Cours de psychologie

La dépression, une épreuve pour grandir - Moussa Nabati

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La dépression fait peur. Parce qu’elle évoque la folie ou l’entrée dans celle-ci, parce qu’elle échappe aux examens de laboratoire, et parce qu’elle éveille les sentiments d’incompréhension et d’impuissance.

3 catégories de symptômes : la chute de l’humeur (symptôme manifeste et fréquent, le déprimé a un regard sombre, négatif et négativisant, une vision pessimiste, dramatique et dramatisante de la vie, du passé, de l’avenir et du présent, l’existence est abordée dans sa globalité avec une coloration tragique, morne, morose, maussade), le blocage (envahissement de tous les domaines, relationnel, sentimental, psychologique, corporel, il se caractérise par la fermeture, le repli sur soi, l’isolement, mais aussi le désinvestissement de l’ensemble des activités, des responsabilités, des loisirs, le déprimé n’a plus envie de rien, fatigue, perte de l’énergie, ralentissement des fonctions mentales), et la souffrance morale (sentiment d’infériorité, d’échec, un dénigrement de soi, mais aussi des angoisses, surtout matinales, une culpabilité, ainsi qu’une impression pénible d’incurabilité, la certitude de ne jamais s’en sortir).

Cela donne une seule et même structure latente : la délibidinalisation, la dévitalisation des fonctions physiques et mentales.

L’origine et la signification de la dépression renvoient à l’existence chez la personne déprimée d’une culpabilité ancienne et inconsciente.

Cette culpabilité nait chez l’enfant lorsqu’il subit une privation importante de l’amour et de la sécurité dont il a tant besoin pour assurer sa croissance. L’enfant, inconsciemment, tombe dans le cercle de la victime innocente, il se croit coupable des souffrances que lui-même ou ses proches supportent. Dès lors, il se donnera pour mission de les réparer, enfant il va absorber toutes les douleurs pour en faire sienne, et adulte il aura recours à deux stratégies défensives, en s’autopunissant et parallèlement en dépensant son énergie à se démontrer sa non-culpabilité.

La dépression serait donc issu d’un élément du présent, élément déclencheur, entre en écho avec les traumatismes du passé, réanimant ainsi la culpabilité de l’enfant intérieur innocent. La dépression représente une occasion privilégiée de transformation et de changement. Elle peut permettre la guérison d’une personnalité déjà mal en point.

Ailleurs et avant : péripéties de l’enfance.

 

I. Odile : la culpabilité de l’innocente.

 

Odile a perdu sa petite fille, mort subite du nourrisson. Elle a d’abord ressenti un sentiment de révolte, ensuite elle retourne cette colère contre elle-même.

Par la suite, elle accoucha d’une autre petite fille, elle devint hyperprotectrice et se consacra entièrement à ce bébé, s’en songer à s’occuper d’elle-même. 3 ans plus tard, elle eut un petit garçon, elle regagna une relative confiance, mais resta toujours en état d’alerte. Un an après la naissance de ce petit garçon, son état d’anxiété fut remplacé par un état dépressif.

Il s’agit d’une dépression qu’elle n’a pas pu vivre au moment du choc, elle survint quand elle est à bout de force.

Elle a des angoisses, elle a peur en conduisant qu’une voiture qui la double ne provoque un accident, et elle a peur qu’une personne qui soit en hauteur ne tombe.

Elle a entrepris une psychothérapie, mais la thérapeute était froide, elle a donc arrêté. Elle est ensuite allée voir un thérapeute, mais il a eu un accident le lendemain de sa première consultation qui s’était très bien passée. Son état dépressif a empiré.

D’après les récits de son père sur son enfance, Odile s’est perçue négativement, comme une enfant turbulente, capricieuse et menteuse. Elle s’est façonnée avec cette image.

Elle a perdu sa mère quand elle avait 4 ans. Elle n’en garde pas vraiment de souvenirs, mais elle s’est sentie coupable, car sa mère fut malade après l’accouchement.

Elle a donc perdu sa mère et sa fille, elle se sent perdue entre sa fonction de fille et celle de mère. Inconsciemment elle se reproche ces deux morts. De plus, ces deux morts laissent un goût d’incomplet, d’inachevé, aucun lien n’a eu le temps d’être tissé.

Odile souffre d’un écart entre l’idéal et la réalité qu’elle ne peut combler.

Quand elle a 4ans, son père la confie à une tante et ne lui rend visite qu’épisodiquement. Quand elle a 9ans, il décide de la reprendre, mais il n’est pas plus présent que précédemment. Elle est donc seule, sans protection, sans échange. Elle n’en veut pas à son père, mais se sent personnellement responsable.

A 20 ans, elle quitte le domicile paternel, elle travail en tant que caissière et tombe amoureuse d’un militaire. Au bout de quelques mois elle tombe enceinte, le militaire prend peur et la quitte. Elle décide d’avorter. Encore une fois, elle n’est pas en colère contre son amant, mais contre elle-même. 2 ans plus tard elle rencontre son mari.

Odile se sent fautive, elle pense qu’elle porte la poisse, que tout ne peut qu’être malheur à son contact.

Elle a décidé après de nombreuses années, à reprendre du travail, et elle est devenue assistante maternelle. Cela l’a beaucoup aidée à reprendre confiance en elle, et en même temps elle a su réduire l’intensité de sa culpabilité persécutrice. Elle a compris qu’elle s’était toujours jugée à travers le prisme négatif de son père, et elle a ainsi pu se dégager de son carcan de culpabilité. Et donc elle a pu se voir sous un autre angle, bienveillant et positif.

 

La dépression est ressentie beaucoup plus douloureusement par ceux qui ne parviennent pas d’emblée et de façon claire à trouver une raison, une explication réelle à leur souffrance. De plus, la difficulté de repérer et de nommer un facteur déclenchant concret intensifie leurs sentiments de honte et de culpabilité.

Un dépressif mène deux combats, celui de nier sa faiblesse en voulant s’en sortir seul, et celui de cacher sa souffrance aux autres. Ces deux procédés, à long terme, ne font qu’entretenir la douleur et l’intensifier.

Lorsqu’une personne subit un traumatisme concret, qu’elle se trouve aux prises avec des difficultés réelles et se doit de lutter afin d’assurer sa survie, le risque pour elle de sombrer dans la dépression est très faible. Celle-ci surgit souvent après coup, une fois l’angoisse écartée.

Lorsqu’une personne se trouve victime d’une épreuve, elle subit non pas une seule épreuve, mais deux. Elle souffre d’une part d’avoir été malmenée, agressée, abandonnée… Il s’agit là d’une douleur consciente, ressentie et mise en lien, de façon claire et directe, avec le traumatisme déclenchant. Mais elle souffre principalement du sens précis et inconscient de cette épreuve pour elle, c’est-à-dire de la façon dont elle vient réveiller sa culpabilité inconsciente enracinée dans l’ailleurs et avant.

Surmoi : instance qui constitue le quartier général de la culpabilité. Il joue le rôle du juge interne, du gendarme gardien de l’ordre et de la loi, ainsi que du prêtre représentant de la morale. Le surmoi incarne la survivance des images et interdictions parentales.

Culpabilité : exprime à la fois l’état de celui qui est coupable et le caractère de l’acte fautif. Cela renvoie à une faute, qui peut être commise consciemment, mais il peut aussi s’agir d’une faute imaginaire. Lorsque ce genre de fantasme vient à se concrétiser, la coïncidence se transforme dans l’inconscient en lien de cause à effet. La culpabilité est déclenchée par le surmoi. Il y a 2 formes de culpabilité : dans la première, classique, familière, consciente, le Moi se trouve se trouve face à l’interdit, à la limite extérieure qu’il lui est enjoint de ne pas franchir sous peine de représailles ; dans la seconde, sans faute de la victime innocente, le Moi est confronté à une limite interne, à une impossibilité, à une impuissance, à un impouvoir d’être l’enfant idéal capable de guérir magiquement ses parents pour qu’ils puissent continuer à l’aimer, sans condition et gratuitement.

Dès qu’une loi est bafouée, le surmoi déclenche la culpabilité et s’empare du moi. Celui-ci, saisi par la honte, les regrets et les remords, ainsi que par la crainte du déshonneur et de la punition, cherche à obtenir le pardon et promet de ne plus récidiver.

Le dépressif souffre d’une culpabilité imaginaire, il pense que tout est de sa faute. Comme un enfant, témoin ou victime, qui se reproche tous les faits.

Plus la toute-puissance s’intensifie, plus les occasions de se croire fautif et responsable se multiplient. Le sujet ne trouve la paix qu’en prenant conscience de ses limites et en les acceptant.

L’enfant est coupable de l’échec de sa toute-puissance, cela crée un manque qui à son tour crée un écart considérable entre l’idéal et la réalité. Plus ce décalage est important et plus la déception qui en découle sera considérable.

Toute dépression est une déception.

Si le déprimé est déçu de la vie, des autres et de la réalité, c’est parce qu’il est d’abord et surtout déçu de lui-même, de son incapacité à calquer la réalité sur son idéal. Il n’accepte pas que les choses soient comme elles sont. Le déprimé a une carence narcissique.

La culpabilité de l’innocent, engendrée par la confrontation à l’impossible, à la castration symbolique, est incontournable.

La culpabilité du déprimé s’origine d’une part dans la maltraitante dont il a été victime dans son jeune âge, d’autre part dans son incapacité à correspondre à une image idéale, donc dans sa crainte de ne pas être à la hauteur, de décevoir.

