Cours de psychologie

La morale ordinaire

Psychologie Sociale – La Morale Ordinaire

 

 

Plan du cours :

Introduction : la problématique du lien social

I. Définitions : normes & valeurs  sociales/morale sociale.

II. La problématique de l’altruisme

                               1. Les niveaux d’approche de l’altruisme.

                               2. Quelques modélisations.

                               3. L’altruisme et ses antonymes.

III. Violence et agression.

                               1.  Définitions et motivations sociales de base.

                               2. Niveaux d’analyse.

   3. « Je suis un individu normal » : Le désengagement moral.

 

Introduction : la problématique du lien social :

 

Combien de mensonges est-ce que je profère en 10 minutes de conversation ordinaire ?

Etude de Felder & al. (2002) :

- Contexte de l'expérience : on s'intéresse au comportement des personnes lors de rencontres.

- Conversation à deux : les groupes sont formés d'un sujet naïf ainsi que d'un sujet qui a pour consigne de se montrer soit agréable, soit compétent, soit rien du tout. On enregistre la conversation. Une fois le temps de conversation écoulé, on fait écouter l'enregistrement au sujet naïf en lui demandant d'identifier toutes les exagérations et mensonges qu'il a dit en 10 minutes.

- Résultats :

+ 60% des sujets mentent 2 à 3 fois.

+ Plus de mensonges quand la consigne est de paraitre agréable et compétent.

+ Les mensonges des hommes et des femmes diffèrent dans leur contenu (pas dans leur quantité). Les femmes mentent davantage pour paraitre plus agréable tandis que les hommes mentent pour paraitre plus compétents.

 

Dès le plus jeune âge, on reçoit des messages contradictoires, dans la vie quotidienne il y a des choses qui se disent et d'autres qui ne se disent pas.

On peut faire l'exemple des promesses électorales.

 

La psychologie du bien et du mal :

- Il s'agit d'une sorte de cadre institutionnel qui édite ce qu'on a le droit de faire et ce qu'on n'a pas le droit de faire.

- De manière générale, nous avons tendance à nous juger meilleurs que les autres. Le présupposé de base est le suivant : « je suis meilleur que les autres » dans le sens plus honnête, plus juste...

- Pour évaluer cela, on peut faire une liste de ce que font habituellement les gens :

+ Quand toutes les choses sont équitables, on a tendance à utiliser le « je ».

+ Quand toutes les choses sont inéquitables, on retrouve l'emploi du « il(s) » et du « eux ».

- On retrouve dans la psychologie du bien et du mal :

+ Les normes, valeurs et morale sociale, qui se divisent en deux catégories : l'altruisme ou lien social et l'égoïsme ou auto-centration.

+ Les comportements, qui se divisent en deux catégories : l'aide et l'agression.

 

Quand on fait des analyses, on voit qu'il y a beaucoup de théories où la mise en œuvre des mécanismes sociocognitifs repose sur des paramètres assez constants. Il dépend :

- Du mode d'insertion des personnes (statut social, le rôle qu'on leur demande de jouer dans les expériences…).

- De l'objet mobilisé.

- Des contextes immédiats : ici, maintenant le sujet doit agir, dans la réalité on est emmené à agir immédiatement, des décisions sont à prendre rapidement.

Cela donne lieu à :

- Des confrontations de la variabilité des conduites aux normes et des valeurs sociétales. C'est ce qu'on appelle aussi des dilemmes, quelques fois ça se passe bien et d'autres fois non.

- Les variations tiennent aussi compte des différentes figures de l'autre et du lien social.

 

Les normes et les valeurs sont du coté d'une fabrication d'ordre sociétal. D'autre part, il y a les rapports entre personnes, qui varient. C'est ce qu'on appelle la morale sociale.

 

La psychologie sociale a étudié la problématique sociale à différents niveaux :

- Au niveau des sociétés :

+ La psychologie des peuples (Wundt) : dans les années 1800. Il donnait une vision trop globale, dans le genre communauté mentale. Il s'agissait d'une vision assez idéaliste. l'étude des processus psychiques supérieurs des individus par l'étude des lois psychologiques générales qui sont à la base des peuples, c'est-à-dire l'étude des langues, des mythes et des religions des peuples.

+ La psychologie des foules (Lebon) : il trouvait que les individus en foule avaient des comportements rationnels mais agressifs. Il accentue aussi l'idée de l'engrenage social, qui implique les personnes. Il s'agissait d'une psychologie collective et il avait une vision plutôt négative.

