Cours de psychologie

Le théâtre latin (UEL)

Le Théâtre Latin

 

 

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I. Introduction.

 

 

Le théâtre latin est, dans la littérature latine, l'ensemble des pièces du genre littéraire théâtral produites en langue latine du temps de la Rome antique.

Un théâtre romain désigne un édifice antique destiné aux représentations théâtrales durant la même période.

Héritier du théâtre grec antique, où il était lié au culte de Dionysos, le théâtre latin s'en démarque sur de nombreux points. S'il est associé à l'origine à des cérémonies religieuses, il évolue vite vers des formes de représentation profanes, dans lesquelles l'écriture, le jeu des acteurs et la mise en scène sont nettement codifiés.

 

1. Le genre théâtral :

 

a. Les principaux auteurs du théâtre latin :

 

Dans la comédie latine s'illustraient principalement Plaute et Térence. Toutes les pièces étaient imitées de la néa (nouvelle comédie grecque), particulièrement de Ménandre, par le procédé de la contaminatio littéraire ; elles ont elles-mêmes souvent inspiré les auteurs classiques, comme Molière qui reprit l'Aulularia de Plaute dans L'Avare.

   - Plaute : Titus Maccius Plautus (v.254 av. J.-C.-184 av. J.-C.), poète comique latin très populaire dans la Rome antique. Ses comédies (dont vingt sont parvenues jusqu'à nous, et qu'il est impossible de dater) montrent avec beaucoup de verve le petit peuple romain: Amphitryon, Le Soldat fanfaron, Les Ménechmes, L'Aulularia (La Comédie de la Marmite). Molière a repris également Amphitryon.

   - Térence : Publius Terentius Afer (v.191 av. J.-C. - 159 av. J.-C.), poète comique latin, né à Carthage. Ses comédies font s'affronter des personnages décrits avec une grande finesse psychologique et animés de bons sentiments : L'Andrienne, L'homme qui se punit lui-même, L'Hécyre, L'Eunuque, Les Adelphes, Phormion (dont s'inspira Molière dans Les Fourberies de Scapin).

 

Sénèque le Jeune est quant à lui le principal représentant du théâtre tragique latin.

 

b. Les types de pièces de théâtre :

 

Le public voulait avant tout du sensationnel : la mise en scène devint donc somptueuse, extravagante et fantastique. Le texte est secondaire.

 

Les pièces préférées des Romains étaient :

   - L'atellane, une courte farce, improvisée par des acteurs portant un masque et incarnant des personnages de convention comme Maccus, Bucco, Dossenus, et des êtres monstrueux comme Manducus (l'ogre) et Lamia (l'ogresse), etc. Empruntés à la vie quotidienne, les thèmes étaient très simples. Genre essentiellement caricatural, l'atellane séduisait par son caractère familier et ne reculait pas devant l'obscénité. Souvent l'atellane servait de conclusion aux jeux scéniques. L'atellane est l'ancêtre de la commedia dell'arte.

   - Le mime, spectacle de danse, qui met en scène des sujets légers, voire grossiers ; c'est le seul spectacle où jouent des actrices, souvent associées à des prostituées. Il ne faut pas confondre le mime dans le monde antique avec le mime au sens moderne, qui désigne un spectacle où les rôles sont uniquement gestuels, sans paroles et avec un accompagnement musical. À Rome, le mime fut une espèce de représentation plutôt dramatique dans laquelle les acteurs jouaient pieds nus et sans masques des scènes quotidiennes ou romanesques, dites en prose. L'essentiel reposait sur la gesticulation, la danse, sur tout ce qui s'adressait aux sens plutôt qu'à l'intelligence.

   - La pantomime, spectacle typiquement romain, ballet à sujet mythologique, souvent tragique. Elle succéda au mime où un acteur-danseur unique (le pantomimus) mimait une histoire dans un spectacle sans paroles. Il jouait à lui seul tous les personnages et était accompagné par un chœur de danseurs et un petit orchestre. L'acteur portait un beau costume de soie et un masque coloré. De forme allongée, les masques tragiques traduisaient émotion et violence. Les masques comiques reproduisaient fidèlement les traits du visage humain et visaient surtout à amuser.

   - La fabula (en latin, fabula signifie « récit fictif », « pièce de théâtre ») est un genre théâtral divisé en plusieurs catégories :

          + La fabula crepidata, une tragédie latine de sujet grec,

          + La fabula palliata, l'adaptation d'une comédie grecque ou « pièce en costumes grecs » (les acteurs portaient le pallium et non la toge),

          + La fabula praetexta, une pièce sérieuse sur un sujet historique romain. Appelée ainsi parce que les héros étaient des magistrats romains, revêtus de leur toga praetexta, toge bordée d'une bande de pourpre. Le sujet s’inspirait par l'histoire nationale, par exemple la prise d'une ville. Les héros de la tragédie prétexte étaient considérés comme des demi-dieux, comme dans le théâtre grec

          + La fabula togata, ou « pièce en costumes romains ». C'était une comédie latine à thème indigène concernant le bas de l'échelle sociale à Rome.

 

c. Les acteurs :

 

Les comédiens étaient tous des hommes, soit des esclaves, soit des hommes libres mais n’étaient pas des citoyens. Un citoyen qui fait l’acteur est dégradé par les censeurs (qui établissent les rangs sociaux dans la société romaine) et exclu de son rang. Pourtant, exceptionnellement, des sénateurs ou des magistrats pouvaient monter sur scène : Néron lui-même participa à quelques représentations. Comme en Grèce, les rôles féminins sont interprétés par des adolescents travestis. À Rome, la scène est interdite aux femmes.

 

Les acteurs de mime ou de pantomime sont de véritables stars. Leur salaire est augmenté des gratifications énormes qu'ils reçoivent. Riches et célèbres, ils sont socialement acceptés ; ils deviennent les favoris des grands et mènent une vie tapageuse. La pantomime, popularisée sous Auguste, permet et favorise ce phénomène de vedettariat, puisque ce nouveau genre dramatique est entièrement organisé autour du comédien, qui joue tous les personnages et dont les solos sont mis en valeur par les chanteurs, qui les reprennent en écho.

 

Les acteurs et les musiciens sont réunis en troupes dirigées par un chef (le dominus gregis). Tout comme les costumes et le maquillage, le jeu de l'acteur est strictement codifié. Les nombreux traités écrits à ce sujet, soit par des acteurs (comme Roscius), soit par des théoriciens (comme Pline l'Ancien), nous sont partiellement conservés par les citations qu'en fait Quintilien (surtout le livre XI de l'Institution Oratoire). Le comédien doit travailler trois éléments dans son jeu :

- la voix ;

- la gestuelle ;

- la posture ;

 

d. Les costumes :

 

La symbolique des formes et des couleurs des costumes permet une reconnaissance immédiate des personnages les plus représentatifs de la comédie ou la tragédie, comme le paysan idiot ou rusé et voleur, le soldat vantard et fanfaron, etc.

 

Les acteurs portent de longues robes flottantes et de hautes chaussures (cothurnes) s'ils jouent des tragédies, des tuniques et chaussures plates (soccus), s'ils jouent des comédies.

 

Pour les pièces de sujet grec (fabula palliata), les costumes sont grecs : pallium, tunique et manteau ; chlamyde, casaque, tunique pour les rôles féminins.

Pour les pièces de sujet romain (fabula praetexta ; fabula togata), les costumes sont romains : toge pour les hommes libres, tunique pour les esclaves, manteau pour les voyageurs, tunique, robe ou manteau pour les rôles féminins, fichu jaune de la courtisane.

 

Dans les tragédies, les acteurs incarnent les dieux et les héros et portent des costumes somptueux, d'une richesse proportionnelle à la qualité des personnages qu'ils représentent. Les perruques (blondes pour les jeunes gens, blanches pour les vieillards, rousses pour les esclaves), les maquillages et les masques, tragiques ou comiques, symbolisent l'âge, la situation et le caractère du personnage. Les masques servaient aussi de porte-voix grâce à leur bouche évasée : les spectateurs pouvaient suivre parfaitement la scène même s’ils étaient éloignés.

 

Les acteurs portaient aussi des chaussures pourvues de talons de 20 à 30 cm : le cothurne (cothurni), à semelle très haute, dont se chaussaient les acteurs tragiques et, pour les acteurs comiques, des crepida (sandales d'origine grecque) ou des socci.

 

e. Le décor et la musique :

 

Le décor varie peu d'une pièce à l'autre, car le principal décor est fixe : c'est le mur de scène. Sa décoration toujours plus lourde répond à deux objectifs : faire voir la générosité du donataire du spectacle et fabriquer l'illusion, selon un code très précis.

 

Les Romains reprennent et développent les techniques mises au point par les ingénieurs grecs et inventent des grues et trappes, pour faire descendre des dieux du ciel (d’où l'expression latine : deus ex machina) ou faire monter des fantômes du monde des morts. Le public romain raffole de ces réalisations féeriques.

Le rôle de la musique est essentiel dans le théâtre latin. Comme un opéra aujourd'hui, une représentation scénique est inimaginable sans accompagnement musical : un musicien professionnel compose ouverture, intermèdes et accompagnement sur les vers du poète. La musique est jouée par les tibicines (joueurs de flûte) sur deux flûtes (tibiae), l'une de ton grave (dextera), l'autre de son aigu (sinistra) ou sur des flûtes doubles, graves et aiguës. Le ton est choisi en fonction du rôle, le grave et l'aigu soulignent les dialogues entre pères et fils dans les comédies.

