur la grammaire. L’aphasique de Broca a le vocabulaire mais pas la grammaire, et inversement pour l’aphasique de Wernicke.

Les 2 axes, syntagmatique et paradigmatique, sont essentiels à la réalisation du message.

 

Le lexique est organisé en catégories précises, d’unités internes de la langue.

Cette organisation de la langue a permis d’avoir une certaine approche de la langue, d’envisager une autre approche des troubles du langage et en même temps des troubles de la pensée (troubles extralinguistiques). On ne peut pas penser hors de la langue, la langue nomme ce que nous pensons.

 

La langue fonctionne comme différenciation, plusieurs fonctions qui ne marchent pas en dehors du système. Les unités s’organisent par opposition les unes avec les autres. Le principe d’opposition est le fondement de toutes les langues. Ce qui ne s’oppose pas dans le système de la langue, ne fonctionne pas.

La langue n’est pas un système figé, mais les principes fondamentaux demeurent toujours.

Les 2 axes régissent la capacité à être des sujets parlants, par notre langue nous organisons notre pensée. La compétence linguistique permet vraiment de trier les pensées, les mots. Nous ne savons reconnaître que ce que nous savons nommer.

 

La linguistique nous permet de mettre en œuvre les mécanismes propres au fonctionnement de notre langue. Ceci est altéré chez les aphasiques. Le langage est par tout le cerveau, mais les aphasies ne se font que par les zones de Broca et de Wernicke qui tiennent le fonctionnement interne de la langue.

Niveau perlocutoire : désigne l’effet psychologique ressenti par le destinataire.

Niveau illocutoire : fonction performative de l’acte de langage au niveau conventionnel, intention de l’énonciateur.

Ces deux niveaux forment le but du message.

Niveau locutoire : production d’un énoncé selon un certain nombre de règles linguistiques.

 

 

V. TD 1 : Pathologie des langages.

 

 

1. Organisation neuronal du langage :

 

a. Mécanisme des aphasies :

 

 

Champ des aphasies :

- Les traits : traits ou unités de la 3ème articulation, aux mouvements élémentaires de l’appareil bucco-phonatoire (gorge, poumon, larynx, pharynx, langue). On effectue une salade de traits qu’on combine.

- Les phonèmes : Unité de 2ème articulation, les plus petites unités de son (syllabe, mot), il y a un nombre différent de phonèmes bien que cela soit plutôt stable. En combinant correctement ces phonèmes on arrive à un monème (mot). Permet de distinguer les mots les uns des autres. En français on a une 40aine de sons.

- Les monèmes/morphèmes : unités de 1ère articulation, la plus petite unité de sens (mot), il y a un contenu sémantique, le signifié mais il y a aussi une sonorité particulière qu’on appellera le signifiant. Double signification. Ils vont avoir une fonction grammaticale : par sélection et combinaison de monèmes, on arrive à une phrase.

- Le syntagme : (phrase) ne se fait pas n’importe comment, il y a des règles qui organisent ces différents monèmes pour en faire une phrase et pour que cela ait un sens.

→ Ceci découle du besoin de communication.

On retrouve à peu près les mêmes mécanismes pour ce qui concerne l’écrit.

 

b. Communication :

 

Question de la communication : comment se joue cette communication ?

« Langage enfantin et aphasie ».

Plusieurs éléments : (Jakobson) :

Message : ce qui est en train de se dire. Il est dépendant du contexte.

Destinataire : aussi récepteur, reçoit le message, capacité de décoder le message.

Expéditeur : aussi émetteur, émet le message, capacité d’encoder le message.

Contexte : un message va être émis en fonction du contexte, un référent et ce contexte va influencer la verbalisation. Sorte de référence.

Code : le message a besoin d’un code commun ou une partie du code qui puisse être commune au récepteur et émetteur, qui permette l’encodage et le codage.

Conative : la fonction conative c’est la mise en place d’éléments dans le message, qui en fonction de l’autre, va nous permettre de maintenir le contact, on appelle ça aussi une fonction phatique : ce sont des mots, des phrases toutes faites qui permettent de tenir toujours la communication en vie et de savoir si cette communication est bien établie. Cette fonction peut être soit verbalisée, soit psychologiques (toucher, rire).