+ La réalité commune (imitation chez Tarde) : selon lui, au travers des grands idéaux, les sociétés créent des archétypes concernant la liberté.... Avec Tarde on est quasi obligés d'y adhérer puisqu'il n'y a pas de variante.

- Au niveau des groupes :

+ Le groupe est aussi un système qui produit des normes et des valeurs.

+ Il y a des apprentissages progressifs qui vont cadrer nos modes de penser et d'action. Ils définissent à la fois ce que nous devons faire et nous autorisent à produire certains comportements prescrits par l'autorité commune. Ces comportements développés en groupe peuvent être normés ou pas. Il y a des groupes qui s'inscrivent comme contraires aux normes et aux valeurs. Cela dépend de l'expérience sociale vécue et de la création d'un système normatif spécifique.

 

Il y a un continuum analytique de la psychologie sociale, d'après Doise (1892). Il comporte 4 niveaux de réalité :

- Niveau 1 : individuel ou intra-individuel, c'est l'expérience d'un individu qui entre en ligne de compte.

- Niveau 2 : interindividuel ou situationnel, c'est ce qui se passe dans l'interaction avec l'autre, l'idée qu'on est immergé dans une situation sociale.

- Niveau 3 : positionnel, c'est celui des interactions sociales.

→ Les niveaux 2 et 3 combinés produisent l'expérience sociale et vécue, qui est la création d'un système normatif spécifique.

- Niveau 4 : c'est un niveau idéologique des sociétés.

 

 

I. Définitions : normes & valeurs  sociales/morale sociale.

 

 

Il y a toutes sortes de normes. Il s'agit d'une de règle de prescription, comme une sorte de schéma de conduite. C’est quelque chose d'assez concret qui nous apprend un certain nombre de comportements qui respectent des règles précises. Il y en a de deux sortes :

- Normes descriptives : sortes de systèmes, correspond à ce que tout le monde fait ou à ce que tout le monde croit, c'est la normalité. C'est le comportement attendu par tout le monde.

- Normes injonctives : concerne souvent le comportement et c'est ce qui est bien de faire.

 

Dubois (1994) : 

- C'est l'expression d'une collectivité.

- Apprentissage, transmission sociale : la norme sociale n'est pas quelque chose d'inné, elle s'apprend.

- Attribution d'importance à des objets/évènements.

- Système de récompense ou de punition, qui n'est pas systématique.

- Une norme sociale diffère d'une vérité : dans une autre partie du monde, les gens peuvent avoir une vision différente de la norme.

 

Fonctions des normes (Moscovici, 2000) :

- On les appelle aussi ciment social, elles servent à la cohésion. Un système de norme est sensé éviter un certain nombre de conflits.

- Elles ont une fonction de guide, quand on est dans une situation ambiguë ou nouvelle, on va se référer à un système de norme pour réduire les incertitudes.

- Pour participer à un groupe ou à une société il faut adhérer à ces normes. Elles ont donc une fonction de socialisation.

 

Les valeurs sont plus globales que les normes et tiennent davantage à nos émotions.

Rokeach défini la valeur comme une sorte de croyance centrale, et qui va régir notre fonctionnement. Il nous dit que ce type de croyance contient, selon lui, un modèle idéal de conduite avec une finalité qui est existentielle. Il s'agit d'un modèle à vie. La société nous donne des modèles de conduite en les mettant en avant.

Il y a deux types de valeurs :

- Valeurs instrumentales : concernent un type de comportement qu'il faut adopter dans diverses situations.

- Valeurs finales : objectif à atteindre personnellement.

Fonctions des valeurs (Kluckhohn, 1951) :

- Guident et coordonnent les actions individuelles.

- Contribuent aux conduites coopératives.

 

Pour Schwartz (1992 ; 1996), les valeurs sont une caractéristique de l'espèce humaine.

Il propose un instrument pour mesurer les valeurs : le Schwartz Value Survey. Cet outil a permis de repérer dix types de valeurs de haut niveau, représentées par 57 valeurs de base. Ce travail a été fait dans différents pays, en interrogeant environ 15000 personnes. Cet instrument est modulable, il peut évoluer.

Ex :

- Pouvoir : autorité, richesse, pouvoir social.

- Accomplissement : ambition, influence.

- Hédonisme : plaisir, amour de la vie.

- Stimulation : vie excitante, audace.

- Autonomie : liberté, curiosité, indépendance.

- Universalisme : égalité, paix.