 

La musique ne fait qu’augmenter en importance dans les représentations théâtrales. Sous l'Empire, on voit apparaître de nouveaux instruments dans la pantomime, formant de véritables orchestres : syrinx, lyre, cithare, trompette, orgue.

 

2. Histoire et architecture des théâtres latins :

 

a. Histoire des lieux de représentation :

 

Dans les premiers temps de la Rome antique, les représentations en public étaient données pour apaiser la colère des dieux. Il semble y avoir eu de grands défilés religieux, dans lesquelles danseurs et mimes (certains d'origine étrusque) présentaient une sorte de divertissement sacré, destiné à réjouir les dieux dont on promenait majestueusement les statues en ces jours de fête. Ce lien entre le théâtre et la religion disparaît progressivement avec la construction des théâtres en pierre.

 

À l'origine, les théâtres romains étaient en effet construits en bois et seuls les spectateurs des premiers rangs pouvaient s'asseoir. L’utilisation du bois se justifiait par le caractère provisoire du bâtiment : le Sénat romain, estimant que les spectacles détournaient la population de son devoir religieux, s’opposait en effet à des constructions en pierre.

 

Après 55 av. J.-C., date à laquelle le théâtre en pierre de Pompée fut édifié, les constructions provisoires laissèrent place aux théâtres permanents. Une quantité de théâtres sont ensuite bâtis dans tout le monde romain, principalement dans les grandes villes d'Italie, de Gaule, d'Afrique, d'Hispanie, de Germanie et du Proche-Orient. Certains d'entre eux sont remarquablement conservés, comme celui de Leptis Magna en Libye, d'Orange (Vaucluse) en France ou d'Aspendos en Turquie.

 

Il existait deux types de lieux de représentation :

   - Le théâtre proprement dit, destiné aux représentations dramatiques et comiques et aux pantomimes.

   - L’odéon, plus petit et conçu pour les spectacles lyriques et la lecture de textes poétiques avec accompagnement musical selon la tradition grecque.

 

b. La structure des théâtres :

 

Le théâtre romain est un vaste hémicycle fermé par un gigantesque mur de scène, le frons scaenae. À l’inverse des Grecs chez lesquels les théâtres étaient adossés à des collines, les Romains préfèrent élever les voûtes et les colonnades en terrain plat. Seules quelques villes ont utilisé les collines pour bâtir des gradins (Vienne, Orange, Lugdunum Philippopolis en Thrace).

 

Dans les villes romaines d’une certaine importance, le plan des théâtres était à peu près identique. La scène, appelée scaena, est séparée par un mur bas, le pulpitum, de l’orchestra, un espace en demi-cercle où prennent place les officiels et les spectateurs de marque (prêtres, magistrats…) Sièges dits de proédrie installés au premier rang. Autour de cet espace sont disposés les gradins (appelés aussi la cavea) auxquels accède le public par des passages voûtés, les vomitoires (vomitoria).

 

De chaque côté de la scène se dressent les basilicae, deux tours à étages d’où sortaient les acteurs. Un rideau, le siparium, montait de la fosse au début du spectacle et était redescendu à la fin.

 

Les décors étaient fixes, reposant sur un mur de scène gigantesque (celui du théâtre antique d'Orange mesure 36 m de haut et 103 m de large) orné de colonnades et de statues, et percé de portes. On pouvait également y retrouver au centre la statue d’un empereur mais également les nombreuses richesses, butin des batailles remportées par la ville.

 

Pour protéger le public du soleil une grande toile, le velum, était tendue. Derrière la scène se dressait un grand mur dissimulant les coulisses (postscaenium). Celui-ci avait le sommet incliné vers l’avant de façon à rabattre la voix des comédiens.

 

Le théâtre était fermé par un portique semi-circulaire qui l’entourait. Au sous-sol se trouvaient les machineries ou hyposcaenium.

 

c. Les représentations :

 

Le théâtre latin n'est ni un théâtre de la mimésis comme celui préconisé par Aristote ni un théâtre de représentation comme le théâtre classique. Il est un théâtre du jeu (ludus) : la représentation est une période religieuse durant laquelle la politique s'arrête et que rien ne doit venir troubler, surtout pas des allusions sur scène à la vie réelle. En cela, il est comparable (mais pas assimilable) au théâtre grec, mais qui prenait place lors de concours musicaux très différents.

 

3. Le théâtre dans la société :

 

a. Au théâtre :

 

Tout le monde pouvait aller au théâtre : hommes, femmes, enfants, esclaves. Les citoyens avaient pour obligation de porter la toge.

 

À Rome et dans les villes romaines, le théâtre occupe un rôle social : on s’y rend pour discuter, se réunir, se faire voir ou chercher des aventures amoureuses, comme le raconte Ovide dans l'Art d’aimer. Le théâtre sert également d'espace de dialogue entre le prince et le peuple, et les personnes importantes tenaient à être présentes aux spectacles pour se montrer plus proches du peuple. Mais la distribution du public dans la cavea reproduisait la hiérarchie sociale :

   - La place des spectateurs : Les personnes de différentes classes sociales étaient séparées : les vomitoires étaient organisés de façon à ce qu’elles ne se mélangent pas. De plus, chaque personne a une place dans les gradins selon son rang. Au départ, les spectateurs étaient debout, ce qui évitait une distinction puis ils purent s’asseoir. La cavea était divisée en trois « couronnes » :

         + La première couronne, l’ima cavea, était réservée aux sénateurs et aux chevaliers, ce qui leur laissait quatorze rangs,

         + Le peuple était assis dans la couronne du milieu, la media cavea,

         + Et les esclaves et les étrangers restaient debout dans la troisième couronne, la summa cavea, qui se trouvait au dernier rang.

  - Les deux publics et leurs préférences : Les spectateurs se partageaient en deux catégories :

         + Le grand public qui préférait le grand spectacle avec des mises en scène époustouflantes, des animaux rares, privilégiant des histoires légères accessibles à tous,

         + Le public des lettrés qui préférait un théâtre plus littéraire visant l’élite.

 

b. Le financement du spectacle :

 

Le spectacle est gratuit et ouvert à tous, mais sa mise au point représente, pour celui qui le finance, le dator ludi, un investissement considérable. Le coût du spectacle est souvent pris en charge par un magistrat qui saisit cette occasion pour accroître sa popularité et ses chances d'être élu à des fonctions plus élevées. Ceci occasionna donc une rivalité entre les donataires qui voulaient toujours faire mieux que les autres. À chaque fois tout est plus somptueux et plus étonnant que la précédente.

 

4. L’héritage du théâtre latin :

 

Il ne nous reste que quelques fragments de cette vie théâtrale : quelques monuments plus ou moins bien conservés, des pièces (en nombre infime au regard de l'extraordinaire activité dramatique des auteurs latins), quelques écrits théoriques (comme Vitruve, qui, dans le livre V du De Architectura traite des endroits propices à la construction des théâtres, de leur architecture et de leur acoustique).

 

Comme le prouve la programmation actuelle des saisons théâtrales, le répertoire antique et surtout grec n'a jamais cessé d’être joué, parfois dans un cadre antique. Et de la Renaissance au XXe siècle, les auteurs n'ont jamais cessé d'adapter, de copier, de transformer le théâtre grec. Dans le théâtre classique français, sur les douze tragédies de Racine, quatre seulement ne s'inspirent pas de l'antiquité gréco-latine. Dans le théâtre contemporain, Giraudoux (Amphitryon 38, La Guerre de Troie n'aura pas lieu, Electre), Anouilh (Antigone), Sartre (Les Mouches) et d’autres reprennent bon nombre de thèmes de l’antiquité classique. Avec une nuance toutefois : de Rome ne sont repris que les sujets (Britannicus, Bérénice, etc.), et les sources ne sont pas des auteurs dramatiques, mais des historiens.

 

L'évolution du théâtre va se traduire par de nombreux changements dans la façon d’écrire les pièces et de les mettre en scène : les femmes jouent des rôles féminins, l’écriture et la mise en scène ne sont plus aussi codifiées que pendant l’Antiquité, les costumes sont libres et les masques ne servent plus qu’aux reprises de pièces antiques.

 

Source de cette introduction sur le site de wikipedia.

 

II. Cours du 1er février 2012.

 

 

1. Introduction :

 

On ne sait pas comment se déroulait la mise en scène.

Peu de restes des pièces a survécu, parfois même qu’un mot, un titre.

Nous est parvenu les citations que faisaient les auteurs suivants.

La tragédie a survécu.

Dans les auteurs tragiques, il nous reste l’intégralité des pièces de Sénèque, mais il n’a jamais pu faire jouer ses pièces. Elles ne furent jouées que dans les grandes villas, sur des demandes personnelles.

Dans les auteurs comiques, il ne reste que les pièces de Plaute et Térence (environ 300-200 av JC). De Plaute, il reste 21 pièces, de Térence que 6.

 

Racine a beaucoup copié Sénèque.

 

Tite-Live, un historien latin (époque d’Auguste, en 9 av JC), a écrit l’histoire depuis la fondation de Rome jusqu’à son époque. Il part du théâtre de son époque, et il le reconstruit avec les connaissances du passé, et quand il ne sait pas, il comble les vides par la logique.

