Cours de psychologie

Cognition et Comportement (suite)

IV. Le connexionnisme.

 

 

1. Généralités :

 

Etape caractérisée par une incarnation des modèles. Le niveau symbolique est incarné dans le cerveau, mais le modèle organigramme est conservé.

 

Il y a un certain nombre de modules de traitement qui sont localisés avec précision dans le cerveau et l’information circule entre ces modules. Elle circule dans deux sens :

   - De la partie postérieure du cerveau à la partie antérieure, c’est-à-dire depuis le lobe occipital vers le lobe frontal, ce sont les traitements ascendants ou bottom-up (l’information monte).

   - De la partie antérieure du cerveau vers la partie postérieure, c’est-à-dire depuis le lobe frontal vers le lobe occipital, c’est le traitement descendant ou top-down ou amorçage (l’information descend).

 

 

Quel est le véhicule de l’information d’un modèle à l’autre ? C’est l’influx nerveux.

Un influx nerveux est un mouvement qui se propage le long de l’axone du neurone. Véhicule l’information d’un module à l’autre. Sa destination est un autre neurone dit neurone cible. Le lieu de contact est la synapse.

Ses propriétés :

  - Il s’agit d’une onde : d’après BERGSON, l’influx nerveux est « un mouvement sans mobile » (ex : mouvement de l’eau quand un objet touche sa surface, l’eau se déplace horizontalement, mais aucun mobile ne se déplace dans la direction de l’eau) → rien ne se déplace dans la direction de l’onde. Des ions traversent la membrane de l’axone (certains entrent, d’autres sortent), mais rien ne se déplace dans le sens de l’influx nerveux.

  - Marquage synaptique : conséquence du passage de l’influx nerveux dans la synapse. Le passage dans la synapse laisse une trace. Ce principe a été énoncé par HEBB, chercheur canadien : la loi le HEBB résume cette trace laissée par l’influx nerveux.

 

 

2. Modèles :

 

Modèle de Kosslyn (1994), dans son livre Image et Cerveau (ce changement de l’esprit au cerveau est symbolique de l’évolution du cognitivisme).

Il décrit 2 fonctions cognitives :

  - Perception visuelle : voir en présence de l’objet (ex : face à la tour Eiffel, on la voit). Traitements ascendants.

  - Imagerie mentale : voir en l’absence de l’objet (plus tard, on repense à la tour Eiffel). Traitements descendants.

 

 

a. Perception visuelle :

 

Perception visuelle : exemple typique des traitements ascendants.

4 modules de traitement :

  - Localisation et fonction des différents modules :

          + Buffer visuel : localisé dans le lobe occipital = affichage.

          + Mémoire visuelle : localisée dans le lobe temporal = reconnaissance visuelle.

          + Traitement spatial : localisé dans lobe pariétal = localisation de l’objet.

          + Mémoire associative : localisée dans le lobe frontal = identification de l’image.

          → Un module dans chaque lobe.

  - Fonctionnement des différents modules, qui se fait en 3 étapes nommées étapes de la perception :

          + Objet dans le champ perceptif.

          + Conséquence : image de cet objet va s’afficher dans le buffer visuel.

          + Les données sont envoyées simultanément dans deux lobes :

                    . Le lobe temporal : les données arrivent dans la mémoire visuelle qui contient des prototypes visuels des objets que l’on peut rencontrer autour de nous. C’est dans ce lobe que va se passer la reconnaissance visuelle grâce à un mécanisme de mise en correspondance entre l’image occipitale (buffer visuel) et un prototype.

                   . Le lobe pariétal : les données arrivent dans le module spatial. Dans ce module se font des calculs pour localiser l’objet affiché dans le buffer visuel.

                   → Il y a donc simultanément affichage et localisation dans le cerveau.

          + Ensuite les données temporales et pariétales sont envoyées simultanément dans le lobe frontal. Ces données arrivent donc dans la mémoire associative qui contient des concepts (description des propriétés de l’objet dans un langage abstrait). C’est là que va se passer l’identification de l’objet, donc la capacité de le nommer.

