Cours de psychologie

Genèse des Concepts Freudiens

Genèse des Concepts Freudiens

 

 

Lecture obligatoire : La technique psychanalytique, de Freud.

 

Il s'agit d'un recueil de textes élaboré par Daniel Lagache. Il a choisi de réunir des textes qui sont datés de 1904 à 1919. Il s'agit du moment où Freud élabore la méthode psychanalytique, où il s'interroge sur ce qui fonctionne dans cette technique.

- 1904 correspond au moment où Freud se débarrasse de l'hypnose et élabore la psychanalyse.

- 1919 est le moment juste avant l'élaboration de la seconde topique (Moi - Ca - Surmoi) et l'introduction de la pulsion de mort de 1920.

Freud essaye d'exposer comment il pense que la cure fonctionne. Pour cela, dans La méthode psychanalytique, il explique comment il a été conduit à mettre en place la méthode qui est la sienne en 1904.

 

 

I. Naissance de la psychanalyse.

 

 

1. Livre « La méthode psychanalytique », de Freud :

 

Pour Freud, la psychanalyse est un travail sur le transfert.

Le terme de psychanalyse apparait sous la plume de Freud en 1896. C'est à ce moment là qu’il invente le terme de psycho-analyse.

Cependant dans ce texte, l'acte de naissance de la psychanalyse se rend compte dans « Les études sur l'hystérie » de Freud & Breuer.

A la fin du XIXème siècle, deux courants essayent de penser les maladies mentales, deux thèses s'opposent :

- Thèse organiciste : les symptômes développés par l'hystérique ont un substrat neurologique. Doctrine qui se référait à un support organique pour analyser les fonctions mentales et leurs troubles.

- Thèse psychogénétique : l'hystérie est un symptôme créé. Doctrine pour laquelle l'origine des maladies est purement psychique.

Cette dernière va s'imposer petit à petit grâce à deux arguments :

- Les symptômes s'organisent en fonction de divisions du corps qui sont fantasmatiques. Il ne s'agit pas d'un corps anatomique mais d'un corps fantasmatique.

- Les symptômes sont réversibles. Cela a été mis en évidence par Charcot qui pouvait faire disparaitre les symptômes des hystériques sous hypnose. Il n'y a donc pas de substrat organique dans ces symptômes.

 

Lorsque Freud rencontre Breuer, après avoir pris connaissance des travaux de Charcot, Breuer raconte l'histoire d'Anna O (une de ses patientes) : il lui demandait de raconter, sous hypnose, les conditions d'apparition de son symptôme.

Breuer va transformer l'hypnose en méthode analytique : si on hypnotise la patiente et qu'on lui demande de se rappeler de la condition d'apparition du symptôme, lorsque la patiente retrouve les coordonnées de l'apparition du symptôme, celui-ci disparait. Il va nommer cette méthode la méthode cathartique il ne s'agit plus d'hypnose et pas encore de psychanalyse.

Méthode cathartique : vient du grec qui renvoie à l'idée de purgation, de libération. Méthode qui consiste à faire tomber les barrières psychologiques du patient par hypnose pour réveiller les souvenirs traumatiques enfouis, à l'origine de troubles, générant ainsi une décharge émotionnelle à valeur libératrice. Cette méthode comprend trois étapes : 1. la première étape consiste à hypnotiser le malade hystérique ; 2. une fois hypnotisé, le médecin lui pose des questions afin que celui-ci puisse revivre affectivement des événements douloureux traumatiques ; 3. une fois cette expérience terminée, le médecin réveille le patient et lui ordonne de se rappeler tout ce qu'il a dit pendant la transe. Une fois réveillé, le patient se souvient de tout ce qu'il a dit pendant la transe et les symptômes hystériques ont disparu.

Attention, on peut aussi rencontrer des hallucinations dans l'hypnose.

 

Dans une situation traumatique, il y aurait un affect qui n'a pas pu être évacué. L'idée est qu'en retrouvant la situation qui a provoqué la création du symptôme, cet affect qui a été bloqué/arrêté pourrait à nouveau s'écouler. A partir de là le symptôme pourrait disparaitre. C'est ce que Freud et Breuer vont nommer l'abréaction : réaction émotive par laquelle le malade se libère, par des gestes ou des mots, de tendances refoulées dans le subconscient ou d'obsessions résultant d'un choc affectif ancien.

Ce n'est pas un seul évènement qui va donner suite à un traumatisme, mais tout un ensemble d'évènements. Le patient va donc être poussé à abandonner cette causalité terme à terme, cette simplicité d'un évènement unique.

 

a. Extrait 1 :

 

Ici, le symptôme est le fait que sa patiente crie le nom de sa fille alors qu'elle est sous hypnose. Freud lui demande, toujours sous hypnose, quel est le sens de ce symptôme. Sa patiente lui répond qu'elle a crié le nom de sa fille pour s'arracher à une angoisse terrible qui l'a prise à ce moment là. Comme le symptôme a perduré, il a perdu son origine et son sens.

Freud prend un symptôme (le fait que sa patiente pouvait crier le prénom de sa fille sans raison) qu'il demande à la patiente d'expliquer sous hypnose.

A partir de cette technique, Freud va s'attacher au fait de retrouver le sens de chaque symptôme de sa patiente. Au fur et à mesure de ce travail, Freud a réussi à guérir ses patientes. Les résultats sont présentés de manière idyllique par ses auteurs.

 

Freud et Breuer vont mettre en place la méthode qui va précéder la psychanalyse et qui permettra à Freud de comprendre que le symptôme a un sens. Cela nous parait banal de nos jours, mais au moment où Freud l'énonce, il s'agit de quelque chose de révolutionnaire. Pour Freud le symptôme a une place dans la dynamique psychique du sujet, et au delà il a un sens. Lorsqu'on a réussi à déchiffrer ce sens, le symptôme disparaît.

Freud découvre qu'il y a un savoir chez le patient dont il n'a pas connaissance. Il s'agit d'un savoir insu, c’est le savoir de l’inconscient. Le sujet n’est pas sans savoir, il ne sait pas tout mais il ne sait pas rien. C’est celui qui l’affecte comme formations de l’inconscient (rêves, lapsus, actes manqués et surtout symptômes).

C'est à ce niveau là que Freud définit l'inconscient. Cependant sous certaines conditions on peut avoir accès à ce savoir (l'une d'entre elles est l'hypnose).

 

b. Extrait 2 :

 

Ici, le but de la cure est de ramener le patient au moment de la création du symptôme. Une fois retrouvées ses coordonnées, on fait en sorte que le symptôme n'ait plus raison d'être.

 

c. Extrait 3 :

 

Les manifestations émotives intentes sont quelque chose de tout à fait important. L'abréaction dont parle Freud s'accompagne, la plus part du temps, de cris. C'est quelque chose d'extrêmement important.

 

d. Extrait 4 :

 

C'est la première fois qu'apparaît le terme de conversion.

En 1915, dans Pulsions et destin des pulsions Freud va s'interroger sur le devenir des pulsions. Il pense qu'elle ne peut pas atteindre le psychisme toute seule. Rentrent en jeu le signifiant et l'affect.

L'affect connait plusieurs destins : il pourra être soit réprimé, soit déplacé, soit converti.

C'est la première interprétation de Freud du symptôme hystérique : l'affect qui n'a pas pu être élaboré va rester bloqué dans le corps et va se transformer en symptôme.

 

e. Extrait 5 :

 

Freud perçoit très vite qu'on ne peut pas avoir une sorte de lecture simpliste du symptôme, il ne s'agit pas de quelque chose d'univoque, mais il s'agit de quelque chose de plurivoque.

