Cours de psychologie

Le soi et les autres

Psychologie Sociale – Le soi et les autres – Comparaison sociale

 

 

Pas de TD.

 

Lecture obligatoire :

- Nos préférences sous influences, d’Olivier Corneille.

Lecture conseillée :

- Martinot, D. Le Soi : Les approches psychosociales.

                       Le Soi, les autres et la société.

- Monteil, J.M. Soi et le contexte.

- Monteil, J.M., & Martinot, D. Le Soi et ses propriétés : analyse critique.

- Piolat, M. Les concepts de soi. La construction sociale de la personne.

- Piolat, M., Hurtig, M.-C, & M.-F Pichevin Le Soi. Recherches dans le champ de la cognition sociale. Textes de base en psychologie.

 

Plan :

1ère partie : L’étude du soi.

I. Différentes entrées dans l’étude du soi.

II. Quelques éléments historiques.

III. Différentes approches :

1. Les approches majeures.

2. Autres approches.

IV. Cognition sociale :

1. Généralités.

2. Trois composantes :

a. Cognitive :

- Soi de travail,

- Schéma de soi,

- Malléabilité et stabilité du soi,

- Effets de références à soi.

b. Affective :

- Estime de soi (3 motivations, idées reçues),

- Auto-complaisance,

- Auto-attribution,

- Auto-handicap.

c. Comportementale :

- Auto-présentation,

- Soi motivé.

2ème partie : Comparaison sociale et autres effets.

I. Comparaison sociale :

1. Définition/Généralités.

2. Comparaison ascendantes et descendantes.

3. Conséquences affectives de la comparaison sociale.

4. Stratégies de comparaison sociale :

a. Les deux types basiques de stratégies.

b. Les trois types (évaluation, amélioration, valorisation).

c. Auto-complaisance.

II. Autres effets :

1. Faux consensus.

2. Fausse unicité.

3. Effet PIP.

4. « Meilleur(e) que la moyenne ».

5. Optimisme comparatif.

 

 

1ère partie : L’étude du soi.

 

 

I. Différentes entrées dans l’étude du soi.

 

 

L’étude du soi se fait grâce et avec la psychologie clinique et la psychanalyse.

Toute science a sa part de l’étude du soi. Comme la philosophie, la sociologie et la psychologie. Dans ce dernier, plus particulièrement la clinique, développementale, neuropsychologie, sociale…

La psychologie du développement a étudié particulièrement l’individualisation et la genèse de l’identité.

La psychologie sociale a donné une place importante à l’étude de soi, bien que chaotique.

On ne peut comprendre à travers une seule discipline le soi.

On ne peut pas définir le soi dans sa totalité et son exhaustivité.

 

 

II. Quelques éléments historiques.

 

 

Il y a 3 grandes périodes de l’étude du soi en psychologie sociale :

- 1ère période : 1890 – 1900 :

+ Particulièrement avec James (1890) et Baldwin (1897).

+ L’étude du soi comme l’étude d’un phénomène social.

+ Les travaux de James amenèrent à rompre la psychologie avec la philosophie, impose la psychologie sociale qui s’affirme en tant que discipline.

- 2ème période : années 40 :

+ Particulièrement avec Cooley (1902) et Mead (1934 ; 1963).

+ Coloration sociologique (contextualisme, interactionnisme). Une psychologie sociale plutôt sociologique.

+ Emprunte davantage à la sociologie, et se détourne un peu de la cognitive. Marquée par les courants contextualistes et interactionnistes.

- 3ème période :

+ Années 70 :

. Fenigstein, Scheir & Buss (1975) : (se tricote depuis les années 50) distinction opérationnelle entre conscience de soi situationnelle et conscience de soi dispositionnelle. Ce qui revient dans les années 2000 dans la psychologie positive.

- Soi situationnelle : suscité par les différentes situations dans lesquelles le sujet est engagé. Conscience de soi en fonction du contexte.

- Soi dispositionnelle : correspond à des représentations plus stables et plus durables. Evaluation globale de l’individu en tant que personne.

. McGuire & Padawer-Singer (1976) : cognition sociale, identifie les conditions de la saillance cognitive de certains traits du concept de soi. Leurs travaux se situent dans une psychologie sociale très cognitive en se préoccupant d’identifier les conditions conduisant à l’émergence de certains traits du soi.

. Markus (1977) : définit et impose le schéma de soi, empreinte à la psychologie cognitive.

. Rogers, Kuiper, & Kirker (1977) : effets de référence à soi, apporte des éléments de compréhension au comment on fait référence à soi dans le traitement des informations.

+ Depuis les années 90 : rebondissement et prolongement dans années 70, place de la motivation et du contexte dans l’étude du soi.

 

L’étude de soi s’impose par 2 raisons majeures :

- L’emprunt d’outils méthodologiques (et théoriques) à la psychologie cognitive.

- L’effritement du behaviorisme et l’émergence de la cognition sociale.

Les auteurs viennent à comprendre que s’ils n’arrivent pas à travailler sur le soi c’est qu’ils manquent d’outils empiriques et méthodologiques. Tant que le behaviorisme fut prégnant, les auteurs n’ont pas eu de marge de manœuvre pour l’étude du soi, il a fallu attendre l’émergence de la cognition sociale.

Jusqu’aux années 70, il manquait les outils pour développer des études sur le soi. De plus, le béhaviorisme empêchait toute recherche, car il fallait se concentrer uniquement sur la boîte noire.

Dans les années 70, l’étude de soi devient une étude particulièrement. Naissance de la cognition sociale qui étudie l’étude de soi et se développe en étudiant de nombreux autres sujets.

 

 

III. Différentes approches.

 

 

1. Les approches majeures :

 

Trois approches majeures :

- Approche phénoménologique (introspection) :

+ L’Ecuyer (1978).

+ La psychologie sociale s’inspire des outils de la philosophie. Analyse du vécu de l’individu par lui-même, individu à la fois initiateur/expert de l’étude et objet d’étude. Ici, le soi ne peut être atteint par l’extérieur. On utilise donc l’introspection (étude du soi par soi).

- Approche interactionniste symbolique et constructivisme (analyse du discours) :

+ Gergen & Gergen (1988); McGuire & McGuire (1988); Mead (1963); Zavalloni (1975).

+ Le social et le cognitif sont interdépendants, se conjuguent et se construisent ensemble. Social et cognitive sont indissociables. Donc soi et société interdépendants. La cognition nait de l’interaction de l’organisme humain et de son environnement social, c’est le biais d’interconstruction interdépendante.

+ Le chercheur intervient par l’analyse du discours, il retranscrit l’individu, au travers de la démarche discursive.

→ Points communs : rejet de l’expérimentation, l’expérimentation n’est pas un outil pertinent pour l’étude du soi car ne permet pas d’étudier l’individu dans sa totalité. Les deux sont tout de même différents, avec regard et option différents. L’étude de soi par soi peut être pertinente, mais il y a des risques de biais.