- Bienveillance : loyauté, honnêteté.

- Tradition : respect, humilité, modération.

- Conformisme : obéissance, politesse.

- Sécurité : ordre social, sécurité familiale.

 

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On retrouve trois pôles (Testé, 2009) :

- Le pôle de la pratique : coutumes, habitudes sociales, conventions...

- Le pôle de la contrainte : lois, règles, règlements...

- Le pôle de la valeur : modèles sociaux, jugements de valeur....

Ces trois pôles sont reliés entre eux.

En lien avec la valeur puisque ça permet de créer des modèles sociaux. A partir de là on peut définir les deux points de la valeur : sa finalité et ... . Il s'agit d'un schéma sur la morale sociale. Cela parait figé puisqu'il s'agit de définitions, plus ou moins souples par rapport aux normes et aux valeurs.

 

La morale sociale a trois dimensions, d'après Kohlberg (1980 - 1981). Il faut d'une part distinguer la morale, du libre arbitre (qui est un raisonnement moral) et du jugement moral (dans lequel Kohlberg a posé des stades).

- Dimension prescriptive et catégorique : il s'agit d'obligations catégoriques.

- Dimension rationnelle et cognitive : capacité de raisonnement, même si la société impose des valeurs, on trouve ses propres exceptions.

- Dimension de justice : égalité, équité et impartialité. Sensé être universel, d'après Kohlberg.

 

Niveaux primaires du raisonnement moral (Colby, Kohlberg & al., 1987), acquis par étapes :

- Pré-conventionnel : mode d'appréhension de la morale autocentré, régi par des objectifs personnels à court terme, c'est un mode égoïste.

+ Stade 1 : obéissance et évitement. Si l'enfant obéit c'est pour éviter une punition, il apprend ainsi à se séparer cette appréhension autocentrée.

+ Stade 2 : intérêt personnel. Il s'agit d'un modèle très instrumental.

- Conventionnel : on commence à être concerné par la réalité de groupe (famille, amis….) et on intègre des standards de groupe. On apprend à les faire fonctionner. Le jugement moral va se décliner en stades.

+ Stade 3 : Conformité et relations interpersonnels. Si on respecte la morale du groupe, on entretient de bonnes relations, on connait la modalité coopération et évitement du conflit.

+ Stade 4 : loi et ordre. On commence à aller vers un ordre supérieur, en plus des relations interpersonnelles au sein d'un même groupe, on voit apparaitre d'autres groupes et donc des relations intergroupes.

- Post-conventionnel : à l'âge adulte, principes abstraits mais universels que l'on va appliquer (équité, justice...).

+ Stade 5 : droits individuels de l'homme. A l'âge adulte, nous avons une morale qui inclut le bien-être social, les lois de la démocratie... Bien vite nait l'idée que les hommes ont des droits et qu'il faut les respecter.

+ Stade 6 : éthique humaine universelle.

 

Le dilemme de Heinz : il s'agit d'un dilemme moral : voler ou pas les médicaments pour sauver sa femme ?

 

On obtient des résultats différents en fonction de :

- Faible niveau de développement moral (S2 : intérêt personnel) : il doit le voler, si sa femme survit, elle lui sera reconnaissante et il en sera plus heureux, cependant il ne doit pas le voler sinon il ira en prison.

- Niveau élevé de développement moral (S6 : éthique humaine universelle) : il doit le voler car la valeur de la vie d’un être humain passe avant tout, il ne doit pas voler car d’autres peuvent avoir besoin du médicament et leurs vies ont autant de valeur que celle de sa femme.

Il faut voir ce qui correspond au stade décisionnel dans des situations particulières. Il n’y a pas forcément de corrélation entre ce que les personnes disent et ce qu’elles font vraiment dans les situations. Dans les vraies situations, on effectue des raccourcis. Rétrospectivement, on s’ajuste à la situation comme on le sent. On réagit dans l’instantanéité.

 

Le choix de Heintz résulte de ce que Schwartz appelle des valeurs contradictoires. Le choix est la résolution d’un conflit. Ce peut être n’importe quel type de valeur.

 

Hypothèse de Schwartz (92) : il y a quatre relations conflictuelles majeures entre groupes et valeurs (elles sonnent un fort taux de conflit psychique et/ou social). Nous sommes à des croisements, et nous devons à chaque fois trancher d’un côté ou de l’autre.

- Centration sur soi, stimulation VS conformité à la norme, tradition, sécurité.

- Universalisme et bienveillance VS accomplissement et pouvoir.

