Cours de psychologie

Les représentations sociales - Christine Bonardi et Nicolas Roussiau

 

Représentation : ensemble de contenus, de savoirs qui nous sont propres mais que nous partageons aussi avec autrui. Ensemble d’éléments fonctionnels articulés entre eux, qui est fédéré par un système cognitif qui dispose d’une logique et d’un langage particulier. « Elaboration psychologique complexe où s’intègrent, en une image signifiante, l’expérience de chacun, les valeurs et les informations circulant dans la société » (Herzlich).

Une représentation sociale est structure dynamique, évolutive, en reconstruction quasi permanente.

 

I. La notion de représentation sociale : origine et premiers développements.

 

Aperçu historique.

 

La représentation est avant tout un contenu de pensée, mais aussi un acte dynamique de création ou de recréation d’une réalité impossible sans cela à approcher.

Conscience collective : instance de contrôle qui possèderait une vie propre et rassemblerait, en un tout unifié et cohérent, des croyances, des sentiments, des souvenirs, des idéaux ou aspirations, et bien sûr des représentations qui sont partagées par tous les membres de la société. Transcende les divisions sociales pour former le ciment de la communauté, et en assurer la pérennité.

Les représentations collectives forment la base fondamentale des jugements humains.

Les représentations reflètent toujours le réel social et non l’activité individuelle (selon Durkheim).

Anthropologie : étude de toutes les sociétés humaines, c’est-à-dire des cultures de l’humanité tout entière dans leurs diversités historiques et géographiques.

Les représentations collectives participent à la fois de l’abstrait (c’est-à-dire d’une entité générale que l’on nomme société, mais aussi de tous les mécanismes psychologiques individuels, bref de tous ce qui ne peut être observé directement) et du concret qui est lui observable (on peut rendre compte de ce que sont les habitudes, les comportements, les actes des individus) (selon Mauss).

La représentation mentale individuelle conditionne la représentation collective et en permet l’émergence.

Un changement à un quelconque niveau d’une société humaine entraîne une évolution des structures sociales et des mentalités, donc forcément un changement dans les représentations collectives.

Les représentations sociales sont à l’œuvre dans un milieu plus restreint, petites structures ou classes sociales par exemple. Elles sont plus nombreuses, diversifiées, limitées et fragmentaires. Elles changent aisément. Elles sont soumises aux influences sociales.

Les relations entre individus favorisent la convergence des idées, le partage des représentations.

La position d’une représentation sociale n’est donc ni entièrement du domaine social, ni totalement du domaine individuel.

L’individu construit des représentations d’objets concrets qui forment le monde dans lequel il vit. En même temps il y a reconstruction par le contact avec l’environnement. Il ajuste sa représentation du fait même de ses rapports avec les membres des groupes auxquels il appartient.

 

Décrire et particulariser la notion.

 

Représentation sociale : forme de connaissance courante, de sens commun. Elle est socialement élaborée et partagée. Elle a une visée pratique d’organisation, de maîtrise de l’environnement et d’orientation des conduites et communications. Elle concourt à l’établissement d’une vision de la réalité commune à un ensemble social ou culturel donné.

La communication, dans ses différentes formes sociales, est un lieu d’élaboration des représentations.

Le système représentationnel possède 3 dimensions : un ensemble d’informations, une attitude générale, un champ de représentation. Le tout est dynamique et c’est cette dynamique qui résume au mieux la manière dont l’être humain s’approprie la réalité, la façon dont il passe du nouveau au familier.

Objectivation : transformer des éléments abstraits, complexes, nouveaux en images concrètes, signifiantes, que l’on peut concevoir clairement.

Ancrage : assimilation des conséquences de l’objectivation. Incorporer ce qui est nouveau dans le réseau de catégories qui nous sont propres. Permet de le confronter à ce qui nous connaissons déjà.

Les processus d’objectivation et d’ancrage se combinent dans le mouvement d’appropriation du réel, mais ils participent également à toute évolution ou transformation des représentations.