Il est un historien analyste, c’est-à-dire qu’il fait année par année. A Rome, les années étaient notées par les noms des deux principaux magistrats, les consuls.

 

Il y aurait deux hypothèses sur les origines du théâtre :

                - on voyait le théâtre comme l’imitation du théâtre grec (personnages, histoire, dialogue, sens…),

                - le théâtre latin serait l’original, le théâtre grec n’étant qu’une forme abâtardie.

Certains combinent les deux origines.

 

2. Page 1 : Tite-Live, Depuis la fondation de Rome, VII,2 :

 

Les Origines du théâtre à Rome : Création des Jeux scéniques en 364 av JC.

Commentaire détaillé sur cet extrait de l’œuvre de Tite-Live.

 

a. 1er paragraphe :

 

« Cette année et l’année suivante, sous le consulat de C. Sulpicius Peticus et de C. Licinius Stolon, la peste continua. Il ne se fit rien de mémorable, sinon que, pour demander la paix aux dieux, on célébra, pour la troisième fois depuis la fondation de la ville, un lectisterne : mais, comme rien ne calmait encore la violence du mal, ni la sagesse humaine, ni l’assistance divine, la superstition s’empara des esprits, et l’ont dit qu’alors, entre autres moyens d’apaiser le courroux céleste, on imagina les jeux scéniques : c’était une nouveauté pour ce peuple guerrier qui n’avait eu d’autre spectacle que les jeux du Cirque. »

 

Peste : maladie.

Lectisterne : les statues des dieux étaient allongées sur un lit que l’on promenait dans toute la ville pour faire des offrandes et des sacrifices, afin d’apaiser les dieux.

 

Tite-Live devait avoir les annales religieuses.

 

Jeux du cirque : essentiellement des courses d’animaux, chars et chevaux. On pense à Romulus qui fonde Rome en acceptant tout le monde, mais seuls les hommes viennent. Romulus déclare donc une trêve religieuse et organise une course de chevaux sur les champs de mars, pour le dieu Consus (dieu dont l’autel est enfoui sous terre, faut le découvrir et l’enterrer à nouveau, symbole agricole). Lors du départ de la course, toutes les femmes venues pour l’occasion, se sont mise en rang pour regarder les coureurs. La course démarre et les femmes sont enlevées sur les chars, c’est « l’enlèvement des Sabines ».

 

Jeu de théâtre, non guerrier, mais efféminé.

Ludi : faire semblant, skénicos : scénique, emprunté aux grec. C’est Tite-Live qui a parlé de scénique, rien ne nous certifie que ce terme était employé.

 

b. 2ème paragraphe :

 

« Au reste, comme presque tout ce qui commence, ce fut chose simple, et même étrangère. Point de chant, point de gestes pour les traduire : des « ludions », venus d’Etrurie, se balançant aux sons de la flûte, exécutaient, à la mode étrusque, des mouvements qui n’étaient pas sans grâce. Bientôt la jeunesse s’avisa de les imiter, tout en se renvoyant en vers grossiers des plaisanteries improvisées ; et les gestes s’accordaient assez avec la voix. La chose une fois accueillie se répéta souvent et prit faveur. Comme on appelait « hister », en langue étrusque, un ludion, on donna le nom d’histrions aux acteurs indigènes, qui, ne se lançant plus comme avant ce vers pareil au fescennin, rude et sans art, qu’ils improvisaient tour à tour, représentaient dès lors des « satires » pleines de mélodie, avec un chant réglé sur les modulations de la flûte, et que le geste suivait en mesure. »

 

Le théâtre grec était composé d’une scène, de trois acteurs et d’un chœur.

La Grèce est soumise depuis 146 av JC, les grecs sont vus comme abâtardis, efféminés.

Les grecs auraient fait une mythologie du théâtre, les romains faisaient un historique.

 

Les romains ont assimilé les coutumes étrangères. Ils se voyaient comme le summum des peuples car ils assimilaient tout ce qui est bon chez les vaincus.

Ils ramenaient même les dieux, avec les autels, pour que le dieu ne se venge pas.

Les combats de gladiateurs viennent de Campani, sud de Naples. A l’origine, ce combat était un sacrifice humain sur la tombe de quelqu’un.

Ils ont assimilé le théâtre grec. C’est une affaire d’état, approuvée par les consuls.

 

Pour Tite-Live, l’essentiel du théâtre latin est la danse et la musique.

Les danseurs, appelés « ludions », viennent du mot ludus qui veut dire jeu. Le ludion venait d’Etrurie, cœur d’Italie.

Les étrusques avaient des cultes mortuaires, avec masques et danse. En étrusque, masque se dit phersu, en latin le masque c’est personna, il puise peut-être son origine de l’étrusque.

Il y avait de l’influence grecque chez les étrusques, ils étaient proche de la Grèce, et avaient des théâtres à la grecque, et des vases que l’on a retrouvés, où étaient dessinés des acteurs grecs.

 

Avec la danse et le chant, il manque des paroles, inspirées par la jeunesse.

C’est la jeunesse en âge du service militaire, donc entre 18 et 40 ans. Ce sont donc des citoyens romains, tandis que les ludions étaient des étrangers voire des esclaves.

 

Le verbe « imiter » a la racine du mot ludus qui veut dire « jeu », donc il s’agit d’un jeu par imitation.

 

Les vers grossiers, ce sont des vers fescenna, ils ont deux explications :

   -  les vers fescenna viennent d’une ville étrusque.

   - les vers grossiers sont employés à Rome lors d’un mariage. Quand le marié enlève la mariée (rapt des Sabines) et parcourt la ville, les amis du marié suivent le cortège en faisant des plaisanteries sexuelles grossières (ex : chez Catule). Horace parlait de plaisanteries improvisées pour la fécondité. Il y avait également des plaisanteries lorsqu’un consul triomphe. Normalement les armées restaient en dehors de la ville, sauf lors du triomphe du consul, c’est un ludus, le général porte un costume de Jupiter avec un esclave derrière lui qui lui répète « souviens-toi que tu es un homme ». Et à ce moment-là, l’armée était autorisée à faire des plaisanteries au général. Par exemple, pour César, on lui disait « tu es le mari de toutes les femmes, et la femme de tous les hommes ». Ces plaisanteries faisaient référence au phallus, donc au sexe,  on pense à Pompéi qui a de nombreux phallus sur les portes.

 

Les histrions sont des professionnels. Ils faisaient des satires. En latin, satira est un mélange de légumes, donc la satire est un mélange (vers, proses…).

Nous n’avons aucune trace historique des satires. Pas de scène.

 

Donc, le théâtre latin, était de la danse, du chant et des imitations.

 

c. 3ème paragraphe :

 

« Quelques années après, Livius, laissant la « satire », osa le premier lier d’une intrigue une action suivie ; il était, comme alors tous les auteurs, l’acteur de ses propres ouvrages : souvent redemandé, il fatigua sa voix, mais il obtint, dit-on, la faveur de placer devant le joueur de flûte un jeune esclave qui chanterait pour lui ; et il joua son rôle, ainsi réduit, avec plus de vigueur et d’expression, car il n’avait plus souci de ménager sa voix. Depuis ce temps, l'’histrion eut sous la main un chanteur, et dut réserver uniquement sa voix pour les dialogues ».

 

A Rome, un citoyen avec trois noms (prénom, nom, surnom).

Livius n’a pas les trois noms, il venait d’une famille aristocratique, la famille Livia. Il devait être un  ancien esclave affranchi.

L’ancêtre de la famille a gagné Tarente (sud de l’Italie), c’était la grande Grèce, tout avait une influence grecque. L’ancêtre était le maître des collèges qui publiaient les lois (collège desenvir). Il est logique que ce soit lui qui est instauré les jeux scéniques, contrairement à ce que dit Tite-Live.

Livius Andronicus (vient du grec andros qui signifie l’homme grec) a créé un hymne religieux pour Junon durant les années noires.

Il a traduit des pièces grecques en latin. C’est le premier auteur latin, les premières œuvres latines. A Rome, l’écriture est considérée comme un travail subalterne. Pour la Grèce, c’est une sorte de secrétaire.

Donc, à l’origine le théâtre latin était une traduction.

 

Livius était son propre acteur dans le théâtre.

A Rome, les acteurs sont danseurs étoiles et chanteur d’opéra…

Un chanteur chantait à la place de l’acteur quand ce dernier dansait.

Donc ce n’était pas un théâtre de la vraisemblance, pas un théâtre de représentation.

 

Diverbium : langage parlé,  conticum : partie chantée.

Les pièces grecques étaient découpées en actes, et chaque acte étaient séparés par le chœur.

A Rome, il n’y a pas d’actes, mais une alternance entre le parlé et le chanté/dansé.

 

En honneur à Livius, la famille Livia fonda le collège des scribes et des histrions. Donc, un auteur de théâtre est un scribe, un simple subalterne.

 

Livius serait le seul à avoir écrit et joué.

Plaute par contre, aurait été metteur en scène en plus d’écrire.