- Hédonisme VS conformité et tradition.

- Spiritualité VS hédonisme, pouvoir et accomplissement.

 

Bègue a essayé de voir si le fait d’adhérer à une religion impliquait qu’on était dispensé de réfléchir à ces dilemmes moraux. Il travaille avec des catholiques pratiquants, qu'il partage en deux groupes : le premier est dans une association sur la prévention du SIDA et le second lutte contre la précarité économique. Il va travailler avec eux pour voir comment ils s’organisent sur le plan des jugements moraux.

Il faut trois hypothèses :

- Hypothèse 1 : Catholiques - prévention du SIDA vont avoir une attitude plus positive envers l’avortement que des catholiques engagés dans un travail d’accompagnement des personnes en précarité économique.

- Hypothèse 2 : Ils seront plus disponibles face aux questions existentielles.

- Hypothèse 3 : Ils exprimeront une plus grande proximité avec la gauche politique française.

Il mesure : relativisme social, orientation recherche, attitude vis-à-vis de l’avortement, orientation politique.

Résultats : les hypothèses sont validées.

Finalement on obtient des variations éthico-religieuses suivant les pratiques des catholiques (sida/solidarité). Ils valorisent davantage l’indépendance, la largeur d’esprit, l’affection, l’imagination (et déprécient l’obéissance, la politesse…).

 

 

II. La problématique de l’altruisme.

 

 

C’est dans les années 70, que cette notion apparaît. « L’altruiste c’est quelqu’un de bien mais cette valeur dépend elle seulement de la personnalité ? Notre éducation influence-t-elle notre altruisme ? Et dans quelle mesure ? La société valorise-t-elle toujours cette morale altruiste attachée à l’être humain ? Y a-t-il des sanctions pour l’absence d’altruisme ?

 

L’altruisme en tant que comportement :

- Quelles motivations en rendent compte ?

- Travaux sur des comportements positifs : comportement pro-social, l’aide, don, partage, volontariat…

 

Un comportement altruiste s’exerce au bénéfice d’autrui sans qu’on attende de récompense d’une source externe (Mac Aulay et Berkowitz, 1970).

Il existe des renforcements internes positifs qui sont là pour éviter les renforcements négatifs de se produire. Pourquoi on est altruiste ? Pour se faire plaisir ? Ou vraiment pour aider l’autre ?

 

1. Les niveaux d’approche de l’altruisme :

 

Doise (1982) fait une étude sur l’altruisme comme valeur.

Ses travaux nous disent qu’on est altruiste en raison de trois normes :

- Norme de responsabilité : nous nous sentons responsable de certaines autres personnes, la responsabilité peut être augmentée par l’exemple, corrélé aux gestes aux comportements d’aide.

- Norme de don, de réciprocité : entraide.

- Norme du monde juste : les gens méritent ce qu’ils ont et ont ce qu’ils méritent.

 

L'altruisme se définit sous plusieurs niveaux :

- Niveau idéologique 2 formes d’altruisme :

+ Altruisme normatif : solidarité, responsabilité. C'est le rappel de l’existence de la norme et de s’y conformer.

+ Altruisme participatif : action accomplie par une personne en tant que membre d’une collectivité.

- Niveau positionnel :

+ Dans les « groupes sociaux altruistes » il y a cette idée dans leur groupe. On attend que les membres d'un même groupe se conduisent en accord avec le groupe. On parle d'universalisme, de bienveillance, de tradition (respect, modération)...

+ Les groupes sociaux se présentant comme altruistes (ex : les groupes politiques).

+ Réactions altruistes différenciées selon les rôles sociaux ; universalisme, bienveillance.

+ Il y a des attentes liées à des rôles ou des groupes.

- Niveau interindividuel (altruisme fiduciaire) :

+ Universalisme, Bienveillance, politique du donnant-donnant.

+ Je me fie à l’autre parce que je l’ai aidé.

+ On agit de la sorte car, de manière générale, on ne veut pas décevoir les gens qui nous ont accordé leur confiance. Il y a une notion de sécurité, réciprocité des services rendus. Cette idée de renforcement et de confiance est tout ce que nous avons sur le rapport entre les individus.

- Niveau individuel :

+ Une expérience a montré que des personnes qui se sont rendus les plus élogieuses à leur égard se sont montrés cinq fois plus radines.

