Cours de psychologie

Cours de Linguistique générale - Ferdinand de Saussure

 

Saussure introduit sens/signification et phonation à la substance dont est faite la parole, et signifiant et signifié pour désigner les classes de sens et de phonations.

Signe : union d’un signifiant et d’un signifié. Radicalement arbitraire.

L’arbitraire est à l’origine du caractère oppositif des entités signifiantes et signifiées. La linéarité est au contraire à l’origine du caractère syntagmatique des entités.

Langue : système des structures possibles de signes minimums.

Etude diachronique : étude de l’évolution d’un système et d’une de ses parties à travers le temps.

L’usage qu’une société fait de la langue est la condition pour que la langue soit viable. Le lien social est facteur de stabilité et de changement.

 

I. Introduction.

 

Coup d’œil sur l’histoire de la linguistique.

 

On a d’abord fait de la grammaire qui vise à donner des règles pour distinguer les formes correctes des formes incorrectes. Ensuite, de la philologie qui s’attache trop à la langue écrite et oublie la langue vivante. Enfin, ce fut la philologie comparative ou grammaire comparée, pour comparer les langues entre elles.

 

Matière et tâche de la linguistique, ses rapports avec les sciences connexes.

 

Taches de la linguistique : description et histoire de toutes les langues, chercher ce qui est permanent et universel dans les langues, se délimiter et se définir elle-même.

Tout est psychologique dans la langue.

 

Objet de la linguistique.

 

Bien loin que l’objet précède le point de vue, on dirait que c’est le point de vue qui crée l’objet.

Le son, unité complexe acoustico-vocale, forme une unité complexe physiologique et mentale.

Le langage a un côté individuel et un côté social.

Il faut se placer sur la langue et la prendre pour norme de toutes les autres manifestations du langage.

La langue est une portée essentielle du langage, produit social et ensemble de conventions nécessaires.

Ce qui est naturel à l’homme est la faculté de constituer une langue, c’est-à-dire un système de signes distincts correspondants à des idées distinctes.

Au-dessus du fonctionnement des divers organes il existe une faculté plus générale, celle qui commande aux signes, et qui serait la faculté linguistique par excellence.

La langue fait l’unité du langage.

Le point de départ est dans le cerveau, où les faits de conscience (concepts) se trouvent associés aux représentations des signes linguistiques ou images acoustiques servant à leur expression.

C’est par le fonctionnement des facultés réceptives et coordinatives que se forment chez les sujets parlants des empreintes qui arrivent à être sensiblement les mêmes chez tous.

La langue n’est pas une fonction du sujet parlant, elle est le produit que l’individu enregistre passivement.

La parole est un acte individuel de volonté et d’intelligence, dans lequel il convient de distinguer les combinaisons par lesquelles le sujet parlant utilise le code de la langue en vue d’exprimer sa pensée personnelle, et le mécanisme psycho-physique qui lui permet d’extérioriser ces combinaisons.

Sémiologie : science qui étudie la vie des signes au sein de la vie sociale.

 

Linguistique de la langue et linguistique de la parole.

 

L’étude du langage comporte 2 parties : a pour objet la langue qui est sociale dans son essence et indépendante de l’individu, cette étude est uniquement psychique ; et a pour objet la partie individuelle du langage, c’est-à-dire la parole y compris la phonation, elle est psycho-physique.

La langue est nécessaire pour que la parole soit intelligible et produise tous ses effets, mais celle-ci est nécessaire pour que la langue s’établisse.

 

Eléments internes et éléments externes de la langue.

 

La linguistique externe concerne : l’ethnologie, les relations avec l’histoire politique, avec les institutions et l’extension géographique. Elle peut accumuler détail sur détail sans être dans un système serré.

La linguistique interne n’admet pas une disposition quelconque, la langue est un système qui ne connait que son ordre propre. Est interne tout ce qui change le système à un degré quelconque.

 

Représentation de la langue par l’écriture.

