Cours de psychologie

Enseignement de 7 concepts cruciaux de la psychanalyse - J. D. Nasio

 

Les 7 concepts cruciaux de la psychanalyse sont : la castration, la forclusion, le narcissisme, le phallus, le surmoi, l’identification, et la sublimation.

En psychanalyse, toute signification conceptuelle est en définitive une signification contextuelle.

 

I. Le concept de castration :

 

Castration : expérience psychique complexe, vécue inconsciemment par l’enfant vers l’âge de 5ans et décisive pour l’assomption de sa future identité sexuelle. Reconnaissance des différences anatomiques des sexes.

 

Le complexe de castration chez le garçon.

 

Constitution du complexe de castration masculin en 4 temps : 1- tout le monde a un pénis, 2- le pénis est menacé (menaces verbales des parents pour les pratiques auto-érotiques), 3- il y a des êtres sans pénis, la menace est donc bien réelle (1ère perception visuelle de la zone génitale de la petite fille, obstination à croire que c’est faux), 4- la mère est aussi châtrée, émergence de l’angoisse (l’angoisse naît quand il voit que sa mère n’a pas de pénis).

La vision de l’absence de pénis chez la femme d’une part, et l’évocation auditive des menaces verbales parentales d’autre part, définissent les 2 conditions majeures du complexe de castration.

Le garçon choisit son pénis et renonce à sa mère comme partenaire sexuel.

Avec le renoncement à la mère et la reconnaissance de la loi paternelle, s’achève la phase de l’amour œdipien.

La fin du complexe de castration est aussi pour le garçon la fin du complexe d’Œdipe.

 

Le complexe de castration chez la fille.

 

La croyance à l’universalité du pénis est le préalable nécessaire à la constitution du complexe d’Œdipe pour l’un et l’autre sexe.

La mère est le personnage principal jusqu’au moment où le garçon s’en détache avec angoisse et la fille avec haine.

Chez la fille, le complexe de castration ouvre à l’amour œdipien pour le père.

Le rôle de la mère est beaucoup plus important dans la vie sexuelle de la fille que celui du père, la mère est à l’origine et à la fin du complexe de castration féminin.

Se déroule également en 4 temps : 1- tout le monde a un pénis (le clitoris est un pénis), 2- le clitoris est trop petit pour être un pénis, « j’ai été châtrée » (à la vue du pénis, la fille reconnaît d’emblée qu’elle a été châtrée, la castration a déjà était accomplie, envie de posséder un pénis), 3- la mère aussi est châtrée, résurgence de la haine contre la mère (elle rejette la mère et se tourne vers le père), 4- les 3 issues du complexe de castration, naissance du complexe d’Œdipe (soit pas envie du pénis, soit envie d’être dotée du pénis du l’homme, soit envie d’avoir des substituts du pénis, se tourne vers la mère, puis désir jouir d’un pénis, et enfin désir d’être mère).

La raison pour laquelle tant de filles en veulent à leur mère a pour racine ultime le reproche que celle-ci les a fait naître femmes au lieu de les faire naître hommes.

 

II. Le concept de phallus.

 

Stade phallique : moment particulier du développement de la sexualité infantile pendant lequel culmine le complexe de castration.

L’élément organisateur de la sexualité humaine est la représentation construite de l’organe génital mâle.

 

Phallus imaginaire : représentation psychique inconsciente qui résulte de 3 facteurs : anatomique, libidinal et fantasmatique.

Phallus symbolique : valeur d’objet détachable du corps, amovible et échangeable avec d’autres objets. Etalon symbolique qui rend possible que des objets quelconques soient sexuellement équivalents, c’est-à-dire référés tous à la castration.

Le phallus est le signifiant du désir.

C’est le signifiant de la loi, la séparation avec la mère.

Le même phallus en tant qu’imaginaire est l’objet visé par la castration, et en tant que symbolique est la coupure qu’opère la castration.

Le pénis réel, parce qu’investi, n’existe que comme phallus imaginaire ; le phallus imaginaire à son tour, parce qu’échangeable, n’existe que comme phallus symbolique ; et le phallus symbolique parce que signifiant du désir, se confond avec la loi séparatrice de la castration.

 

III. Le concept de narcissisme.

 

Narcissique : mode particulier du rapport à la sexualité.

 

Le concept de narcissisme chez Freud.

 

Narcissisme primaire : état qu’on ne peut pas directement observer, mais dont on doit poser l’hypothèse par un raisonnement récurrent. Les pulsions partielles cherchent chacune pour soi, leur satisfaction sur le corps propre. Le moi n’est pas encore constitué. Représente un espace de toute-puissance qui se crée dans la rencontre entre le narcissisme naissant de l’enfant et le narcissisme renaissant des parents.