→ 3 étapes de la perception visuelle :

    - Affichage occipital (buffer visuel).

    - Traitement visuo-spatial (mémoire visuelle et traitement spatial).

    - Identification frontale.

 

 

Imagerie mentale : exemple typique des traitements descendants.

Il met en place 3 nouveaux modules pour expliquer l’imagerie mentale :

  - Localisation et fonction de ces modules :

          + Module de recherche : localisé dans le lobe frontal.

          + Fenêtre attentionnelle : localisé dans le lobe occipital = exploration de l’image mentale.

          + Module de déplacement : localisé dans le lobe pariétal = déplacement de la fenêtre attentionnelle.

  - Fonctionnement des différents modules lors de l’imagerie mentale :

          + Visualisation de l’image mentale : il se passe un amorçage (déplacement de l’information de la partie avant vers la partie arrière) qui se passe en deux étapes :

                 . Amorçage fronto-temporal : l’information part du module de recherche (frontal) et va vers la mémoire visuelle (temporal). Le but est de rechercher le prototype visuel de l’objet que l’on cherche à évoquer mentalement.

                 . Amorçage temporo-occipital : l’information part de la mémoire visuelle et on va vers le buffer visuel. La conséquence est que le prototype est affiché dans le buffer visuel, dans la conscience.

                 → Ce qui permet de visualiser un objet est l’affichage d’un prototype dans le buffer visuel.

         + Exploration de l’image mentale : exploration de l’image grâce à la fenêtre attentionnelle dans le buffer visuel. Elle sélectionne une partie de l’image, elle peut donc se déplacer dans le buffer visuel. Ceci est possible parce qu’il existe le module pariétal qui contrôle les déplacements de la fenêtre attentionnelle.

 

 

 

3. Expériences :

 

Expérience : arguments qui valident des hypothèses (les modèles), dits arguments expérimentaux. Ces arguments sont issus des neurosciences.

Etudes faites chez les singes.

1 : Buffer visuel : pour suggérer sur existence.

2 : Validation de la dissociation fonctionnelle entre visuel/spatial.

3 : Validation de l’existence de la mémoire visuelle.

 

a. Buffer visuel :

 

Tootle en 1982, utilise la technique de marquage radioactif :

  - Matériel :

      + Utilisation d’un stimulus composé de cercles concentriques et leurs rayons.

      + Marqueur radioactif injecté dans le sang du singe. Ce marqueur a la propriété de s’accumuler sur les neurones activés.

  - Procédure :

      + On fait en sorte que le singe fixe le centre du stimulus et on injecte le marqueur radioactif qui va s’accumuler sur les neurones activés par la fixation du centre du stimulus. Cette accumulation se passe dans le lobe occipital (cercle).

      + On compare la répartition des neurones activés avec le stimulus. On remarque une ressemblance entre la répartition des neurones et le stimulus. On voit que le point fixé par le regard correspond à l’extrémité du cerveau (partie la plus postérieure), et on retrouve dans la répartition des neurones, les cercles du stimulus et les rayons (plus ils s’éloignent du centre du stimulus, plus les neurones activés s’éloignent de la partie postérieure).

  - Conclusion : la répartition de l’activation reproduit la forme du stimulus.

  - Interprétation : il existe un buffer visuel dans le cortex occipital dans lequel une image de l’objet est affichée.

 

 

b. Dissociation fonctionnelle visuel/spatiale :

 

Mishkin en 1983, utilise la technique des lésions cérébrales localisées.

L’expérience se fait en 2 temps : apprentissage et lésions :

  - Apprentissage : il soumet les singes à deux types d’apprentissages :

       + Différentiation de formes :

              . Matériel :

                    - Utilise des boites qui se différencient par leur forme (triangulaire ou carrée).

                    - Utilise nourriture (cacahuètes) pour provoquer le conditionnement, l’idée est de la cacher dans une des boites.

                    → Apprendre au singe à aller directement à la nourriture (conditionnement).