Les représentations sociales ont une fonction de savoir, d’orientation, identitaire et de justification.

 

Les premiers développements : la représentation sociale de la psychanalyse.

 

Pour qu’une représentation soit reçue et acceptée, elle doit correspondre aux normes, aux convictions et aux habitudes de pensée de chacun.

3 grands modes de communication : la diffusion (communique des effets mais non des résultats, sert de base pour construire les représentations sociales), la propagation (agit sur les conduites, quasi représentation sociale partagée et propagée), la propagande (représentation vraie à la conscience de tous, donne sens à la réalité et guide les attitudes et comportements des personnes).

 

II. Quelques apports fondamentaux en matière d’étude des représentations sociales.

 

Les modalités de recueil des représentations sociales.

 

Entretien non directif : l’interviewer se borne le plus souvent à énoncer un thème de départ puis à faciliter le discours de la personne interrogée.

Entretien semi-directif : cadré par un certain nombre de thèmes.

Question fermée : les possibilités de réponses admissibles sont données à la suite même de la question. Les sujets doivent répondre par oui ou par non à chaque question ou bien se positionner sur l’une ou l’autre des alternatives offertes.

Question à éventails de réponses : ensemble d’éventualités de réponses parmi lesquelles le sujet fait son choix, avec ou sans consignes strictes, ou réaliser un classement préférentiel ou hiérarchisé.

Question ouverte : les sujets ont la liberté de structurer et de développer comme ils l’entendent leurs propos, le chercheur se borne à poser la question et à fixer le support de la réponse.

Analyse documentaire : s’exerce sur des documents, mais aussi des films, des débats.

Association libre : le chercheur propose aux sujets un mot inducteur et leur demande d’y associer les termes qui leur viennent à l’esprit.

Approche monographique : investigation composite qui articule plusieurs méthodologies d’approche.

Planches inductrices : à partir de dessins évoquant un thème représentationnel, le chercheur questionne les sujets et recueille du matériel verbal.

Dessins et supports graphiques : les sujets sont à l’origine des dessins à partir desquels ils s’expriment.

 

La représentation « forme d’expression sociale et culturelle.

 

Les objets de représentation prennent corps dans la relation aux autres, à la société, et ces relations se matérialisent dans les objets individuellement décrits.

Les représentations sont en rapport avec le milieu social et culturel dans lequel baigne l’individu.

 

La représentation « résultante d’une dynamique sociale ».

 

L’environnement social de l’enfant affecte un sens et une valeur aux objets, il fournit ainsi à l’enfant des représentations socialement adaptées, il fait de celles-ci des moyens de communication, donc de socialisation.

La représentation est un produit du psychisme et également un produit culturel.

 

La représentation « forme de pensée sociale ».

 

Modèle idéaux d’explication causale : causalité segmentée (absence de fil conducteur dans l’explication), causalité circulaire (discours qui tourne en rond), causalité contingente (liens entre phénomènes simultanément présents dans le tissu social ou dans la pensée du sujet), causalité multiple (de multiples facteurs causaux sont évoqués pour expliquer le moindre phénomène social) et sursaturation causale (tous les phénomènes sociaux sont expliqués en usant d’un très petit nombre de causes).

Déviance : qui rapporte toutes les analyses de faits sociaux aux individus déviants.

Matérialisme : plus proche que la déviance du raisonnement scientifique, force à un travail d’analyse des raisons du phénomène examiné.

Indétermination : la terminologie joue sur les « on », les « ça, les « ils », ou la référence à « tout le monde ». La structure sociale y est plus présente que les capacités personnelles d’action.

Lorsqu’on se représente un objet, on cherche des explications causales et des raisons.

La représentation est dépendante des structures sociocognitives, discursive, anxio-cognitive et affectivo-cognitive dans lesquelles elle s’inscrit et à partir desquelles elle s’élabore.

Le seul dispositif de partage des représentations qui existe est la conversation quotidienne : construction et élaboration en commun, et impact des rôles et positions sociales de chacun des locuteurs qui influencent leurs représentations.

