Cours de psychologie

Concept psychanalytique (suite)

5. Déni, dénégation, forclusion, toxicomanie et perversion :

 

a. Déni, dénégation, forclusion :

 

Ce sont des façons de nier, de rejeter quelque chose. Construction théorique qui corresponde à des formations psychiques. Positions différentes de l’Œdipe.

                - Dénégation → névrose.

                - Déni → structure perverse.

                - Forclusion → psychose.

Forclusion est le moins organisé, le déni est un peu plus organisé, et la dénégation encore plus.

Pour la puissance, c’est l’inverse.

 

Dénégation :

 

Pour Freud, la négation est un élément langagier (non, ne…pas, avec un contenu nié). Me permet d’avoir accès furtivement à quelque chose d’inconscient. Un contenu inconscient peut passer conscient et être accepté le temps de la négation. En disant quelque chose par la négation, à l’instant même où je le dis, je peux en prendre conscience.

La négation fonde le fonctionnement névrotique. Structure fondée sur la hiérarchie des niveaux, hiérarchisation logique. Capacité de différencier les niveaux. S’oppose à la perversion.

Dénégation conserve tout ce qui est rejeté, on peut toujours avoir accès à quelque chose de refoulé.

 

Déni :

 

Le déni se met en place à partir de la perception de la différence des sexes.
→ « Le patient se refuse à croire au manque du pénis de la femme ».

Avec la castration, la femme est castrée, elle n’a pas de pénis. Le pervers le sait, mais il veut maintenir la croyance inverse. Avec la perception et le jugement, on ne peut maintenir la croyance, donc elle est répudiée, mais elle sera maintenue sous une autre forme, le fétiche. Cette croyance est donc méconnaissable.

Déni de la réalité car il y a eu contact vif avec la réalité.

La perversion est un fonctionnement contradictoire, 2 opposés maintenus en un fonctionnement psychique.

2 texte de Freud : Le fétichisme 1927, et Abrégé de psychanalyse 1938 (page 79).

Ce modèle de constitution du fétiche, modèle la vision du monde.

Le déni fonde la perversion. Rejet qui garde contact vif avec ce qui est rejeté. Structure paradoxale qui maintient 2 éléments contradictoires.

 

Forclusion :

 

La forclusion fonde la psychose. Rejet beaucoup plus profond, ce qui est rejeté n’est pas conservé, perdu à jamais. Le fonctionnement psychotique est troué, il manque le signifiant du Nom-du-Père mais fait surface dans le réel.

Des signifiants sont exclus du psychisme et perdus à jamais.

 


D’après J.D. Nasio :

Forclusion : défaut d’inscription dans l’inconscient de l’épreuve normative de la castration.

Le concept de forclusion chez Freud.

Ce qui constitue un danger pour le moi est la résurgence imminente, sous la forme d’une idée inconsciente, de l’épreuve douloureuse de la castration.

Dans les névroses, la défense s’organise en remplaçant la représentation insupportable par une autre représentation plus acceptable pour le moi. L’échec de ce mécanisme de substitution donnera lieu aux symptômes typiquement névrotiques.

Dans les psychoses, la défense consiste en une séparation radicale et définitive du moi et de la représentation. Ce qui plonge la personne dans un état grave de confusion hallucinatoire. Peut aller jusqu’à une abolition radicale de la représentation, à croire que l’expérience de castration n’a jamais existé.

Dans la névrose, la chose refoulée et son retour sont tous 2 de nature symbolique, homogènes ; dans la psychose, la chose rejetée et ce qui fait retour sont profondément hétérogènes.

Le concept de forclusion chez Lacan.

La dimension symbolique comporte : le Tout, l’Un et le Manque.

La forclusion rompt l’articulation entre le Tout et l’émergence toujours recommencée de l’Un nouveau, soit entre le jugement d’affirmation et le jugement d’existence.

La forclusion opérerait sur un signifiant.

Nom-du-Père : fonction paternelle telle qu’elle est intériorisée et assumée par l’enfant lui-même. Métaphore du désir de l’enfant traversé par le désir de la mère. Expression signifiante occupant la place de cette métaphore.

Le signifiant du Nom-du-Père est la réponse toujours renouvelée à un appel provenant d’un autre, d’un semblable extérieur au sujet.
La forclusion est la non-venue du signifiant du Nom-du-Père à la place et au moment où il était appelé à advenir.

La forclusion du signifiant du Nom-du-Père entraîne des désordres dans le symbolique et des désordres dans l’imaginaire.


 

b. Toxicomanie et perversion :

 

Toxicomane : identité du sujet centrée sur le produit. L’objet, c’est moi. Purement psychique.

Conduite additive.

Concerne aussi les alcooliques, les anorexiques…

Un toxicomaniaque est une personne qui trouve la drogue vers 13-14 ans et il ne fait plus rien, sauf de trouver son produit. Tout son psychisme est obnubilé par cela. Toute l’identité de la personne est centrée sur le produit, c’est un statut social.

Il y a une identité qui est conféré par le produit. Il y a la croyance d’être constitué par le produit.

Ex : sa date de naissance c’est la date où on a pris le produit la 1ère fois, et à l’inverse, quelqu’un qui n’est plus dans le circuit de la drogue, il est mort.

 

Quelques exemples :

- Des toxicomanes sont en voiture dans Nice. Dans le coffre, ils ont de la drogue. Sur Gambetta, il y a un barrage de police. Les policiers sont mis des clous parterre, ils ont des fusils… Ils sont là pour autre chose de bien plus grave. Les toxicomanes sont arrêtés pour simple vérification, mais ils disent d’eux-mêmes qu’ils ont de la drogue dans le coffre. → Pourquoi ? « Je fais ce que je veux ». Il y a bien conscience de la réalité, mais déni.

- On retrouve un toxicomane mort d’overdose, une seringue encore dans le bras. Et sur sa veste il y a un carton où est noté « arrêtez de faire le voyeur ». → Capable de donner son corps au médecin.