 

 

Quand on parle de langage, on peut s’appuyer sur deux axes :

- Axe paradigmatique : un axe de la sélection, du choix, un axe de la substitution, sur cet axe, il se soutient un rapport de similitude, c’est l’axe qui permet le langage métaphorique. C’est au niveau de cet axe que se poseront les problèmes au niveau de l’aphasie de Wernicke.

- Axe syntagmatique : cet axe est l’axe des combinaisons, des concaténations, de l’articulation, de l’ordre et permet de soutenir un rapport de contiguïté, c’est lui qui permet ce qu’on appelle le langage métonymique (changement de désignation). C’est cet axe qui posera problème dans l’aphasie de Broca. 

 

 

La communication verbale implique finalement chez l’individu l’utilisation de tropes (des figures de style, pour embellir le texte, employé un mot dans un sens détourné), les deux principales étant la métaphore et la métonymie :

- Métaphore : vient du mot transport, permet d’utiliser un mode de relation, qui va être basé sur la question de la similarité, de l’analogie mais aussi par un rapport de substitution avec quelque chose qui ressemble, ce n’est pas une pure comparaison. Une analogie de ressemblance avec une association. Se joue sur l’axe paradigmatique. Ex : la nature est un temple, les fleurs du mal

- Métonymie : veut dire changement, il va y avoir un transfert de dénomination va nous permettre de désigner un terme par un autre qui lui est habituellement propre, ces deux termes sont reliés par un effet de matière bien souvent un rapport de contenant à contenu. Se joue sur l’axe syntagmatique. Ex : je bois mon verre, c’est un nez.

Deux figures de style, qu’on va pouvoir détecter déficiente dans une des deux aphasies.

Lors des troubles de langage, il sera nécessaire par l’analyse linguistique de repérer si s’agit d’un trouble qui affecte l’axe de la contiguïté ou celui de la similarité.

 

2 Détérioration du système phonématique :

 

Des lésions qui constituent les troubles du langage. Lors des aphasies, l’appareil de la formation des sons n’est pas lésé. Cependant, il semble que les choses se passent comme si en fait, il avait perdu des acquisitions mnésiques du langage.

L’aphasie parfois appelée mutisme, c’est une pathologie du système nerveux central,  qui est du souvent à une liaison qui est caractéristique de certaines aires cérébrales.

 

Le premier à avoir étudié les aphasies c’est Paul Broca, en 1861. Il avait un patient « tan tan » qui n’articulait que ces deux phonèmes, mais ce dernier avait une vie normale sociale, il avait sa raison. Broca va remarquer une lésion importante sur une aire du cerveau, pré frontal gauche,  il va l’appeler l’aire de Broca.

Les troubles du langage sont les résultats d’une lésion, sur l’aire de Broca mais aussi sur l’aire de Wernicke. Entre les deux il y a un faisceau arqué.

Progressivement, le sens du mot aphasie va se modifier, l’aphasie désignera le trouble du langage qui va affecter la compréhension, survenant en dehors de tout déficit sensoriel et du dysfonctionnement bucco-phonatoire. On parlera d’aphasie quand la personne a perdu partiellement la capacité de langage : de parler ou de comprendre ce qui lui ait dit, en faisant bien entendu une différence entre l’articulation, la parole et le langage.

- Si l’individu éprouve des difficultés dans la prononciation d’un son → trouble de l’articulation.

- S’il éprouve des difficultés à combiner les sons pour en faire des mots (des ajouts, des substitutions) → trouble de la parole.

- S’il éprouve des difficultés à choisir les mots et à les combiner pour faire des phrases → trouble de langage.

 

3. Les pathologies :

 

Aphasie, trouble du langage, plusieurs formes de langage peuvent être touchées (dessin, langage, écriture). L’aphasique n’arrive plus à nommer des objets, ne retrouve plus le nom des personnes qu’il côtoie régulièrement. Ces noms, ou objets peuvent apparaître au fil de la conversation, quelque fois ça peut aller jusqu’à ne plus pouvoir répondre oui ou non.

C’est un trouble qui survient chez un individu qui avait auparavant un langage normal, il se distingue des problèmes qui peuvent parfois apparaître lors du développement de langage chez l’enfant (dyslexie, bégaiement), peut affecter autant les hommes que les femmes.

