Cours de psychologie

Dossier

Qu’est-ce que le stade du miroir ? C’est le moment où l’enfant entre 6 et 18 mois, va se reconnaître dans l’image qu’il projette, formateur de la fonction sujet, du « Je ».

 

 

I. Les précurseurs.

 

 

Le premier psychologue à avoir décrit l’importance du miroir dans la construction psychologique est Henri Wallon. Pour lui, lors du stade émotionnel qui se déroule entre 6 et 12 mois, l’enfant peut unifier son corps grâce à l’image extériorisée du miroir.

 

Par la suite, René Zazzo relèvera les quatre étapes de la réaction de l’enfant face à son image :

- 1 : Reconnaissance de l’image de l’autre.

- 2 : Pas d’identification de soi puisque l’enfant prend son image pour un autre enfant.

- 3 : Malaise devant son reflet.

- 4 : Et enfin identification de l’enfant à sa propre image.

 

Enfin, Jacques Lacan reprendra ce stade pour l’introduire dans la théorie psychanalytique, en reliant l’image spéculaire (image reflétée par le miroir) et le langage. Pour lui, la constitution du sujet humain se fait à travers l’image spéculaire et les mots prononcés par la mère (ou figure parentale) et qui le désignent comme distinct d’elle. C'est cette combinaison entre l'image spéculaire et le langage tenu par la mère qui fait sortir l’enfant de la confusion à sa mère.

 

 

II. Théorie de Jacques Lacan.

 

 

Jacques Lacan a travaillé sur la théorie du stade du miroir pendant toute son œuvre. Plus particulièrement, il a commencé à travailler sur ce concept vers 1936, et il n’a cessé de le remanier jusqu’aux alentours de 1960.

Il n’est donc pas aisé de ramener ses réflexions en une seule théorie. D’autant plus que ce stade a été remanié avant et après l’invention du RSI (Réel, Symbolique et Imaginaire), ainsi qu’avant et après l’invention de l’objet a (objet manquant).

 

Grâce à ce concept, il va ramener au-devant Freud, en remodelant certains problèmes posés par la psychanalyse. Comme la nature du moi, les rôles du moi idéal et de l’idéal du moi, ainsi que le narcissisme.

Mais d’abord, ce stade du miroir met en avant deux concepts fondamentaux. Celui du corps propre de l’enfant, dans le sens de l’unité du corps, et celui de représentation, dans le sens de pouvoir se situer face à son image.

 

 

Description du stade du miroir.

 

Jacques Lacan nous explique que nous ne voyons pas notre corps en totalité. Lorsque l’enfant vient au monde, il ne se voit pas, il ne peut même pas envisager l’unité de son corps, il se voit donc comme morcelé.

Ce problème de morcellement est présent chez les enfants autistes. Il n’y a aucune identification lors du stade du miroir, ils ne voient pas leur corps propre, ils restent donc sur une image morcelée.

De plus, étant dépendant de la mère et vivant à travers elle, l’enfant ne fait aucune distinction entre lui et sa mère.

Le stade du miroir est donc essentiel à l’enfant pour qu’il reconnaissance son image propre et pour qu’il voie son corps en entier. Lors de ce stade, l’enfant passe par trois étapes :

            - D’abord, il réagit comme si l’image projetée était une réalité de l’image de l’autre.

            - Ensuite, il va cesser de percevoir cette image comme un objet réel.

            - Enfin, il va s’identifier à l’image. Il découvre la totalité de son corps et son identité.

 

Le stade du miroir n’a pas seulement la fonction de permettre à l’enfant de se connaître physiquement, mais également psychologiquement. L’identification de son image, permet aussi de s’identifier en tant que sujet.

Plus particulièrement, lorsque l’enfant s’identifie dans le miroir, il se découvre distinct de l’autre, il y a donc un autre et un « Je ». C’est grâce à cette autre présence, que le sujet peut se construire.

 

Jacques Lacan met en avant le mouvement de l’enfant lorsqu’il se voit dans le miroir. L’enfant se retourne vers sa mère qui le porte, comme s’il demandait confirmation de la reconnaissance.

Donc, l’image présente dans le miroir n’est pas le seul facteur à la construction du sujet. En cherchant le regard de l’autre, l’enfant demande une confirmation, ce regard va lui permettre de s’identifier. De plus, ce passage est accompagné de la parole, bien souvent on lui dit « regarde, c’est toi », ainsi l’enfant peut comprendre « c’est moi ».

Plus simplement, l’enfant reconnait d’abord l’autre dans le miroir, puis il se voit bien distinct et entier. Il se tourne alors vers l’autre, qui l’approuve par le regard et le confirme par la parole.

Ainsi, c’est dans le regard et dans les dires de cet autre, tout autant que dans sa propre image, que l’enfant vérifie son unicité/unité.

 

La phase du miroir apparaît après que l’enfant ait fait l’expérience angoissante de l’absence de sa mère. Ce stade du miroir va donc rassurer l’enfant en lui faisant prendre conscience de la totalité de son corps.

Selon Jacques Lacan, l’enfant jubile en contemplant son image. L’enfant développe un plaisir, qui donnera une base aux pulsions.

 

 

Formation du sujet.

 

Lorsque grâce au miroir, l’enfant se voit confirmer son unité, se forme aussi le « Je », en tant que sujet.

 

Il a été expliqué plus haut, que l’enfant perçoit d’abord l’autre, avant de se percevoir lui-même. Puis, il se retourne vers l’autre pour chercher une reconnaissance.

A ce moment là, l’enfant prend conscience de la notion de sujet. En faisant la distinction entre sa mère et lui-même, il perçoit donc sa mère comme un sujet à part entière, et se découvre lui-même sujet bien distinct de la mère.