- Approche de la cognition sociale (expérimentation) (années 70) :

+ Traitement cognitif de l’information en rapport à soi.

+ Outils en rapport avec la psychologie sociale. Prise en compte du social et cognitif comme étant un tout. Prise en compte de l’encodage, stockage, récupération…du soi.

+ Considérer l’individu comme un ordinateur, plus particulièrement un ordinateur faussé, faulty computer, un individu avec plusieurs capacités de traitement. Métaphore intéressante mais l’ordinateur n’a pas de soi. L’individu n’utilise pas toutes ses capacités et il est soumis aux biais de l’information sur soi.

 

A travers la notion d’identité, on obtient des idées intéressantes sur le soi.

 

2. Autres approches :

 

Parallèlement à ces travaux sur le soi, déclarés comme tels par les auteurs, il y a d'autres auteurs qui travaillent sur le soi sans réellement travailler sur le soi. Ils utilisent une autre terminologie, avec une autre entrée paradigmatique, avec une autre façon de s'intéresser au soi et à l'individu. Il s'agit d'études sur l'identité sociale.

 

Autres approches :

- Années 90 : deux niveaux de définitions du soi :

+ Un soi individuel ou personnel : ce qui nous différencie d’autrui, on distingue l’individu des autres. Renvoi au phénomène de différenciation et de distinction que produit l’individu par rapport aux autres. Le corps (comme continuité de réactions) et la personnalité (comme capacité à développer des habitudes). Relèverait des cognitions qui impliquent des traits ou des comportements propres à la personne. Evaluation de soi par le soi.

+ Un soi social : ce qui rend compte de nos relations aux autres et aux groupes sociaux d’appartenance. Divisé en 2 : soi social relationnel (rendrait compte des cognitions concernant le point de vue généralisé des autres sur le soi. Evaluation de soi par autrui généralisé. Relève de la relation à l’autre) et soi social collectif (relève de l’appartenance globale, la personne comme communauté. Concernerait le point de vue sur le soi que l’on peut trouver dans ce qui est collectif comme la famille, les collègues de travail, la tribu. Evaluation de soi par un groupe spécifique de référence. Relève de l’appartenance culturelle).

- Années 70-90 : deux courants théoriques à l’origine de ces définitions :

+ Approche contextuelle du soi : 

. 3 théories :

- Théorie de l’identité sociale (Tajfel & Turner, 1979; 1986) : les individus cherchent à atteindre ou à maintenir une identité sociale positive, une identité sociale positive implique des comparaisons favorables entre l’intra-groupe et des hors groupes, lorsque l’identité sociale est insatisfaite les individus vont chercher à quitter leur groupe et à rejoindre un groupe plus positivement distinct et/ou à rendre leur groupe plus positivement distinct.

+ L’identité sociale est définie par deux identités : l’une personnelle et l’autre collective

+ L’appréhension des situations sociale se fait sur la base d’un concept de soi déterminé par cette « double identité sociale ».

+ L’identité sociale personnelle est le soi individualisé c’est-à-dire basé sur les caractéristiques qui permettent de distinguer un individu des autres, de le rendre unique, dans un contexte social donné.

+ Les identités sociales collectives sont des caractéristiques du soi inséré dans des unités sociales. Lorsque ces identités sont saillantes, les individus ont tendance à se catégoriser comme des membres de groupes sociaux et à se définir à partir de caractéristiques qui appartiennent au groupe.

- Théorie de l’auto-catégorisation (Turner, Hogg, Oakes, Reicher & Wethrelle, 1987). Passage du pôle individuel vers le pôle social. L’individu se caractérise comme un être humain, il se définit comme un membre d’un groupe, et se définit en tant que tel par ses différences qui le distinguent d’autrui.

- Théorie de la distinctivité optimale (Brewer, 1991) :

+ Prise en compte des besoins opposés de différenciation par rapport aux autres d’une part et d’assimilation aux autres d’autre part. Il soutient qu'un individu cherche à se définir en fonction de son immersion dans ses relations avec les autres et avec des collectifs plus grands.

+ Va et vient entre les deux identités en fonction du contexte.

+ Brewer insiste sur le fait que l’identité sociale n’est pas réduite à la personnalité collective, il y a plus, il y a l’identité sociale relationnelle.

+ Le soi social n’est plus ici basé sur les appartenances sociales groupales mais englobe les liens interpersonnels avec les autres (Brewer & Gardner, 1996; Cross et al., 2000).

+ Brewer & Gardner (1996) : distinction de 3 composantes de soi :

. L’identité personnelle (ou individuelle).

. L’identité relationnelle (ou interpersonnelle).

. L’identité collective (ou groupale).

+ Prise en compte des différences individuelles dans la définition du soi tout en se focalisant sur les propriétés contextuelles du concept de soi (différentes connaissances de soi coexistent au sein d’un même individu et peuvent être activées à différents moments et dans différents contextes. Conséquences en matière d’auto-évaluation, d’auto-présentation…

 

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. Perspective interculturelle :

- Le soi dépend de sa culture (Triandis, 1989; Markus & Kitayama, 1991).

- Approche différentialiste de la psychologie de la personnalité qui représente le soi comme un trait stable sur lequel les gens diffèrent au sein d’une même culture (Cross, Bacon, & Morris, 2000).

+ Approche différentialiste du soi :

. Approche dispositionnelle : la personnalité est définie comme propre à l’individu et comme constante au fil de la vie (stabilité). Donner de l’importance dans l’étude de l’individu dans ses traits stables.

. Etudes des caractéristiques qui rendent un individu unique mais aussi sur ses singularités au sein d’un groupe (Eysenck, 1983).

. Objectif principal : identifier les différences interindividuelles – Modèle des cinq dimensions ou five factor model ou big five (Digman, 1990). Caractère stable et universel de la structure de la personnalité (très discuté dans la littérature). La structure des différences interindividuelles de la personnalité serait la même quelle que soit la culture avec toutefois des traits de personnalité dépendants de la culture.

. Autre objectif : les différences intraindividuelles en fonction des différences reliées à la culture (Markus & Kityama, 1991). Résultats de Guimond et al. (2006) : le concept de soi est sensible au contexte et il est difficile de déterminer des caractéristiques personnologiques ou dimensions du concept de soi qui seraient stables quels que soient les circonstances ou l’environnement social.

 

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IV. Cognition sociale.

 

 

1. Généralités :

 

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Étude du contenu de soi et des processus relatifs à soi (i.e., encodage, organisation, stockage, ou récupération de l'information en rapport avec soi).

Questions liées à toutes les phases de traitement cognitif de l’information en rapport à soi.

Faulty computer.

L’étude du soi répond à une multitude de questions :

- Qu’est-ce qui fait le soi ? Ses composantes ? Sa composition ?

