Cours de psychologie

Introduction - cours (suite)

IV. Etape connexionniste.

 

 

On assiste à une incarnation des modèles.

Il y a un certain nombre de modules de traitement qui sont localisés dans le cerveau. L’information circule entre ces modules.
Elle circule dans deux sens :

      - De la partie postérieure à la partie antérieure, c’est-à-dire depuis le lobe occipital vers le lobe frontal, ce sont les traitements ascendants ou bottom-up.

      - De la partie antérieure vers la partie postérieure, c’est-à-dire depuis le lobe frontal vers le lobe occipital, c’est le traitement descendant ou top-down ou amorçage.

 

 

Un influx nerveux est un mouvement qui se propage le long de l’axone du neurone. Sa destination est un autre neurone dit neurone cible. Le lieu de contact est la synapse. Ses propriétés :

      - Il s’agit d’une onde : d’après BERGSON, l’influx nerveux est « un mouvement sans mobile » → rien ne se déplace dans la direction de l’onde.

 

 

Marquage synaptique : conséquence du passage de l’influx nerveux dans la synapse. Le passage dans la synapse laisse une trace. Ce principe a été énoncé par HEBB : la loi le HEBB résume cette trace laissée par l’influx nerveux.

 

1. Modèles :

 

Modèle de KOSSLYN (1994) : Perception visuelle : exemple typique des traitements ascendants :

        - Localisation des différents modules :

               + Buffer visuel : localisé dans le lobe occipital.

               + Mémoire visuelle : localisée dans le lobe temporal.

               + Traitement spatial : localisé dans lobe pariétal.

               + Mémoire associative : localisée dans le lobe frontal.

       - Fonctionnement des différents modules, qui se fait en 3 étapes nommées étapes de la perception :

               + Objet dans le champ perceptif.

               + Conséquence : image de cet objet va s’afficher dans le buffer visuel.

               + Les données sont envoyées simultanément dans deux lobes :

                       . Le lobe temporal : les données arrivent dans la mémoire visuelle, qui contient des prototypes visuels des objets que l’on peut rencontrer autour de nous. C’est dans ce lobe que va se passer la reconnaissance visuelle grâce à un mécanisme de mise en correspondance entre l’image occipitale et un prototype.

                       . Le lobe pariétal : les données arrivent dans le module spatial. Dans ce module se passent les traitements de localisation de l’objet.

               + Il y a donc simultanément affichage et localisation dans le cerveau.

               + Ensuite les données temporales et pariétales sont envoyées simultanément dans le lobe frontal. Ces données arrivent donc dans la mémoire associative. C’est là que va se passer l’identification de l’objet, donc la capacité de le nommer.

 

Imagerie mentale : exemple typique des traitements descendants :

       - Il met en place 3 nouveaux modules pour expliquer l’imagerie mentale :

              + Localisation de ces modules :

                     . Module de recherche : localisé dans le lobe frontal.

                     . Fenêtre attentionnelle : localisé dans le lobe occipital.

                     . Module de déplacement : localisé dans le lobe pariétal.

              + Fonctionnement des différents modules lors de l’imagerie mentale :

                     . Visualisation de l’image mentale : il se passe un amorçage (déplacement de l’information de la partie avant vers la partie arrière) qui se passe en deux étapes :

                             - Amorçage fronto-temporal : part du module de rechercher et va vers la mémoire visuelle. Le but est de rechercher le prototype visuel de l’objet visualisé.

                             - Amorçage temporo-occipital : on part de la mémoire visuelle et on va vers le buffer visuel. La conséquence est que le prototype est affiché dans le buffer visuel. Ce qui permet de visualiser un objet est l’affichage d’un prototype dans le buffer visuel.

                    . Exploration de l’image mentale : exploration de l’image grâce à la fenêtre visuelle dans le buffer visuel. Elle sélectionne une partie de l’image, elle peut donc se déplacer dans le buffer visuel. Ceci est possible parce qu’il existe le module pariétal qui contrôle les déplacements de la fenêtre visuelle.