Ce qui valide une interprétation selon Freud est lorsque un nouveau type de matériel apparait.

Ex de cas clinique : il y a quelques années, un patient consultait pour des crises d'apnée. C'état un jeune homme brillant, avec une position sociale assez important. Quand il parlait, soudainement, il s'arrêtait de respirer. Au bout de quelques semaines, il apporte un rêve dont il est très fier. Il l'avait interprété et pensait connaitre le sens de son rêve : il avait rêvé qu'il était sur le divan, qu'il avait vu la mort derrière le psychanalyste, et qu'il avait mimé la mort pour ne pas être pris par elle. Il pense que ses crises d'apnée viennent de là et que puisqu'il a compris d'où vient son symptôme, il s'arrêtera. Au bout de quelques minutes, il fait une nouvelle crise d'apnée. Une semaine plus tard, le patient revient. Cette fois il dit avoir rêvé de son frère mort « à peine né ». Le clinicien interprète ce rêve de la sorte : à peine né = apnée. Il revient la semaine suivante en disant que des souvenirs lui sont revenus : quand il était petit, il prenait le bain avec sa mère et il avait inventé le jeu de la baleine (il plongeait en apnée pour aller voir le sexe de sa mère). Il avait inventé ce jeu au moment où son frère était né. Ce n'est pas vraiment une interprétation, mais plutôt une multiplicité de sens.

 

En 1904, Freud a conscience que le symptôme est très complexe, qu’il s'organise en couches.

 

f. Extrait 6 :

 

Dans la méthode cathartique, on parle d'hypnose exploratrice, le but étant de permettre au malade de reconstruire lui-même son passé mais avec un thérapeute qui ne serait que le spectateur de cette activité

Contrairement à la méthode hypnotique qui était plus stricte. Il s'agissait d'un ordre que le médecin donnait au patient et qui fonctionnait plus ou moins bien. Avec cette nouvelle méthode on est dans la recherche du sens, dans la technique de l'exploration.

Selon Freud, ce n'est plus un ordre, mais une fois qu'on a réussi à remonter la chaine, le symptôme disparait de lui-même. Le but n'est pas d'éradiquer le symptôme mais de réfléchir à la place qu'il peut avoir dans la dynamique subjective, pour qu'une fois que cette dynamique est modifiée, le symptôme n'a plus raison d'être.

 

g. Extrait 7 :

 

Dans cette période apparait le Sitting Analytique, l'apparition du divan analytique. Freud va se décaler de la position jusqu'a présent adoptée en psychanalyse (celle du face à face), de sorte à ne plus être en face du patient. Il va bien sûr y avoir une incidence analytique. Freud évite aussi de toucher ses patients. Freud veut se détacher de tout ce qui relève de la subjectivité.

 

h. Extrait 8 :

 

Comment se fait-il que Freud ait abandonné l'hypnose, qui était une méthode d'après lui très efficace ?

Il manque le travail de subjectivation. Quand il se souvient en état d'hypnose le patient est absent. Lorsqu'on le lui rend au moment où il sort de l'hypnose, l'effet n'est pas celui recherché.

 

Si on abandonne l'hypnose, qu'est-ce qui peut être mis en place pour retrouver ce matériel inconscient ?

Bernheim va montrer que les patients sont capables, après l'hypnose, de retrouver ce qui a été découvert lors du sommeil hypnotique. Freud pense alors qu'il doit y avoir la possibilité de court-circuiter l'hypnose et retrouver ce matériel inconscient.

 

i. Extrait 9 :

 

Les associations d'idées sont toutes sauf fortuites. C'est à partir de là que va apparaitre le déterminisme psychique : une idée, aussi saugrenue soit-elle, lorsqu'elle apparait dans le champ de la conscience, à avoir avec ce qui s'y trouve déjà. Ce qui exclut toute forme de hasard et de non-sens. Il s'agit donc de trouver comment ces idées peuvent être considérées comme des rejetons de l'inconscient.

Quand le patient contrevient à la règle fondamentale, qu'il cache un certain nombre de choses, cela relève de la résistance : le patient met en place des mécanismes qui visent à ne pas avoir accès à ce matériel inconscient. S’oppose au retour dans le conscient de pensées inconscientes qui pourraient participer à la guérison du patient.

Petit à petit Freud va être amené à faire l'hypothèse que le symptôme est une modalité particulière de la jouissance. Ce n'est donc pas toujours  facile d'accepter de se débarrasser d'un symptôme. A partir de là Freud va mettre en place la résistance, qui est une réaction psychique négative. Ces mécanismes vont amener Freud, en 1920, à faire l'hypothèse de la pulsion de mort, située au-delà du principe de plaisir. Freud fait l'hypothèse que l'activité psychique est essentiellement soumise au principe de plaisir : on essaye d'aller vers le plaisir et d'éviter le déplaisir.

Dans l'impossibilité de se détacher du symptôme, Freud anticipe la pulsion de mort qu'il développera par la suite.

 

L'amnésie est une conséquence du refoulement. Ce dernier intervient pour éviter une sensation de déplaisir.

Freud est entrain de mettre en place l'économie psychique : équilibre personnel et unique globale du sujet, prenant en compte l’aspect quantitatif des forces en présence : l’intensité de l’énergie pulsionnel, l’intensité des mécanismes défensifs et des contrinvestissements, la quantité d’énergie mobilisée par le conflit. Le refoulement est une sorte de couvert qui maintient le refoulé actif et qui se manifeste au travers de la résistance. La résistance est donc l'expression de la présence d'un refoulement.

En se détachant de la méthode cathartique, Freud va s'intéresser aux déformations. Il va continuer par un travail sur les rebuts, les restes et les détails.

 

j. Extraits 10 et 11 :

 

En 1904, Freud a déjà publié L'interprétation des rêves. Pour lui le rêve est la réalisation hallucinatoire d'un désir.

Pendant la journée le rêveur a été confronté à une situation qui l'a sidéré, à laquelle il n'a pas trouvé de réponse. Pendant le rêve il y aurait la tentative de répondre à cet état de sidération. Si le rêve est la réalisation hallucinatoire d'un désir, ce désir ne peut advenir à la conscience, même dans le rêve, sous une forme non déguisée. La censure se situe entre l'inconscient et le travail du rêve. Elle va travailler à partir de deux mécanismes qui sont le déplacement (on prend un personnage et on va le situer dans un autre contexte pour qu'on ne le reconnaisse pas) et la condensation (on prend plusieurs traits pour en faire un seul personnage).

Tout le travail de l'interprétation du rêve consiste à déployer ces éléments pour retrouver derrière les déplacements et les condensations les éléments recherchés.

 

2. Livre « La psychopathologie de la vie quotidienne », de Freud :

 

En 1904, Freud écrit La psychopathologie de la vie quotidienne. Dans cet ouvrage, il s'intéresse aux oublis et notamment aux lapsus. Il montre que ce que jusqu'à présent était considéré comme insensé cache en fait un sens inconscient.

 

a. Extraits 11 et 12 :

  

Plus considérable est la résistance et plus importante est le refoulement.

 

Freud distingue de façon assez rapide, deux types de silence : un silence d'élaboration et un silence de sidération. Ce dernier est un silence lié à des pensées transférentielles. Freud dit que dans ces moments là il suffit de dire au patient « vous êtes en train de penser à moi » et le patient recommence à parler. Ce type de silence est important dans la clinique. Lorsqu’un patient reste en silence c’est qu’il est envahi par des notions de transfert.

