Cours de psychologie

Le théâtre latin (UEL) (suite 3)

VIII. Cours du 21 mars 2012.

 

 

1. Histoire de Thèbes :

 

Selon la légende, Zeus tomba un jour amoureux d’Europe, fille du roi phénicien Agénor et de la reine Téléphassa. Pour éviter la jalousie de son épouse, Héra, Zeus prit l’apparence d’un taureau blanc, puis enleva Europe et l’emmena jusqu’en Crète. Agénor envoya alors ses fils à sa recherche, avec ordre de ne pas revenir avant de l’avoir retrouvée. Téléphassa elle-même les accompagna.

Après un long et vain périple qui l’avait conduit à Rhodes et en Thrace, l’un des fils, Cadmos arriva en Phocide. Il se rendit à Delphes pour demander conseil à la Pythie. Celle-ci lui ordonna de renoncer à ses recherches, de suivre la première vache qu’il rencontrerait et de fonder une ville là où elle s’arrêterait. Cadmos obéit, et la vache le mena jusqu’en Béotie. Cadmos décida alors de la sacrifier à Athéna. Il envoya plusieurs de ses compagnons chercher de l’eau pour le sacrifice, mais un dragon les massacra presque tous. Cadmos, furieux, le combattit et le tua. Athéna lui apparut alors, et lui conseilla de semer les dents du dragon. A l’endroit où il sema les dents, des hommes armés surgirent de terre. On les appela Spartes en raison de la manière dont ils avaient été créés. Cadmos, surpris de leur apparition, leur jeta une pierre, et chacun croyant que la pierre avait été lancée par un des autres, ils s’entre-tuèrent. Seuls cinq survécurent : Échion, Udéos, Chthonios, Hypérénor, et Péloros. Cadmos fonda avec eux une ville du nom de Cadmée, là où ne se trouvaient auparavant que quelques bourgs épars.

Bien des années plus tard, Amphion et Zéthos tuèrent leur oncle Lycos, le régent de la cité, et prirent le pouvoir. Ils bâtirent alors une autre ville, en dessous de la Cadmée, et ils fortifièrent le tout en érigeant autour un rempart percé de sept portes. Ils nommèrent cette deuxième ville Thèbes, en l'honneur de Thébé, une nymphe, fille du dieu fleuve Asopos qui coulait près de la cité (qui épouse Zéthos, et Amphion se marie à Niobé, fille de Tantale, cette dernière voit ses enfants, 12 ou 14 selon la légende, massacrés par Apollon et Artémis, dont elle avait offensé la mère, Léto). La légende veut que pour bâtir le mur, Zéthos soulevait péniblement les pierres, alors qu'Amphion les soulevait sans peine, uniquement grâce au son de sa lyre.

Thèbes aurait également eu comme roi le fameux Œdipe, qui aurait délivré la cité de l’oppression du Sphinx, après avoir tué accidentellement le précédent roi, Laïos, qui était son père sans qu’il le sache. Il obtint en récompense la main de la reine Jocaste, sa mère. A cause de ce double crime, inceste et parricide, la ville aurait été maudite, frappée par une terrible épidémie de peste, qui n’aurait disparu qu’après le départ d’Œdipe.

L’Iliade rapporte une première expédition contre Thèbes, dans le cadre d’une guerre de succession entre les descendants d’Œdipe, menée par Polynice contre son frère Étéocle, à laquelle Mycènes et Argos auraient participé, la « guerre des sept chefs » ; hormis le double exploit sanglant de Tydée (IV, 377-397), ce fut un échec, causé par l’impiété des sept chefs. Au cours d’une seconde expédition, la ville aurait été détruite par les Épigones, peu avant la guerre de Troie (IV, 406-409), ce qui expliquerait qu’elle ne figure pas dans la liste des cités ayant combattu contre Troie (cf. le Catalogue des vaisseaux, chant II de l’Iliade). Dans l’œuvre homérique la ville est dite « aux sept portes ».

 

Héraclès est né à Thèbes.

 

a. Le collier d’Harmonie :

 

Dans la mythologie grecque, le collier d'Harmonie est un présent de Cadmos, roi de Thèbes, à son épouse Harmonie, fille d'Arès et d'Aphrodite. Il joue ensuite un rôle fatal dans l'histoire de Thèbes.

Zeus donna pour épouse à Cadmos (roi de Thèbes) Harmonie, fille d'Arès et d'Aphrodite, et tous les dieux assistèrent à la noce. Pour l'occasion, Harmonie reçut de nombreux présents. Héphaïstos avait réalisé à la demande de Cadmos un collier qu'il lui donna lui-même, tandis que les Charites lui offrirent un péplos. Le collier passa de mains en mains entraînant pour ses propriétaires successifs de funestes destins.

Ainsi, Polydore, fils de Cadmos et Harmonie, remit le collier à son fils Labdacos dont son fils Laïos hérita. C'est l'épouse de ce dernier, Jocaste qui le porta. Mais à la mort de Laïos, elle épousa son propre fils, Œdipe, de qui elle aura quatre enfants, deux garçons Étéocle et Polynice et deux filles Antigone et Ismène.

Le collier devint alors la parure d'Argie, fille d'Adraste, l'épouse de Polynice, qui avait reçu le bijou de sa mère et qui l'offrit à sa femme en cadeau de noces.

Polynice, en désaccord avec son frère Étéocle pour la succession au trône de Thèbes, réunit autour de lui plusieurs héros afin de lui reprendre la ville, et notamment Amphiaraos marié à Ériphyle, que Polynice soudoie avec le collier d'Harmonie, afin qu'elle persuade le héros de prendre part à la guerre des sept chefs.

Sachant qu'aucun des Sept, à l'exception d'Adraste, n'en reviendrait vivant, Amphiaraos part à regret, non sans avoir auparavant ordonné à ses enfants de venger sa mort en tuant leur mère et en organisant une seconde expédition contre Thèbes. Il attaque Thèbes mais il est repoussé, et, alors qu'il s'enfuit, il est englouti dans un gouffre que la foudre de Zeus avait ouvert dans le sol.

Après la défaite des Sept chefs qui périssent devant Thèbes, Argie va avec Antigone, sa belle-sœur, rendre à Polynice les derniers devoirs, et est, comme elle, mise à mort par ordre de Créon.

Sur l'ordre de son père Amphiaraos, Alcméon prit la tête de la seconde expédition, nommée expédition des Épigones, il s'empara de Thèbes. À son retour, toujours pour exécuter les ordres de son père, il vengea ce dernier en tuant sa propre mère (selon certaines sources, le parricide précéda l'expédition) : à cause de ce meurtre, il fut poursuivi de lieu en lieu par les Érinyes. À Psophis, en Arcadie, il fut en partie purifié par Phégée, dont il épousa la fille, Arsinoé (ou Alphésibée). C'est à elle qu'il donna le collier d'Harmonie qu'il avait récupéré sur le corps de sa mère, Ériphyle, après l'avoir tuée.

Mais la terre devint stérile et Alcméon partit à la recherche d'un pays où le soleil n'avait jamais brillé lorsqu'il assassina sa mère. Il le trouva sur une île nouvellement surgie à l'embouchure de l'Achéloos, entre l'Acarnanie et l'Étolie. C'est là qu'il épousa Callirrhoé, une fille d'Achéloos. Elle aussi lui demanda le collier d'Harmonie et Alcméon l'obtint de Phégée sous un prétexte fallacieux. Mais les frères d'Arsinoé lui tendirent une embuscade et le tuèrent, puis ils enfermèrent leur sœur dans un coffre parce qu'elle protestait, et ils la vendirent comme esclave.

Acarnan et Amphotéros, les fils d'Alcméon et de Callirrhoé, vengèrent leur père en tuant Phégée et ses fils ; le collier fatal fut consacré à Apollon à Delphes.

 

Une tradition tardive dit qu'il avait été volé par un Phocidien lorsque la Phocide était en guerre contre Philippe II de Macédoine, et qu'il avait porté malheur au voleur.

 

2. Tragédies :

 

Observation du tableau : omniprésence des héros de la mythologie grecque : organisation par cycle et selon une chronologie.

Les tragédies ou fabulae ont pour argument des récits mythologiques ou fabulae. Etant donné l’origine du théâtre à Rome, la tragédie est une histoire mythologique tramée dans un spectacle romain, chants et danse. Or, en 240 av. J.-C., date de la composition de la première fabula, la mythologie grecque est omniprésente dans le bassin méditerranéen et au-delà : cf. Étrusques, Grande Grèce, Orient après les conquêtes d’Alexandre.

À Rome, hellénisation des hautes classes de la société : bilinguisme (cf. nourrice et pédagogues grecs : ex. César, les Scipions et Polybe) : symbole de culture et preuve de la supériorité des Romains capables d’assimiler la culture des Grecs puissants du passé sur la Grèce dégénérée actuelle en passe d’être totalement conquise (143 av. J.-C.) ; recherche de mythes de fondation à la grec (cf. Romulus puis Énée).

Mais aussi hellénisation des basses classes par le biais des marins, commerçants, soldats mercenaires, main d’œuvre spécialisée grecque, objets : statues, peintures publiques, mobiliers, objets familiers, lampes, vases

>> Une complicité culturelle : cf. les multiples allusions de la comédie,  ex. le monologue de triomphe de Chrysale. Mais aussi passage dans le langage courant et les idées de tous les jours : dans les discours de l’avocat Cicéron : la Médée du Palatin désignant Clodia dans le Pro Caelio ou du même, introducteur des philosophies grecques à Rome, prenant ses exemples dans la mythologie grecque tirée des tragédies romaines pour son traité des passions (Tusculanes) >> la tragédie est un spectacle des passions mythologiques.

Pas de conflit avec la religion romaine non dogmatique et non révélée mais ritualiste ; les dieux grecs sont différents des dieux du rituel romain (ex. le héros déifié Hercule)

Depuis les Grecs, habitude de donner un sens symbolique et allégorique physique, moral ou psychologique à la mythologie ; ces sens sont devenus des lieux communs (Cérès = blé, Dionysos = vin, Vénus = amour), des banalités, et n’offrent pas de leçons édifiantes originales.

Écrire une tragédie, c’est donc manipuler des histoires, des personnages, des situations, des passions, mais aussi des interprétations moralisantes ou philosophiques connues de tous. Le public n’attend pas sur ce sujet, d’innovations, mais il attend une performance nouvelle, comme un nouveau numéro de cirque, encore plus spectaculaire, recherche la virtuosité du langage.  

 

Hellénisation par objet (statue, peinture, mobilier…).

Le grec est la langue maternelle des riches romains. Quand César meurt, ces derniers mots furent prononcés en grec. Les enfants riches étaient élevés par des nourrices grecques, donc les premiers mots étaient grecs. Les romains étaient donc bilingues.

Et en 143 av JC, la Grèce est une province romaine (la conquête a commencé dès 250 av JC).

Jusqu’à Cicéron, les écoles d’éloquence sont en grecque : on montrait que les romains étaient supérieurs car ils étaient capables de tout assimiler.

 

Cicéron a introduit à Rome les philosophies grecques : pour son Traité des passions, il a utilisé les mythologies grecques et les tragédies romaines.

La tragédie est la passion des mythologies (ce que l’on subit).

Les grecs donnaient des sens allégoriques aux mythologies, que l’on retrouve dans les tragédies romaines.

Donc, il s’agit de manipuler l’histoire, les personnages, les interprétations → tragédie. La seule innovation est dans la performance. Spectacle dans les mots.

 

Il y a des différences entre les tragédies grecques et romaines :

  - Grecques : mythe et politique, on s’interroge sur le monde, le bien et le mal. Les pièces étaient jouées autant au théâtre qu’à l’assemblée. Les acteurs sont des citoyens.

  - Romaines : c’était un jeu joué par des esclaves, un spectacle « l’acteur est un danseur de mots, un musicien de sens ».

Pour les Grecs, la tragédie est mythique et politique ; par le mythe, la cité s’interroge sur elle-même, dans un lieu où ont lieu aussi bien les spectacles de théâtre que les séances de l’assemblée démocratique, où le spectateur est aussi acteur de la vie politique. A Rome, la tragédie est un jeu, un spectacle ludique de musique, chant et danse, l’acteur est un danseur de mots, un musicien du sens.

Un exemple, l’Œdipe-roi de Sophocle et l’Œdipe de Sénèque : un même argument. Vers 430 avant J.-C, lorsque Sophocle (495-406 av. J.-C.) s'attaque à la légende d'Œdipe, celle-ci appartient depuis longtemps à l'univers culturel grec. Déjà évoqué par Homère, Hésiode et Pindare, le roi de Thèbes coupable d'avoir tué son père et épousé sa mère a fait l'objet de plusieurs épopées et tragédies aujourd'hui perdues, comme la trilogie d'Eschyle : Laïos, Œdipe et Les Sept contre Thèbes. Mais bien qu'il n'en reprenne qu'une partie, c'est le dramaturge athénien qui fonde véritablement le mythe avec son Œdipe roi, puis son Œdipe à Colone.

 

Tragédie palliatae : costume grec, les pièces les plus nombreuses, que l’on nomme aussi Cothurnatae (qui désigne le nom des chaussures).

Tragédie praetextae : en costume romain, il ne reste qu’une pièce L’Octavi.

 

Cycle argien : héros d’Argos, évènements après Homère.

Les pièces tragiques reconstruisent l’histoire mythologique par chronologie.

 

a. Œdipe :

 

Œdipe, de Sophocle (vers 430 av JC) → grec.

Œdipe, de Sénèque (vers 50 ap JC) → romain.

 

On trouve déjà Œdipe chez Homère (8s av JC).

Eschyle avait écrit un Laios, un Œdipe, et Les 7 contre Thèbes.

Sophocle ne reprend qu’une partie mais fonde le mythe d’Œdipe.