 

 

2. Expériences :

 

Expérience : arguments qui valident des hypothèses, dits arguments expérimentaux. Ces arguments sont issus des neurosciences.

 

Présentation de 3 arguments expérimentaux :

        - Buffer visuel : TOOTLE (1982) utilise la technique de marquage visuel :

                + Matériel :

                        . Utilisation d’un stimulus composé de cercles concentriques et leurs rayons.

                        . Marqueur radioactif injecté dans le cerveau du singe. Ce marqueur a la propriété de s’accumuler sur les neurones activés.

                + Procédure :

                        . On fait en sorte que le singe fixe le centre du stimulus.

                        . On injecte le marqueur pendant que le singe fixe le stimulus.

                        . Il va y avoir une accumulation du marqueur sur les neurones activés.

                        . Cette accumulation se passe dans le lobe occipital (cercle).

                        . On compare la répartition des neurones activés avec le stimulus. On remarque une ressemblance entre la répartition des neurones et le stimulus. On voit que le point fixé par le regard correspond à l’extrémité du cerveau, et on retrouve dans la répartition des neurones, les cercles du stimulus et les rayons.

               + Conclusion : la répartition de l’activation reproduit la forme du stimulus.

               + Interprétation : il existe un buffer visuel dans le cortex occipital dans lequel une image de l’objet est affichée.

 

 

       - Dissociation entre visuel et spatial : MISHKIN (1983) utilise la technique des lésions cérébrales localisées. L’expérience se fait en 2 temps :

               + Apprentissage : il soumet les singes à deux types d’apprentissages :

                       . Différentiation de formes :

                               - Matériel :

                                       + Utilise des boites qui se différencient par leur forme (triangulaire ou carrée).

                                       + Utilise nourriture pour provoquer le conditionnement, l’idée est de la cacher dans une des boites.

                               - Procédure :

                                       + On présente d’abord une boite (triangulaire) seule.

                                       + Puis on la présente avec une boite de forme différente (carrée).

                                       + L’idée est que la nourriture est toujours sous la boite de forme différente (carrée).

                                       + On répète la procédure jusqu'à ce que le singe aille directement chercher la nourriture sous la boite carrée.

                              - Conclusion : le singe est capable de différencier les formes.

                     . Différenciation des localisations :

                              - Matériel :

                                       + Les boites sont identiques.

                                       + Elles ont une localisation différente, une des boites se trouve prés du cylindre, tandis que l’autre est loin du cylindre.

                              - Procédure :

                                       + La nourriture est toujours cachée sous la boite qui se trouve prés du cylindre.

                                       + On arrête l’expérience quand le singe va chercher directement la nourriture sous la bonne boite.

                              - Conclusion : les singes sont capables de localisation.

                                       + Lésions: on compare les conséquences des lésions soit du lobe temporal, soit du lobe pariétal:

                                                  . Lobe temporal : il n’y a plus de différenciation visuelle. Le singe n’est plus capable de différencier les boites de différentes formes. Cependant la différenciation spatiale reste intacte.

                                                  . Lobe pariétal : on observe les lésions inverses.

                                                  . Les lésions sont différentes, ainsi que les symptômes, ces lésions ont donc entrainé une dissociation du visuel et du spatial.

                                                  . Interprétation : il existe deux voies de traitement :

                                                            - Voie ventrale : traite les données visuelles.

                                                            - Voie dorsale : traite les données spatiales.

 

 

         - Mémoire visuelle : GROSS (1983) utilise l’enregistrement unitaire (implantation d’une électrode dans un seul neurone) :

                 + Matériel : utilisation de stimuli visuels (formes visuelles qui s’éloignent de plus en plus de l’image de la main.

                 + Procédure :

                         . L’auteur a fait des enregistrements unitaires (sur des neurones) dans le lobe temporal.