 

b. Extrait 13 :

  

L'hypnose est une méthode de travail facile, cependant, puisqu'elle lève les résistances, il n'est plus possible de repérer les forces en présence et de voir le travail qui s'opère dessus. Le travail analytique est le travail sur la résistance, il consiste à trouver la résistance et à la travailler.

Il dit : « L'hypnose ne détruit pas les résistances et ne fournit ainsi que des renseignements incomplets et des succès passagers ». Ainsi, pour avoir accès à la dynamique psychique du patient, pour Freud il s'agit de se confronter à la question de la résistance.

 

c. Extrait 14 :

 

Le but de l'analyse est de lever l'amnésie infantile.

 

« Quand toutes les lacunes de la mémoire ont été comblés, toutes les mystérieuses réactions du psychisme expliquées, la continuation comme la récidive d'une névrose deviennent impossibles. »

Au début, tôt en 1904, Freud pense que rien ne lui existera. Il va s'apercevoir qu'il existe un trou même dans son propre inconscient : c'est ce qu'il va nommer refoulement originel, la formation de l’inconscient. Ce dernier, auquel aucun sujet n'a jamais accès, Freud l'avait pressenti en 1900, dans L'interprétation des rêves : au moment où il dit qu'on peut passer des heures et des heures à interpréter les rêves, il arrive un moment où on va butter sur un instant, ou ne peut pas aller au-delà. Cet au-delà c'est l'ombilic du rêve : le refoulement originel.

 

On a en plus une interprétation de ce que peut être le travail de la psychanalyse : rendre l'inconscient conscient. C'est quelque chose qui ne pourra pas être possible dans la réalité. A la fin de sa vie (1938), Freud renonce à l'idée de l'interprétation et va proposer celle de la construction : on comble les lacunes d'un sujet à partir d'une construction, qui est en fait une fiction qui aura des effets dans le réel pour le patient.

 

Le Moi doit remplacer le Ca : l'inconscient doit devenir conscient, le conscient doit remplacer l'inconscient, là où il y a du Ca le Moi doit le remplacer.

Lacan propose la traduction suivante : « là où c'était, je dois advenir ». Sa traduction est plus proche de la phrase allemande.

 

 

II. Les concepts freudiens.

 

 

1. Entretien et psychanalyse : Sigmund Freud et la technique psychanalytique :

  

Freud essaye de présenter ce qu'il en est de la spécifique de la méthode analytique. Ce texte permet de repérer de façon précise ce qui pour lui en 1905, sont les originalités de la méthode psychanalytiques.

Le terme de psychopathologie désigne les méthodes de traitement psychologique des maladies psychiques utilisant comme moyen thérapeutique la relation entre le patient et le thérapeute.

A partir de là on peut faire remonter les interrogations sur les maladies psychique à la Grèce antique.

Pour autant, les formes modernes de la psychothérapie vont apparaître fin du 18ème siècle et vont peu à peu se préciser courant 19ème. Le terme psychothérapie va être utilisé et popularité essentiellement par Bernheim qui l'utilise en 1891. Ce dernier sera un des maitres de Freud qui ira suivre son enseignement à Nancy et il aura une influence déterminante. 

 

Pinel est un des premiers à tenter de prendre en charge les aliénés en pratiquant sur eux ce qu'on va appeler un traitement moral consistant à utiliser la suggestion auprès des patients. Ce traitement moral avait lui-même comme précurseur ce que Mesmer avait mis en place comme cure magnétique.

Au 18ème siècle, Mesmer avait en effet inventé une sorte de thérapie avec un banquet, autour duquel se tenaient les hystériques et dans lequel il y aurait fait circuler un fluide.

Chez Pinel, l'hypothèse est qu'il existe une partie saine chez le patient sur laquelle on peut s'appuyer pour conduire le patient à sortir de l'état d'aliénation.

Pour Mesmer le trouble psychique serait du à l'existence d'un fluide (magnétisme animal) et pour soigner il faut rétablir la circulation de ce fluide. Cela reprend les théories sur l'hystérie d’Hippocrate selon lesquelles l'hystérie était due aux déplacements de l'utérus dans le corps. Les représentations des maladies mentales à l'époque étaient étonnantes. Il y a une part totalement fantasmatique de l'hystérie puisqu'elle a toujours été la partie féminine qui dérange et qui convenait de contraindre.

 

Au courant du 18ème et du 19ème siècle, quelque chose commence à advenir sur les questionnements sur les types de soins à administrer aux malades mentaux.

Dès 1784, Puysegure va démontrer que ce qui est en jeu dans la relation, n'a rien à voir avec ce que proposait Mesmer, mais correspond à un état de conscience modifié : le somnambulisme, qui deviendra par la suite l'hypnose.

Bernheim va petit à petit abandonner la question de l'hypnotisme pour s'intéresser à ce qu'il va nommer la suggestion. Il ouvre la porte à l'idée d'une relation purement psychologique entre le patient et le thérapeute.

 

Freud s'inscrit dans une recherche qui comprend ce dernier siècle. Il va d'abord abandonner l'hypnose, puis la subjectivité et enfin la catharsis. Il va appeler transfert la relation qui unit le patient et le thérapeute : c'est ainsi qu'il va mettre en place la psychanalyse. Ce qui va caractériser le dispositif proposé par Freud, c'est que la psychanalyse se révèle être une méthode d'exploration de l'inconscient et de la sexualité, qui sont pour Freud les deux grands piliers de la construction subjective.

 

Il est important de repérer que, respectivement, en 1900 et en 1905, Freud a écrit deux ouvrages essentiels : L'interprétation des rêves et Les trois essais sur la théorie de la sexualité. Par ces textes, Freud fait l'hypothèse qu'il existe une sexualité infantile. Il mettra cette hypothèse à l'épreuve de la psychanalyse. L'enfant est pour lui un pervers polymorphe : il jouit par tous les trous, sexualité non génitale mais chaque zone érogène satisfaite.

 

Le plus récent de ces deux textes va être modifié et complété par Freud tout au long de sa vie. C'est dans ce texte qu'il va aussi introduire ses travaux sur l'homosexualité, qu'il ne définit pas comme une pathologie.

Il va aussi introduire la question de la fixation : ce pervers polymorphe qu'est l'enfant, gardera des résidus de cette activité polymorphique dans les préludes amoureux. Petit à petit, toute cette activité va se mettre sous le primat de la zone génitale. Tout cela peut faire retour dans la pathologie démentielle, lorsque tombent les inhibitions.

Cette question de la fixation, Freud va en faire un élément important puisque c'est à partir de là qu'il va essayer de comprendre ce qu'est la perversion : comment la pulsion peut se satisfaire de quelque chose qui n'a, à priori, aucun rapport avec l'objet de satisfaction. Il faut savoir que la perversion est une spécificité humaine. Pourquoi la fixation apparait chez les humains : puisque l'homme obéit à des pulsions et non à des instincts. L'instinct est un savoir qui est acquis sans nécessité de transmission, c'est de l'ordre d'un schème, acquis. Freud dira que « L'homme n'est pas confronté à des instincts, mais à des pulsions ». Alors que la pulsion c'est l'instinct qui est pris dans le langage. En ce sens que, certes nous avons des instincts, mais ce qui est étrange c'est que cette pulsion peut se satisfaire de ne pas être satisfaite. Ex : pour la pulsion anale, la modalité d'expression de la subjectivité apparait lorsque l'enfant refuse d'expulser.