+ Il y aurait une piste biologique, selon Campbell (1965) : est ce qu’il y a quelque chose en nous qui relie le physique et le psychique ? C'est là qu'il définit les états psychologiques temporaires : on donne plus vite l’alarme quand on est seul que lorsqu’on est en groupe. Quand on est plusieurs on n’a pas trop tendance à aider.

+ On peut susciter des états psychologiques temporaires en laboratoire. Cela permet d'en explorer un grand nombre.

+ Latané & Darley (1968) ont fait une expérience qui consistait à placer un sujet naïf, seul ou avec deux autres sujets naïfs ou avec deux compères. Ces derniers ont pour objectif de ne pas réagir dans le cas d'une situation de danger. Il a été montré qu'on donne davantage l'alarme lorsqu'on est seuls qu'avec d'autres personnes. Il y a donc déresponsabilisation.

+ Kaufman à fait une remarque sur l'expérience de Milgram : si un sujet naïf voit l'expérience, on constate 11% d'intervention.

 

2. Quelques modélisations :

 

Amato, 1986 :

- Il a travaillé sur l'aspect biologique et les états psychologiques temporaires. Sa problématique était de savoir si, lorsque nous sommes dans un état émotionnel spécifique, il y a un impact sur une aide quelconque. Les émotions ont une grande importance dans l'étude de l'altruisme. C'est ce qui nous permet de comprendre ce qui va pousser les gens à agir lorsqu'ils voient quelqu'un dans la détresse. Ces situations vont susciter chez le sujet des états émotionnels négatifs, de l'inquiétude à l'angoisse profonde, voire même de la peur selon le contexte et la personne. Les émotions négatives intenses vont freiner le comportement d'aide tandis que l'inquiétude va pousser l'individu à agir.

- On retrouve dans les émotions positives la compassion, l'empathie et la sympathie. Cette dernière est une réaction pro-sociale. Une personne a l'air sympathique recevra des comportements sympathiques de la part des autres, on lui apportera volontiers de l'aide. La logique de l'empathie consiste à se mettre mentalement à la place de quelqu'un, on va partager un peu de sa souffrance donc on comprend ce qu'elle vit et qu'elle ressent. C'est à ce moment là qu'on aura tendance à l'aider.

- Ces moteurs émotionnels forts, selon le degré de ce que j'éprouve, je vais aider ou pas. Il n'est pas pris en compte, ici, des caractéristiques personnelles.

 

Dolinski, 1998 : le soulagement de la peur :

- Selon lui, il y a des situations dans lesquelles les émotions vont jouer un rôle important, notamment dans le cadre du comportement d'aide.

- Dolinski plaçait des personnes dans des situations d'asymétrie de pouvoir, où certaines personnes ont plus de pouvoirs que d'autres. Il a remarqué que plus on a peur et plus on coopère. C'est ce qui se passe aussi dans les commissariats de police : l'enquêteur a un certain pouvoir qui peut faire que la personne qu'il a en face de lui va coopérer. La personne en infériorité de pouvoir va se laisser entrainer dans des processus qui vont soulager sa peur. Plus la personne qui est soumise éprouvera de la peur et plus elle aura tendance à vouloir la soulager.

 

Wayant, 1978 :

- Il veut pouvoir contrôler cette asymétrie de pouvoir en laboratoire, en produisant des situations artificielles. Il met en place des taches de prononciation de mot : on entend un mot qu'on doit répéter. Il fait ensuite des feedbacks positifs ou négatifs. Lorsque le mot n'est pas correctement répété, on va induire une émotion négative. Les expérimentateurs demandent aux sujets s'ils veulent être volontaires pour collecter de l'argent pour une association très valorisante (lutte contre le cancer) ou pour collecter de l'argent pour une association peu valorisante (sportive). L'acte peut être couteux puisqu'il implique un porte à porte un peu couteux, s'il implique de tenir un stand pendant deux ou trois heures.

- Le lien entre l'émotion et l'altruisme montre que les sujets les plus altruistes sont ceux qui émettent l'acte à cout élevé et sont ceux qui ont été exposés à l'émotion positive.

- De manière générale, il y a déclenchement du geste altruiste lorsqu'on joue des états affectifs.

 

Krebbs, 1976 : les personnalités altruistes.

- Il s'interroge sur l'existence de personnalités altruistes. Il soutient qu'elles existent bien, même si cela reste un problème délicat car nous tendons à un altruisme conjoncturel.

 

Leeds, 1963 :

- Selon lui, quelques soient les motivations, un acte altruiste est une fin en soi. On émettrait ce comportement volontairement pour faire le bien. Les réactions et les réflexes n'entrent pas en ligne de compte. Ce comportement apporte un bien être à l'autre et à soi-même.