- Comment sont traitées les informations relatives à soi et à l'histoire personnelle ? Comment sont-elles stockées ?

- Quelle est la structure et quelles sont les fonctions de cette mémoire ?

- Comment le soi intervient-il dans la régulation des comportements ?

- Comment assure-t-il le maintien du sentiment de continuité et de cohérence personnelle ? D’estime de soi ?

 

Dans cette psychologie sociale, les auteurs ont défini le soi comme une structure cognitive. « Le soi est une structure cognitive de reconnaissance et d’interprétation des informations, dont la fonction est d’assurer la régulation de l’expérience sociale » (Markus et Zajonc, 1981).

Le soi social a plutôt bien abouti dans les travaux.

Les autobiographies ont aidé à développer cette notion.

 

Etude du contenu et des processus du soi :

- Contenu du soi : porte sur les caractéristiques que nous croyons posséder en tant qu’individu, tels que notre corps, notre personnalité, ce qui nous définit… Greenwald & Pratkanis (1984) présentent le contenu comme une autobiographie. Cette histoire, le compte-rendu des divers événements qui ont marqué notre vie.

+ Concept de soi :

. Correspond à la composante cognitive (terminologie Martinot).

. Ce concept est une collection de représentations de soi. Les sois possibles (ce que l’on pourrait devenir plus tard, ce qu’on aspire à être), les sois idéaux (ce qu’on voudrait être, image idéale de soi), les sois actuels (comment on se perçoit), les schémas sur le soi.

. Ces différentes représentations cognitives de l’individu composent le contenu de soi mais guident également les processus perceptuels et cognitifs de la personne.

+ Estime de soi :

. L'estime de soi correspond à la composante affective (terminologie Martinot).

. Cet aspect du contenu de soi correspond aux autoévaluations positives et négatives.

. Le contenu du soi porte sur les caractéristiques que nous croyons posséder en tant qu’individu, tels que notre corps, notre personnalité, ce qui nous définit...

→ Le contenu donne la coloration et participe à guider le traitement sur soi.

- Processus de soi :

+ Cet aspect de soi correspond au « comment ? ». Comment l'individu se perçoit et agit en fonction du contenu du soi.

+ Chaque individu a des processus différents en fonction de ses propres contenus, les contenus guident les processus, et ces derniers renvoient au « comment ».

+ Le soi comme processus est cet aspect du soi qui permet de traiter l’information, de la retenir ou de la rejeter, de l’enregistrer, de l’organiser, de l’animer, de la restituer. Le processus est un aspect dynamique.

 

Ces 2 facettes, contenu et processus, sont interdépendantes et interagissent l’une sur l’autre.

On les retrouve dans les différentes composantes du soi. C’est notamment flagrant avec des modèles tels que les modèles du soi comme « structure de connaissance ». Il est difficile de départager de façon catégorique ce qui relève du contenu de ce qui relève des processus.

L’un est difficilement étudiable sans l’autre. On étudie le soi en prenant et processus et contenus, en passant par les composantes de chacun.

 

2. Trois composantes :

 

3 composantes du soi définies par Martinot (1995) :

             

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a. Composante cognitive :

 

La composante cognitive est un traitement de l’information sur soi.

Le soi est tellement riche qu’on ne peut pas avoir accès à toutes les informations, on ne peut pas tout atteindre en un même moment. Image d’une fenêtre sur soi ouverte à des moments donnés, ou image d’un spot lumineux.

Il existe différents outils pour mesurer cette composante. Ils varient en fonction des expérimentations.

Une des variables les plus importantes est le temps de réponse.

 

Il existe aussi, à l’intérieur de la composante cognitive du soi, différents modèles théoriques : modèle en réseau (Bower & Gilligan, 1979) ;  soi comme schéma (avec le soi de travail),

 

- Schéma de soi (Markus, 1977) : constituerait une structure cognitive contenant des connaissances génériques à propos de soi. Ces connaissances génériques résultent des expériences passées de l’individu. Le soi serait donc un système de mémoire spécialisé. Ce système intègre nos perceptions sur nous-mêmes. Ces perceptions sont regroupées et organisées de façon hiérarchique et sont interreliées par des réseaux complexes. L’unité de base de ces réseaux est appelé schéma.

+ C'est dans le contexte de conception schématique du soi, que Markus a proposé le concept de schéma de travail. Soi de travail (Markus & Kunda, 1986) : c’est un concept pour dire qu’on n’a pas accès à l’entièreté de soi, mais aux outils cognitifs efficients. Richesse de l’information sur soi. Seule une partie des connaissances peut être accessible à la prise de conscience à un moment donné.

. Soi phénoménal (Jones & Gerard, 1967).

. Soi spontané (McGuire, Child & Fujioka, 1978).

. Rôle du Soi de travail :

- Permet à l’individu de s’adapter aux différentes situations qu’il rencontre.

- Permet à l’individu de gérer des connaissances de soi souvent contradictoires.

- Permet la gestion et la régulation des connaissances sur soi, sans remettre en cause les sentiments de stabilité de soi et de cohérence de soi.

+ Expérience de Markus en 1977 :

. Hypothèse :

- Les schémas de soi sont des filtres et des guides.

- Certaines connaissances sur soi sont considérées comme tellement centrales, tellement importantes dans la définition du soi qu’elles sont organisées sous la forme de schéma, c’est-à-dire de structures de connaissances interconnectées.

- Le soi renferme également des connaissances de soi qui ne sont pas organisées en schémas. Connaissances périphériques.

- En d’autres termes cette conception prend en compte les caractères pluriel et malléable du soi.

- Markus propose une illustration de cette hypothèse à l’aide d’une étude expérimentale qui sollicite le schéma de soi dans le domaine de l’indépendance et de la dépendance en tant que traits de personnalité.

. Procédure en deux phases :

- 1. Sélection de la population expérimentale (schématique vs aschématique sur la dimension de dépendance/indépendance) :

+ C’est-à-dire tâche d’auto-caractérisation sur la dimension dépendance/indépendance à l’aide d’un questionnaire.

+ D’où trois groupes de sujets : deux groupes schématiques (dépendants/indépendants) et un aschématique.

- 2. Tâches :

+ Auto-description à l’aide de 15 traits de dépendance, 15 d’indépendance et 39 non-reliés.

+ Tâche d’épreuve de rappel comportemental – sélection d’un trait auquel les sujets doivent associer un ou plusieurs comportements associés qu’ils ont adopté.

+ Tâche d’estimation de la caractérisation de comportements - probabilité de 0 à 100 pour qu’ils adoptent eux-mêmes chacun des comportements proposés reliés ou pas aux schémas.

- Le temps de traitement d'une compétence est il relié au trait de caractère correspondant ?