 

Petit à petit Freud s'intéresse à la pulsion en la définissant comme un instinct pris dans le langage et nous permettant de comprendre comment l'objet peut être contingent : il n'y a pas d'objet propre à la pulsion, contrairement à l'instinct.

Avec la notion de fixation, le sujet pourrait à un moment où à un autre, rester à un stade particulier. Là où il devrait y avoir circulation d'une zone érogène à l'autre, on se retrouve avec une zone particulièrement investie et sans jeu possible entre ces différentes zones. C'est ce qui va permettre à Freud de comprendre certains types de pathologies.

 

Ce qui est caractéristique du pervers, c'est le scénario qu'il met en place. Le névrosé rêve la perversion, ce qui amène Freud à dire que la perversion est le négatif de la névrose. Cependant le pervers ne va jouir que d'une certaine manière.

Il y a des besoins qui se situent du coté de l'instinctuel. Mais dès le début ces besoins vont être accompagnés par des paroles/phrases. Sans le langage, le bébé n'est pas dans son environnement. La pulsion n'est pas uniquement un besoin mais c'est un besoin articulé à la parole. La parole est nécessaire mais problématique puisqu'elle peut tordre ce besoin pour faire en sorte qu'il devienne autre chose que ce pourquoi il était prévu à l'origine.

 

L'hospitalisme est un syndrome dépressif que Spitz a observé chez les enfants hospitalisés à long terme séparés précocement de la mère. Il a repéré que très vite ces enfants dépérissaient, ils perdaient rapidement leurs acquis. On va donc instaurer des référents : une personne qui va s'investir dans l'enfant, d'un point de vue affectif. On se situe là dans le moderne.

 

2. Résistance et transfert :

 

a. Texte de 1905 « De la psychothérapie » :

 

Dans ce texte, Freud reprend le terme de psychothérapie, mis en circulation en 1891 par Benheim.

Il s'agit d'une conférence faite par Freud à Vienne, pour exprimer ce qu'il en était de sa méthode et essayer de lever un certain nombre d'ambiguïtés puisqu'en 1905, la psychanalyse commence à avoir un certain égo, mais on ne retient de la théorie freudienne que quelques grandes généralités : tout est sexuel, etc.

 

Extrait 1 :

 

Dans ce texte Freud se questionne sur l'efficacité de la psychothérapie. Il apporte une réponse avec l'analyse de la résistance, cependant il n'introduit pas encore la notion de transfert alors qu'il apparait déjà dans sa boite à outils. Son enjeu est de montrer précisément comment cela fonctionne. Un autre enjeu est celui de montrer la différence entre cette méthode analytique et ce qui existait précédemment, c'est à dire la méthode cathartique. Cette dernière se définit par : la notion d'abréaction où l'affect s'écroule à la suite d'un traumatisme du à la conversion de l'affect dans le corps. Il y a donc une notion de conversion hystérique.

 

On peut dire qu'un des points sur lequel Freud va insister c'est la notion de résistance, c'est l'avancée analytique de ce texte. Cela va permettre à Freud de distinguer de façon précise le travail sur la résistance qui caractérise l'analyse de ce qui relève des méthodes antérieures. La résistance n'est pas reliée uniquement à la remémoration.

 

Extrait 2 :

 

Freud parle ici de la dimension de foi. Il dit ce que Lacan reprendra 50 ans plus tard lorsqu'il parlera de sujet supposé savoir, c'est à dire que le patient qui va consulter va prêter un savoir sur son symptôme. Cette dimension de foi est le vecteur même du transfert : attribuer un savoir au thérapeute.

 

Extrait 3 :

 

Quinze ans avant la pulsion de mort, Freud amorce la pulsion thérapeutique négative : cette relation qui relie le patient a le plus souvent un effet positif, mais parfois, il peut avoir un effet inhibant, négatif. Il nomme cela le principe de suggestion. Ce qui guérit dans la relation thérapeutique, c'est la relation elle-même d'où l'importance que Freud va apporter au fait d'être attentif au développement de cette relation. Cette méthode permet de remonter à l'origine du symptôme et de repérer comment les différents symptômes s'articulent entre eux.

 

Extrait 4 :

  

On retrouve dans ce passage quelque chose qui est propre à Freud : la fureur du savoir. Selon lui, il y aurait toujours un désir de savoir. Ce qui l'intéresse dans la méthode analytique c'est le fait qu'elle lui permette de remonter à l'origine du symptôme, de comprendre son évolution et aussi de repérer comment les différents symptômes s'articulent entre eux.

 

La technique par suggestion procède en appliquant la suggestion et on attend que ce procédé soit assez puissant pour recouvrir/arracher le symptôme.

C'est la ligne de démarcation qui existe entre les TCC et la psychanalyse. L'idée de la TCC est de considérer le symptôme comme quelque chose qu'on devrait enlever. Il s'agit de l'expression d'un dysfonctionnement. Pour la psychanalyse le symptôme est une formation de compromis entre le désir et son interdiction. Le but ne sera pas d'ajouter quelque chose mais de comprendre la place du symptôme dans l'économie psychique du sujet et une fois que cette économie aura été repensée alors ce symptôme n'aura plus de nécessité d'être. 

Freud avance le fait que la patient s'accroche à sa maladie, le patient ne cède pas ses symptômes si facilement.

Tout cela a mené à de grands débats sur l'évaluation des psychothérapies. Ces évaluations avaient montré la pertinence des TCC quant à leur efficacité. D'autres études aux USA, ont montré que s'il y avait un élément qui pouvait discriminer les TCC de la psychanalyse c'est bien les effets obtenus : ceux en psychanalyse sont plus durables et stables. On retrouve ici quelque chose que Freud disait en 1095 : le travail analytique est plus complexe, plus long, mais les effets obtenus sont dans le temps parfois plus longs.

 

L'approche de Freud en 1905 est une approche dynamique, puisqu'il s'intéresse à la relation des forces en présence, mais aussi économique puisqu'il s'intéresse à la puissance de ces forces en présence.

 

Extrait 5 :

 

Freud introduit aussi le principe de la psychanalyse dite sauvage. C’est un type d'interventions d'analystes amateurs ou inexpérimentés, ce qui donne une interprétation qui méconnaît une situation analytique déterminée. Une interprétation n'est entendable que par une personne qui est venue pour commencer ce travail.

Les entretiens préliminaires sont les premiers entretiens pendant lesquels le patient et l'analyste se rencontrent pour déterminer la pertinence de la psychanalyse. Cela permet au patient de connaitre l'enjeu d'une psychanalyse et au clinicien de déterminer la pertinence de cette analyse.

 

Le but de cet ouvrage est de revenir sur un concept que Freud a introduit 20 ans plus tôt, en 1895 : à l'occasion de ce texte, Freud se propose d'essayer de comprendre ce qu'il en est de la dynamique de transfert. Il y a des forces mises en jeu au cours de la cure.

 

Ce texte n'est pas écrit en 1912 par hasard. 1912 est une année de bilan technique durant laquelle il essaye de transmettre de façon précise et générale ce qu'est la technique psychanalytique. C’est aussi l’année des dissidences, avec les premières séparations à l'intérieur même du courant psychanalytique.

 

Thèse : pourquoi le transfert agit-il avec une telle intensité de résistance chez le névrosé dans le cadre de la cure ?

Freud va mettre en place deux éléments indispensables dans l'analyse de la cure :

- Le repérage de la dynamique du conflit sous-jacent.

- La question de la résistance.