 

Les premières pathologies qui amènent des troubles du langage sont les pathologies vasculaires :

- AVC : déficit neurologique soudain d’origine vasculaire causé par un infarctus ou une hémorragie au niveau du cerveau ;

- Les accidents ischémiques transitoires : occlusion d’une artère cérébrale. Le cerveau n’est plus irrigué normalement (touche certaines aires) ;

- Thromboses veineuses : caillot qui se forme dans le corps et qui va se déplacer pour monter jusqu’au cerveau (occlusion) ;

- Hémorragies cérébrales.

 

Autres pathologies, les maladies neurodégénératives :

- La maladie d’Alzheimer ;

- Maladie de Pick :

+ Symptômes :

. Déclin progressif des comportements sociaux (perte de l’inhibition : manque de tact, irrespectueuse, immoralité, apathie) ;

. Comportement alimentaires modifiés (suralimentation, prise de poids) ;

. Troubles de l’attention ;

. Problèmes de langage (élocution compromise, répète des phrases à voix haute) ;

. Difficulté à discerner les physionomies (ne fait pas la différence entre un homme et une femme, ou un enfant et un adulte).

→ Alzheimer est en partie à l’origine de la découverte de cette maladie.

- Maladie de Parkinson :

+ Maladie neurodégénérative chronique ;

+ Troubles moteurs (le langage peut aussi être affecté).

- Maladie de Huntington :

+ Maladie héréditaire ;

+ Fonctions motrices et cognitives affectées (→ jusqu’à la démence) ;

+ Gestes incontrôlés, troubles de l’équilibre.

 

Maladies/pathologies inflammatoires :

- Sclérose en plaques ;

- Sarcoïdose.

- Pathologies tumorales (si elle est mal placée) ;

- Pathologies bactériennes, virales, mycoses. 

 

Déficit immunitaire : le sida.

 

Au delà de la maladie, les traitements peuvent causer des troubles du langage : la chimiothérapie.

 

4. Les signes cliniques des aphasies :

 

Les aphasies désignent l’ensemble des troubles de la communication par le langage, suite à des lésions cérébrales. Ces aphasies entrainent une rupture au niveau des codes linguistiques. Elles se manifestent par des altérations à des degrés divers au niveau de l’expression et/ou de la compréhension. Elles touchent les modalités orales, écrites, graphiques, etc.

Il y a différents signes qui précèdent l’apparition d’une aphasie.

 

a. L’anomie :

 

Ce n’est pas un signe spécifique de l’aphasie.

C’est l’impossibilité à nommer les choses, à trouver les mots : « manque de mots ».

Elle peut être à des degrés variables : difficulté à produire des mots pour la conversation jusqu’au discours volontaire.

Peut être à l’oral comme à l’écrit

Elle peut se jouer dans deux registres :

- Traduit un déficit lexical : perte de la représentation de la forme des mots ;

- Déficit sémantique : perte de la signification du mot.

 

b. Les déviations et autres :

 

Il s’agit de types d’erreurs que l’on peut observer dans les productions orales et écrites des personnes aphasiques.

Il faut déceler à quel niveau ces erreurs se produisent. En fonction du niveau auquel se produit l’erreur, on peut déjà identifier de quel type d’aphasie il est atteint et de déterminer un traitement adéquat.

 

Diverses déviations :

- Déviations phonétiques : modification d’un mot ou d’un syntagme par la déformation phonétique d’un ou plusieurs phonèmes. Le patient peut articuler des phonèmes qui n’appartiennent pas au registre de la langue (nasalisations, occlusions, distorsion du son).

- Paraphasies phonémiques : se joue au niveau de la 2ème articulation. Elles correspondent à la transformation d’un mot cible par des phonèmes de substitution ou bien des omissions, adjonctions, inversions, déplacements. Ces déformations peuvent être isolées ou associées dans un même mot.

→ On l’entend à l’oral et on le voit à l’écrit.

+ Ex : la personne écrit « Kato » quand on lui demande d’écrire « Couteau ». Elle substitue « Ka » à « Cou ». Crinière " Kronière

+ Ex : on lui montre une image de jardin en lui demande ce que c’est : il répondra « Jardier » (omission).