 

L’histoire :

 

Europe, fille d'Agénor et sœur de Cadmos fut enlevée par Zeus qui était amoureux d'elle, il avait pris la forme d'un taureau. Agénor envoie son fils à la recherche de sa sœur. Au cours de leurs recherches, il fonde plusieurs villes dont Thèbes. L'oracle de Delphes avait prédit à Cadmos de suivre une génisse qui devrait le conduire vers le lieu de fondation d'une cité. La génisse s'effondra en Béotie, la ville fut appelée Thèbes et Cadmos devint le premier roi de Thèbes. Il épousa Harmonie, fille d'Arès et d'Aphrodite et il eut trois enfants. Laïos est son arrière petit-fils. Laïos, devenu roi de Thèbes à la mort de son père Labdacos, a commis une faute grave : il a fait enlever Chrysippe, fils de Pélops (fils de Tantale) ; Sa colère et celle d'Héra, gardienne des devoirs du mariage décident de le punir en lui interdisant d'avoir des enfants (ils le maudissent). Peu de temps après, marié à Jocaste, s'étonnant de leur union stérile, Laïos va consulter la Pithye à Delphes et par trois fois elle lui aurait dit qu' en expiation de son crime (l'enlèvement de Chrysippe), il ne devait pas avoir d'enfant sinon celui-ci le tuerait et serait à l'origine d'une série de malheurs qui s'abattraient sur toute sa famille.

Laïos, n'en tint pas compte, mais lorsque Jocaste mit au monde un garçon, il prit peur, fit percer les pieds de l'enfant (en grec, Oidipous signifie "aux pieds gonflés") et le fait exposer (c'est-à-dire "abandonner à son sort"). Mais le berger chargé de cette mission confie l'enfant à un collègue corinthien qui le transmet au roi de Corinthe Polybe et à sa femme Mérope. Sans descendance, ces derniers adoptent l'enfant. Les années passent. Devenu adulte (ou adolescent), Oedipe apprend par une indiscrétion qu'il n'est pas le fils de ses "parents" (quelqu’un le traita de bâtard). Il part interroger l'oracle de Delphes. Mais Apollon ne répond pas à la question posée ("qui sont mes parents ?"). Par contre, il avertit Oedipe qu'il couchera avec sa mère et tuera son père. Oedipe décide alors de ne jamais rentrer à Corinthe.

Sur la route de Thèbes, il croise un voyageur. Une querelle éclate et Oedipe tue l'inconnu. C'est évidemment Laïos. Arrivé aux abords de Thèbes, il apprend qu'un monstre, le Sphinx (envoyé par Junon), ravage la région et dévore ceux qui ne peuvent répondre à ses énigmes. Oedipe triomphe du Sphinx et Créon, frère de Jocaste, lui donne sa sœur en épouse et le royaume. Jocaste donne naissance à deux fils et deux filles.

Dix ans après, une épouvantable épidémie frappe Thèbes. L’oracle déclare que les thébains sont punis pour ne pas avoir vengé l’assassinat de leur défunt roi Laïos. Œdipe découvre ainsi sa naissance et son crime. Jocaste se pend, et Œdipe se crève les yeux.

Il est chassé de la ville par ses fils. Aidé d'Antigone puis d'Ismène, mendiant, banni, il demande asile à Thésée, roi d'Athènes. Il le fait s'installer à Colone (ville où est né Sophocle). Il assume assez bien son sort d'autant qu'il est persuadé qu'il a subi les crimes bien plus qu'il ne les a commis. Etéocle refuse de céder la place à son frère aussi, Polynice et Créon, viennent-ils le solliciter pour avoir son appui. Mais il refuse. Il demande à Thésée de ne jamais restituer son corps aux Thébains après sa mort. Ayant entendu les signes de sa mort prochaine (tonnerre), Oedipe se retire pour mourir seul. Il se purifie et la terre s'ouvre pour l'ensevelir.

 

Selon Homère, Œdipe et Jocaste n’ont pas d’enfants, car Jocaste se suicide et Œdipe se remarie et à ce moment-là il a 4 enfants.

 

Explications :

 

Suivant les connaissances antiques, Œdipe se conduit comme un animal. Il marche de travers, et dès sa naissance il est voué à la sauvagerie.

Chez les grecs, il y a une opposition entre l’homme civilisé et l’homme sauvage.

Donc, dualité, la peste ravage quand l’homme sauvage doit être chassé.

A Athènes, il existait une institution, l’ostracisme, qui consistait par un simple vote à la majorité à exiler les gens qui mettaient en péril la démocratie (480 av JC). C’est rattaché à un ancien rituel, le Pharmacos (bouc-émissaire) qui expulsait deux personnes pour éviter la souillure.

Sophocle établi corrélation entre Pharmacos et Ostracisme, avec Œdipe en tyran, souillé, et bon roi.

 

Cet Œdipe ne peut être compris à Rome car il n’y a pas de démocratie ni d’ancien rituel.

Morale : tiraillé par le destin.

Chez Sénèque, on retrouve le tyran mais maître de ses passions.

Sénèque écrit à l’époque de Néron. L’argument offre à l’auteur une succession de tableaux :

  - Œdipe seul tremblant devant la peste.

  - Jocaste se poignarde.

  - Œdipe s’arrache les yeux (gore) et il cherche seul la sortie de la ville.

Egalement trois tableaux pour connaître la vérité :

  - Consultation de la Pythie par Tirésias (devin aveugle).

  - Consultation dans les entrailles des animaux sacrifiés (typiquement romain).

  - Appelle les morts.

Œdipe refuse d’y croire jusqu’à ce qu’on lui dise que Jocaste est sa mère.

Transformation d’Œdipe en monstre : comment va-t-il le devenir ?

 

L’interprétation du récit mythologique dans l’Œdipe roi de Sophocle : Présence cachée parmi les hommes civilisés d’un être sauvage. Sa part de sauvagerie consiste dans le fait qu’il n’appartient pas au temps humain généalogique, grâce à une reproduction maîtrisée par le mariage ; à la différence des hommes, les animaux ne se marient pas et font des petits avec n’importe lequel de leurs parents. Œdipe à sa naissance est voué à la sauvagerie  sur le mont Cithéron.  La prédiction n’est pas un destin, c’est une façon de dire qu’il doit être rejeté dans la sauvagerie ou tué. La dualité du roi éclate quand la peste ravage Thèbes. Les dieux n’acceptent pas la présence d’un non-homme dans le groupe humain qu’ils protègent. L’homme souillure doit être chassé, non par punition, mais pour sauver Thèbes. Or, à Athènes, existe l’institution de l’ostracisme comparable au rituel archaïque du pharmakos, le bouc-émissaire. Le premier jour de la fête des Thargélies, on expulsait, pour prévenir tout risque de peste deux pharmakoi, deux hommes, afin de purifier la cité de toute souillure avtnle renouveau du printemps. L’ostracisme, permet, sans jugement, sur simple vote de l’assemblée au moyen d’un ostrakon, d’expulser tout homme jugé dangereux pour la cité par sa puissance. La tragédie de Sophocle établit une corrélation entre le rite du Pharmakos et l’ostracisme en créant le personnage d’Œdipe, à la fois bon roi et souillure en passant par l’étape du tyran.

À Rome, dans une cité non démocratique, l’expulsion rituelle du bouc émissaire et l’ostracisme ne peuvent être compris. D’autre part, l’interprétation morale, drame de l’homme foudroyé par le destin ou ses passions, par ex. celle du pouvoir, et qui de meilleur devient le pire, sens édifiant est toujours possible : chez Sénèque, condamnation de la colère du tyran, qui n’étant pas maître de ses passions, n’est pas digne d’être le maître de la cité. Mais ce n’est pas l’essentiel dans des ludi scaenici. L’Œdipe de Sénèque présente un succession de tableaux qui culminent avec la dernière scène : Œdipe, aveugle, les orbites dégoulinant de sang, avance en titubant, cherchant seul la sortie de la ville, en croyant à chaque pas heurter le cadavre de Jocaste, suicidée à côté de lui. Dans le premier tableau, Œdipe est seul tremblant, écrasé de peur, devant la peste de Thèbes dont il se croit coupable en raison de la prédiction. Trois tableaux terrifiants rythment son enquête sur lui-même, directement issus de la culture romaine : le consultation de la Pythie (tradition poétique), la consultation par un haruspice des entrailles de deux animaux sacrifiés (religion romaine), l’évocation des morts (tradition poétique) et deux scènes de reconnaissance, celle qui l’oppose au serviteur de Laïos et au berger-messager qui l’a donné à Mérope, cinq scènes où il refuse de se voir tel qu’il est jusqu’à ce qu’il sculpte son propre visage en s’arrachant les yeux avec les ongles et retourne au Cithéron, le lieu de la sauvagerie. Ce que la tragédie romaine donne surtout à voir et à entendre, c’est la transformation spectaculaire d’un homme en monstre.

 

b. Les auteurs :

 

Livius Andronicus :

(284 ? – 204 av JC).

 

D’après des auteurs qui l’ont cité car nous n’avons aucune de ses pièces.

3 pièces sur la chute de Thèbes. On lie ces pièces à la situation politique de Rome (sens global). Rome se donne une antiquité par des moyens nobles.

Donc, les pièces grecques triomphent par ruse et cruauté, et Rome est noble car venge Troie.

 

Ajax au fouet : Ajax privé des armes d’Achille par Ulysse, fait un carnage.

Présentation négative des grecs.

Achille : mort au combat, son fils arrache le roi de Troie et l’immole.

Pirus est descendant d’Achille, mais Rome a écrasé Pirus.

Ino : transformée en déesse marine (l’écume blanche).

Les romains honorent une déesse Matermatouta (matin blanc), c’est la même déesse. Son fils est également transformé en dieu, à Rome aussi.

Danaé : Cette dernière avait été enfermée dans une tour par son père, Acrisios, le roi d'Argos, car il avait appris d’un oracle qu’il serait tué par son petit fils. C’est alors que Danaé reçut la visite du dieu Jupiter, qui se présenta à elle sous la forme d’une pluie d’or. De cette union naquit un fils, Persée. Acrisios, effrayé par la prédiction de l’oracle, renonça toutefois à les tuer, mais décida néanmoins de les enfermer dans un coffre et de les jeter à la mer. Les deux naufragés parvinrent cependant à s’en sortir : le coffre s’échoua sur l’île de Seriphos, et ils furent sauvés par le frère du roi, un pêcheur nommé Dictys (ce qui veut dire ‘filet’.), qui décida de leur offrir le gîte et le couvert.

Volonté de montrer le lien entre tous les mythes.

Rituel d’expiation : jeu scénique.

Andromède : victime expiatoire, devait être livrée à un monstre marin pour protéger la région, mais Persée vint la sauver sur un cheval volant.

Importance du pathétique.

 

Importance des relations avec les événements contemporains ; des origines troyennes de Rome (cf. généalogie) et des migrations italo-helléniques :

   - La folie s’empare du plus vaillant des Grecs à cause de la perfidie d’Ulysse ; les parjures de la Grèce préparent l’élévation de Rome, descendant du troyen Énée.

   - Le sacrilège de Néoptolème arrachant Priam de l’autel et le tuant dans le sanctuaire justifiait la malédiction et la défaite de Pyrrhus (descendant de Néoptolème) et la revanche de la race troyenne sur celle d’Achille (Terzaghi 1925).

   - La déesse Ino était honorée à Rome, sur le Forum Boarium, sous le nom de Mater Matuta. Plus exactement, les Romains, à cause d'un trait rituel commun et peut-être de la notion de blancheur, interprétèrent leur déesse Mater Matuta en Ino-Leucothéa et transportèrent toute la légende de celle-ci sur celle-là, Matuta se trouvant chargée du rôle de mère de Portunus assimilé lui-même à Mélicerte-Palaemon (d'après G. Dumézil, La Religion romaine archaïque, Paris, 1966, p. 255-256).

   - Danae et Persée, abandonnés sur la mer dans un coffre abordent sur la côte du Latium ; Danae épouse Pilumnus et fonde avec lui la ville d’Ardée.

Volonté d’observer une continuité et une cohérence narrative, de montrer, comme un historien, les causes lointaines et immédiates ainsi que les conséquences ; liens des cycles entre eux :

   - Achille chez le roi Lycomède à Scyros, prélude à la destinée de Troie (la fille du roi, Déidamie est la mère de Néoptolème).

   - Malédiction pesant sur les Atrides (origine le géant Atlas> Oenomaus > Hippodamie+Pélops, fils de Tantale en Lydie orientale, > Atrée > Agamemnon > Iphigénie ; Ménélas > Hermione ; Thyeste > Egisthe), cause lointaine de la guerre de Troie : retour et meurtre d’Agamemnon.

   - Histoire du  mariage malheureux de Néoptolème et de son retour de Troie (cf. affaires d’Illyrie et d’Epire).

   - Thèbes, la cité mère des Bacchantes (Soph., Ant., v. 1122), enfante par Jupiter uni à Sémélé, fille de Cadmos, Dionysos. Ino,  fille de Cadmos et sœur de Sémélé est l’épouse d’Athamas (lien avec Jason et les Argonautes par la toison d’or).

   - Lien de Térée avec Thèbes dans la mesure où la Thrace est convertie au culte de Dionysos (Procné reçoit des nouvelles de sa sœur grâce à la robe brodée par cette dernière et offerte lors des fêtes bachiques).

Goût pour les représentations spectaculaires selon un rite ordonné (les épisodes de folie, les monstres, les sacrifices, les meurtres, les drames guerriers: Ino, Térée) : corporalité rituelle et sacrale ; pathétique grandiose et souffrance féminine (Andromède).

 

Naevius :

(264 – 201 av JC).

 

Hesiona : Elle fut offerte en sacrifice pour apaiser un monstre marin envoyé par Poséidon pour ravager Troie, après que son père, le roi de Troie Laomédon, l’eut floué. Héraclès proposa de tuer le monstre en échange des chevaux immortels que reçut Tros le père de Laomédon suite à l’enlèvement de Ganymède. Héraclès sauva Hésione, mais encore une fois Laomédon ne s’acquitta pas de sa dette. Pour se venger, Héraclès, en compagnie de Télamon, monta une expédition punitive de dix-huit navires contre Troie. Suite à sa victoire, il tua Laomédon et ses fils, offrit Hésione à Télamon et lui permit de sauver un de ses frères. Celle-ci choisit Priam. De Télamon, Hésione enfanta Teucros.

Parjure de l’ancêtre de Priam.