Il y a une avancée conceptuelle dans ce texte : c'est à l'occasion de ce texte que Freud introduit la notion d'imago. Ce terme est emprunté à Jung et désigne les clichés, les prototypes ou les modèles inconscients élaborés dans l'enfance selon les modèles parentaux qui se répètent et se reproduisent tout au long de la vie.

La thèse de Freud c'est que le transfert c'est la réactivation d'un modèle qui a été élaboré au cours de l'enfance et qui va se rejouer dans le cadre de la cure sur la figure du psychologue. Freud articulera cette notion d'imago avec celle du transfert positif et négatif. C'est avec ce texte que Freud introduit la dualité du transfert : il peut être amoureux ou haineux. Il ajoutera par la suite la notion de transfert en tant que résistance.

 

Résistance : terme que Freud utilise pour désigner l'ensemble des réactions d'un patient dont les manifestations dans le cadre de la cure font obstacle au déroulement de l'analyse. Elle est inconsciente. Le processus de résistance né en même temps que le repérage de la relation affective qui existe entre le clinicien et le patient. Cette question de la résistance, est repérée par Freud avant la mise en place du dispositif analytique. En effet, dès les premières difficultés qu'il va rencontrer dans la pratique de l'hypnose, il va parler de résistance. Il ira jusqu'à dire que c'est normal que le patient résiste face à la tyrannie de la suggestion. Le passage à la psychanalyse va profondément modifier la compréhension que Freud va avoir de ce phénomène.

Dans le cadre analytique, il va dire que la résistance est interprétable et à partir de là elle peut être déplacée. En 1912, pour Freud, c'est par l'interprétation de la résistance que la cure opère.

Freud va avoir deux approches différentes face à la question de la résistance :

- Dans un premier temps de sa pratique analytique, il pense qu'il est possible de franchir cet obstacle en expliquant au patient son contenu. C'est une sorte de « Freud pédagogue ».

- Dans un second temps, il va considérer la résistance comme la manifestation, l'enclos à la surface de ce qui est refoulé.

A partir de là Freud pourra même faire l'hypothèse que la résistance permet de repérer à partir d'un processus de transformation ce qui a été refoulé. Il a la même attitude qu'il a eue avec le transfert : ne pas butter à la cure, la résistance va se transformer en table d'orientation permettant de faire des hypothèses sur les phénomènes en jeu.

 

Transfert : ce terme, dans la clinique, est un terme qui va être introduit peu à peu entre 1900 et 1909. Il va désigner un processus par lequel les désirs inconscients de l'analysant, concernant des objets extérieurs, viennent se répéter dans le cadre de la relation analytique sur la personne de l'analyste. A compléter par le fait que dans les années 1909, Freud va être amené à dire que ce phénomène qu'il pensait essentiellement lié à la cure, est un phénomène qui intervient dans toutes les relations particulières où on prête un savoir à l'autre.

Cela amènera Lacan à définir le transfert de la façon suivante : le transfert c'est de l'amour qui s'adresse à du savoir.

A partir du moment où un individu est placé dans la position du sujet supposé savoir, le transfert apparait. On retrouve ce type de relation dans la cure mais aussi dans le cadre d'une relation étudiant/professeurs, etc.

Ce qui différencie la question du transfert dans la vie quotidienne et dans la cure c'est que dans cette dernière le transfert peut être interprété alors que dans la vie quotidienne il ne peut pas être interprété.

L'affect est vrai, mais il est déplacé. Le sentiment qu'éprouve le patient, au moment où il livre l'affect, est vrai. Pour autant, à travers nous, il s'adresse à quelqu'un d'autre. D'où la difficulté pour le clinicien de ne pas se croire l'adresse de ce sentiment, haineux ou amoureux.

Le transfert c'est aussi accepter « d'être pris pour » sans « se prendre pour » : prendre la place nécessaire au transfert sans pour autant se prendre et réagir d'une certaine manière. Dans le transfert le patient nous fait des demandes qui en principe s'adressent à quelqu'un d'autre.

 

L'idée du transfert est quelque chose qui est important et lié à l'idée d'un déplacement. C'est l'idée d'une substitution d'une place à naitre et tout le courant analytique considère le transfert comme essentiel au processus psychanalytique. Si cette question du transfert est quelque chose qui infiltre toute la vie à partir du moment où l'autre est considéré comme ayant un savoir sur nous.

L'innovation de Freud sera d'affirmer que ce phénomène est une composante essentielle de la psychanalyse au point que sa méthode se distingue de toutes les autres approches psychothérapeutiques en ce qu'elle met en jeu le transfert comme instrument de guérison dans le processus de la cure.

Dans le champ des psychothérapies, on va travailler dans le transfert alors qu'avec la psychanalyse on va travailler sur le transfert. L'objet de la cure sera effectivement l'analyse du transfert dans le cas de l'analyse. Dans la psychothérapie on profitera des mouvements affectifs, majoritairement positifs, pour conduire le processus. Les psychothérapies se déroulent en général dans un climat positif, alors qu'en psychanalyse il faut passer par les deux versants, positif et négatif, du transfert.

 

Ont suivi différents moments charnière dans la théorie freudienne :

- En 1895, dans Les études sur l'hystérie et en 1900 dans L'interprétation des rêves, Freud qualifie le transfert comme un déplacement d'interprétation au niveau des représentations psychiques plutôt que comme une composante de la relation thérapeutique. C'est avec la cure de Dora qu’il fait l'expérience du transfert, en ce sens que ce transfert est négatif et qu'il ne va pas réussir à s'en sortir.

- 1909 : L'homme au rat, cure d'un névrosé obsessionnel. Freud commence à percevoir que le transfert serait de l'ordre d'une réédition de manifestations affectives ayant déjà eu lieu par le passé.

- 1912, Sur la dynamique du transfert. C'est le premier texte exclusivement consacré à cette question. Il distingue le transfert positif, fait de sentiments tendres et amoureux, du transfert négatif, fait lui de sentiments hostiles et agressifs. Ces deux sentiments sont souvent liés l'un à l'autre et permettent de rejouer l'ambivalence qui a été le propre des relations qui nous ont unis à nos parents.

- 1920 : Au delà du principe de plaisir. Freud va s'apercevoir de la dimension répétitive du transfert. Cette dimension, il la postule à partir de sa clinique : jusque là son hypothèse est que le psychisme est dominé par le principe de plaisir. Un certain nombre de phénomènes psychiques l'emmènent à dire que ce modèle ne rend pas totalement compte de l'activité psychique.

+ C'est là qu'il fait l'hypothèse de l'existence d'un au-delà du principe de plaisir : la compulsion de répétition. Obsession à répéter ce qui a précédé un échec, ce que répète le patient est une tentative de revivre différemment la scène en tentant de trouver une autre issue.

+ Le transfert est lui-même pris dans cette compulsion de répétition. Il fera l'hypothèse suivante : la névrose originelle est remplacée dans la cure par une névrose artificielle que Freud va appeler névrose de transfert. Les symptômes vont être pris dans la relation transférentielle et pourront être interprétés à partir de là. L'interprétation de cette névrose de transfert, où le clinicien a une place centrale, permet d'accéder à la névrose infantile, c'est à dire au moment où l'enfant a constitué ses objets d'amour et à la façon dont il va les reproduire par la suite.

- 1923 : Psychanalyse et Théorie de la Libido. Freud va introduire la notion de jeu, le transfert est considéré comme un terrain. La conception du transfert ne sera plus modifiée dans l'œuvre freudienne. Le transfert restera le levier de la cure.

 

b. Texte de 1912, « La dynamique du transfert », de Freud :

 

Extrait 1 :

 

Le transfert tel qu'il est présenté par Freud serait la réédition des modalités d'amour, tels qu'ils ont été élaborés lors de son développement. 