 

La langue a une tradition orale indépendante de l’écriture.

Système idéographique : le mot est représenté par un signe unique et étranger aux sons dont il se compose. Ce signe se rapporte à l’ensemble du mot, et par là, indirectement à l’idée qu’il exprime.

Système phonétique : vise à reproduire la suite des sons se succédant dans le mot. Les écritures phonétiques sont tantôt syllabiques, tantôt alphabétique, c’est-à-dire basées sur les éléments irréductibles de la parole.

A une étape de l’histoire de la langue correspond une étape dans celle de la graphie.

Cas tératologique : déformations phoniques dues à un facteur étranger à la langue.

 

La phonologie.

 

C’est la physiologie des sons, ne relève que de la parole.

Indices externes : témoignages des sons et prononciations des époques précédentes.

Indices internes : indices tirés de la régularité des évolutions phonétiques.

Les espèces phonologiques : Phonème : somme des impressions acoustiques et des mouvements articulatoires, de l’unité entendue et de l’unité parlée, l’une conditionnant l’autre.

Dans la production du son, les facteurs qui peuvent entrer en jeu sont l’expiration, l’articulation buccale, la vibration du larynx et la résonance nasale. 2 sont constants, nécessaires et suffisants pour la production du son (expiration, articulation buccale), les 2 autres peuvent manquer ou se surajouter (vibration du larynx, résonance nasale). Quand il y a vibration du larynx, résonance nasale et articulation buccale, ils déterminent toutes les espèces essentielles d’actes phonatoires.

Aperture : certain degré d’ouverture entre 2 limites extrêmes qui sont l’occlusion complète et l’ouverture maximale. On en distingue 7 :

 

 

Le phonème dans la chaine parlée : Implosif = fermant : Explosif = ouvrant.

Frontière de syllabe : effet du passage d’une implosion à une explosion.

Point vocalique : son où l’on passe d’un silence à une première implosion.

Consonante : tous les sons précédents ou suivants de la même syllabe (sonante toujours implosive, consonante les 2).

La phonation suppose une succession d’implosions et d’explosions, et c’est là la condition fondamentale de la syllabation.

Explosion et implosion sont différentes sous le rapport de la durée. Explosion est trop rapide, implosion est appréciée.

Diphtongue : chaînon implosif de 2 phonèmes dont le second est relativement ouvert, d’où une impression acoustique particulière.

 

II. Principes généraux.

 

Nature du signe linguistique.

 

Nomenclature : liste de termes correspondant à autant de choses, instance de classification.

Le signe linguistique unit un concept (signifié) et une image acoustique (signifiant).

Un signe est une combinaison du signifié et du signifiant. Il est arbitraire par rapport au signifié, avec lequel il n’a aucune attache naturelle dans la réalité.

Le signifiant est linéaire, il représente une étendue qui est mesurable dans une seule dimension (ligne). Ses éléments se présentent l’un après l’autre, ils forment une chaîne.

 

Immutabilité et mutabilité du signe.

 

La langue apparaît comme un héritage de l’époque précédente.

Caractère arbitraire du signe, multitude des signes nécessaires pour constituer n’importe quelle langue, langue constitue un système, résistance de l’inertie collective à toute innovation linguistique (la langue subit une influence).

Si la langue a un caractère de fixité, ce n’est pas seulement parce qu’elle est attachée au poids de la collectivité, c’est aussi qu’elle est située dans le temps.

C’est parce que le signe est arbitraire qu’il ne connait d’autre loi que celle de la tradition, et c’est parce qu’il se fonde sur la tradition qu’il peut être arbitraire.

Le temps altère les signes linguistiques, et ces altérations aboutissent à un déplacement du rapport entre le signifié et le signifiant.

Une langue est radicalement impuissante à se défendre contre les facteurs qui déplacent d’instant en instant le rapport du signifié et du signifiant. C’est une des conséquences de l’arbitraire du signe.