Tout ce qui est grec est empire du mal, Rome monde du bien. Spectacle théâtral qui montre l’envers du monde romain.

Histoire de Acestès, qui était le fils d’Anaes (ou Segeste, fille de Phoenodamas) qui fuya Troie pour éviter le sort d’Hesiona, à savoir être livrée au monstre marin.

Iphigénie : servante de la déesse Artémis, il retrouve son frère Oreste qui sera purifié en arrivant à Rome.

Lycurgue : roi qui refuse d’instaurer le culte de Dionysos (Naevius était peut-être de Campanie, où origine du culte Bacchus/Dionysos).

Approche positive du Dionysos contre aristocratie romaine.

 

Aemulatio manifeste avec Livius. Le but de l’auteur tragique est de créer une performance nouvelle. Mêmes caractéristiques générales.

  - Le sujet d’Hesiona rappelle les parjures de Laomédon, il permet de remettre en mémoire l’histoire de Ségeste, l’alliée sicilienne qui avait contribué à la victoire romaine, puisque son héros éponyme, Égeste, était le fils de la troyenne Egeste, venue en Sicile où elle épousa le dieu-fleuve Crimisos, pour éviter le sort réservé à Hesiona et aux autres jeunes gens de Troie.

  - Oreste, accompagné de sa sœur, serait venu jusqu’aux bords du lac de Némi, à Aricie, apportant avec lui la statue miraculeuse dont Iphigénie était la desservante. On montrait au pied du Capitole le tombeau d’Oreste.

Sauf : Approche positive du dionysisme dirigée contre l’aristocratie et remettant en cause la religion traditionnelle et l’État : Triomphe de Dionysos sur le roi de Thrace (courant dionysiaque attesté en Italie centrale dès le III° av. J.C.).

 

Ennius :

(239 – 169 av JC).

 

Jeux néméens : « Je suis prise, enfermée dans une enceinte ; de tous côtés on me pourchasse », désigne la fille de Mnémée. Pathétique.

« La donner vivante à une bête qui lui serve d’époux », situation pathétique, renvoie à un oracle qui a recommandé à Adrax de marier ses filles au sanglier et au lion.

Les Jeux Néméens ou La Néméenne © [Eschyle ?] ; cf. Apollodore, Bibl., 1, 8, 2 ; 3, 6, 3 ; Hygin, Fab., 73-74 ; Stace, Theb., V, 494 et suiv.).

Jeux Isthmiques : Jeux fondés par Adraste en l’honneur de Opheltes (= Archémoros), le fils du roi Lycurgue de Némée, fils laissé sans surveillance par Hypsipyle (fille de Thoas roi de Lemnos et petite-fille de Dionysos et d’Ariane) et tué par un serpent. Jeux remis en honneur par les Romains.

1 : il pourrait s’agir de Hypsipyle (petite-fille de Dionysos et ayant eu deux fils de Jason)  menacée d’un châtiment par le roi de Némée Lycurgue>> liens des cycles (Thèbes, Dionysos et les Argonautes) et personnages féminins pathétiques

2 : fragment énigmatique : renverrait à l’oracle qui recommande à Adraste de marier ses filles à un sanglier et à un lion (cf. Tydée et Polynice). Dans ce cas, pecus devrait être employé sur un ton ironique comme Ovide, Contre Ibis, 455 : inque pecus subito Magane uertere Parentis (ou les dauphins de Livius, lasciuum Nerei pecus ludens). >> Goût pour les prodiges et les énigmes.

 

Alcmeon : cité par Cicéron :

« La colère doit avoir son ton propre, aigu, rapide, très coupé… Pour éveiller la pitié et la tristesse, il faut un autre ton, souple, large, coupé par des sanglots… La crainte s’exprime d’une voix basse, hésitante, abattue :

« Je suis assailli par mille calamités, maladie, exil, pauvreté ; puis l’épouvante m’ôte tout courage et chasse de ma poitrine toute ma raison. Mon imagination me menace de tortures terribles durant ma vie et d’une mort cruelle. A cette pensée, est-il homme si ferme de caractère et si audacieux que la peur, ramenant le sang vers le cœur, ne fasse pâlir d’effroi ? »

Le ton de la violence…

Nous disons seulement que ni la force de l’esprit, ni son intégrité ni celles de la sensation ne sont les mêmes dans le sommeil et dans la veille… C’est ce qui arrive aussi à ceux qui délirent : au commencement d’un accès de folie, ils sentent et ils disent que quelque chose, bien qu’elle n’existe pas, leur apparaît; quand ils reviennent à la raison, ils sentent ce que sent Alcméon et disent comme lui :

« Mais jamais mon âme ne s’accorde avec l’impression qui frappe mes yeux. »

Tu disais que les sensations visuelles des gens qui dorment, qui sont en état d’ébriété ou de délire sont plus faibles que celles des gens bien éveillés, sobres et sains d’esprit. Comment arrives-tu à cette conclusion ? Tu te fondes sur ce qu’Ennius, quand il était réveillé, ne disait pas qu’il avait vu Homère mais qu’il lui avait semblé le voir, sur ce qu’Alcméon déclare :

« Mais jamais mon âme ne s’accorde… »

Tu en dis à peu près autant des hommes pris de vin…

Que dirais-je de ceux qui délirent?… Et ton Alcméon lui-même qui dit que son esprit n’est pas d’accord avec ses yeux ne demande-t-il pas au même endroit quand son délire s’est aggravé :

« D’où vient cette flamme ? »

et ensuite :

«  Approche, approche, elles sont là, elles veulent se saisir de moi. »

 Et quand il implore la jeune fille :

« Porte-moi secours, éloigne de moi ce fléau, cette flamme vive qui me torture ; ceintes de feu, bleuâtres, elles m’entourent de torches ardentes. »

Penses-tu qu’il ne croie pas voir ces objets d’épouvante ? J’en dirais autant du reste :

«Apollon chevelu a courbé son arc doré et le bande; Diane lance une torche de sa main gauche. »

Qui pourrait croire à l’existence de ces divinités, si elles existaient, plus fortement que n’y croyait Alcméon dupe de l’apparence ? On voit bien qu’alors son esprit était d’accord avec ses yeux.

 « Depuis déjà longtemps c’est accompli ». »

« Assailli par mille calamités… », métaphore militaire, de la maladie.

A Rome, le parricide était puni en cousant le coupable dans un sac avec des chats puis jeté à l’eau.

Héros délirant, mise en scène par la parole.

Montée progressive de la folie.

Dernière citation au meurtre « porte-moi secours » montre le statut supérieur de la jeune fille.

Dans la tragédie, on peut contaminer plusieurs pièces grecques.

Fléau, en latin se dit pestim la maladie.

Rationalisation, ce sont les hommes qui ont inventé les dieux, culte des morts divinisés.

 

1 : Alcméon semble effrayé par un procès. Les métaphores militaires employées à propos des visions infernales sont également utilisées à propos de trois maux bien réels, allégories rationnelles des Furies vengeresses. Les craintes d’Alcméon concernent le châtiment romain des parricides (dans la tragédie grecque, le seul risque est celui de l’expulsion) : cf. l’emploi de cruciatus et mors par Cicéron à propos des exécutions. > romanisation + rationalisation + intensité expressive physique de la peur+ codification de l’expression tragique des sentiments et des sensations ; la tragédie comme spectacle des passions

2 : le contexte de la discussion cicéronienne semble indiquer que les Furies qui pourchassent Alcméon sont des représentations de son esprit. > pas de mise en scène fantastique, mais une mise en scène par la parole ; + évhémérisme d’Ennius. Le spectacle tragique est celui du héros furieux ou délirant.

3 : l’apostrophe à une jeune fille non déterminée : la formule de Cicéron implorat fidem indique le statut supérieur de la jeune fille (cf. le rapport d’un client à son protecteur> romanisation) ; plutôt que de la fille de Phégée (se promenant seule dans la rue), il pourrait s’agir de la prêtresse d’Apollon purificateur imaginé par Alcméon dans le fragment suivant (Euripide, Tr., 252-253). La scène pourrait se placer à Psophis, devant un temple. Parenté avec la scène de folie d’Oreste dans Euripide, Or., 254> contamination. Le contexte cicéronien semble toujours indiquer qu’il s’agit d’hallucinations non représentées. L’emploi hyperbolique de pestem peut signifier la maladie et donc les flammes deviennent celles de la fièvre (cf. l’emploi du préfixe ex- en 1 et en 3 qui rapproche les deux passages)  > rationalisation + spectacle du héros furieux

5: renvoie au meurtre d’Eriphyle ; la scène se passe loin d’Argos, après le meurtre>>  le meurtre impie, éléments essentiel de la tragédie

 

Pacuvius :

(220 – 132/130 av JC).

 

Antiope : Antiope est la très jolie fille du régent de Thèbes, Nyctée; (ou la fille du dieu-fleuve Asopos). Elle fut convoitée par Zeus qui prit la forme d'un satyre pour abuser d'elle pendant son sommeil. En se voyant enceinte et craignant la colère de son père, elle s'enfuit à Sicyone où le roi Epopée l'épousa. Désespéré par le départ de sa fille, Epopée se suicida. Mais avant de mourir il chargea son frère Lycos de le venger. Il attaqua Sicyone, tua le roi et ramena Antiope prisonnière. En passant à Eleuthères Antiope mis au monde deux jumeaux Amphion et Zéthos qui furent exposés sur l'ordre de Lycos. Antiope enchaînée par Lycos, son oncle, et traitée comme esclave par sa femme Dircé fut miraculeusement délivrée de ses liens et réussit à rejoindre ses enfants qui dans un premier temps ne la reconnurent pas et même la livrèrent à Dircé; mais les bergers qui les avaient recueillis leur révélèrent leur origine. Alors les jumeaux gagnèrent Thèbes et délivrèrent leur mère puis, tuèrent Lycos et attachèrent son épouse par les cheveux aux cornes d'un taureau sauvage, qui la traîna sur les rochers. A cet endroit jaillit une fontaine qui porte son nom. Dionysos irrité par la mort de Dircé rendit folle Antiope qui erra à travers toute la Grèce et ne recouvra la raison que plus tard pour épouser Phocos.

Généalogie bien marquée, recherche des causes et effets.

Deux frères, l’un manuel l’autre intellectuel. Combat/duel de mots entre les deux frères.

Tresses de fleurs pour cérémonies religieuses.

 

1 : prologue ? > Généalogie = cause première ; point de vue historique

2 – 11 : opposition traditionnelle entre les deux frères, Zéthos préférant les arts manuels exigeant la force physique (lutte, agriculture, élevage), Amphion défendant la musique et le débat s’étendant au mérite de la philosophie et de la sagesse véritable. > Formule d’Euripide, Alex., 62, N : « je hais celui qui est sage en paroles, sans être sage en actions utiles ». >> Veine philosophique et rhétorique ; abondance de l’expression et richesse de la pensée>> force tragique + débat actuel (ambassade des philosophes, éducation de Scipion Emilien ; le poète dramatique de scriba devenant poeta à partir de Naevius ; débat repris par Cic., de Or., II, 37, 155 ; de Inv., 50, 94 ; de Rep., I, 18, 30 ; transformé par Horace, Ep., I,18, 39 et suiv. : l'épître présente, pour illustrer les rapports d’un lettré de rang inférieur avec un ami puissant, un exemple mythologique des luttes fratricides, celui des jumeaux Amphion et Zethus. Amphion incarne la difficulté de la liberté poétique lorsque s'impose un idéal de consensus politique.

12 – 14 + 23 - 25: Antiope, échappée de sa prison décrit la situation où l’ont réduite Dircé et Lycos mais n’est pas reconnue d’abord par son fils qui la chasse la prenant pour une esclave fugitive.

Pathos émotionnel ; situation extraordinaire ; Antiope livrée à la violence tyrannicide offre l’image d’une humanité défigurée (cf. l’image négative du tyran Persée chez Ennius dans son Thyeste). Tragédie cothurnata présente le négatif dont la res publica offre le positif.

16-20 : Dircé, en bacchante, arrive sur les lieux, découvre Antiope et veut la mettre à mort. Le frgt. 18-20 pourrait se rapporter éventuellement au châtiment que Zéthus et Amphion infligèrent à Dircé.>>Violence liée au culte de Dionysos+ dionysisme fil directeur de la geste thébaine.

21 – 22 : reconnaissance spectaculaire (opposition entre la reconnaissance intellectuelle des jumeaux et la reconnaissance instinctive d’Antiope ?) ; rôle des femmes dans la transmission de l’héritage du thébain Nyctée.

26-27 : fragments non identifiés : pourraient appartenir à la controverse entre les deux frères.

 

 

IX. Cours du 28 mars 2012.

 

 

1. Accius :

 

Développe beaucoup les cycles troyen et argien. Cela montre le souci chronologique. Tout est développé en suivant.

Efficacité incontestée. Considéré en son temps comme le plus grand auteur.

Regroupe tragédies romaines et palliatae.

 

a. Le lignage de Thèbes :

 

Soucis romain des classes patriciennes.

Un patricien (du latin pater qui signifie « père ») est un citoyen romain qui appartient, de par sa naissance, à la classe supérieure et évoluée (aristocratie), ayant de nombreuses prérogatives. La classe des patriciens s'oppose à celle des plébéiens.

Accius était lié politiquement à Brutus qui faisait partie de la gentes (qui, dans le système social romain, est un groupe familial patrilinéaire portant le même nom), descendant du fondateur de la république romaine. Fait partie des romains conservateurs, ils ont fomenté l’assassinat de César (tyran qui remettait en cause le pouvoir des grandes familles). Classe patricienne qui exploitait les richesses conquises. Après les guerres puniques, les Gracques veulent redistribuer aux pauvres. Donc, à l’époque d’Accius, il y avait trois partis politiques : les conservateurs (comme Brutus), les Gracques, et le Scipion (prestige militaire, capable de lever une armée). Se préparait les futures guerres civiles, dont la première dictature fut sous Sylla en 70 av JC.