- Paraphasie fantastique : le patient va créer une sorte d’histoire autour d’un mot. Cette histoire ne correspond pas à l’objet ou au mot qu’il perçoit, cependant le patient pense vrai : sa pensée est intacte alors que ce qu’il dit n’est pas cohérent. On la retrouve souvent dans l’aphasie de Wernicke.

- Paraphasies verbales : le sujet remplace le mot cible par un autre mot qui appartient au registre de la langue française, mais sans qu’il y ait un rapport évident entre les deux mots.

+ Ex : bouton pour mouton.

+ On le retrouve dans des aphasies de Wernicke : la personne n’a pas sélectionné le bon mot.

- Paraphasies verbales sémantiques : se joue au niveau de la 1ère articulation. Substitution d’un mot proche au niveau sémantique.

+ Ex : orange pour citron.

- Paraphasie mixte : on retrouve plusieurs types de déformation. Ces déformations vont être associées dans cette paraphasie. Cependant un y retrouve principalement des paraphasies sémantiques et phonétiques. On les retrouve fréquemment dans les aphasies de Wernicke.

+ Ex : le mot « tapis » devient « linon » → il associe le mot « tapis » au « lino » dont il déforme le dernier phonème qui devient « non » d’où « linon ».

→ Dans tous, la prononciation reste correcte, mais le mot ne correspond pas.

 

Néologismes : production d’un segment verbal n’appartenant pas à la langue, qui n’a aucun sens. Ce type de néologisme on le retrouve essentiellement dans des aphasies de type Wernicke.

Ex : on montre un lion à un patient et au lieu de dire « lion » il va dire « un voitronassonier ».

 

Jargon : il s’agit d’un terme qui va être employé ou fréquemment employé dans ses productions verbales. Cette production verbale est tellement riche en nombre de mots, de déviations ou en néologisme, qui fait qu’à un moment donné certains mots ou déviations vont réapparaitre fréquemment pour nommer certaines choses. On l’observer le plus souvent dans l’aphasie de Wernicke.

 

Conduites d’approche : chez certains patients aphasiques, il s’agit d’une tentative de (re)produire des mots ou des syntagmes en procédant par approximations progressives qui vont aboutir plus ou moins rapidement, et quelques fois pas du tout, au mot ou au syntagme cible, qu’ils voulaient prononcer au départ. Il s’agit en quelque sorte d’autocorrections faites de déviations phonémiques, de déviations sémantiques (versant plutôt Wernicke), de déviations verbales (des périphrases, etc.). Ces conduites d’approche peuvent se transformer en conduites d’éloignement : on lui présente un objet qui correspond au mot cible, qu’il prononce à 90% juste, et au lieu de s’en rapprocher par autocorrection il va s’en éloigner par déviation. Se manifeste principalement chez individus atteints d’une aphasie de Broca.

 

5. Les anomalies de la fluence verbale :

 

Il faut faire la distinction si on a à faire une aphasie fluente ou pas.

Fluence : débit verbal.

Analyser dans son débit verbal, la quantité de mots que produit le patient et qu’il faudra voir combien de mots en moyenne le patient produit (critère quantitatif) mais aussi faudra évaluer la notion qualitative de la production : si le patient dans sa production commet de nombreuses fautes de grammaire, être dans l’agrammatisme total.

Il faudra utiliser les signes cliniques pour commencer à les mettre en évidence.

 

Les aphasies non fluentes : ce sont des aphasies où il y a une réduction conséquente du nombre de mots, mais aussi une qualité de la syntaxe qui est sévèrement mise en cause. Il s’agit d’aphasies type Broca.

Les aphasies fluentes : il y a un débit de mots excessif. Le langage va être donc atteint qualitativement.

Les aphasies logopéniques : la production des mots et la grammaire sont correctes. Le discours est ponctué par des arrêts, hésitations, temps de latences assez nombreux.

Le mutisme : absence totale de fluence. C’est le cas extrême de l’aphasie non fluence. C’est souvent parce qu’il y a mutisme que l’on peut juger de la sévérité du cas.

 

Les palilalies : il s’agit dans le discours de phonèmes de répétitions spontanés et involontaires, de manière itérative, d’une même syllabe, d’un mot ou d’une partie de mot. Peut parfois s’accélérer.