 

d. 4ème paragraphe :

 

« Soumis à cette loi, le théâtre perdit sa libre et folâtre gaieté ; par degrés, le divertissement devint un art ; la jeunesse alors, abandonnant le drame au jeu des histrions, reprit l’usage de ses antiques et bouffonnes scènes, cousues de vers, et qui plus tard, sous le nom d'’exodes, se rattachèrent de préférence aux fables atellanes. Ce genre de divertissement qu'’lle avait reçu des Osques, la jeunesse se l’appropria, et ne le laissa point profaner aux histrions. Depuis lors, il demeure établi que les acteurs d’Atellanes, étrangers, pour ainsi dire, à l’art du comédien, ne sont exclus ni de la tribu ni du service militaire. Parmi les faibles commencements d’autres institutions, j’ai cru pouvoir aussi placer la première origine de ces jeux, afin de montrer combien fut sage en son principe ce théâtre, arrivé aujourd’hui à une si folle magnificence, que l’opulence d’un royaume y suffirait à peine ».

 

Art, pour technique professionnelle.

On ne fait plus de plaisanteries (sexuelles, salaces) sur une unique personne. Une loi a interdit de nommer une personne vivante, peut-être pour protéger la personne touchée.

 

Exode : sortie.

Les jeux scéniques doivent se terminer par une pièce comique, bouffonne.

Fable : pièce.

Les pièces atellanes viennent de Naples, peut-être influence grecque. Jeux scéniques funèbres, à moitié improvisés. C’est l’ancêtre de la commedia dell’arte. En personnage, on y retrouve Maccus (estomac), Bucco (bouche, qui signifie gourmand et quelqu’un qui parle trop), Pappous (vieillard), Dossenus (bossu, philosophe, parasite). Il y a aussi deux ogres Manducus et Labia. Ce sont des personnages figés dans une histoire, avec plusieurs situations.

 

En Grèce, les acteurs sont citoyens, pas à Rome, mais les acteurs d’atellanes sont citoyens.

Pour Tite-Live, il y a un lien entre une atellane et la jeunesse.

 

Tragédie à la grecque (fabulae palliatae : manteau grec). Comique ou tragique.

 

Pollux a fait un catalogue de masques, donc on pense que les acteurs avaient des masques (comme par exemple le rôle d’une femme était joué par un homme, ou encore un homme jouait plusieurs rôles).

A Rome, les gestes et mimiques sont codifiés.

S’il y a des mimiques, il ne peut y avoir de masques.

Les acteurs d’atellane portaient un masque, ils ne l’enlevaient pas, ils gardaient ainsi l’anonymat et restaient citoyens. Mais pour les autres types de pièces, les acteurs enlevaient les masques : infamie.

Les membres de l’aristocratie qui bravaient les interdits, pouvaient être « montés » sur scène ou descendus dans le cirque.

 

Tite-Live finit par une morale.

Un magistrat n’est pas payé, mais c’est lui qui paie.

On pouvait être 1er consul, et 2ème édile qui était chargé de la police, des incendies…et des spectacles. Donc les jeux étaient l’occasion de prouver la générosité des édiles qui débutaient.

 

Les jeux scéniques étaient aussi l’occasion de commémorer un disparu.

 

3. Le théâtre :

 

Sous Tite-Live, le théâtre devint magnifique. Le 1er théâtre en dur date de 55 av JC, avant c’était interdit. Pourquoi ? Cicéron disait que la plèbe pouvait s’y installer et faire la révolution. Pour l’édile qui venait d’une famille d’aristocrate, s’il devait construire un théâtre son nom y aurait été gravé, c’aurait été de la pub permanente, le nom de l’édile associé à un plaisir, mais l’édile ne pouvait vouloir être lié avec la plèbe.

Pompé fit construire un immense complexe, avec un temple pour Vénus, et dont les escaliers étaient en fait les gradins d’un théâtre. Il était donc impossible de détruire un temple.

Avant, il y avait des théâtres éphémères, les gradins étaient en bois, l’estrade était immense.

La cauea : théâtre en demi-cercle (environ 10000 à 20000 personnes), en bois ou en pierre, on y place alors des vases de bronze ou de terre cuite sous les sièges pour l’acoustique.

Front de scène, mur derrière la scène qui porte le décor. Ce mur pouvait être magnifique, en or, en ivoire, richesse, qui était ensuite détruit puis distribué.

Au départ, le public était debout (jusqu’en 200), puis fut construite des gradins en bois, puis en pierre, et enfin des théâtres permanents.

 

Scaena : baraque en bois devant laquelle jouent les histrions, percée de trois portes, servant de coulisse et supportant un décor qui lui sert de façade, la frons scaenae.

 

Il y avait 7 jeux à la fin de la République, les jeux de la plèbe et les jeux scéniques. Dont 2 jours sur 3 étaient consacrés au théâtre. Roscus jouait 130 jours par an.

Sous Marc Aurèle, 135 jours de jeux annuels ; en 354 ap JC, 175 dont 101 consacrés aux jeux scéniques.

 

a. Le théâtre et la politique :

 

Le théâtre était un jeu et un moyen politique, mais le texte n’était pas politique.

Quand Cicéron revint d’exile, il alla voir une pièce dont une des répliques disait « c’est pour notre bonheur que tu es revenu ». A ce moment, le public s’est levé et l’a salué. Le texte ne lui était pas destiné directement mais ils s’en sont servis pour lui rendre hommage.

Le théâtre permet également de siffler l’arrivée de quelqu’un.

Les hommes importants étaient placés devant.

 

Sous Plaute, il y eu l’Affaire des Bacchanals (Bacchus, Dionysos). Une sorte de réunion secrète, on pensait à une résistance politique. Un édit interdit ces réunions.

Plaute a écrit Les Bacchides, ce sont des courtisanes, elles sont jumelles. Il a utilisé une affaire politique pour faire rire, mais il ne prend pas parti.

 

b. Les pièces :

 

Donc, au début, le théâtre était fait de danses et chants. Après il y a eu une intrigue. Structure latine. Le texte est secondaire. On prend au hasard un texte qu’on adapte pour la représentation scénique, et pas l’inverse.

 

Ennius, auteur tragique et citoyen.

A l’époque de César, des magistrats vont écrire des pièces, des tragédies.

 

Le collège des scribes et des histrions est transformé, et devient le collège des histrions et des poètes, les poètes bien distincts des histrions. Y viennent Accus (minable) et Ceasar Scrabo (de la famille de César).

 

L’aristocratie cessa d’émerger de la richesse, mais vint de l’art.

Sénèque était un aristocrate.

 

Néron a joué sur scène, et a conduit un attelage aux jeux.

 

Les pièces dramatiques ne sont en principes pas conçues pour être lues, le texte ne se suffit pas à lui-même. C’est la représentation qui en fait le sens, voilà pourquoi le metteur en scène peut passer pour le co-auteur.

Quant au langage dramatique, il est très proche de la parole, en l’écrivant il perd de sa valeur.

 

4. Page 2 : Les principaux auteurs :

 

a. Plaute :

 

Plaute signifie qui a les pieds plats. Référence aux acteurs comiques qui jouent avec des chaussures plates, tandis que les acteurs tragiques jouent avec des chaussures à talons.

Maccus Plautus, Maccus est le nom du personnage typique de l’attelane.

 

Nous ne sommes pas certains de son existence, néanmoins il parle à 3 reprises de Sarsina, il pourrait donc être originaire de là.

Le personnage principal de ses pièces est un esclave, donc il aurait pu avoir été esclave.

Varon disait que Plaute était machiniste au théâtre.

Il aurait pu être le protégé de Fulvius Nobilior, le vainqueur d’Ambracie.

 

21 comédies conservées sur les 25 authentifiées par le maître érudit de Cicéron et de Varron, Aelius Stilo, parmi les 130 qui circulaient sous le nom de Plaute.

 

Nous n’avons aucune preuve.

 

b. Terence :

 

Terentius Lucanus. Terentius vient d’une famille d’aristocrates. Lucanus viendrait de Lucanie. Et son surnom Afer, signifie africain. Il a du être acheté par la famille Terencia.

L’histoire dit qu’il était beau et doué, il aurait été élevé pour ça, pour le chant, la danse et l’écriture. C’est un grammairien, deux siècles plus tard, qui nous parle de Terence, nous ne savons rien de plus.

 

Terence a écrit 6 pièces :

- La jeune fille d’Andros (166 av JC),

- Le bourreau de soi-même (163 av JC),

- L’eunuque (161 av JC),

- Le phormion (161 av JC),

- Les frères (160 av JC),

- La belle-mère (165 av JC).

 

Il serait parti en Grèce, mais il serait mort, soit en Archanie soit dans un naufrage. Mais sa mort est un retour au théâtre grec.

 

Ces deux auteurs sont des mises en scène, Plaute de la comédie, et Terence de l’origine.

 

On  ne sait pas qui sont les édiles qui ont commandé les pièces.

 

c. Les pièces latines :

 

Les pièces latines sont toutes des imitations.

En Grèce, il existait deux sortes de théâtre :

   - l’ancienne comédie grecque : comme Aristophane, qui abordait le public,

   - la nouvelle comédie grecque : sous la royauté macédonienne, comédie bourgeoise, qui s’intéresse à la famille et à la vie quotidienne.

Le théâtre latin s’inspire de la nouvelle comédie grecque.

 

Donc ce sont des histoires prises et reprises. Amour romanesque. Toujours les mêmes intrigues, les mêmes personnages, les mêmes rôles (certifiés par la collection des masques). Il faut plus de péripéties extraordinaires, opposition entre les rôles (sexe, âge…), tout est codifié.