Le syndrome dépressif intensifie la culpabilité lorsque le Moi se trouve victime d’une agression physique ou psychologique. Au lieu d’accuser l’extérieur en contre-attaquant, le Moi du déprimé se replie sur lui-même, s’accuse, se maltraite et se condamne.

Le déprimé porte toujours en lui un cadavre qui le mortifie et par lequel il craint de mortifier tous ceux qu’il touche.

Le mal-être de l’adulte, son masochisme expiatoire, n’est que le reflet amplifié du mal-à-être de l’enfant intérieur se croyant coupable, responsable du mal qu’il a subi ou hérité du côté de ses ancêtres et parents.

 

II. Isabelle : l’ailleurs et avant.

 

Isabelle vivait depuis 5 ans en concubinage, mais parce qu’il n’était pas assez attentionné et affectif, elle décide de le quitter et va vivre chez sa sœur Sylviane. Elle espérait qu’il la retiendrait, mais rien. Elle essaye de revenir, mais il ne veut plus et sort déjà avec une autre femme. Désespéré, elle se taille les veines, va 15 jours à l’hôpital, mais à peine rentrée chez sa sœur, elle recommence. A nouveau à l’hôpital, et à la sortie, elle passe la nuit avec un copain de sa sœur, par besoin d’être consolée.

Isabelle a besoin de la présence de l’autre pour se sentir vivre.

Ensuite, elle sombre dans une terrible dépression, avec antidépresseurs, mais ne pensent qu’au suicide et rumine toutes sortes de pensées négatives.

Ses parents s’entendent bien. Dans le passé, son père buvait et frappait sa mère, mais elle n’en a aucun souvenir.

Sa relation avec ses parents, est « normale » comme elle dit, mais elle est plus proche de son père, il y a une distance avec sa mère.

Après la première séance chez le psy, elle décide de voir sa mère. Elle lui explique tout son mal-être, et sa mère la prend dans ses bras en lui disant que c’est elle la coupable et lui raconta une partie de son histoire. Elle est une cinquième grossesse, sa mère ne voulait pas d’elle, son père buvait, était tyrannique, et elle manquait d’argent. Elle a tenté de se suicider pendant sa grossesse, elle a été en hôpital psychiatrique deux semaines. Quand elle est sortie elle a essayé de se provoquer une fausse-couche, mais ça n’a pas marché. Finalement, l’accouchement s’est mal passé, elles ont failli mourir toutes les deux. La mère est restée 6 mois à l’hôpital, ses frères et sœurs ont été placés et elle, elle a été confiée à une nourrice du quartier. Quand sa mère est rentrée, les enfants sont revenus, mais elle est donc arrivée dans une famille qu’elle ne connaissait pas, et a pendant longtemps repoussé sa mère, c’est sa sœur Sylviane qui s’occupait d’elle.

Sa mère fut également abandonnée par sa propre mère. Histoire de famille remontant à la grand-mère, sa mère fut davantage confiée à sa grand-mère, elle aussi avait pour ainsi dire 2 mères. Il s’agit dans les 2 générations de la répétition, de la réédition du même modèle, de l’héritage de la même trame.

Isabelle se sent coupable de tout, et cette culpabilité est d’autant plus puissante qu’elle n’a pas pu être dite.

Elle a pu prendre conscience de la petite fille coupable en elle, et a ainsi pu s’identifier comme une femme.

 

On assiste dans la dépression de la femme à l’irruption du passé dans le présent ; celui-ci est envahi par le surgissement inattendu et brutal des souffrances enfantines refoulées depuis l’âge le plus tendre.

Une perte, une déception, une agression, une épreuve…, ne peuvent avoir un impact destructeur que s’ils réveillent, en replongeant le couteau dans la même plaie, les épreuves de même nature et de même sens endurées dans l’ailleurs et avant de l’enfance.

La dépression de l’adulte signifie qu’il se voit rattrapé par une histoire qu’il croyait à jamais derrière lui, voire effacée, oubliée, gommée de sa mémoire. Donc, le facteur déclenchant ne doit pas être confondu avec l’origine et la cause de la dépression.

Le fait d’amalgamer l’origine et le facteur déclenchant de la dépression semble présenter 2 bénéfices secondaires. Elle permet, en premier lieu, de se rassurer un peu en dénonçant une source, une raison précise, concrète ayant motivé la douleur. Et elle vise, en second lieu, à réconforter la personne déprimée en lui donnant l’espoir de pouvoir réparer un jour la perte et le manque.

Le mal-être et la souffrance ne proviennent pas du dévoilement d’un secret, fût-il de taille, mais au contraire de la dissimulation, du camouflage, de la feinte, du mensonge.

Le déprimé est mal dans sa peau non parce qu’il a découvert la vérité, mais parce qu’il l’ignore dans la clarté de la conscience, tout en la pressentant, en étant possédé par elle au niveau inconscient.

Le vrai tumulte, le désordre fondamental naissent du décalage entre l’omniscience de l’inconscient et l’inconnaissance du conscient.

Le thème de l’abandon, qu’il s’agisse de la réalité ou du fantasme, est une plaie transgénérationnelle béante qui se reproduit d’une génération à l’autre par d’obscures voies.

En général, ceux qui sont portés par le fantasme d’avoir eu 2 mères ou 2 pères sont ceux qui ont plutôt manqué de la chaleur maternelle ou qui ont été insuffisamment protégés par le père. Qui croit avoir eu 2 pères ou 2 mères cherche à signifier qu’il a été orphelin.

Le nourrisson humain naît toujours prématurément, l’accouchement ne met pas fin à la grossesse, qui perdure, de manière extra-utérine, bien après la naissance. Un enfant qui grandit sainement et harmonieusement, a pu faire le plein de cette fusion, vivifiante en son lieu et en son temps. Mais la privation de cette couvaison, fait que l’enfant aura des troubles dans son organisation narcissique, une fois adulte il ne s’aimera pas. Il souffrira d’une mauvaise image de soi, manquera de confiance en lui-même parce qu’il n’aura pas été suffisamment nourri d’amour et de tendresse.

L’être humain renferme 2 personnes : l’adulte d’aujourd’hui et l’enfant d’hier. L’adulte abrite la conscience et la réflexion, la capacité d’opérer des choix et de prendre des décisions en tenant compte aussi bien de la réalité que de ses propres intérêts. De plus, l’adulte est capable de se contrôler, de patienter en se projetant dans l’avenir. Il peut enfin aimer, se reproduire, se protéger contre les dangers qui le guettent, jouir le mieux possible des plaisirs que lui offre la vie. L’enfant, c’est son enfant intérieur, son passé, sa mémoire, son Moi ancien, antérieur, intérieur, son inconscient, son âme, les premières pages de son livre d’histoire. Mais il représente aussi et surtout la vitalité, l’élan vital de l’adulte, sa libido, son réservoir d’énergie, son moteur, sa force concentrée, la quantité d’eau et de nourriture dont il disposera toute sa vie sur la trajectoire de sa croissance psychique. Donc, l’enfant renferme l’histoire, mais aussi l’énergie d’avancer.

La dépression de l’adulte dévoile la détresse de l’enfant intérieur, malheureux en raison de son écrasement par une culpabilité massive, celle d’avoir manqué d’amour en son lieu et en son temps, celle d’avoir été témoin ou victime de maltraitance, celle enfin occasionnée par l’héritage transgénérationnel.

Quand l’enfant subit un manque, il continue malgré tout sa croissance. En cas de traumatisme psychologique dans la petite enfance, toute la libido enfantine ne se trouve pas en bloc séquestrée, figée, même si elle est entaillée de manière plus ou moins conséquente en fonction de l’importance de la culpabilité. Les forces de vie prédominent. Le refoulement intervient pour cacher la culpabilité, pour l’écarter de la conscience. Il cache également tout ce qui agite le psychisme de l’enfant. Mais tout cela s’accumule dans l’inconscient, et finit par devenir un poids, ainsi apparaît à la surface la dépression, mise en veille depuis la plus tendre enfance.

Le psychanalyste ne maîtrise pas toujours le déroulement d’une cure. Celle-ci échappe quelquefois, dans le bon ou dans le mauvais sens, indépendamment de son savoir, de son écoute et de sa compétence.

La dépression survient paradoxalement pour aider à guérir quelqu’un qui est déjà et depuis longtemps malade, mais sans le savoir. Il serait donc aberrant de prétendre la guérir, puisque c’est elle qui guérit le Moi. Elle n’est pas un poison, mais l’antidote qui soigne le mal d’où peut surgir un grand bien.

Le désir féminin est pluriel. Il n’aspire pas à se satisfaire, de façon monolithique et homogène, à travers une seule et même fonction, une seule modalité. L’homme représente pour la femme, et de façon privilégiée, un être sexué, un mari, un mâle. Mais il symbolise en outre pour elle un père, un frère, un amant, un ami, un enfant, et également une mère, qu’elle voudrait attentionnée et tendre. Une femme ne peut s’épanouir que si l’ensemble de ses besoins se voient rassasiés au sein du couple.

Pour devenir adulte, la petite fille a un double travail contradictoire à effectuer. Elle doit s’identifier à la mère, souhaiter devenir comme elle, et en même temps elle doit s’en détacher pour s’unir au père. Mais comme la mère et la fille sont du même sexe, la différenciation n’est jamais achevée, toute sa vie la fille sera bercée par la nostalgie de la fusion édénique originelle.