              . Procédure :

                    - On présente d’abord une boite (triangulaire) seule.

                    - Puis on la présente avec une boite de forme différente (carrée).

                    - L’idée est que la nourriture est toujours sous la boite de forme différente (carrée).

                    - On répète la procédure jusqu'à ce que le singe aille directement chercher la nourriture sous la boite carrée.

              . Conclusion : le singe est capable de différencier les formes.

      + Différenciation des localisations :

              . Matériel :

                    - Les boites sont identiques. Elles ont une localisation différente, une des boites se trouve prés du cylindre, tandis que l’autre est loin du cylindre.

                    - La nourriture est toujours cachée sous la boite qui se trouve prés du cylindre.

              . Procédure : On arrête l’expérience quand le singe va chercher directement la nourriture sous la bonne boite.

      + Conclusion : les singes sont capables de localisation.

 - Lésions: on compare les conséquences des lésions :

      + Soit du lobe temporal, soit du lobe pariétal :

             . Lobe temporal : il n’y a plus de différenciation visuelle. Le singe n’est plus capable de différencier les boites en fonction de leur forme. Cependant la différenciation spatiale reste intacte.

             .  Lobe pariétal : on observe les lésions inverses. Perte de la différenciation spatiale, le singe ne reconnaît plus les boîtes en fonction de leur position. La différenciation visuelle reste intacte.

      + Conclusion : les lésions sont différentes, ainsi que les symptômes, ces lésions ont donc entrainé une dissociation du visuel et du spatial.

      + Interprétation : il existe deux voies de traitement différentes :

             . Voie ventrale : traite les données visuelles (forme, couleur…), de la partie postérieure au lobe temporal.

             . Voie dorsale : traite les données spatiales (localisation), de la partie postérieure au lobe pariétal.

 

 

c. Mémoire visuelle :

 

Gross en 1983, utilise l’enregistrement unitaire (implantation d’une électrode dans un seul neurone) :

  - Matériel :

         + Utilisation d’un stimulus visuel comme le dessin d’une main de singe.

         + A côté toute une série de formes visuelles qui s’éloignent de plus en plus de l’image de la main.

  - Procédure :

         + Enregistrements unitaires sur des neurones du lobe temporal (voie ventrale).

         + Voici un type de réponse d’un neurone (plus le chiffre est grand plus la réponse du neurone est importante). On voit que plus la forme présentée s’éloigne visuellement de la forme de la main, plus la réponse du neurone diminue.

 

 

  - Conclusion : la réponse de certains neurones du cortex temporal varie en fonction de la forme du stimulus visuel.

  - Interprétation : il existerait une mémoire visuelle localisée dans le lobe temporal, qui contient des prototypes visuels. Si elle contient des prototypes, ca signifie qu’elle contient des représentations d’objets.

 

Dans la prochaine étape, l’énaction, on considère qu’il n’y a pas de représentation mentale d’objets.

 

 

V. L’étape de l’énaction.

 

 

Depuis l’étape cognitiviste, la balance épistémologique pesait du coté de la métaphore informatique, le cerveau traite des informations et on interprète des données.

Mais avec l’étape de l’énaction c’est ce qu’on peut appeler un retour de balancier (antérieur au cognitivisme), qui fait que maintenant, la balance penche du coté de l’auto-organisation cérébrale (unité de contrôle souligné par Werner lors des conférences de Macy), qui constitue une alternative à la métaphore informatique.

On ne considère plus que le cerveau soit un système de traitement de l’information.

 

Retour du rôle du comportement. « La connaissance n’est pas dans le fruit mais dans l’acte de le cueillir ». Je ne connais l’objet qu’à travers la connaissance de moi en train d’agir sur l’objet.

 

Qu’est-ce que « connaitre » ?

  - Dupliquer ?

          + On suppose qu’on a une représentation de l’objet du monde à l’intérieur du cerveau. Cette représentation duplique à l’intérieur l’objet extérieur.

          + Connaitre c’est représenter le monde ?

  - Répéter ?

          + Le point de départ de la connaissance c’est les répétitions passées du geste sur l’objet.

