Cours de psychologie

Ergonomie textuelle

Ergonomie Textuelle

 

 

Lectures conseillées :

- Ferrand, L. (2007). Psychologie cognitive de la lecture.

- Gineste, M-D., & Le Ny, J-F. (2002). Psychologie du langage.

- Bellissens, C., Therouanne, P., & Denhiere, G. (2004). Les modèles vectoriels de la mémoire sémantique : description, validation et perspectives. Le Langage et L'Homme.

- Harley, T. A. (2001). The psychology of language.

- Lacks, B. (1996). Langage et cognition : l'approche connexionniste.

- Smolensky, P. (1988). On the proper treatment of connectionism. Behavioral and Brain Sciences.

Les deux premiers sont fortement conseillés. Le livre de Ferrand est une bonne introduction pour avoir les bases, et celui de Gineste pour compléter.

 

Plan du cours :

I. Langage et représentation :

1. La faculté de langage :

a. La double articulation du langage.

b. Langage parlé et écrit.

c. Les systèmes d'écriture.

2. La représentation.

3. La Compréhension.

4. Les processus.

II. L'Ergonomie cognitive :

1. L’Ergonomie :

a. Evolution historique.

b. Principaux voisinages et contributions.

2. L’Ergonomie cognitive.

3. Notions fondamentales :

                a. Tâche et activité.

                b. Utilisabilité.

                c. Acceptabilité.

                d. Expertise.

4. Méthodes de l’ergonomie cognitive.

III. Ergonomie des documents électroniques :

1. Les hypertextes :

a. Caractéristiques des hypertextes.

b. Hypertextes, multimédias et hypermédias.

2. Fonctionnement de l’utilisateur et recommandations générales.

IV. TD.

 

 

I. Langage et représentation.

 

 

1. La faculté de langage :

 

C’est tout ce qui est à prendre en compte pour le langage qui est une faculté.

Il y a trois réalités :

- Le discours (ce qui est produit) :

+ Morphème : plus petit élément significatif, qui donne une combinaison de sens.

+ Proposition : au sens sémantique, est la plus petite unité d’informations où on peut dire que la réponse est vraie ou fausse.

+ Macro structure sémantique : texte plus global.

- L’individu (celui qui produit) :

+ Il y a des structures cognitives avec des représentations en mémoire, et il y a des processus cognitifs qui traitent ces informations.

+ On ne va pas étudier ici la sortie, la production du discours.

- La situation (contexte où c’est produit) :

+ Un discours est produit dans un contexte particulier qui renvoie au pragmatisme (philosophie tournée vers le monde réel, on prend en compte la situation).

Par ces trois aspects on comprend la fonction du langage.

 

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a. La double articulation du langage :

 

Le langage consiste à communiquer par signes vocaux organisés dans un système. Ce système c’est la langue, un ensemble de signes partagés par toute une communauté. Les psys s’intéressent davantage au langage et les linguistes à la langue, mais les deux se complètent.

 

La première fonction est la communication, organisation de la pensée. Le langage est une faculté que seule l’espèce humaine a développée. Certains primates supérieurs comme les bonobos ou les chimpanzés, ont développé des capacités acquises langagières, mais ce n’est pas inné ni culturellement transmis. Ces singes sont tout de même créatifs, ils organisent des signer pour communiquer. Il y a d’autres systèmes de communication chez d’autres espèces, mais pas de combinaisons multiples de signes.

A partir d’unités élémentaires, on peut bâtir une grande quantité de combinaisons.

 

Pour parler, il faut deux articulations :

- La première articulation : des unités sonores peuvent être assemblées pour former un nombre très important de mots différents. Des phonèmes s’assemblent ainsi que des graphèmes pour former des mots.

- La seconde articulation : les unités de sens (mots, phrases) peuvent se combiner et composer ainsi une infinité d'énoncés.

 

Les mots ne sont pas mis n’importe comment, il y a un ordre à suivre. Les règles sont fixées et pour parler et être compris il faut suivre ces règles.

L’enfant, baignant dans un environnement déjà réglé, développe ces règles.

