Cours de psychologie

Cognition et Comportement (suite 2)

4. Arguments expérimentaux :

 

a. Aveugles de naissance :

 

Expérience présentée par Hebb (dans son livre Psycho-physiologie du comportement) et réalisée par Senden en 1930.

Cette expérience s’effectue avec des personnes aveugles depuis la naissance. Ces personnes ont été opérées à l’âge adulte.
L’idée importante est qu’il s’agit de personnes qui vont découvrir la vue à l’âge adulte.

 

Senden, après l’opération, présente des figures géométriques à ces personnes. L’idée est de voir à quoi ressemble la vue quand on la découvre. Il propose 3 tests :

   - Test 1 : comparaison de deux situations :

          + Il présente soit une figure géométrique soit un écran vide.

          + On observe le comportement de ces personnes.

                  . Dans le cas où on présente une figure sur l’écran, on constate que les personnes déplacent leur regard sur l’écran et sont conscientes de la présence de quelque chose sur l’écran.

                  . Dans le cas où on présente un écran vide, ils sont conscients qu’il n’y a rien.

          → Des le lendemain de l’opération il y a une conscience de la présence visuelle.

  - Test 2 :

          + On présente simultanément deux figures géométriques sur l’écran.

          + On demande à la personne face à l’écran s’il observe une différence entre les deux formes.

                 . Dans la majorité des cas, les personnes ne font pas la différence entre les deux figures, et quelques cas disent qu’ils perçoivent une différence, mais elle est difficile à expliquer.

          + Senden pense qu’il y aurait un problème de traduction par le langage d’une perception correcte. Il place pour cela l’équivalent de l’image en 3D dans les mains des sujets.

                 . Ce n’est pas un problème de traduction par le langage de la perception car dans ce cas là les personnes peuvent donner oralement les différences entre les deux objets.

  - Test 3 :

          + D’abord on présente une figure simple à la personne et juste après on présente deux figures dont la précédente.

          + On demande au sujet de dire où est la forme présentée précédemment.

                  . Aucun patient n’arrive à reconnaitre la forme précédente, les sujets répondent au hasard.

La conclusion est que juste après l’opération il y a une conscience de la présence visuelle, mais il n’y a pas de reconnaissance des formes.

La reconnaissance des formes visuelles a nécessité un apprentissage par répétitions des déplacements du regard pendant plusieurs semaines.

 

Il existe donc deux consciences perceptives :

  - Conscience de la présence visuelle (dès le lendemain).

  - Conscience de la forme visuelle qui n’est pas présente dès le lendemain de l’opération.

Le passage de la conscience de la présence visuelle à la conscience de la forme visuelle nécessite un apprentissage par répétition gestuelles.

Interprétation générale : la perception est de nature sensori-motrice, ce qui signifie que le geste transforme la présence en forme. Véridique dans tous les domaines. Le geste du regard transforme la présence en forme visuelle.

 

b. Décagone :

 

Magritte et son dessin d’une pipe avec marqué sur le dessin « Ceci n’est pas une pipe ».

Effectivement, c’est une image.

L’image représente l’objet du monde et elle est manipulée elle-même comme un objet du monde. L’idée est que cette conception est fausse.

L’alternative à ce statut de l’image est donnée par Piaget. Son idée est que l’image n’est pas un objet mental mais un projet comportemental. Il n’utilisait pas l’expression projet comportemental, mais « imitation d’une imitation ». Pour lui l’imitation est l’imitation intériorisée d’un geste, répétition mentale d’un geste du regard. Mais elle est aussi une imitation gestuelle de l’objet.

Pour lui l’image est la répétition mentale d’une imitation de l’objet par le regard.

 

L’expérience des décagones se passe en deux temps :

  - Temps 1 : 
            + Le sujet va répéter des parcours oculaires d’un décagone. On présente des décagones avec des cibles disposés sur le contour de la figure. Chaque cible contient un certain nombre de points.

            + Le sujet doit dire à haute voix combien chaque cible contient de points, en très peu de temps (4s).

            + Il y a deux groupes de sujets :

                    . Groupe contrôle : toutes les cibles sont dans les coins du décagone. On observe que le trajet oculaire est superposable à l’image.

                    . Groupe expérimental : on présente le même polygone, mais deux des cibles ne sont pas dans l’angle du polygone. Le trajet oculaire va couper la figure en deux endroits et donc il ne se superpose plus avec l’image, il est différent.

 

  - Temps 2 :

          + Après les répétitions du parcours oculaire sur la figure, on présente 4 figures en reconnaissance (chacune différente de l’autre par quelques segments).

          + Le sujet doit dire quelle est la figure qui lui a été présentée au cours du temps 1 de l’expérience. Dans ces 4 figures sont présentes la bonne réponse (celle du groupe contrôle), la figure du trajet oculaire du groupe expérimental et deux distracteurs.