          + On considère que connaitre c’est répéter mentalement les gestes passés qui ont permis d’imiter l’objet.

          + Connaitre c’est énacter le monde ?

 

 

Donc, connaître, est-ce que c’est représenter le monde (dupliquer) ou énacter le monde (répéter) ?

Dans cette étape de la psychologie cognitive, on considère que connaitre c’est énacter le monde (c’est-à-dire : répéter mentalement les gestes représentant les objets).

Cette conception de la connaissance permet d’éviter un piège : Edelman explique le piège de la régression à l’infini :

  - Supposons qu’il y existe une représentation mentale de l’objet, on serait obligé de penser qu’il existe un sujet cognitif à l’intérieur du cerveau pour interpréter la représentation. La conséquence de cette existence est qu’on doit admettre qu’il existe une représentation dans le sujet cognitif, donc il faudrait un sujet cognitif dans le sujet cognitif…et ainsi de suite ! = Piège de la régression infinie.

   - L’énaction évite ce piège dans la mesure où il n’y a pas d’activité cérébrale qui corresponde à la représentation mentale de l’objet dans le cerveau.

Ce qui remplace la représentation mentale de l’objet dans le cerveau, est un mouvement appelé mouvement cognitif global.

 

1. Illustrations expérimentales en guise d’explication :

 

a. L’interface cerveau-ordinateur :

 

Interface cerveau-ordinateur : capacité à manipuler un ordinateur simplement par notre activité cérébrale sans qu’il soit nécessaire de bouger.

Ex :        - Déplacer mentalement le curseur sur l’écran.

                - Partie de ping-pong mental, déplacer mentalement la raquette.

                - Aider une personne paralysée qui contrôle mentalement un bras articulé.

Comment ça marche ? On recueille en temps réel l’activité cérébrale :

                - Curseur : c’est l’imagerie par résonnance magnétique (IRM).

                - Ping-pong : c’est l’électro-encéphalographie (EEG), qui est plus précis que l’IRM.

                - Paralysée : c’est l’implantation de microélectrodes dans le cortex moteur (technique invasive).

Que fait réellement le sujet ? Il simule mentalement des comportements.

 

Pour le déplacement mental du curseur, quel principe ?

Il faut associer chaque direction de déplacement du curseur à la simulation mentale d’un comportement spécifique :

  - Pour déplacer le curseur vers la gauche : on demande au sujet de simuler mentalement un geste de la main gauche. Cette simulation s’accompagne d’une activité cérébrale. Il y a numérisation de l’activité cérébrale corrélée à la simulation mentale du geste de la main gauche. Le cortex droit fronto-pariétal s’active. L’image de cette activation envoie un signal à un ordinateur qui déplace le curseur vers la gauche.

  - Pour déplacer le curseur vers la droite : on lui demande d’imaginer un geste de la main droite qui crée une activité cérébrale qui est numérisée. Le cortex gauche fronto-pariétal s’active. Cette activation envoie un signal à un ordinateur qui déplace le curseur vers la droite.

  - Pour déplacer le curseur vers le haut : on lui demande de faire un calcul mental qu’il va répéter mentalement. Corrélation avec une activité cérébrale qui est numérisée. Le cortex gauche fronto-temporal s’active. L’image de cette activation envoie un signal à un ordinateur qui déplace le curseur vers le haut.

  - Pour déplacer le curseur vers le bas : on lui demande de s’imaginer visualisant une série de mots (déplacement oculaire), qui crée une activité cérébrale qui est numérisée. Le cortex occipital s’active.  Cette activation envoie un signal à un ordinateur qui commande le déplacement du curseur vers le bas.

 

 

Résumé : l’interface cerveau-ordinateur c’est la numérisation de l’activité cérébrale qui est corrélée à la simulation mentale d’un comportement. Numérisation qui sert de signal pour déclencher une commande sur un ordinateur.

Simulation mentale d’un comportement → activité cérébrale → numérisation → signal → ordinateur.