On peut apprendre de deux façons :

- Apprentissage implicite : pas de conscience au moment de l’apprentissage. C’est un apprentissage non intentionnel et non conscient. L’enfant apprend beaucoup sans en avoir conscience.

- Apprentissage explicite : apprentissage intentionnel et conscient. On apprend en toute conscience.

 

Grâce à la double articulation, on développe la créativité du langage.

Skinner eut l’idée d’un conditionnement opérant pour tout type d’apprentissage. On parle de conditionnement opérant lorsque les comportements sont fonction des conséquences. Il a proposé comme concept un enseignement programmé avec un apprentissage personnalisé et immédiat, mais à l’époque il n’y avait pas les moyens techniques pour mettre en place un tel projet, et Skinner était trop ambitieux pour son temps. De plus, le langage est difficile à apprendre par conditionnement, bien qu’il y ait des mécanismes généraux d’apprentissage.

Chomsky a stoppé Skinner en montrant qu’il y a toute une créativité dans le langage. On ne peut pas définir une seule réponse correcte, il peut y avoir de multiples énoncés en réponse.

L’idée de Skinner n’était pas mauvaise mais Chomsky a montré que ce n’était pas suffisant.

Chomsky était un précurseur des sciences cognitives au niveau du langage. Il faisait la distinction entre compétence et performance :

- Compétence : connaissance des règles syntaxiques. Métacognition. Ce que potentiellement réaliser un locuteur, ce qu’on sait.

- Performance : mise en œuvre des règles syntaxiques. Ce que réalise effectivement un locuteur, ce qu’on fait.

Il s’agit d’une distinction intéressante pour toute activité humaine.

 

b. Langage parlé et écrit :

 

D’après Morris en 1946, il y a trois approches de la langue et du langage :

- La pragmatique traite de l’utilisation et des effets des signes à l’intérieur du comportement.

- La sémantique traite de la signification des signes sous tous ses aspects possibles.

- La syntaxe traite de la combinaison des signes sans que l’on se préoccupe de leur signification spécifique ou de leur relation au comportement à l’intérieur duquel il se manifeste.

Les linguistiques du côté pragmatique ont un rapport étroit avec la psychologie.

 

La relation entre signifiant (image du mot) et signifié (concept) est arbitraire, conventionnelle, elle est partagée et veut se transmettre. Il y a quelques exceptions comme les onomatopées (ex : atchoum).

Le langage parlé est le premier dans la phylogenèse bien qu’on ne puisse pas dater son apparition. On cherche des indices, comme le développement du crâne dans la partie temporale gauche, ou encore des marques laissées par les muscles sur les os de la mâchoire.

Les écrits remontent à environ 6000 ans. Il s’agit d’une apparition bien plus tardive que l’oral.

Le langage est aussi le premier dans l’ontogenèse, l’enfant apprend à parler avant d’écrire. L’oral vient d’un apprentissage implicite alors que l’écrit vient d’un apprentissage explicite, l’écrit est long, tardif, dur et il se produit sous une supervision de quelqu’un. L’apprentissage de l’écrit est couteux au niveau cognitif. L’écrit ne fait que reproduire le langage parlé. On est programmé génétiquement pour parler, pas pour écrire. L’échelle de temps est trop courte encore pour que l’écrit soit spontané.

Il existe des bases communes d’écriture à toutes sociétés.

Les psychologues se sont davantage penchés sur l’écrit car :

- L’écrit nécessite un apprentissage et peut causer des troubles (ex : dyslexie).

- L’écrit est fréquent et presque toutes les communautés ont un système d’écriture à transmettre.

- L’écrit est nécessaire pour s’intéresser à des aspects de plus haut niveau, pour faire des tests, des recherches, l’écrit est bien plus commode.

 

c. Les systèmes d'écriture :

 

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Il y a eu une progression dans les signes, avec de plus en plus de créativité et d’arbitrage.

Ecriture pictographie : représentation graphique schématique ayant fonction de signes. Différent du néogramme qui renvoie à des notions abstraites.

Ecriture idéographique : représentation graphique d’un mot ou d’une idée, renvoie au champ acoustique, concept abstrait.