. Résultats :

- Les sujets schématiques (qu’ils se définissent eux-mêmes comme indépendants ou dépendants) se décrivent à l’aide des adjectifs correspondants, c’est-à-dire se requalifient tels qu’ils s’étaient qualifiés lors de la phase 1. Consistance ou stabilité.

- Les temps de réponse sur ces adjectifs sont courts et, enfin, les comportements compatibles avec le schéma semblent plus probables (i.e., qu’ils sont plus nombreux, plus « rapides »). Ces mêmes résultats ne sont pas observés pour les aschématiques.

→ Ces résultats illustrent l’idée de schéma de soi, de contenu et de traitement relatif à soi selon le fonctionnement d’un schéma.

+ Schéma de soi = guide. L’information sur soi et l’information sur autrui.

. Etude Markus, Smith & Moreland (1985) ;

- Comment des individus schématiques sur une dimension (ici le schéma de genre) traitent l’information sur autrui ?

- Deux types de sujets (schéma de genre masculin vs. aschématique).

- Etude 1. Tâche. Projection d’un film concernant une personne-cible. Sujets appuient sur une touche quand ils ont identifié une unité comportementale.

- Résultats. Individus schématiques « masculins » identifient des unités plus larges que les aschématiques. Ils attribuent davantage d’attributs masculins à la personne-cible...

- Etude 2. Changement de consigne.

- Aschématiques ne changent pas leur analyse. Les schématiques s’adaptent à la consigne.

- Conclusion : le schéma de soi est non seulement un guide et un filtre, mais il détermine aussi le contenu. Cela à un impact sur le traitement de l'information sur soi mais aussi sur le traitement de l'information extérieur ayant un lien avec le soi. Avoir un schéma de soi sur une dimension permet de s’adapter plus facilement aux consignes et d’ajuster le traitement de l’information à la situation.

→ Il existe des modèles dans la composante de soi : le modèle en réseau, le modèle de soi comme schéma (c’est le schéma de travail, elle constituerait une structure cognitive qui contiendrai des connaissances génétique à propos de soi), le soi comme prototype et effet de référence à soi.

- Malléabilité et stabilité du soi comme prototype :

+ Stable ou malléable / Stable et malléable.

+ Markus & Kunda (1986) : Remplacer l’auto-description par le temps de latence.

. Procédure en deux phases :

- Phase 1. Induction de similitude vs unicité :

+ Chaque sujet est placé autour d'une table en compagnie de 3 compères.

+ Induction de Similitude :

. 15 essais : réponses des compères identiques à celles des sujets.

. 3 essais : 1 compère est en accord avec le sujet et les 2 autres sont d'accord entre eux.

+ Induction d'Unicité :

. 15 essais : réponses des compères est en désaccord avec celles des sujets.

. 3 essais : 1 compère est d'accord avec le sujet et les 2 autres sont en désaccord avec le sujet mais en accord entre eux.

- Phase 2. Trois tâches :

+ Jugements d’auto-caractérisation (ou description) – mot présenté un à un, en lien soit avec l’unicité soit avec la similitude.

+ Association
de mots - expression libre de termes en liens avec « similitude » et « unicité ».

+ Jugements de similitude au groupe de référence.

+ VD. Temps de réponse et contenu (nombre de mots, etc).

. Résultats :

- Stabilité. Pas d’effet d’auto-description. Quelle que soit la condition d’induction expérimentale, le nombre de mots de similarité et d'unicité jugés auto-descriptifs est le même (p < 1). Ils se caractérisent donc comme étant à la fois uniques et différents.

- Malléabilité : quand les sujets ont été conduits à l’unicité, ils font plus d’associations positives à la similarité, plus vite etc. Et inversement pour ceux en similarité. C’est, en d’autres termes, comme si au moins temporairement, ils cherchaient à restaurer la partie d’eux minimisée lors de l’induction expérimentale.

+ Renvoi au modèle du soi comme prototype :

. Rogers & Kuiper (1979) : très proche/inspirée des approches de psychologie cognitive.

. Codol (1979, 1987, …).

.  Nuttin (1980).

. Il y a toujours une structure cognitive de connaissance qui est riche et complexe. Elle va faire l’objet de traitements au même titre que les autres types de mémoire.

. Ce modèle signifie que le soi est défini comme l'élément exemplaire d'une catégorie. Cette abstraction renvoie à la question des éléments autour du soi qui vont être organisés de façon optimale comme autant de membres de la catégorie. On parle de prototype au sens ou l'information caractérise tout particulièrement la personne. L'individu devient le prototype d'une catégorie, autour de cela, tout se réfère à cette catégorie.

- Effets de référence à soi : le soi est utilisé comme élément de référence, le traitement de l’information est centré sur le soi.

+ Etude d’origine. Craik et Tulving (1975) :

. Phase 1 :

- 1. Condition d’autoréférence. Condition dans laquelle on demande à chaque sujet de dire si les traits projetés le décrivent.

- 2. Condition de traitement de bas niveau. Les sujets doivent dire si le mot projeté est écrit en majuscule.

- 3. Condition de traitement de niveau sémantique. Les sujets doivent dire si le mot projeté s’intègre dans une phrase.

- 4. Condition de traitement phonétique. Les sujets doivent dire si le mot projeté rime avec un autre mot proposé.

. Phase 2. Rappel/Temps de rappel.

. Résultats : ces travaux montrent que le traitement de l'information est jugé biaisé par les expérimentateurs : le traitement de l'information que l'on fait sur soi est systématiquement induit par ce que nous croyons être, par les schémas qui sont les nôtres, etc. On ne peut pas prétendre que le traitement de l'information sur soi est correct, dans la mesure où il est filtré et sélectionné en fonction des informations que l'on croit avoir sur soi.

 

b. Composante affective :

 

- Estime de soi : renvoie à la valeur que la personne s’auto-attribue (positive ou négative). Evaluation de soi par soi-même.

+ Composante affective du concept de soi.

+ Elle est qualifiée par deux dimensions : bonne ou mauvaise estime de soi. Lorsque la personne se respecte, s'accepte, s'évalue positivement, on va dire qu'elle possède une estime de soi élevée ou positive. Au contraire, lorsqu'elle se rejette, se déprécie, se dénigre, s'évalue négativement, alors cette personne a une estime de soi faible ou négative.

+ Globalement on peut s'accorder sur le fait qu'on a tendance à avoir une bonne estime de soi. Il va s'agir de savoir à quoi ça sert cette estime de soi, etc. Dans d'autres cultures, l'estime de soi est fonction d'autres croyances, cultures, insertions...

+ L’échelle de Rosenberg (en 10points) permet de mesurer l’estime de soi. Ce type d’échelle permet d’identifier 2 types d’estime de soi : état (bouge au moment de la vie) et trait (estime stable). Forte validité psychométrique.

+ Les auteurs sont en mesure de montrer que l’estime peut être stable ou variable.

