Cours de psychologie

Influence sociale et changement d'attitude - cours

Psychologie Sociale - Influence Sociale et Changement d’Attitudes 

 

 

I. Influence sociale. 

 

 

Rappels et mise à niveau : les grands paradigmes de l’influence sociale : 

 

On part toujours de l’expérimentation pour obtenir des données valides que l’on appelle paradigme avec toujours la même pratique et le même mouvement qui nous ramène vers la réalité.

La réalité est toujours plus compliquée que l’expérimentation. Le lien entre réalité et paradigme nécessite un pas à pas et non une application directe.

Paradigme : c’est construire quelque chose sur un mode expérimental et aller plus profondément dans un domaine particulier. C’est le modèle cadre, la structure, le squelette. Il va permettre de fabriquer des théories. Il y a toujours à la base d’un paradigme, un phénomène social qui pose question. Quand on veut mettre en place un paradigme, le premier mouvement va consister à monter un ensemble d’expérimentations. Ce mouvement est connecté sur un modèle social. On met en évidence des effets et on tente de les expliquer. Ensuite on va tester ces tentatives d’explication une par une en créant de nouvelles expérimentations et ainsi mettre en évidence de nouveaux effets. Un véritable paradigme est achevé quand une réalité est cernée dans sa globalité. En bref, le paradigme, c’est simplifier et décomposer pour avancer.

Un paradigme est complet lorsqu’on pense avoir totalement cerné une réalité dans sa généralité.

 

Construire un modèle/cadre dans lequel on va pouvoir caser tout un ensemble d’expériences qui ont pour vocation de faire le tour d’un problème.

  - Va permettre de fabriquer des théories.

  - Va et vient incessant entre les théories/questions/expériences.

 

1) Phénomène social → question(s).

2) Expérimentation(s) : mise en évidence d’effet (constat) + tentatives d’explication.

3) Nouvelle expérimentation(s) pour tester les explications antérieures, mettre en évidence de nouveaux effets…

 

Qu’est-ce que l’influence sociale ?  

 

On s’attaque à un ensemble de questions quand on parle d’influence.

Qui influence ? Quel est le type d’influence ? ... etc.

Comment et pourquoi les gens adoptent-ils des jugements, croyances, modes de raisonnement en rapport avec ceux d’autrui ?

Influence : c’est le mouvement qui amène des individus, qui sont des êtres sociaux, et des groupes, à fabriquer, maintenir, diffuser et modifier (faire évoluer) leur façon de penser et leur actes. Tout cela bien sûr lors d’interactions sociales directes, en face à face ou symboliques.

 

« Les phénomènes d’influence sociale concernant les processus par lesquels les individus et les groupes façonnent, maintiennent, diffusent et modifient leurs mode de pensée et d’action lors d’interactions sociales directes ou symboliques » (Mugny,  1995).

Ex : échange entre nous, échange entre un ensemble d’individus, ensemble entre des groupes.

Ou symboliques (se sont des expériences d’interactions sous forme directe, symbolique, vicariante).

  - On va regarder des changements qui découlent d’indices ou de groupes.

  - Ces changements se trouvent dans les pensées + action.

 

On intériorise au fur et à mesure de nos apprentissages : normes et valeurs (notre société nous donne des règles de fonctionnement : ce qui est mal contre ce qui est bien).

  - Démocratie, égalité : la société nous a appris à les juger de manière positive ;

  - Nous faisons toujours des choses en regard des normes et des valeurs que la société données (ex : sanctions).

 

Les situations d’influence sociale.  

 

On ne travaille que sur le principe et pas les entités ni les objets (les suppositions que l’on donne, possible que l’on prenne en compte les motivations des personnes ou des groupes).

 

Il y a deux entités (2 personnes) et un objet sur lequel va porter l’influence.

  - On prend cet objet (stimulus S), on le présente à une personne (A), qui va donner une réponse (RA).
               Stimulus (S) → Personne (A) → Réponse (RA)

  - On présente ce même stimulus S à une autre personne (B) et on obtient une réponse (RB).
               Stimulus (S) → Personne (B) → Réponse (RB)

Pour enclencher un processus d’influence, il est préférable d’avoir deux réponses différentes.