 

III. Aspects du contenu des représentations sociales : la problématique du noyau central.

 

Historique.

 

Noyau figuratif : structure décontextualisée produite par la sélection que réalise l’individu parmi certaines informations présentes dans son environnement social.

Noyau central : (Abric modifie le noyau figuratif) tout élément ou ensemble d’éléments, qui donne à une représentation sa signification et sa cohérence. Il organise la représentation, il conditionne le poids et la valeur pour le sujet, des autres éléments qui forment le contenu de la représentation. Dimension fonctionnelle (de l’action) et normative (de jugement). Elément unificateur et stabilisateur de la représentation.

La sélection des éléments les plus fondamentaux dicte celle de l’ensemble des autres éléments.

Si des modifications de ce noyau surviennent, il se transforme radicalement.

Economie cognitive : le sujet modifie le plus petit nombre possible d’éléments de la représentation. Touche les éléments périphériques mais non ceux du noyau central.

4 principes pour former le contenu représentationnel : préférence pour des éléments généraux ; un petit nombre d’éléments larges de préférence à une constellation de détails pour définir au mieux l’objet ; recherche d’éléments d’un poids informatif suffisant ; rapport entre ces éléments et les prescriptions normatives de la situation dans laquelle le travail d’élaboration a lieu.

 

A la recherche du noyau central : méthodes d’analyses et prolongements théorico-méthodologiques.

 

3 étapes de la recherche des éléments centraux :

- Etape procédurale : idée qu’un élément central tire ses propriétés fonctionnelles et son statut de ses rapports à l’ensemble de la structure. 2 types d’analyses : Analyse de similitude (évaluer les relations entre éléments à l’aide d’un indice de similitude qui précise le degré de proximité entre eux. On obtient des hypothèses fortes de différenciation du contenu représentationnel au moins en éléments centraux incontournables et éléments périphériques conditionnels, donc une bonne preuve de la validité du découpage du contenu des représentations) et Analyse prototypique et catégorielle (liste de mots que produisent les sujets à partir d’un terme inducteur proposé par le chercheur. On classe les éléments en 4 types : élément fort (fréquence d’apparition forte et rang d’apparition faible, noyau central), élément faible (fréquence d’apparition faible et rang moyen élevé, zone périphérique), fréquence forte et rang moyen d’apparition élevé ou fréquence faible et rang moyen faible (zone potentielle de changement). Ramène aux mêmes réflexions que l’analyse de similitude).

- Etape déclarative : ne tient pas compte d’un ordre d’utilisation spécifique des savoirs. On propose 3 taches successives, une tâche d’association continuée, expliquer les raisons des associations, statuer sur la relation inducteur/induit. Puis on calcule la valence.

- Etape qualitative (donne plus de poids aux procédures de choix des éléments centraux par leur généralité, leur poids informatif et leurs caractères normé et contextualisé). Le principe de réfutation comme méthode de détermination du noyau central d’une représentation, avec 2 techniques : la technique de mise en cause (pré-enquête pour sélectionner les éléments qui formeront la représentation, puis texte avec ces éléments et réfutation de l’un des éléments isolés lors de la pré-enquête, permet de voir si l’élément est important pour la représentation de l’objet ou non), et l’induction par scénario ambigu (pré-enquête pour sélectionner les éléments qui formeront la représentation, puis texte reposant sur la description ambiguë d’un objet de représentation. On juge si ce sont des éléments centraux ou périphériques, et on refait un texte ambigu mais on le termine par un scénario qui met en cause les éléments tour à tour). De quelques applications concrètes du principe de réfutation (on disposerait d’éléments centraux principaux et d’éléments centraux adjoints ou secondaires

Cognème : la plus petite unité cognitive, unité de base de toute élaboration théorique.

Pour organiser ses connaissances du réel, le sujet effectue des associations entre des éléments lexicaux par le biais d’opérateurs formels organisés en schèmes cognitifs de base. On dispose de 5 grandes familles de ces schèmes, comprenant en tout 29 opérateurs : praxie (12 opérateurs), attribution (8 opérateurs), lexique (3 opérateurs), voisinage (3 opérateurs), et composition (3 opérateurs).