« Mieux, c’est de la fontaine de Dircé qu’ils vont arriver ; ils s’y purifient scrupuleusement, dans la foule des quadrupèdes aux sabots sonores. » Le dragon tue les compagnons de Cadmos, Cadmos les venge en tuant le dragon. Deux meurtres successifs, violence avant la naissance de la ville. Virgile reprendra « quadrupèdes aux sabots sonores ».

 

Cadmos voulant offrir à Athéna la vache qui lui a désigné l’endroit de la fondation a envoyé certains de ses compagnons chercher de l’eau à la source. Ceux-ci vont être tués par le dragon mis en mort ensuite par Cadmos.

Le suffixe is, idis a une valeur généalogique.

Souci de la généalogie (cf. gens romaine) + volonté d’historiciser : recherche des causes premières des guerres de Thèbes: violence fondatrice présidant à la naissance de la ville.

 

b. Eriphyle :

 

Saut chronologique car d’autres auteurs ont traité le avant Eriphyle.

Mais aucune tragédie républicaine ne se nomme Œdipe, car il était difficile de traduire une telle histoire à Rome, et parce que l’inceste n’était pas représenté avant Sénèque. Mais comme nous n’avons pas tous les textes…

Eriphyle convainc son mari de participer à l’expédition contre Thèbes même s’il doit mourir, car elle a été soudoyée, elle a reçut le collier d’Harmonie.

« Pallas au double corps étire ses spires serpentines ». Evocation sonore importante. Pallas est un géant, humain et animal, tout comme Œdipe. Et comme le collier, symbole de la bestialité et de la convoitise. Le serpent symbolise le dragon tué par Cadmos.

 

Le géant Pallas associant monstrueusement deux natures, humaine et animale (cf. Œdipe).

Volonté d’historiciser : recherche des causes secondaires préludant immédiatement à la 1° guerre contre Thèbes: le collier symbole de la convoitise et de la bestialité + le serpent symbole de la gens maudite de Cadmos (serpent du collier + serpent tué par Cadmos).

 

c. Les phéniciennes :

 

Femmes de Phénicie qui doivent entrer à Delphes au service d’Apollon, mais elles sont bloquées à Thèbes par la guerre. Impie de bloquer un convoi religieux.

«  Soleil, toi qui, sur un char incandescent et avec des coursiers véloces, déploies, dans un embrasement bouillonnant, ta flamme étincelante, pourquoi donc, en un augure si contraire et un présage si hostile, dardes-tu contre Thèbes tes rayons de lumière ? », répétition, amplification, gradation. Transformation du soleil en porteur de présage (se dit omen en latin), c’est augure (vrai mot latin). Romanisation par formules liturgiques. Métaphore guerrière « dardes-tu contre Thèbes tes rayons de lumière ».

« Ai-je l’air de l’air de jouir à parité des prérogatives de mon père ? », ce doit être Polynice qui parle.

« Il a ordonné ton départ en exil, chez le peuple de ton choix, pour que les campagnes thébaines ne deviennent pas un désert du fait de ton crime. », accusation d’Etéocle à Polynice.

« Et il a donné en héritage l’alternance du pouvoir. », alternance qui a été demandée par Œdipe.

« Né pour détenir sans risque le sceptre paternel », surement Etéocle qui parle.

« Déguerpis, file, fuis, décampe de la ville ! », Etéocle en tyran furieux.

Duel rhétorique entre deux héros. Alternance demandée par Œdipe, mais chacun y voit ce qu’il veut. Contamination de plusieurs pièces grecques.

« Là le droit divin, là l’entière pureté morale de jadis. »

« Les temples des dieux, les autels, la perfection cultuelle. », Polynice qui retrouve le sol de sa patrie, romanisation des termes, vocabulaire sacré et éthique.

A Rome, les rituels pour les dieux sont très importants, application stricte. Le rituel peut être manipulé mais il faut que les normes soient respectées. Le respect des rituels est politique.

« De peur que leurs dissensions et discordes ne dispersent, ne dilapident les richesses si grandes et si grasses des citoyens », le chœur qui doit commenter l’altercation entre les deux rois → écho entre les différents partis politique de Rome (conservateur, Gracque…), donc pouvoir modéré à deux têtes, les consuls.

« Issu de la descendance armée du dragon, supérieur par la race », Tirésias à Créon, révélation, victime expiatoire des Spartoïs. Créon descendant de cette lignée, son fils doit être sacrifié. Pureté de la race.

« Elle parcourt en ce moment vos remparts ; elle va voir tous les blessés, pour qu’ils reçoivent des soins plus actifs. », on y reconnaît Antigone, et justement la pièce suivante est Antigone. Histoire pathétique.

« Ils prennent les devants, l’accablent de reproches ; abandonné par la chance et par tout le pouvoir, abattu, affligé, ils le bannissent de leur cœur ! », Œdipe chassé de Thèbes car il n’a pas réussi à accorder Etéocle et Polynice. Renversement de fortune.

« Toutes choses qui sont fluctuantes : je l’ai appris dans la précarité qui était mienne. », par le Chœur.

 

Romanisation du prologue euripidéen par la transformation du soleil en porteur d’omen, par la ritualisation liturgique des formules, par l’affrontement guerrier entre Thèbes et le soleil + rhétorique flamboyante.

7 + 8 : Polynice retrouvant le sol de sa patrie : prédominance du vocabulaire sacré et éthique > valeurs romaines conservatrices des mores antiques

2 à 6 + 9 : duel rhétorique + violence verbale ; l’alternance du pouvoir sembla avoir été décidé par Œdipe (≠ Eschyle ; = Euripide, Phén., 477) ; Polynice aurait commencé à régner mais aurait dû partir en exil pour avoir outragé son père en le chassant (= Sophocle, Oed. Col.). A Polynice qui refuse la responsabilité de toute faute s’oppose la violence d’Etéocle, qui, de fait, désobéit à son père en refusant l’alternance ; incarne déjà le rex iniquus et impius (cf. Sénèque, Phén., 378-383 et Stace, Théb., IV, 361 ; 397 ; XI, 499) ; le chœur exprime sa peur devant l’arrivée des Argiens > haine des rois + échos des luttes politiques entre les Gracques, le parti conservateur (dont D. Iunius Brutus Callaicus, le protecteur d’Accius), le cercle politique des Scipions accusés de chercher un pouvoir personnel de type hellénistique ; l’alternance régulière des règnes d’Etéocle et de Polynice pouvant symboliser le pouvoir modéré à deux têtes des consuls romains.

10 : Tirésias révèle à Créon qu’une victime expiatoire doit être prise dans la ligne directe des Spartoi (donc l’un de ses fils ; cf. Euripide, Phén., 903, 914, 942-943) ; antiquior = akeraios. > Insistance sur la pureté de la race > valeur des gentes patriciennes et des optimates.

11-13 : épilogue de la bataille : rôle positif d’Antigone, départ d’Œdipe chassé par Créon selon l’oracle de Tirésias (≠ Sénèque, Phén.) ; spectacles pathétiques et lieux communs philosophiques du renversement de fortune > enchaînement avec la pièce suivante, recherche de la cohérence narrative (aemulatio avec l’épopée) ; maxime philosophique mise à l’épreuve de l’expérience.

 

d. Antigone :

 

« Que fais-tu ? Tu bouleverses et tu renverses tout, ma sœur ! » « Plus je comprends que c’est ta manière à toi, plus, Antigone, il est normal que je veille sur toi et te préserve. » « Gardes !pressez-vous, réveillez vos cœurs engourdis de sommeil !levez-vous ! », mise en action. Dialogue entre Antigone et peut-être Archie la femme de Polynice. Spectaculaire et pathétique.

« Déjà ni les dieux ne règnent, ni, à coup sûr, le roi suprême des dieux ne se soucie des affaires des hommes ! », Antigone condamnée à être enterrée vivante, elle nie la providence divine.

« Ne t’empresse pas de renvoyer cet homme survenu subitement ! » « Ah ! si le bruit au moment où j’arrive ne me trompe pas », simultanément meurent le fils de Créon et Antigone. Créon veut se rétracter mais il est trop tard. Expression d’une fatalité implacable.

 

1-3 : mise en action du récit de Sophocle ; présence vraisemblable d’Argie, femme de Polynice > recherche du spectaculaire et du pathétique.

4-6 Antigone, condamnée à être enterrée vivante, nie la providence divine ; Créon réagit trop tard pour sauver son fils >Tous les personnages affiliés entre eux se heurtent aux récidives inexorables d’un malheur extrême > fatalité implacable particulièrement pathétique + écho de l’intérêt contemporain pour la philosophie + aemulatio avec Ennius (cf. la sentence épicurienne du Télamon : Ego deum genus esse semper dixi et dicam caelitum,/ sed eos non curare opinor quid agat humanum genus d’après Cic., Diu., II, 50, 104).

 

e. Les Epigones :

 

Fils des 7 contre Thèbes, qui eux réussissent à détruire Thèbes.

« Ô de quels yeux l’un quelconque d’entre nous pourra regarder le visage de ces héros que désormais les ans écartent des combats ? », colère de l’armée, sentiment de déshonorer leur père.

« Et ne voit-il pas les Argiens s’enfiévrer pour la guerre et la foule vouloir la violence ? », impatience. Les argiens veulent une guerre par passion violente, et l’armée par soucis éthique (point de vue conservateur).

« Nous pensons par l’esprit, nous jouissons de la vie par l’âme ; mais sans l’esprit l’âme est infirme. », maxime qui illustre les deux discours précédents. Cette formule appartient à quelle philosophie ? Elle rappelle Lucrèce, donc philosophie épicurienne, mais il y a une hiérarchie de l’âme qui rappelle le stoïcisme.

« Mais voici que je vois s’avancer ici Amphilocus ; et un répit bienvenu nous est accordé dans nos propos ainsi que le temps de retourner au camp. » « Et je suis venu ici dans le but d’éviter que nos propos ne soient saisis par des oreilles indiscrètes. » « Je l’avoue : mais pourquoi tarderais-je à faire éclater l’affaire au grand jour ? ou hésiterais-je à épargner la vie de celle-ci ? » « Lui qui, si je n’ai pas vengé mon père, n’accorde aucun terme à mes tourments. », dialogue entre Amphilocus et Alcméon (ce dernier est chargé par son père de venger sa mort en tuant sa mère). Drame personnel pour expédition civique.

Conflit contemporain entre les valeurs individuelles et les valeurs collectives. Jusqu’à Cypion, les valeurs collectives passaient avant et le droit de la personne n’était pas reconnue.

« Quelle raison as-tu ma très chère enfant, de grâce, Démonassa, pour que, dans ton impatience à me parler, tu m’arraches de chez moi, effrayée ? » « Parle nettement et chasse de mon cœur cette terreur qui est mienne. », peur d’Erychille épouvantée devant les cris de sa fille qui est amoureuse du fils de Polynice.

« Ô pourquoi tardé-je à aller jusqu’à elle, voici, elle est là ! vois ! ce carcan qui pèse à son cou ! », Alcméon hésite face à sa mère. Le collier va le décider, c’est le présage de la mort, une image comme un animal pris au piège.

« Vois-tu comme l’impiété t’aiguillonne sans que la frayeur te réfrène ! », la mère défend son collier.

« Allons ! allons ! écarte-toi ! lâche-moi ! ne vas pas toucher à ma robe ! », il s’agit de la robe offerte à Harmonie.

Donc, si elle avait été suppliante, elle aurait peut-être pu être sauvée, mais là elle se trompe de rôle, elle est donc tuée.

« Ainsi, inexpert, dans l’hébétude, il s’élance, perdant le contrôle de sa volonté. », folie du héros, folie passagère, description du crime.

« Tu resterais, présent ici ? ou dois-je te frapper d’exil, loin des terres de Pélops ? » « Maintenant je n’aurais de cesse, dans un esprit d’apaisement, de couvrir les autels des dieux de supplications. », Alcméon ne peut rester ni à Thèbes, ni à Argos.

« Auprès de l’antique rivière surabondante et des ondes rapides de l’Inachos. », enchaînement avec la pièce suivante où Alcméon va chercher à être purifié et va épouser Caliroé.

 

1 – 2 –3 Colère de l’armée et des épigones qui ont le sentiment de déshonorer leurs pères et impatience du peuple d’Argos ; formule philosophique épicurienne (cf. Lucrèce, III, 136-176) > point de vue conservateur : contraste entre les valeurs morales des optimates et les passions du uulgus ; illustration concrète de la réflexion philosophique.

4-6 : débat possible entre Alcméon et son frère Amphilocus : Alcméon exprime son drame personnel et civique (le matricide conditionne l’expédition ; il est soumis à un destin inéluctable régi par un ordre d’Apollon?  (cf. Sophocle, Eriphyle, frgt 196 Pearson) > conflit contemporain entre les valeurs de la personne individuelle et de la collectivité.

8-9 : Eryphile épouvantée par les cris de sa fille Démonassa qui est aussi la femme de Thersandros le fils de Polynice > lier les différents cycles + affectivité et expressivité pathétiques féminines.

10-13 : Cupidité consciente d’Eryphile arborant le collier et la robe (grécisme de camus = kèmos = instrument de torture, menottes, filet de domptage des chevaux, cf. Sophocle, Electre, 837-839) ; reproches éthico-religieux d’Alcméon (cf. Sophocle, Ep., frgt. 189, 194 Pearson) ; accès de folie d’Alcméon et meurtre racontés par un messager> rôle maléfique de la convoitise féminine + le héros furieux.

14-16 : pardon possible des hommes et des dieux par la purification de l’Inachos > enchaînement avec les pièces suivantes.

 

f. Alcméon :

 

« Comme, après mon abandon immérité, tu m’as redonné la joie de vivre par une révélation soudaine, et comme tu m’as fait passer du deuil à l’allégresse ! », la pièce semble bien commencer.

« Parce que les dieux l’ont englouti dans le tréfonds de la terre et l’y ont enfermé dans des cavernes profondes », rappel du père qui fut englouti sous terre lors de sa fuite de Thèbes. Alcméon en est là par enchaînement d’un destin implacable.

« Comment croirait-il, après avoir connu un beau-père comme toi, que les gendres sont autorisés à un tel manquement aux devoirs ? », confident qui parle à Phégé, Alcméon accusé de manquement aux devoirs (la piéta).