                         . Voici un type de réponse d’un neurone (plus le chiffre est grand plus la réponse du neurone est importante).

 

 

                        . On voit que plus la forme présentée s’éloigne visuellement de la forme de la main, plus la réponse du neurone diminue.

               + Conclusion : la réponse de certains neurones du cortex temporal varie en fonction de la forme du stimulus visuel.

               + Interprétation : il existerait une mémoire visuelle localisée dans le lobe temporal et qui contient des prototypes visuels. Si elle contient des prototypes, ca signifie qu’elle contient des représentations d’objets.

               + Dans la prochaine étape on considère qu’il n’y a pas de représentation mentale d’objets.

 

 

V. L’étape de l’énaction.

 

 

1. Illustration expérimentale en guise d’explication :

 

« La connaissance n’est pas dans le fruit mais dans l’acte de le cueillir ».

Depuis l’étape cognitiviste, la balance pesait du coté de la métaphore informatique. L’étape de l’énaction est ce qu’on peut appeler un retour de balancier, qui fait que maintenant, la balance penche du coté de l’auto-organisation cérébrale, qui constitue une alternative à la métaphore informatique.

On ne considère plus que le cerveau soit un système de traitement de l’information.

 

Polygone à perspective respective – OLIVIER (2002) :

        - Pourquoi est-ce que je vois d’abord une vue et pas l’autre ?

        - Puis-je alterner la perspective perçue ?

        - L’expérience se passe en 2 temps :

                + Contrôle du parcours oculaire de la figure :

                         . Le sujet doit suivre la barre du regard pendant qu’elle se déplace sur le polygone. Pour vérifier qu’il la regarde bien on lui demande de dire à haute voix les couleurs successives de la barre.

                         . Il y a trois groupes de sujets dans l’expérience :

                                 - Groupe 1 : la barre se déplace de la gauche vers la droite, et revient directement au début.

                                 - Groupe 2 : la barre se déplace de la droite vers la gauche et revient directement au début

                                 - Groupe 3 : groupe contrôle : on a placé un point fixe qui clignote au centre de l’image.

               + Tache de reconnaissance immédiate après la première phase :

                         . On affiche sur l’écran les deux perspectives possibles.

                         . On demande aux sujets, laquelle était sur l’écran.

                         . Voici les résultats :

 

 

                   + Conclusion : face à un même objet visuel, la forme reconnue dépend du sens de déplacement du regard.

                   + Interprétation: la connaissance n’est pas dans le fruit mais dans l’acte de le cueillir du regard.

                   + « On ne connait pas l’objet, on ne connait que soi entrain d’agir sur l’objet. ».

 

Connaitre :

         - Dupliquer ?

                   + On suppose qu’on a une représentation de l’objet du monde à l’intérieur du cerveau. Cette représentation duplique l’objet extérieur.

                   + Connaitre c’est représenter le monde ?

         - Répéter ?

                   + Le point de départ de la connaissance c’est les répétitions du geste sur l’objet.

                   + On considère que connaitre c’est répéter mentalement les gestes passés qui ont permis d’imiter l’objet.

                   + Connaitre c’est énacter le monde ?

 

 

Dans cette étape de la psychologie cognitive, on considère que connaitre c’est énacter le monde (c’est-à-dire : répéter mentalement les gestes représentant les objets).

Cette conception de la connaissance permet d’éviter un piège : EDELMAN explique le piège de la régression à l’infini. Supposons qu’il y existe une représentation mentale de l’objet, on serait obligé de penser qu’il existe un sujet cognitif à l’intérieur du cerveau pour interpréter la représentation. La conséquence de cette existence est qu’on doit admettre qu’il existe une représentation dans le sujet cognitif, et ainsi de suite !
L’énaction évite ce piège dans la mesure où il n’y a pas de représentation mentale de l’objet dans le cerveau.