Donc, pour changer, il faut introduire du jeu.

 

 

III. Cours du 8 février 2012.

 

 

1. Rappel :

 

De la comédie latine, il ne nous reste les textes que d’un genre : la fabula, dont les représentants sont Térence et Plaute. Plus précisément, ce sont les pièces du genre de la fabula palliata (nom parce que les acteurs portaient un manteau le pallium).

Il existe deux autres genres de fabula :

                - la fabula tagatae : 3ème s av JC, en toge, citoyens romains.

                - la fabula trabeata : avec toge des chevaliers.

Mais de ces deux genres il ne nous reste aucun texte. Nous connaissons leur existence, parce que des auteurs nous en parlent, comme Ciceron qui site des tirades.

On ne sait pas vraiment les dates des pièces.

 

Ludure : jouer, faire semblant.

Les latins adoraient les imitations. Dans la rue, certains s’amusaient à imiter les passants.

Chez les grecs, il y a des mimes, imitation des banquets philosophiques. Nous ne savons pas plus de ces mimes.

Des poèmes pouvaient être pris en imitation.

Les jeux de Flore : hommage à la déesse Flore (printemps), les femmes jouaient sur scène et à la fin de la représentation elles se déshabillaient (effeuillage).

 

La fabula palliata s’inspire de la nea (nouvelle comédie grecque) comme Philémon [363-263], Ménandre [342-293], Diphile [2° moitié du IV°s.], Démophile [ ?]. Varon, un  encyclopédiste du 1er s av JC, a permis d’établir la vraie liste des pièces de Terence.

 

Comédie latine : intrigue, pas de chœur, mais alternance de partie parlée et chantée/dansée. Séduction par la danse et le chant. Quelles sont les parties parlées et les parties dansées ?

                - le diverbium : partie parlée, vers à 6 pieds (sénaire iambique),

                - le cantium : partie chantée (on peut y trouver des vers lyriques).

Livius Andronicus, en traduisant les pièces grecques, il a imposé les vers grecs. Il était difficile pour les romains de faire du rythme grec avec leurs vers latins. Du coup, ils mélangeaient, rythme rhétorique.

 

2. Quelques œuvres :

 

Une histoire romanesque empruntée à la Néa : amours d’un jeune homme et d’une jeune fille libre ou d’une courtisane contrariées par les vieillards avec péripéties extravagantes (rapts, voyages, reconnaissances tardives…).

 

a. La fille d’Andros, de Terence :

 

Imitée du poète grec Ménandre, la pièce de l’Andria (L'Andrienne ou La jeune Fille d'Andros) est représentée en 166 av. J.-C.

Un jeune homme Pamphile est amoureux de la prétendue sœur d’une courtisane étrangère (Glycère, sœur de Chrysis) alors que son père, Simon, veut le marier avec la fille de son ami Chrémès dont Charinus, autre jeune homme ami de Pamphile est amoureux. Simon feint que les noces sont prévues pour le soir même. L’esclave de Simon,  Davos, au courant de la ruse de Simon, réconforte les deux jeunes gens et fait croire à Simon, pour gagner du temps, croit-il, que son fils n’est pas amoureux de Glycère. Du coup, il conforte le père dans ses projets de mariage. Heureusement un étranger, Criton, héritier de la courtisane Chrysis, révèle que Glycère est aussi la fille de Chrémès. Les deux jeunes gens vont pouvoir épouser chacun celle qu’il aime.

 

→ Pamphile est amoureux de la sœur d’une courtisane étrangère, mais son père veut le marier à la fille d’un ami, qui elle-même est amoureuse d’un autre.

 

b. L’Eunuque, de Terence :

 

Imitée du poète grec Ménandre, la pièce de l' Eunuchus (L'Eunuque) est représentée en 166 av. J.-C.

 

Une courtisane Thaïs souhaite éloigner son amant de cœur, Phédria, pour obtenir de son autre amant, le militaire Thrason, en cadeau, la jeune Pamphila, jeune fille libre mais jadis volée, qu’elle souhaite rendre à sa famille ; elle a rendez-vous avec le frère de Pamphila, Chrémès. Or le frère de Phédria, Chéréa, est tombé amoureux, sans la connaître, de Pamphila que le parasite de Thrason, Gnathon, a remis à Thaïs. Il convainc son esclave, Parménon, de le faire passer pour l’eunuque offert par  Phédria à Thaïs et viole la jeune Pamphila chez Thaïs, ce que découvre Pythias, la servante de Thaïs. Déméa, le père de Phédria et de Chéréa, survient à propos chez Thaïs au moment où Chrémès le frère, menace de châtrer Chéréa. Finalement Chéréa épousera Pamphila et Thaïs sera partagée entre Phédria et Thrason.

 

Térence s'inspire ici de deux pièces de Ménandre : non seulement la pièce correspondante, L'Eunuque, mais aussi Le Flatteur (Colax), à laquelle il emprunte les deux personnages de Thrason et de Gnathon. L'Eunuque est l'une des pièces de Térence qui remporte le plus de succès auprès du public.

 

N.B. : Jean de La Fontaine adorait cette pièce, qu'il adapta en 1655.

 

→ Une courtisane éloigne son amant de cœur (un amant de cœur est l’amant préféré mais qui a peu d’argent) pour obtenir d’un militaire une jeune fille libre mais volée qu’elle veut rendre à sa famille.

 

c : Les Bacchides, de Plaute :

 

Imitée du poète grec Ménandre, représentée en 188 av JC.

 

Deux jeunes gens, Pistoclère et Mnésiloque sont amoureux de deux courtisanes, les sœurs jumelles Bacchis. Or, Bacchis 2, l’amante de Mnésiloque, doit racheter son dédit à un militaire qui l’a louée en exclusivité. Chrysale, l’esclave de Nicobule, le père de Mnésiloque, parvient à l’escroquer de 40 mines. Les deux pères, Nicobule et Philoxène, celui de Pistoclère, désireux de récupérer leur fils et l’argent, se rendent chez les deux Bacchis qui les séduisent à leur tour.

 

→ 2 amis sont amoureux de 2 courtisanes, des jumelles. La jumelle 2 doit rembourser un militaire. Un esclave va trouver le moyen d’escroquer un des pères des jeunes hommes. Quand les pères comprennent, ils veulent récupérer argent et fils, mais ils sont séduits à leur tour par les courtisanes.

 

d. Le cordage, de Plaute :

 

Drame bourgeois attendrissant qui voit le triomphe de la vertu.

 

Un jeune Athénien, Pleusidippe, a acheté à un proxénète, Labrax, une jeune courtisane, Palestra. Or Labrax, en compagnie du parasite Charmidès,  a décidé de partir s’installer en Sicile, emmenant ses courtisanes, dont  Palestra et sa compagne, Ampélisque. Ils font naufrage sur les côtes de Cyrène, près du temple  Vénus où Labrax avait donné faussement rendez-vous à Pleusidippe pour lui livrer Palestra. Là habitent le vieux Démonès, exilé Athénien, qui a perdu une fille toute petite et ses esclaves, Scéparnion et le pêcheur Gripus. Pleusidippe, et son esclave Trachalion, ayant découvert la ruse de Labrax, tentent de retrouver Palestra.  Finalement, Pleusidippe se révèle être un parent éloigné de Démonès dont la fille disparue n’est autre que Palestra.

 

Leno : propriétaire d’une courtisane.

 

3. Déroulement des comédies :

 

On part toujours d’une situation instable pour aller à une situation stable.

Il y a deux manières de dénouer l’histoire :

    - les péripéties romanesques : (pas propre au genre comique), se sont des situations étudiées dans les écoles d’oratoire (ex : une vestale enlevée par des pirates, puis vendue à un proxénète qui la revend à son tour…elle n’est donc plus vierge mais n’était pas consentante. Donc, quand on la retrouve, il faut trancher pour savoir si elle peut retrouver son statut de vestale).

    - les actions comiques : ruse…

 

a. Dans la Fille d’Andros :

 

D’une situation initiale instable (ni Pamphile, ni Charinus ne peuvent obtenir la jeune fille qu’ils aiment ou demeurer avec elle) à une situation finale stable (les deux pères acceptent le mariage). Les péripéties romanesques, indépendantes de la volonté des personnages, sont l’arrivée providentielle, depuis l’île d’Andros, de Criton qui permet la reconnaissance de Glycère, fille de Chrémès que son frère Phania, fuyant la guerre,  avait laissé avant de mourir chez le père de Chrysis; mais l’esclave Dave et le vieux Simon ne croient pas à ses vérités qu’ils traitent comme des inventions romanesques dignes de l’illusion théâtrale.  Les ruses comiques sont celle de Simon, qui inventent de fausses noces, pour que son fils lui avoue son amour pour Glycère et son refus d’épouser la fille de Chrémès. Celles de Dave sont des ruses paradoxales qui se retournent contre lui : il tente de faire croire, avec succès, que le véritable accouchement de Glycère, que sa véritable identité de citoyenne athénienne sont des ruses pour se faire épouser par Pamphile qui n’y tient pas.

 

Les péripéties romanesques sont indépendantes du personnage principal. Ces inventions romanesques sont dignes de la représentation théâtrale.