La femme tente d’assouvir à travers son conjoint, son mal de mère, par la tendre (la femme a davantage besoin de douceur) et par l’échange des verbes (la femme a besoin de parler et d’écouter).

La femme, dans la relation de couple, ne pourra être heureuse que si elle rencontre un homme qui saura la comprendre dans la pluralité de ses visages, dans la multiplicité des facettes de son désir.

Pour devenir adulte, le petit garçon, sous la loi paternel, fait le deuil de la jouissance de sa mère, pour s’identifier au père. Il sublime ainsi sa libido, la projetant sur l’extérieur, et apprend la patience pour pouvoir un jour jouir d’une autre femme que sa mère. Etant adulte, il cherche chez la femme, également un tout.

Donc, un couple psychologiquement sain, serait celui où homme et femme sont autonomes, accomplis, mais assez souples pour pouvoir conjuguer le verbe « être ensemble » à des niveaux et à des moments différents de la relation conjugale et de l’histoire.

 

III. Christiane : la dépression expiatoire.

 

Christiane décide d’entreprendre une thérapie car elle a eu un problème professionnel. Mal à cause d’une hernie discale, son patron l’a considérée comme une menteuse. De plus, son mari ne l’a pas soutenu, disant qu’elle dramatisait trop, qu’elle devait mieux s’occuper.

Elle souffre de boulimie depuis ses 15ans. Quand elle va bien, elle arrive à contrôler, quand elle se sent mal dans sa peau, elle rechute.

Elle a rencontré son mari quand elle avait 14ans. Quand elle a voulu partir de chez ses parents elle s’est réfugiée chez lui. Ils se sont mariés, ils ont 2 filles, mais elle ne l’aime pas, elle n’aime pas non plus le sexe avec lui. Elle a eu une aventure extraconjugale, où elle arrivait à désirer cet amant, mais elle ne l’aimait pas non plus. Comme une enfant, elle parle d’aimer ou de ne pas aimer.

Anorexique sentimentalement, oubliant sa féminité, elle se maltraite.

Ses parents ne s’aiment pas d’amour, ils se sont mariés par obligation. Ils ont 10 enfants. Christiane est née prématurément, et toute son enfance elle a subi les disputes de ses parents, et les insultes qu’ils lui envoyaient. Elle ne s’est jamais sentie aimée, elle refuse d’être la fille de ses parents, elle refuse d’être née.

Elle a fait 2 tentatives de suicide, une à 11ans, l’autre à 15.

Christiane souffre d’un manque de lien et de racine dans la vie, dans son corps de femme et dans sa filiation parentale.

Son intense besoin d’amour et de fusion, naguère inassouvi, au lieu de chercher à se satisfaire, se camoufle, s’inverse en une indifférence affichée, pour finir par s’immoler sur l’autel de l’expiation. Elle pense qu’elle est fautive de cette privation. De plus, le rejet et la persécution de sa mère, l’empêche d’exprimer ses sentiments pour elle.

Son corps et son cœur sont dissociés. Christiane se laisse pénétrer par le sexe ou la nourriture, par le biais de sa bouche ou de son vagin, mais son cœur n’est pas impliqué, il reste étranger, ne participe pas. Elle rejette l’amant et l’aliment parce qu’elle-même a subi un rejet dans son enfance.

Elle abrite en elle 2 forces, ennemies, antagonistes. La première, positive, constructive, l’encourage à vivre, à exister, à s’aimer, à devenir elle-même. La seconde, négative, destructrice, la contraint à se replier sur elle-même, à se faire souffrir. Echo de la malédiction maternelle, elle cherche sans cesse à faire échouer la première.

Après quelques mois de thérapie, elle a décidé de se séparer de son compagnon et s’est pris un appartement non loin de chez elle. Elle réalisait son désir d’indépendance. Ce n’était en réalité par vraiment son désir profond, mais pour la première fois elle a su prendre une décision importante, en toute conscience, et non dans le négativisme.

La verbalisation, la prise de conscience de l’interdiction maternelle de vivre, a permis à Christiane de s’en dégager, de s’autoriser enfin à devenir elle-même sa propre mère, bonne et protectrice.

 

L’analyste est perméable, branché à l’inconscient du patient, sensible aux affects qui agitent ce dernier et que lui-même n’éprouve pas forcément. Il capte sans le vouloir les ondes, le fluide énergétique de celui qui se trouve à côté ou en face de lui. Il se voit aussi atteint, touché, contaminé, impressionné, affecté par l’âme de son patient, par ses irradiations invisibles, saines ou malsaines.

Dès lors que 2 être s’inscrivent dans un lien de proximité affective, ils s’interpénètrent par leurs affects inconscients, au-delà de la communication verbale consciente. Seulement, le psychanalyste, grâce à la connaissance et à la conscience qu’il a de lui-même et de son fonctionnement, est capable de repérer les confusions, de faire la différence entre son émotionnalité propre et ce qui lui est projeté du dehors, émanant de ses patients.

L’enfant ne peut se sentir aimé afin de pouvoir s’aimer lui-même que s’il est convaincu que ses parents s’aiment et qu’il est donc le fruit de leur amour.

La vérité scientifique n’est pas la vérité de l’inconscient. Bien qu’il soit scientifiquement inconcevable de choisir librement de naitre, il est pourtant absolument indispensable qu’à un moment de son parcours psychologique le sujet puisse approuver après coup cet acte. Si d’évidence notre naissance nous échappe, notre renaissance symbolique, quant au vœu d’être vivant et de vivre dans et par le désir, nous appartient. Il en va de même en ce qui concerne le choix de ses géniteurs ainsi que le sexe auquel on appartient.

La vraie liberté ne consiste pas à vouloir, être, avoir, faire n’importe quoi selon les injonctions de son instincts ; elle consiste à cheminer dans la voie qui conduit à devenir soi, en reconnaissant la réalité, à partir de ce qu’on a été au départ. Est libre seulement le sujet qui s’inscrit à l’intérieur des limites d’un cadre. Est libre celui qui opère des choix. Nul ne naît libre, il le devient.

Expiation : procédé qui confirme l’existence de la culpabilité qu’elle s’évertue à calmer. Elle procède, pour ce faire, en poussant le Moi à s’autopunir, à se maltraiter, à se sacrifier, à s’ériger en bouc émissaire, et dans les cas extrêmes, à se donner la mort afin de demander et d’obtenir le pardon et l’absolution.

Si l’enfant intérieur s’autocensure, désirer, le savoir et le dire dans la paix et la liberté devient synonyme de péché, constitue un acte coupable, culpabilisant, culpabilisé.

La manière la plus saine de calmer sa culpabilité consiste à cesser de la refouler. Il est essentiel de pouvoir la reconnaître, l’accueillir, l’assumer en commettant la faute au lieu de l’éviter. La déculpabilisation se révèle comme étant un processus malsain de refoulement supplémentaire. Au contraire, rentrer enfin dans la faute, celle de s’aimer et de se protéger, celle de jouir et de s’accepter vivant, permet de faire éclater le carcan austère et rigide à l’intérieur duquel la culpabilité avait constitué le Moi prisonnier et esclave.

Lorsqu’un enfant voit sa pulsion d’aimer ses parents bloquée en raison de la négativité des images, la totalité de cet amour séquestré, non utilisé, se transforme en haine de soi et le ronge de l’intérieur. L’enfant a besoin d’aimer ses parents pour pouvoir se séparer d’eux. Seul l’amour rend la séparation envisageable, dans la paix et le respect des identités. La haine empêche le pardon, permet de couper tout lien, mais elle se transforme en une autosanction supplémentaire.

Seule une positivation de l’ennemi intérieur, par l’amour, c’est-à-dire l’écoute et l’accueil, peut délivrer le Moi de la souffrance de la fusion en introduisant un écart libérateur.

Dans la boulimie, le malade mange pour combler, colmater des trous existentiels, mais dès qu’ils sont remplis il faut les vider en se faisant vomir. Le boulimique mange, goulument, comble son besoin d’amour, se remplit du lait maternel, mais se sentant indigne, il n’a pas droit à cette nourriture.

Au cours d’une thérapie, il est indispensable de restaurer la relation défectueuse mère/enfant avant de poursuivre le cheminement.

 

IV. Florence : l’enfant thérapeute.

 

Florence est une jeune femme de 22ans, à la fois immature et très avancée pour son âge. Elle est célibataire et n’a pas vraiment encore quitté le domicile familial.

Elle a suivit des études de comptabilité, élève brillante mais elle a pourtant raté l’obtention de son diplôme. Elle semble avoir sabordé ses études pour ne pas quitter ses parents.

Elle entreprend une thérapie car elle est en dépression, elle relie cela à une rupture sentimentale, son copain l’a quittée. Mais en fait, c’est elle qui a tout fait pour qu’elle la quitte.

Elle traverse un syndrome dépressif qui se caractérise surtout par le repli sur soi, la fermeture, l’occlusion des orifices, à savoir la bouche et le vagin, la congélation de la libido, du désir et des plaisirs simples.

Ses parents, avant de se rencontrer avaient déjà chacun une vie de couple. Sa mère a perdu son compagnon d’un cancer, il était stérile donc pas d’enfant. Et son père, déjà marié avec 2 enfants, a eu un accident de voiture, sa femme et sa fille sont mortes. Ses parents se sont rencontrés par des amis communs et se sont lancés dans une relation, plus thérapeutique qu’amoureuse. Florence est née 3 ans plus tard, et elle porte le prénom de la première fille de son père, morte dans l’accident. L’héritage de ce prénom, laisse à penser que Florence est née pour combler un vide.