Réponse sous influence (A représente la source d’influence et B la cible d’influence) :

  - Stimulus S + RA → personne B = réponse RB’ (réponse sous influence).

On amène une personne à répondre différemment que si on lui avait présenté la situation de manière spontanée.

 

Pour obtenir cette réponse sous influence on va faire varier :

  - La nature du stimulus : physique/message, clair/obscur…

  - Les caractéristiques des personnes : individus/groupes/parfois des sociétés entières, des personnes expertes ou pas, des leaders…

  - La nature des réponses : privées/publiques, orales/écrites…

  - Les modes de communication : sujets qui se voient ou non, qui peuvent ou non discuter de ce qui se passe dans la situation.

  - Les relations entre les personnes : qui se connaissent ou pas, qui ont le même statut ou non…

  - Les relations des personnes avec l’objet ou le stimulus : stimulus connu ou pas, stimulus bien connu ou expertise par rapport au stimulus, stimulus qui intéresse la personne ou pas.

En fonctions de ces variations on va obtenir une influence différente.

 

1. La normalisation : 

 

Paradigme de normalisation : consiste à pousser les personnes à respecter une ou des normes sociales.

Une norme est socialement déterminée, elle est forcément partagée et acceptée, au moins théoriquement. On sait que l’on est quasiment obligé d’accepter les normes.

Les normes sociales sont donc des manières socialement déterminées, partagées et acceptées, de ressentir, percevoir, penser, juger et agir.

Au delà de la société, nos groupes d’appartenance nous proposons des normes et des valeurs, nous les partageons. Quand je respecte les normes et valeurs d’un groupe, je suis intégré.

Elles sont un facteur d’intégration mais une fois que ces normes sont acquises, elles sont intériorisées, on fait avec, elles vont de soi. A chaque fois  que quelque chose va venir les heurter, on les remet en question. Ces normes ne sont pas des vérités mais c’est arbitraire. Ces normes sont plus ou moins arbitraires et on a plus ou moins de marge de manœuvre vis-à-vis d’elles.

 

Shérif (psychologue sociale dans les années 30/40) : comment se construisent ces normes, dans ces contextes sans règle ? C’est lui qui est à l’origine du paradigme de socialisation.

 

a. Paradigme de normalisation - effet autocinétique (Shérif 1935-1936) : 

 

Questions de base qui tiennent à ce paradigme :

  - Comment des gens vont s’influencer les uns les autres, pour en arriver à ce qu’ils se mettent d’accord sur une représentation commune du stimulus (arriver à un consensus).

  - Comment se construisent une norme individuelle et une norme collective, relatives à un objet ambigu et non structuré ?

  - Comment interagissent normes individuelles et normes collectives ?

  

Expérience :

  - En laboratoire il reproduit l’effet autocinétique.

- Méthode :

          + Support effet autocinétique (point lumineux qui bouge) → dans une pièce obscure, on place un sujet, puis on projette sur un mur un point lumineux.

          + L’expérimentateur demande quelle est l’amplitude d’oscillation du point lumineux. Jugement de la longueur d’amplitude d’un mouvement lumineux, sans aucun point de repère (stimulus ambigu).

          + Chaque sujet répète 100 fois la même expérience à chaque séance (il y a 4 séances en tout).

 

 

 

  - Même si on est tous assujettis à ce phénomène, la façon dont le point lumineux oscille est personnelle à chaque individu.

  - On fait l’expérience aussi avec un individu seul (norme individuelle), dans ce cas là on peut observer la réponse individuelle, c’est la situation de control. Au bout des 100 essais, on observe comment les individus ont construit une norme.

  - Les groupes expérimentaux sont construits de la façon suivante :

             + Pour l’un d’entre eux : participation à une séance individuelle et trois séances collectives. On va observer comment ils se sont construits au cours de la première séance une norme individuelle, et comment ils l’utilisent par la suite.