« A ce point que tu le dévoiles par une imposture, en abusant et en trompant ! », on lui reproche d’avoir menti.

« Il a abandonné ses propres enfants: mais ils sont indemnes ! », enfants de Caliroé.

« Et les voici, alanguis par le sommeil et l’engourdissement ! », les compagnons d’Alcméon qui furent abrutis par le vin pour pouvoir capturer Alcméon.

« Parce que ni vous ni lui ne pourriez rire impunément de mon grand âge ! », Phégé continue à accuser Alcméon.

« Enfin étreins l’acquêt que donnent les dieux : attrape ! », coup porté à Alcméon, tué par Phégé ou les fils de Phégé.

Crime se poursuit de génération en génération, mais chacun a sa part de responsabilité.

Alcméon coupable de parjure contre sa mère.

 

1: Retrouvailles d’Alcméon et de son beau-père Phégée>> l’expression des passions ; 2 : le chœur déplore les malheurs de la maison d’Amphiaraos englouti vivant sous terre ; 3 : la forfaiture d’Alcméon (il a inventé un faux oracle) est révélée à son beau père (il est coupable d’impietas comme sa mère) ; 4 : reproches véhéments de Phégée ; 5-8 : procès d’Alcméon : accusation de polygamie et de l’abandon des enfants nés de Callirhoé; ses compagnons sont neutralisés par la boisson ; Alcméon est condamné pour lèse –majesté (impune)  et pour sacrilège (di dant) ; il reçoit les présents (fructus : droit de percevoir et de garder en propriété les fruits produits par la chose) et il est frappé (cape) .

> Mise en scène spectaculaire du procès et de l’exécution ; crime se poursuivant de génération en génération mais chaque individu ayant sa propre responsabilité (Alcméon n’est pas jugé pour avoir tué sa mère et venger son père, mais pour s’être parjuré).

 

g. Alphésibée :

 

Fille de Phégé, épouse d’Alcméon.

« Ô jour maudit et porteur de haine ; ô violence à l’aspect torve et terrifiant ! », Alphésibée apprend la mort de son époux.

« Bien qu’anéanti sous les malheurs, mon esprit sera attentif à ce que je veux savoir à partir de là. », son père lui explique, mais elle refuse d’y croire.

« Qu’y a-t-il de si abscons ou d’aussi embrouillé ? », le père.

« Mais enfermée à l’étroit et dans des rochers, sale », elle fut mise en prison car elle a défendu son mari. Elle est ainsi déshumanisée, comme un animal.

« Ainsi ses membres, qu'a paralysés un esprit malade, hésitent à affronter l’effort. », quand elle sort de prison, elle ne se remet pas humain, le langage redouble la mise en scène.

« Pourtant j’ai peur, quand tu me révèles, par tes actes, être le frère d’Alcméon. », le frère d’Alcméon venu pour protéger ou venger.

« Mais il faut approcher l’homme prudemment. », sans doute Phégé à tuer.

« Si tu crains ton grand-père, dis-le ! », les enfants de Caliroé ont pu accompagner leur oncle pour venger la mort de leur père. Alphésibée est vengée par les enfants de sa rivale.

« Quand, conjointement, la pitié même, éprouvée pour ces enfants, m’a vengée », car elle a refusé de faire tuer les enfants de Caliroé, pitié pour eux. Elle est vengée sans être souillée.

C’est à ce moment-là que le collier et la robe sont offerts à Apollon.

 

1 : Alphésibée apprend la mort de son époux ; 2 : elle accepte d’écouter son père ; 3 : mais refuse de croire à ses explications ; 4 : elle est mise en prison ; 5 : puis délivrée dans un état physique et mental déplorable ; 6 : d’abord méfiante vis-à-vis de Amphilocus ; 7 : elle devient sa complice dans un plan de vengeance ; présence d’un jeune enfant, peut-être un fils de Callirhoé ; 8 : la pitié pour ses neveux aurait armé le bras d’Amphilocus. >>fin d’un cycle : le collier et la robe fatals ont été offerts à Apollon; la malédiction d’Alphésibée trouve sa réalisation dans l’initiative de Callirhoé ; Alphésibée est vengée sans s’être souillée d’un nouveau crime ; pièce marquée par la peur de l’héroïne féminine.

 

h. Conclusion :

 

A la différence du poète tragique grec qui crée la fonction symbolique des mythes qu’il choisit, le tragique latin est déjà conditionné dans sa production symbolique. Cependant il transforme les intrigues, romanise les contenus éthico-idéologiques.

- les ruptures de linéarité dans la transmission du pouvoir royal essentielles chez les Grecs soint bien moins importantes que la conception d’une tyrannie despotique, des luttes criminelles pour le pouvoir, ou que la nature corruptrice du pouvoir absolu.

- À la différence des Grecs, l’ascendance féminine joue un rôle non négligeable dans la mesure où les femmes transmettent tout aussi bien que les hommes le crime inscrit dans le patrimoine génétique de la gens.

- Gemellité et/ou fraternité ennemies sont perçues comme l’image des guerres civiles à partir de Pacuvius (Lucrèce, III, 70 ; Cic., de Off., III, 82).

- Les axes géographiques structurants à Rome semblent bi-polaire : Rome et l’altérité : Traduire des mythes tragiques grecs, c’est proposer une enquête sur le négatif dont la Res publica est le positif, du moins jusqu’à Accius : si l’origine troyenne est perçue comme positive chez Livius, ensuite la Grèce entière et Rome quand elle lui ressemble est le plus souvent assimilée à un orient exotique, anormal, donc porteur de malheur (cf. les personnages originaires d’Asie comme Pélops) : dualité Orient/ Europe selon un axe Est/Ouest. Rien sur l’Attique proprement dite (coïncidence arrangée entre la chute de Tarquin et celle des Pisistratides).

Mais il faut apparemment attendre Sénèque pour voir apparaître un Œdipe proprement dit: répugnance à mettre en scène l’inceste fils-mère (toujours évité chez les poètes républicains par une reconnaissance in extremis) (idem Phèdre) : précédents possibles : César (Suet., Caes., 56) ; joué par Néron (Suet., Ner., 21 : mais joue un Œdipe devenu aveugle).

 

2. Structure de la tragédie :

 

En tragédie, il ne nous reste que les pièces de Sénèque qui les a écrites tard. Et encore, nous ne sommes pas certains qu’elles soient de lui.

 

a. Sénèque :

 

Son père (né vers 55 ou 54 av JC) est espagnol, riche mais pas politique, d’une famille ancienne de rang équestre installée à Cordoue. Adolescent, en compagnie de deux condisciples futurs rhéteurs célèbres (Gallion et Latron) il écouta à Rome orateurs et rhéteurs. Il a écrit des recueils de discours d’éloquence qui comportaient des affaires judiciaires fictives et des discours par des personnages imaginés (Ovide était très fort à ce jeu-là, suasoir pour persuader). Il retourne en Espagne en 13 av JC se marier à Helvia, une jeune noble (dont la sœur est épouse de Séjean), et il eut trois enfants : Gallion, préconsul à Thessalonique en Achaïe et qui connut Saint Paul, Sénèque (appelé Sénèque le jeune), protégé de Séjean et ministre de Néron, et un troisième, banquier, par qui il fut grand-père de l’écrivain Lucain.  Au début de l’ère, Sénèque le Père repartit pour Rome.

Sénèque est né à Corduba en Bétique (actuelle Andalousie) vers 1 av J.-C. La date précise de sa naissance n'est pas connue, mais on la situe habituellement entre l'an 1 av. J.-C. et 1 ap. J.-C. Il était encore très jeune lorsque sa famille vint à Rome, où son père lui donna une éducation soignée. Il fut d'abord attiré par le pythagorisme, période d’enthousiasme mystique et d’ascétisme, puis sur les conseils de son père inquiet il fut attiré par le stoïcisme (disciple d’Attale). Vers 20 ans, il tomba gravement malade et on l'envoya en Égypte se rétablir. En 22, Tibère donna sa faveur à Séjean, protecteur de Galerius, protecteur des Sénèque qui entrèrent ainsi sous la protection de la famille impériale, de Livie, de Germanicus, d’Agrippine l’aînée.

De retour à Rome en 31-34, il commence le cursus honorum (ordre d’accès aux magistratures publiques). Conseiller à la cour impériale sous Caligula - qui, semble-t-il, le jalousait -, et fréquente les sœurs de Caligula Agrippine la jeune, Livilla, Drusilla. En 38, à la mort de Drusilla, Agrippine et Livilla furent exilées, Sénèque peut-être menacé. Il rédige à cette époque de petits traités, entreprenant d’abord une enquête systématique sur la « machine » du monde et commençant par une physique ou étude de la nature, selon l’exemple de Panétius et de Posidinios. Il écrit une longue consolation à Marcia qui a perdu son fils. Il fut plus tard victime des intrigues de Messaline, la troisième épouse de Claude : A l’avènement de Claude (janvier 41) Agrippine et Livilla furent rapelées à Rome. Livilla fut jalousée par Messaline qui l’accusa d’adultère avec Sénèque. Livilla fut exilée et Sénèque relégué en Corse en automne 41. Au cours des mois précédents, Sénèque avait rédigé le traité stoïcien du De Ira. Durant sa relégation, il rédige la consolation à Helvia sa mère : l’exil n’est pas un mal, le seul mal est le mal moral et une consolation à Polybe, affranchi de Claude qui vient de perdre son frère : manifeste politique sur l’usage du pouvoir conseillant la clémence au Prince. Il écrit également des épigrammes. Ce texte à Polybe est si chargé de flatteries que certains comme Paul Albert (1827-1880) estiment que Sénèque n'en est pas l'auteur.

Après le mariage de Claude et d’Agrippine en 49-48, Sénèque est rappelé de Corse, après la mort de Messaline et sur la demande d’Agrippine la Jeune qui est la nièce et l’épouse de Claude et qui est déjà enceinte de Néron. Claude avait déjà un fils, Britanicus, mais Agrippine le fit assassiner. Il devient préteur désigné et conseiller du Prince. Il rédige le traité sur la brièveté de la vie, adressée à son beau-père Paulinus : il y fait l’éloge de l’otium ; plus précisément, il montre la nécessité de ne pas permettre que l’être intérieur soit envahi par les occupations qui finissent par l’étouffer. Pensée stoïcienne présente dans ses œuvres ? Il devient le précepteur de Néron né en 37 ; il a pour allié le préfet du prétoire Burrus. Un philosophe est au pouvoir.

En 53-54, il rédige le dialogue sur la tranquillité de l’âme, analysant les conditions qui permettent à l’âme de dominer ses angoisses. L’équilibre intérieur permet à la fois d’agir dans le domaine politique et de conserver son autonomie morale. A la mort de Claude en 54, il rédige le pamphlet l’Apocoloquintose, qui, discréditant l’empereur défunt, facilite l’accession de Néron et non de Britannicus, le fils par le sang, à l’empire. Il rédige deux traités, le sur la clémence, discours programme pour le nouveau prince et le sur la constance du sage dédié à un jeune ami, Sérénus qui commence sa carrière politique et qui est en butte aux jalousies rivales : les ouvrages philosophiques sont donc en rapport direct avec les événements et les situations réels et ne sont nullement des dissertations théoriques sur des points de doctrine. Avec le préfet du prétoire Sextus Afranius Burrus, Sénèque fut l'un des principaux conseillers de Néron durant les cinq premières années du règne de l'empereur. En mai-juin 55, il est consul suffect (titre de consul aux deux magistrats principaux). Tous ses écrits sont en rapport avec la réalité.

En 58, Sénèque est diffamé par P. Suillius, qui lui reproche son immense fortune (300 millions de sesterces) acquise par ses amitiés, et sa tentative de débaucher des femmes de la maison princière. Mais le philosophe s'en tire sans dommage. Traité sur la vie heureuse, richesse ne détruit pas l’âme mais ne concerne que l’extérieur.

En 59, Agrippine est assassinée par Néron qui avait déjà fait une tentative. Décision prise sans Sénèque, quoique certains pensent qu’il a participé indirectement. Sénèque et Burrus mis devant le fait accompli. Sénèque s’éloigne de la vie politique. Traité des bienfaits, qui propose à la fois une sociologie de la richesse et une théorie générale de la générosité dans l’ensemble de la création.

Au printemps 62, Burrus meurt. Sénèque rédige le sur le loisir : quand les circonstances rendent l’action impossible, il reste la retraite : si elle est vécue philosophiquement, elle acquiert la valeur d’un exemple public. Stoïciens pensent que le philosophe doit dénoncer. Sénèque pense au loisir dans la dignité. Il rédige les questions naturelles, lettres à Nucillus qui est un traité à la doctrine stoïcienne, traité sur la providence, univers régi par la providence commune, les malheurs apparents ne sont pas de vrais maux, mais des épreuves pour l’âme.

Néron fit par le haïr et tente vainement de l’empoisonner. En 65, Sénèque est compromis malgré lui dans la Conjuration de Pison (complot contre Néron) et condamné à mourir. Il se donne la mort en s’ouvrant les veines sur l’ordre de Néron.

 

Quand a-t-il rédigé ses tragédies ?

Elles ne furent jamais jouées sur des scènes publiques, mais ont pu être jouées sur des scènes privées. Aucun contemporain ne parle de lui comme dramaturge, mais dans la lettre 108 à Naucillus, propos de tragédies, rapprochement entre philosophie et poésie.

Ses pièces rappellent la vie politique contemporaine, ce qui expliquerait qu’il n’a pas pris le risque de dire qu’elles étaient de lui, mais les exemples sont communs à la Grèce, aux autres auteurs.

Donc, nous ne sommes sûrs de rien.

La tragédie républicaine est-elle construite dans le même modèle que celles de Sénèque ? Oui, modèle classique. Toutes les pièces de Sénèque renvoient à des auteurs grecs qui sont justement les originaux des pièces républicaines.

Sénèque connaît et cite Accius, le grand écrivain républicain.

Diomède, grammairien, dit que les romains mettaient plein de personnages, mais Sénèque imite les grecs avec seulement trois personnages à la fois.