Ses parents ne parlent pas, aucune communication, pas de partage de sentiment. Les culpabilités et les souffrances passées ont été léguées à Florence.

Florence tombe malade pour guérir ses parents. Elle s’érige en thérapeute par le biais de la quête de l’innocence.

Chez Florence, la culpabilité est de l’ordre d’un héritage transgénérationnel, relatif à la dépression latente de ses deux parents.

Ses parents sont repliés sans contact avec l’extérieur. Cela viendrait des réserves du père, il s’est coupé de tout, même de son fils issu de son premier mariage, et a fait en sorte que la mère se coupe également de sa propre famille. Cette famille s’est étouffée sur elle-même, et Florence est née pour n’être que le seul centre d’intérêt des parents, leur seule raison de vivre. Elle a donc été hyperinvestie, elle souffre de l’excès de sollicitude. 

Au fond, Florence était tout pour ses parents. Elle incarnait aux yeux paternels la petite Florence qu’il avait « assassinée ». Elle représentait pour la mère la seule enfant, la seule fille qu’elle avait conçue. Pour les deux, elle symbolisait, et remplaçait, toute la famille et tous les amis qu’ils ne fréquentaient plus.

Elle est devenue la fille modèle, pour combler ses parents, puis à 20ans elle change radicalement, au moment de proclamer son identité. En réalité, son anorexie mentale lui permet, en redevenant petite fille, asexuée plus exactement, d’écarter le danger coupable d’abandonner ses parents pour qui elle incarne la seule raison de vivre, la seule espérance.

En commençant une thérapie, elle a permis que les langues se délient. Son père a pu avouer sa culpabilité d’avoir perdu sa femme et sa fille, et sa mère sa culpabilité d’avoir perdu son mari.

Sa mère lui a confié qu’elle n’avait pas désiré son père, que c’était un mariage de réconfort, et que c’est Florence qui leur permettait d’être ensemble. Voilà l’origine de l’anorexie et de la dépression de Florence, elle ne peut grandir car sans elle leur mariage est voué à l’échec et ils seraient malheureux.

 

L’anorexie mentale est une affection qui atteint presque exclusivement la jeune fille. Il s’agit chez elle d’un désir acharné de se décharner dans la mesure où, quel que soit son poids par ailleurs, elle se trouve trop grosse, même parfois obèse. Elle commence par sélectionner les aliments, puis elle saute les repas et finit par perdre réellement l’appétit. Très souvent, la jeune fille se fait vomir, abuse des laxatifs, et pratique intensément des sports excessifs. Il arrive parfois que l’anorexie soit associée à la boulimie. Elle s’accompagne toujours d’une aménorrhée (arrêt des règles). L’amaigrissement peut atteindre 40% du poids corporel habituel. L’anorexie mentale de la jeune fille n’est pas un choix libre et conscient, mais une contrainte.

Chez toutes les jeunes filles anorexiques, il y a une curieuse analogie entre la bouche et le vagin. Le rejet de la sexualité génitale, la peur d’être pénétrée, l’angoisse de grossesse et de la grosseur signifient le refus de devenir femme dans un corps d’adulte. D’où l’obturation de la bouche pour empêcher l’intrusion de l’aliment = pénis, ou au contraire son éjection vomitoire.

Il est fréquent chez les femmes sexuellement frustrées que la nourriture, c’est-à-dire la jouissance orale-buccale, vienne compenser, ou remplacer, le manque de jouissance sexuelle.

Abréaction : reviviscence des affects et émotions jusque-là refoulés parce que déliés de l’insupportable événement traumatisant.

Il n’est pas bon de porter le prénom d’un enfant mort. C’est un lourd fardeau, hypothéquant la construction de l’identité et la croissance. L’enfant porteur du nom funeste, ne sait pas s’il a été désiré pour lui-même ou pour représenter un absent. De plus, il reste avec une menace perpétuelle d’être frappé par le même destin funeste.

L’enfant ressent dans le contexte d’une communication infraverbale, tout ce qui agite et trouble l’inconscient parental, par-delà le masque, le maquillage et la carapace. Le psychisme de l’enfant ne se construit pas uniquement en fonction de l’éducation manifeste, des paroles et des conduites de ses parents, des valeurs et des principes du conscient. Il est prioritairement façonné et imprégné par les conflits non résolus, les souffrances refoulées, les émotions non exprimées, les secrets non élucidés et les deuils non accomplis par ses géniteurs, en leur propre nom et en leurs propres place et temps. Dès lors, l’inconscient de l’enfant branché directement sur celui de ses parents absorbe et pompe en quelque sorte, au-delà de ce qu’il voit et entend, tout ce contentieux enfoui et caché, resté noué et repoussé dans l’inconscient, mais pas effacé pour autant. Plus tard, la maladie, le malaise ou le mal-être de l’enfant aura pour double fonction de révéler comme un miroir, tout en s’évertuant à la guérir, la tumescence parentale.

La quête de l’innocence est destinée, comme l’expiation, à modérer la virulence de la culpabilité. Il existe entre ces deux mécanismes une identité de but (apaiser la culpabilité), mais celui-ci est poursuivi par deux voies différentes. Grâce au premier mécanisme, le sujet s’inflige des châtiments pour se punir contre sa mauvaiseté et sa monstruosité fantasmatiques, dans l’espoir d’obtenir le pardon et l’absolution. Par le second, il s’évertue à démontrer aux autres et à lui-même sa non-culpabilité, son innocence, sa blancheur, sa pureté, sa bonté, son innocuité, son dévouement, sa gentillesse. Cette quête de l’innocence commence dans l’enfance et perdure la vie durant.

Libido narcissique : énergie d’amour et de libido nécessaire pour l’édification du psychisme et de l’identité du petit humain, cela permet donc la mise en place de son narcissisme, de l’amour pour lui-même qui lui permettra de s’aimer et d’aimer les autres et la vie.

Plus il est petit, plus l’enfant a besoin de pomper la libido, matériau privilégié de construction de son psychisme. Il a aussi besoin de limites, de frustration, d’interdit, d’autorité, représentés par la fonction paternelle symbolique. L’autorité est amour, elle s’accompagne de la fermeté, mais aussi de la tendresse et du respect.

Culpabilité de l’innocent : culpabilité ressentie par l’enfant qui provient de la maltraitance perverse. L’enfant assiste impuissant à l’arrêt de son approvisionnement narcissique, il souffre d’un manque. L’enfant frustré de la présence et de l’amour de ses parents se croit coupable de la frustration dont il est en réalité la victime innocente. Il est convaincu que les épreuves, les revers et les chagrins qui frappent ses parents et les empêchent de l’aimer sont de sa faute. Il croit aussi qu’il lui incombe la mission de les guérir pour qu’ils puissent se remettre à le réapprovisionner narcissiquement.

Quête de l’innocent : quand un enfant ressent de la culpabilité de l’innocent, il se donne le devoir de réparer les dégâts fantasmatiques causés aux parents afin de les rendre heureux, de les soigner, de les secourir, de les protéger, de les déchagriner, de s’ériger au rang de leur thérapeute. Cette stratégie, par l’inversion générationnelle, est destinée en fait à rendre les parents à nouveau disponibles, psychologiquement présents, attentionnés, chaleureux, enveloppants, aimants.

Quand l’anxiété que l’enfant ressent à l’égard de ses parents dépasse un certain degré d’intensité, elle prolonge le contexte fusionnel/confusionnel en empêchant les processus d’autonomisation et de séparation d’advenir. C’est ce qui explique les phénomènes de retard dans le développement affectif : l’immaturité et la dépendance.

Dépendance : traduit l’angoisse de l’enfant d’abandonner ses parents, de les quitter, et la culpabilité qui en découle.

Inconscient collectif : dépositaire et terreau de chaque individu de l’humanité antique, de la mentalité primitive et archaïque.

En règle générale, les parents qui ont subi des souffrances dans leur enfance adoptent face à leurs propres descendants deux types de comportements différents : la répétition (ils recréent par mimétisme sans en être conscients, le même contexte, la même ambiance, les mêmes phénomènes, sorte de malédiction qui se répète comme s’ils cherchaient à se venger des sévices éprouvés jadis) et la compensation (ils s’inscrivent dans une opposition diamétralement opposée, cherchant à se sacrifier pour leurs enfants, ce qui conduit à avoir des enfants pourris gâtés).

Chez presque toutes les jeunes filles anorexiques on retrouve les mêmes structures fondamentales : une mère poule, hyperprotectrice, en fusion avec sa fille, un père faible, absent. La famille fonctionne en cage, sans réels contacts extérieurs.

L’anorexie n’est nullement une question d’aliments et de poids. L’anorexique n’a pas peur de grossir, mais de devenir une femme. Elle craint le face-à-face avec le désir masculin et la jouissance féminine. Elle cherche à mettre à mort sa féminité par le biais de l’effacement du galbe de sa poitrine et de ses hanches.

Chacun a besoin d’être enveloppé et soigné par l’autre comme un bébé et de soigner l’autre à son tour comme une mère aimante, à condition que cet aspect ne constitue pas le motif essentiel de la relation.

Tout adulte ayant joué naguère un rôle de thérapeute à l’endroit de ses propres parents risque d’amener son enfant à jouer un rôle semblable. Il lui demande l’amour et la reconnaissance en étant le père ou la mère idéal(e) afin de combler les manques et de cicatriser les blessures de son enfant intérieur.