 

Le toxicomane porte son trauma à bout de bras (alors que le névrosé en a honte et le cache). Il jouit du trauma et le montre. Il veut assumer le trauma. Refus du trauma, ne le cache pas, cherche à se persuader qu’il l’a voulu.

Il cherche toujours à se disqualifier. Il n’accepte pas qu’on le traite de toxicomane, mais si on va dans son sens il affirme sa toxicomanie.

L’autre est figé par le toxico, ce dernier le pose comme à côté de la plaque.

Quand on est toxico, on détient une vérité. L’autre ne peut pas comprendre, il sera toujours dans l’erreur, il n’est pas dans le groupe. Il y a la création d’un type de discours (comme celui d’une secte).

 

Rapport à la loi : le toxico a été ravagé par la loi. Tout ce qu’on lui a présenté comme loi dans son enfance, pour lui c’est corrompu, simagrée, défaillant. Mais il tente d’imposer sa propre loi dans le champ social. Il veut faire ce qu’il veut sans tenir compte des autres. Il fait comme si la réalité n’existait pas, c’est le déni.

Destruction du corps, mais ils pensent avoir la maîtrise. Ne peuvent pas mourir.

Technique d’intimité : absence de honte. Le toxico peut passer à des confessions intimes sans aucun problème. En absence de honte, de contrainte, de culpabilité.

 

Donc, le toxico est caractérisé par 3 choses :

- Rapport au trauma : assume son trauma, il le revendique et l’exhibe.

- Volonté d’agresser l’autre : fixer l’autre dans ses jugements sur la toxicomanie pour le disqualifier. Il en devient un objet a, ils ne donnent pas envie d’être eux.

- Rapport à la loi : le toxicomaniaque est un traumatisé de la loi.

 

Le pervers commence où la névrose s’arrête.

« La perversion c’est le négatif de la névrose », Freud. La perversion et la névrose sont opposées.

La perversion est une absence d’angoisse et de culpabilité (inverse du névrosé). Pas de souffrance, c’est pour ça que le traitement est très difficile.

Le névrosé pose l’analyste comme quelqu’un qui connaît tous les problèmes et donc qu’il peut résoudre tous les problèmes. Ce qui n’existe pas dans la toxicomanie, puisque c’est le sujet lui-même qui sait, le thérapeute est un zéro.

 

 

III. Le transfert.

 

 

Transfert : relation du psychanalyste et du patient. Accrochage du psychisme du patient sur l’analyste. Fonctionne dans la vie courante, c’est un phénomène humain qui s’éprouve à des degrés variables dans toutes les relations entre individus.

Le transfert peut soigner, il peut arriver d’être malade, d’aller voir le médecin et au moment où on y va on se sent déjà mieux.

La psychanalyse a radicalisé ce fonctionnement.

Transfert est comparé à l’amour. Mais à distinguer des relations privées et institutionnelles. La psychanalyse c’est l’amour injecté dans une relation institutionnelle.

- Intensité du phénomène (on peut continuer une thérapie pendant des années).

- Proximité avec l’amour (souvent, on va en thérapie suite à la perte d’un objet).

- Besoin du transfert (on puise des forces dans cette relation).

- Relation du patient avec l’archaïque, érotisme originelle, c’est-à-dire 1ères relations avec la mère.

 

1. Transfert chez Freud :

 

La psychanalyse naît du rejet de l’hypnose, et c’est par ce rejet que Freud fonde le transfert. La psychanalyse crée la situation concrète qui intensifie le processus.

Un jour, une patiente lui saute au cou. Il sait que ce n’est pas à cause de sa beauté, il pense donc que c’est l’hypnose qui a provoqué cela.

Freud ne supportait pas l’hypnose car il y voyait une dépendance. D’accorder son psychisme à une autre personne, revient au rapport de l’enfant avec ses parents. Il pensait également que l’hypnose empêchait de comprendre les mécanismes, dissimulait les résistances et les renforçait.

 

a. Le cas Dora (1900) :

 

C’est particulièrement avec le cas Dora que Freud développe la théorie du transfert.

Le patient envoie un affect à l’analyste, et cet affect est lié à une représentation. C’’est un affect déplacé. L’analyste ne répond pas, ce qui permet au patient de voir ce transfert et de chercher à comprendre. Un affect déconnecté d’une représentation refoulée (comme la représentation est refoulée, l’affect est libre de se projeter ailleurs), se déplace sur représentation avec l’analyste. Il faut donc retrouver la représentation d’origine et recoller les deux.

Analyser le transfert c’est remettre le déplacement. Cela libèrera du transfert.

 

 

Donc, pour Freud, analyser le transfert c’est retrouver les souvenirs refoulés et le patient sera libre. La cure analytique c’est ça. La cure sera le resurgissement de l’affect.

« Le transfert, destiné à être le plus grand obstacle à la psychanalyse, devient son plus puissant auxiliaire si on réussit à le deviner chaque fois et à en traduire le sens au malade ».

 

Pour le cas Dora, Freud appelle cela « le transfert tendre et amical », c’est-à-dire localisé et réduit.

La cure est une succession de petits transferts à faire disparaître. Méthode parfaite car création puis disparition. Mais Freud ne peut maintenir cette théorie, elle s’effondre.

Le transfert a des facette multiples (du tendre au meurtrier) et il y a un transfert global, c’est lui qui détruit sa théorie.

 

b. Dynamique de transfert (1912) :

 

« D’où vient que le transfert se prête si bien au jeu de la résistance ? »

Les patients veulent guérir, mais ils tiennent à leurs symptômes. Quand ils prennent conscience qu’ils vont changer, ils prennent la fuite et aggravent leurs symptômes. C’est la réaction thérapeutique négative.

Cette réaction thérapeutique négative, en 1912 il va l’appeler la pulsion de mort (concurrence des pulsions de vie).

Résistance : quand le patient ne dit rien. La règle en thérapie est de parler, dire tout ce qui passe à l’esprit, mais là le patient ne dit rien. Il peut également y avoir un oubli. Il n’y a plus de travail analytique. Par contre, dans la vie il arrive plein de choses (accident, TS…) qui expriment le psychisme malheureux du patient.