La langue n’est limitée en rien dans le choix de ses moyens, rien n’empêche d’associer une idée quelconque avec une suite quelconque de sons.

La langue évolue sous l’influence de tous les agents qui peuvent atteindre soit les sons, soit les sens.

 

La linguistique statique et la linguistique évolutive.

 

Axe des simultanéités concernant les rapports entre choses coexistantes, d’où toute intervention du temps est exclue. Axe des successivités sur lequel on ne peut jamais considérer qu’une chose à la fois, mais où sont situées toutes les choses du 1er axe avec leurs changements.

Est synchronique tout ce qui se rapporte à l’aspect statique de la linguistique ; diachronique tout ce qui a trait aux évolutions.

La langue est un système dont toutes les parties peuvent et doivent être considérées dans leur solidarité synchronique.

Dans la langue, aucune force ne garantit le maintien de la régularité quand elle règne sur quelque point.

La loi synchronique constate un état de choses, dans le sens d’arrangement, de principe de régularité.

Les faits synchroniques présentent une certaine régularité, mais ils n’ont aucun caractère impératif ; les faits diachroniques au contraire, s’imposent à la langue, mais ils n’ont rien de général.

Le point de vue panchronique n’atteint jamais les faits particuliers de la langue.

Tout ce qui est diachronique dans la langue ne l’est que par la parole.

La linguistique synchronique s’occupera des rapports logiques et psychologiques reliant des termes coexistants et formant systèmes, tels qu’ils sont aperçus par la même conscience collective.

La linguistique diachronique étudiera au contraire les rapports reliant des termes successifs inaperçus par une même conscience collective, et qui se substituent les uns aux autres sans former système entre eux.

 

III. Linguistique synchronique.

 

Les entités concrètes de la langue.

 

L’objet de la linguistique synchronique générale est d’établir les principes fondamentaux de tout système idiosynchronique, les facteurs constitutifs de tout état de langue.

L’entité linguistique n’existe que par l’association du signifiant et du signifié, et elle n’est complètement déterminée que lorsqu’elle est délimitée, séparée de tout ce qui l’entoure sur la chaine phonique.

Unité : tranche de sonorité qui est, à l’exclusion de ce qui précède et de ce qui suit dans la chaine parlée, le signifiant d’un certain concept.

La langue a le caractère d’un système basé complètement sur l’opposition de ses unités concrètes.

 

Identités, réalités, valeurs.

 

L’identité synchronique repose sur des éléments qu’il faudra rechercher et qui  feront toucher de très près à la nature véritable des unités linguistiques.

Il n’y a pas de faits linguistiques indépendants d’une manière phonique découpée en éléments significatifs.

La notion d’identité se confond avec celle de valeur et réciproquement. La valeur recouvre les notions d’unité, d’identité concrète et de réalité.

 

La valeur linguistique.

 

La langue sert d’intermédiaire entre la pensée et le son, dans des conditions telles que leur union aboutit nécessairement à des délimitations réciproques d’unités.

Chaque terme linguistique est un petit membre où une idée se fixe dans un son et où un son devient le signe d’une idée.

La valeur est toujours constituée par une chose dissemblable susceptible d’être échangée contre celle dont la valeur est en cause, et par des choses similaires qu’on peut comparer avec celle dont la valeur est en cause.

Toutes les valeurs conventionnelles présentent ce caractère de ne pas se confondre avec l’élément tangible qui leur sert de support.

Le signifiant linguistique, dans son essence, n’est pas phonique, il est incorporel, constitué non par sa substance matérielle, mais uniquement par les différences que séparent son image acoustique de toutes les autres. Ce principe s’applique à tous les éléments matériels de la langue.

Les signes de l’écriture sont arbitraires, aucun rapport entre eux, et la valeur des lettres est purement négative et différentielle. La valeur de l’écriture n’agit que par son opposition réciproque au sein d’un système défini, composé d’un nombre déterminé de lettres. Le moyen de production du signe est totalement indifférent car il n’intéresse pas le système.