L’étude des manuscrits de Sénèque semblent prouver que ce sont bien ses pièces. Lui-même n’en parle jamais. Ses pièces remettent en cause l’impérialité, donc sous le règne de Néron il ne pouvait pas parler de ses pièces.

 

Les tragédies attribuées à Sénèque ont pu être rédigées pour partie, pendant la rélégation en Corse, pour partie du temps où il était proche de Néron grand amateur de théâtre. Elles ne furent pas représentées sur une scène publique mais ont pu l’être sur les scènes privées que possédaient nombre de grandes demeures. Aucun contemporain n’a identifié le philosophe et le dramaturge. Seule la lettre 108 des Lettres à Lucilius présente des observations qui à la fois opposent et associent théâtre et philosophie : « D'autres viennent <chez les philosophes> pour entendre et non pour retenir; comme on va au théâtre chercher le plaisir et amuser son oreille par le charme des voix, l'intérêt du drame ou des récits (…) Quelques-uns pourtant apportent leurs tablettes; mais au lieu de choses, ils y notent des mots qu'ils répéteront sans fruit pour les autres, comme ils les entendent sans fruit pour eux-mêmes. Il en est qu'échauffent les grands traits d'éloquence, et qui entrent dans la passion de l'orateur (…) Ce qui les ravit, ce qui les entraîne, c'est l'excellence des doctrines, et non plus la vaine harmonie des paroles. (…) N'entendez-vous pas de quels applaudissements retentissent nos théâtres, quand il s'y prononce de ces maximes que tout un peuple reconnaît et sanctionne d'une seule voix comme la vérité même? (…) A de pareils vers, l'homme le plus sordide applaudit, et prend plaisir à la censure de ses propres vices. Jugez combien doit être plus grand l'effet de ces vérités quand elles sortent de la bouche d'un philosophe; lorsqu'à ses salutaires préceptes se mêlent quelques vers qui les gravent profondément dans les consciences peu éclairées! «Car, comme a dit Cléanthe, de même que notre souffle produit un son plus retentissant, s'il est comprimé dans l'étroite capacité d'un long tube qui se termine et lui donne passage par un plus large orifice; ainsi la gêne et la contrainte du vers ajoute à la pensée un nouvel éclat. » Telle idée se fait entendre sans intérêt et effleure à peine l'attention, si on l'exprime en prose; mais qu'elle prenne le rythme pour auxiliaire, que la pensée déjà heureuse, se plie aux entraves et à la concision du mètre, elle deviendra comme le trait pénétrant que lance une main puissante. Le rhéteur parle en cent façons du mépris des richesses (…). Mais l'esprit n'est-il pas plus vivement frappé, quand c'est le poète qui dit : « Le mortel le moins indigent est celui qui désire le moins; on a tout ce qu'on veut quand on ne veut que ce qui suffit.»

À l’inverse, deux vers des Troyennes (1128-1129) soulignent l’attitude superficielle de la foule au spectacle (il s’agit des Grecs et des Troyens qui assistent au sacrifice de la jeune Polyxène égorgée sur le tombeau d’Achille : « Un grande partie de la foule, toute futilité, à la fois hait le crime et s’en fait un spectacle ». Spectateurs et figurants sont assimilés par cette mise en abîme du spectacle tragique.

Toutes les allusions à des événements contemporains précis qu’on croit saisir dans ces pièces, en particulier les allusions aux assassinats politiques et à la tyrannie impériale, relèvent des lieux communs voire de référence précise à des sources grecques (cf. le vers 1038 de l’Œdipe où Jocaste dit « perce ce ventre » et rapproché des dernières paroles d’Agrippine rapportées par Tacite  « Frappe au ventre », formule qui est déjà dans l’Œdipe roi de Sophocle.

Peut-on extrapoler à partir des pièces de l’époque de Néron et non représentées sur des scènes publiques et estimer que les tragédies palliatae républicaines  étaient construites sur le même modèle? Oui, dans la mesure où les titres des pièces renvoient à une longue tradition républicaine, notamment Thyeste (4 occurrences), Médée (4) , Agamemnon (4), Les Troyennes (1) , Les Phéniciennes (1) ; oui, dans la mesure où toutes ces pièces renvoient, pour partie, à des originaux et des auteurs grecs (Sophocle, Euripide, Apollonios de Rhodes), comme les tragédies républicaines ; oui, dans la mesure où Sénèque connaît et cite Accius, le grand tragique républicain. Une nuance doit être cependant apportée : le grammairien Diomède (IVe siècle ap. J.-C.) affirme que « les auteurs latins introduisirent dans leurs pièces beaucoup de personnages pour en accroître l’éclat par ce grand nombre », alors que Sénèque se limite, comme les Grecs, à trois acteurs maximum dialoguant sur scène.

 

b. Œdipe, de Sénèque :

 

Œdipe est fondé sur la pièce de Sophocle « Œdipe Roi », mais avec de longues descriptions de la peste à Thèbes et des rituels nécromanciens et sacrificiels réalisés par le devin Tirésias.

Sénèque reprend et développe les images mythologiques de l'encerclement par une foule, images déjà présentes chez Sophocle ; Tirésias, dans sa pièce, "lit" longuement le destin d'Oedipe et de Jocaste dans les entrailles d'un bœuf et d'une génisse qu'il a préalablement sacrifiés ; et il met, ironiquement, dans un propos d'Oedipe à Tirésias et non l'inverse, ces paroles limpides : "Tu finiras en vile victime sacrifiée au salut commun" (comment mieux suggérer qu'il a parfaitement compris qu'Oedipe est un bouc émissaire ?) ! De même que Sophocle côtoyait Périclès, Sénèque était de l'entourage de Néron. Sans doute a-t-il vu, lui aussi, le phénomène de bouc émissaire s'ébaucher contre un puissant, contre Néron. Il comprend donc parfaitement, contrairement à la plupart de ses lecteurs ou spectateurs, Oedipe Roi de Sophocle.

Héro transformé en monstre pour éviter une condition humaine refusée.

Fatalité : rien ni personne n’est en mesure de changer ce qui a été décidé.

Sénèque suggère la modération, il dénonce le désir de grandeur et d’orgueil.

 

Chez les grecs, rupture du pouvoir ; à Rome, le pouvoir est perverti.

Ascendance féminine joue un rôle.

 

Nous sommes au matin, Oedipe nous le dit, au début d’un monologue de quatre-vingts vers ; le soleil semble éclairer avec peine une ville que la peste ravage. Quel fardeau que celui d’une royauté ! s’écrie le roi de Thèbes. Et il compare la royauté à une montagne que les vents assiègent, à une roche élevée au milieu de la mer, que les flots, même paisibles, battent incessamment. Il atteste les dieux qu’il n’a été roi que par hasard, malgré lui, qu’il est tombé sur un trône ; Les dieux l’avaient menacé d’un avenir d’inceste et de parricide ; il s’est enfui des états de Polybe, pour échapper à ce double crime, se fiant peu à lui-même, et mettant en sûreté tes saintes lois, ô nature, précaution d’un stoïcien, contemporain de Sénèque, et non d’un roi de la vieille Thèbes, où l’on ne connaissait pas le personnage de la Nature, mais seulement le destin et les dieux. Oedipe s’étonne de n’être pas atteint par le mal qui dévore ses peuples ; sa conclusion, c’est qu’il est l’auteur de la peste. Pourquoi ? Parce qu’Apollon n’a pu donner un royaume bien portant, regnum salubre, à un homme menacé de si grands crimes. Mais alors le drame est fini dès le quarantième vers. Car si Œdipe se croit l’auteur de la peste, s’il est convaincu que la menace des dieux a fait de lui un roi contagieux, que ne sort-il à l’instant de la scène, pour s’arracher les yeux ?

Non, Oedipe reste pour faire aux amis de Sénèque une description de la peste. Oedipe a déjà rempli les deux conditions du drame bâtard de cette époque : il a fait en premier lieu une déclamation sur les inconvénients de la royauté ; il va faire une description de la peste. Mais comment s’y prendra-t-il ? Homère, Sophocle, Lucrèce, Virgile, Ovide, ont fait des descriptions de la peste, où il n’y a guère à ajouter ; c’est un thème usé, rebattu ; que va-t-il dire de neuf sur la peste ? C’est là précisément ce qui excite l’attente des amis de Sénèque, et Sénèque ne négligera rien pour ne pas la tromper. Les premiers peintres de ces grandes catastrophes se contentaient de traits généraux, sommaires, laissant à l’imagination le triste soin de compléter le tableau ; Oedipe ramassera les menus détails, les petits traits dédaignés ; il se mettra à la suite des porteurs et soulèvera les linceuls, pour voir la couleur des pestiférés ; il s’abattra comme les vautours sur les cadavres, pour noter les altérations de la mort ; il nous montrera des gens qui sont brûlés sur des bûchers destinés à d’autres ; des mères qui y portent un fils, et vont en toute hâte (properant) à la maison pour en chercher un second ; des bûchers volés ; des tombeaux violés ; et deux lignes plus bas, plus de terre pour les tombeaux, plus de forêts pour les bûchers ; des médecins mourants sur leurs malades. Les amis de Sénèque auront applaudi, surtout à ce trait final : La maladie tue le secours (v. 70.) Quant à Oedipe, il veut quitter cette ville de larmes, où il disait tout à l’heure qu’il n’y avait plus de larmes : Il veut s’enfuir, fût-ce chez ses parents. Évidemment l’exaltation lui ôte ici le sens commun ; car retourner à Corinthe, c’est courir au-devant de l’inceste et de l’assassinat qui lui ont été prédits.

Jocaste cherche à le raffermir par une déclamation sur celui des nombreux devoirs de la royauté qui consiste à montrer d’autant plus de fermeté que la situation est plus chancelante. Sans doute, répond Oedipe par une description, s’il s’agissait de me battre contre une armée ou de recommencer avec le Sphinx, je n’aurais pas peur. Et il raconte minutieusement comment le Sphinx ouvrait sa gueule effroyable, comment la terre était jonchée tout à l’entour d’ossements blancs, restes des abominables repas du monstre ; comment, du haut de son rocher, il agitait ses ailes et sa queue, faisait craquer ses mâchoires, grattait le roc avec ses ongles, attendant les entrailles d’Oedipe (v. 100.) Le mal de Thèbes vient sans doute des représailles du Sphinx, dit en finissant ce sage roi, après avoir dit au commencement qu’il venait de l’oracle ; et il quitte la scène.

Le chœur s’en empare, et se met aussi à décrire. Quoi ? Encore la peste. Sénèque a voulu transporter ses amis. Une première description les avait étonnés. Une seconde les mettra hors d’eux-mêmes. Oedipe avait montré la peste dans ses rapports avec les hommes ; le chœur va la montrer dans ses rapports avec les animaux. La brebis, l’agneau, le taureau, tant celui des sacrifices que celui des pâturages, le cheval, la vache, la génisse, les loups, les cerfs, les lions, les ours, les serpents, figurent dans cette énumération. Puis viennent les embarras de Caron, le nautonier des enfers, car une telle dépopulation doit lui donner de la besogne ; puis les prodiges qui accompagnent la peste, puis les différents symptômes ou aspects de la maladie, langueur des membres, rougeur du visage, immobilité du regard, bourdonnements d’oreilles, saignements du nez, gémissements des entrailles, borborygmes, rien n’y manque. Estimable chœur ! Qui conserve assez de sang-froid au milieu de toutes ces funérailles pour faire des jeux de style et de l’esprit de mots imperturbable ; qui ne trouve pas une larme à verser, pas une prière à adresser aux dieux ; qui seul est sain de corps, sinon d’esprit, dans ce peuple mourant, dans cette ville infortunée dont les sept portes ne sont pas assez larges pour le passage des convois funèbres (v. 130). Ne cherchez pas là d’exposition. Qu’est-ce qu’Oedipe ? D’où vient Oedipe ? Que nous veut Oedipe ? Un art quelque peu dramatique mettrait le spectateur au courant de toutes ces choses ; mais il n’y a pas d’art dramatique ici, et l’exposition ne servirait à rien. Le sujet d’Oedipe est un thème de déclamation ; Sénèque se dispense de tout préliminaire ; son auditoire en sait là-dessus autant qu’il est besoin pour l’espèce d’effet qu’il recherche. Nous assistons à une lecture, et point à un drame joué.