             + Pour l’autre groupe : participation à trois séances collectives et une séance individuelle. On voit d’emblée comment se construit une norme collective, comment s’organise un partage social. On voit par la suite comment ils construisent la norme individuelle, et quelle est sa relation avec la norme collective déjà établie.

  - La condition collective se fait en présence de 3 ou 4 individus. Les uns après les autres ils donnent leur réponse sur le point lumineux.

  - Résultats :

            + La norme individuelle est créée à partir d’un point de référence et d’un écart de variation (une moyenne et un écart-type).

            + La norme collective est créée par la convergence des sujets vers un point de référence et un écart commun de variation.

            + Cette convergence est rapide lorsque le sujet n’a pas construit sa propre norme auparavant.

            + Dans le cas contraire, les sujets abandonnent leur norme individuelle au profit de la norme collective vers laquelle ils convergent progressivement.

            + C’est le résultat d’une influence réciproque :           

                      . La norme individuelle influence la norme collective : chacune des normes individuelles a un poids dans la production de la norme collective.

                      . Ce poids n’est pas réparti de façon homogène car la norme collective n’est pas la moyenne des normes individuelles.

                      . Construction de normes en situation ambigüe = processus de normalisation = influence réciproque.

            + Résultat groupe contrôle :

                      . Groupes contrôle (passation individuelle) : création d’une moyenne autour d’un écart de variation personnelle (moyenne autour d’un écart de variation personnelle).

 

 

 

                               - Très vite les sujets abandonnent leurs réponses individuelles et s’accordent aux autres réponses. Ils tendent vers une même réponse dès la première phase de séance  collective (2 sur le dessin).

                               - Norme individuelle (écart entre estimation se réduit au fil de la séance pour une valeur propre à chaque individu) puis disparition de l’estimation individuelle au profit d’une réponse collective (de plus en plus cohésive).

                  . G2 (de l’autre groupe expérimental) = passation collective puis individuelle.

 

 

 

                       - Construction très rapide d’une réponse collective (de plus en plus cohésive). Cette réponse demeure lors de la séance individuelle.

                       - Les individus se différencient, leurs réponses individuelles disparaissent au profit d’une réponse collective. En situation individuelle (4) ils maintiennent ce qu’ils ont construit collectivement.

 

Le résultat que Shérif a mis en évidence est une sorte d’influence réciproque. Les personnes s’influencent les unes les autres. C’est une construction de normes commune en situation ambiguë. C’est un processus de normalisation qui fonctionne par influence réciproque.

La norme commune n’apparaît pas comme la moyenne des normes individuelles. C’est bien une construction commune à laquelle chacun a participé. Cette norme correspond au poids de chacun.

 

Explication motivationnelle :

   - L’incertitude et la nécessité d’organiser un objet non structuré, pousse à chercher des critères propres à rétablir la certitude et obtenir la cohérence.

   - Quand on aboutit à une position commune, on pense qu’elle vaut mieux qu’une position individuelle. Le groupe est plus fort, plus établit sur des certitudes. L’incertitude pousse à aller à la norme commune pour trouver la certitude.

   - D’après Asch (1951), c’est ce qui nous pousse à donner une réponse collective commune (but : trouver une explication rationnelle commune). Rupture avec les interprétations en termes d’influence réciproque. C’est ce qui fait que chronologiquement Asch s’engage dans l’influence majoritaire.

 

b. Qu’est-ce qui fait le paradigme de normalisation ? 

 

Protocole :

  - Nature du stimulus ? Ambigu et de type perceptif (physique). S’il y a variation, il n’y a pas les mêmes résultats.

  - Caractéristiques des sujets ? Individus et groupes (répartis d’une certaine manière). S’il y a variation, il n’y a pas les mêmes résultats.

  - Nature des réponses au stimulus ? Orales et publiques mais il n’existe pas de réponse exacte. S’il y a variation, il n’y a pas les mêmes résultats.

  - Mode de communication entre les sujets ? Se voient mais n’ont pas le droit de discuter. S’il y a variation, il n’y a pas les mêmes résultats.