Chaque fois que les conditions sont réunies, le transfert va apparaitre et le sujet va être amené à rejouer un certain nombre de situations.

 

Pour Freud il s'agit, en quelque sorte de la formule pour l'amour passionnel. En ce sens qu’il nous dit qu'il y a une partie des émotions qui vont être accessibles à la conscience (qui ne posent pas de problème), et une partie inconsciente. La passion c'est ce moment où va être reconnu, chez l'autre, cette partie de soi. Cette idée sera refoulée ainsi que ce fantasme d'une possible fusion avec l'autre.

Le transfert pourra commencer à se développer sur un mode passionnel et c'est un peu ce à quoi Breuer est confronté lorsqu'Anna O provoque sa grossesse nerveuse.

 

La question des imagos apparait, comme le fait que le clinicien soit la plupart du temps neutre et bienveillant. C'est dernières vont permettre au patient d'intégrer le clinicien dans ses clichés et donc de rejouer avec lui ce qu'il en est de ses premières motions pulsionnelles.

 

Dans le transfert il y aurait quelque chose qui dépasse la mesure. L'intensité des émotions est quelque chose qui est caractéristique du transfert.

La relation transférentielle ne laisse pas le patient indifférent.

 

Extrait 2 :

 

Le transfert est lié à la structure. Le sujet névrosé transfert tout le temps. La seule différence c'est que la cure permet, telle une situation expérimentale, de mettre en évidence ce processus. Il n'y a que la psychanalyse qui permette de l'isoler et de travailler sur lui, malgré le fait qu'il existe tout le temps. Le dispositif analytique tel que Freud le met en place est une procédure expérimentale ou ce qui est étudié est la variable « transfert ».

 

Extrait 3 :

 

Il y aurait une libido qui serait libre et qui viendrait s'actualiser sur tout ce qui serait libre.

Dans la névrose, le sujet régresse à des étapes inférieures de son développement, étapes où il y aurait eu fixation selon Freud et qui seront réengagées pendant la cure.

 

La régression ce n'est pas le retour, il faut l'envisager comme le recours à des modalités relationnelles qui à un moment ont fonctionné pour résoudre des problèmes. D'ou l'impression d'infantilisme qu'on retrouve chez certains névrosés. Chaque fois qu'on va aller repérer ce qu'il en est de ce point de fixation, le conflit va émerger. Le sujet ne veut pas totalement abandonner les modalités de jouissances liées à cette modalité subjective.

 

L'idée c'est qu'un refoulement est lié à quelque chose qui créé dans la conscience un état de déplaisir. Pour autant, cette idée refoulée, une fois positionnée dans l'inconscient, n'en perd pas pour autant sa force. Le travail du refoulement c'est de rejeter de la conscience une idée insupportable, cependant une fois refoulée, l'idée va rester active et tenter de se faire percevoir par la conscience. Ce qui va être important c'est de ramener cette idée à la conscience et pouvoir y porter un jugement.

 

Freud montre bien que tout symptôme est quelque chose qui est un compromis entre force refoulante et retour du refoulé : le symptôme est une formation de compromis entre le désir et son interdiction.

 

Extrait 4 :

 

Là où il a résistance on sait qu'on s'approche de la question du sujet. En travaillant sur les modalités de déformation, on peut faire l'hypothèse et remonter sur ce qui a été à l'origine du symptôme.

 

Chaque fois qu'on s'approche d'une des zones inconscientes centrales de l'étiologie du patient, ce dernier va rendre conscients les éléments du transfert sous forme de résistance. Là où le sujet ne peut pas se souvenir, il répète. Freud le comprendra en 1914, là où le sujet est incapable de se souvenir, il met en acte dans le transfert ce dont il ne peut se souvenir. A partir de là, l'interprétation du transfert permettra aux souvenirs de faire retour.

 

Extrait 5 :

 

Tous les éléments de la névrose qui ont été amenés lors de la cure vont être rapatriés sur la scène du transfert pour donner suite à la névrose du transfert. Cela signifie que tous les symptômes vont trouver leur place dans le transfert. Tous les symptômes vont être rapatriés dans le champ du transfert et vont être reportés sur l'analyste.

 

Extrait 6 :

 

Les objets qui sont les premiers objets d'amour sont aussi des objets vers lesquels ont fonctionné des motions sexuelles.

 

Extrait 7 :

 

Le transfert est nécessaire, mais il ne peut être ni haineux ni teinté d'érotisme. Il sera amené à modifier cette hypothèse sur la caractéristique haineuse du transfert : il dit que la caractéristique de la psychanalyse est de permettre ce transfert haineux, cela lui permet d'affirmer que la cure ne dure pas éternellement.

En 1912, la condition haineuse n'existe pas. Plus tard il affirmera qu'elle est nécessaire à la fin du transfert amoureux.

 

Extrait 8 :

 

La question de l'ambivalence est la caractéristique même de ce qui va venir présenter le symptôme. Ce qui va être au centre de la névrose obsessionnelle est le doute. Freud la repère fonctionnant dans le transfert comme étant les deux dimensions, haineuse et amoureuse, s'adressant à la même personne. C'est dans le cadre de la névrose que cette ambivalence va être poussée à l'extrême.

 

3. Texte de 1914, « Remémoration, répétition et perlaboration », de Freud :

 

C'est dans ce texte que Freud introduit le terme de perlaboration. Ce texte est important aussi parce que Freud reprend le terme de transfert et le précise.

Ce texte est destiné aux analystes en formation et le but de Freud en écrivant ce texte est d'essayer de montrer ce qu'il en est de la spécificité de la cure analytique. L'argument central posé par Freud est « que peut-on attendre d'une cure ? Quels sont les buts d'une analyse ? ».

 

Freud commence par des rappels sur la technique qui était la sienne au début, la technique cathartique avec l'abréaction. Puis il va montrer comment le travail de l'interprétation va peu à peu permettre de reconnaitre les résistances, de les interpréter et donc d'aller vers la fin de la cure.

 

Le titre montre les trois grands moments de la dynamique que Freud a mis en évidence. On peut entendre le titre de la façon suivante : « de la remémoration à la répétition et de la répétition à la perlaboration ».

 

Dans ce texte Freud met en évidence la question de la répétition, en cela il anticipe ce qui deviendra plus tard la pulsion de mort. Il introduit aussi la notion de névrose de transfert. Pour la première fois, dans ce texte, le mot de névrose est accolé au terme de transfert pour désigner la transformation, sous l'effet de l'analyse, de la névrose proprement dite en névrose (quasi)expérimentale pouvant être traitée dans le cadre de la cure.

Avec l'idée de névrose de transfert, il y a une espèce d'interpénétration entre le champ de la psychopathologie et le champ de la cure. Cette névrose de transfert nait dans et de la cure même.

 

Le terme de perlaboration est une innovation terminologique. Freud ne l'avait jusqu'à présent jamais utilisé. Il s'agit d'une élaboration à travers, une élaboration fondant le travail psychanalytique et visant la suppression du symptôme. C'est un terme qui décrit le mécanisme très précis que Freud essaye d'approcher : une élaboration qui s'exerce à travers les résistances.

Ce nouveau terme va être abandonné par Freud. Il faudra attendre une vingtaine d'années avant que d'autres psychanalystes ne s'intéressent à ce terme.

 

Dans ce texte, on traite d'une clinique d'élaboration qui va anticiper l'au-delà du principe de plaisir.