Ex : lorsqu’on s’amuse quand on est jeune à mettre à la fin d’un phonème.

L’écholalie : manière incontrôlable de répéter à la fin d’un mot sa dernière syllabe. Il s’agit d’une sorte d’écho. Peut arriver avec ses propres mots mais aussi avec les mots prononcés par autrui.

Les persévérations : répétition involontaire qui persévère alors que le mot cible a changé. Peut s’agir :

- D’un progrès dans la prise en charge, puisqu’il a su intégrer un mot qu’il ne pouvait peut être plus prononcer.

- D’une régression : puisque le patient va buter sur le mot qu’il a retrouvé précédemment, il va le répéter sans cesse.

 

Perturbation de la syntaxe : la principale perturbation c’est l’agrammatisme. Trouble qui consiste en l’absence dans le discours oral ou écrit des mots fonctionnels (= mots de connexion entre les mots importants, parfois aussi il peut s’agir du genre et du nombre, les terminaisons de verbes incorrectes, des adjectifs, etc.) et qui vont déstructurer grammaticalement une phrase. Peut aboutir à une locution du type télégraphique. Typique des aphasies de Broca.

 

La description du discours du patient en termes de signes cliniques peut être fastidieuse mais elle est nécessaire.

Bien souvent peu ou mal utilisée, cette analyse va permettre en substance de pouvoir préciser les déficits et être à l’origine de la démarche diagnostique.
C'est-à-dire d’établir un profil sémiologique du patient.

Cependant, avant d’avoir toute certitude diagnostique (situation, état du patient au moment présent) avec l’imagerie, cette analyse pourra permettre, dès la première rencontre, de mettre en place un « premier pronostic » (théoriquement, en fonction de tel type de pratique, il devrait évoluer de telle façon) et d’orienter le patient vers un type de prise en charge.

 

 

V. TD 2 : les aphasies.

 

 

Pour Jakobson, le trouble de la similarité rend compte des aphasies sensorielles (Wernicke) et il va notamment montrer que dans ces affections la contigüité va déterminer tout le comportement linguistique du sujet. Ce qui veut dire que la capacité de sélection va être fortement atteinte, mais le sujet va garder un haut niveau, pouvoir, de combinaison des monèmes, phonèmes, etc. Compte tenu du degré de sévérité de l’aphasie, même ce niveau de combinaison pourra s’altérer progressivement.

A l’inverse, Jakobson, va montrer que dans les aphasies type motrices, va se manifester un trouble de la contigüité, de la combinaison et va être conservée un certain niveau quant à la sélection. Notamment chez ces sujets de type Broca, il va y avoir la perte des mots de connectivité (prépositions). C’est ce qui fait que le patient aura du mal à former une préposition. Cependant, les mots déterminants vont quand même résister un temps. Néanmoins il y a un appauvrissement de la qualité des phrases émises : on en arrive au style télégraphique. A un certain stade, il ne pourra même plus combiner les phrases entre elles.

 

1. Analyse fonctionnelle du langage normal :

 

Lorsqu’un sujet communique avec un autre, il va devoir, compte tenu de la diversité à la fois des signes, des différents paradigmes qu’il a à sa disposition, il va devoir être capable de sélectionner. Ce qui veut dire que pour sélectionner, il faut abandonner certains signes ou certains paradigmes.

Jakobson s’est rendu compte que certains de ces patients avaient des difficultés à sélectionner des informations. Une fois que la sélection est faite, il se pose le problème de la combinaison et de l’organisation des unités. C’est à ce moment là qu’il met en évidence que parler pose à la fois un problème d’encodage, mais aussi de décodage.

Lorsque le message est organisé, l’individu émetteur va dans un premier temps sélectionner puis combiner les unités linguistiques pour structurer un syntagme pour former un message.

- Dans un premier temps le message va arriver à l’interlocuteur (récepteur) et va rentrer dans un lexique.

- Dans un second temps il va avoir la tache d’interpréter ce message, de comprendre le concept énoncé en sélectionnant le ou les paradigmes dans le système sémantique. C’est ce qu’on appelle le décodage.