  - Relations entre les sujets ? Personnes de même statut par rapport au stimulus. S’il y a variation, il n’y a pas les mêmes résultats.

  - Relations des sujets au stimulus ? Pas de connaissance antérieure, sont intéressés ou non par lui mais pas d’enjeu dans la situation. S’il y a variation, il n’y a pas les mêmes résultats.

 

Résultats obtenus :

  - Qui agit sur qui ? Influence réciproque.

  - Comment ça se passe (VD théorique) ? Sorte de négociation, réduction de l’écart entre l’évaluation des individus.

  - Effet observé ? L’écart se réduit petit à petit et l’on arrive à la convergence entre les évaluations des individus.

Ces éléments vont permettre d’assurer des réponses correctes pour répondre au paradigme.

Ce paradigme ne marchera pas s’il y a des enjeux dans la situation.

On n’harmonise pas ses actes et ses pensées avec n’importe quel groupe.

 

C’est de cette façon que nous acquérons les normes de notre société.

Normalisation : processus par lequel les normes s’acquièrent.

La normalisation peut avoir des conséquences :

  - Les normes réduisent les différences interindividuelles (ex : dans l’armée les normes sont strictes, cela permet d’entraîner une certaine uniformité). Il y a donc cette réduction pour arriver à une réponse commune, on parle d’uniformité grâce à la disparition des points de vue divergents.

  - Elles entrainent une convergence des opinions et comportements et l’adhésion à un compromis.

Normes : système de concessions réciproques qui permet d’éviter les conflits et de diminuer l’incertitude.

  - Elles apportent ordre, stabilité et prédictibilité des rapports entre les personnes.

 

On doit retenir que la normalisation est le processus par lequel les normes s’acquièrent ; les normes sociales sont des manières socialement partagées de juger, sentir, démontrer… Elles peuvent être plus ou moins explicites, elles peuvent porter une marge de manœuvre ou être radicales. Si elles sont radicales, alors elles peuvent être accompagnées de sanction. Les normes sociales sont plus ou moins arbitraires (c’est-à-dire fondées sur des critères plus ou moins objectifs et pertinents) → normes collectives ou individuelles.

→ Donc les normes participent à diminuer l’incertitude et le conflit.

 

Explication gestaltiste : norme collective qui n’est pas nécessairement la moyenne des normes individuelles mais bien une construction commune, elle correspond au poids de chacun.

A partir du moment où les individus sont des pairs, les sujets vont élaborer collectivement une norme (ensemble). Ils vont s’influencer les uns des autres pour arriver une norme commune. Et ce, au détriment de leurs normes individuelles.

Allport : Ils se conforment par concession réciproque mais dans le seul but d’être similaire, de se fondre dans le groupe, d’être ensemble.

Moscovici : suggère que les réponses individuelles sont en conflit et que les sujets se mettraient d’accord sur la réponse pour réduire ce conflit. Le conflit conduit à un changement de réponse des sujets mais aussi à une modification de leur perception.

 

2. Le conformisme : 

 

Paradigme du conformisme : c’est la majorité qui tente d’imposer sa vision des choses à une minorité.

Conformisme : on se conforme aux autres, ça nous apporte un certain confort, il nous conduit à produire une réponse à laquelle on n’adhère pas.

Lorsqu’on a une opinion on la considère comme vraie et on aura tendance à pousser les autres à l’accepter et à la trouver juste, de la diffuser. Un groupe de personnes qui ont une même opinion d’une chose fera donc en sorte que des individus isolés à se joindre à eux. Il s’agit d’une majorité qui tente d’imposer sa vision des choses à une minorité.

 

Est-ce qu’un individu qui a objectivement raison et qui sait qu’il a raison, va quand même suivre l’avis d’un groupe unanime dont il sait qu’il a objectivement tort ?

L’on a un sujet en position minoritaire face à un groupe (une majorité). Cette majorité contredit une évidence. Est-ce que l’individu isolé va accepter les réponses fausses de cette majorité ?

Contrairement aux valeurs et aux normes, ici le sujet ne va pas intérioriser ces réponses.