Narcissisme secondaire : narcissisme du moi. On s’éprouve à travers l’autre. Investissement libidinal (sexuel) de l’image du moi, cette image étant constituée par les identifications du moi aux images des objets.

L’enfant sort du narcissisme primaire lorsque son moi se trouve confronté à un idéal auquel il doit se mesurer, idéal qui s’est formé à l’extérieur de lui, et qui lui est imposé de l’extérieur.

Idéal du moi : représentations culturelles, sociales, impératifs éthiques, tels qu’ils sont transmis par les parents.

Par le complexe de castration, s’opère la reconnaissance d’une incomplétude qui va susciter le désir de retrouver la perfection narcissique.

S’aimer soi-même à travers un semblable, c’est ce que Freud nomme le choix d’objet narcissique.

Le moi peut se représenter comme un oignon forme par différentes couches d’identifications à l’autre.

Dans les maladies narcissiques (démence précoce et schizophrénie), il se produit un retrait de la libido dont l’objet était investi. Le moi accumule toute la libido qui y stagne, et l’objet s’en détache.

Dans la maladie organique, le malade retire ponctuellement tout son intérêt libidinal du monde extérieur et de ses objets d’amour tandis que s’opère un repli de la libido sur son moi.

L’hypocondriaque investit une zone de son corps qui prend valeur d’organe sexuel en état d’excitation, l’érogénéité étant une propriété générale de tous les organes, n’importe quelle partie du corps peut se trouver investie comme un organe génital douloureusement sensible. Donc, la libido cesse de circuler.

 

Le concept de narcissisme chez Lacan.

 

Puisque le moi se forme à partir de l’image de l’autre, il se produit une tension lorsque le sujet voit son propre corps dans l’image de l’autre, il perçoit sa propre maîtrise réalisée dans l’autre, et pourtant ce dernier reste étranger.

Le mouvement de la libido suit le mouvement du retour de l’image de l’autre comme étant mon image.

Le moi n’est autre que cette captation imaginaire qui caractérise le narcissisme.

Narcissisme et agressivité se constituent en un seul temps, celui de la formation du moi dans l’image de l’autre.

Le moi possède une structure paranoïaque, il est un lieu de méconnaissance.

Le 1er élan de l’appétit et du désir passe chez le sujet humain par la médiation d’une forme qu’il voit projetée extérieure à lui, d’abord dans son propre reflet, puis dans l’autre. Donc, l’image narcissique constitue une des conditions de l’apparition du désir et de sa reconnaissance.

L’idéal du moi, symbolique, soutient le narcissisme, médiation entre le moi et le semblable.

Signifiant : élément d’une chaîne langagière ou le désir de l’autre s’inscrit.

L’image du corps donne le cadre des inscriptions signifiantes du désir de l’autre.

L’image que l’autre renvoie n’est pas complète, elle reste trouée car l’autre est également un être pulsionnel. Une part sexuelle qui trace l’image.

Le moi, le narcissisme, est composé d’un ensemble d’images investies qui circulent autour d’un manque, il s’agit d’un montage autour d’un trou. Ce trou réel, représente la cause du montage du narcissisme, et les images investies permettent de s’accommoder de cette béance.

L’autre est également troué, il est incapable de donner à l’enfant un signifiant adéquat, un signifiant qui le satisfasse.

Ma propre image et l’image de l’autre apparaissent comme une seule et même instance : le moi, en tant que rassemblement d’images.

 

Narcissisme et transfert.

 

L’amour, qui comporte toujours une part de narcissisme, constitue un mouvement nécessaire à l’instauration du transfert. Les images investies narcissiquement, ne doivent pas arrêter le mouvement de la libido, mais seulement le canaliser.

La présence corporelle de l’analyste est un lieu d’ancrage nécessaire.

 

IV. Le concept de sublimation.

 

Sublimation : soit expression positive la plus élaborée et socialisée de la pulsion, soit moyen de défense capable de tempérer les excès et les débordements de la vie pulsionnelle.

Le souvenir sexuel est sublimé, le fantasme est le moyen qui permet cette sublimation et le produit final de la sublimation.

La sublimation consiste à remplacer l’objet et le but sexuel de la pulsion par un objet et un but non sexuel.

La force pulsionnelle sublimée reste toujours sexuelle parce que la source d’où elle provient est sexuelle, et reste constamment active car son but n’étant jamais entièrement atteint, sa poussée insiste et persiste.

Pour Freud, les êtres humains sont des êtres désirants dont la seule réalité est l’insatisfaction.