+ Enfin, il existe une estime de soi personnelle (ce qui renvoie à des caractéristiques qui nous sont propres, à ce qui nous appartient…), une estime de soi collective (renvoie au groupe social d’appartenance), et aussi une estime de soi globale (façon globale dont nous nous évaluons, peu importe le contexte) et des estimes de soi spécifiques (renvoie à des situations particulières, renvoie le plus souvent au milieu scolaire et au monde du travail).

+ Expérience de Sedikides & Strube (1997) :

. Trois grandes motivations guident le traitement de l’information à propos de soi et sont au service de l’estime de Soi :

- 1/ La valorisation de soi (self-enhancement) : correspond à l’idée selon laquelle les individus sont motivés à établir et maintenir une conception positive d’eux-mêmes → reconstruction autobiographique et attention sélective accordée aux feed-back sociaux.

+ Dunning & Cohen on démontré que cette tendance à essayer de valoriser le soi est biaisée dans la façon que nous avons de définir et de présenter les choses.

+ Pour protéger son estime de soi, on peut s'approprier momentanément un trait positif dans une situation donnée pour donner une image valorisante de soi.

- 2/ La consistance de soi (self-verification) : correspond à l’idée selon laquelle les individus sont motivés à établir et maintenir une conception consistante d’eux-mêmes.

+ Cela signifie que se montrer relativement stable d'une situation à une autre, mais aussi dans le temps, augmente l'estime de soi. Il y a une tendance à croire qu'on est plus consistant et stable d'une situation à une autre, et aujourd'hui plus qu'hier.

+ Pour arriver à montrer une image consistante de soi, on peut en venir à faire de petits arrangements. Nous sommes prêts à remanier des informations qui porteraient à croire que nous ne sommes pas si consistants que ça.

- 3/ L’évaluation de soi (self-assessment) : correspond au désir de développer des connaissances de soi exactes, de rechercher la vérité et de se voir sans biais ni distorsion.

- 4/ +1: amélioration de soi (self-improvement).

. Conclusion - Motivations du soi : Sedikides (1993) montrent (6 expérimentations) que :

- Les préférences, la priorité, vont aux feed-back positifs.

- Les préférences s’orientent en priorité sur les informations confirmant ce que l’on pense de soi, c’est-à-dire sur des aspects certains de soi.

- La motivation à l’évaluation de soi est la plus faible ; en d’autres termes, les gens manifestent peu de volonté d’apprendre de nouvelles choses sur eux, c’est-à-dire de connaître les informations concernant des aspects incertains de leur soi.

- En résumé. Ordre de préférence des motivations du soi :

+ 1. Valorisation de soi.

+ 2. Consistance de soi.

+ 3. Evaluation de soi.

+ Les idées reçues à propos de l’estime de soi :

. Penser qu’une estime de soi élevée conduira à une plus grande réussite : les méta-analyses menées dans le domaine scolaire (Hansford & Hattie, 1982), ou dans le domaine professionnel (Judge & Bono, 2001) mettent en évidence que la relation entre l’estime de soi et la réussite est faible et variable.

. Une autre idée reçue concerne l’appréciation des personnes à forte estime de soi : la seule corrélation fortement et systématiquement significative est observée entre l’estime de soi et le bonheur auto-rapporté. Les personnes à forte estime de soi se décrivent comme significativement plus heureuses que les autres. Il s’agit là une fois encore du résultat de corrélations obtenues sur une mesure subjective (bonheur auto-rapporté).

+ Alors faut-il augmenter l’estime de soi des individus ?

. Si l’estime de soi est une conséquence plutôt qu’une cause, accroître le niveau d’estime de soi pourrait avoir des conséquences insatisfaisantes (Baumeister et al., 2003).

. Il est indispensable de maîtriser les processus causaux incluant l’Estime de Soi avant d’envisager de l’accroître chez les gens.

. Une estime de soi artificiellement « gonflée » serait instable et peu profitable.

+ Schéma de soi en milieu scolaire :

. Les schémas de soi sont le fruit d’une longue élaboration et se nourrissent d’éléments similaires fréquemment rencontrés.

. Quels liens avec la réussite?

. Les recherches sur le schéma de soi ont mis en évidence un lien entre les connaissances de soi et la réussite scolaire. Mais ces connaissances de soi peuvent-elles être la cause de cette réussite ?

. Expériences de Ruvolo et Markus (1992) :

- Expérimentation 1 :

+ Projection en situation de responsabilité de leur échec vs réussite.

+ Après inductions d’échec vs de réussite. Les performances des participants sont comparées sur des tâches impliquant effort (aspect qualitatif) et persistance (aspect quantitatif).

+ Résultats : les performances sont fonction du sentiment induit, elles sont meilleures dans le cas d’un sentiment de réussite que dans le cas d’un sentiment d’échec.

- Expérimentation 2 :

+ Est-ce que le fait d’envisager un avenir positif ou négatif pour soi-même accentue l’accessibilité de sois possibles spécifiques en rapport avec le succès ou l’échec ?

+ Induction. Idem étude 1.

+ Puis auto-description.

+ Résultats : il y a une attribution de traits de succès à condition qu'un sentiment de réussite soit induit.

+ Conclusions :

. Résultats de la condition « échec » s’expliquent par une non-activation au sein du concept de soi de travail des connaissances de soi positives.

. Différent de l’effet Pygmalion.

. Lorsqu'on a induit de la réussite plutôt que de l'échec, on a induit de meilleures performances par la suite.

. L'étude a été élaborée de sorte à ce que l'expérimentation ne repose que sur de réelles performances. Il ne suffit pas de dire à quelqu'un qu'il est meilleur, de l'encourager, il faut que la réactivation de la réussite ou de l'échec repose sur des connaissances de soi possible : il faut pouvoir faire référence à des expériences passées, et qui sont donc possibles.

 

Il existe différentes stratégies qui peuvent contribuer à l’augmentation de l’estime de soi :

- Auto-complaisance : exagération de l’intérêt ou de l’exactitude de nos croyances et de nos jugements. Ex :

+ Réussite à un test : test devient plus exact, plus juste, plus valide (Tesser & Paulhus, 1983).

+ Nous nous approprions la gloire de ceux qui nous sont proches.

+ Nous utilisons nos traits de caractères ou valeurs comme critères de jugements, pour définir ce qu’il faut faire et comment (Lewicki, 1983).

+ S’il nous est impossible de revenir sur un acte indésirable que nous avons commis, nous le justifions.

- Auto-attribution : Erreur fondamentale d’attribution causale : attribution interne de nos propres succès et attribution externe de nos échecs. Ex :

+ Conduite automobile.

+ Résultats universitaires (Griffin et al., 1983).

+ Publications d’articles de chercheurs (Wiley, Crittenden, & Birg, 1979).

- Auto-handicap :

+ Pessimisme : se prémunir contre l’échec.