          + Hypothèse opérationnelle : effet du trajet oculaire, les sujets devraient choisir un des 4 décagones en fonction de leur trajet oculaire.
          + Les résultats :

 

 

Conclusion : le groupe expérimental a confondu l’image avec celle de son trajet oculaire.

  - Interprétation :

           + Les sujets se sont livrés à une répétition mentale des déplacements du regard.

           + Cette répétition mentale a créé une image mentale.

           + Cette image mentale a guidé le choix des sujets.

 

Résumé :

 

Psychologie cognitive est vivante, elle évolue.

Elle se décompose en différentes étapes : cybernétique (étape d’hésitation théorique), orthodoxie cognitiviste (assimilation du cerveau à un système d’ordinateur), connexionnisme (disparition du niveau symbolique) et l’énaction (disparition de la représentation mentale de l’objet, remplacée par le mouvement cognitif global).

Cognitivisme : connaissance hors du corps, comportement sans influence sur les connaissances.

Connexionnisme : connaissance dans le corps (cerveau), pas de mouvement.

Enaction : connaissance dans le corps en mouvement (comportement intériorisé).

 
 

VI. TD 1 : Perception et imitation gestuelle.

 

 

La manipulation par le geste influence-t-elle notre perception ?

 

1. Illustration expérimentales :

 

a. Préambule :

 

Expérience de l’horloge 12h00 et 11h45. On a l’impression que l’aiguille fait le chemin le plus cours lorsqu’on on présente successivement l’image d’une horloge à 12h00 et 11h45. Dans ce cas on perçoit le mouvement le plus court.

 

On perçoit le mouvement qui est imitable dans ce cas la :

 

 

b. Perception de trajectoires :

 

Loi cinématique du geste :
 

Quand on filme un geste, on peut par la suite découper la vidéo pour étudier la vitesse et la courbure du geste.

Spontanément lorsque la courbure du geste est constance la vitesse du geste est constante. Inversement lorsque la courbure augmente, la vitesse diminue.

 

 

Expérience de poursuite oculaire :

 

Une double tache est proposée au sujet :

  - Suivre du regarde le point lumineux à l’écran. Le point ne laissa pas de trace à l’écran.

 

 

  - Il faut décrire la trajectoire du point.

Voici les variables qui sont manipulées : trajectoires et vitesses.

Loi du geste n’est pas respectée dans le cas ou la trajectoire est circulaire et la vitesse varie en haut et en bas, la trajectoire est elliptique et la vitesse est constante. Dans les deux autres cas la loi du geste est respectée.

Résultats :

  - Loi du geste respectée :

        + Lorsque la trajectoire est cste et que la vitesse est cste, le sujet perçoit un cercle.

        + Lorsque la trajectoire varie et la vitesse varie, le sujet perçoit une trajectoire elliptique.

  - Loi du geste non respectée :

        + Lorsque la vitesse varie et la trajectoire est constante, le sujet se trompe et perçoit une trajectoire qui varie.

        + Lorsque la vitesse est constante et la trajectoire varie, le sujet se trombe et perçoit une trajectoire constante.

  - Le sujet ne perçoit pas la trajectoire réelle, il perçoit ce que dicte la loi du geste.

        + Quand la loi du geste est respectée, on perçoit la vraie trajectoire.

        + Quand la loi du geste n’est pas respectée, on perçoit e que la loi du geste dicte à la conscience perceptive.

Que se passe-t-il si on remplace le geste du regard
par le geste de la main ? On observe le même genre de réponse.

 

2. Neurones :

 

a. Neurones canoniques et miroirs :

 

Neurone canoniques :

 

Neurone canonique : neurone qui s’active lorsqu’on perçoit un objet ou qu’on s’imagine mentalement cet objet.

Les expériences sur les neurones canoniques et miroirs commence à la même période en Italie avec Rizzolati et au Japon avec Sakata et Taira.

Les expériences sur les neurones canoniques sont faites sur les singes par implantation d’une électrode dans le cortex frontal et pariétal. On enregistre les réponses neuronales de deux neurones du cortex pariétal dans deux situations différents.

  - On observe que ces neurones sont caractérisés par une sélectivité gestuelle. Le neurone 1 répondra pour la saisie digitale (pince) et pas pour la saisie à pleine main.

 

 

  - On observe une inversion du comportement lorsqu’on place l’électrode sur le neurone 2.

On parle de sélectivité gestuelle dans la mesure ou les neurones sont plus ou moins actifs impliqués en fonction de la gestuelle désirée.

Un neurone canonique est un neurone qui obéit au principe de sélectivité gestuelle à une réponse qui varie en fonction du type de saisie manuelle.

  - Les neurones canoniques se comportent comme des neurones visuels.

  - Ils se situent dans le cortex frontal et pariétal (aire F4 et dans le sillon inter-pariétal).