 

V. Pauline : pour réussir à « tourner la page ».

 

Pauline a 19ans, d’apparence froide, mais c’est un masque pour se protéger.

Elle vient en thérapie par désarroi face à l’ambiance familiale, elle ne parle pas d’elle, il faut insister pour cela.

Avant de commencer sa psychothérapie, elle a été quelques mois en hôpital psychiatrique, elle a eu une anorexie sévère, a fait des tentatives de suicide, et commet des actes d’automutilation.

L’année de sa terminale, alors qu’elle était bonne élève, elle s’est repliée, a moins travaillé, ne sortait plus, ne se projetait plus dans l’avenir.

Elle a 2 sœurs, une plus âgée et une plus jeune. Elle aurait du avoir un frère, François, très désiré, mais il est mort à la naissance, les parents ont tout fait pour déjouer le deuil, et Pauline est née un an après ce drame.

Pauline s’est confusément sentie coupable tout sa vie, coupable de n’avoir pas été le remplaçant exact de François. Coupable d’être née fille, de décevoir ses parents, ne n’avoir pas pu rendre heureux ses parents.

Une nuit, elle a fait un rêve avec un bébé mort et une dame lui disait que sa mère avait eu 5 enfants. Devant la non réaction de sa mère quand elle a raconté son rêve, elle a été voir sa tante qui lui a avoué que sa mère s’était faite avorter, bien avant qu’elle ne rencontre son mari.

Peu après la naissance de Pauline, son père s’est renfermé et a commencé à boire. Pauline s’est toujours inquiétée de la santé de son père, d’autant plus que son grand-père et son oncle sont mort de l’abus de l’alcool, et bien évidemment elle se sentait coupable, car son père buvait pour se réconforter, mais masquer sa tristesse d’avoir perdu François. De plus, elle était complice de l’alcoolisme de son père, celui-ci cachait ses bouteilles et envoyait Pauline les lui chercher, elle ne pouvait pas lui tenir tête, puisqu’elle se croyait responsable de son état, elle cherchait à lui faire plaisir et en même temps elle voulait empêcher ses parents de se disputer.

De plus, son père a également un problème avec l’argent qu’il ne sait pas gérer. Il dépense l’argent n’importe comment. Il s’est donc retrouvé endetté, et la mère de Pauline a du faire des ménages pour arrondir les fins de mois.

Pauline est également très protectrice envers sa petite sœur, qu’elle surveille. Elle se place dans une position d’autorité puisque ses parents ne peuvent pas remplir cette fonction.

Pauline a grandi dans l’insécurité, incapable de se projeter vers un futur homme, puisque son père, premier homme de sa vie est instable et dénigré par sa mère.

Pauline s’empêche de grandir, de s’épanouir car elle éponge toute la dépression familiale, elle se rend malade pour tenter d’être thérapeute de ses parents.

Après quelques mois de psychothérapie, Pauline a compris qu’elle n’était pas toute-puissante et ne pouvait pas guérir ses parents. Aussi a-t-elle commencé à se soucier d’elle-même, elle s’est inscrite au lycée pour repasser son bac et a quitté le domicile familial.

Alors qu’elle commençait à s’épanouir, elle entreprit une relation amoureuse, mais le garçon partit sans explication. Pauline recommença à se mutiler et à ne plus manger. Terrible moment, néanmoins positif dans un sens car Pauline a enlevé son masque, elle s’autorisait à ressentir les émotions, à vivre.

Quand elle était petite, elle suivait partout un petit voisin, elle lui obéissait. Souvent, il se déshabillait, elle devait le caresser et subissait elle-même des attouchements. Honte, culpabilité, plaisir, incompréhension. Elle s’est enfin décidée à en parler et ses révélations permirent à la famille de se dévoiler. Sa mère et ses tantes ont été violées durant leur enfance par leur beau-père. Sa sœur ainée a été violée par son oncle, et sa petite sœur a été violée par son voisin de palier quand elle avait 10ans. Ainsi toutes femmes de sa famille ont été salies, avec un tel héritage Pauline n’a donc pas pu s’autoriser à développer sa féminité et à faire confiance aux hommes.

Ainsi, Pauline a su libérer les secrets enfouis. Elle a également compris qu’elle ne pouvait pas soigner ses parents, et elle s’est reprise en main pour évoluer.

L’espace de la thérapie a permis à Pauline, dans un contexte de sécurité, d’abréagir ses douleurs, c’est-à-dire d’accueillir et d’exprimer ses affects libérés par la remémoration de son histoire, pour pouvoir enfin tourner la page.

 

L’inconscient sait ou pressent quantité de choses, peut-être tout ce qui marque et oriente notre destinée, spécialement lorsqu’on n’en a eu aucune expérience concrète, aucune souvenance, connaissance, conscience.

L’enfant ne souffre pas seulement de ne pas être aimé par ses parents. Il pâtit davantage de ne pas parvenir à ressentir ni à exprimer son amour pour eux. La souffrance de ne pouvoir aimer ses parents, en raison de leur lâcheté ou de leur perversité maltraitante, semble bien plus pernicieuse que celle relative à la frustration et au manque. L’affect, lorsqu’il ne peut être ni éprouvé, ni conscientisé, échappe à toute possibilité d’abréaction et de résilience.

L’anorexique mentale confond 2 fonctions : l’enfant et le thérapeute, car le parent se situe lui-même dans une position régressive de progéniture à soigner. Chaque parent projette sur son enfant l’image d’un père ou d’une mère idéal dont il a été privé dans sa tendre enfance. L’anorexique répond à cet appel en captant la détresse, le besoin parentaux et cherche à y répondre en se sacrifiant. Elle avale ce malaise afin de nettoyer, purifier l’ambiance familiale.

Il est toujours préférable que l’évolution psychique s’accomplisse à petits pas, de manière progressive, lente.

Ce qui déstabilise le Moi, ce n’est jamais la peur, la culpabilité ni aucune autre émotion, mais bien la lutte aveugle pour les effacer en leur barrant l’accès aux mots et à la conscience. Tout combat contre les émotions aboutit en réalité au résultat inverse, à savoir l’affaiblissement du Moi et la tuméfaction de l’émotion qu’on s’évertuait à refouler.

Ce qui différencie le patient de l’analyste c’est que le premier refoule le cadeau empoisonné de la dépression familiale, alors que le second accueille celle de son patient en essayant de la comprendre, de lui donner le sens positif d’un remaniement.

Afin de réussir son travail de deuil, la personne endeuillé doit pouvoir satisfaire à 3 conditions : prendre son temps, prendre conscience de sa culpabilité en tant que victime innocente (reconnaître que l’on est impuissant face au malheur, restituer la faute à l’auteur de l’acte et non plus porter par la victime), et pardonner (au fautif et à soi-même).

Une jeune fille abusée risque en grandissant de devenir frigide, d’éprouver des douleurs, signe qu’elle se sent toujours coupable d’avoir été victime des abus. Sa culpabilité inconsciente l’empêche d’être femme dans l’amour et la sexualité. La culpabilité s’avère plus forte lorsque la jouissance a été plus intense. Il ne s’agit pas d’une jouissance consciente, mais de l’organe sexuel qui réagit à un contact, indépendamment de tout désir. D’autres filles au contraire, deviennent ouvertes, dragueuses, voire nymphomanes, ce qui n’est qu’une façon de masquer leur dégout du sexe et de la sexualité. Et d’autres encore, continueront à se laisser abuser, physique ou psychologiquement, en raison d’une très forte culpabilité qui les pousse à s’autopunir.

Seuls la prise de conscience et le pardon favorisent la paix de l’âme. Dans le cas contraire, on assiste à l’apparition d’un deuil pathologique et interminable.

 

VI. Suzanne : la perfection au féminin.

 

Suzanne a 62 ans, d’apparence soignée et chaleureuse.

Elle fait d’abord part de 2 faits récents : un déménagement et la séparation d’avec son frère handicapé, qui était depuis pratiquement toujours à sa charge. Elle vivait dans la maison familiale qui a du être vendu pour l’héritage, étant 8 enfants. Et son frère ayant son état qui a empiré, il a du être hospitalisé puis placé dans une institution adaptée à son cas, bien qu’il ne souhaitait pas quitter sa sœur.

Parmi ses frères et sœurs, Suzanne occupe la position d’ainée, mais ce n’est pas sa place, elle avait un grand frère mort à la naissance de maladie cardiaque. Sa mère a souhaité redevenir enceinte aussitôt la perte, et Suzanne est arrivée. Elle a perdu un frère et une sœur, morts à la naissance, et deux de ses frères et sœurs portent le nom des défunts. Quand au dernier garçon, handicapé de naissance, ni vivant ni mort.

Les parents de Suzanne ont chacun également perdu une sœur.

La mère était souvent d’humeur dépressive. Dès l’enfance, Suzanne a été le pilier de sa mère, la soutenant et s’occupant de tout, et quand elle oubliait ou manquait de temps, elle se faisait réprimander.

Toute sa vie, Suzanne s’est occupée des autres, d’abord sa mère, puis son frère handicapé, son père qui a eu une hémiplégie, une amie aveugle décédée juste avant le déménagement, et dans des associations bénévoles. Elle ne s’est jamais occupée d’elle-même, mais elle ne se plaint pas, elle se dit avoir été heureuse, et elle semble avoir refoulé toute agressivité.