On a dans un premier temps, dans l’encodage, une sélection et une combinaison. C’est l’aire de Broca qui est sollicité et c’est l’axe syntagmatique qui véhicule le message. Dans un second temps au niveau de la réception, il va y avoir une combinaison et une sélection. C’est l’aire de Wernicke qui est sollicité et c’est l’axe paradigmatique.

Jakobson affirme que le langage est avant tout bipolaire : il se joue à la fois au niveau de l’encodage et du décodage. Selon lui il y aurait aphasie, ou en tout cas détérioration du langage, quand un des deux pôles se trouve altéré. Cette détérioration serait du à un problème de sélection ou à un problème de combinaison. D’un coté on aurait une aphasie d’encodage et de l’autre coté une aphasie du décodage. Pour le dire plus simplement, selon Jakobson, les aphasies correspondent à une perturbation de la bipolarité qui mène à une tendance vers l’unipolarité du langage.

 

2. L’aphasie de Broca :

 

Dans les aphasies type Broca, il y a une incapacité du sujet à combiner les éléments phonétiques les uns avec (ou plutôt à la suite des) les autres. Toute la structure de la phrase est altérée. On peut d’hors et déjà conclure qu’il s’agit d’une altération de l’axe syntagmatique et donc cette limitation du sujet va correspondre à ce qu’on appelle une aphasie dynamique : il y a quelque chose de la dynamique, de la structure de la phrase qui est altéré.

Il peut arriver que cette aphasie passe inaperçue au départ. Cela est du au fait que le patient peut au début composer des phrases simples. Au fur et à mesure que la pathologie va progresser, évoluer, le trouble aphasique va s’aggraver, notamment parce que le sujet perd la capacité d’utiliser les connecteurs, jusqu’à ne plus pouvoir accorder les mots les uns avec les autres.

L’aphasie de Broca entraine des problèmes au niveau de l’élocution. Il y aurait donc un problème, un trouble au niveau de l’encodage.

Il s’agit d’une aphasie non fluente : entre 0 et 3 mots en moyenne par phrase. Ce qui fait que la fluidité verbale du langage est altérée. Cependant la réduction de l’expression du discours spontané n’empêche pas une compréhension relativement préservée.

Au stade maximal de la maladie on peut avoir quelques fois le mutisme. Avec le temps on peut avoir des améliorations, qui passeront par un temps où les émissions seront laborieuses. Cependant il peut arriver que des segments de phrases soient bien conservées, telles que les formules de politesse, des insultes, etc. Lorsque le patient produit certains mots, certaines expressions dans un contexte automatique ou sous le coup d’une émotion, ça reste bien préservé. Par contre lorsqu’on lui demande de les émettre de les exprimer volontairement on se retrouve confrontés au problème de locution.

Dans l’expression automatique, le langage est assez bien préservé. Ce peut être notamment dans l’action de compter et ils ont souvent préservé la capacité de chanter même dans le cas de syndromes assez sévères.

Les patients ne sont pas anosognoses (ne pas avoir conscience de son état). Ils ont conscience de leur état, de leur trouble.

Comme ces patients ont du mal à rentrer en communication comme ils le souhaiteraient, vont développer un langage informatif.

Cette aphasie est définie comme un trouble de la programmation du positionnement de l’appareil buco-phonatoire et de la séquence des mouvements nécessaires à la production volontaire des phonèmes, tout en sachant qu’il n’y a pas de paralysie physique. En fonction de l’atteinte, on aura plus à faire à des déviations de type phonétiques, mais aussi à des déviations phonémiques et également à des déviations verbales ou sémantiques, parce que justement le patient, en tentant de palier à un manque de mot, il va commettre des déviations supplémentaires. On aura tout de même les trois registres de déviation.

A l’oral et à l’écrit, agrammatisme.

Lorsqu’il s’agit de compréhension simple et relationnelle, c’est relativement bien préservé. Cependant à un niveau supérieur de complexité, avec beaucoup d’informations à traiter, il peut y avoir des altérations des capacités de compréhension. Quelques fois ça peut être du à l’altération d’autres capacités cognitives (attentionnelles, mémoire de travail, etc.) et donc la compréhension va en pâtir. Lors de l’émission, le syntagme va lui aussi être altéré.

 

Pour résumer :

- Altération de l’axe syntagmatique.

- Problème de combinaison, d’élocution, d’ordre, d’encodage, quelques fois de décodage.