Dans la langue, il n’y a que des différences sans termes positifs. Signifié et signifiant pris séparément sont négatifs, mais ensemble ils forment un signe positif. La linguistique doit maintenir le parallélisme entre ces 2 ordres de différences.

Les caractères de l’unité se confondent avec l’unité elle-même.

La langue est une forme et non une substance.

 

Rapports syntagmatiques et rapports associatifs.

 

Syntagmes : combinaisons de mots les uns à la suite des autres et qui ont pour support l’étendue.

Rapport associatif : coordination de mots en mémoire.

Le rapport syntagmatique est in praesentia : il repose sur 2 ou plusieurs termes présents dans une série effective. Au contraire, le rapport associatif unit des termes in absentia dans une série mnémonique virtuelle.

Dans le domaine du syntagme, il n’y a pas de limite tranchée entre le fait de langue, marque de l’usage collectif, et le fait de parole, qui dépend de la liberté individuelle.

Tandis qu’un syntagme appelle tout de suite l’idée d’un ordre de succession et d’un nombre déterminée d’éléments, les termes d’une famille associative ne se présentent ni en nombre défini, ni dans un ordre déterminé.

 

Mécanisme de la langue.

 

Solidarité syntagmatique : presque toutes les unités de la langue dépendent soit de ce qui les entoure sur la chaîne parlée, soit des parties successives dont elles se composent elles-mêmes.

Dans la langue, tout revient à des différences, mais tout revient aussi à des groupements.

La coordination dans l’espace contribue à créer des coordinations associatives, et celles-ci à leur tour sont nécessaires pour l’analyse des parties du syntagme.

Notre mémoire tient en réserve tous les types de syntagmes plus ou moins complexes, de quelque espèce ou étendue qu’ils puissent être, et au moment de les employer, nous faisons intervenir les groupes associatifs pour fixer notre choix.

L’idée appelle tout un système latent, grâce auquel on obtient les oppositions nécessaires à la constitution du signe. Celui-ci n’aurait par lui-même aucune signification propre.

La notion du relativement motivé implique l’analyse du terme donné, donc un rapport syntagmatique, et l’appel à un ou plusieurs termes, donc un rapport associatif.

Les langues où l’immotivité atteint son maximum sont maximum sont plus lexicologiques, et celles où il s’abaisse au maximum plus grammaticales. Signes immotivé = instrument lexicologique ; règle de construction = instrument grammatical.

 

La grammaire et ses subdivisions.

 

La grammaire étudie la langue en tant que système de moyens d’expression. Qui dit grammatical dit synchronique et significatif. Morphologie et syntaxe réunies.

La syntaxe a pour objet les fonctions attachées aux unités linguistiques tandis que la morphologie n’envisage que leur forme. Mais formes et fonctions sont solidaires.

Le fait lexicologique peut se confondre avec le fait syntaxique.

Tout ce qui compose un état de langue doit pouvoir être ramené à une théorie des syntagmes et à une théorie des associations.

 

Rôle des entités abstraites en grammaire.

 

Associer 2 formes, c’est distinguer la nature des rapports qui régissent les associations.

Les entités abstraites reposent toujours, en dernière analyse, sur les entités concrètes.

L’ordre des mots est une entité abstraite mais elle doit son existence aux unités concrètes qui la contiennent et qui courent sur une seule dimension.

Une unité matérielle n’existe que par le sens, la fonction dont elle est revêtue. Et une fonction n’existe que par le rapport de quelque forme matérielle.

 

IV. Linguistique diachronique.

 

Généralités.

 

La linguistique diachronique étudie les rapports entre termes successifs qui se substituent les uns aux autres dans le temps.

La phonologie est le 1er objet de la linguistique diachronique, l’évolution des sons est incompatible avec la notion d’état.

On se meut successivement dans le domaine diachronique, en étudiant le changement phonétique, et dans le domaine synchronique, en examinant les conséquences qui en découlent.