+ Dévalorisation de soi : recherche de réconfort. Ex : je manque d’humour, je ne suis pas très joli…

+ Auto-handicap intentionnel - « recherche d’excuses » - Berglas & Jones (1978) :

. Se présenter comme diminué(e) : ex : je suis malade, j’ai passé une mauvaise nuit, j’ai des soucis personnels…

. Diminuer l’effort, de l’entraînement : ex : je n’ai rien révisé, j’ai fait la fête jusqu’au bout de la nuit…

. Tendance à donner une moins bonne estime de soi que celle que nous avons (Miller & Schlencher, 1985).

+ Fausse modestie ou auto-handicap intentionnel : Pourquoi? Se faire accepter socialement. Eviter de sembler « arrogant », « imbus de sa personne », « d’avoir la grosse tête »…

+ Dimension culturelle (Markus & Kitayama, 1991).

 

c. Composante comportementale :

 

- Auto-présentation : correspond à la façon que l’on a de se présenter. Ce que l’on fait.

+ Impact des composantes précédentes.

- Le soi-motivé (Sanotosio, 1990) :

+ Rôle de l’attention sélective en fonction du feedback. Impact des feedbacks sociaux désirables dans la confirmation d’une conception de soi désirée et ses incidences comportementales.

+ Les variables dépendantes peuvent être cognitives ou comportementales.

+ Illustration avec une mesure comportementale.

. Procédure classique :

- Etude « 1 » : Induction expérimentale de croyances fortes (des liens) entre réussite académique et introversion/extraversion.

- Etude « 2 » :

+ « Test de personnalité ».

+ Présentation de profils de personnalité (introverti/extraverti/neutre) de potentiels partenaires pour interagir.

+ Tâche distractive et tâche de mémoire incidente (ex : rappel de proposition du profil).

- Résultats sur VD comportementales (d’auto-présentation) :

+ Sujets choisissent de se décrire avec les traits associés à la réussite (donc soit intro soit extraversion selon la condition expérimentale).

+ Choix du partenaire en fonction de l’induction expérimentale.

- Conclusion : une certaine malléabilité du soi : ajustements comportementaux que nous sommes en mesure d’adopter, de produire afin notamment de répondre à une certaine image de soi, valorisante, associée ici à la réussite académique.

 

Impact de l’auto-valorisation sur l’auto-présentation :

- Markus (1977) : les individus ayant de fortes croyances sur Soi sont résistants aux changements, plus résistants aux changements que ceux ayant de faibles croyances sur Soi.

+ Ex :

. Donner à une personne qui a de fortes croyances sur Soi, un feed-back incongru avec ses croyances a peu d’incidences sur ses jugements de soi et ses comportements à venir comparativement aux gens ayant de faibles croyances sur Soi.

. Les gens qui ont de fortes croyances sur Soi sont peu influencés par des renforcements (feedback) sur des dimensions proches de leurs fortes croyances. Ces travaux rendent compte d’une certaine stabilité comportementale du soi. Les ajustements ne sont que périphériques.

 

Impact de l’auto-présentation sur l’auto-estimation :

- Schlenker & Trudeau (1990) : étude en trois étapes dont l'idée est de déterminer comment les individus se qualifient, mais aussi quelle est la plage d'indépendance tolérée :

+ Etape 1. Pré-test. Auto-évaluation sur la dimension d’indépendance :

. Auto-description notamment à l’aide de traits de personnalité et de comportements congruents avec ces traits.

. A quel point les traits les décrivent ou au contraire ne les décrivent pas ? Une mesure dite « zone d’acceptation et de rejet auto-descriptive pour chaque trait »

. Identification de deux types de sujets sur la dimension d’indépendance :

- Ceux qui possèdent de fortes croyances sur soi.

- Ceux qui possèdent de faibles croyances sur soi.

+ Etape 2. Une semaine plus tard. Induction expérimentale :

. « Nouvelle étude ». Exercice d’entraînement pour des étudiants en communication. L’objectif prétendu de l’étudiant en communication (compère de l’expérimentateur) est de tester ses aptitudes à interroger une personne. Pour le soi-disant exercice d’entraînement les sujets expérimentés devaient se présenter :

- Soit comme étant plus indépendants qu’ils pensent être (auto-présentation positive).

- Soit, au contraire, moins indépendants qu’ils pensent être (auto-présentation négative).

. Concrètement, l’entretien était structuré en 4 parties afin d’assurer que les sujets remplissaient le rôle indiqué.

+ Etape 3. Mesure des effets d’auto-présentation sur l’auto-évaluation.

. Dimension auto-évaluée : indépendance. Calcul de la différence entre cette nouvelle auto-évaluation et l’autoévaluation obtenue lors de la première phase (pré-test de centralité).

. Mesure comportementale et de responsabilité.

+ Résultats :

. Effet de la force des croyances sur le changement d’autoévaluation.

. Groupe qui possède des fortes croyances sur soi en matière d’indépendance :

- En condition d’auto-présentation positive : ces sujets sont influencés par les comportements qu’ils ont dû adopter pendant la phase d’entretien. Ils évaluent plus positivement leurs comportements et s’en attribuent la responsabilité. Et changent leur auto-évaluation et se décrivent encore plus indépendants (tout en restant dans la zone d’acceptation)

- En condition d’auto-présentation négative : ils rejettent les comportements adoptés et en refusent la responsabilité. Ils ne modifient pas leur auto-description.

. Groupe qui possède des faibles croyances sur soi en matière d’indépendance :

- En condition d’auto-présentation négative, les sujets changent davantage d’auto-description que ceux en condition d’auto-présentation positive.

+ Conclusion :

. Les sujets en fortes croyances changent quand les contradictions sont légères et positives (et dans le sens de la présentation initiale de soi).

. Au contraire, les sujets en faibles croyances sur soi changent davantage quand les contradictions sont fortes et négatives.

+ Explication :

. Les croyances sur soi les plus faibles sont aussi les moins saillantes, les moins accessibles pour guider les comportements des sujets et donc ils peuvent s’éloigner de leurs auto-évaluations et aller vers des contradictions.

. Les présentations de soi en contradiction avec de très fortes croyances ne produisent pas de changements de croyances ou mineurs, c’est-à-dire dans la zone d’acceptation et à condition d’être valorisante pour le soi.

- Deci & Ryan (1985) développent une théorie qui se focalise sur la motivation et l'intention de s'engager dans une tache :

+ Ces motivations sont liées à des variables de personnalité et à des prédispositions à manifester son autonomie, son indépendance vis à vis des contraintes extérieures,  récompenses...

+ L'auto-détermination a été associée à plus de curiosité vis à vis des informations, sentiments de choix (ex : le libre arbitre).

+ L'auto-détermination est positivement corrélée à la conscience privée de soi, l'implication personnelle dans les activités ou encore l'estime de soi.