Ce qui remplace la représentation mentale de l’objet dans le cerveau, est un mouvement appelé mouvement cognitif global.

 

a. Mouvement cognitif global :

 

Mise en évidence et définition :

 

On s’est appuyés sur l’observation de l’activité cérébrale qui correspond à la conscience.

Pour cela on utilise la Magnétoencéphalographie (MEG) :

       - Rappel sur la technique de MEG :

              + La personne s’installe dans un appareil.

              + On installe un certain nombre de capteurs sur sa tête.

              + On obtient une image sur laquelle on voit les variations de l’activité cérébrale dans un intervalle de temps déterminé (ex : 200 ms). Les couleurs indiquent le sens de la variation. Quand il y a une augmentation de l’activité on la représente en rouge-orange-jaune, inversement quand il y a une diminution de l’activité cérébrale on la représente par une série de bleus.

 

 

        - Expérience : concurrence binoculaire :

                + Un sujet va porter des lunettes avec des verres bicolores (un rouge et un bleu). On lui demande de fixer un écran.

                + Sur cet écran on affiche une grille composée de traits rouges verticaux et de traits bleus horizontaux.
                + Le sujet ne perçoit jamais la grille, il va percevoir alternativement les traits verticaux rouges, puis il y a une période où il n’y a pas de perception et les traits horizontaux bleus, puis à nouveau une période sans perception, suivie d’une perception à nouveau des traits horizontaux rouges.

 

 

        - Ce qu’on voit sur la MEG :

                + Il y a essentiellement du noir ou de l’orange très foncé quand il n’y a pas de perception (pas de stimulus, donc pas de conscience non plus). Il y a donc une très faible activité cérébrale.

                + Mesure de l’activité du cerveau en présence d’un stimulus mais sans conscience perceptive (période pendant laquelle le sujet ne perçoit pas le stimulus). Il y a surtout de l’orange foncé et un peu d’orange claire. Cela signifie qu’il y a une augmentation modérée de l’activité cérébrale.

                + Mesure de l’activité en présence du stimulus et avec conscience perceptive. On observe beaucoup de jaune claire, et des traits. Cette image montre une augmentation importante de l’activité. Cette augmentation est répartie sur l’ensemble du cerveau.

       - Conclusion : cette expérience a montré que l’activité cérébrale liée à la conscience correspond à une activation simultanée répartie sur l’ensemble du cerveau.
       - Interprétation : l’image qu’on obtient est un arrêt sur image d’un mouvement cognitif global. Le mouvement cognitif global est le continuum des états globaux d’activation cérébrale. Pour l’instant les techniques d’imagerie ne permettent pas d’observer avec plus de précisions. Il s’agit du continuum qui accompagne les répétitions gestuelles sur l’objet, plus généralement il s’agit du continuum qui accompagne les répétitions de coordination motrice (coordination entre mouvements du corps et regard).

 

 

- On décompose chaque état global avec le geste instantané.

- Sur le premier anneau, on représente l’état globale numéro 1 qui correspond au mouvement instantané.

 

On appelle mouvement cognitif global le continuum des états globaux d’activation cérébrale, corrélé aux répétitions du geste sur l’objet.

 

Le cerveau est une structure :

 

Le mouvement cognitif global se situe dans un cerveau ressemblant à une structure.

Définition progressive, propriété par propriété, d’une structure :

       - Partons d’un exemple concret :

             + On part d’un ensemble fini d’éléments. Cet ensemble fini d’éléments n’est pas une structure car il n’y a pas d’organisation.

             + Un Rubik’s Cube n’est pas une structure, car malgré que ce soit un ensemble organisé, il n’y a pas de modification.

             + Manipulation d’un Rubik’s Cube, cependant ceci n’est toujours pas une structure car le moteur des modifications de l’organisation sont des gestes de quelqu’un, autrement dit le moteur des modifications est externe à la structure.