 

Freud se dit qu’il doit y avoir une connexion entre le transfert et la résistance.

Il voit 2 transferts :

- Transfert positif : admiration, amour de l’analyste… (qui se divise en deux) :

+ Tendre et amical.

+ Erotique originel.

- Transfert négatif : haineux, envie de meurtre…

 

 

Freud dit que la résistance ne peut utiliser que le transfert négatif et le transfert érotique originel. Il fait une dichotomisation du transfert, il prend toutes les facettes du transfert et coupe en deux.

Parallèlement, il essaye de maintenir la théorie du cas Dora. L’idée est qu’il y a 2 transferts et la théorie du cas Dora sera le transfert central, le moteur du travail thérapeutique.

Il y a donc une légère neutralisation des problèmes que Freud se posait.

 

Freud pense la résistance à quelque chose d’extérieur qui vient attaquer le transfert. Il ne pense pas que ça pourrait être le transfert qui est la résistance.

Il bloque donc, n’arrivant pas à voir autrement que opposition entre transfert et résistance. Mais l’un c’est l’autre. Si le patient est en relation thérapeutique érotique, pourquoi il changerait s’il est bien ?

Il peut devenir dépend du transfert…

 

2. Compléments :

 

a. Parole pleine et parole vide :

 

Dans Psychopathologie de la vie quotidienne : Freud fait un voyage en train en Bosnie. Il parle avec un voyageur de peinture. Il veut lui demander s’il connaît les fresques de Signorelli, mais il ne retrouve plus le nom de ce peintre. Pendant plusieurs jours, oubli complet du nom. Il en écrit 3 textes, il veut comprendre pourquoi cet oubli. Dans « effondrement de la suggestivité », il essaye de retrouver ses pensées. Il se souvient qu’avant de parler des fresques, ils ont parlé de la mort des guerriers turcs qui se sont battus avec courage, et ce sujet lui a fait penser à autre chose dont il n’a pas osé parler, c’est de la sexualité des turcs, car il y a un grand décalage entre le courage face à la mort et la fragilité de la sexualité. Il se souvient également que quand il cherchait le nom du peintre, deux autres noms d’autres peintures lui sont venus en tête, dont un des deux noms était proche du nom d’une ville où il a reçu des nouvelles d’un patient qui s’était suicidé pour des problèmes sexuels justement.

 

La parole pleine, c’est si Freud avait été capable d’assumer les deux dimensions de la discussion, c’est-à-dire la sexualité et son patient. En parler, même pour dire qu’il ne souhait pas en parler.

La parole vide au contraire c’est qu’il n’a pas pu en parler.

 

Parole vide : un sujet tabou fait trou, il perturbe. Quelque chose ne parvient pas à se dire dans une parole adressée à un partenaire, mais ce quelque chose déforme le discours.

 

 

Pour Lacan, la parole vise se situe sur le versant imaginaire, sur le versant de la communication. La parole vide c’est l’émergence de la résistance, elle correspond à la présence de l’autre.

Parole pleine : le sujet assume son discours dans toutes ses dimensions.

→ Théorie de la suggestivité.

La vérité du patient n’est pas de l’ordre du langage. Rapport de l’inconscient et du discours.

 

b. Inconscience et désir :

 

Parole pleine et parole vide, amènent une conception de l’inconscient.

Chez Freud, l’inconscient concerne des états psychiques. Etat spécial de la conscience et qui échappe à la conscience. Se compose d’idées, de pensées inaperçues de la conscience. Se dérobe à l’examen de conscience.

Conception psychologique et qui implique une théorie de la conscience.

→ On perçoit ses propres idées et un sens interne qu’on a, nous les fait observer. Ce flux d’idée, s’il n’est pas maitrisé (régit par le conscient), il sera régit par l’inconscient).

 

Lacan rompt avec cette conception, il donne un rôle indépendant à la conscience, c’est ce qui ne parvient à se dire dans une conversation avec autrui. L’inconscient n’est plus ce qui se dérobe au regard.

Donc rapport entre subjectivité et énoncé.

 

« La pensée est un substitut de désir hallucinatoire », Freud. Cela fait référence à la première théorie du désir, l’identité de perception.

Théorie de l’identité de perception : moment de la rencontre avec l’objet qui provoque la satisfaction, c’est répéter compulsivement sur le mode le plus direct (souvent le mode hallucinatoire) la perception du premier objet de satisfaction pour se satisfaire, alors même qu’il n’a aucune connaissance véritable de cet objet. Moment où l’hallucination va recoller avec la 1ère perception. C’est le désir, et pour Freud le désir est une hallucination.

Pour cela, il s’est intéressé à l’expérience de satisfaction :

- Dans un 1er temps, l’enfant a faim et il rencontre l’objet (le sein) qui va le satisfaire.

- Dans un 2ème temps, l’enfant a faim mais cette fois il n’y a pas l’objet. Il va donc créer une représentation hallucinatoire.

- L’enfant va travailler son hallucination pour la rendre identique à la première perception → identité de perception.

Toute pensée est affectée par un désir hallucinatoire.

 

Pensée consciente et pensée inconsciente vont ensemble. Quand on rencontre un objet non-conforme à la réalité, c’est percevoir une réalité qui n’est pas notre cadre de référence. Primauté de la pensée inconsciente sur la pensée consciente car c’est la première, et elle est la plus importante. « Tout acte psychique commence par être inconscient, l’inconscient est le support du conscient ». Ex : photo, il faut d’abord passer par le négatif pour avoir le tirage papier.

Tous les actes, productions psychologiques sont inconscientes mais deviennent conscientes. On a donc un rapport inconscient au monde, le langage et la pensée consciente se posent par la suite, mais ne peuvent rien changer.

Le devenir du conscient est lié au mot. Ex : le rêve, c’est un désir inconscient masqué, et par le langage on peut le comprendre.

Donc, par le langage l’inconscient vient à la conscience.