- Problèmes pour soutenir un rapport de contigüité.

- Problèmes pour former des métonymies mais pourra utiliser la métaphore.

 

3. L’aphasie de Wernicke :

 

Pour Jakobson, l’aphasie de Wernicke est un trouble de la relation interne. Chez ces patients, cette relation interne ou ce trouble de similarité est perturbé parce que les sujets ont des difficultés dans l’arrangement des unités de code suivant leur similarité.

Ces sujets sont à même de combiner des unités linguistiques, phonèmes ou monèmes, entre elles à l’intérieur d’un même message mais pas de substituer une unité par une autre sur la base de leur contraste ou de leur ressemblance.

Ils ont finalement perdu la capacité d’établir une équation entre les mots sur la base du code linguistique. Mais aussi sur une base sémantique parce qu’ils peuvent être des mots synonymes.

Les sujets de type Wernicke auront du mal à faire du métalangage (un formalisme conçu pour décrire rigoureusement un langage. Si le langage en question est décrit par une grammaire, la description de la grammaire est le métalangage. Un métalangage ne décrit pas seulement la syntaxe, il sert aussi à décrire la sémantique. Un langage qui est son propre métalangage pour la syntaxe et la sémantique est dit réflexif) : fait de parler du langage. Chez ces sujets, le trouble de similarité va poser un problème lorsqu’ils vont se trouver face à une consigne (mot consigne ou stimulus). Ils vont être incapables de nommer ou de dénommer simplement le mot ou l’objet qui leur est présenté, ou éventuellement de donner une expression équivalente.

Chez ces sujets, même la capacité de traduction va être perdue. Dans le cas où les patients auraient été bilingues, le code de correspondance entre les deux langues est perdu ou détérioré. Cela signifie que même cette capacité de traduction d’un sens à l’autre c’est perdu, aussi bien d’une langue à l’autre qu’à l’intérieur de la même langue.

Comme l’attention du patient se focalise sur la combinaison, sur la contigüité, il aura du mal à percevoir l’identité des choses compte tenu d’une certaine similitude. Même si on lui demande de répéter un mot, ça peut devenir compliqué, voire impossible, pour un sujet de type Wernicke.

Pour retrouver les unités, le sujet va utiliser des métonymies. Il saura les utiliser ce concept puisqu’il y a un rapport de contigüité au sein de la métonymie.

Chez le sujet atteint de l’aphasie de Wernicke, les mots vont être de plus en plus abstraits. Cependant, les unités de connexion qui sont purement analytiques vont être relativement conservées, vu que ce sont elles qui permettent de faire la continuité des phrases. Les mots qui ont une véritable signification pour comprendre le sens de la phrase vont progressivement disparaitre.

Le trouble aphasique constitue une difficulté à sélectionner les mots dans le lexique phonologique. Les patients vont donc se simplifier la vie et faire avec ce qui est le plus simple pour eux : juxtaposer au mot significatif quelque chose qui découlera de sa fonction (métonymie).

Le trouble de la compréhension chez ce type de patient, lorsqu’il va recevoir le message, organisé normalement, il va recevoir une combinaison de mots (un syntagme), mais il va être dans l’incapacité de sélectionner à l’intérieur de ce syntagme les mots référents/significatifs. Il ne pourra pas fractionner le syntagme pour pouvoir faire des sélections.

Il peut y avoir de l’anomie, une compréhension orale altérée et des répétitions.

Au stade initiale de la maladie, il peut arriver que le débit soit très excessif et excès du débit verbale qui fait que les patients sont anosognosiques. Cette absence de conscience de leur état amène les sujets à se mettre en colère parce qu’ils ne comprennent pas pourquoi les gens ne les comprennent pas.

On retrouve chez ces patients un signe : présence de surdité verbale. Il s’agit d’un trouble de la capacité d’identification et de reconnaissance des sons qui sont constitutifs du langage parlé. La compréhension du patient est tellement altérée, la répétition étant impossible, que tout ce qui est du coté du langage devient impossible : il entend donc une sorte de bourdonnement, cependant il peut reconnaitre des sons autres que la parole. On peut donc dire que chez les patients Wernicke, il y a un comportement similaire à celui des personnes sourdes. Cette surdité verbale parait comme un déficit auditif sélectif.