             + La mitose avec séparation des cellules, cependant ceci n’est toujours pas une structure autonome car il y a des éléments qui sortent de la structure.

      - Définitions :

             + De manière générale : une structure c’est l’organisation d’un ensemble fini d’éléments.

             + 1ère propriété: l’organisation de la structure doit changer avec le temps, elle doit se modifier.

             + 2ème propriété : il faut que le moteur des transformations soit interne à la structure, le moteurs = propriété des éléments.

             + 3ème propriété : il ne faut pas que les modifications sortent de la structure.
             + Définition complète de la structure : organisation mobile, autonome et fermée sur elle-même d’un ensemble fini d’éléments.

 

 

      - Sur cette animation on voit un ensemble d’éléments (cercles), certains de ces éléments sont connectés entre eux (par des traits).

      - Au niveau de chacun des éléments, on constate qu’ils peuvent être soit activés, soit non activés (activés = gris foncé, non activé = blanc).

      - On peut observer aussi qu’il y a des modifications permanentes de l’état global des activations.

      - Quelle est la cause de cette modification permanente ? → Des règles locales.

      - Après un zoom sur un élément de la structure global. On prend l’élément E (élément gris). On voit qu’il est connecté avec un certain nombre d’autres éléments. Exemples de règles simples locales :

             + Règle 1 : l’élément E va s’activer si le nombre d’éléments connectés activés est supérieur ou égal au nombre d’éléments connectés inactivés.

             + Règle 2 : l’élément E va se désactiver si le nombre d’éléments connectés activés est inférieur au nombre d’éléments connectés inactivés.

     - De retour au niveau global. Qu’est-ce qui entraine cette modification ? → L’ensemble des interactions réciproques et permanentes des éléments entre eux.

     - Le cerveau est une structure caractérisée par son auto-organisation.

 

Auto-connaissance cérébrale :

 

Le mouvement cognitif global est guidé par la trace de ses répétitions antérieures.

SOCRATE : « connais-toi toi-même », par cette phrase, il faisait l’apologie de l’auto-connaissance.

Auto-connaissance :

      - Il y a auto-connaissance, lorsque le sujet de la connaissance renvoie à lui-même.

      - Définition : situation au cours de laquelle le sujet et l’objet de la connaissance se confondent. Tableau d’Echo et Narcisse : on retrouve l’illustration de l’auto-connaissance :

      - Dans le reflet de Narcisse dans l’eau.

      - Dans le mouvement de l’eau de pluie qui ruisselle dans les ravines.

              + Supposons qu’il pleut au sommet de la montagne, l’eau de pluie va ruisseler sur les flancs de la montagne.

              + Lorsque la pluie cesse, le mouvement a laissé une trace : les ravines.

              + Supposons qu’il repleuve, le mouvement de l’eau repasse dans les ravines : le mouvement présent est donc guidé par la trace de ses répétitions passées.

              + En ce sens on peut dire que le mouvement « se connait lui-même ». On parlera d’auto-connaissance d’un mouvement quand la répétition présente d’un mouvement est guidée par la trace de ses répétitions passées. Le mouvement cognitif global est guidé par la trace de ses répétitions passées, c’est comme cela que s’établit la connaissance. Autrement dit le mouvement cognitif global « se connait lui-même », et en ce sens on peut parler d’auto-connaissance cérébrale.

Comment le mouvement cognitif global présent peut-être guidé par ses répétitions passées ? → Grâce au marquage synaptique (loi de HEBB → passage dans la synapse laisse une trace qu’on appelle le marquage synaptique). Illustration :

       - Les répétitions passées du mouvement cognitif global on créé un marquage synaptiques et ont creusé en quelque sorte des « ravines cérébrales ».

       - Cette trace est ce que EDELMAN appelle le noyau dynamique (= trace cérébrale laissée par les répétitions passée d’un mouvement cognitif global).

Comment s’établit l’auto-connaissance cérébrale ?