Des personnages dénoncent les péripéties.

Simon, le père, ruse, il invente un mariage pour le soir même afin que son fils le contrarie. Et l’esclave ruse, car il tente de gagner du temps mais ça se retourne contre lui.

La résolution vient de la péripétie.

 

b. Dans les Bacchides :

 

D’une situation initiale instable (Mnésiloque, sans argent, ne peut garder Bacchis à une situation finale stable (les deux pères corrompus ne pouvant interdire la fréquentation des Bacchis à leurs fils). Chrysale propose des versions mensongères et parodiques des péripéties romanesques indépendantes de la volonté des personnages, cf. l’histoire de l’hôte félon, du navire des pirates et du temple d’Ephèse > théâtre dans le théâtre ) ; de même, les actions comiques de Chrysale utilisent les procédés de l’illusion propres au théâtre : il fait voir à Nicobule les deux jeunes gens chez les courtisanes en lui faisant croire que Mnésiloque est l’amant de Bacchis 2, une femme mariée à un militaire qu’il faut apaiser en lui versant une indemnité. Il feint aux yeux de Nicobule d’être ce qu’il est, un esclave rusé, pour que celui-ci, croyant voir la vérité de l’adultère de son fils, ajoute foi  aux mensonges de Chrysale.

 

Aucune péripétie romanesque. C’est l’esclave qui invente de fausses péripéties pour tenter de gagner de l’argent.

Procédé de l’illusion, une pièce dans la pièce.

 

c. Dans le Cordage :

 

D’une situation initiale instable (Démonès exilé et quasi ruiné par la tempête, des jeunes filles en péril de noyade, un jeune homme privé de son amante, un proxénète ruiné) à une situation finale stable (un mariage épiclère ou la jeune fille d’un citoyen athénien épouse un parent de son père si bien que le patrimoine restera dans la famille), mais aussi trois affranchissements d’esclaves, un mariage d’esclaves affranchis, un proxénète retrouvant ses biens). Dans le Cordage, aucun travestissement, aucune ruse élaborée ne sont montés par l’esclave rusé ; le vieillard Démonès collabore efficacement avec l’esclave Trachalion et le jeune Pleusidippe pour contraindre le proxénète; en revanche les péripéties romanesques abondent : tempête, pêche miraculeuse de la valise contenant l’or du proxénète et les signes de reconnaissance de la jeune Palestra, reconnaissance de la fille volée.

 

C’est la seule fois où l’on voit un proxénète ruiné au départ de la pièce.

Le cordage, c’est la corde qui encerclait une valise qui cache l’argent du proxénète et une corbeille renfermant des affaires d’enfance de Palestra.

Aucune ruse, aucun travestissement. C’est une association de 3 personnages pour contraindre le proxénète.

Beaucoup de péripéties romanesques.

 

d. Dans l’Eunuque :

 

D’une situation initiale instable (Thaïs cherche un véritable protecteur ; Chéréa, jeune éphèbe, ne sait de qui il est tombé amoureux; Phédria et Thrason supportent mal l’infidélité de la courtisane Thaïs) à une situation finale stable (Chéréa épouse la citoyenne Pamphila; Phédria accepte de partager Thaïs, cliente de Déméa avec le soldat Thrason). Thaïs propose d’emblée une version des péripéties romanesques indépendantes de la volonté des personnages : la citoyenneté de Pamphila que l’esclave Parménon juge mensongère > théâtre dans le théâtre ; donnée de départ et non révélation finale elle ne reste une péripétie dramatique que par le jeu des réactions psychologiques des personnages (Phédria, Thrason, Parménon, Chrémès); quant aux actions comiques voulues par les personnages, en particulier les ruses des courtisanes, ici, de manière surprenante, l’argent ne joue aucun rôle malgré la présence d’une courtisane et de jeunes gens et l’esclave n’est pas le meneur de jeu. Thaïs, et pour une cause honnête, ne ruse pas avec Phédria, seulement avec Thrason. C’est le jeune homme Chéréa, qui, tout seul, invente la ruse du déguisement en eunuque.

 

Une seule péripétie romanesque : la vérité dite par la courtisane.

Situation dramatique des personnages.

La courtisane ne fait qu’un seul mensonge. La ruse est inventée par le personnage principal (inversement des rôles habituels).

 

e. Début et fin des comédies, entrée des acteurs et séquences :

 

Comique des formes dramatiques (diverbium et canticum).

 

Toutes les pièces s’ouvrent par un prologue joué par un acteur qui ne fait que ça dans la pièce (c’est un prologus). Cet acteur a un costume particulier.

Le prologue donne le nom de l’auteur et le titre de la comédie grecque imitée. Il expose le sujet de la pièce (on ne se demande pas ce qui va passer mais comment ça va se passer). Et il fait taire les spectateurs (les jeux pouvaient durer de longues heures, les spectateurs pouvaient manger sur place et donc parlaient entre eux).

 

Toutes les pièces se terminaient par une parole chantée en septénaires trochaïques, pour dire au public que c’est fini et qu’il faut applaudir, chantée par le cantor (celui qui chante).

 

Chaque séquence comique commence par une entrée de rôle (ex : « je suis l’esclave trompeur », « je suis le jeune homme amoureux »…). C’est une présentation chantée et dansée.

Sur scène se trouve déjà un personnage qui assiste à l’entrée de rôle sans être vu. Puis, quand ils se voient, soit il y a un duo soit un duel. Duels en canticum (affrontement de deux rôles sous forme de ballet) ou en diuerbium (utilisant le récit mensonger, la parole mise en scène) ou bien de duo, d’un diuerbium final relançant l’engrenage comique (annonce d’une nouvelle ruse). Les séquences peuvent être emboitées les unes dans les autres.

Le spectateur voir de suite qui va l’emporter, car le personnage qui doit gagner impose son rythme, son chant, sa danse.

 

Généralement, le langage parlé décrit la ruse, et le langage chanté définit un personnage.

Une fois la ruse élaborée, revient le chant.

 

Souvent, il y a deux séquences en symétrie :

- 1ère séquence des Bacchides : On n’a pas de début, on pense qu’il n’y avait pas de prologue mais directement le chant de présentation des deux courtisanes. Assiste caché un jeune homme, mais en fait les deux courtisanes l’ont aperçu et le séduisent mine de rien. Quand ils se découvrent, les deux sœurs se disputent le jeune homme, mais ce dernier est sérieux et ne veut pas céder à leurs avances. Elles sortent le grand jeu, dont le jeu pathétique en demandant de l’aide, c’est-à-dire de faire semblant d’être l’amant et ainsi il pourra chasser le militaire. Il accepte de jouer ce rôle. Il sort de scène et les deux courtisanes chantent leur succès.

1ère séquence tout en conticum. C’est une sorte de début de la seconde séquence.

 

 

- 10ème séquence des Bacchides : deux vieux se lamentent, sur leurs fils et sur l’argent. Les deux courtisanes se moquent d’eux. Il y a duel entre les vieux et les courtisanes. Finalement, les vieux sont séduits et entrent pour partager les courtisanes avec leurs fils.

 

 

4. Le décor :

 

Opposition avec la scène grecque.

 

En Grèce, les acteurs sont statiques et le chœur est imposant et occupe l’orchestra circulaire généralement meublé en son centre de l’autel des dieux. Le décor de scène est modeste. Tout est ouvert sur la nature et le monde, symbole de la vérité et de la condition humaine. En revanche, le lieu dramatique leur demeure inaccessible : une barrière sépare l’orchestra des sièges des spectateurs. Il n’y avait pas de rideau.

A l’époque hellénistique, apparaît une véritable scène et un décor plus important. Le théâtre se fermait sur l’extérieur. Des spectateurs privilégiés, les prêtres, peuvent prendre place en bordure de la barrière de l’orchestra, au niveau où est rejeté l’autel des dieux.

 

A Rome, il y avait une scène véritable et imposante, basse et large, fermée par un mur de décor haut et des murs latéraux. Scène séparée du public par un front de scène (mur d’avant-scène ou pulpitum), et séparée de l’extérieur par les murs. Le mur du fond pouvait atteindre 40m de haut, et était décoré richement (statue, peinture, or, ivoire…). L’autel des dieux est relégué au dernier gradin des spectateurs (théâtre de Pompée). Un rideau mécanique qui monte du sol (inverse de nous), mécanisé dès 133 av JC. Il y a des escaliers qui descendent de la scène.

On pouvait y faire défiler les richesses qui entraient dans Rome.

Les 3 praticables : portes à double battant qui conduisent à une avancée.

Les décors montaient de dessous la scène. Les panneaux pouvaient coulisser ou se retourner. Des trappes mobiles pouvaient surgir des démons, l’enfer…

Dès 145, L. Mummius, le vainqueur de Corinthe, fait ériger un théâtre en bois capable de rivaliser avec les théâtres grecs en pierre. En 58, l’édile Scaurus fait construire un théâtre provisoire en bois somptueux (80 000 places, trois étages, 360 colonnes, du marbre, du verre, du bois doré ; 3000 statues de bronze, des tableaux). Des vases et des terres cuites datées de 350 av. J.-C présentent déjà ce type de théâtre provisoire richement décoré, avec trois portes entourées de colonnes et surmontées d’une galerie. Plaute a donc lui aussi bénéficié de cet espace scénique.