Ecriture logographique : écriture par symboles. Ce n’est pas arbitraire, ça se veut signifiant, et on peut combiner plusieurs éléments (ex : rébus). Comme l’écriture de l’Egypte antique. Par la logographie on développe la créativité du langage.

Ecriture syllabique : l’image est simplifiée pour créer un son. Comme l’écriture chinoise.

Quand on est arrivé aux écritures syllabique et alphabétique, le signe arbitraire est bien plus prononcé et les combinaisons permettent une plus grande créativité. Les symboles ont perdu leur référent dans le monde pour entretenir des liens avec les images acoustiques.

Les systèmes ont évolué afin de parvenir à des systèmes de symboles qui ont perdu leur lien à leur référent. La correspondance graphème/phonème varie d'une langue à l'autre. (O → [o] ; eau → [o]). L'apparition de la dyslexie est corrélée à cette correspondance.

 

2. La représentation :

 

Représentation : par l’approche cognitive, la représentation est l’image interne.

« Le comportement est causé par une activité interne mettant en jeu des réalités internes : les représentations » (Denhière et Baudet, 1992).

La représentation mentale est synonyme de connaissance, ce qui cause une rupture avec le Béhaviorisme. La représentation est centrale en cognitive, mais difficile à aborder.

Paradigme : on se pose une question et on interroge la réalité.

 « L’intentionnalité est la propriété en vertu de laquelle toutes sortes d’états et d’évènements mentaux renvoient aux, concernent les, ou portent sur les états du monde et des états de choses du monde » (Searle, 1983).

 

Voici un exemple de typologie de représentation d’un mot :

 

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Typologie classique des niveaux de représentation des mots :

- Niveau sémantique : concept.

- Niveau lexical : forme globale des mots.

- Niveau pré-lexical : représentations phonèmes, lettres.

- Niveau des traits : représentations phonèmes, lettres primitives qui les constitueraient.

 

Le Ny, en 1989 a mis en évidence deux types de représentations :

- Représentations types : constructions relativement permanentes, qui dépendent peu de la situation, et qui sont stockées en MLT. C’est la connaissance.

- Représentations occurrentes : constructions circonstancielles faites à des fins spécifiques, dans une situation donnée, et pour satisfaire certaines exigences. C’est contenu dans la MdT, c’est fugace et disparaît une fois la tâche terminée.

 

Selon Smolensky en 1992, il y a trois niveaux de description/explication :

- Symbolique : on parle d’opération sur les symboles.

+ Collins et Loftus en 1975 ont proposé un modèle stipulant que les concepts des significations sont reliés entre eux par des mots. Il s’agit d’un réseau associatif entre concept. C’est une représentation symbolique. Ce modèle n’est qu’une métaphore, on traite des symboles.

 

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- Subsymbolique :

+ Collins et Quillian ont proposé un modèle d’organisation hiérarchique. Les états d’activité ne sont plus des symboles mais des activations de réseaux. C’est une métaphore informatique, un concept subordonné lié à un autre concept peut hériter de toutes les autres propriétés subordonnées. Ce modèle ne rend pas compte de tout. Il s’agit
d’une métaphore neuronale sans être au niveau biologique.

 

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→ Symbolique et subsymbolique sont dans un niveau psychologique d’explication.

- Biologique/neuronal : expliquer un niveau psychologique avec le niveau inférieur, le niveau biologique. Cela s’appelle le réductionnisme.

 

Effet d’amorçage sémantique : facilitation de reconnaissance d’un stimulus si avant on a présenté un stimulus relié. 2 types : effet d’amorçage sémantique direct (le stimulus est précédé d’un stimulus directement relié à lui, ex : feu précédé d’incendie) et effet d’amorçage sémantique indirect (le stimulus est précédé d’un stimulus qui est relié à lui par un autre stimulus, ex : incendie est précédé de camion qui renvoie au feu).

 

Ce qu’on retient d’un texte, ce ne sont pas les mots, mais les idées.

La signification d’un texte n’est pas décrite par des mots isolés.