 

Les souvenirs écrans sont des souvenirs reconstruits fictivement par le sujet à partir d'événements réels ou de
fantasmes, et qui a la même valeur que ceux-ci. Le souvenir écran s'interpose entre la conscience et le souvenir d'une scène traumatique. Ils
sont composés de plusieurs éléments. Quelque chose va se créer à partir de ces différents éléments et va boucher/recouvrir.

Une des premières formes qui vise à neutraliser le souvenir est de le dissocier de son affect. L'isolation va permettre de le tenir à distance et donc de le maitriser.

 

Pour qu'il y ait trauma il faut deux temps :

- La situation est vécue par l'enfant sans que celui-ci puisse lui donner un sens.

- Une seconde situation va permettre de donner un sens, rétroactivement, au premier évènement survenu durant l'enfance.

 

Freud regrette la facilité de l'hypnose. 

Le patient n'a aucun souvenir de ce qui est refoulé, il ne fait que le traduire en acte. C'est là qu'on voit le passage entre remémoration et répétition : ce dont on ne peut se souvenir, le patient va être amené à le répéter en actes.

 

Un certain travail d'élaboration est nécessaire pour identifier la mise en acte qui se produit à la place de la remémoration.

Le transfert est perçu comme une répétition, une mise en scène dans la psychanalyse de ce qui a déjà été mis en jeu.

 

Selon Freud, avec l'hypnose on avait directement accès aux souvenirs, sans passer par la résistance. Cependant c'est en travaillant sur la résistance que le patient peut s'approprier le savoir inconscient. Lui livrer ce savoir sans qu'il ait à l'acquérir n'a que peu d'effets.

 

Dans la cure, le patient rejoue dans le présent et avec le clinicien, ce qui était déjà en jeu pour lui dans le passé. Le but de la cure sera de restituer le passé au passé. Le patient qui vient nous voir est un patient qui est hanté par un passé non dépassé. En travaillant sur la réédition, à partir de la névrose de transfert, on peut restituer ces mécanismes, symptômes, reconstructions au passé et ainsi faire en sorte qu'elles puissent cesser.

 

La réaction thérapeutique négative est ce qui le conduira à faire l'hypothèse, en 1920, de l'au-delà du principe de plaisir : alors que le patient va mieux, pourquoi les symptômes reviennent ? En 1914, Freud met ça sur le compte de la résistance. Le sujet résisterait à la guérison. En 1920, il dira que l'enjeu c'est l'au-delà du principe de plaisir (jouissance pour Lacan), auquel il sera difficile de renoncer. 

Le plaisir est quelque chose de borné, de limité. La jouissance est ce qui excède le plaisir. On le perçoit bien, puisque dans l'acte de jouissance, on disparait en tant que sujet. On est donc au-delà du simple plaisir. Quelque chose de nous, dans la jouissance, vient à être gommé. Le patient tient à son symptôme puisqu'il s'agit d'une façon de continuer à jouir. Il permet donc de conserver un contact avec son désir.

 

Comprendre le sens d'un symptôme peut prendre beaucoup de temps. Le passage à l'acte est appelé aussi impulsion. L'inconscient profite de tout pour venir se manifester dans le transfert.

 

Le rapport à la différence des sexes est différent entre le petit garçon et la petite fille.

Chez le garçon, la première réaction est le refus. C'est impensable pour le garçon, que ça ne puisse pas être là. Ils vont être angoissés par le manque pénien chez la femme. La castration féminine est angoissante pour l'homme, à tel point qu'il peut devenir pervers pour voiler ce rapport à la castration.

Au premier regard, la petite fille voit, sait qu'elle ne l'a pas. Elle le dit et elle le veut. C'est comme ça que Freud nous permet de comprendre comment les filles se comportent avec l'homme. Le premier objet d'amour est la mère, aussi bien chez la fille que chez le garçon. Mais la fille va changer d'objet d'amour. La plupart des femmes vont décider de s'intéresser aux hommes. Ainsi elles se détachent de la mère pour aller chercher chez le père ce qu'elle n'a pas. Il y a une différence de position et de structuration œdipienne entre la fille et le garçon.

Grace à l'angoisse de castration, l'œdipe masculin est rapidement résolu. Puisqu'il est différent chez la fille, cela prend plus de temps. Cela prend tout le temps du devenir femme. Ce qui correspond à l'angoisse de castration chez la femme c'est l'angoisse d'abandon. Cela va structurer tout le devenir féminin. Il y a une dissymétrie entre hommes et femmes par rapport à cette question d'abandon. L'homme abandonné va tenter de détruire l'objet qui l'abandonne. Alors que chez la femme, le rapport à l'abandon est différent : alors que l'homme a une réaction de violence envers celui qui l'abandonne, la femme qui a été quittée va se demander ce que l’autre a. Elle peut en arriver à se suicider.

 

Le patient va être tenté de jouer les symptômes sur le terrain de l'acte. Là où il y aurait de l'acte, il s'agit de mettre de la pensée. Plus tard, la question du passage à l'acte sera traité par Freud et d'autres. Le passage à l'acte est l'incapacité de penser, au sens élaboré, et donc de poser un acte, la plupart du temps violent et agressif, la où la souffrance, la perte, la dépression ne peut être élaborée. Le passage à l'acte est ce qui va permettre momentanément de venir faire l'économie de ce qui va être trop douloureux à élaborer. Plutôt que de se confronter à la blessure narcissique, on va élaborer une réponse auto-agressive.

Freud dit qu'il faut maintenir les choses au niveau psychique, pour qu'elles n'aient pas à se jouer sur le plan de la mise en acte.

 

Pour que le traitement puisse se mettre en place, il faut qu'un transfert positif se mette en place. Ce dernier permettra au patient d'accepter/comprendre les interprétations. En les acceptant, il va renoncer à la mise en acte pour pouvoir entamer ce travail d'élaboration psychique.

 

C'est la première fois que Freud introduit l'idée que la névrose avec laquelle est arrivé le patient va devenir une névrose de transfert, dans laquelle tous les symptômes du patient vont prendre un sens au travers de la relation avec le clinicien.

 

Parallèle entre l'abréaction et la perlaboration. Freud fait de cette dernière un élément essentiel, pour autant, il la définit très peu. Pour lui, le travail de la perlaboration désigne le travail de l'inconscient dans la cure analytique. La perlaboration est liée à la cure. C'est un travail qui permet à l'analysant d'intégrer l'interprétation. Pour Freud c'est l'intervention de l'analyste qui va permettre au patient ce travail de perlaboration. Il situe cette opération comme, essentiellement, du ressort du patient, pour peu que l'analyste lui laisse le temps. C'est par ce travail que la stabilisation de l'état du patient peut être trouvée.

 

Freud nous rappelle que la technique psychanalytique s'est constituée à partir et contre l'hypnose. En 1914, dans ce texte, il nous rappelle qu'il y a eu un moment où il a renoncé à recourir à l'hypnose, alors qu'il le repère comme étant un outil qui lui permettait d'avoir accès directement à la remémoration. Il découvre à ce moment là le transfert.

Dans un premier temps, il s'agit pour lui de quelque chose d'extrêmement décevant, puisqu'il va nous dire que ça fait obstacle à son projet scientifique. Il va d'abord noter ça : résistance de transfert. A savoir que le transfert sert la résistance et peut même aller jusqu'au fait d'entraver le processus de guérison. A plusieurs reprises, Freud a dit que la psychanalyse a commencé le jour où l'hypnose a été abandonnée, le jour où ce qu'il avait nommé résistance de transfert a été qualifié de phénomène indésirable : loin d'être un artefact de l'expérience, le transfert peut être le levier sur lequel s'appuie l'analyse. Il s'agit d'un remaniement essentiel, que Freud revisite à l'occasion de ce texte.

