Cours de psychologie

5 psychanalyses - Sigmund Freud

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I. Dora : fragment d’une analyse d’hystérie.

 

Introduction.

 

L’analyse de Dora est menée comme un affrontement entre l’analyste et l’hystérique.

Freud, au moment de clôturer l’histoire du cas, ne retient de l’analyse que les motions hostiles qui ont été mobilisées dans le transfert.

Les symptômes de Dora sont ceux d’une petite hystérie. Elle a été livrée par son père à M.K.

Sur la scène au bord du lac, jusqu’à la fin Dora restera évasive.

Dora souffre d’une séquence de pensées consciente trop intense qui doit son renforcement à l’inconscient et qui ne peut être ni décomposée ni éliminée.

Chez les femmes hystériques, la libido sexuelle s’adressant à l’homme connaît une répression énergique, et celle s’adressant à la femme est renforcée par vicariance et est même particulièrement consciente. Donc ses amours pour son père et pour Mme K., sont réactionnels.

Gynécophile : sentiments masculins, tourné vers les femmes.

Mme K. a été la source du savoir sexuel de Dora, avant d’être l’instigatrice de son malheur.

Une hystérique est une personne chez qui une occasion d’excitation sexuelle provoque des sentiments de déplaisir.

Avant le refoulement, Dora était masturbatrice et masculine, après le refoulement, elle est devenue hystérique et féminine.

L’identité sexuée de Dora serait : indifférenciée dans la 1ère activité auto-érotique du suçotement, masculine dans la masturbation infantile, féminine dans la pantomime avec l’aumônière, masculine-féminine dans l’homosexualité gynécophile.

Dora est bloquée car elle a connu trop tôt la jouissance sexuelle.

S’il est exact que la causation des affections hystériques se trouve dans les intimités de la vie psychosexuelle des malades et que les symptômes hystériques sont l’expression de leurs souhaits refoulés les plus secrets, l’élucidation d’un cas d’hystérie ne peut faire autrement que de mettre à découvert ces intimités et de révéler ces secrets.

 

L’état de maladie.

 

Le rêve est l’un des détours pour contourner le refoulement, l’un des principaux moyens de ce qu’on appelle le mode de présentation indirecte dans le psychique.

Le patient ne raconte pas son histoire de manière ordonnée pour 3 raisons : insincérité consciente (par pudeur ou crainte, on cache des faits), insincérité inconsciente (un fait important non présent à l’esprit durant un entretient), et l’amnésie.

Une série de reproches contre d’autres personnes laisse supposer une série d’autoreproches ayant le même contenu.

L’hystérique tombe malade d’abord car c’est un moyen d’échapper à la réalité, et secondairement c’est le moyen d’obtenir des bénéfices.

Un symptôme constitue la présentation/réalisation d’une situation sexuelle. Les forces de pulsion nécessaires à la formation des symptômes hystériques sont fournies non seulement par la sexualité normale refoulée, mais aussi par les motions perverses inconscientes.

Dans la névrose, le symptôme une fois formé est conservé, même si la pensée inconsciente qui a trouvé en lui son expression a perdu sa significativité.

Renforcement réactionnel : le refoulement a souvent été mis en œuvre de sorte que l’opposé de la pensée à refouler fut démesurément renforcé.

Pensée réactionnelle : pensée qui s’affirme de manière surforte dans le conscient et qui, à la manière d’un préjugé, se montre impossible à décomposer.

Pour enlever à la pensée surforte son renforcement, il faut rendre conscient l’opposé refoulé.

Famille de Dora : environnement malade, tante névrotique, père fragile de santé et très intelligent, mère absente car trop occupée au foyer, frère ainé prenant parti pour la mère.

Santé de Dora : santé en réaction à sa nervosité, dès 8ans malade (asthme, migraine, appendicite au moment de la mort de sa tante…). Humeur dépressive, modification du caractère. C’est suite à une perte de connaissance qu’elle arriva chez Freud. Et elle rédigea une lettre de suicide que ses parents trouvèrent, cette lettre était une sorte de chantage pour que son père renonce à Mme K.

Famille K : c’est un couple d’amis, la femme a soigné le père de Dora, le mari était proche de Dora, et Dora s’est même occupée des enfants du couple. En fait, le père de Dora entretient des relations avec Mme K., et M. K. semble attiré par Dora.