 

Les changements phonétiques.

 

Le changement phonique n’atteint pas les mots mais les sons.

C’est un phonème qui se transforme : évènement isolé, comme tous les évènements diachroniques, mais qui a pour conséquence d’altérer d’une façon identique tous les mots où figure le phonème en question. C’est en ce sens que les changements phonétique sont absolument réguliers.

Ce n’est pas l’espèce phonologique qui se transforme, mais le phonème tel qu’il se présente dans certaines conditions.

Les phénomènes phonétiques sont spontanés quand ils sont produits par une cause interne, et combinatoires quand ils résultent de la présence d’un ou plusieurs autres phonèmes.

Si un fait phonétique est combinatoire, il est toujours conditionnel ; mais s’il est spontané, il n’est pas nécessairement absolu car il peut être conditionné négativement par l’absence de certains facteurs de changement.

L’effet des changements est illimité et incalculable. Et ils apportent une perturbation profonde dans l’organisme grammatical.

 

Conséquences grammaticales de l’évolution phonétique.

 

Une 1ère conséquence du phonème phonétique est de rompre le lien grammatical qui unit 2 ou plusieurs termes.

Un 2nd effet consiste en ce que les parties distinctes d’un mot, qui contribuaient à en fixer la valeur, cessent d’être analysables, le mot devient ainsi un tout indivisible.

Un même élément ne peut pas être soumis simultanément et dans un même lieu à 2 transformations différentes. L’évolution des sons n’a pas la vertu de créer 2 formes au lieu d’une, elle ne fait qu’accentuer des différences existant avant elle.

Alternance : 2 termes voisins ne diffèrent que par 1 ou 2 éléments faciles à dégager, et cette différence se répète régulièrement dans une série de couples parallèles. Une correspondance entre 2 sons ou groupes de sons déterminés, permutant régulièrement entre 2 séries de formes coexistantes.

 

L’analogie.

 

Le phénomène phonétique est un facteur de trouble. Partout où il ne crée pas des alternances, il contribue à relâcher les liens grammaticaux qui unissent les mots entre eux.

Analogie : forme faite à l’image d’une ou plusieurs autres d’après une règle déterminée. S’exerce en faveur de la régularité et tend à unifier les procédés de formation et de flexion.

Tout fait analogique est un drame à 3 personnages : le type transmis, légitime, héréditaire ; le concurrent ; un personnage collectif constitué par les formes qui ont créé ce concurrent.

Tandis que le changement phonétique n’introduit rien de nouveau sans annuler ce qui a précédé, la forme analogique n’entraîne pas nécessairement la disparition de celle qu’elle vient doubler.

L’analogie suppose la conscience et la compréhension d’un rapport unissant les formes entre elles.

L’analogie est une création de la parole, acte individuel. Séparation de la langue et de la parole.

C’est un aspect du phénomène d’interprétation, une manifestation de l’activité générale qui distingue les unités pour les utiliser ensuite.

 

Analogie et évolution.

 

Rien n’entre dans la langue sans avoir été essayé dans la parole, et tous les phénomènes évolutifs ont leur racine dans la sphère de l’individu. La langue ne retient qu’une minime partie des créations de la parole, mais celles qui durent sont assez nombreuses pour que d’une époque à l’autre on voit la somme des formes nouvelles donner au vocabulaire et à la grammaire une tout autre physionomie.

Tendance à diminuer l’élément radical au profit de l’élément formatif.

L’effet le plus sensible et le plus important de l’analogie, est de substituer à d’anciennes formations d’autres plus normales, composées d’éléments vivants.

L’analogie reflète de moment en moment les changements intervenus dans l’économie de la langue et les consacre par des combinaisons nouvelles. C’est un facteur d’évolution.

Les formes se maintiennent parce qu’elles sont sans cesse refaites analogiquement. Un mot est compris à la fois comme unité et comme syntagme, et il est conservé pour autant que ses éléments ne changent pas. Inversement son existence n’est compromise que dans la mesure où ses éléments sortent de l’usage.