 

Rupture qualitative entre les 2 pensées : pensée consciente par le prolongement de la pensée inconsciente. Elle acquiert de nouvelles choses. Production d’indices par des différences. Juger par la pensée consciente. Des éléments conscients c’est la pensée qualitative. Là, rupture entre conscient et inconscient.

Représentation de mot, représentation des choses, représentation du moi : vient de la théorie du jugement, c’est le processus de pensée inconscient. Le jugement structure l’objet en 2 :

- Attribut : partie de l’objet qui fera une compréhension de l’objet, partie compréhensible consciemment.

-  Chose : refoulement, représentation inconsciente de l’objet, objet perdu à jamais. Versant inconscient de l’objet.

La représentation inconsciente devient la représentation de chose ; la représentation consciente devient la représentation de chose + la représentation de mot.

A l’aide de mots, une représentation passe de l’inconscient au conscient.

Le rêve est connecté sur l’inconscient, mais dès qu’on utilise le langage on déconnecte. Au dut et à mesure qu’on parle, le rêve se défait.

 

L’inconscient en psychanalyse est définie comme l’inanticipable. Il échappe à la personne, ne comprend pas. Cet évènement a un sens, mais ce sens n’est pas appréhendable, saisissable par le conscient de la personne.

L’inconscient est une hypothèse théorique. La conscience est lacunaire, succession d’évènements avec des trous entre les éléments pour les empêcher de se connecter. Freud imagine donc une pensée inconsciente qui vient combler les trous et rendre possible une causalité.

L’inconscient est ce qui apparaît à la conscience. La conscience est définie par l’ordre d’apparition. Ce sont des idées latentes, elles définissent l’inconscient.

 

La théorie de l’inconscient prend appui sur une théorie de la conscience. La conscience est lacunaire. Elle est définie par l’ordre de l’apparition, dans cette conscience il y a un regard interne. Freud a 3 conceptions de l’inconscient :

- Le non-conscient : Freud prend les caractéristiques de la conscience et va dire que c’est l’inverse. Temporalité, négation, contradiction, réalité, absents de l’inconscient.

- L’enclave inconsciente : noyau de représentations inconscientes qui ne pourront jamais venir dans la conscience. Lien inconscient où il y a des idées inconscientes qui ne seront jamais consciente, le langage n’aura aucun accès. C’est un inconscient forclos,

- L’affect perçu-méconnu : lié à la théorie du jugement. L’affect est toujours conscient, si c’est inconscient c’est que c’est une erreur. Un affect est lié à une représentation qui va être refoulée, donc l’affect peut se déplacer sur une autre représentation. L’affect est conscient, ce sont les représentations qui sont inconscientes. L’affect peut être un indice de jugement.

L’angoisse est un indice de réalité, face à une situation de danger non encore visible. Par l’inconscient je suis en contact avec tous les éléments de la situation, et parce que l’angoisse est consciente, je peux en faire ce que je veux.

Freud parle de topique (moi, ça, surmoi, c’est la représentation inconsciente) et d’énergétique (processus primaire inconscient en termes d’énergétique et processus secondaire conscient en termes énergétique).

 

c. Sujet/énoncé :

 

→ L’inconscient se manifestera dans une parole, un énoncé et va introduire le rapport entre le sujet et l’autre.

Le désir inconscient est un désir énoncé.

Pour Freud c’est le rêve. Le rêve est un désir, codé non accepté.

Pour Lacan, le rêve est l’équivalent du discours, donc de paroles, il ne sait pas qu’il émet, parole énonce désir dont le sujet ne veut pas s’avouer.

→ Le rêve exprime un désir, celui qui rêve est aveugle du désir et ne veut pas se reconnaître.

 

En psychanalyse, on définit la vérité d’une adéquation entre le mot et la chose.

Pour Lacan pas du tout, c’est le rapport du sujet à son énoncé, si le sujet assume son énoncé ou pas. Si on assume le rêve en étant son désir ou pas. Il y a une difficulté d’assumer cela. La vérité est une position subjective, un sujet face à son désir.

 

Rapport du sujet à un énoncé : le désir ne trouve à s’exprimer que dans un énoncé. Vérité = rapport entre les mots et les choses. En psychanalyse, c’est la question d’une position subjective face à un énoncé.

 

3. Quelques maladies :

 

Pour Freud, le problème de la paranoïa vient d’un désir homosexuel, mais ce désir ne peut pas être accepté par la conscience.

Un paranoïaque se caractérise par un démarrage lent (ce qui est l’inverse de la schizophrénie), évolution chronique vers un système délirant. Conservation des grandes fonctions intellectuelles. Egocentrisme. Homosexualité latente, non assumée.

On distingue deux formes de paranoïa :

- Paranoïa passionnelle : paraît normal mais fou, on ne remarque pas la maladie jusqu’à ce que le sujet pète les plombs. Pour l’entourage, c’est un sujet tout à fait normal, très bien.

+ Se caractérise par l’exaltation de l’humeur, violent, hypertonie, mais paraît tout à fait normal.

+ Ex : Richard Dyrn, c’est un homme brillant, tout à fait charmant, un jour il tue des hommes politiques, il crie tuez-moi et une fois au commissariat il se défenestre. L’entourage n’a pas compris, aux yeux de tous il était normal.

+ Se découpe en 3 sous-catégories :

. Revendication : malades procéduriers, très intelligents.

. Jalousie : malades qui tuent, jaloux sans raison valable.

. Erotomane : prêt à tout pour que l’autre reconnaisse un amour non existant.

- Paranoïa interprétative : paraît fou mais normal, socialement il paraît totalement fou, mais en fait il a une structure normale.

+ C’est la paranoïa proprement dite. Complet contre eux, veulent les tuer. Folie. Persécution exogène, délire par structure en réseau. Un élément perceptif absorbé dans un fonctionnement délirant. Impossible à ébranler. Chronique et irréversible. Plus le délire est structuré plus il est inébranlable.

+ Ex : un homme dans la rue, il porte une jupe, des petites socquettes et il joue à la marelle en hurlant des injures. Là il paraît fou, personne ne s’approche.