Elle n’a jamais pu exister pour et par elle-même, ni dans son enfance, ni aujourd’hui. Elle n’a pas su trouver ou donner un sens personnel à sa vie. Elle a renoncé inconsciemment à se réaliser, à devenir elle-même, en sacrifiant la quasi-totalité de sa libido, de son énergie vitale aux autres. Elle s’est trouvée dans l’impossibilité de vivre, l’une après l’autre, les étapes de son développement psychique. Elle n’a pas pu être enfant, ni adolescente, alors elle ne s’est pas autorisée à être femme et mère.

Culpabilité inconsciente d’avoir survécu à son frère et à sa sœur, de voir son frère handicapé, et de n’avoir pas pu guérir sa mère déprimée.

A 62ans, Suzanne se retrouve avec un gouffre identitaire qu’elle ne peut combler, car elle a perdu tous ceux qui dépendaient d’elle, plus personne n’est là pour justifier sa vie.

Elle n’a jamais été femme, toujours vierge, et n’a donc pas connu non plus les joies de la maternité, mais cela ne lui a jamais manqué prétend-elle.

En plus de ses lacunes identitaires, elle est sans emploi depuis 7ans, quand elle a été licenciée pour motif économique. Cette absence professionnelle a accentué son sentiment d’inutilité.

Grâce à sa thérapie, elle a pu trouver un espace d’écoute qu’elle n’avait jamais eu auparavant, et elle a compris qu’il fallait surtout s’occuper d’elle. Quant à son besoin d’aider autrui, cela fait partie d’elle dorénavant et elle a appris à gérer pour se donner un équilibre.

 

La personnalité tout entière, la façon d’être au monde d’un sujet s’exprime dans ses moindres gestes et paroles.

Un déménagement signifie un déracinement puis un réenracinement ailleurs, se séparer d’une époque passée. Certains déménagements sont signe d’un changement heureux, d’autres concrétisent une modification plutôt triste dans le parcours existentiel. Aucun déménagement ne peut être la source et l’origine d’une dépression. Si cela se produit, c’est que le changement a réveillé et révélé une tout autre tragédie ancienne, bien plus fortement chargée de signification.

L’enfant coupable oublie l’enfance, s’oublie lui-même. Trop tôt, il devient sage, dépourvu d’insouciance. Curieusement, il reste fixé à ce qui n’a pas été vécu pleinement, à ce qui a été sauté, l’enfance blanche, non consommée. Une fois adulte, il sera balloté entre 2 pôles opposés. Il paraîtra d’un côté mûr, trop mûr même, très adapté à la réalité. Mais de l’autre, sur le versant émotionnel intime, il restera quelque part le bébé qu’il n’a pas eu vraiment le loisir d’être : hypersensible, susceptible, ne supportant pas les contrariétés, recherchant des preuves d’amour et de reconnaissance.

Les meilleurs parents sont ceux qui, vivant par et pour eux-mêmes, jouissent d’une autonomie psychique. Ainsi, ils remplissent leur fonction de parents en réservant à leur petit une place d’enfant. Rien n’est plus toxique pour l’âme que la confusion des identités, des fonctions, des désirs et des destins. Les mauvais parents sont ceux qui, culpabilisant leur enfant, le désignent comme responsable de leurs échecs et manques, ou qui le poussent à devenir leur thérapeute, leur sauveur, afin de combler leurs failles narcissiques.

L’enfant appelé à être thérapeute de ses parents, se verra contraint de renoncer à son être profond. Par une anémie narcissique, il ne s’estimera plus, se trouvant nul dans tous les domaines, idéalisant les autres. Il ne prendra plus de plaisir pour lui-même, et refusera tout don croyant qu’il ne les mérite pas. Il se dévouera aux autres, basculant son côté thérapeute de ses parents à tous ceux qui l’entourent. Il ne saura pas dire non, désirant arrondir les angles, afin que personne ne soit mécontent de lui.

La quête de l’innocence et celle de l’expiation ne font qu’embraser la culpabilité. D’abord parce que le refus de s’aimer enflamme la culpabilité inconscient, ensuite l’altruisme excessif a un côté agressif et pervers puisqu’il culpabilise l’autre, et puis le don de soi n’est qu’une demande d’amour déguisée, et enfin maintenir l’autre dans une fonction d’assisté procure une certaine jouissance de la souffrance d’autrui on se sent dans une position dominante et c’est très culpabilisant de jouir malgré autrui.

L’altruisme est une nécessité psychologique, mais il devient suspect lorsqu’il frise l’oubli de soi. Le besoin de donner de l’amour est aussi fondamental que celui d’en recevoir. Or, on ne peut véritablement aimer son prochain que si l’on s’aime soi. Le seul remède consiste dans le partage, l’échange, la circulation libidinale.

La culpabilité ne peut être apaisée que lorsque le Moi parvient à se forger une image de soi plus saine, plus confiante, en renonçant à la quête stérile de la perfection et de la toute-puissance, en acceptant enfin la castration.

L’impossibilité physique ou psychologique pour une femme d’épanouir ses dimensions de mère et de femme aboutit au dessèchement, au flétrissement de deux plantes principales du jardin intérieur de son identité féminine.

Le défaut fondamental de la personne déprimée réside dans une interdiction inconsciente d’être séparée, différenciée, elle-même, avec son identité, sa personnalité propre, ses désirs et ses besoins singuliers. Dans ces conditions, elle ne se donne pas le droit de disposer de sa libido à son usage personnel, privé.

Il est d’une extrême importance chez certaines personnes souffrant d’un Moi fragile, de ne pas trop entailler les vieux mécanismes de défense dont l’affaiblissement brusque pourrait s’accompagner d’un effondrement de la personnalité tout entière, à l’image d’un château de cartes !

 

VII. Catherine : de la dépressivité à la dépression.

 

Catherine a 52ans et elle souffre depuis 2ans de dépression, en réalité son malaise remonte à bien plus longtemps mais elle l’a ignoré. De plus, pour lutter contre sa dépression, elle s’est mise à boire.

Elle est toujours présentable malgré sa dépression.

Elle a du cesser de travailler suite à sa dépression. Elle a même eu envie de se suicider plus d’une fois, mais elle s’est retenue songeant à sa famille.

Elle est mariée et a eu 3 enfants, 2 fils et une fille, cette dernière est décédée il y a 5ans. Lors du décès, elle s’est voilée la face, elle sortait, faisait tout pour avoir une apparence correcte. Son travail de deuil a été empêché.

Elle s’identifie à son père qu’elle a idéalisé, lui non plus ne laissait rien transparaître, il se montrait fort en toute circonstance, avait une façade solide.

10 mois après avoir enterré sa fille, elle a perdu sa mère.

Catherine est prise dans un cycle d’inversions : elle fait la fête pour ne pas faire le deuil, elle rit aux éclats pour ne pas pleurer. En outre, depuis longtemps, en dehors de tout facteur déclenchant et sans nul motif apparent, elle passe d’un état d’excitation où elle se trouve en pleine forme à un autre plutôt plat, morne, mort.

Elle est convaincue que son état dépressif est lié à son mari. Il est de moins en moins présent, ils n’ont plus de rapports sexuels depuis un an et quand elle en réclame il la repousse en disant qu’il ne veut pas faire l’amour avec une alcoolique.

Son mari a vécu avec une mère alcoolique et dépressive, qui faisait régulièrement des séjours en hôpital psychiatrique. Quand il a rencontré Catherine, il a été heureux avec elle, mais il semble avoir plutôt trouvé en elle une mère solide et sécurisante. A présent, il retrouve en elle le portrait parfait de sa mère, et il se comporte comme un fugitif, refusant la dépression de sa femme et fuyant le domicile.

Le décès de sa fille, la mort de sa mère quelques mois plus tard et celle de son père, atteint d’hémiplégie, l’an dernier constituent des facteurs déclenchants survenant sur un terrain fragilisé, miné par toute une série d’épreuves et de chocs subis dans l’enfance et l’adolescence.

2ème enfant d’une famille de 4, une de ses sœurs ainées handicapée est décédée quand elle avait 22ans. Elle s’est beaucoup occupée d’elle et la considérait comme sa petite sœur. Encore une inversion dans son fonctionnement. Comme elle était dépendante, elle se faisait dessus et la mère criait et l’humiliait et appeler Catherine. Au début celle-ci pensait qu’elle avait fait une bêtise, qu’elle s’était elle-même fait dessus, mais en fait sa mère l’appelait pour qu’elle nettoye sa sœur, c’est ainsi qu’elle s’est retrouvée à s’occuper de sa sœur, comme d’une mère.

Sa mère n’était pas chaleureuse. Elle était souvent déprimée et a été hospitalisée plusieurs fois.

Quand elle a eu 12ans, ses parents l’ont mise en pension pendant 7années où elle ne rentrait qu’un week-end par mois. Elle n’a pas compris pourquoi, elle était la seule de sa classe à aller en pension, elle croyait que ses parents ne l’aimaient pas ou cherchaient à l’éloigner de sa sœur malade et de sa mère, comme si c’était de sa faute si sa mère était souvent fatiguée. Et quand elle rentrait, elle prenait tout sur elle pour faire que tout se passe bien, et elle s’occuper de sa sœur et de la maison.

Quand elle a commencé à travailler en tant que secrétaire de mairie, elle est restée chez ses parents pour s’occuper de sa sœur, puis de sa mère et de son père.