La conservation d’une forme peut tenir à 2 causes opposées : l’isolement complet ou l’étroit encadrement dans un système qui, resté intact dans ses parties essentielles, vient constamment à son secours.

 

L’étymologie populaire.

 

Etymologie populaire : un mot embarrassant rattaché à quelque chose de connu. Semblable à l’analogie, mais procède un peu au hasard. Interprétation pure et simple de formes incomprises par des formes connues.

L’analogie suppose toujours l’oubli de la forme antérieure, et l’étymologie populaire se réduit à une interprétation de la forme ancienne.

L’étymologie populaire n’agit que dans des conditions particulières et n’atteint que les mots rares, techniques ou étrangers, que les sujets s’assimilent imparfaitement. L’analogie est au contraire, un fait général, qui appartient au fonctionnement général de la langue.

 

L’agglutination.

 

Agglutination : réduit à l’unité une combinaison d’éléments. 2 ou plusieurs termes originairement distincts mais qui se rencontraient fréquemment en syntagme au sein de la phrase, se soudent en une unité absolue ou difficilement analysable.

3 phases dans ce phénomène : la combinaison de plusieurs termes en un syntagme, comparable à tous les autres ; synthèse des éléments du syntagme en une unité nouvelle ; tous les autres changements susceptibles d’assimiler toujours plus l’ancien groupe à un mot simple.

Dans l’agglutination, 2 ou plusieurs unités se confondent en une seule par synthèse, tandis que l’analogie part d’unités inférieures pour en faire une unité supérieure.

L’agglutination opère uniquement dans la sphère syntagmatique, tandis que l’analogie fait appel aux séries associatives aussi bien qu’aux syntagmes.

L’agglutination est un processus mécanique qui n’offre rien de volontaire, tandis que l’analogie suppose une intelligence, une intention.

L’agglutination précède toujours et fournit des modèles à l’analogie. C’est par l’analogie que l’agglutination crée des types syntaxiques et travaille pour la grammaire.

 

Unités, identités, réalités diachroniques et appendices.

 

Il n’y a pas de phénomène de syntaxe sans l’union d’une certaine chaine de concepts à une certaine chaine d’unités phoniques.

Analyse subjective : analyse des unités de la langue, faite à tous les instants par les sujets parlants.

Analyse objective : analyse des unités de la langue, fondée sur l’histoire.

Désinence : caractéristique flexionnelle ou élément variable de fin de mot qui distingue les forme d’un paradigme nominal ou verbal.

Flexion/radical : élément commun dégagé spontanément de la comparaison d’une série de mots apparentés, fléchis ou non, et qui porte l’idée commune à tous ces mots.

Racine : élément irréductible et commun à tous les mots d’une même famille.

Préfixe : précède la partie du mot reconnue comme radicale.

Suffixe : élément qui s’ajoute à la racine pour en faire un radical, ou à un 1er radical pour en faire un du 2nd degré.

Etymologie : explication des mots par la recherche de leurs rapports avec d’autres mots.

 

V. Linguistique géographique.

 

De la diversité des langues.

 

Idiome : langue comme reflétant les traits propres d’une communauté.

La parenté universelle n’est pas probable, mais même si elle était vraie ce serait impossible à démontrer à cause de tous les changements intervenus.

 

Complications et causes de la diversité géographique.

 

2 langues peuvent vivre côte à côte dans un même lieu et coexister sans se confondre.

L’unité linguistique peut être détruite quand un idiome naturel subit l’influence d’une langue littéraire.

C’est par le temps que relève la différenciation linguistique. Le changement même, l’instabilité de la langue relève du temps seul.

L’évolution prend la forme d’innovations successives et précises. Chacune de ces innovations s’accomplit sur une surface déterminée, à son aire distincte.