Observé : effet de conformité de la minorité à la norme majoritaire.

 

a. Expériences et explications : 

 

Expérience (Asch) : 

  - Tache de perception visuelle : simple est sans ambigüités.

  - Une majorité qui à l’évidence formule une réponse erronée.

  - VD : nombre d’erreurs conforme à la majorité.

  - Tâche : estimation de la correspondance entre la ligne étalon à chacune des 3 lignes.

Procédure : situation collective (compères et sujet naïf), il y a 18 essais dont 12 critiques (la majorité donne délibérément la réponse erronée) :

  - Répartition des sujets ou variable indépendante : le sujet naïf répond à l’avant dernière place.

  - G1 (groupe contrôle) : évaluation individuelle pour 37 sujets.

  - G2 (groupe expérimental) : groupe composé d’un sujet naïf et d’un groupe de 6 à 8 compères (au total : 50 sujets naïfs).

 

 

 

Résultats :

  - G1 : taux d’erreur = 5% (sujets se trompent au moins une fois = 5,4%).

  -  G2 : taux d’erreur = 33%. Donc 4 x 12 essais critiques = 74% des sujets se trompent au moins une fois.

 

Explication motivationnelle :

On pense que la réponse faite par le sujet est motivée par un but à atteindre = résoudre le désaccord sur le mode relationnel de la complaisance :

  - Afin d’éviter le conflit et le rejet.

  - Parce qu’il n’y a pas d’adhésion à l’erreur.

  - Le conformisme est alors public, manifeste et superficiel = effet d’influence de surface.

 

Effet de la dépendance normative (Deutsch et Gérard, 1955) :  

  - Conflit aigu entre 2 visions : celle de la majorité (fausse) et celle de l’évidence perceptive → doute de soi ? Conflit insoluble, on sait qu’on a raison. Conflit avec soi-même.

  - On choisit la vision de la majorité pour rétablir une relation positive avec la majorité, donc pour cesser d’être déviant → que vont-ils penser de moi ? Ils me jugent mal.

  - On préfère trahir l’évidence mais garder l’estime du groupe.

 

b. Formes de l’influence majoritaire (Kelman, 1958) : 

 

L’influence n’est pas le résultat d’une autorité. L’influence majoritaire donne lieu au conformisme.

Le conformisme est une des modalités de l’influence sociale et se manifeste par le fait qu’un individu ou sous groupe modifie ses comportements, ses attitudes, ses opinions, pour les mettre en accord avec ce qu’il perçoit être les comportements, les attitudes, les opinions d’un groupe majoritaire.

 

Il y a trois formes d’influence majoritaire :

  - Le suivisme : c’est celle qu’Asch a mis en évidence, Kelman l’a appelé ainsi. C’est centré sur la relation sociale :

           + Conformisme utilitaire : refus du rejet, du conflit, besoin d’être accepté.

           + Cette forme de conformisme apparait notamment lorsque la relation d’influence est foncée sur des relations de pouvoir dans lesquelles celui qui cherche à influencer est celui qui a les pouvoirs.

  - L’identification : attractivité de la source, relation valorisante au groupe. Le groupe est en quelque sorte un modèle.

           + Centrée ou due à l’attractivité du groupe.

           + Recherche de maintient ou d’élaboration de relation avec le groupe attractif, « visible », etc.

  - L’intériorisation : c’est l’adhésion véritable car il y a une correspondance des valeurs avec celles du modèle. Donc consistance entre les valeurs de la source et celles de la cible.

           + On est à la limite du conformisme.

           + Intégration des valeurs – adhésion, on souhaite s’intégrer, s’approprier les valeurs qui sont celles du groupe majoritaire.

           + Nécessite une haute crédibilité.

L’intériorisation est un processus très fort, notamment pour les groupements sectaires (conformisme très solide/costaud).

 

Qu’est-ce qu’une bonne majorité (caractéristiques d’une source d’influence majoritaire) ?

  - Ce qui compte pour parler de majorité, c’est la force de cette source (supériorité numérique, expertise, estime).