Freud va être obligé de subir toute une série de passage à l'acte de la part de ses patientes lors de ses analyses. Les services que l'hypnose rendait, il les considère comme trop chers payés. Il va dont abandonner cet outil, quasi-magique, tout en gardant pour but la remémoration. Il insiste sur le fait que le but reste le même : lever l'amnésie infantile, combler les blancs. Le but est que le patient se souvienne au fil des associations d'idées, proposée comme règle fondamentale : « dites tout ce qui vous vient à l'esprit ». Le souvenir doit être gagné à partir des associations. Freud sera confronté au fait que chaque souvenir devra être conquis sur une résistance inattendue, jamais rencontrée sous hypnose. Ce que cette nouvelle technique met en évidence c'est la résistance que l'hypnose permettait d'éviter. Au lieu de retrouver un souvenir, Freud sera confronté à une sorte de psychodrame, où serait transféré sur l'analyste des conflits datant du passé et dont il s'agissait de se souvenir. Il y a un point qu’il repère en 1914 : avec l'hypnose, jamais le passé ne se faisait prendre pour du présent. Avec cette nouvelle méthode, le passé vient envahir le présent et les agissements, les répétitions de comportements dans la cure, ne paraissent pas, dans un premier temps, de meilleure augure que les passages à l'acte (acting out : passage à l'acte pris dans le transfert) qui se produisaient après le réveil hypnotique.

Avec cette nouvelle méthode, Freud est confronté au fait que le passé se fait passer pour le présent. L'analyste devient, malgré lui, la cible de sentiments refoulés, allant de l'hostilité à l'amour. Ce qui devient l'élément central du dispositif c'est le clinicien. C'est là que se situe la frontière entre psychologie expérimentale et psychologie clinique : dans la première, l'expérimentateur est extérieur au dispositif, pour que ce dernier puisse être répliqué par quelqu'un d'autre. Dans la psychologie clinique, le clinicien fait partie de la cure et il ne peut pas être remplacé par un autre. Le patient ne se prête pas à la remémoration, mais il vient à une nouvelle version où le clinicien est emporté malgré lui.

Quand Freud parle de résistance du transfert, il parle aussi de sa propre résistance à voir le transfert qui se met en place. Il comprendra que la résistance de transfert est une remémoration qui passe par la mise en acte.

 

Il s'agit là du moment essentiel de la découverte freudienne quant à l'enjeu du transfert. Dans un premier temps Freud est surpris par l'apparition des transferts : il va les qualifier tout d'abord d'impuretés avant de comprendre que ce qu'il prend pour quelque chose de problématique est le ressort même de la cure. Cette déception est d'autant plus violente que le dispositif utilisé précédemment, l'hypnose, ne présentait pas ce type d'inconvénient. En effet, dans le cadre de l'hypnose le passé se présentait comme passé .Ce qui va se passer avec le transfert c'est une espèce de confusion entre le passé et le présent où le passé revient dans l'actualité de la rencontre et c'est ce mélange de ces deux dimensions temporelles qui vont constituer la spécificité même de la dimension transférentielle.

 

A partir de là, Freud va nous dire que ce qu'il convient d'obtenir dans le cadre de la rencontre, ce n'est plus l'abréaction, ni même la remémoration, puisque celle-ci en tant que telle se révèle impossible, mais la remise en jugement d'un conflit escamoté. C'est ce qu’il met en avant dans ce texte : il y a une motion pulsionnelle, qui a été rejetée puisque dérangeante et le but est de pouvoir remettre en mouvement cette motion pour la restituer à cette dimension du passé. Freud va rajouter, « à travers quelque fiction que ce soit ». Il insère ainsi la dimension de la fiction : il va utiliser la métaphore de la scène par rapport au transfert et il va avancer que le récit dans la cure est un récit fictionnel. Cela signifie que ce qui est dit dans le cadre de la séance est déjà une reconstruction, ce ne sont pas des mensonges, mais il s'agit d'une interprétation au travers du prisme du fantasme. Selon lui, contrairement aux autres praticiens de l'époque, il y a un fantasme agissant chez l'hystérique, et il a des effets identiques à la réalité. Il introduit ainsi la réalité psychique : c'est le réel lu au travers du fantasme. Les processus inconscients ne tiennent pas compte de la réalité extérieure, et ils la remplacent par une réalité psychique.

 

Chaque fois qu'on écoute quelqu'un, nous sommes obligés de nous poser, non pas la question de savoir si c'est vrai, mais « Quelle est la place de la construction psychique chez cette personne ? Que dit-il de sa vérité au moment où il nous fait son récit ? » Il s'agit d'une fiction qui a des effets sur la réalité. Le patient raconte son histoire, les éprouvés qui y sont liés, ses symptômes, ses inhibitions et ses angoisses. Ce récit lui permet de créer une nouvelle perspective de cette histoire et donc de se poser différemment par rapport à elle. Là où le sujet se vivait comme l'objet du désir de l'autre, le jouet du destin, la mise en récit de son histoire va peu à peu le conduire à repérer ce qu'il en est des choix qui furent les siens et de ce qu'il en est de sa responsabilité. En quoi un certain nombre de choses ont été interprétés par lui par le fantasme.

 

En 1919, Freud va être amené à parler de construction dans l'analyse. On n'est plus uniquement du coté de l'interprétation, mais on est aussi du coté de la construction. Cette dernière est en fait un récit, donc également fictionnel, que le clinicien fournirait au patient à partir des éléments qu'il a pu récolter. L'interprétation c'est à partir des restes, des bouts (rêves, lapsus, symptômes, etc.), Freud fait l'hypothèse qu'a partir de ce matériel, appelé texte, on peut faire émerger un autre texte, inconscient :

- Un symptôme c'est l'impossibilité à dire.

- Un lapsus est une façon de dire quelque chose là où on voulait dire autre chose, à travers le lapsus le désir trouve à s'exprimer. Dans le lapsus il y a quelque chose de l'ordre de la honte, c'est le moment où quelque chose de nous-mêmes est dévoilé au regard de l'autre alors qu'on pensait le dissimuler.

L'interprétation c'est faire ressortir un sens d'un texte manifeste.

La construction permettrait de venir combler les plans de l'histoire qui seraient inaccessibles. On est du coté d'un récit fictionnel qui permettrait au patient de réinvestir quelque chose de son histoire là où c'était impossible jusqu'à présent.

 

En 1914, la perlaboration devient pour la méthode analytique ce que l'abréaction était à la méthode cathartique. La perlaboration est le modèle explicatif de la méthode analytique. C'est à dire que l'interprétation va permettre à travers les résistances, le rageusement des signifiants inconscients. Freud nous dit que ce travail de perlaboration est un travail qui nécessite du temps. Le modèle hollywoodien de la psychanalyse, comme présenté par Hitchcock est un modèle idéalisé de la psychanalyse : il ne suffit pas de donner une interprétation pour que le symptôme disparaisse.

Tout de l'inconscient ne pourra pas devenir conscient, et l'analyse du conscient nécessite du temps : le temps pour que les représentations refassent surface. Le seul moyen pour se rendre compte de ce travail c'est le moment où l'intervention du clinicien provoque chez le patient de nouvelles apparitions de chaines signifiantes qui n'avaient pas été développées jusqu'à présent.



14/01/2014
0 Poster un commentaire

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 1516 autres membres