Ex : Pierre a mordu le chien → c’est une proposition autour d’un précédent « mordre », et 2 agents de l’action (celui qui mord et celui qui est mordu).

Proposition : arguments organisés autour d’un prédicat. C’est la plus petite unité d’information sur laquelle on peut se prononcer sur la valeur de vérité. Elle est composée d’un prédicat et de un ou plusieurs arguments.

L’agent de phase active est généralement le sujet du verbe.

Kirtsh a proposé que l’unité élémentaire psychologique soit la proposition.

Schéma : structure organisée autour de connaissances. A un rôle dans la perception de la compréhension.

Scripts : type de schéma décrivant une succession d’évènements et de situations. Définit par un schéma temporel.

 

Il y a plusieurs façons de concevoir la relation sémantique qui sont concurrentes :

- Représentations distribuées symboliques : toujours des nœuds activés donc c’est une représentation transparente. C’est l’ensemble du réseau qui a un sens. Dans l’image ci-dessous, on peut voir dans le premier réseau un chat, dans le second un chien, dans le troisième un canari, et dans le dernier de l’or. C’est un algorithme connexionnisme, comme un réseau de neurones, ça se connecte, et avec l’apprentissage on modifie les connexions. Mais ça ne présume pas du niveau dans lequel on est (symbolique, subsymbolique…).

 

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- Représentations distribuées subsymboliques : ce ne sont plus des unités de traitement transparent. Les unités ne sont plus interprétables. C’est le patron global d’activation de l’ensemble des unités de traitement qui va constituer un concept, sans que chacune de ces unités de traitement soit séparément interprétable. La métaphore neuronale est alors encore plus appuyée. On est pas dans une approche symbolique, ni dans un niveau neuronal, cela reste des explications au niveau psychologique qui ne cherchent pas à avoir de plausibilité biologique. Ces modèles ont du mal à rendre compte certains type de phénomène, comme par exemple  l’amorçage sémantique interférent.

 

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- Neurones formels (ou biologiques) : représentation mathématique et informatique d’un neurone biologique. Ils s’activent toujours en fonction de ce qu’ils connaissent. Un neurone, qu’il soit formel ou biologique c’est une unité de traitement qui peut être plus ou moins activé en fonction de ce qu’il reçoit.  Les fonctions d’activations peuvent varier, par exemple il peut être fermé ou pleinement activé, ou il peut avoir plusieurs états différents (type entonnoir, qui n’est pas du tout activé, partiellement activé jusqu’à un plafond en fonction de la somme des entrée négative et positive qu’il reçoit). On peut aussi avoir des modèles organisé en couches ou en monocouches.

 

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+ Ex : réseaux de neurones à qui on apprend à reconnaître des lettres. Ici c’est le code pour la lettre C. C’est un apprentissage supervisé. Si on apprend avec du bruit, à la fin de l’apprentissage on sera plus résistant au bruit. Si on présente une lettre comme O que l’ordinateur ne connait pas, il sort un code se rapprochant du C, c’est la généralisation.

 

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- Représentations vectorielles : espace sémantique. C’est une conception distribuée de la connaissance, perspective symbolique, on interprète. Sur la première image, on voit les traits sémantiques que l’on peut représenter de façon vectorielle. Dans la seconde, on voit l’espace sémantique. Dans la troisième, on distingue pourquoi on parle de « vectorielles » car elles sont distantes. Et sur la dernière, c’est un 3D, aucune plausibilité biologique.

 

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Ces modèles ont été fortement développés et dynamisés depuis les années 1990 grâce aux recherches en informatique. Ils servent à bâtir des outils qui permettent d'extraire des significations dans les textes.

 

3. La Compréhension :

 

La mémoire sémantique : système mnésique par lequel on stocke des connaissances générales.

- Comme une mémoire de la signification des choses plutôt que de leurs associations.

- Construite au travers de l’expérience du langage.

- Considérée comme un espace sémantique qui est construit par la mémoire épisodique :

+ Espace à plusieurs dimensions ou axes dans lequel les mots ou les concepts sont représentés par des points.