Une pulsion sublimée sera dite sexuelle si nous pensons à son origine et à la nature de son énergie libidinale, et sera dite non sexuelle si nous pensons au type de satisfaction obtenue et à l’objet qui la procure.

La sublimation est le passage d’une satisfaction à une autre.

Pour se produire, la sublimation requiert l’intervention du moi narcissique. Et l’idéal du moi engage et oriente la sublimation.

Le moi relie d’abord la libido de l’objet sexuel, puis la retourne sur lui-même et assigne enfin à cette libido un nouveau but non sexuel.

L’idéal du moi joue le rôle de déclencheur du processus avec cette particularité qu’une fois le mouvement de sublimation amorcé, l’élan créateur de l’œuvre se détache de l’idéal du moi qui l’avait initialement suscité. Et l’idéal du moi indique la direction du mouvement engagé.

Elever l’objet narcissique à la dignité de la Chose, veut dire que l’empreinte du moi du créateur, objectivé en œuvre d’art, a ouvert chez l’autre la dimension intolérable d’un désir de désir, d’un désir en suspens sans aucun objet assigné.

Une activité d’origine sexuelle, désexualisée à travers le narcissisme, orientée vers l’idéal du moi et génératrice d’une œuvre humaine non sexuelle, telle est la dynamique propre du mouvement de la sublimation.

 

V. Le concept d’identification.

 

Identification : pour Freud, c’est un processus de transformation effectué au sein même de l’appareil psychique, hors de notre espace habituel et imperceptible directement par nos sens. Lorsque le moi, par un processus inconscient, se transforme en un aspect de l’objet. Pour Lacan, cela désigne la naissance d’une instance psychique nouvelle, la production d’un sujet nouveau. L’identification signifie que la chose avec laquelle le moi s’identifie est la cause du moi.

 

Les catégories freudiennes de l’identification.

 

Identification totale entre le moi inconscient et l’objet total : mythique, identification primaire avec le Père mythique de la horde primaire.

Identification partielle entre le moi et un aspect de l’objet : aspect d’une représentation, aspect peut être image locale, image globale, émoi, trait distinctif.

- Identification partielle au trait de l’objet (identification régressive) : le moi fait d’abord lien avec l’objet, s’en détache, se replie, régresse et se résout dans les traces symboliques de ce qui n’est plus.

- Identification partielle avec l’image globale de l’objet (identification mélancolique) : l’image de l’objet aimé, désiré et perdu, que le moi triste fait sienne, est en vérité sa propre image qu’il avait investie comme étant l’image de l’autre. L’ombre de l’objet aimé, désiré et perdu, son image et tout autant image du moi, retombe sur le moi, le recouvre et le dissout.

- Identification partielle à l’image locale de l’objet (identification hystérique) : soit une image du lieu génital, soit image privée du lieu génital.

- Identification partielle à l’objet en tant qu’émoi (identification hystérique) : assimilation du moi à la jouissance du couple, le moi vient à la place d’un trou dans la trame des représentations psychiques inconscientes.

Objet : représentation inconsciente préalable à l’existence d’autrui, d’une représentation déjà là et contre laquelle viendra ensuite se caler la réalité extérieure de la personne de l’autre ou de l’un quelconque de ses attributs vivants.

L’objet central du désir de l’hystérique n’est pas un objet précis, mais le lien, l’intervalle qui lie l’un à l’autre des partenaires du couple fantasmé.

 

Les catégories lacaniennes de l’identification.

 

Identification symbolique du sujet à un signifiant : à l’origine du sujet de l’inconscient. Signifiant et sujet comme composants. Naissance du sujet de l’inconscient qui est le nom d’une relation abstraite entre un signifiant et un ensemble de signifiants. Le sujet de l’inconscient est un trait absent de nom histoire et pourtant la marquant à jamais. Désigne la production du sujet de l’inconscient comme un sujet en mois dans une vie.

Identification imaginaire du moi à l’image de l’autre : à l’origine du moi. Image et moi comme composants. Naissance du moi, le moi s’identifie aux images où il se reconnaît.

Identification fantasmatique du sujet à l’objet : à l’origine du fantasme. Sujet inconscient et objet comme composants. Naissance d’un complexe psychique appelé fantasme. La zone érogène du corps marque de sa sexualité aussi bien le surplus d’énergie non converti que l’énergie déchargée. Au moment de l’apparition d’une formation fantasmatique, le sujet se cristallise dans la part compacte d’une tension qui n’arrive pas à se décharger.

Signifiant : entité formelle, n’existe jamais seul.

Trait unaire : élément commun, signe distinctif qui se répète en chacun des évènements signifiants au-delà de leurs différences.