  - Ce qui compte pour parler de conformisme, c’est l’absence de support social pour la minorité.

 

c. Qu’est-ce qui fait le paradigme de conformisme ? 

 

Protocole :

  - Nature du stimulus ? Non ambigu, de type perceptif.

  - Caractéristiques des sujets ? Un individu naïf (Asch est allé jusqu’à deux) confronté à un groupe de compères.

  - Natures des réponses au stimulus ? Réponses orales et publiques, mais il existe une réponse exacte.

  - Mode de communication entre les sujets ? Les sujets se voient mais ne discutent pas. Le sujet naïf a connaissance du jugement des autres avant d’émettre le sien (la plupart du temps on le met en avant dernière position).

  - Relations entre les sujets ? Divergences et déséquilibre numérique dans les relations entre les sujets.

  - Relations des sujets par rapport au stimulus : connaissance et pratique antérieure, existence d’enjeux dans la situation.

 

Résultats obtenus :

  - Qui agit sur qui ? La majorité sur la minorité.

  - Comment ça se passe (VD théorique) ? L’écart majorité/minorité se réduit car la majorité induit une pensée convergente. Les autres convergent donc petit à petit vers la majorité.

  - Effet observé ? L’effet de conformisme observé est immédiat, manifeste mais superficiel. Elle n’est pas cachée, pas déniée, les réponses sont orales, publiques, à haute voix. Les réponses se font directement après que la source majoritaire ait fait son « effet ».

 

Et les minorités actives ?

  - C’est l’innovation.

 

3. L’innovation : 

 

Paradigme de l’innovation : une source non dominante (a priori peu attractive, peu crédible, numériquement faible), lorsqu’elle défend un point de vue déviant (différent), peut exercer une influence. Minorité qui a un impact sur la majorité.

Minorité : source non dominante (peu attractive, peu crédible, numériquement faible, etc.) lorsqu’elle défend un point de vue déviant, peut exercer une influence.

Innovation : influence qu’a un individu ou une minorité de personnes sur une majorité. Contrairement au conformisme, c’est la minorité qui réussit à imposer son point de vue. Ceci engendre des comportements nouveaux ou modifie ceux qui étaient déjà en place. Afin de se faire entendre, la minorité doit passer outre la « déviance » qui lui est prêtée pour son refus de se conformer aux normes et de suivre la majorité[]. Même si la minorité ne rassemble pas de nouveaux partisans, elle permet de casser l’avis majoritaire et de laisser les membres du groupe exprimer un avis qu’ils n’auraient peut-être pas osé avancer avant cela.

 

a. L’innovation (Moscovici, Lage et Naffrechoux, 1969-1971) : Le paradigme bleu/vert : 

 

Objectif : explorer la nature des mécanismes mis en œuvre dans l’influence minoritaire (par rapport à l’influence majoritaire).

1er défi : montrer qu’il existe bien une influence minoritaire.

  - Sous l’influence d’une minorité, les sujets vont-ils conserver leur point de vue et donner la réponse qui correspond à ce qu’ils voient eux, ou bien vont-ils modifier leur jugement perceptif ?

  - Quels sont les mécanismes déclenchés pour qu’il y ait influence d’une minorité ?

2ème défi : si cette influence existe bien.

  - Quels sont les mécanismes mis en œuvre lors d’une influence minoritaire ?

 

Caractéristique de la minorité :

  - Le conflit est provoqué par une minorité consistante et consensuelle qui émet des jugements différents des attentes, de la majorité.

  - L’objectivité des jugements est exigée implicitement.

  - Réponses mutuellement exclusives entre la majorité et la minorité → la réponse de l’un exclu la réponse de l’autre, pas de compromis possible.

 

Paradigme Bleu/Vert :

  - Trois avantages au phénomène perceptif de couleur :

            + Norme cognitive sur lesquelles il y a un consensus élevé et stable.

            + Jugement perceptif caractérisé par une constante et une pérennité d’existence à travers l’espace et le temps.

            + Le changement perceptif d’une couleur apporte une validité plus forte qu’un changement de couleur.