On compare les réponses :

 

 

  - Il y aune réponse lorsque le singe fait un geste de saisie de pince mais il n’y en a pas lorsqu’il fait un geste de saisie à pleine main. Cela prouve bien qu’il s’agit d’un neurone à sélectivité gestuelle : il ne s’active que lorsqu’il saisi un objet d’une certaine façon.

  - Lorsque le singe observe l’assiette il y a une réponse, quasiment la même que lorsqu’il la saisit. Ce neurone donne une réponse lorsque le singe saisit et lorsqu’il observe l’assiette.

L’interprétation concerne la perception visuelle des objets (pour les neurones canoniques). Cette perception s’appuie sur la simulation mentale d’un geste.

 

Neurone miroir :

 

Chez le singe, on trouve les neurones miroirs dans le cortex frontal (plus précisément dans l’aire F5 qui correspond à l’aire du langage chez l’homme). Un neurone miroir est un neurone canonique : qui répond lors de l’exécution du geste et aussi lors de la simple observation. Cependant les neurones canoniques s’activent lorsqu’on observe un geste tandis que les neurones miroir s’activent lorsqu’on perçoit un geste.

 

Il y a trois situations dans l’expérience :

  - Le trait vertical présent sur les trois situations correspond au moment ou le geste est fait.

  - On remarque que le neurone répond dans les deux premières situations. Cependant il ne répond plus dans la troisième situation.

         + Situation 1 : le singe fait un geste de saisie. Dans cette situation on voir que le neurone répond.

         + Situation 2 : le singe observe l’expérimentateur faire le même geste de saisie

         + Situation 3 : l’expérimentateur saisit la cacahuète avec une pince. Le geste de saisie est différent.

On observe une double sélectivité gestuelle :

  - A la première personne : dans le cas ou c’est le sujet qui fait le geste.

  - A la troisième personne : lorsque c’est une tierce personne qui fait le geste.

Interprétation :

  - Contrairement aux neurones canoniques, la perception concerne la perception visuelle d’un geste.

  - La perception visuelle d’un geste s’accompagne d’une simulation mentale d’un geste analogue à celui observé. Il s’agit d’une simulation inconsciente.

  - Cette simulation peut expliquer certains comportements : empathie, comportements de foule, etc.

 

b. Etude chez l’homme de ces neurones par IRM :

 

Neurones canoniques :

 

On allonge le sujet dans l’appareil. Par un système de miroirs, le sujet perçoit des images projetées sur un écran tout en étant allongé et immobile dans la machine.

On présente deux sortes d’images :

  - Des photos d’objets saisissables.

  - Des films de quelques secondes qui montrent l’objet de saisie de l’objet présenté précédemment.

Le dispositif de réponse est composé d’un tube large vertical et un petit tube horizontal placé entre le pouce et l’index du sujet.
On lui demande d’exercer sur le dispositif de réponse un geste de saisie adapté à l’objet perçu.

Dans le cadre de cette expérience on s’intéresse à ce qui se passe dans le cerveau lors de la perception de différents stimuli et de l’exécution des différentes réponses.

 

 

Résultats :

  - On a observé l’équivalent des neurones canoniques : il y a des aires qui vont s’activer comme pour les neurones canoniques chez le singe. Elles s’activent dans deux cas :

         + Lors de la perception visuelle d’un objet.

         + Lors de l’exécution sur le dispositif de réponse de la saisie de l’objet perçu.

  - Les réponses des « neurones canoniques » sont observées dans le lobe frontal (dans la zone de BRODMANN 44 = langage) et dans le lobe pariétal (dans la zone de BRODMANN 40 = situation spatiale). Ces deux zones sont connectées par des connexions réciproques.

 

Neurones miroirs :

 

Dans le même cadre d’expérimentation, on retrouve des activations dans le cas où il y a une perception visuelle du geste de saisie de l’objet précédemment présenté.

(Dans le cas ou on détecte la présence de neurone canoniques on n’enregistre les réponses que lorsqu’on présente une image d’un objet. Dans cet enregistrement on observe la réponse des neurones lorsqu’on présente un film de saisie de l’objet présenté précédemment)

On retrouve ces neurones dans trois aires :

  - Dans les mêmes zones ou on retrouve les neurones canoniques.

  - Mais aussi dans le lobe temporal (dans l’aire de BRODMANN 22 = aire de WERNICKE).

 

3. Conclusion :

 

Chez l’homme, comme chez le singe, on a pu observer que la perception visuelle semble être étroitement liée à l’exécution de gestes manuels. Il ne s’agit pas de gestes quelconques : il s’agit de gestes imitant la forme de l’objet perçu pour le saisir, gestes imitant le geste perçu, d’imitations du réel. Il y a donc un lien entre perception et exécution.



09/12/2012
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