+ Relation sémantique entre deux mots quantifiée par le calcul de la distance entre les deux points.

→ En entrée du langage, des mots sont ensemble, c’est l’épisodique. Donc à force de cette association, on découvre une signification commune.

La relation sémantique : on retrouve souvent ensemble les mêmes mots, comme pour les synonymes ; la relation associative : des concepts qui apparaissent souvent ensemble.

Modèles qui apparaissent ensemble ou non, mais avec un contexte semblable.

A l’entrée c’est plutôt associatif, mais pour la mémorisation c’est sémantique.

 

Modèles vectoriels :

- On peut extraire des dimensions indépendantes :

+ Modèle LSA : Analyse Sémantique Latente (Landauer et Dumais, 1997).

+ Modèle HAL : Hyperspace Analog to Language (Lund et Burgess, 1996).

+ Analyse statistique de la distribution de termes dans de larges corpus textuels pour élaborer un espace sémantique dans lequel chaque terme est représenté par un vecteur.

- L’avantage des modèles vectoriels est qu’on peut les confronter, mais ça ne simule que la connaissance, pas la récupération. 3 étapes :

+ Constitution d’un corpus de texte.

+ Construction d’une matrice.

+ Construction de l’espace vectoriel.

Le point commun des différents modèles, c'est de considérer la mémoire sémantique comme un espace sémantique à de nombreuses dimensions, chaque concept correspondant à un vecteur, et la relation sémantique correspond à la distance entre ces vecteurs.

 

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Associations d’ordre plus élevé :

- Deux mots sont similaires s’ils apparaissent dans le même paragraphe → non c’est associatif.

- Deux mots sont similaires s’ils apparaissent dans des paragraphes similaires → c’est la décomposition en valeur singulière.

- Deux paragraphes sont similaires s’ils contiennent des mots similaires → par cette composition on bâtit un hyperespace sémantique.

 

L’enracinement du symbole :

- Symbol Grounding Problem (Harnard, 1990) : apprendre une langue inconnue à partir d’un dictionnaire monolingue.

- On bâtit la connaissance par son rapport directement, or on a vu que le discours est un apprentissage, on acquiert la connaissance par le discours sans être directement en rapport avec la connaissance. Ex : Nadia est jolie.

 

Modularité :

- On a des systèmes indépendants, des modules. Dans la seconde image, on voit que le niveau inférieur n’est pas contraint par le niveau supérieur, mais s’il y a interaction les deux niveaux se contraignent.

- Modularité : que descendant ; interaction : les deux.

L’idée d’une organisation modulaire, c’est celle de concevoir qu’on a des systèmes relativement indépendants les uns des autres, ce qu’on appelle des modules. Fodor pose cette question à un niveau général des grandes fonctions psychologiques. Ex : langage et reconnaissance des visages s’effectuent dans des modules complètement différents l’un de l’autre.

 

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4. Les processus :

 

Reconnaissance de mots et accès au lexique sont des problématiques très proches. On a tendance à penser que :

- La reconnaissance de mot c’est simplement reconnaitre le mot comme quelque chose de familier.

- L’accès au lexique c’est reconnaitre le mot mais aussi accéder à toutes les informations relatives à ce mot.

Certains modèles supposent des mécanismes assez similaires et d’autres très différents au niveau de la reconnaissance des mots parlés et écrits, et justement à cause de la spécificité de ces modalités.

 

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Ce qui différentie le langage parlé et langage écrit c’est la distribution. La distribution au niveau du langage parlé se situe uniquement au niveau du temps, alors que pour l’écrit elle se déroule sur un espace/temps. Aussi, la disponibilité perceptive est moins forte pour le langage parlé qu’écrit. En ce qui concerne la variabilité physique, le langage écrit peut donner lieu à des choses très variables entres elles. Il y a une variabilité physique entre les lettres, mais on considère que la variabilité est plus forte en langage parlé. Ex : la variabilité des accents. Néanmoins, la différence la plus marquée entre langage oral et écrit est la segmentation. Dans le langage oral, le signal est continu, à part au moment où le locuteur prend des poses. La segmentation n’est pas évidente dans le langage oral, par rapport à celle en langage écrit. 