Ce n’est pas parce qu’un élément présente la caractéristique quantitative d’être fortement associé à d’autres qu’il est central, mais c’est parce qu’il est central qu’il présente cette forte connexité.

 « Une cognition centrale renvoie à la représentation de l’objet tandis que la mise en œuvre de la représentation passe nécessairement par l’utilisation des cognitions centrales », Moliner.

 

La théorie du noyau central : bilan provisoire.

 

La centralité est une notion à la fois qualitative et quantitative. Fonction génératrice et fonction organisatrice.

Le système périphérique assume les fonctions de régulation, de défense et de concrétisation.

Un élément central peut avoir différents prolongements sémantiques dans la périphérie. Mais l’activation sémantique peut également renvoyer à un thème nouveau qui pourrait générer une nouvelle représentation.

 

IV. Dynamique et évolution des représentations sociales.

 

Etude de la dynamique représentationnelle : le cas des principes organisateurs.

 

La fonction d’une représentation sociale est d’articuler divers systèmes explicatifs, opérant à différents niveaux. Et cette articulation doit avoir un fil conducteur.

Doise propose une approche tridimensionnelle : les processus individuels se matérialisent dans les prises de positions, ces prises de positions amènent à l’appartenance ou insertion de l’individu dans le tissu social, et la diversité de ces prises de positions est conditionnée par un soubassement commun à de nombreux individus. Objectivation et ancrage sont redevables du social.

Hypothèse que les individus possèdent des informations communes ou jugent de même certaines informations sociales. On met en évidence connaissances objectivées et bases organisationnelles de ces connaissances, puis on traite de leur ancrage.

La théorie du noyau central s’attache à la structuration de la représentation, en dégageant ce qui est commun aux individus et qui formera la base de la représentation. La théorie des principes organisateurs s’attache à démontrer les points communs à des groupes d’individus.

 

Comment les représentations évoluent-elles ?

 

Affirmer l’efficace quotidienne des représentations sociales, c’est les corréler aux conduites individuelles et sociales.

Pratique sociale : système complexe d’action finalisé par et pour des groupes sociaux.

Avec les pratiques sociales, 3 types de transformations peuvent avoir lieu : transformation brutale quand les pratiques mettent en cause le système central, transformation résistante quand les pratiques sont en contradiction avec la représentation, et transformation progressive lors que des pratiques anciennes ne sont pas en contradiction avec la représentation.

Le mouvement se fait par 4 types de schèmes : schèmes dormants présents dans la représentation mais non activés par manque de pratique, schèmes éveillés qui rendent compte de l’univers sémantique des sujets non opposés à l’application de nouvelles pratiques, schèmes actifs qui sont activés par les sujets qui appliquent de nouvelles pratiques, et schèmes néo-normaux qui posent de nouvelles pratiques qui sont différentes mais normales.

Un acte qui engage le sujet et qui est contraire à ses convictions, est déclencheur d’un processus de rationalisation, de modification comportementale et cognitive.

Situation de soumission forcée : l’acte réalisé est problématique, contraire aux convictions du sujet.

Situation de soumission sans pression : l’acte réalisé n’est pas problématique.

Sous l’impact d’un acte engageant, les comportements et opinions changent, donc les représentations aussi.

La communication est indissociable de la représentation, car c’est dans la dynamique interindividuelle qu’elle acquiert sa dimension sociale.

Influence majoritaire : la source d’influence est majoritaire, l’impact est direct et immédiat mais ne dure pas, le sujet cherche à se rapprocher du groupe le plus gratifiant.

Influence minoritaire : la source d’influence est minoritaire, l’impact est indirect et différé mais ses effets sont durables, le sujet adopte une prise de connaissance il converge.

 

 

► Très bon livre, un récapitulatif des cours et un complément (livre de la prof Mme Bonardi). Recommandé.



18/05/2013
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