 

b. Polygone à perspective réversible :

 

Par Olivier à Nice en 2001 : un polygone dont on peut voir 2 vues (en plongée ou en contre-plongée).

- Quelle perspective est perçue en 1er ?

- Pourquoi est-ce que je vois d’abord une vue et pas l’autre ?

- Puis-je alterner la perspective perçue ?

 

L’expérience se passe en 2 temps :

  - Contrôle du parcours oculaire de la figure :

          + Une barre se déplace le long du polygone par saccades. A chaque déplacement, la barre change de couleur.

          + Le sujet doit suivre la barre du regard pendant qu’elle se déplace sur le polygone. Pour vérifier qu’il la regarde bien on lui demande de dire à haute voix les couleurs successives de la barre (environ 10 parcours successifs de la figure avec changement des couleurs).

          + Il y a trois groupes de sujets dans l’expérience :

                  . Groupe 1 : la barre se déplace de la gauche vers la droite, et revient directement au début. Donc, le regard se déplace vers la droite.

                  . Groupe 2 : la barre se déplace de la droite vers la gauche et revient directement au début. Donc, le regard se déplace vers la gauche.

                  . Groupe 3 : groupe contrôle : on a placé un point fixe qui clignote au centre de l’image. Ce point change de couleurs et le sujet doit aussi dire à haute voix les couleurs. Le regard ne parcourt pas la figure.

  - Tache de reconnaissance immédiate après la première phase :

         + On affiche sur l’écran les deux perspectives possibles. On demande aux sujets de dire laquelle était sur l’écran. !! Piège : aucune n’est bonne, car la figure de la première phase était un polygone réversible.

         + Voici les résultats :

                . Groupe 1 : reconnaît le polygone vu par-dessous.

                . Groupe 2 : reconnaît le polygone vu par-dessus.

                . Groupe 3 : Tendance à reconnaître la vue par-dessus, mais tendance non significative statistiquement.

 

 

        + Conclusion : face à un même objet visuel, la forme reconnue dépend du sens de déplacement du regard (lors de la 1ère partie de l’expérience).

        + Interprétation: « la connaissance n’est pas dans le fruit mais dans l’acte de le cueillir » du regard. On ne connaît l’objet qu’à travers la connaissance de soi en train d’agir sur l’objet.

 

2. Mouvement cognitif global :

 

a. Mise en évidence et définition :

 

On s’est appuyés sur l’observation de l’activité cérébrale qui correspond à la conscience.

Pour cela on utilise la Magnétoencéphalographie (MEG) :

   - Rappel sur la technique de MEG :

            + La personne s’installe dans un appareil. On installe un certain nombre de capteurs sur sa tête.

            + On obtient une image sur laquelle on voit les variations de l’activité cérébrale (c’est le flux sanguin qui varie) dans un intervalle de temps déterminé (ex : 200 ms).

            + Les couleurs indiquent le sens de la variation. Quand il y a une augmentation de l’activité on la représente en rouge-orange-jaune, inversement quand il y a une diminution de l’activité cérébrale on la représente par une série de bleus (jusqu’au plus clair).

 

 

 

   - Expérience : concurrence binoculaire :

          + Un sujet va porter des lunettes avec des verres bicolores (un rouge et un bleu). On lui demande de fixer un écran. Sur cet écran on affiche une grille composée de traits rouges verticaux et de traits bleus horizontaux.

          + Le sujet ne perçoit jamais la grille, il va percevoir alternativement les traits verticaux rouges, puis il y a une période où il n’y a pas de perception, puis les traits horizontaux bleus, puis à nouveau une période sans perception, suivie d’une perception à nouveau des traits horizontaux rouges. Alternance en dehors de notre volonté.

          + On va pouvoir voir ce qui se passe dans le cerveau, avec et sans conscience :

 

 

Ce qu’on voit sur la MEG :

   - Activité cérébrale en absence de stimulus : quand il n’y a pas de perception, c’est noir/orange foncé, donc très faibles variations d’activité.