  - Procédure :

            + Pré-test : test de POLACK (perception correcte).

            + Utilisation d’un phénomène perceptif de couleur (Matériel expérimental) : 36 diapositives bleues.

  - Répartition des sujets (VI) :

            + Groupe contrôle : passation individuelle, sans l’influence de qui que ce soit.

            + Groupes expérimentaux : 4 sujets naïfs et 2 compères répondant systématiquement « vert ». Mais :

                     . Soit placés en 1ère et 2ème position.

                     . Soit placés en 1ère et 4ème position.

            + Phases de l’expérience :

                     . Sur une plage de couleurs qui va du vert au bleu, pile au milieu se présente le bascule entre le bleu et le vert (tout autant de bleu d’un coté que de vert de l’autre).

                     . Valeur médiane entre vert et bleu → autant de réponses « bleues » que « vertes ».

            + Trois types de mesures :

                     . Mesure verbale :

                                - Exprimer la couleur de la diapositive.

                                - Exprimer la luminosité sur des échelles en 5 points.

                     . Mesure post-expérimentale : discrimination sur la dimension vert-bleu → valeur médiane = autant de réponses « bleues » que « vertes ».

                     . Mesures sur les réponses critiques, c’est-à-dire sur les diapositives bleues pour lesquelles les compères ont répondu vert plutôt que bleu.

 

 

 

           + Résultat :

                     . Réponses erronées « vert » :

                                  - Groupe contrôle : 4.5% de réponses fausses.

                                  - Groupes expérimentaux : 8,42 % de réponses fausses (vert).

                     . Total d’individu répondant au moins une fois vert (plutôt que bleu) : 32% (sur 128 sujets).

                     . Deux types de groupes (nombre influencé : 0 ou 57%).

          + Phase post-expérimentale : les personnes doivent individuellement dire où se trouve le basculement de couleur :

                     . Groupe contrôle : 47,39% se situent au milieu à peu prés de la plage de couleur.

                     . Groupe expérimental : 48,03% situent le basculement un peu plus à droite que le milieu → ils voient le vert plus loin que le groupe contrôle.

          + Conclusions :

                     . La présence d’une minorité déviante influence peu la réponse manifeste et immédiate → il faut que la minorité ne soit pas présente pour que son influence se manifeste dans la majorité : on n’a pas intérêt à faire savoir qu’on est d’accord avec une minorité, c’est dévalorisant.

                     . En revanche la minorité entraine des modifications en profondeur (code des couleurs en phase post-expérimentale).

                     . Influence minoritaire = influence latente et à long terme.

                     . C’est plus le style de comportement que la pression sociale qui est source d’influence → la minorité doit toujours garder le même style de comportement.

 

Discussion – double dimension du conflit → Pourquoi la minorité quantitative a-t-elle une influence :

  - Un conflit d’ordre social (blocage relationnel) :

           + Publiquement il est difficile d’adhérer à une source minoritaire, une minorité qui est déviante, qui s’oppose à l’opinion de la majorité qui domine.

           + Il est aussi très difficile de s’identifier à une source minoritaire généralement dévalorisée.

  - Un conflit d’ordre cognitif (blocage si la minorité est consistante) :

           + Si minorité sans compromis, alors : pas d’imitation mais résistance → centration sur le problème.

           + C’est cette démarche de validation, de reconsidération qui va rendre possible d’éventuels changements perceptifs.

                      . Facteurs facilitateurs de l’influence minoritaire :

                                   - La consistance synchronique : définie par l’unanimité des réponses données par les membres de la minorité = consensus qu’il y a autour de l’influence minoritaire, plus ce consensus est important plus l’influence minoritaire aura des chances d’aboutir.

                                   - La consistance diachronique : définie par le maintien dans le temps et l’espace des réponses des membres de la minorité.

                     . D’où tout intérêt d’obtenir des changements sur la perception des couleurs.

 

b. Qu’est-ce qui fait le paradigme de l’innovation ? 

 

Protocole :

  - Nature du stimulus ? Non ambigüe et de type perceptif. L’évidence objective est en faveur de la majorité. Jugement de couleurs.