 

Reconnaissance de mots parlés :

- Temps de reconnaissance : point d'unicité phonologique.

- Effet de fréquence/familiarité.

- Effet du voisinage phonologique : interaction Voisinage X Frequence (Grainger et al., 1989).

- Effet de position.

- Effet de contexte.

 

Il existe un grand nombre de modèles sur de nombreux effets :

- Effet de fréquence : (le plus robuste) plus un mot est familier, plus on le reconnait. L’effet de l’âge de l’acquisition est également assez robuste, d’ailleurs les mots appris en premiers ont tendance à être également les mots les plus fréquents. Cela dit, l’effet de fréquence est un effet fort, même quand on neutralise l’effet de l’âge de l’acquisition. On parle de fréquence, familiarité, ceci dit, on distingue deux types de fréquence :

+ La fréquence objective : calculée sur des larges corpus. L’idée est de bâtir des corpus les plus larges possible représentatif de l’environnement.

+ La fréquence subjective : on s’intéresse aux normes, à ce moment-là. Ex : on s’intéresse à une population d’étudiante à qui on demande d’évaluer si le mot est fréquent ou pas sur une échelle.

- Effet de position : renvoie à la position d’un phonème dans un mot. Cet effet implique qu’un phonème peut être reconnu plus rapidement selon sa position. On le reconnait plus rapidement lorsqu’il est placé dans un mot de façon tardive. Les processus ascendant et descendant, le fait que l’on a déjà reconnu le mot dans sa globalité permet la reconnaissance du phonème plus rapidement. Cela suppose également que les processus ascendant et descendant fonctionnent de façon simultanée, on suppose alors un haut degré d’activité entre les traitements lexicaux et les traitements pré-lexicaux.

- Effet d'unicité phonologique : nombre de phonème à partir duquel le mot devient unique dans la langue.

- Effet de contexte : implique qu’un mot sera reconnu plus rapidement dans un contexte à la fois pragmatique et discursif (les mots environnant le discours).

- Effet du voisinage phonologique : un mot est voisin phonologique d’un autre mot quand on peut l’obtenir seulement en changeant un seul phonème (ex : fille – folle). La définition première est celle de substitution. D’autres définitions sont plus élargies, et ainsi la substitution peut impliquer l’ajout ou la soustraction d’un nombre de phonème plus important. 

- Effet de l’interaction entre la fréquence du mot et la fréquence des voisins phonologique : un mot de faible fréquence est reconnu plus lentement s’il possède des voisins plus fréquents que lui. En revanche, un mot de haute fréquence est reconnu d’autant plus rapidement quand ses voisins sont moins fréquents que lui.

Le modèle Trace, 1986, est un modèle computo-symbollique classique. C’est un modèle interactif supposant des mécanismes ascendant et descendant. Le phonème activé va envoyer de l’activité vers suc, et suc va envoyer des activations vers les phonèmes. Parallèlement, les phonèmes non utilisés sont inhibés. C’est aussi un modèle connexionniste, malgré le fait qu’il n’y ait aucune plausibilité biologique. Ces unités de traitements s’activent de façon plus ou moins facile en fonction de leur fréquence. Il est capable aussi de rendre compte de phénomènes plus sensibles, notamment les effets de positions et de contexte expliqués par les effets descendants. Ce modèle est aussi capable de rendre compte de l’interaction (cf.suc et sac).

 

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Rôle de la phonologie (d’après Ferrand, 1995) : existe-t-il une interactivité dans les relations entre le langage parlé et écrit ? La question était initialement perçue comme étant asymétrique. Le langage écrit étant acquis plus tard et étant un apprentissage explicite et coûteux en termes de ressources cognitives. Dans les langues alphabétiques (une lettre ou un groupe de lettre [graphème] sont les correspondants écrits des phonèmes) on va utiliser la correspondance graphème-phonème dans l’acquisition de l’écrit. Il existe plusieurs hypothèses :

- Hypothèse de la médiation phonologique : les lettres sont reliées aux phonèmes qui sont eux-mêmes reliés aux représentations globales du mot.