Un jour, en rentrant chez elle, elle a trouvé sa sœur en train de pleurer, toute seule. Elle l’a consolée, lui a donné à manger puis à commencer les travaux ménagers. Et elle a retrouvé sa sœur morte. Elle s’est d’abord crue responsable, puis s’est raisonné.

Dès qu’il se passe quelque chose de mal, de tragique, elle se sent coupable et a peur qu’on la culpabilise.

Après la mort de sa sœur, elle a décidé de profiter pleinement de la vie. On retrouve son mécanisme d’inversion.

Après 3ans de liaisons sans lendemain, elle a décidé de se stabiliser. Elle a rencontré alors son mari et elle a décidé de l’épouser. Elle n’était pas vraiment amoureuse de lui, mais elle avait besoin de se sentir aimée. Elle a tenu près de 23ans sans avoir de trouble majeur.

Elle a toujours besoin d’être occupée, en mouvement, car dès qu’elle s’arrête elle angoisse. Elle souffre d’un trouble bipolaire, s’acharnant contre elle-même pour dissimuler son côté triste, pour ne montrer que sa face enjouée.

Chez Catherine, la dépression, sous ses deux facettes maniaque et dépressive, survient en raison de l’évitement permanent de la dépressivité naturelle, laquelle, interdite à la conscience, se transforme en angoisse et en culpabilité. La culpabilité renvoie aux infortunes passées, sa mère déprimée, sa sœur malade, sa mise en pension vécue comme un rejet, et son incapacité à protéger ses parents, à les soigner. Quant à l’angoisse, il y a en premier lieu la peur de punitions puisqu’elle se sent coupable, et en second lieu l’inquiétude de la contamination, peur d’attraper la dépression ou l’infirmité qui rodaient dans la famille.

Son état s’est sensiblement amélioré lorsqu’elle a compris que sa phase maniaque n’était pas un signe de mieux être, au contraire. Elle a donc fini par écouter la petite fille en elle, et se déchargeait de la culpabilité qu’elle ressentait à tort.

Un nuit, elle a rêvé qu’elle épousait son mari, et a ressenti qu’elle l’aimait. En acceptant de s’amer elle-même, elle a réussi à s’ouvrir et à découvrir sa féminité.

 

L’alcool, produit apparemment réputé pour être le meilleur anxiolytique et antidépresseur, chassant le cafard et restituant une jovialité immédiate, agit paradoxalement comme une substance dépressogène. Il nourrit, entretient et intensifie le malaise qu’il est censé éliminer. Toutes les drogues utilisées pour combattre la dépression agissent en réalité de la même manière.

Les défenses hypomaniaques contre la dépression, comme l’inversion de la détresse en festivité ou l’acharnement à balayer sa souffrance, l’angoisse de la mort qui rôde autour et à l’intérieur, sont très fréquentes. Le Moi utilise une grande partie de son énergie à se voiler la face, à se mentir, en feignant que tout va bien. Mais ce mécanisme n’agit que pour empêcher et retarder le vrai travail de deuil. La dépression ultérieure n’en sera que plus forte et plus rebelle aux soins, pour être restée dans l’obscurité trop longtemps.

Une femme déprimée présente, en raison de la congélation de sa libido, une frigidité plus ou moins totale. Elle peut parfois accepter, à contrecœur, un rapport sexuel, mais ne va pas jusqu’à en réclamer !

La peur et l’agressivité sont l’endroit et l’envers d’une même médaille : lorsqu’on a peur, on devient agressif.

Pathologie maniaco-dépressive : se caractérise par le phénomène des hauts et des bas à condition qu’il s’agisse de variations d’humeur d’une amplitude exagérée. La phase dépressive se caractérise par la lenteur, l’hypersomnie, le repli sur soi, le manque de désir, la baisse de l’élan vital, de l’appétit (anorexie) et de la libido (frigidité/impuissance), le manque d’estime de soi, le pessimisme, les ruminations, les restrictions de la parole et du mouvement, la tristesse, la douleur morale, l’ennui, l’inactivité, les idées noires… A l’inverse, au cours de la phase maniaque se manifestent la vivacité, l’infatigabilité, l’insouciance, l’optimisme, la mégalomanie, la réduction du sommeil, l’extraversion, la jovialité, la recherche des contacts, l’euphorie, l’hyperactivisme, la logorrhée, appelée aussi diarrhée verbale, l’excitation, l’augmentation de la libido, le besoin accru de boire, de manger et de dépenser sans compter… Le sujet se trouve dans un état d’excitation, d’exaltation, d’exubérance. Pour lui les frontières entre le possible et l’impossible, le permis et l’interdit se volatilisent, il ne se reconnaît plus de limites. Il se sent libre, dégagé de toute contrainte, immunisé contre tout danger, comme protégé par la grâce. Il se croit tout-puissant et infaillible. La phase maniaque représente un mécanisme de déni de la souffrance et de défense contre elle. Les variations exagérées de l’humeur, ni conscientes ni contrôlables, échappent à la vigilance et au filtrage du Moi, débordé par le torrent émotionnel.

La ménopause constitue une double source de dépressivité. D’abord en raison de bouleversements et déséquilibres biologiques et hormonaux exerçant une action physiologique directe sur la libido ainsi que sur  l’humeur. Ensuite parce que l’arrêt du rendez-vous menstruel mensuel sonne la fin d’une certaine période de féminité, d’une certaine image de soi, d’un idéal féminin, laissant la femme face à un corps moins jeune, moins souple, mais surtout désormais infécondable. C’est un deuil symbolique à vivre.

Dépressivité : forme de déprime parfaitement saine, légitime, inévitable, inhérente à la vie. Elle apparaît et est absorbée de façon naturelle lors de toutes les étapes de l’existence, à chaque fois qu’on évolue, qu’on change, qu’on grandit, en se séparant du passé et en cheminant vers l’avenir. C’est une manifestation tout à fait normale et souhaitable.

Dépression : accumulation au cours des années de quantité de dépressivités refoulées, censurées, non vécues, avortées, interdites. Le syndrome dépressif se manifeste dans la mesure où la culpabilité et l’angoisse n’ont pas été reconnues, prises en charge, travaillées, métabolisées par le Moi.

La fonction thérapeutique consiste à transmuer la dépression en dépressivité originaire tout en la mettant en lien avec les traumatismes, mais surtout avec l’angoisse et la culpabilité du petit enfant intérieur. Il est indispensable, pour cela, de parvenir au préalable à désolidariser, à déconnecter la souffrance actuelle du facteur déclenchant, que le déprimé confond avec la source de son malaise.

 

VIII. Danièle : la victoire de l’Eros.

 

Danièle a 45ans, mariée, employée de bureau.

Elle a vu deux ou trois fois un psychiatre qui lui a prescrit des antidépresseurs, mais elle a fait une tentative de suicide.

Elle dit que son mal être vient de son mari. Ils s’aiment mais n’échangent rien et ils sont opposés. Elle est calme et casanière, il est hyperactif et toujours dehors. Ils ne font rien ensemble, il n’y a pas de communication, pas de tendresse. De plus, son mari l’a trompée deux fois, une il y a 18ans et l’autre l’année dernière. Elle est devenue très jalouse et possessive, mais finalement la colère est revenue sur elle, elle se disait qu’elle n’était pas assez bien pour lui. La seconde infidélité a été beaucoup plus difficile à accepter car à cette période son patron la harcelait, et elle perdait toute estime d’elle-même. Et enfin, à Noel ses neveux et nièces se sont disputés, sa belle-sœur a tapé une nièce mais elle n’a pas réagi, elle qui ne supporte pas qu’on fasse du mal à un enfant, n’a pas su défendre sa nièce et soutenir sa sœur, mère de l’enfant. Et quand elle en a parlé à son mari, il s’est moqué d’elle, vantant plutôt la force de caractère de la belle-sœur.

Sa dépression n’a pas fait surface au moment de ces trois évènements, mais bien plus tard, quand sa vie était redevenue calme.

Danièle est l’ainée d’une famille de 5enfants. Elle a été élevée jusqu’à l’âge de 9ans par ses grands-parents, elle ne savait pas pourquoi. A 9ans, elle a été récupérée par ses parents, et toujours sans avoir d’explication elle a été replacée dans un contexte qui lui était étranger. Elle s’est retrouvé à tout faire à la maison, et même à s’occuper de son petit frère. Elle a la sensation d’avoir été plus une bonne qu’une fille, et que sa mère ne l’aimait pas. Quant à son père, il s’est toujours montré distant car en fait ce n’était pas son père. Sa mère l’a conçu avec un autre homme, mais elle n’a jamais dévoilé son identité, et même maintenant Danièle n’ose pas lui demander.

A 20ans, elle se marie, presque en urgence, pour quitter le domicile familial. Les premiers temps du mariage se passent bien, mais son mari souffre de périodes d’impuissance. 2ans plus tard, l’impuissance se termine et la sexualité rend enfin le couple heureux. Peu après, Danièle désire un enfant, son mari non puis finit par céder mais l’enfant n’arrive pas. Ils consultent des médecins, et finalement on annonce que son mari est stérile, incurable. Ce qui explique pourquoi il vit toujours intensément, défiant la mort. Mais cela n’a pas déprimé Danièle plus que cela, elle n’a pas songé à divorcer, elle s’est davantage occupée de son mari, du foyer et de son travail.

Danièle s’occupe toujours des autres, mais pas d’elle-même car elle n’a pas été assez maternée dans son enfance. Du coup, elle s’est occupée de sa grand-mère, de son frère, puis de son mari et maintenant de sa mère, mais toujours pas d’elle-même.