      - Par superposition entre le mouvement cognitif global présent (mouvement qui accompagne la répétition présente) (rouge et bleu sur l’animation) et le noyau dynamique (jaune sur l’animation).

 

b. Incorporation gestuelle de l’objet :

 

Mythe de Faust par Goethe → dans un passage du roman, Faust se pose la question de ce qu’il y avait au commencement ? : Le commencement était le verbe, réponse qui ne lui convient pas, idem pour la force, il accepte la réponse action.

Le geste est à la source de la connaissance. La fonction du geste est l’incorporation cérébrale de l’objet.

 

Transduction :

 

Nous sommes constitués et entourés de particules élémentaires et le choc entre ces particules créé des ondes électromagnétiques.
Chacune de ces ondes est caractérisée par sa fréquence.

Le spectre des ondes EM : ondes plus basses à gauche (ondes radio, etc.) et à droite les ondes les plus fortes (IR, ondes gamma, etc.). Le corps humain est sensible à deux bandes de fréquences :

      - Bande de basse fréquence entre 1 Hz et 20 Hz.

      - Bande de hautes fréquences 1013 Hz et 1015 Hz.

Les récepteurs sont :

      - Pour les basses fréquences : la peau et la clochée.

      - Pour les hautes fréquences : récepteurs rétiniens (sensibles à la lumière visible).

Transduction ? Il y a deux définitions possibles qui peuvent varier selon le cadre théorique. La première la définie comme : la traduction neuronale des vibrations du milieu externe par des récepteurs corporels. Dans le cadre de cette définition, on étudie la transduction à partir du contact corps/objet :

      - Contact main/objet tactile : ce contact va entrainer la transduction des propriétés de cet objet tactile, qui va entrainer, au niveau cérébrale, une transduction cutano-thalamo-pariétale.

      - Contact auditif, clochée/objet sonore : ce contact va entrainer la transduction des propriétés de l’objet sonore, qui va entrainer, au niveau cérébrale, une transduction cochléo-thalamo-temporale.

      - Contact rétine/objet visuel : ce contact va entrainer la transduction des propriétés de l’objet visuel, ce qui va entrainer, au niveau cérébrale, une transduction rétino-thalamo-occipitale. Etude de HUBEL et WIESEL sur le contact avec un corps « passif » sur chats anesthésiés, ce qui veut dire que l’étude s’est faite sans tenir compte des mouvements du corps. Cependant on peut faire une objection : en condition normales on ne reste pas passif en présence de l’objet, mais on agit sur lui.

LORENZ définissait l’objet comme « ce qui fait obstacle au déplacement vers l’avant ».

 

Intégration au mouvement cognitif global :

 

MERLEAU-PONTY disait que « le comportement est la cause première de toutes les stimulations ». On peut interpréter cela comme le fait que les transductions sont sélectionnées par l’imitation gestuelle de l’objet :

      - Imitation manuelle de l’objet tactile. Le geste est guidé par les propriétés de l’objet, en ce sens on peut dire que le geste imite l’objet tactile. Par conséquent le geste sélectionne une suite de transductions. Les transductions sont intégrées dans le mouvement cognitif global qui accompagne l’imitation manuelle de l’objet.

      - En contact avec l’objet sonore l’enfant répète. Son geste phonatoire va créer une suite de transductions. Au niveau cérébral, les transductions auditives sont intégrées dans le mouvement cognitif global, qui accompagne l’imitation phonatoire.

      - MERLEAU-PONTY disait que « l’œil est une main qui caresse à distance … ». Les déplacements du regard cueillent les transductions rétiniennes. Les transductions visuelles sont intégrées dans le mouvement cognitif global, qui accompagne l’imitation oculaire.

La deuxième définition de la transduction : traduction neuronale des vibrations du milieu externe par des récepteurs corporels, sélectionnée par l’imitation gestuelle de l’objet et intégrée dans le mouvement cognitif global.