 

Donc, pour Freud, c’est un désir homosexuel, il étudie la grammaire de la phrase « Moi, j’aime un autre homme » et va ainsi voir les différentes formes de psychoses.

Dans 5 psychanalyses (p. 388) : « toutes formes se ramènent au fait de nier une proposition unique ».

Il ne s’intéresse pas au désir, mais à l’énoncé.

 

 

Le sujet paranoïaque peut nier une partie de la phrase ou tout nier :

- Nier l’élément 1 (je l’aime) : délire de persécution : Je ne l’aime pas, je le hais (négation de « je l’aime ») → retournement de projection (inconscient) → c’est lui qui me hait (interprétation).

- Nier l’élément 2 (l’) : érotomanie : ce n’est pas lui que j’aime (négation de « l’ ») c’est quelqu’un d’autre que j’aime → retournement de projection (inconscient) → c’est cet autre qui m’aime.

- Nier l’élément 3 (je) : jalousie : nier le sujet de l’énoncé (énonce le désir, la projection) ce n’est pas moi qui aime mais un autre (différenciation des deux sujets).

- Nier l’élément 4 (moi je l’aime) : narcissisme et mégalomanie : je n’aime personne, je n’aime que moi.

P. 136 : « tous les paranoïaques ont un problème de narcissisme et de délire de grandeur qui peut constituer à lui tout seul un délire de paranoïa ».

 

Le désir homosexuel est inacceptable pour la conscience. Le désir est nié à l’intérieur de l’énoncé, il est attribué à quelqu’un d’autre. Donc, qui désir ? Concept de sujet défini comme celui à qui on attribue un énoncé, instance capable de s’attribuer des énoncés.

 

Théorie de la projection (apparaît en 1911) :

« En ce qui concerne la formation de symptômes dans la paranoïa, le trait le plus frappant est le processus de la projection. Une perception interne est réprimée et, en son lieu et place, son contenu, après avoir subi une certaine déformation, parvient au conscient sous forme de perception venant de l’extérieur ».

« Il n'était pas juste de dire que le sentiment réprimé au-dedans fut projeté au-dehors ; on devrait plutôt dire, nous le voyons à présent, que ce qui a été aboli au-dedans revient du dehors ».

 

Théorie du délire psychotique comme tentative de guérison :

« Et le paranoïaque rebâtit l'univers, non pas à la vérité plus splendide, mais du moins tel qu'il puisse de nouveau y vivre. Il le rebâtit au moyen de son travail délirant. Ce que nous prenons pour une production morbide, la formation du délire, est en réalité une tentative de guérison, une reconstruction ».

Freud voit donc la formation du délire comme une trouvaille pour survivre.

 

Psychose paranoïaque chez Freud : le problème du paranoïaque est d’être en position féminine. 

La formation de compromis : compromis entre l’évocation du refoulé et empêcher sa résurgence.

 

Dans l’hystérie, le mode de défense est le dédoublement.

Ex : une femme de 30 ans mariée à un médecin. Dans la journée, elle est impeccable, c’est une bonne maîtresse de maison, une bonne mère, toujours bien sur elle. Mais la nuit, elle sort et se prostitue. Elle se rend compte des situations déplorables dans lesquelles elle se met, mais elle dit que c’est plus fort qu’elle → dédoublement hystérique.

Conscience critique, mais force qui la pousse.

L’hystérique crée des situations catastrophiques.

Alors que la psychose éjecte les problèmes, l’hystérie est la dénégation à l’intérieur.

 

Pour la phobie.

Ex : un patient a peut d’être seul, il ne pouvait pas être seul, il avait toujours besoin de quelqu’un de sa famille à côté de lui. Il ne pouvait même pas prendre la voiture seul, ou alors il fallait qu’il ait en visuel quelqu’un, comme par exemple sa femme dans une autre voiture qu’il voyait dans le rétroviseur. Il habitait Genève, et au début il faisait venir quelqu’un avec lui en avion, et en consultation, puis avec le temps il s’est habitué à la consultation et il payait quand même quelqu’un pour faire le trajet en avion avec lui. Angoisse paralysante, envahissante. Parfois, il se lançait des défis, des défis au symptôme, mais il fallait toujours qu’il perde pour conserver le défi.

La phobie est une sexuelle coupable non assumée. Elle est fixée sur un objet. Freud dit que la phobie est une angoisse libre. La personne n’a aucune raison d’être angoissée. Elle n’est connectée à rien. Elle envahit tout le psychisme. Le phobique fixe l’angoisse sur une représentation. Cela fait une économie psychique.    

Chez Freud, dans le petit Hans :

- Angoisse qui apparaît sans que soit perçu sur quoi elle porte, libre de contenu et complètement envahissante.

- Fixe l’angoisse sur une représentation substitutive. Formation de compromis, la représentation renvoie à une représentation refoulée (dans le cas du petit Hans, il avait peur des chevaux, mais en fait c’était de son père). La représentation phobique évoque une représentation inconsciente, refoulée, elle rappelle le refoulé, et en même temps ça maintient la représentation refoulée.

- Lutte secondaire, le phobique mène un combat dans la réalité, ne combat pas son angoisse, il organise sa vie autour de la phobie, pour éviter la phobie. Investissement psychique sur l’extérieur, la vie quotidienne.

La formation de compromis :

- Représentation issue de l’inconscient. Elle a une ressemblance avec ce qui a été refoulé.

- Elle doit faire obstacle au resurgissement de la pensée inconsciente.

 

Névrose obsessionnelle : produit un déplacement du désir, le sujet est présent mais sa culpabilité est déplacée. La culpabilité face au désir prend la forme d’une souillure. Tout peut devenir impur. Plus on déplace le problème et plus le problème se déplace.

Ex : le premier jésuite, tableau des péchés, et rêve de viande donc messe tous les jours pour avoir une trace de Dieu concernant la viande.

Fonctionnement en abyme du fonctionnement obsessionnel.