- Hypothèse à l’accès direct : suggère que l’entrée visuelle entraine directement la représentation orthographique et permet la représentation lexicale.

- On peut envisager un troisième modèle, le modèle à deux voies, qui conçoit à la fois une voie directe et une  voie phonologique.

- Et enfin on peut également suggérer un quatrième modèle d’activation interactive, où comme son nom l’indique, les représentations orthographiques, lexicales et phonologiques sont en en interaction.

 

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Pour le modèle de Masson on est dans une conception symbolique distribuée (subsymbolique) où les unités n'ont pas un sens propre, on suppose que les unités phonologiques et orthographies sont directement reliés aux unités sémantiques. Ces différentes données suggèrent qu'il existe des connexions montantes et descendantes du lexical vers le sémantique.

 

L'indétermination sémantique renvoie au concept d'ambiguïté (les différentes interprétations du mot sont vraiment incompatibles). On la retrouve à tous les niveaux dans le langage (ex : pronom [plusieurs référants possibles], lexicale, syntaxique « la fille du journaliste qui a eu un accident » → qui a eu un accident ?). En général on résout ces ambiguïtés sans problème en se servant du contexte, de la situation sans même faire appel à des processus délibérés et conscient.

Tâche de décision lexicale : le sujet doit choisir si oui ou non la suite de lettres constitue un mot. Ce qui intéresse est le temps de décision, la vitesse dont le sujet traite les informations. Il ne s'agit pas de se prononcer sur la signification d'un mot mais de le reconnaître dans le sens de savoir s'il existe ou pas.

On reconnaît plus rapidement un mot ambigu, qu'un mot non ambigu.

Dans l'ambiguité lexical on peut distinguer : mots polysémiques (plusieurs interprétations reliés plus ou moins entre elles) et mots homonymiques (plusieurs interprétations non reliées entre elles).

- L'effet d'ambigüité : reconnaître un mot avec plusieurs significations est plus rapide qu'un mot qui n'en a pas. Le mot « pensée » active ses différentes significations qui renvoient des activités au mot.

- L'effet de synonyme : reconnaître un mot qui comporte des synonymes gênant comparé à un mot qui ne présente pas de synonyme. Modèle de MC Lelland et Rumelhart avec des activations entre le niveau sémantique et lexical et des inhibitions latérale au niveau lexical qui ralentissent le traitement du mot initial.

Les modèles connexionnistes et neuronaux ont du mal à rendre compte de l'effet d'ambigüité.

 

Il y a différent niveau sur lesquels on peut poser la question de la modularité. Ici, posons là au niveau des processus qui permettent d'accès au lexique et au traitement du discours (comment on intègre la signification). Existe t-il du modularisme lexical ? Si oui ou non indépendant du discours, contexte ?

Accès à la signification et intégration :

- Dans un modèle modulaire, l'accès au lexique avant l'intégration et ne sera pas contraint par l'intégration. Le contexte n'agit que sur l'intégration. L'échelle de temps est de l'ordre de la demi-seconde. Au contraire, selon les modèles qui supposent une interactivité entre les processus ; dés qu'on commence à traiter le mot, le discours va contraindre mutuellement les deux processus (d'accès et d'intégration). Si le contexte agit précocement, cela jouera en faveur d'un modèle d'interactivité alors qu'au contraire, si le contexte agit plus tardivement cela jouera en faveur d'un modèle modulaire.

- En faisant varier le SOA on peut voir les différences de traitement. La faveur va pour la conception interactive.

- Apparaît un troisième modèle d'activation parallèle indépendante qui reprend l'encapsulation des modèles modulaires mais aussi la simultanéité des processus indépendants des modèles d'interactivité. Il existe des effets précoces du contexte qui sont visibles aussi dans le troisième modèle.

 

En résumé, ces 25 ans de recherche sur l'accès à la signification des mots ambigu a permis de rejet le modèle modulaire mais ne permet pas de distinguer les deux derniers modèles. On rejette uniquement le fait que l'un se passe après l'autre.



28/02/2015
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