 

La conscience de soi est notamment un élément majeur dans la régulation des émotions :

- Duval & Wicklund (1972) :

+ La conscience de soi est une sorte de route d’accès pour la personne à ses propres états internes ou à son soi.

+ Ils ont défini différentes formes de prise de conscience soi. La comparaison de différentes consciences de soi peut mener à un inconfort ou à un confort psychologique.

- Higgins (1989) :

+ La comparaison que l’on fait des différentes facettes qui nous structurent peut conduire à des émotions négatives.

+ Trois structures du soi :

. Soi idéal (renvoie aux attributs qu’on désirerait posséder).

. Soi obligé (renvoie les attributs qu’on sent devoir posséder).

. Soi réel (renvoie les attributs que l’on croit posséder).

- Higgins et al. (1986) :

+ Ecart entre soi réel et soi obligé → Anxiété : plus l’écart entre le soi réel et le soi obligé est important, plus la personne est anxieuse. Le fait de ne pas pouvoir atteindre des objectifs imposés (même par soi) peut amener la personne à ressentir une pression.

+ Écart entre soi réel et soi idéal → Dépression : plus l’écart entre le soi réel et le soi idéal est important, plus la personne est dépressive. Le fait de ne pas pouvoir atteindre nos idéaux peut être très démobilisant.

→ Enfin, l’écart entre le soi réel et le soi obligé ne prédit pas la dépression et l’écart entre le soi réel et le soi idéal ne prédit pas l’anxiété.

 

Schéma de soi dans la perception d’autrui. Schéma de soi guide l’information sur soi mais également l’information sur autrui (Markus, Smith & Moreland, 1985).

 

La tendance à la valorisation et à la mise en avant de soi est manifeste dans la comparaison à l’autre, individu et groupe. Le biais de favoritisme intra-groupe disparaît avec l’intervention du soi. Le soi une construction sociale : au travers du regard des autres, à partir des appartenances groupales et en fonction du contexte, à partir des comparaisons sociales. Il y a différents types et différents niveaux de comparaisons sociales.

 

 

2ème partie : Comparaison sociale et autres effets.

 

 

I. Comparaison sociale.

 

 

1. Définition/Généralités :

 

Qu’est-ce que la comparaison sociale ?

Tendance à la valorisation et à la mise en avance de soi est manifeste dans la comparaison à l’autre, individu et groupe.

Le biais de favoritisme intra-groupe disparaît avec l’intervention du soi.

Le soi une construction sociale :

- Au travers du regard des autres.

- A partir des appartenances groupales et en fonction du contexte.

- A partir des comparaisons sociales.

Différents types / différents niveaux de comparaisons sociales.

 

Festinger (1954) : besoin de comparaison sociale :

- Evaluer, situer, protéger, améliorer … ses propres opinions et aptitudes par rapport à celles des autres.

- Recherche d’informations objectives difficiles voire impossibles à obtenir (en l’absence de moyens objectifs d’évaluation).

- Comparaisons ascendantes et descendantes :

+ Comparaisons sociales ascendantes sont celles qui établissent une comparaison avec un élément supérieur à soi (qui a plus de compétence, de qualité, etc que soi).

+ Comparaisons sociales descendantes renvoient aux comparaisons avec un élément inférieur à soi. Souvent une stratégie d’ajustement aux situations difficiles (Wills, 1981; 1997). Temporaires. Souvent, réponses d’urgence face à des émotions négatives.

→ Comparaisons directes ou indirectes

- Comparaison latérale (modèle « Proxy » de Suls…).

 

2. Comparaisons ascendantes et descendantes :

 

En matière de compétences : la comparaison ascendante est préférable ou préférée si l’élément de comparaison est légèrement au-dessus de soi. Cette comparaison permet ainsi de se fixer des buts à atteindre possibles et supérieur et permet ainsi l’amélioration de soi et la valorisation de soi.

 

En matière d’auto-descriptions ou d’opinions : les comparaisons sociales sont variables : ascendantes ou descendantes. Elles sont alors le plus souvent conçues comme des moyens de se valoriser et de maintenir ou atteindre une estime de soi positive. Les explications sont ici dites motivationnelles.

 

En matière de santé :

- Comparaisons ascendantes sont observées dans le cadre de la santé ou maladie. Rôle important dans le bien être, la gestion du stress, la guérison, etc.

- Comparaisons descendantes également recherchée en santé. Réconfort, ré-assurance, etc.

- Hakmiller, 1966, a fait une étude sur l'impact du type de stratégie en fonction du type de menace. Voici ses résultats expérimentaux pour une stratégie descendante :

+ Forte menace : 54 %.

+ Faible menace : 22 %.

 

A propos des comparaisons descendantes, il faut savoir qu'on les utilise de manière assez opportuniste. Elles sont donc souvent temporaires et ponctuelles. C'est aussi souvent des réponses d’urgence face à des émotions négatives.

 

Les comparaisons sociales ascendantes (CSA) ont différents apports :

- Donnent des informations utiles pour améliorer ses performances.

- Elèvent le degré de motivation.

- Facilitent l'identification à des modèles positifs et à l'imitation de comportements qui mènent au succès.

- Augmentent le niveau de confiance quant à son potentiel : auto-efficacité, « je peux »…

 

Il existe des facteurs facilitateurs ou inhibiteurs des bénéfices des CSA :

- Les CSA seraient bénéfiques dès lors qu'elles ne sont pas perçues comme menaçantes.

- La croyance en son auto-efficacité facilite l'usage adéquat de la CSA : capacités à mettre en œuvre les comportements adaptés ou capacités à obtenir des résultats positifs et à les améliorer.

Ces bénéfices sont entravés ou amoindris lorsque :

- Les enjeux situationnels sont trop importants, trop anxiogènes ou trop stressants.

- Les tâches sont trop difficiles à réaliser pour permettre l'amélioration des performances, objectifs trop difficiles à atteindre.

- Certains contextes limitent les chances de succès.

 

Les comparaisons sociales descendantes (CSD) ont différents apports :

- Permettent de mettre en avant le vécu positif, ce qui va bien et minimisent ce qui est mal vécu. Autrement dit, elles rendent les expériences négatives plus tolérables et renforcent l'optimisme pour le futur.

- Permettent de changer de point de vue (perspective) et de réévaluer le bien-être sous un autre angle.

 

Se pose la question des situations où les CSD peuvent être bénéfiques :

- Wills (1981) met en évidence le fait qu'après un échec, une perte, une expérience négative, un sujet bénéficie d'une CSD par l'amélioration de son humeur.

- Ex : lors d'un cancer, les patients se réfèrent spontanément au cas de personnes qui s'en sortent moins bien qu'eux, qui n'ont pas la même aide qu'eux...

 

Les CSD ont aussi des inconvénients :

- Elles focalisent sur les aspects émotionnels des situations.

- Quand les perspectives ne voient pas de réponses, de solutions pour résoudre la situation dans laquelle ils se trouvent.