 

Depuis la scène, donc par rapport aux acteurs, par la gauche, on vient d’ailleurs, de l’étranger. Par la droite, on vient de l’intérieur (forum).

Place publique (gauche : port, droite : forum). A droite, maison du père, à gauche maison de la fille ou de la courtisane. Tout consiste à passer de gauche à droite ou inversement.

 

La Fille d’Andros : à droite habitent le vieux Simon et son fils Pamphile ; à gauche la courtisane Chrysis ; au centre Chrémès ou le jeune Charinus ; on fait arriver l’un ou l’autre de droite, c’est-à-dire du forum ; au milieu de la scène  l’autel auquel la servante de Glycère va prélever du feuillage sur lequel elle couche le nouveau-né qu’elle va exposer sur le seuil de la maison de Simon ; de gauche, c’est-à-dire du port arrive l’étranger Criton. Glycère finira dans la maison de droite, celle de Simon et Pamphile.

 

L’Eunuque : à droite habitent Phédria et Chéréa ainsi que leur père Déméa; à gauche la courtisane Thaïs; Phédria part à la campagne par la sortie de gauche et reviendra, ainsi que son père par la gauche ; le parasite Gnathon et son maître le militaire Thrason entrent pas la sortie de droite, celle du forum ; Chrémès le jeune campagnard arrive logiquement par la gauche ; de même Chéréa qui est en service au port du Pirée; si, de manière originale, tous les personnages finissent par entrer dans la maison de la courtisane voisine de la maison des jeunes gens, de fait, Thaïs, devenant la cliente de Déméa, Pamphila l’épouse de Chéréa, sont destinées à rentrer dans la maison du vieux

 

Les Bacchides : à droite habitent Pistoclère ainsi que son père Philoxène; à gauche les courtisanes Bacchis; au centre, Nicobule et son fils Mnésiloque ainsi que leur esclave Chrysale. Mnésiloque et Chrysale, revenant de voyage entrent par la sortie de gauche, celle du Pirée. Pistoclère, revenant du marché, par la sortie de droite, celle du forum. De manière originale, tous les personnages, y compris les vieux lubriques finissent par entrer dans la maison des courtisanes : c’est le triomphe apparent du principe de plaisir.

 

Le Cordage : Un décor original qui rend perceptible la modification du schéma comique traditionnel: des rochers sur fond de mer ont remplacé la maison de gauche, celle où, normalement, le proxénète retient prisonnière la fille que convoite le jeune homme qui loge dans la maison de droite, celle de son père. La mer remplace logiquement la première puisque Labrax a réalisé ses biens immobiliers et est parti sur les flots chercher la fortune en Sicile. Pleusidippe, l’amoureux, est majeur (c’est-à-dire, à Rome, orphelin), maître de sa personne et sans difficultés financières. Il vient de gauche, la sortie du port mais aussi de la ville d’Athènes. Il sort par la droite, quand il conduit en prison à Cyrène le proxénète Labrax. Démonès n’est qu’un père ou un beau-père virtuel, nostalgique de sa paternité perdue et qui plus est, propriétaire d’une maison sans toit, sans doute à droite. Au centre, le temple de Vénus, à la fois temple et abri pour les jeunes filles naufragées, recueillies par la prêtresse de Vénus, et abrite aussi les courtisanes. Tout le monde fini dans la maison du vieux Démonès, y compris le proxénète.

 

5. Les rôles comiques :

 

a. Les rôles masculins :

 

Il y a 3 rôles masculins : vieux, jeunes et esclaves.

 

Les vieux : ils ont les cheveux blancs, une longue barbe, ils marchent mal, ont de l’argent et du pouvoir. Ils sont avares et coléreux, mais parfois ils sont faibles et indulgents, et au cours de la pièce ils peuvent passer de la colère à l’indulgence.

Certains vieux sont sans famille

  - Celui qui possède l’argent, c’est le banquier.

  - Celui qui possède la fille, c’est le proxénète.

 

Les jeunes : il y a 2 types :

   - blond ramolli au teint pâle, amoureux de la courtisane (à Rome, on pensait que si un homme était trop amoureux, qu’il faisait trop l’amour, qu’il était trop en contact avec les femmes, alors il s’efféminait).

   - brun, bronzé, musclé, toujours dehors, beaucoup de sport, amoureux d’une jeune fille libre.

Ils sont toujours à la recherche du plaisir. Ils sont plutôt lâches, faibles, fuyant les responsabilités.

Quand ils sont sans famille, celui qui n’aime que les banquets est un parasite (parasite d’un jeune qui a de l’argent, comme le militaire mais peureux [soldat fanfaron]).

 

Les esclaves : ils sont tous roux car le roux est indéfinissable ni blond ni brun. Donc, ce sont des trompeurs. Ils ont le front ridé et les sourcils froncés car ils sont toujours en train de songer à une ruse. Ils portent une tunique courte relevée par une ceinture, car c’est le seul personnage énergique (cermous courens : la scène où l’esclave entre en courant).

 

b. Les rôles féminins :

 

Il y a 3 rôles féminins : courtisanes, jeunes filles libres et vieilles.

 

Les courtisanes : elles sont séduisantes, elles portent des couleurs vives, elles ont des coiffures extraordinaires. Elles peuvent avoir leur propre servante.

 

Les jeunes filles libres : c’est un rôle incolore. On ne les voit pas, on ne le entend pas hormis quand elles accouchent on entend leurs cris. Elles doivent être innocente des choses de l’amour.

 

Les vieilles : elles sont avares, acariâtres et rouspéteuses.

 

c. Les noms des personnages :

 

Les noms des personnages ont toujours un sens.

 

Les Bacchides : Nicobule = « celui qui l’emporte dans le conseil, qui l’emporte toujours » = Letranchant ? ;

Philoxène = « l’hospitalier » = Bonaccueil ?

Pistoclère = « celui qui a obtenu en partage la fidélité et / ou la confiance » = Fidélio ?;

Mnésiloque = « celui qui songe aux embuscades » = Lembusqué ?»;

Cléomaque = « celui qui recueille la gloire dans les combats » > Gloriolan ?

Lydus = « le lydien / le professeur = Professor ?;

Chrysale = « qui fait de l’or » > Dorin ?

Les sœurs Bacchis = « les soeurs Bacchantes » = Libertine 1 et Libertine 2 ?

 

La Fille d’Andros : le vieux Simon, tantôt indulgent, tantôt sévère opposé au vieux Chrémès par antiphrase « Legrincheux » qui défend l’amour dans le mariage ;

Le vieux Criton « Lejugearbitre » qui provoque le dénouement ; 

Le jeune Pamphile, « qui aime tout » et ne contrarie persone ;

L’autre jeune homme Charinus ou « Legrâcieux » ;

La courtisane Chrysis, « Ladorée » qui aime l’or ;

La jeune Glycère, « Ladouce » qu’on ne voit jamais et qui crie quand elle accouche ;

Sa servante Mysis ou la Mysienne,

Sosie, l’esclave cuisinier de Simon, digne réplique de son maître ;

Dave, l’esclave du jeune  qui porte le nom type de l’esclave rusé chez Ménandre alors qu’il joue à contre-emploi et que ses ruses se retournent contre lui.

 

L’Eunuque : les courtisanes : Thaïs [Ce prince, avant de marcher contre Darius, qu'il se disposait à poursuivre, donna à ses courtisans un grand festin, dans lequel il s'abandonna tellement à la débauche, que les femmes mêmes y vinrent boire, et se réjouir avec leurs amants. La plus célèbre de ces femmes était la courtisane Thaïs, née dans l'Attique, et alors maîtresse de Ptolémée, celui qui fut depuis roi d'Égypte. Après avoir loué finement Alexandre, et s'être permis même quelques plaisanteries, elle s'avança, dans la chaleur du vin, jusqu'à lui tenir un discours assez conforme à l'esprit de sa patrie, mais bien au-dessus de son état. «Je suis, lui dit-elle, bien payée des peines que j'ai souffertes en errant par toute l'Asie, lorsque j'ai la satisfaction d'insulter aujourd'hui à l'orgueil des rois de Perse; mais ma joie serait bien plus grande, si je pouvais brûler le palais de ce Xerxès qui brûla la ville d'Athènes, et y mettre moi-même le feu en présence du roi, pour faire dire partout que les femmes qui étaient dans le camp d'Alexandre avaient mieux vengé la Grèce de tant de maux qu'elle avait essuyés de la part des Perses, que tous les généraux qui ont combattu pour elle et sur terre et sur mer.» Ce discours fut accueilli avec des cris et des applaudissements redoublés] dans Plutarque, Vie d’Alexandre 38>> courtisane et honnête. Nom propre qui veut dire la courtisane par excellence. Avec Plutarque, c’est une courtisane patriote, se montre virile, et demande à ce qu’on venge la prise d’Athènes. Joue le rôle d’un homme qui défend les valeurs de la cité. Avec Térence, il reprend ce nom car Thaïs va sauver les valeurs/vertus d’une jeune fille.

Les femmes libres : Pamphila « la tout amour » « celle qui aime tout » dont Chéréas puis Pythias racontent le viol. Vraie courtisane ou vraie jeune fille ?