Le déplacement est une stratégie. Il se fait par rapport au problème de fantasme inconscient d’avoir tué le père. Il devient un héros pour le de désir de la mère.

 

4. Transfert chez Lacan :

 

Freud assimile le transfert à l’amour. Il n’en fait aucune distinction, sur le plan psychique c’est strictement équivalent.

Ex : une patiente avait un analyste avec qui elle a eu des relations sexuelles. Elle décide de voir un nouveau psy. A la 1ère séance, elle le trouve moche. A la 2nde elle dit avoir fait un rêve érotique avec ce nouveau psy. A la 3ème séance, elle a oublié la séance précédente. A la 4ème séance, elle lui avoue trouver ses yeux bleus magnifiques, alors qu’il n’a pas les yeux bleus…

La perception de la réalité est contaminée par l’inconscient.

Le patient balance l’amour pour se détourner du transfert.

Freud a compris que la situation analytique produisait le transfert.

 

Lacan fait une distinction entre le symbolique et l’imaginaire.

 

 

Lacan pointe une contradiction dans les propos de Freud.

L’analyste ne peut pas fonctionner par suggestion car il y a une ligne de démarcation entre le symbolique et l’imaginaire. La psychanalyse ne peut pas fonctionner comme une croyance à cause du symbolique.

La parole peut être symbolique (pleine) ou imaginaire (vide), comme le transfert et comme l’amour.

 

Le transfert symbolique : pour Freud, le transfert était affectif. Pour Lacan, le transfert est le signifiant, c’est parce que je parle qu’il y a le transfert « dans son essence, le transfert efficace est l’acte de parole ». Conception revalorisée du langage, parler n’est pas anodin, ni écouter, on se transforme en parlant et écoutant. Parler, c’est le transfert, la parole pleine a puissance symbolique. Efficace.

Le transfert imaginaire : tout ce qui fait obstacle au processus symbolique, la cure. Transfert marginal.

 

Amour de la vie quotidienne. Autant le transfert symbolique se déclenche chaque fois qu’on parle, mais l’amour imaginaire c’est la passion imaginaire, ça ne se produit pas à tous les coups.

L’amour imaginaire c’est aimer parce qu’on retrouve une image de soi dans l’autre, on se retrouve en elle.

L’amour symbolique c’est la rencontre d’un autre réel, une altérité radicale même si danger, l’amour passe au-dessus du danger. Va plus loin que l’amour imaginaire, l’autre réel intéresse vraiment.

 

 

IV. Pour introduire le narcissisme (Freud) :

 

 

1. Freud :

 

 

Freud articule les problèmes individuels et sociaux.

« Autrui est pour tout être humain un objet, un adversaire, un soutien, à ce titre la psychanalyse est sociale ». Le social est dans le moi et dans le narcissisme.

 

Freud donne plusieurs définitions :

- « Le narcissisme provient de l'énergie en excès ou libido excédante », rapport au corps et à une image de soi-même. Corps investi comme objet sexuel, rapport à l’image idéale au corps. Rapport à la conservation. Rapport à la perversion, le pervers est fragile narcissiquement.

- C’est une force psychique, une pulsion d’autoconservation, pulsion qui maintient en vie. Dans la situation analytique, le narcissisme est important, réactive le narcissisme, régression narcissique.

- « Le névrosé maintient un investissement libidinal de la réalité », ce qui n’existe pas chez le psychotique. La libido est la forme des pulsions qui est psychique, énergie psychique sexuelle. Le névrosé investit sexuellement les choses et les personnes, ce qui a disparu chez le psychotique. La libido non investie est rebasculée sur le Moi.

- Ce narcissisme est secondaire et construit sur la base du narcissisme primaire (qui concerne l’enfant). Le narcissisme primaire est une supposition, il ne s’observe pas, la relation parent/enfant permet de comprendre ce narcissisme primaire qui est construit par la relation. La surestimation domine la relation, les parents sont gagas devant leurs enfants, « tendance à suspendre le jugement. L’enfant aura une vie meilleure que ses parents. Il sera le cœur de la création ». Immortalité du moi se réfugie chez l’enfant, point crucial du système narcissique. Les croyances narcissiques des parents sont renvoyées à l’enfant. Le narcissisme primaire de l’enfant est la projection du narcissisme des parents sur l’enfant. Les parents ont été confrontés à la mort. Leur toute puissance narcissique infantile n’est plus là. Ils y ont renoncé. L’enfant arrive et sert de support afin de maintenir ces croyances narcissiques. Le fils sera un héros, la fille épousera un prince. L’enfant n’est pas spontanément sur le mode de fonctionnement narcissique. L’immortalité du Moi se réfugie chez l’enfant, les parents voient tout leur narcissisme infantile ressurgir chez leur enfant.

 

Quand on perd un objet, on bascule sur le Moi. Le Narcissisme et la relation d’objet sont un système de vase communiquant. Pour investir le monde extérieur, je dois diminuer mon narcissisme. Le corps du narcissisme est un objet d’attention extrême. Le rapport au corps est médiatisé par une image idéale. Le narcissisme se rapprocherait de la perversion. Le corps n’et pas un objet, c’est lui.

- Rapport au corps.

- Rapprochement de la perversion.

- Séparation psychose/névrose : ne peut pas supprimer sa relation érotique aux choses et aux autres. La libido est là. Dans la psychose, elle est coupée de la réalité extérieure. La libido est une énergie sexuelle strictement psychique. Chez le psychotique, elle est rebasculée sur le moi : narcissisme. Les narcissiques pensent que le psychanalyste peut leur répondre sans qu’ils expriment la moindre demande. Les psychanalystes sont en décalage et ça fait peur aux narcissiques.

- Le narcissisme primaire chez l’enfant.

- Le narcissisme dans la cure.

Le narcissisme est la condition du refoulement : il faut un minimum d’estime de soi pour que le refoulement soit possible. C’est la condition de survie de tout être vivant.

 

Il doit y avoir 2 sortes de libido, 2 sortes d’objet et 2 sortes d’amour.

- Libido :

+ Libido narcissique, du moi : c’est une énergie sexuelle qui investit le moi.