 

c. Arguments expérimentaux :

 

Aveugles de naissance :

 

Expérience présentée par HEBB et réalisée par SENDEN en 1930.

Cette expérience s’effectue avec des personnes aveugles depuis la naissance. Ces personnes ont été opérées à l’âge adulte.

L’idée importante est qu’il s’agit de personnes qui vont découvrir la vue à l’âge adulte.

SENDNEN, après l’opération, présente des figures géométriques à ces personnes. L’idée est de voir à quoi ressemble la vue quand on la découvre.

 

SENDEN propose 3 tests :

        - Test 1 :

               + Il présente soit une figure géométrique soit un écran vide.

               + On observe le comportement de ces personnes.

               + Dans le cas où on présente une figure sur l’écran, on constate que les personnes déplacent leur regard sur l’écran et sont conscientes de la présence de quelque chose sur l’écran. Dans le cas où on présente un écran vide, ils sont conscients qu’il n’y a rien.

               + Des le lendemain de l’opération il y a une conscience de la présence visuelle.

       - Test 2 :

               + On présente simultanément deux figures géométriques.

               + On demande à la personne face à l’écran s’il observe une différence entre les deux formes. Dans la majorité des cas, les personnes ne font pas la différence entre les deux figures, et quelques cas disent qu’ils perçoivent une différence, mais elle est difficile à expliquer.

               + SENDEN pense qu’il y aurait un problème de traduction par le langage d’une perception correcte. Il place pour cela l’équivalent de l’image en 3D dans les mains des sujets. Ce n’est pas un problème de traduction par le langage de la perception car dans ce cas là les personnes peuvent donner oralement les différences entre les deux objets.

       - Test 3 :

               + D’abord on présente une figure simple à la personne et juste après on présente deux figures dont la précédente.

               + On demande au sujet de dire où est la forme présentée précédemment. Aucun patient n’arrive à reconnaitre la forme précédente, les sujets répondent au hasard.

               + La conclusion est que juste après l’opération il y a une conscience de la présence visuelle, mais il n’y a pas de reconnaissance des formes.

               + La reconnaissance des formes visuelles a nécessité un apprentissage pendant plusieurs semaines.

 

Il existe donc deux consciences perceptives :

        - Conscience de la présence visuelle.

        - Conscience de la forme visuelle qui n’est pas présente dès le lendemain de l’opération.

Le passage de la conscience de la présence visuelle à la conscience de la forme visuelle nécessite un apprentissage par répétition gestuelles.

Interprétation générale : la perception est de nature sensori-motrice, ce qui signifie que le geste transforme la présence en forme.

EDELMAN définie la perception comme une « catégorisation perceptivo-motrice ».

 

Décagone :

 

« Ceci n’est pas une pipe » de MAGRITTE.

 

Dans le modèle de KOSSLYN, l’image représente l’objet du monde (connexionnistes) et elle est manipulée comme un objet du monde. L’idée est que cette conception est fausse.

L’alternative à ce statut de l’image est donnée par PIAGET. Son idée est que l’image n’est pas un objet mental mais un projet comportemental. Il n’utilisait pas l’expression projet comportemental, mais « imitation d’une imitation ». Pour lui l’imitation est l’imitation intériorisée d’un geste, répétition mentale d’un geste du regard. Mais elle est aussi une imitation gestuelle de l’objet. Pour lui l’image est la répétition mentale d’une imitation de l’objet par le regard.

 

L’expérience se passe en deux temps :

       - Temps 1 :

             + Le sujet va répéter des parcours oculaires d’un décagone. On présente des décagones avec des cibles disposés sur le contour de la figure. Chaque cible contient un certain nombre de points.

             + Le sujet doit dire à haute voix combien chaque cible contient de points, en très peu de temps (4s).

             + Il y a deux groupes de sujets :

                     . Groupe contrôle : toutes les cibles sont dans les coins du décagone. On observe que le trajet oculaire est superposable à l’image.