Créon arrive de Delphes, où il est allé consulter l’oracle d’Apollon1. Oedipe lui demande ce qu’a dit l’oracle. Créon répond par une description du temple d’Apollon, des lauriers qui s’agitent, de la fontaine Castalie qui s’arrête tout court, du trouble qu’il a éprouvé lui-même ; après quoi il en vient à l’oracle. Cet oracle est double comme tous les oracles ; il désigne obscurément que le meurtrier de Laïus est un étranger, lequel doit rentrer un jour dans le sein de sa mère. Ces dernières paroles glissent sur Oedipe, lui qui tout à l’heure parlait avec effroi de l’inceste dont il a été menacé par les destins. Il ne trouve pas étrange qu’un homme ait commis le même crime qui est suspendu sur sa tête ; mais il songe à son rôle de roi qui l’oblige à pourvoir à la sûreté de la royauté, et il appelle tous les maux et tous les supplices sur le meurtrier de Laïus. Cependant sa curiosité est légèrement excitée. Où donc Laïus a-t-il été tué ? demande-t-il. Belle occasion, pour Créon, d’une nouvelle description. Il décrit donc les riches vignobles de la Phocide, et la pente si molle du Parnasse, et tous ces petits ruisseaux qui arrosent la vallée du côté de l’Attique, le tout pour en arriver aux trois routes. Le mot redoutable des trois routes, qui, dans le drame grec, secouera l’âme d’Oedipe, ne dérange même pas l’Oedipe de Sénèque. Il écoute patiemment la description de Créon, comme pourrait faire l’auditoire de Sénèque, quand surviennent Tirésias et Manto sa fille, lesquels, à ce qu’il semble, ont dirigé leur promenade vers le palais d’Oedipe. Puisque voilà, Tirésias, remarque Oedipe, il convient que nous le consultions sur le criminel désigné par l’oracle. Tirésias répond que des deux moyens d’arracher la vérité aux dieux, il choisira le moins fatigant pour lui, vieux et cassé. En effet, ou bien le devin se soumettait à toute la fatigue du vaticinium, c’est-à-dire donnait entrée au dieu dans sa poitrine, au prix de tous les accidents physiques résultant de cette cohabitation momentanée de l’homme et de la divinité ; ou bien il usait de l’intermédiaire des bêtes. Faites donc avancer vers l’autel un taureau blanc, demande le vieillard à quelqu’un, peut-être à des sacrificateurs qui l’ont accompagné. Sa fille Manto lui dit qu’une grasse victime est debout devant l’autel. Vont-ils l’égorger, bons dieux ! oui, et, après l’avoir égorgée, ils en feront l’anatomie : écoutez. C’est Manto qui sacrifie pour son père aveugle, par procuration. Déjà l’encens fume, la flamme brille : Va-t-elle droit au ciel ? demande Tirésias ; est-elle vive et éclatante, ou bien se dissipe-t-elle en tourbillons de fumée ? Manto ne peut lui dire de quelle couleur est cette flamme ; elle flotte entre le ton rouge du sang, et le ton grisâtre de la fumée. Mais voilà qu’elle se divise tout à coup en deux flammes bien distinctes ; la discorde est entre elles deux (discors favilla) ; elles paraissent s’attaquer et se combattre. Première description par demandes et par réponses. Seconde description. On immole un bœuf et une génisse. — Souffrent-ils paisiblement les attouchements préparatoires des sacrificateurs ? — Non. Le taureau, tourné vers l’orient, a eu peur du jour et de la lumière du soleil. — Tous deux tombent-ils à terre du premier coup ? — La génisse, oui ; et même elle va au-devant du fer, et s’en revêt, comme dit le poète, fort applaudi pour cette expression neuve (semet induit) ; mais le taureau ne succombe qu’après deux coups, et rend le sang par les yeux. — Maintenant, qu’est-ce que cette flamme double, qu’est-ce que ce taureau, qu’est-ce que cette génisse ? Les deux flammes sont Étéocle et Polynice en guerre l’un contre l’autre. Le taureau, c’est Oedipe pleurant du sang, et achevant dans la plus horrible cécité sa misérable vie. La génisse, c’est Jocaste se donnant la mort. Voilà le beau des littératures de décadence ; le beau d’une tuerie, le beau d’un abattoir : voilà l’érudition des littératures de décadence ; un cours complet de pyromancie, de capnonnancie, d’hiéroscopie. Et c’est une jeune fille de la Grèce qui le fait l Le prêtre du drame antique livrait à la flamme la chair de la victime, et ne l’étalait pas toute pantelante sur le seuil des temples. Le spectateur ne voyait du sacrifice que les fleurs, les bandelettes et les vaporeuses exhalaisons des autels. Avec Sénèque, nous en avons la cuisine. Maintenant il s’agit de la partie la plus scabreuse de l’énigme. Il faut trouver un inceste dans les entrailles de la génisse. La jeune Manto y plonge les yeux et les mains ; elle y constate un renversement des lois de la nature, elle y voit un germe doublement monstrueux, puisque ce germe se trouve dans le ventre d’une génisse (innuptoe), et qu’il n’y est pas à sa place naturelle. Fous croiriez entendre une apprentie sage-femme parlant d’un cas grave en matière d’accouchement, avec toute la liberté des mots techniques.

Malgré le tour de force que vient de faire Sénèque, pour traduire à ses amis la destinée d’Oedipe et de sa famille en énigmes hiéroscopiques, Tirésias ne se trouve pas suffisamment éclairé ; il se dispose donc à évoquer tous les morts du Tartare, et. Laïus lui-même, pour le faire parler. Oedipe prie Créon, comme étant le premier du royaume après lui, d’assister à la séance de nécromancie que va donner Tirésias. Le vieillard sort avec sa fille et Créon, après avoir invité le chœur à chanter, pendant la cérémonie, les louanges de Bacchus ; ce à quoi l’on ne s’attendait guère. Ce chant est toute l’histoire de Bacchus, avec force descriptions, et force érudition mythologique. La poésie en est aisée, harmonieuse, mais trop chargée d’épithètes. En voici le début, qui a de la grâce et du mouvement : Ô toi qui couronnes de pampre mobile ta chevelure flottante ; toi dont les bras délicats sont armés du thyrse de Nysa, Bacchus, honneur du ciel, entends les vœux que la noble Thèbes, ta ville de prédilection, t’adresse en suppliante. Détourne vers nous ta tête gracieuse comme celle d’une vierge ; que ton visage, brillant comme une étoile, dissipe ces nuages qui nous couvrent, et apaise les tristes menaces de l’Érèbe et l’avidité du destin ! Comme les fleurs printanières qui sont mêlées à ta chevelure, comme cette mitre tyrienne et cette couronne de lierre chargée de grappes relèvent la beauté de ton front ! Comme il te sied bien de laisser flotter au hasard tes cheveux, ou bien de les ramener par un nœud sur ta tête ! (v. 403.)

Créon vient rendre compte à Oedipe des opérations de Tirésias1. Mais comme il n’a que des choses fort désagréables à dire au roi, il hésite, il refuse de les expliquer. De là, échange de sentences déclamatoires entre Oedipe et Créon. Créon soutient qu’il y a des vérités qu’il faut taire, des maux qu’il ne faut pas guérir, quand on ne peut y appliquer que de honteux remèdes ; Oedipe parle des inconvénients, de l’ignorance, mais il appuie ses sentences abstraites de menaces positives. Tout ce dialogue est court, mais n’est point pressé ; les hommes de Sénèque ne savent comment tenir la conversation ; quand ils ne déclament ni ne décrivent, ils n’ont rien à dire. Aussi Créon se hâte-t-il d’arriver à une description, moins, en vérité, parce qu’Oedipe l’y contraint que parce que la conversation cesserait si la description ne venait à son secours. La description de Créon est une vraie déclamation poétique, telle que les rhéteurs en devaient donner la matière à leurs élèves. Voici comment je suppose que cette matière pouvait être rédigée :

1° Vous peindrez le lieu de l’évocation infernale. Ce sera une forêt sombre. Au milieu de la forêt s’élèvera un vieux chêne ; vous peindrez ce roi de la forêt. C’est sous son feuillage que Tirésias évoquera les ombres.

2° Vous décrirez l’extérieur, les cheveux blancs, la démarche, le costume sacerdotal du vieillard.

3° Vous direz quelles sont les cérémonies préparatoires en pareil cas ; les libations de vin et de lait, les paroles magiques, l’immolation des victimes, etc.

4° Vous ferez la peinture des bouleversements qui suivent l’évocation, tels que : aboiements de la meute infernale, ébranlement du sol, affaissement de la forêt, longs craquements des chênes, etc.

5° Vous énumérerez les divinités infernales évoquées par l’art tout-puissant de

Tirésias, et vous ferez comparaître toutes les ombres en présence du devin.

6° Nous montrerez Laïus résistant longtemps à l’appel du vieux prêtre, honteux de lui, se cachant derrière les autres ombres, jusqu’à ce qu’une der-ni ère et impérieuse parole du devin l’ait forcé de produire son visage. Fous lui ferez tenir un discours amer, dans lequel il éclatera en indignation contre Oedipe, sans pourtant le nommer.

Telle est la matière développée par Sénèque. Il a mis dans la forêt sombre des cyprès, des chênes, des lauriers, des tilleuls, des aulnes, des pins, chaque arbre avec une épithète qualificative qui exprime soit sa couleur, soit ses propriétés, soit l’usage qu’on en fait. Il a décrit le vieux chêne avec luxe ; mais il a ajouté, de son invention, une source d’eau croupissante, que l’arbre couvre de son feuillage. Il a fait de Tirésias un fantôme vêtu de deuil des pieds à la tête. Il a peint les accidents de toute nature qui accompagnent les évocations ; il a énuméré les dieux infernaux, puis les morts de quelque renom ; il a ajouté à la matière un portrait : de Laïus dont les membres ruissellent de sang, et dont la chevelure est sale et mal peignée ; enfin, il l’a fait parler d’une bouche furieuse (ore rabido) ; renchérissant sur la donnée de la matière, et la développant par l’amplification. 1 Sénèque, Oedipe, acte III, vers 509 et suivants.

Que fait Oedipe pendant les cent cinquante vers de Créon ? Il fait comme pouvait faire l’auditoire de Sénèque ; il écoute patiemment ; il n’interrompt Créon, ni à sa description de la foret, ni à sa description de Tirésias, ni à sa description des cérémonies préparatoires, ni à sa description de Laïus ; il sait que Créon a l’habitude de décrire ; qu’avec lui on n’en vient au fait que quand tous les accessoires sont épuisés ; qu’en l’interrompant, il reculerait encore les véritables explications. Il se résigne donc, et attend la fin. Mais quand son beau-frère s’est tu, il proteste. Ce ne peut pas être lui, Oedipe, que Laïus a désigné ; il n’a pas tué son père, puisque Polybe est en vie ; il n’est pas le mari incestueux de sa mère, puisque Mérope est toujours l’épouse de Polybe. Tirésias a donc menti. Nul doute, Tirésias et Créon s’entendent pour lui ôter sa couronne. Créon se défend de ce prétendu complot. Lui, le frère de Jocaste, le premier prince du sang, qui a les douceurs de la royauté, sans en avoir les charges ; lui dont le palais est toujours rempli de citoyens ; lui qui a un beau train de maison, une table richement servie (cultus, opulente dapes), lui, Créon, conspirer ! Œdipe réplique par des sentences. Le chemin le plus sûr pour celui qui veut régner, c’est de faire l’éloge des situations modestes, et de parler du repos et du sommeil. Souvent l’ambitieux inquiet feint la tranquillité. (v. 682.) Créon oppose à ces sentences des sentences sur les haines que la tyrannie enfante, et sur les craintes de celui qui se fait craindre. Oedipe impatienté le fait enfermer dans une caverne de pierre (saxeo specu). C’est la raison finale des tyrans.

Ce chœur attribue les maux de Thèbes à une vieille colère des dieux. Depuis l’arrivée de Cadmus dans ce pays, Thèbes n’a éprouvé que des malheurs. - Description de ces malheurs : 1° le dragon ailé dont les dents produisent des hommes armés qui s’entre-détruisent ; 2° le combat de ces hommes ; 3° la métamorphose d’Actéon, petit-fils de Cadmus, en cerf. Ce dernier tableau est agréable ; les traits en sont jolis, quoique marqués d’une certaine mignardise, la seule grâce des poésies de décadence. Que dire des destins du petit-fils de Cadmus, quand les cornes vivaces d’un cerf couvrirent son front d’une étrange ramure, et que ses chiens se mirent à poursuivre leur maître ? L’agile Actéon s’enfuit à travers les forêts et les montagnes ; plus rapide comme cerf que comme chasseur, il franchit les déserts et les rochers, ayant peur de la plume soulevée par les zéphyrs, et évitant les rêts qu’il avait tendus ; jusqu’à ce qu’arrivé sur le bord du ruisseau paisible où la déesse trop farouche avait baigné son beau corps de vierge, il vit ses cornes et sa face de bête fauve. (v. 754.)

Oedipe, revenu de sa colère contre Créon, a interrogé ses souvenirs. Sa conscience ne lui reproche rien ; mais sa mémoire lui rappelle qu’il a tué un vieillard dans les champs de la Phocide, à l’endroit des trois routes. Il questionne Jocaste sur l’âge de Laïus, l’époque de sa mort, les circonstances de son voyage. Du reste, il a protesté d’avance de son innocence, mais en stoïcien, bien plus qu’en homme de la fatalité. Sous la monarchie des Labdacides, au temps où l’on croyait plus aux oracles qu’à sa conscience, Oedipe craint trop les dieux pour oser se dire innocent malgré eux ; sa conscience ne lui est d’aucun secours contre ces terreurs : mais du temps de Sénèque, Oedipe, philosophe et stoïcien, s’est corrigé des préjugés de l’Oedipe grec ; il met sa conscience au-dessus des dieux. Les dieux du ciel et de l’enfer s’accordent à m’accuser du meurtre de Laïus ; mais mon cœur est innocent ; il se connaît mieux que ne le connaissent les dieux, et il nie le crime. (v. 765.) Du reste, les vers sont beaux. Ils sont du même temps, et on peut dire de la même famille que celui de Lucain :

Les dieux ont été pour le vainqueur ; mais les vaincus ont eu pour eux Caton. (Phars. I, v. 128.) On peut passer à un faiseur de drames de négliger la vérité locale, quand la vérité universelle en profite. On blâme les héros de Sénèque, non parce qu’ils sont faux au point de vue de leur époque, mais parce qu’ils ne seraient vrais au point de vue d’aucune époque. S’ils n’étaient que philosophes et moralistes, on changerait leurs noms, et on lirait avec respect leurs sentences ; mais ils sont les exagérés d’une certaine secte, et les dupes d’une certaine morale, et, de plus, grands déclamateurs et faiseurs de descriptions. Aussi les trouve-t-on insupportables.

Pendant qu’Oedipe se fait raconter par Jocaste les circonstances qui ont accompagné le meurtre de Laïus, arrive un vieillard de Corinthe qui apprend aux deux époux la mort de Polybe, et invite Oedipe, au nom du peuple corinthien, à venir prendre possession du trône resté vacant. Oedipe ne veut pas aller à Corinthe : car s’il vient d’échapper au parricide, doit-il s’exposer à l’inceste ? Mérope vit encore. - Le vieillard lui apprend qu’il n’est pas le fils de Mérope et de Polybe. - De qui donc est-il né ? — C’est moi, dit le vieillard, qui vous ai reçu enfant des mains d’un pâtre de Laïus. — Ce pâtre est appelé, c’est Phorbas. Les deux vieillards se reconnaissent. Mais Phorbas ne veut rien dire. Oedipe le menace du feu : Qui suis-je ? s’écrie-t-il ; quel père m’a engendré ? Quelle mère m’a porté dans son sein ? — Tu es l’enfant de ta femme, répond Phorbas. (v.866.) Alors Oedipe appelle sur sa tête déshonorée la vengeance des hommes et des dieux. Le stoïcien redevient l’homme du destin. Les souvenirs de l’art grec inspirent de beaux cris de douleur à Sénèque : Que les pères et les fils plongent le fer dans mon sein ; que les femmes et les frères s’arment contre moi ; que mon peuple malade lance sur moi la flamine arrachée aux bûchers ! Me voilà devenu l’opprobre de cet âge, l’objet des haines divines, l’homme en qui les plus saintes lois ont été détruites ; digne de mort dès le jour où je suis né ! (v. 372.)