- Cela doit se manifester par certains traits de caractères, de signes. Par exemple, le trait paranoïaque ne s'accorde pas du tout avec l'altruisme, et ce dernier ne va pas de paire avec l'égoïsme. Cependant il faut noter que le comportement de refus d'aide ne se rattache pas systématiquement à l'égoïsme. La peur peut être un facteur qui empêche l'altruisme.

 

Moscovici, 1994-2000 :

- Il détermine l'altruisme égoïste : j'aide parce que j'ai un mobile personnel. Il y a une attente d'un bénéfice ou d'un retour positif, inconscient ou conscient. Ce ne sont pas des actes désintéressés.

- L'égoïsme altruiste c'est le fait de ne pas être fier du geste émis ou non émis (refuser de donner une aide à quelqu'un). Lorsqu'on se sent coupable, on a sensiblement davantage tendance à émettre un geste altruiste. Ce geste n'aura pas forcément de rapport. La personne se dédommage, elle se rachète d'un geste autocentré.

- Quelque soit la structure, l'image de soi sera préservée. Il y a un coté égoïste et un autre altruiste, un bien et un autre moins.

 

Les expériences impertinentes :

- « Peut-on se laver la conscience avec du savon ? ». Cette question rentre dans ce qu'on appelle l'effet Macbeth. On a demandé à des sujets d'émettre des gestes en rapport avec la propreté physique pour savoir si on pouvait jouer de l'altruisme ou pas. Tout se passe comme si le fait d’avoir évoqué un souvenir peu éthique induisait le besoin de se laver.

- Zhong & Lijenguist (2006) mettent en place une expérience au cours de laquelle ils vont faire lire un texte à des étudiants. L'un était un texte moral qui consiste à aider un ami et l'autre est un texte qui dit du mal d'un ami. Pour récompenser de la participation à l'expérience, on offre aux participants une lingette ou un stylo, au choix. Ceux qui lisent le texte négatif vont davantage choisir la lingette.

+ Dans une autre expérience, on demande à des sujets de penser à une action immorale qu'ils ont pu faire dans leur vie. On leur propose ensuite une tâche de complément de mot. Soit des mots d'actes moraux soit des morts d'actes immoraux. Ex: W - - h : wash contre wish ; S - - p : soap contre soup. Ceux qui ont lu un texte immoral choisissent les premiers mots (à connotation hygiénique).

+ Une autre expérience consistait à demander à 45 étudiants, de se remémorer un jour où ils ont commis une action contraire à la morale. Ensuite on propose à la moitié des étudiants de se laver les mains. Par la suite on propose à la totalité des étudiants d'aider un thésard en difficulté. Résultats : 75% des sujets à qui on n'a pas proposé de se laver les mains vont aider le thésard. 41% des sujets qui se sont lavés les mains vont aider le thésard.

+ On constate que c'est la motivation qui va pousser ou pas une personne à aider. Nous faisons toujours le calcul du coût et du bénéfice que cela va apporter. Il y a des conditions particulières qui vont intervenir dans le choix du geste altruiste. Tout le monde s'accorde sur le fait que pour une émission d'un geste altruiste, une logique coût/bénéfice peut passer par l'intervention de comportements, émotions, valeurs et évaluations.

- Modèle du passant, par Darley & Batson (1973).

+ Ils ont travaillé sur l'ignorance pluralistique : processus qui fait intervenir plusieurs membres d'un groupe qui pensent qu'ils ont des perceptions, des croyances ou des attitudes différentes du reste du groupe. Bien qu'elles n'approuvent pas la norme du groupe, les personnes dissidentes se comportent comme les autres membres du groupe, parce qu'elles pensent que le comportement des autres membres du groupe montre que l'opinion du groupe est unanime. En d'autres termes, parce que tous ceux qui ne sont pas d'accord se comportent comme s'ils l'étaient, tous les membres dissidents pensent que la norme est approuvée par chaque membre du groupe sauf eux. Cela renforce à son tour leur volonté de se conformer à la norme du groupe, et de n'exprimer aucun désaccord.

+ Leur étude consiste à observer une situation pour laquelle il faut évaluer le caractère d'urgence dans la réalité. Ils ont montré qu'il ne suffit pas de considérer une situation comme urgente, il faut en plus de ça se sentir concerné pour apporter de l'aide. Le sentiment de responsabilité va induire une prise de décision, qu'elle soit d'aide ou pas.