                     . Groupe expérimental : on présente le même polygone, mais deux des cibles ne sont pas dans l’angle du polygone. Le trajet oculaire va couper la figure en deux endroits et donc il ne se superpose plus avec l’image, il est différent.

      - Temps 2 :

             + Après les répétitions du parcours oculaire sur la figure, on présente 4 figures en reconnaissance (chacune différente de l’autre par quelques segments).

             + Le sujet doit dire quelle est la figure qui lui a été présentée au cours du temps 1 de l’expérience. Dans ces 4 figures sont présentes la bonne réponse (celle du groupe contrôle), la figure du trajet oculaire du groupe expérimental et deux distracteurs.

             + Hypothèse opérationnelle : effet du trajet oculaire, les sujets devraient choisir un des 4 décagones en fonction de leur trajet oculaire.

 


 
             + Les résultats :

 

 

 

        - Conclusion : le groupe expérimental a confondu l’image avec celle de son trajet oculaire.

        - Interprétation :

                + Les sujets se sont livrés à une répétition mentale des déplacements du regard.

                + Cette répétition mentale a créé une image mentale.

                + Cette image mentale a guidé le choix des sujets.

 

Résumé :

       - Les sujets ont confondu la forme de l’image à l’écran avec leur trajet oculaire.

       - Les sujets ont donc confondu l’objet et le geste.

       - L’image mentale est un mélange de l’objet et du geste.

Ces résultats cadrent avec la définition de PIAGET qui dit que l’image mentale est la répétition mentale d’une imitation de l’objet par le regard.

 
Expérience visuelle vécue n’est pas déterminée par l’objet du monde. Elle est déterminée par l’activité oculomotrice sur l’objet du monde.

 

Substitution sensorielle :

 

Paul BACH Y RITA (1970).

Système de substitution visuo-tactile : mis au point pour aider les personnes aveugles à surmonter leur handicap.

 

 

Ce système est composé d’une caméra et d’une grille (20 x 20) de vibrateurs. La caméra va cadrer l’objet visuel. L’idée est de traduire l’objet visuel en vibrations réparties sur la grille. Quand les vibrateurs se situent sur une zone sombre, ils vibrent et quand il s’agit d’une zone claire, ils ne vibrent pas.

Si on plaque cette grille sur la peau, ces vibrations vont créer une image tactile qui conserve l’organisation topologique de l’image visuelle. Dans le cas où le système n’est pas portatif (image), la grille est fixée sur le dossier sur lequel s’appuie la personne utilisant le dispositif.

Ce dispositif peut être utilisé soit :

        - Avec une caméra fixe : on observe deux résultats principaux :

               + Capacité de discriminer, percevoir des formes différents. Mais cette capacité est limitée à des formes simples.

               + Elles sont perçues sur la peau.

        - Avec une caméra manipulée par le sujet : on observe deux résultats :

               + Capacité spectaculaire de reconnaissance des formes. Ex : distinction des visages.

               + Les formes sont perçues dans l’espace qui est devant eux puisqu’ils manipulent eux-mêmes la caméra.

Comparaison :

        - L’objet présent est « vécu » sur le corps.

        - L’objet agi est mieux perçu que l’objet présent.

        - L’objet agi est vécu dans l’espace.


Interprétation : pour William JAMES « toute conscience est motrice » (fin 19ème siècle). La conscience de l’objet est la conscience du geste sur l’objet.

 

Hémi-négligence :



 

Le cerveau qui énacte le monde.

 

2. Résumé général :

 

Psychologie cognitive est vivante, elle évolue.

Elle se décompose en différentes étapes : cybernétique (étape d’hésitation théorique), orthodoxie cognitiviste (assimilation du cerveau à un système d’ordinateur), connexionnisme (disparition du niveau symbolique) et l’énaction (disparition de la représentation mentale de l’objet, remplacée par le mouvement cognitif global).



29/06/2012
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