+ Libido d’objet : cette énergie investit les objets. J’investis le monde extérieur seulement si je me dépossède de mon fonctionnement narcissique. Sort de moi pour investir un objet.

- Choix d’objet :

+ Choix d’objet narcissique : la relation à l’objet d’amour est calquée sur le rapport du sujet à son image, image de soi dans l’objet, on aime :

. Ce qu’on est soi-même.

. Ce qu’on a été soi-même.

. Ce qu’on voudrait être soi-même.

. La personne qui a été une partie du corps propre.

+ Choix d’objet par étayage : on aime la femme qui nourrit et l’homme qui protège. Ce sont les figures parentales.

- Amour :

+ Amour narcissique : c’est l’amour des femmes. L’homme a du renoncer à l’amour narcissique et retombe sur lui. Il aime ce qu’il a été. La femme narcissique parle d’elle-même. N’aime que par narcissisme.

+ Amour d’objet : c’est l’amour masculin. Capable d’aime en ayant renoncé au mode narcissique. L’amour d’objet préfère l’amour narcissique.

 

Là, en essayant de bien faire la séparation, Freud tombe sur une contradiction.

Quand il parle de « l’amour d’objet par étayage » il dit que ça se définit par une préférence envers les femmes narcissiques. Mais là il décrit le choix d’objet. C’est ce que l’homme a été ou voudrait être, mais c’est le choix narcissique.

Pour « l’amour narcissique », les femmes n’aiment qu’elles, elles s’orientent vers un homme qui protège…retour au choix d’objet par étayage.

Ces 2 types d’amour se croisent, on ne peut pas les séparer radicalement, ils sont à distinguer mais non à séparer, dans tout amour d’objet il y a une part narcissique.

 

Freud ne décrit par une réalité mais une représentation imaginaire.

La femme narcissique est une représentation de la femme selon Freud, c’est son imaginaire qu’il prend pour la réalité. Pourtant, des femmes narcissiques existent bien, mais là c’est une représentation du désirant, elles s’alignent sur un fonctionnement masculin.

 

Pour comprendre l’erreur de Freud, il faut lire ce qu’il a écrit. Il parle de l’enfant narcissique, grosse erreur car l’enfant ne se suffit pas à lui-même. Il parle des animaux, il projette un narcissisme sur un chat… Et il parle de la fascination narcissique que peut produire un grand criminel.

Dans la réalité, la femme narcissique n’a pas une libido inattaquable, au contraire si elle se prend un râteau elle va s’effondrer, elle est extrêmement fragile.

 

Freud est prisonnier d’un montage désirant.

Comment un imaginaire peut produire de la réalité ? Ex : si tout le monde pense que la bourse va s’effondrer, certains vont y croire en premiers et vont vendre leurs actions, ceux qui les voient faire vont avoir peur et vont vendre également → la bourse s’effondre bel et bien.

Donc, quel est cet imaginaire de Freud et comment ça produit de la réalité ? Pour comprendre, il faut voir la théorie de René Girard sur le mimétisme.

 


D’après J.D. Nasio :

Narcissique : mode particulier du rapport à la sexualité.

Le concept de narcissisme chez Freud.

Narcissisme primaire : état qu’on ne peut pas directement observer, mais dont on doit poser l’hypothèse par un raisonnement récurrent. Les pulsions partielles cherchent chacune pour soi, leur satisfaction sur le corps propre. Le moi n’est pas encore constitué. Représente un espace de toute-puissance qui se crée dans la rencontre entre le narcissisme naissant de l’enfant et le narcissisme renaissant des parents.

Narcissisme secondaire : narcissisme du moi. On s’éprouve à travers l’autre. Investissement libidinal (sexuel) de l’image du moi, cette image étant constituée par les identifications du moi aux images des objets.

L’enfant sort du narcissisme primaire lorsque son moi se trouve confronté à un idéal auquel il doit se mesurer, idéal qui s’est formé à l’extérieur de lui, et qui lui est imposé de l’extérieur.

Idéal du moi : représentations culturelles, sociales, impératifs éthiques, tels qu’ils sont transmis par les parents.

Par le complexe de castration, s’opère la reconnaissance d’une incomplétude qui va susciter le désir de retrouver la perfection narcissique.

S’aimer soi-même à travers un semblable, c’est ce que Freud nomme le choix d’objet narcissique.

Le moi peut se représenter comme un oignon forme par différentes couches d’identifications à l’autre.

Dans les maladies narcissiques (démence précoce et schizophrénie), il se produit un retrait de la libido dont l’objet était investi. Le moi accumule toute la libido qui y stagne, et l’objet s’en détache.

Dans la maladie organique, le malade retire ponctuellement tout son intérêt libidinal du monde extérieur et de ses objets d’amour tandis que s’opère un repli de la libido sur son moi.

L’hypocondriaque investit une zone de son corps qui prend valeur d’organe sexuel en état d’excitation, l’érogénéité étant une propriété générale de tous les organes, n’importe quelle partie du corps peut se trouver investie comme un organe génital douloureusement sensible. Donc, la libido cesse de circuler.

Le concept de narcissisme chez Lacan.

Puisque le moi se forme à partir de l’image de l’autre, il se produit une tension lorsque le sujet voit son propre corps dans l’image de l’autre, il perçoit sa propre maîtrise réalisée dans l’autre, et pourtant ce dernier reste étranger.

Le mouvement de la libido suit le mouvement du retour de l’image de l’autre comme étant mon image.

Le moi n’est autre que cette captation imaginaire qui caractérise le narcissisme.

Narcissisme et agressivité se constituent en un seul temps, celui de la formation du moi dans l’image de l’autre.

Le moi possède une structure paranoïaque, il est un lieu de méconnaissance.

Le 1er élan de l’appétit et du désir passe chez le sujet humain par la médiation d’une forme qu’il voit projetée extérieure à lui, d’abord dans son propre reflet, puis dans l’autre. Donc, l’image narcissique constitue une des conditions de l’apparition du désir et de sa reconnaissance.