Au reste, tout cet acte est imité du grec. Les interrogatoires sont presque les mêmes ; et, sauf quelques sentences fort alambiquées que le poète latin met dans la bouche du vieillard de Corinthe, le dialogue est naturel et souvent énergique. Il faut dire encore que cet acte est sans description ; Oedipe, parlant de son aventure à l’endroit des trois routes, s’est borné à quelques vers, peut-être parce que Créon a déjà fort longuement décrit les localités. Toutefois, comme il restait assez de détails connus d’Oedipe seul, pour donner matière à un récit, il faut savoir gré à Sénèque de s’en être abstenu, et de n’avoir pas refait le beau récit de Sophocle. Mais qui oserait dire que Sénèque fût aussi content de cet acte-là que des autres ? Pour moi, je doute fort qu’un acte sans description ait paru aux amis de Sénèque suffisamment nourri ; et je crois volontiers que le morceau le plus goûté dut être ce petit chœur de la fin, en tout petits vers spirituels, sur l’inconvénient des hautes fortunes, et l’avantage de se tenir dans le milieu ; banalité philosophique prouvée par l’exemple ou plutôt par la description des aventures de Dédale et d’Icare, celui-ci tombant dans la mer pour s’être trop approché du soleil, celui-là se tenant à mi-chemin des nuages. Mais le début en est poétique. Si j’étais maître de me faire une destinée à ma guise, je voudrais un léger zéphyr pour enfler une voile, et non pas un vent violent qui ébranlât les antennes. Je voudrais voir mon vaisseau voguer sans péril au gré d’un souffle doux et modéré, qui ne fît pas pencher ses flancs sur les ondes. Je voudrais mener une vie sûre et tranquille dans un chemin intermédiaire. (v. 882.)

Mais que cette petite poésie élégiaque nous met loin de la peste qui ravage Thèbes, et des épouvantables malheurs d’Oedipe ! Quel moment bien choisi pour monter la lyre au ton de l’idylle de Moschus !

Un messager vient annoncer comment Oedipe s’est arraché les yeux1. Le malheureux a d’abord rugi comme un lion de Libye ; tout couvert de sueur et d’écume, il a proféré d’horribles menaces ; ensuite il a délibéré de quelle mort il devait mourir. Après avoir hésité entre le fer et la flamme, après avoir demandé un tigre ou un vautour pour déchirer ses entrailles, il a trouvé que ce n’était pas assez de mourir, quelle que fût la façon ; qu’il ne pouvait pas être assez puni pour tous ses crimes ; que la nature ayant changé ses lois pour le faire criminel, il fallait qu’il innovât en matière de supplices ; enfin, il s’est décidé pour une espèce de fin qui ne fût ni tout à fait la mort, ni tout à fait la vie, mais qui fit honneur à la sagacité d’un devineur d’énigmes, et il s’est arraché les yeux. Le messager consacre quinze vers à décrire cette opération, dont les détails sont dégoûtants. Dans la décadence romaine, de telles horreurs ne sont qu’en récit ; dans d’autres décadences, elles sont en action. J’aime encore mieux l’art qui me les fait lire, que l’art qui me les fait voir. Le chœur, qui aperçoit Oedipe souillé de sang, et, à la place de ses yeux, deux trous creusés avec ses ongles, reconnaît la main de fer de la destinée, et déclare que nul n’y peut échapper. C’est un morceau de philosophie fait à froid ; mais enfin il est dans la situation2.

Tout à coup Jocaste arrivé. Quelle témérité de mettre en présence l’un de l’autre l’incestueux et sa mère, et que vont-ils se dire ? L’art grec avait éludé cette difficulté ; il retirait Jocaste de la scène pour la faire mourir sans bruit ; il ne croyait pas que ces deux êtres, frappés par les dieux, pussent échanger une parole qui ne fût une souillure. Sénèque n’a pas eu peur de ce qui avait effarouché l’art grec, et, aux grands applaudissements de ses amis, il a ménagé une dernière entrevue entre Oedipe et sa mère, qui est sa femme. Ou cette entrevue sera sublime, ou elle sera ridicule. On en va juger. Le chœur voit venir Jocaste, furieuse comme Agave ; ses maux lui ont ôté sa pudeur ; elle s’arrête à l’aspect d’Oedipe mutilé ; sa voix hésite dans sa bouche. Pourquoi cette hésitation ? C’est qu’il s’agit pour elle d’un travail d’esprit assez compliqué ; il s’agit de savoir quel nom elle doit donner à l’homme qui est là devant elle. Dira-t-elle : Mon fils ? Oedipe entend ce mot. Qui me rend mes yeux ? s’écrie-t-il. Hélas ! hélas ! c’est la voix de ma mère. (v. 1013.) Oedipe sent bien que deux êtres souillés comme Jocaste et lui ne doivent plus se rencontrer, et il fait la critique de Sénèque, en demandant que la mer et tous ses abîmes, que la terre et toutes ses profondeurs le séparent de cette femme. Jocaste se choque de ce scrupule. C’est la faute du Destin, dit-elle ; le Destin ne peut pas faire un coupable. (v. 1019.)1 Sénèque, Oedipe, acte V, vers 915-979. 2 J’en ai donné la traduction dans la première partie. Elle a raison. Mais alors pourquoi se tuer ? Elle se tue, en effet, donnant un démenti immédiat à cette bravade stoïcienne. Seulement, comme Oedipe, elle ne sait où elle doit se frapper, si c’est à la gorge ou au cœur ; elle se décide pour le ventre, pour ce ventre qui a porté son mari et son fils. (v. 1039.)

Voilà tout l’effet qu’a tiré Sénèque de cette entrevue. Jocaste ne sait quel nom donner à Oedipe, ni quel genre de mort choisir, et elle commet la grossière contradiction de se proclamer innocente et de se tuer. Oedipe s’en tire un peu plus convenablement, car il demande une séparation complète et éternelle ; et entendant cette raisonneuse qui fait l’esprit fort, ait lieu de mourir de bonne grâce, il la prie de ne plus ajouter un mot et d’épargner ses oreilles. (v. 1020.) Quand tout est fini, Oedipe accuse Apollon de ses malheurs, et s’exhorte, dans une apostrophe qu’il s’adresse à lui-même, à sortir du territoire thébain. Il fait deux pas en avant ; mais au troisième : Arrête-toi, se dit-il, de peur de te heurter contre ta mère. (v. 1051.) Ayant tourné l’obstacle, il invite tous les malades de Thèbes à relever la tête et à respirer un air que ne souillera plus sa présence. Par un reste de sollicitude royale, il recommande à ceux qui l’entourent dé porter vite des secours aux malades désespérés. Enfin, il sort, emmenant avec lui tous les fléaux qui désolaient Thèbes, le frisson, la maigreur, la peste, la douleur convulsive ; — et c’est tout. Le chœur ne dit rien, et la lecture en finit là. Les amis de Sénèque trouvent sa pièce fort supérieure à celle de Sophocle.

 

c. Thyeste :

 

Une histoire de famille, destin implacable de génération en génération.

 

Histoire de Tantale :

 

Selon Pausanias, lorsque le voleur Pandarée vint lui remettre le chien d'or sacré volé dans le temple de Zeus en Crète, Tantale nia le posséder puis refusa de le rendre à Hermès.

Les dieux honorèrent son amitié et ils le reçurent à leur table divine où il put voir leur nourriture. Selon Pindare, il aurait volé de l'ambroisie pour donner ce mets divin aux mortels. Les dieux le punirent en lui interdisant de revenir à l'Olympe, ce qui l'offensa gravement.

Pour se venger, Tantale invita les dieux à un banquet prétendument pour se faire pardonner ce qui était en fait un faux prétexte. En effet, il leur servit en ragoût son propre fils Pélops. Bien que les dieux eussent tout de suite vu qu'il s'agissait de viande humaine, Déméter, perturbée par la perte de sa fille, aurait quand même consommé un bout d'épaule. Zeus aurait ordonné à Hermès de ramener l'enfant des enfers pour prendre la place de son père et de remplacer son épaule par un bout d'ivoire. D'autres versions racontent que c'est Clotho, l'une des Moires, qui ramena Pélops en faisant bouillir son corps dans sa salive.

Les dieux, offusqués, condamnèrent le roi à ce qui deviendra le supplice de Tantale : passer l'éternité dans le Tartare à souffrir un triple supplice.

Dans l'Odyssée, Homère raconte qu'il est placé au milieu d'un fleuve et sous des arbres fruitiers, mais le cours du fleuve s'assèche quand il se penche pour en boire, et le vent éloigne les branches de l'arbre quand il tend la main pour en attraper les fruits.

Au-dessus de sa tête se tient en équilibre un énorme rocher qui menace de tomber à tout moment. Une angoisse mortelle étreint sans cesse sa gorge constituant ainsi le troisième supplice.

 

Histoire de Pélops :

 

Selon Ovide, Pélops fut tué dans son enfance par son père qui le servit aux dieux lors d'un banquet pour tester leur omniscience. Les dieux comprirent la supercherie et ramenèrent Pélops à la vie et lui donnèrent une épaule en ivoire pour remplacer celle que Déméter, la seule divinité qui n'avait pas reconnu sa nourriture, avait mangée. Certaines traditions affirment que les descendants de Pélops en avaient tous gardé une marque blanche sur l'épaule.

Ce fut à la suite de cette résurrection que Poséidon tomba amoureux du jeune homme et l'enleva afin d'en faire son amant et son échanson, comme plus tard Zeus le fit avec le jeune Ganymède. Cependant Pélops repartit sur terre par ordre de Zeus, parce que son père Tantale obtenait de son fils de l'ambroisie (nourriture des Dieux) et du nectar (boisson des Dieux) qu'il offrait ensuite à certains mortels. C'est ainsi que notre héros Pélops se rendit en Grèce où il fit la rencontre d'Hippodamie, sa future épouse.

En effet, Pélops obtint la main d'Hippodamie dans une célèbre course de char contre le père de celle-ci, Œnomaos, roi de Pise en Élide. Selon Pindare, ce roi avait l'habitude de tuer les prétendants qui perdaient contre lui. Pélops gagna la compétition non seulement en conduisant les chevaux ailés que lui avait offerts Poséidon, mais en soudoyant Myrtilos, l'écuyer d'Œnomaos, pour qu'il retire un boulon du char de son maître. Le roi mourut traîné par ses chevaux. Pélops noya par la suite Myrtilos pour éviter de payer le pot-de-vin, soit la moitié du royaume de son maître et une nuit avec Hippodamie qu'il convoitait depuis longtemps. En mourant, Myrtilos maudit Pélops et ses descendants. On attribua à cette malédiction les malheurs de la maison d'Atrée, le fils de Pélops. Hippodamie lui donna de nombreux autres enfants, dont Thyeste, Atrée, Alcyone, Trézène, Sicyon, Sciron, Coprée, Dias, Alcathoos, Nicippé, Cléoné, Eurydice, Eurymède et Pitthée. Avec la nymphe Danaïs, il eut un autre fils, Chrysippe.

 

Histoire d’Atrée :

 

Atrée et son frère jumeau Thyeste obtinrent le trône de Mycènes en l'absence du roi Eurysthée. En principe cette régence aurait dû être temporaire mais elle devint permanente à la mort du roi au cours du conflit. Les deux frères assassinèrent leur demi-frère Chrysippe.

Atrée fit le vœu de sacrifier son meilleur agneau à Artémis. En cherchant son troupeau, néanmoins, Atrée découvrit un agneau doré qu'il offrit à sa femme Érope, pour le dissimuler à la déesse. Elle l'offrit à son tour à son amant, Thyeste, qui convainquit alors son frère de convenir que celui qui possèdera l'agneau serait roi : Thyeste produisit l'agneau et réclama le trône.

Atrée récupéra le trône en suivant les conseils d'Hermès : Thyeste accepta de rendre le royaume quand le soleil irait à l'envers dans le ciel, un miracle qu'accomplit Zeus. Atrée bannit alors Thyeste.

Atrée apprit alors l'adultère de Thyeste et Érope et résolut de se venger. Il tua les fils de Thyeste et les fit cuire, ne conservant que leurs mains et leurs pieds. Il les donna à manger à son frère lors d'un banquet de réconciliation puis lui montra les membres coupés.

Un oracle annonça alors à Thyeste que s'il avait un fils de sa propre fille Pélopia, ce fils tuerait Atrée. Thyeste engendra ce fils, Égisthe. Néanmoins, à la naissance d'Égisthe, la mère abandonna son enfant, honteuse de l'acte incestueux. Un berger découvrit l'enfant et le donna à Atrée qui l'éleva comme son fils. C'est seulement à l'âge adulte que la vérité fut révélée à Égisthe. Égisthe tua alors Atrée.

 

Histoire de Thyeste :

 

Il séduisit sa belle-sœur Érope et en eut plusieurs enfants. Atrée ayant découvert leur commerce adultère, Thyeste s'enfuit en Épire. Cependant il revint bientôt en Argolide à la prière d'Atrée, qui feignit de se réconcilier avec lui. Mais, dans le festin qui signalait leur réconciliation, Atrée fit manger à Thyeste les chairs des fils dont Érope l'avait rendu père, puis il lui révéla tout.

Thyeste éleva pour la vengeance Égisthe, fils né d'un commerce incestueux qu'il avait eu avec Pélopia, et, quand ce fils fut devenu grand, il l'envoya sous un faux nom auprès d'Atrée, qu'il ne tarda point à mettre à mort. Thyeste alors occupa le trône d'Argos, mais Agamemnon et Ménélas l'en chassèrent, et il alla mourir dans l'île de Cythère.



22/07/2012
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