+ Il y a beaucoup de paramètres qui vont venir moduler les situations.

 

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3. L’altruisme et ses antonymes :

 

Individualisme ou égoïsme ?

L'égoïsme pur, est une conduite absolument autocentrée qui exclu tout ce qui est extérieur, sauf les objets répondant à nos propres besoins. Cet égoïsme là est négatif. Il y a donc un aspect antisocial aux comportements tous tournés vers soi.

Dans les sociétés occidentales classiques, on considère que dans l'individualisme, il y a une priorité et une supériorité accordée aux droits et aux valeurs des individus par rapport aux droits et aux valeurs collectifs. C'est en gros accorder les mêmes droits à chaque individu.

Par conséquent, on considère la plus part du temps, que l'individualisme vise à un épanouissement personnel. C'est un aspect pro-social.

 

Les motivations de base :

- Il a été proposé que l'altruisme a pour motivation de base la confiance qu'on accorde aux autres.

- Dans l'égoïsme : l'intérêt est porté sur soi-même.

- Le collectivisme est une valeur forte dans d'autres sociétés (autres qu'occidentales) et concerne la recherche du bien-être du groupe.

- Principalisme : adhésions à des standards moraux.

 

 

III. Violence et agression.

 

 

1.  Définitions et motivations sociales de base :

 

La violence (définie selon l'OMS) : la menace ou l'utilisation intentionnelle de la force physique ou du pouvoir contre soi-même, contre autrui ou contre un groupe ou une communauté, qui entraine ou risque fortement d'entrainer un traumatisme, un décès, des dommages psychologiques, un mal développement ou des privations.

 

L'agression :

- Il y a de la temporalité immédiate.

- Le comportement est volontaire et repose sur l'intention. Il y a des possibilités d'éviter, donc si on agresse c'est volontairement et intentionnellement. C'est ce qui différentie l'agression de l'accident (qui n'est pas « volontaire »).

- Les intentions et les mobiles peuvent être très variés.

- Relève du registre privé ou public.

- Acquise au contact de pairs.

 

Variation dans les classifications :

- Baron & Richardson (1994) :

+ Agression instrumentale : consiste à faire souffrir quelqu'un, à le blesser, à utiliser la souffrance d'autrui pour atteindre un autre but. Ce n'est pas une fin en soi mais un moyen d'atteindre un but.

+ Agression hostile : c'est agresser pour agresser, le geste de violence est émis pour lui-même. C’est là qu'on peut introduire un bémol par rapport à la notion d'intentionnalité de l'agression, elle peut être la conséquence d'un coup de colère.

- Dodge & Coie (1987) :

+ Agression proactive : c'est l'agresseur qui prend l'initiative d'agresser. Il est à l'origine de l'agression et va utiliser la force pour agresser et dominer l'autre. Ce sont des agressions directes.

+ Agressions réactive : c'est une réponse à la perception d'une menace. Cette dernière peut être réelle, mais ça peut être une réponse à une menace qu'on perçoit comme existante mais qui est subjective ou totalement imaginaire.

- Buss (1961) :

+ Physiques vs. Verbales.

+ Actives vs. Passives.

+ Directes vs. Indirectes.

 

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Motivations de base :

- Compréhension : c'est une des motivations dites positives. L'apprentissage utile, une compréhension que l'on acquiert avec l'âge vis à vis de l'agression. On apprend à contourner la norme qui dit « l'altruisme c'est bien, l'égoïsme ce n'est pas bien, frapper c'est mal… ».

- La transgression fait aussi partie de notre fonctionnement.

- Contrôle : utiliser l'agression et la contrôler pour contrôler quelque chose ou quelqu'un.

- Valorisation de soi : je veux acquérir des ressources, une réputation...

 

2. Niveaux d’analyse :

 

Niveau individuel :

- Biologique :

+ Rythme cardiaque et agression (Scarpa et Raine, 2007).

+ Testostérone (Sanchez-Martin et al., 2000 ; Kioury et al., 1995).

- Psychologique :

+ Psychopathie et troubles psychotiques (Kosfeld, 2005).

+ Personnalité de type A (Baron et al., 1985).

+ Narcissisme et recherche de reconnaissance.

+ Perception de soi (Jankowski, 1991).

+ Désir d’affirmer son pouvoir (Fast & Chen, 2009).

 

Niveau idéologique :

- Les médias :

+ Liebert & Baron (1972) : plus de blessures après visionnage d’un feuilleton violent que d’un programme sportif.