   - Activité cérébrale en présence du stimulus sans conscience perceptive (période pendant laquelle le sujet ne perçoit pas le stimulus) : c’est orange foncé/un peu orange clair (clair surtout au niveau du buffer-visuel et de la mémoire visuelle), donc il y a une augmentation modérée de l’activité.

   - Activité cérébrale en présence du stimulus avec conscience perceptive : c’est jaune avec de nombreux traits, donc il y a une augmentation importante de l’activité répartie sur tout le cerveau (répartition représentée par les traits noirs).

Conclusion : cette expérience a montré que l’activité cérébrale liée/correlée à la conscience correspond à une activation simultanée répartie sur l’ensemble du cerveau. La conscience s’accompagne d’activités.

Interprétation : l’image qu’on obtient est un « arrêt sur image » d’un mouvement cognitif global.

 

 

Le mouvement cognitif global est le continuum qui accompagne les répétitions gestuelles sur l’objet, qui accompagne les répétitions de coordinations motrices (corps/regard).

A chaque répétition du geste, le même mouvement cognitif global se répète.

Accompagne aussi les répétitions de coordinations motrices qui impliquent le langage.

Mouvement cognitif global : continuum des états globaux d’activation cérébrale corrélé aux répétitions du geste sur l’objet.

Le cerveau fonctionne de manière globale.

 

Illustration image par image de la mise en correspondance : répétition de lancer-francs.

  - On décompose chaque état global avec le geste instantané.

  - Sur le premier anneau, on représente l’état globale numéro 1 qui correspond au mouvement instantané.

 

Mais comment s’établit la connaissance dans un cerveau qui fonctionne de manière globale ?

 

 

b. Auto-connaissance cérébrale :

 

ΓΝΩΘΙ  ΣΑΥΤΟΝ : « connais-toi toi-même », par cette phrase Socrate a fait l’apologie de l’auto-connaissance.

Le sujet de la connaissance renvoie à lui-même.

Auto-connaissance : le sujet et l’objet de la connaissance se confondent.

Ex : Tableau d’Echo et Narcisse : on retrouve l’illustration de l’auto-connaissance :

  - Dans le reflet de Narcisse dans l’eau.

  - Dans le mouvement de l’eau de pluie qui ruisselle dans les ravines.

       + Supposons qu’il pleut au sommet de la montagne, l’eau de pluie va ruisseler sur les flancs de la montagne.

       + Lorsque la pluie cesse, le mouvement a laissé une trace : les ravines.

       + Supposons qu’il repleuve, le mouvement de l’eau repasse dans les ravines : le mouvement présent est donc guidé par la trace de ses répétitions passées.

       + En ce sens on peut dire que le mouvement « se connait lui-même ».

Auto-connaissance d’un mouvement : la répétition présente d’un mouvement est guidée par la trace de ses répétitions passées.

Le mouvement cognitif global est guidé par la trace de ses répétitions passées, c’est comme cela que s’établit la connaissance. Autrement dit le mouvement cognitif global « se connait lui-même », et en ce sens on peut parler d’auto-connaissance cérébrale.

 

Comment le mouvement cognitif global présent peut-être guidé par ses répétitions passées ?

Grâce au marquage synaptique (loi de HEBB → passage dans la synapse laisse une trace qu’on appelle le marquage synaptique). Illustration :

  - Les répétitions passées du mouvement cognitif global on créé un marquage synaptiques et ont creusé en quelque sorte des « ravines cérébrales ».

  - Cette trace est ce que EDELMAN appelle le noyau dynamique (= trace cérébrale laissée par les répétitions passée d’un mouvement cognitif global).

 

Comment s’établit l’auto-connaissance cérébrale ?

Par superposition entre le mouvement cognitif global présent (mouvement qui accompagne la répétition présente) et le noyau dynamique.

Cette superposition n’est jamais nulle (car marques du passé) et jamais totale (car toujours en apprentissage).

 

3. Modèle de la perception :

 

Mythe de Faust par Goethe → dans un passage du roman, Faust se pose la question de ce qu’il y avait au commencement : Le commencement était le verbe, réponse qui ne lui convient pas, idem pour la force, il accepte la réponse « action ».