- Quand la CSD perdure : les effets sont préjudiciables pour l'estime de soi, pour le concept de soi, pour la motivation et pour l'engagement dans l'action. Il y a un risque d'identification aux victimes et aux antihéros. On peut prendre l'exemple du fumeur dépendant qui rechute et qui se réfère à ceux qui ont rechuté avant lui (ex : faux consensus).

 

3. Conséquences affectives de la comparaison sociale :

 

Morse & Gergen (1970). Lien entre comparaison sociale et estime de soi :

- Etude. Situation de recrutement. Comparaison à une cible négligée ou « bien habillée ».

- Comparaison descendante : meilleure estime de soi, sentiment de bien-être.

 

Comparaisons descendantes :

- Contribution possible à une bonne estime de soi et une humeur positive (Wills, 1991).

- Notamment en situation de menace (Gibbons & Boney-McCoy, 1991; Gibbons & Gerrard, 1991).

- C’est d’autant plus vrai que les sujets ont une faible estime de soi.

Comparaisons ascendantes :

- Risque de sentiments de jalousie, d’hostilité (Testa & Major, 1990) et de frustration.

- Risque d’estime de soi négative (Morse & Gergen, 1970).

 

4. Stratégies de comparaison sociale :

 

Stratégies (comportementales ou cognitives) sous-jacentes à la comparaison sociale.

 

a. Les deux types basiques de stratégies :

 

Deux types de stratégies de comparaison sociale :

- Stratégie centrée sur la gestion des émotions : recherche de contrôle sur la tension émotionnelle induite par une situation stressante (réévaluation positive du problème, évitement, etc).

- Stratégie centrée sur la résolution d’un problème : faire des efforts pour venir à bout de la situation (recherche d’informations, de moyens, de plan d’actions, etc).

Stratégies complémentaires et possiblement simultanées.

Utilisation de stratégies déterminée par les « ressources personnelles » (e.g., estime de soi).

 

b. Les trois types :

 

Trois types de stratégies de comparaisons sociales :

- Evaluation.

- Amélioration (improvement).

- Valorisation (self-enhancement).

 

Orientation à un type de comparaisons sociales (Gibbons & Buunk, 1999).

Evaluation ou se situer par rapport à autrui : faible estime de soi (Michinov & Michinov, 2001).

Amélioration et valorisation : serait une comparaison spécifiquement culturelle et appliquée aux capacités.

 

c. Auto-complaisance :

 

Hétéro-attribution : davantage externe. Perception de ses propres contributions comparativement à celles des autres. Accompagnée d’un sentiment de responsabilité plus grande que celle des autres dans l’issue positive d’un événement dans lequel nous avons joué un rôle minime (Lewicki, 1983). Ex :

- Contribution ménagère/situation conjugale (Ross & Sicoly, 1979).

- La plupart des adultes pensent davantage s’occuper de leurs vieux parents que leurs frères ou sœurs (Lerner et al., 1991).

 

Auto-complaisance : davantage de jugements et comportements subjectifs (« discipline », « aptitude de leader », « moralité »..) qu’objectifs (« ponctualité », « nombre de lessives faites, d’aspirateur passé »...).

 

 

II. Autres effets.

 

 

Différents effets émergent dans la comparaison à soi :

- Faux consensus.

- Fausse unicité.

- Effet de conformité supérieur de soi ou effet PIP (Codol, 1977).

- Illusion de supériorité : meilleur que la moyenne.

- Optimisme comparatif…

 

1. Faux consensus :

 

Effet de faux-consensus (FCE) (Ross, Green, & House, 1977) : tendance stable et générale qu’ont les gens à concevoir leurs attitudes et comportements comme relativement communs et partagés par tous. I.e., les gens ont tendance à penser que la proportion d’individus ayant tendance à adopter les mêmes comportements qu’eux, avoir les mêmes opinions, les mêmes attitudes, jugements… qu’eux est plus importante que la proportion d’individus qui ne font pas comme eux ou ne pensent pas comme eux sur ces registres.

 

Pour une revue. Verlhiac (2000).

 

Etude (Ross, Green, & House, 1977) :

- Les sujets acceptent ou pas d’être filmés afin que cet enregistrement puisse être utilisé dans le cadre d’une TV commerciale.

- Tâche. Estimer le % de personnes donnant leur accord (ou pas) pour être filmées.

- Résultats : ceux qui ont donné leur accord jugent que le % des personnes qui ont également accepté est plus grand celles qui ont refusé (et inversement).

 

Pour Marks (1984) - Campbell (1986) : l’effet de faux consensus se manifeste tout particulièrement sur les opinions ou sur les registres de faibles compétences. Pas sur les registres de haut niveau de compétence : marque de singularité, différenciation.

 

2. Fausse unicité :

 

Effet de fausse unicité (FU) :

- (Snyder & Shenkel, 1975) Tendance à se croire différent des autres.

- (MacFarland & Miller, 1990) Tendance à estimer la proportion d’individus partageant un même attribut que soi.

- Se voir comme plus heureux, meilleurs, plus compétents que les autres.

 

FCE et FU :

- Différences et points communs.

- Compétences/opinions.

- Stratégie identique : mise en avant de soi, semblable et différent à la fois.

 

3. Effet PIP :

 

Conformité supérieur de soi ou effet PIP - Primus Inter Pares - (Codol, 1975) :

- Soi tout en étant dans la norme est au-delà de la norme. Soi est prototypique.

- Soi conserve son unicité tout en étant semblable; différent sans être déviant.

- Les autres me ressemble plus que je ne leur ressemble.

- Effet observé sur les opinions, l’auto-description, la distance physique et sociale à l’autre. Les autres sont décris avec les mêmes traits que soi mais pas l’inverse (Srull & Gaelick, 1983).

 

4. « Meilleur(e) que la moyenne » :

 

Illusions positives : « meilleur(e) que la moyenne » (Price et al., 2002) :

- Biais d’auto-complaisance dans la comparaison sociale prend de multiples formes, exemples :

+ La plupart des hommes d’affaires s’estiment plus respectueux de l’éthique que la moyenne des hommes d’affaires (Brenner & Molander, 1977).

+ 86% des australiens pensent que leur rendement au travail est supérieur à la moyenne (Headey & Wearing, 1987).

+ En situation de coopération (Myers & Bach, 1976) : l’échec est imputé à l’autre, …

+ Chacun croit avoir moins de préjugés que les autres (Messick et al., 1985).

+ 66% des américains pensent faire plus jeunes que leur âge que les autres.

+ … plus prompts à aider les autres (assistance à personne en danger - Darley & Latané, 1968).

+ … moins influencés par la publicité, etc.

 

5. Optimisme comparatif :

 

L’optimisme Comparatif (Weinstein, 1980).

Domaines d’application : santé, travail, éducation, etc.



03/01/2014
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