  - Caractéristique des sujets ? Individus (contrôle) et groupes composés de sujets naïfs et de compères. Les divergences initiales divisent le groupe en minorité (un ou plusieurs déviants) et la majorité.

  - Nature des réponses au stimulus ? Orales et publiques, il y a une réponse exacte.

  - Mode de communication entre sujets ? Se voient mais ne discutent pas. Connaissance par les sujets de la majorité du jugement minoritaire avant qu’ils n’expriment le leur.

  - Relations entre les sujets ? Certains individus participent d’un jugement minoritaire qui n’est pas modifiable (compères dont les réponses sont programmées), d’autres participent d’un jugement majoritaire.

  - Relations des sujets au stimules ? Connaissances antérieures, existence d’enjeux dans la situation.

  - Variable dépendante ? Subjectif à partir de points de vue divergents.

  - L’effet principal ? → Ou conversion, un effet latent.

  - Quel type d’influence ? Unilatérale de pairs non équivalents. Influence minoritaire.

  - Des différences : la source d’influence peut donc avoir différents « visages ».

 

Les résultats obtenus :

  - Qui agit sur qui ? Influence minoritaire : la minorité sur la majorité.

  - Comment ca se passe (VD théorique) ? Réduction de l’écart à la minorité = diminution des écarts des points de vues divergents en faveur de celui de la minorité.

  - Effet observé ? Changement latent et en profondeur : innovation ou conversion (= la personne change complètement d’avis, on ne se conforme pas, on se convertit complètement à un point de vue).

 

Effet d’entraînement : (ex du film la vague) :

  - Le pouvoir par la discipline : on instaure des règles.

  - Le pouvoir par la communauté : faire agir en collectivité (un nom + un logo).

  - Identifier un ennemi commun.

  - Le pouvoir par l’action : ramener des adhérents et se faire connaître.

La majorité des élèves a adhéré par conformisme à ce groupe, ensuite ils sont quand même resté conforme au groupe, car ils ont trouvé des éléments constitutifs dont le groupe et pour eux-mêmes, conformisme durable : transformation dans laquelle on trouve son compte (ex : les sectes extrêmes).

Il y avait des minorités, qui n’ont pas adhéré au groupe ou alors exclus.

 

Ex aux Etats-Unis (2007) : Contexte de campagne présidentielle (Sortant : Clinton – Bush) ; Expérience sur une quarantaine d’étudiants.

  - On mesure leur préférence politique (en termes d’individus : « Préférez-vous Clinton ou Bush ? »).

  - Compères : joyeux à chaque fois que Clinton parlait et huaient les propos de Bush (et inversement).

Résultats :

  - Influence importante sur les intentions de vote et sur les déclarations post-votes ;

  - Conditionnement relativement rapide (le temps d’une expérience) en lien avec la réalité.

Il a été observé (recherches interculturelles) que l’affection ou le respect qu’on a pour un groupe qui détermine des opinions politiques.

Par exemple, on présente deux textes portant sur l’aide sociale.

  - Le 1er texte, qui correspond au groupe préféré, se montre égoïste, hyper-rigide et prône la débrouille de chacun pour soi.

  - 2ème texte : très social, pour l’aide, altruiste. Profil inverse.

Généralement, quelle que soit la nature du texte, on a tendance à préférer le texte de son parti quel qu’il soit.

Conclusion : La conformisation au groupe peut prendre le pas sur les idées.

 

Le terme d’innovation n’est pas positif ou négatif. Chaque jour on est confronté aux influences minoritaires et majoritaires.

→ Effet d’innovation ou de conversion, un effet latent et changement en profondeur. Recherches plus récentes. On a à faire à une situation évidente, réponse connue, non ambiguë.

Jugement dichomatique, fait de points de vue divergents en faveur de la majorité. L’effet principal observé est la réduction de l’écart entre la position de la minorité et de la majorité, tel que c’est la majorité qui modifie sa position vers la minorité.



07/04/2013
0 Poster un commentaire

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 1516 autres membres