Elle n’a jamais réussi à assumer son identité de femme, puisqu’elle n’a pas été reconnue dans son enfance en tant que petite fille. Elle a été propulsée « mère » avant l’âge.

Elle n’a atteint aucun registre de la féminité car elle n’a pas pu se poser ni en fillette face à ses parents, ni en petite-fille face à sa grand-mère, ni en sœur face à son frère, ni en femme amante face à son époux, ni en mère donneuse de vie face aux enfants qu’elle n’a pas eus.

Le sens de sa tentative de suicide ainsi que celui de sa dépression se situent au niveau de l’échec identitaire, de ce vide, de ce non-accomplissement de sa féminité à travers ses divers visages et moments.

En essayant de se tuer, Danièle veut se défaire de sa culpabilité ; elle cherche inconsciemment à mettre à mort l’autre en soir, son autre Moi, sa part étrangère, l’enfant intérieur coupable.

Danièle ne sait pas d’où elle vient, qui était son père, et elle ne veut pas le savoir ayant peur des révélations. Cette culpabilité originelle a créé dans son identité embryonnaire des interstices où sont venus se nicher plus tard toutes les autres culpabilités existentielles : l’abandon précoce par sa mère, 9 années d’exil et de consigne chez les grands-parents, son petit frère François dont elle s’occupait comme une mère, la stérilité de son mari, la découverte traumatisante que celui qu’elle prenait pour son père n’était pas le sien…

Cette série de culpabilités a engendré chez elle le besoin masochiste inconscient d’expier et de s’autopunir, allant jusqu’à la volonté de mettre fin à ses jours.

Grâce à la thérapie, Danièle a pu faire diminuer sa souffrance morale et mettre en lien sa vie actuelle avec son passé.

 

Ceux et celles qui ont manqué de soins, de chaleur et d’affection maternelle dans leur enfance développent inconsciemment en eux à l’âge adulte, par compensation, un aspect soignant, thérapeute, maternel, maternant. Ils s’érigent en mère, la mère qui leur a fait défaut, qu’ils n’ont pas eue, pour combler ce manque fondamental, cette carence originelle. Ils deviennent du coup, dans une inversion de fonction et de génération, enfants thérapeutes, parents du parent qu’ils n’ont pas eu.

Une femme authentique, complète, est toujours un être pluriel, à l’image d’un diamant à multiples facettes : fille, sœur, femme-amante et mère. Toutes ces figures, toutes ces émanations de la même identité entretiennent entre elles des relations intimes et profondes, et elles ont besoin d’être nourries par la libido, l’énergie psychique.

Tout enfant baigne dès sa conception dans un bain de langage, soins sonores ou pensées muettes de sa mère, langage d’autant plus parlant qu’il est silencieux. Toute femme demande inconsciemment à son mari/amant d’incarner la mère idéale qui lui a manqué auparavant.

La dépression pourrait être comparée à un miroir qui reflète ou réfléchit les souffrances de l’enfant intérieur coupable, enracinées dans son enfance. Aucune réalité n’existe sur, dans ou derrière le miroir ; celui-ci ne fait que révéler l’existence de l’enfant intérieur coupable, bien qu’innocent du point de vue de la logique consciente. C’est la raison pour laquelle le Moi du déprimé investira à l’âge adulte une grande partie de sa libido dans l’espoir de juguler ou au moins de circonscrire cette culpabilité, dans l’expiation, ainsi que dans la quête de l’innocence. Le Moi ne peut retrouver la paix que si le sujet prend conscience du fait que l’origine et le sens de sa dépression actuelle ne se situent pas dans les traumatismes qu’il vient de subir ici et maintenant, mais bel et bien dans les souffrances héritées et accumulées par l’enfant intérieur coupable, jusque-là contraint au silence.

Le désir de mort n’existe chez aucun être vivant, humain, animal, végétal, muet ou parlant, conscient ou inconscient. Si l’homme se donne quelque fois la mort, c’est afin d’échapper à une tension et à une souffrance qui lui paraissent insupportables. Celles-ci proviennent de l’enfant intérieur coupable qui le tourmente. Il ne cherche pas alors à se tuer mais à se sacrifier, sous l’injonction de l’enfant intérieur coupable, afin d’expier une faute imaginaire impardonnable. Cette culpabilité sera d’ailleurs d’autant plus intense que l’enfant aura été victime ou témoin de maltraitance.

La tentative de suicide constitue un cri de désespoir et de souffrance. La déprimé cherche à mettre fin à ses jours parce qu’il a perdu son libre arbitre, son énergie vitale, sa conscience et l’amour de soi.

Culpabilité héréditaire : l’enfant, en tant que bouc émissaire ou victime innocente, est appelé à endosser des fautes qu’il n’a pas commises, à payer pour des pots qu’il n’a pas cassés. Il porte ainsi le fardeau des bêtises de jeunesse de sa mère. A cette culpabilité s’en ajoute une autre liée au fait d’avoir empêché la mère de s’épanouir, d’exercer le métier dont elle avait rêvé et d’épouser le prince charmant qu’elle fantasmait. L’enfant pour qui la mère s’est sacrifiée est désigné comme responsable de ce qu’elle n’a pu devenir, c’est-à-dire de son échec sentimental et existentiel.

Tout être humain, porté par la vie, ressent en lui l’intense besoin de se réaliser, de donner un sens à son existence, de se créer en créant, de s’accomplir, de s’épanouir afin de se sentir vivant. Cette réalisation de soi, jamais totalement achevée, toujours en devenir, advient lorsque la personne prend conscience de 5 grandes catégories de désirs et de besoins : corporels (aimer son corps), amoureux et sexuels (avoir une relation amoureuse et sexuelle, devenir parent et transmettre la vie et l’amour), relationnels (avoir des liens vers l’extérieur, des amis), sociaux (travailler, s’intégrer à la société tout en gardant la liberté de se révolter), culturels et spirituels (partager des valeurs, des idéaux).

Le déséquilibre se produite lorsqu’une de ces dimensions se voit désinvestie, négligée, tenue pour morte, sacrifiée. A l’inverse, la tourmente se crée lorsqu’une de ces aspirations est exagérément valorisée, surinvestie au détriment des autres.

Tout pan de vie qui n’a pas été suffisamment pris en compte, nourri et vécu laissera un vide, un blanc, une tombe où la dépression viendra se nidifier et prendre racine. Ensuite, elle croîtra dans l’ombre et le silence jusqu’au jour où elle parviendra à faire vaciller le système tout entier sur ses fondations.

Seul le rétablissement des connexions perdues entre hier et aujourd’hui permet d’apaiser la souffrance.

 

IX. Conclusion : le chêne et le roseau.

 

Plus une femme se sent heureuse dans les bras de l’homme qu’elle aime et plus ce bonheur l’aide à devenir meilleure mère, surtout saine, dans la mesure où elle n’exclut plus le père du triangle.

La faiblesse vécue, acceptée et assumée par la femme la rend plus forte, tandis que la force apparente de l’homme le rend plus fragile et vulnérable, finissant même par le casser en cas de tempête.

Les dépressions féminines s’inscrivent majoritairement dans le chapitre des dépressions exogènes, névrotiques, réactionnelles, c’est-à-dire motivées par des facteurs déclenchants réels et récents, aisément localisables. En revanche, les dépressions masculines appartiennent davantage à la catégorie des dépressions atypiques, endogènes et mélancoliformes majeures, c’est-à-dire dont les facteurs déclenchants sont moins facilement identifiables.

L’homme voudrait changer la réalité, la société et les autres, alors que la femme aspire en premier à se changer elle-même de l’intérieur, à transformer les mentalités.

Ce qui explique en grande partie la spécificité de la dépression féminine renvoie à la manière singulière qu’a la femme de se situer face à la castration et à la culpabilité.

La prolifération de la dépression de la femme s’explique par l’agrégation de 2 culpabilités, la sociologique et la familiale, engendrées par sa victimité inconsciente.

Culpabilité : provient de l’instance du Surmoi, chargée de différencier le bon du mauvais, le bien du mal, l’autorisé de l’illicite… Elle est par conséquent indispensable au bon fonctionnement et à la croissance du psychisme de tout un chacun. La culpabilité remplit une double fonction : elle exerce une action de retenue face à la pulsion protégeant ainsi le Moi contre l’envahissement par la perversion, et encourage l’amour du prochain.

La meilleure manière de se déculpabiliser est de s’accepter, de se reconnaître coupable, sans refus ni lutte.

Un affect, une émotion, un sentiment ne sont ni bons ni mauvais, ils sont, tout simplement, et ne demandent qu’à être ressentis, exprimés par la parole consciente.

Les interdits religieux cherchent à protéger le sujet d’une part contre la dépression, en le plaçant face à l’interdit extérieur, et d’autre part contre la perversion, en empêchant la toute-puissance et la toute-jouissance pulsionnelles, dans l’illimité et l’urgence. Dans cette perspective, ils s’avèrent fondamentalement déculpabilisants.

Endosser sa culpabilité signifie s’accepter comme pêcheur, cesser de se sacrifier, s’aimer, être moins exigeant envers soi-même, se révolter, découvrir sa vérité profonde et devenir soi, se pardonner.

 

 

► Vraiment un livre très intéressant. Chaque type de dépression illustré clairement par un cas détaillé, tout est bien expliqué et simple. A lire !



01/12/2014
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