+ Johnson et al. (2002) : relation entre temps passé devant la tv et actes agressifs.

+ La tv a un impact immédiat et à long terme sur l’agression (Anderson & Bushman, 2002).

+ Mécanismes causaux :

                . Eveil physiologique.

                . Amorce de pensées et sentiments agressifs.

                . Acquisition de connaissances sur la violence.

                . Le spectacle contribue à la désinhibition.

                . Contribue à la banalisation de la violence.

                . Moindre sensibilités aux victimes.

                . Représentation du monde comme un endroit dangereux.

- Les armes :

+ La tendance à l’agression est facilitée par la présence d’objets qui y sont associés.

+ Le taux d’agression par arme à feu est 7 fois supérieur dans une ville autorisant ces armes que dans une autre les interdisant (Sloan & al., 1988).

- Les comportements addictifs : l’alcool :

+ 62% des délinquants ont bu au moment de commettre des actes agressifs (Murdoch & al., 1990).

+ Le lien alcool/agression est lié à des significations sociales liées à l’alcool (Bègue & al., 2009) : effet significatif d’une alcoolisation supposée sur les agressions.

+ La myopie alcoolique (Giancola & Corman, 2007 ; Steel & Josephs, 1990) conduit à minimiser les informations inhibitrices au profit des informations instigatrices.

 

Niveaux interdividuel et positionnel :

- Groupes et violence : le sentiment d’appartenir à un groupe rend les sujets plus agressifs (Pepitone et Reichling, 1955).

- Positions sociales et rôles :

+ L’effet spectateur (Borden, 1975).

+ Relativisme des cultures par rapport aux positions sociales (Haidt & al., 1993).

 

3. « Je suis un individu normal » : Le désengagement moral :

 

La théorie du désengagement moral (Bandura, 1986, 1990, 1999, 2004) :

- Quels mécanismes poussent à justifier actes et opinions condamnables ?

- Comment s’opère la restructuration cognitive qui permet de transformer un acte inhumain en acte anodin ?

- Quels facteurs psychologiques interviennent dans l’adhésion puis l’engagement dans des actes et mouvements inacceptables ?

- L’individu peut agir de façon inappropriée à ses propres valeurs, en utilisant la justification morale, l’euphémisme, la diffusion de la responsabilité et la déshumanisation.

 

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IV. TD.

 

 

1. TD 1 :

 

La contextualisation du scénario influence les moyennes obtenues.

 

Des études sur l'animal alter-ego, dans le cadre du débat sur la douleur, Bentham et plus tard Singer, défendent l'idée que l'animal souffrait au même titre qu'un animal. Au fil du temps, on a appelé cette idée l'espécisme. Cela vient en contre point d'une sorte de croyance primitive : celle d'être en haut de la chaine animale puisqu'on a le cerveau le plus développé du vivant.

La position inverse est tenue par Descartes : « tuer un animal ou briser une montre c'est la même chose ». C'est l'animal instrument au service des objectifs et des besoins des hommes. Kant soutenait aussi cette thèse.

 

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En 1976, une loi en France reconnait que l'animal est sensible et condamne les mauvais traitements aux animaux.

Aux USA a été mis en place le Big Ape Project : propose d'abolir les frontières entre les singes et les hommes, en leur attribuant des droits civiques. A partir du moment où un individu est protégé par des droits civiques, qu'on est reconnu comme des êtres pensants, il est interdit de les tuer...

 

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Cas : théories en tout genre :

- Fausto Serling. 5 sexes : hommes, femmes, herms, merms, ferms.

- Les 5 sexes : génétique, anatomique, hormonal, social et psychologique.

- Théorie différentialiste : on est différents et c’est tout.

- Approche pragmatique : coexistence en chacun des parts masculine et féminine.

- Les déconstructrices du genre : l’identité sexuelle est une construction sociale.

- Les différences de performances : elles sont plus marquées en intra groupe qu’en intergroupes.

 

2. TD 2 :

 

A partir d’exemples constituant des cas limites de transgression des tabous associés à la qualité d’être humain, on examine les limites dans les jugements soi/autrui en tant que groupes. Discussion sur des cas limites d'actes antisociaux. Le classement général est, du plus terrible au moins terrible :

- Terroriste norvégien.

- Myspace entre mère et fille.

- Cannibalisme consentant.

- Tribu Iks.

- Accident d'avion avec cannibalisme pour survie.

 

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03/01/2014
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