L es servantes de femmes libres (nourrices : Sophrona, « la sage ») ou de courtisanes (= courtisanes : Pythias « l’inspirée» qui est futée et solidaire, qui raconte la scène du viol, et Dorias « la vieille peau » ou doublet féminin de Dorus le vrai eunuque de la pièce).

Les vieux : Ici, un seul vieillard qui fait office de péripétie de dernière minute, dont le nom même est incertain selon les différents manuscrits (Déméa « l’homme du pays » ou Lachès « le destin ») et qui, en quelques vers s’inquiète pour la fortune de la famille, court au secours de son jeune fils et se fait le protecteur officiel d’une courtisane. Le deuxième nom, Lachès, correspond mieux car il arrive au dernier moment pour sauver son fils.

Les jeunes, il y en a beaucoup, n’aiment que la dépense et le plaisir  (blond, alangui,  au teint pâle : amoureux d’une courtisane : Phédria « le brillant », le « joyeux » ; bronzé, brun et sportif : amoureux d’une jeune fille libre, Chéréa « le réjoui » va jouer le rôle de l’esclave rusé, il arrive sur scène en courant, ici, le frère Chrémès « le grondeur » qui porte le nom d’un vieillard et en a plus ou moins le caractère et la fonction, à la fin il tient le rôle du père de famille pour Pamphila, et Antiphon « le répondeur » qui ne sert qu’à donner la réplique à Chéréa, c’est un personnage protatique qui joue l’utilité) : de même Chéréa et Phédria apprécient l’argument du partage des dépenses avancé par Gnathon; quand ils sont dépourvus de famille, ils tiennent les rôles marqués du soldat (lâche et amateur de filles : Thrason ou « le hardi » le soldat fanfaron tout à fait original car il veut être aimé, il devient un jeune homme et partagera Thaïs avec Phedria) ou du parasite (lâche amateur de banquets : Gnathon ou « la mâchoire » qui suit le soldat, il convaint Phedria et Chéréa qu’il faut être à plusieurs pour entretenir Thaïs). Terence multiplie les jeunes hommes pour montrer que l’on peut faire plusieurs jeunes, et pour comprendre qui sont les jeunes.

Les esclaves (roux, front plissé, sourcils froncés, tunique relevée par une ceinture) ; servent soit les vieux, soit les jeunes : Parménon  « l’esprit vif ? » est à la fois esclave du père et des fils, rôle à contre emploi car il n’a pas l’esprit vif, il suit le mouvement en retard sur l’action, il interprète tout, ne sert qu’à  dénoncer les illusions du genre comique qui deviennent dans la pièce la vérité du personnage de Thaïs; Dorus, l’eunuque, « la pique » ou « la poutre » (connotation sexuelle), par antiphrase, également un nom à contre emploi, vieil esclave acheté par Phédria.

 

REMARQUES : des rôles codés traditionnels (sens des noms propres) mais traités de manière subversive ; une inflation de « jeunes » (6 personnages, 6 rôles différents) au détriment des vieux et des esclaves rusés Þ traitement varié et original du rôle du jeune homme, dépassant la simple opposition binaire ; un grand nombre de personnages, donc plus d’entrée de rôles et plus de mouvement. Les grammairiens classaient la comédie en deux : une comédie motoria (mouvement) et comédie stataria (statique). Ici, motoria.

 

Le Cordage : Démonès (celui qui est au pouvoir d’un dieu, soumis à la volonté d’un dieu, cf. 593 / 650) est un vieux original, propriétaire sans argent en raison de son honnêteté et de sa bienveillance passée, exilé à Cyrène de surcroît, et privé de paternité. Quel masque lui donner ? Celui du vieux principal ou celui du vieux à longue barbe (cf. catalogue de Pollux 2e siècle ap. J. –C.). Le premier convient au père sévère qui, en s’opposant aux amours et aux dépenses de son fils, fait obstacle à l’heureux dénouement. Une moitié de son visage est renfrognée, et l’autre souriante ; l’acteur joue de profil et montre toujours son mauvais côté, sauf à la fin lors de la réconciliation finale. Ce double masque est aussi celui du leno dont il symbolise la duplicité. Mais les pères sont également des personnages doubles car leurs diatribes moralisatrices contrastent avec leurs vices. Non seulement dans leur jeunesse ils ont couru les filles mais l’âge n’a pas altéré leur caractère libidineux (cf. Nicobule des Bacchides, Démiphon dans le Marchand, Lysidame dans la Casina ; quant à Théopropide, dans la Comédie du fantôme, il aime les jeunes gens). Le vieux à longue barbe et au front serein est un personnage compréhensif et débonnaire, parfois l’un des artisans du bonheur final comme Périplectomène dans le Soldat fanfaron. Démonès, loin de faire obstacle à l’intrigue amoureuse la favorise ; il est moralisateur mais ses propos correspondent à ses actes. Lorsqu’il fustige la complicité des maîtres et des esclaves, il repousse effectivement les propositions malhonnêtes de Gripus ; lorsqu’il dénonce les transgressions de l’asylie et du droit sacral, il mobilise ses esclaves pour les interdire ; il écoute avec attention les étrangers, qu’ils soient de jeunes citoyens ou des esclaves et il est sensible aux arguments d’autrui. Il renseigne aimablement le passant, fournit eau et feu à qui le demande, ne refuse pas de prêter ses chaudrons aux visiteurs du temple qui sacrifient, assume ses obligations de citoyen de droit attique en rendant un arbitrage. MAIS il montre son maque d’humanité lorsqu’il se détourne du spectacle des jeunes filles en lutte contre la noyade et rappelle durement à l’ordre son esclave Scéparnion qui s’y intéresse trop au lieu de travailler ; il commande à ses autres esclaves avec brutalité les menaçant des pires traitements en cas de désobéissance ; il dépouille son malheureux esclave de sa trouvaille et s’approprie une somme démesurée et disproportionnée par rapport à la valeur de l’affranchissement d’un pauvre esclave ; sa joie de retrouver sa fille semble surtout celle de la marier avec un homme riche. Et le vertueux père n’hésite pas à inviter à sa table celui qui voulait prostituer sa fille ; d’ailleurs, en accueillant les deux jeunes filles, il cédait peut-être à un penchant libidineux comme en témoigne la jalousie de son épouse. Donc, personnage compréhensif, il est moralisateur mais met en pratique ses morales, comme les vieux renfrognés, égoïste. Masque du vieux irrascible utilisé pour fin de scène dans un style ironique tragique. Il défend les jeunes filles, le droit d’asile, il écoute tous les gens qui débarquent, il fournit les ustensiles pour le sacrifice au temple de Vénus. Il tient aussi le rôle traditionnel du maître quand il commande ses esclaves. Plaute garde le suspens de ce personnage jusqu’à la fin.

Labrax (le loup de mer, poisson carnivore et rapace) est son antithèse (il fait naufrage, donc loup de mer dans la mer) ; il est le vieux marqué, le leno malhonnête qui possède l’argent, les filles, et qui est l’opposant des jeunes gens. Première fois qu’on voit un proxénète ruiné dès le départ. Charmidès (le fils des plaisirs) est un vieux parasite qui porte un nom de jeune, hôte sicilien de Labrax, malhonnête comme lui, avide d’argent et de banquets.

Les jeunes : ici, un seul jeune homme courageux, entreprenant, sans souci d’argent, sans père opposant : Pleusidippe (celui qui navigue sur un cheval <de bois> cf. 268)

Les esclaves : ici, aucun conflit d’autorité : Trachalion (celui qui court) qui sert Pleusidippe rend service à Démonès et obtient grâce à lui son affranchissement et le mariage avec Ampélisque ; Gripus (le pêcheur), esclave de Démonès, recherche son propre intérêt, mais favorise malgré lui la reconnaissance de Palestra en pêchant la valise, d’ailleurs Démonès lui donnera un peu d’argent du proxénète pour le récompenser là Démonès tient un rôle de juge arbitre. Scéparnion (l’homme à la hache : pour couper les roseaux ou pour garder Labrax), esclave de Démonès, compatit aux malheurs deux jeunes femmes naufragées et aide Ampélisque, et marchande un peu d’eau contre un baiser avec une servante de courtisane.

Les courtisanes : Ampélisque (la petite vigne), lutinée par Scéparnion, épousée par l’affranchi Trachalion : fausse ou vraie courtisane comme Palestra ?

Les femmes libres : les matrones (épouses acariâtres) : ici l’épouse à la fois jalouse (quand il ramène les naufragées à la maison) et sentimentale (quand elle retrouve sa fille elle ne fait que pleurer) de Démonès, personnage sans nom, muet et absent de la scène ; et la prêtresse de Vénus, auxiliaire des jeunes filles, Ptolémocratie (celle qui domine par les combats guerriers : antiphrase), peut avoir le rôle de vieille macresse.

Les jeunes filles ou fausses courtisanes : c’est le cas de Palestra, dont le nom suggère à la fois la citoyenneté (la palestre étant un lieu officiel de toute cité grecque) et le statut actuel de courtisane (cf. Gymnasium, jeune courtisane dans la Cassette dont le nom signifie « terrain de sport pour jeunes gens » ou « sport en chambre »).

 

Conclusion : la comédie latine, jeu avec et sur tous les codes du théâtre.

 

Pour comprendre la signification de tous ces noms de personnage, il fallait comprendre le grec, or à Rome il y avait suffisamment de grecs pour que les Romains soient bilingues.



22/07/2012
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