L’idéal du moi, symbolique, soutient le narcissisme, médiation entre le moi et le semblable.

Signifiant : élément d’une chaîne langagière ou le désir de l’autre s’inscrit.

L’image du corps donne le cadre des inscriptions signifiantes du désir de l’autre.

L’image que l’autre renvoie n’est pas complète, elle reste trouée car l’autre est également un être pulsionnel. Une part sexuelle qui trace l’image.

Le moi, le narcissisme, est composé d’un ensemble d’images investies qui circulent autour d’un manque, il s’agit d’un montage autour d’un trou. Ce trou réel, représente la cause du montage du narcissisme, et les images investies permettent de s’accommoder de cette béance.

L’autre est également troué, il est incapable de donner à l’enfant un signifiant adéquat, un signifiant qui le satisfasse.

Ma propre image et l’image de l’autre apparaissent comme une seule et même instance : le moi, en tant que rassemblement d’images.

Narcissisme et transfert.

L’amour, qui comporte toujours une part de narcissisme, constitue un mouvement nécessaire à l’instauration du transfert. Les images investies narcissiquement, ne doivent pas arrêter le mouvement de la libido, mais seulement le canaliser.

La présence corporelle de l’analyste est un lieu d’ancrage nécessaire.


 

2. Girard :

 

Théorie du mimétisme : l’imitation engendre et explique tous les phénomènes humains. Pour René Girard, désirer c’est copier le désir de quelqu’un d’autre. Cette théorie s’appuie sur un désir mimétique, sur une crise mimétique (la violence propre à toute société) et la résolution qui est le meurtre d’une victime émissaire.

 

Le désir mimétique : mon désir est l’imitation du désir d’un autre.

Ex : on joue des psychodrames, il suffit qu’un sujet mâle désire un sujet féminin, pour que tous les autres sujets masculins désirent également la femme.

Ex : lors d’un héritage, il suffit qu’un héritier désire ardemment une chose (même sans valeur) pour que tous les autres héritiers se battent pour l’avoir.

Ce processus est inconscient et il implique la rivalité. Le désir est interne au fonctionnement désirant lui-même. Ils sont en rivalité imaginaire sur un même objet. Je copie le désir d’un autre. La rivalité n’est pas provoquée par l’objet. Le rival désigne un objet qui va être désiré. S1 désire un objet parce que S2 désire. A croire que l’homme ne sait pas ce qu’il désir. On désigne l’objet non par la parole mais par son propre fonctionnement désirant.

Le désir développe une dynamique qui débouche sur une crise mimétique.

 

Crise mimétique : le désir mimétique accroît la rivalité et oublie les objets. Seule reste la rivalité qui ne se polarise plus vers l’objet. L’objet n’existe que par la rivalité qui ne cesse d’augmenter.

Dès que je désire, je constitue un modèle qui devient aussitôt un obstacle. Plus le modèle est attirant et plus j’ai envie de le détruire, et plus il devient fascinant.

Tout cela peut déboucher sur la violence.

 

Résolution : pour réguler la crise mimétique, il faut une victime émissaire → mécanisme victimaire. Ex : Hitler et les juifs.

L’objet a disparu, il ne reste que l’interaction violente entre les sujets. Ils choisissent une victime et s’opère un retournement. Les sujets s’entendent entre eux par la victime. De la violence succède la convergence de tous vers une victime. Ils s’identifient les uns aux autres dans leur même haine contre la victime.

 

L’humain se structure autour de la haine. Dans le nœud Borroméen, Lacan met en avant 3lignes de force : amour, haine et ignorance :

- Entre l’imaginaire et le symbolique : c’est l’amour, production de sens.

- Entre le symbolique et le réel : c’est l’ignorance, le rejet de la vérité de l’inconscient.

- Entre le réel et l’imaginaire : c’est la haine, imaginarisation du réel.

Ex : une fillette de 8ans est amenée par sa mère dans le lit conjugal pour être violée par le concubin.

La haine vient de tout comportement des parents, le comportement passionnel pour s’attacher l’enfant. Il y a 3 niveaux :

- Le parent agresse l’enfant : pourquoi tu me fais ça ? Haine bâtie comme protection et perte du parent.

- La haine est refoulée et se transforme en haine de soi, on est en autodestruction, masochisme.

- Le sujet s’enfonce dans la haine pour tenter de récupérer le parent perdu, dépendance à l’agresseur, c’est une façon de se détruire soi-même.

Films conseillés : la haine, taxi driver, Aguirre la colère de dieu.

 

Donc, dans la crise mimétique, la violence entre les sujets augmente et l’objet devient inexistant. Les sujets s’identifient les uns aux autres dans la haine qu’ils ont du même objet.

La victime émissaire est le pivot des organisations sociales.

Toutes sociétés, selon Girard, sont fondées sur ce système mimétique.

Ces mécanismes sont vécus inconsciemment, et sont redoutablement efficaces. A la source de l’ordre social et culturel. La violence est partout dans la société. La crise mimétique aboutirait à la destruction de la société. Les rivaux choisissent une même victime. Il y a coalition de tous vers une même victime qui est arbitraire. Le meurtre de l’émissaire organise le lien social. La destruction d’une victime est vue sous forme d’abstraction.

La victime comme l’objet du désir, c’est une case vide. Le mimétisme crée une place vide et tout peut occuper cette place.

Médiation double : un sujet prend modèle et ce modèle peut prendre modèle sur le sujet. S1 → S2 et S2 → S1.

Ex : dans Le rouge et le noir, deStendhal : Valenod veut Julien Sorel comme précepteur, donc M. de Rénal également.

2 éléments séparés fusionnent.

L’objet du désir apparaît comme un produit du mimétisme. Les caractéristiques de l’objet n’expliquent pas les rivalités et convoitises.

Structure triangulaire, l’objet n’est désirable que par ce montage.

 

Donc, Freud s’est trompé sur la femme narcissique, car c’est un produit de ce montage du mimétisme.



12/04/2013
2 Poster un commentaire

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 1520 autres membres