 

VI. Le concept de surmoi.

 

Surmoi (surmoi primordial) : l’interdiction que les parents imposent à l’enfant œdipien de réaliser son désir incestueux, devient dans le moi un ensemble d’exigences morales et de prohibitions que le sujet s’impose à lui-même. Héritier du complexe d’Œdipe. Le surmoi représente la renonciation à éprouver la jouissance que l’enfant aurait connue si l’inceste avait eu lieu. Représentant d’une loi symbolique inconsciente.

Le surmoi est issu du conflit entre la loi et la jouissance absolue de l’inceste.

Le surmoi est l’interdit de l’inceste et le garant de la répétition des 3 gestes fondamentaux qui ont marqué la sortie de l’Œdipe, à savoir renoncer à la jouissance interdite, garder son désir envers cette même jouissance considérée comme inaccessible, et sauver son pénis de la menace de castration. Jouissance interdit des points de vue de la loi, inaccessible du point de vue du désir, et dangereuse pour la consistance du moi.

Surmoi-conscience : partie de notre personnalité qui règle nos conduites, nous juge et s’offre en modèle idéal. Représente la part subjective des fondements de la morale, de l’art, de la religion, et de toute aspiration vers le bien-être social et individuel de l’homme.

Surmoi-inconscient/tyrannique : commande et nous on obéit à notre insu, recherche de la jouissance absolue.

Dans le surmoi règne une pure culture de la pulsion de moi.

Le surmoi inconscient émerge d’un traumatisme quel qu’il soit, subi par l’enfant indépendamment de son âge lorsque ses fantasmes lui font entendre la voix d’un adulte comme une injonction brutale et déchirante.

Le surmoi tyrannique ne serait qu’une catégorie dérivée du surmoi primordial œdipien.

Le surmoi primordial s’édifie d’après l’incorporation de l’image de l’autorité parentale et d’après l’inscription dans le moi de la loi de l’interdit de l’inceste, et le surmoi tyrannique nait intempestivement de la déchirure traumatique subie par le moi lors du rejet d’une parole symbolique.

Le propre de la culpabilité inconsciente est de réveiller la nécessité irrépressible d’être puni. Et le besoin de punition se double d’un besoin de nomination.

Faute inconnue commise par le moi → sentiment inconscient de culpabilité éprouvé par le moi → action punitive infligée par le surmoi.

Doublement coupable aux yeux du surmoi, de ne pas accomplir son désir et, à l’inverse, d’être trop près de l’accomplir, le moi reste enfermé dans l’étau de l’affrontement des 2 demandes antagonistes du surmoi.

 

VII. Le concept de forclusion.

 

Forclusion : défaut d’inscription dans l’inconscient de l’épreuve normative de la castration.

 

Le concept de forclusion chez Freud.

 

Ce qui constitue un danger pour le moi est la résurgence imminente, sous la forme d’une idée inconsciente, de l’épreuve douloureuse de la castration.

Dans les névroses, la défense s’organise en remplaçant la représentation insupportable par une autre représentation plus acceptable pour le moi. L’échec de ce mécanisme de substitution donnera lieu aux symptômes typiquement névrotiques.

Dans les psychoses, la défense consiste en une séparation radicale et définitive du moi et de la représentation. Ce qui plonge la personne dans un état grave de confusion hallucinatoire. Peut aller jusqu’à une abolition radicale de la représentation, à croire que l’expérience de castration n’a jamais existé.

Dans la névrose, la chose refoulée et son retour sont tous 2 de nature symbolique, homogènes ; dans la psychose, la chose rejetée et ce qui fait retour sont profondément hétérogènes.

 

Le concept de forclusion chez Lacan.

 

La dimension symbolique comporte : le Tout, l’Un et le Manque.

La forclusion rompt l’articulation entre le Tout et l’émergence toujours recommencée de l’Un nouveau, soit entre le jugement d’affirmation et le jugement d’existence.

La forclusion opérerait sur un signifiant.

Nom-du-Père : fonction paternelle telle qu’elle est intériorisée et assumée par l’enfant lui-même. Métaphore du désir de l’enfant traversé par le désir de la mère. Expression signifiante occupant la place de cette métaphore.

Le signifiant du Nom-du-Père est la réponse toujours renouvelée à un appel provenant d’un autre, d’un semblable extérieur au sujet. La forclusion est la non-venue du signifiant du Nom-du-Père à la place et au moment où il était appelé à advenir.

La forclusion du signifiant du Nom-du-Père entraîne des désordres dans le symbolique et des désordres dans l’imaginaire.

 

 

► Très intéressant. Un livre facile à lire, très abordable, bien expliqué, une très bonne base de la psychanalyse. Vivement recommandé.



31/03/2013
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