Il y a autant de dialectes que de lieux. Soit on définit un dialecte par la totalité de ces caractères alors on s’en tient au parler d’une seule localité (en s’éloignant on ne retrouve plus les mêmes particularités) ; soit on définit le dialecte par un seul de ces caractères alors on s’en tient à la surface de la propagation du fait en question (c’est artificiel).

Ondes d’innovation : frontières des caractères dialectaux.

 

Propagation des ondes linguistiques.

 

Si l’esprit de clocher (esprit particulariste) rend les hommes sédentaires, l’intercourse (force qui crée les communications) les pousse à communiquer entre eux.

C’est à l’intercourse que sont dues l’extension et la cohésion d’une langue. Tantôt il étouffe une innovation au moment où elle surgit, et tantôt il favorise l’unité en acceptant et propageant cette innovation.

Le facteur temps suffit pour expliquer la diversité géographique, mais ce principe ne se vérifie entièrement que si l’on considère le lieu où est née l’innovation.

Tout caractère commun avec un autre parler relève de l’intercourse, et tout caractère qui n’appartient qu’au parler du point envisagé est dû à la force de clocher.

Plus l’intercourse favorise une innovation, plus son aire s’étend ; tandis que l’esprit de clocher maintient un fait linguistique dans les limites qu’il a acquises, en le défendant contre les concurrences du dehors.

Ces deux forces (intercourse et esprit de clocher) sont en présence, seule l’intensité de leur action varie.

La théorie des ondes nous éclaire sur les lois primordiales de tous les phénomènes de différenciation et sur les conditions qui régissent la parenté des langues.

 

VI. Questions de linguistique rétrospective, conclusion.

 

Les 2 perspectives de la linguistique diachronique.

 

Tandis que la linguistique synchronique n’admet qu’une seule perspective, celle des sujets parlants, et par conséquent une seule méthode, la linguistique diachronique suppose à la fois une perspective prospective, qui suit le cours du temps, et une perspective rétrospective, qui le remonte.

Tandis que la prospection revient à une simple narration et se fonde tout entière sur la critique des documents, la rétrospection demande une méthode reconstructive, qui s’appuie sur la comparaison.

N’importe quelle langue est la continuation de ce qui se parlait avant elle.

 

Les reconstructions.

 

Rétrospectivement, la comparaison n’a pas d’autre but que d’être une reconstruction.

La comparaison implique le rapprochement de toutes les données propres à fournir une explication. Mais elle devra toujours aboutir à une conjecture tenant dans une formule quelconque, et visant à rétablir quelque chose d’antérieur. Toujours la comparaison reviendra à une reconstruction de formes.

Une forme reconstruite n’est pas un tout solidaire, mais une somme toujours décomposable de raisonnements phonétiques, et chacune de ses parties est révocable et reste soumise à l’examen.

Le but des reconstructions, est d’enregistrer les progrès de notre science.

 

Le témoignage de la langue en anthropologie et en préhistoire.

 

La consanguinité et la communauté linguistique semblent n’avoir aucun rapport nécessaire, et il est impossible de conclure de l’une à l’autre.

Le lien social tend à créer la communauté de langue et imprime peut-être à l’idiome commun certains caractères ; inversement, c’est la communauté de langue qui constitue, dans une certaine mesure, l’unité ethnique. La langue est un document historique.

On ne peut rien conclure en rapport avec la paléontologie et également avec la mentalité d’un groupe social.

 

Familles de langues et types linguistiques.

 

Aucun caractère n’est permanent de droit, il ne peut persister que par hasard. Si un caractère se maintient dans le temps, il peut tout aussi bien disparaître avec le temps. Tout ce que le temps a fait, le temps peut le défaire ou le transformer.

Harmonie vocalique : une certaine assimilation du timbre de toutes les voyelles des suffixes d’un mot à la dernière voyelle de l’élément radical.

La linguistique a pour unique et véritable objet la langue envisagée en elle-même et pour elle-même.



28/04/2013
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