Le geste est à la source de la connaissance.

La fonction du geste est l’incorporation cérébrale de l’objet.

 

a. Transduction :

 

 

 

Nous sommes constitués et entourés de particules élémentaires et le choc entre ces particules créé des ondes électromagnétiques. Chacune de ces ondes est caractérisée par sa fréquence.

Le spectre des ondes EM : permet de représenter les ondes et particules qui nous entourent : ondes plus basses à gauche (ondes radio, etc.) et à droite les ondes les plus fortes (IR, ondes gamma, etc.). Le corps humain est sensible à deux bandes de fréquences :

  - Bande de basse fréquence entre 1 Hz et 20 KHz.

  - Bande de hautes fréquences 1013  Hz et 1015 Hz.

Les récepteurs sont :

  - Pour les basses fréquences : la peau (1 à 300 Hz) et la clochée (20 Hz à 20 KHz).

  - Pour les hautes fréquences : récepteurs rétiniens (sensibles à la lumière visible).

 

Transduction : la traduction neuronale des vibrations du milieu externe par des récepteurs corporels.

 

Dans le cadre de cette définition, on étudie la transduction à partir du contact corps/objet :

  - Contact main/objet tactile : ce contact va entrainer la transduction des propriétés de cet objet tactile, qui va entrainer, au niveau cérébral, une transduction cutano-thalamo-pariétale.

  - Contact auditif, clochée/objet sonore : ce contact va entrainer la transduction des propriétés de l’objet sonore, qui va entrainer, au niveau cérébral, une transduction cochléo-thalamo-temporale.

  - Contact rétine/objet visuel : ce contact va entrainer la transduction des propriétés de l’objet visuel, ce qui va entrainer, au niveau cérébrale, une transduction rétino-thalamo-occipitale.

Ex : étude de Hubel et Wiesel sur le contact avec un corps « passif » sur chats anesthésiés, ce qui veut dire que l’étude s’est faite sans tenir compte des mouvements du corps. Cependant on peut faire une objection : en condition normale on ne reste pas passif en présence de l’objet, mais on agit sur lui.

 

Lorenz définissait l’objet comme « ce qui fait obstacle au déplacement vers l’avant ». L’objet n’existe que lorsqu’il arrête un mouvement.

Merleau-Ponty disait que « le comportement est la cause première de toutes les stimulations ». Les transductions sont sélectionnées par le geste, par l’imitation gestuelle de l’objet.

 

b. Intégration au mouvement cognitif global :

  

Imitation gestuelle pour des transductions tactiles : imitation manuelle de l’objet tactile.

Le geste est guidé par les propriétés de l’objet, en ce sens on peut dire que le geste imite l’objet tactile.

Par conséquent le geste sélectionne une suite de transductions. Ces transductions sont intégrées dans le mouvement cognitif global qui accompagne l’imitation manuelle de l’objet.

 

Imitation gestuelle pour des transductions sonores : le geste phonatoire.

En contact avec l’objet sonore l’enfant répète ce qu’il entend.

Son geste phonatoire va créer une suite de transductions. Au niveau cérébral, les transductions auditives sont intégrées dans le mouvement cognitif global, qui accompagne l’imitation phonatoire.

 

Imitation gestuelle pour des transductions visuelles : 

Merleau-Ponty disait que « l’œil est une main qui caresse à distance ».

Les déplacements du regard cueillent les transductions rétiniennes.

Le regard imite les propriétés visuelles de l’objet. Les gestes oculaires sélectionnent une suite de transductions. Ces transductions visuelles sont intégrées dans le mouvement cognitif global, qui accompagne l’imitation oculaire de l’objet.

Transduction/perception : traduction neuronale des vibrations du milieu externe par des récepteurs corporels, sélectionnée par l’imitation gestuelle de l’objet et intégrée dans le mouvement cognitif global.

Edelman disait que « perception = catégorisation perceptivo-motrice ».



09/12/2012
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