Il peut y avoir perte partielle de la vue (hémianopsie) : perte ou diminution de la moitié du champ visuel d’un œil ou des deux yeux.

Fluence : 5 à 6 mots en moyenne par phrase.

 

4. Examen clinique :

 

a. L’examen :

 

Le premier examen clinique ou de première intention a pour objectif d’obtenir au delà de la rencontre du patient, quelques informations, quelques données concernant le patient. Ces données sont d’ordre général : âge, sexe, situation familiale, etc. Mais aussi de pouvoir, dès cette première rencontre, évaluer les « performances linguistiques » du patient, c'est-à-dire d’évaluer le degré de sévérité de l’atteinte.

Les données générales sont :

- L’âge de survenu des troubles. C’est un facteur important dans le sens où si on a faire à une personne d’âge avancé, on peut se demander la pathologie qui est en cause.

- Latéralisation manuelle : droitier ou gaucher.

- Le niveau de scolarisation de la personne pour savoir quel est son niveau de pratique de la langue aussi bien à l’oral qu’à l’écrit.

- Quelle est la pathologie à la cause de l’aphasie.

- Eventuellement on pourra aussi définir si on voit d’autres signes cliniques qui pourraient révéler ou être la conséquence de la pathologie en cause. On parle de troubles associés à la pathologie en cause : déficits moteurs, mauvaise acuité visuelle, etc.

Il faut aussi tenir compte de facteurs appelés psychoaffectifs : est-ce que notre patient a une tendance dépressive, est-il anxieux, dépression post-traumatique, y a-t-il de son trouble aphasique sur son comportement… ? Ce facteur psychoaffectif va avoir une influence sur le pronostic de récupération. Il faut aussi se demander s’il prend un traitement médicamenteux.

Ce premier examen clinique va être réalisé quelques fois au stade initial de la maladie. Quelques fois le patient va voir le clinicien alors que sa maladie est déjà à un stade avancé. Il faut se poser la question de quelle va être l’évolution de l’aphasie : rapide, sévère, progressive, possibilité de récupération rapides, ­plus ou moins longues. Il faut aussi se faire une idée des forces et des faiblesses du patient.

Toutes ces informations vont nous aider à la mise en place d’un protocole de prise en charge. Dès la première rencontre il faut que la prise en charge soit thérapeutique : il faut qu’il y ait déjà un impact sur sa récupération. Pour cela il faudra que le thérapeute fasse preuve d’une analyse hypothético déductive.

Lors de la première visite il faut que le clinicien explique quel est l’enjeu de sa visite.

A la suite de ce premier examen on va tester les capacités orales du patient. On lui demande de raconter ce qui s’est passé. On va essayer de le faire parler, de voir dans quelle mesure on peut le comprendre, de voir son désir de communiquer, etc.

Il faut savoir si le patient a conscience de son état, quel est son degré d’informations sur la pathologie qui est entrain de l’affecter.

De plus on essayera de repérer toutes les éventuelles déviations qu’on a pu observer par ailleurs.

Il est intéressant de voir aussi le niveau de compréhension orale du patient. Eventuellement par la conversation, mais surtout en lui faisant des demandes bien précises.

Chaque signe est une information qui doit nous imprégner.

Après une éventuelle tache de dénomination d’objet, on peut voir si le patient est capable de faire de la répétition orale. On commence par des mots simples puis plus compliqués si le patient en est capable. Par la suite on peut aussi tester sa capacité d’écriture.

On peut de plus tester le langage automatique : jours de la semaine, chanter, etc. Ces tests permettent de déterminer si le patient a encore des repères temporels ou spatiaux. Ce n’est plus juste une évaluation linguistique, il est important de tester des capacités générales.

A la fin de l’entretien, il ne faut pas oublier de demander au patient s’il a des questions.

 

b. Tableau clinique :

 

 

Une fois que le tableau est fait, on pose un diagnostic.

Il faut faire apparaitre les points forts du tableau. Quel est l’axe qui semble majoritairement perturbé, type de pathologie vers laquelle on s’oriente, etc. Il faut savoir déceler les signes forts qui nous orientent vers une ou une autre pathologie. Pas de pronostic de récupération.



12/04/2013
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