 

Jacques Lacan fait une distinction entre l’individu et le sujet. Pour lui le sujet est social. Dans cette phase du miroir, le « Je » se constitue en rapport aux autres. Les autres forment un repère. Le « Je » se crée en opposition avec l’autre, c’est parce qu’il y a un autre, que le « Je » peut exister. La présence de l’autre renvoie à la capacité de dire « Je ».

 

Lorsque l’enfant se retourne, il cherche dans le regard de l’autre une reconnaissance. Il attribue donc au regard de l’autre une fonction réfléchissante. Il transfert sa perception de son image spéculaire dans le regard d’autres sujets.

Il devient ainsi, un être social. Il existe à travers le regard des autres. Les relations sociales forment tout au long de notre vie, le « Je ». Le sujet évolue en fonction de l’image renvoyée par les autres. Nous sommes tous des miroirs les uns pour les autres.

 

De plus, lors de cette formation du sujet, apparaît le narcissisme. Le moi qui se forme est ce qui devient le plus important. Le « Je » qui se crée va lui-même créé le « Moi ». Le « Je » représente l’être social qui s’identifie à une image, et le « Moi » c’est l’image à laquelle on s’identifie.

Et, pour Jacques Lacan, quand l’identité du moi n’est pas formée correctement, une certaine image du corps morcelé est conservée. Ce qui peut tendre vers une névrose.

 

Ici se pose également selon Jacques Lacan la distinction entre le moi idéal et l’idéal du moi. Le premier, c’est le moi idéalisé, celui que l’enfant reconnait dans l’image spéculaire, formateur du « Moi » et faisant partie de l’imaginaire ; et le second, c’est le moi validé par autrui, soit la mère, qui permet une identification au niveau symbolique.

 

En prenant conscience de l’unité de son corps, l’enfant s’identifie en tant que sujet social, il existe parce que l’autre existe.

 

 

Apport du RSI et de l’objet a.

 

Jacques Lacan a développé la théorie du RSI : réel, symbolique et imaginaire.

Le symbolique est la capacité de représentation. Dans le stade du miroir, c’est le moment où l’enfant prend conscience de la totalité de son corps, de lui-même en tant que sujet. Il acquiert donc ici la capacité de se représenter en tant qu’être à part entière, distinct de la mère.

L’imaginaire est l’autre avec un petit a et les relations à cet autre. Ici, il s’agit donc de la mère. L’enfant perçoit sa mère distincte de lui, il l’entrevoit comme sujet évident, avec qui il a des relations.

Enfin, le réel est la rupture entre l’imaginaire et le symbolique. Il s’agit donc ici du corps propre de l’enfant. C’est le corps biologique.

 

Jacques Lacan introduit la notion de l’objet a. Ce concept désigne l’objet correspondant au désir, c’est le manque à être, ce qui ne peut être désigné par aucun objet réel.

Lors de la naissance, l’enfant subit une première perception de l’objet a. Il sort de la mère, on coupe le cordon ombilical qui le reliait à la mère. Il perçoit ici une première séparation, sans en comprendre le sens puisqu’il reste dépendant de la mère, ne pouvant dans un premier temps vivre indépendamment des autres.

Dans le stade du miroir, le manque à être est la séparation de l’enfant avec la mère. Avant ce stade, l’enfant se perçoit unifier à sa mère, il n’a pas conscience de son propre corps. Lors de ce stade, il se distingue de la mère, il voit sa mère et lui-même comme deux sujets à part. L’objet a désigne donc ce manque de ne plus être rattachée à la mère, de ne plus faire qu’un avec elle.

 

Par conséquent, le stade du miroir permet à l’enfant de développer sa capacité mentale, en faisant la distinction entre le réel, le symbolique et l’imaginaire. De plus, ce stade marque la finalité de la formation de la fonction de l’objet a.

 

 

III. Compléments.

 

 

Françoise Dolto qui reprendra la théorie de Jacques Lacan, sera en désaccord sur trois points fondamentaux.

Pour elle, le miroir n’est pas que l’image scopique, mais toute autre forme sensible, comme la voix.

De plus, elle met en avant le fait que nous sommes des êtres pré-spéculaire dès la conception, ce qui signifie que le stade du miroir ne serait pas le point de la constitution de l’individu, mais l’inscription définitive du sujet dans son corps biologique.

Enfin, alors que Jacques Lacan voit l’enfant jubilant face à son corps unifié, Françoise Dolto affirme que l’enfant subit une castration symboligène qui le fait souffrir puisqu’il se voit séparer de la mère.

 

Quant à Mélanie Klein, elle mettra en avant l’importance de l’autre dans ce stade, c’est-à-dire les désirs que l’autre ressent, ses réactions, ou encore sa propre conception de son corps, qui interféreront avec la reconnaissance de l’enfant à lui-même.

 

 

IV. Conclusion.

 

 

A la naissance l’enfant se croit unifier à sa mère, il ne fait aucune distinction entre lui et elle. Il est rattaché à l’image de cette dernière. Au stade du miroir, il se reconnaît, il y a donc une désaliénation à la mère et aliénation à sa propre image, il devient une personne à part entière. Il s’agit d’une aliénation du sujet à une image qui sert d’identification du « Je » si elle est validée par la reconnaissance d’un autre.

En conclusion, ce stade du miroir est un moment indispensable dans la constitution du sujet. Il permet de créer l’identification, qui se répercutera dans toutes les relations sociales au cours de la vie. Le schéma de l’identification restera le même tout au long de l’existence.



16/04/2014
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