Scène au bord du lac : M. K. aurait fait des propositions amoureuses à Dora, elle l’a rapporté à sa mère, M. K. a du se justifier, d’après lui non et il s’en voulait si ses propos ont été mal compris. Finalement, la faute revenait sur Dora, personne ne la croyait véritablement. Alors qu’en fait, il lui a fait des propositions, elle l’a giflé et s’est enfuie. Quand il a commencé ses avances, il lui a dit que sa femme n’était rien pour lui.

Scène dans le magasin : avant la scène du lac, quand elle avait 14ans elle s’est retrouvée seule avec M. K. et celui-ci l’a serrée contre lui et l’a embrassée. Ce serait la première scène traumatique, celle qui a fait naître le dégoût. Et depuis ce jour elle a évité de se retrouver seule avec lui. Lors de cette étreinte, elle aurait ressenti la pression du sexe masculin en érection contre elle, mais cette situation aurait été refoulée et remplacée par la pression ressentie sur le thorax lors de l’étreinte.

Symptômes : le dégoût correspond au symptôme de refoulement de la zone érogène des lèvres, ce dégoût viendrait de la peur du membre viril qui rappelle les fonctions excrémentielles ; la pression du membre érigé a vraisemblablement eu pour conséquence la modification analogue de l’organe féminin correspondant, le clitoris, et l’excitation de cette seconde zone érogène a été fixée par déplacement sur la sensation de pression simultanée sur le thorax ; la crainte des hommes pouvant être en état d’excitation relève d’une phobie, permettant de se prémunir contre une nouvelle reviviscence de la perception refoulée. Chaque fois qu’elle était aphone c’était en l’absence de M. K. Elle était aussi malade dans le but d’attendrir son père et de l’éloigner de Mme K. La toux pouvait représenter la satisfaction sexuelle, la fantaisie sexuelle envers Mme K. Jalousie vis-à-vis des femmes de son père, donc amoureuse de son père. Cet amour a été ravivé quand elle a repoussé M. K., pour repousser ces premières inclinaisons amoureuses devenues pénibles. Elle aurait également eu un penchant homosexuel inconscient, simple courant sexuel masculin, envers d’abord sa gouvernante, sa cousine, puis enfin envers Mme K.

 

Le premier rêve.

 

Un rêve touche à l’occasion actuelle majeure et à un événement lourd de conséquences des années d’enfance. Le rêve établit une liaison entre les 2 évènements, il cherche à reconfigurer le présent d’après le modèle du passé le plus reculé. Le rêve est un souhait présenté comme accompli.

Action symptomatique : geste exécuté de façon automatique, mais expression de pensées et impulsions inconscientes. Action de symptômes, trouble fonctionnel perçu par le malade lui-même. Action qui cible le ou les symptômes.

Les malades reconnaissent chez les autres une corrélation qu’il ne leur est pas possible de reconnaître sur leur propre personne, du fait de résistances affectives.

Les symptômes hystériques n’apparaissent presque jamais tant que les enfants se masturbent, ils apparaissent seulement dans l’état d’abstinence. Idem en principe pour les adultes. Mais si la libido est violente, hystérie et masturbation peuvent survenir ensemble.

Les mouvements exprimant l’excitation sexuelle sont un mécanisme inné.

Rêve : dans une maison, ça brûle. Mon père est debout devant mon lit et me réveille. Je m’habille rapidement. Maman veut encore sauver son coffret à bijoux, mais papa dit « je ne veux pas que mes deux enfants et moi nous brûlions à cause de ton coffret à bijoux ». Nous descendons en hâte, et dès que je suis dehors je me réveille.

Interprétation : M. K. me poursuit, peut qu’il entre dans ma chambre pour s’en prendre à mon sexe. S’il arrive un malheur ce sera la faute de papa. Donc peur mais aussi de moi-même. Maman est la référence à Mme K., envie de remplacer Mme K. Donc peut de M. K. et peur de mes propres sentiments envers lui.

Noyau du rêve : papa protège-moi comme dans mon enfance, pour que mon lit ne soit pas mouillé. La résolution est d’en appeler son amour infantile pour son père afin de se protéger de la tentation actuelle.

Résolution du rêve : je dois quitter cet endroit où un danger menace ma virginité, je dois partir avec papa, je dois me cacher pour faire ma toilette.

Compléments sur Dora : angoisse des médecins car elle redoute que s’ils voient ses pertes blanches ils comprennent sa tendance à la masturbation. Sa masturbation infantile a du être remplacée par une angoisse. Son asthme constitua une frontière entre 2 phases de la vie sexuée, dont la 1ère avait un caractère masculin et la 2nde un caractère féminin. Elle associe le fait de mouiller à quelque chose de sale.

 

Le second rêve.

 

La plupart des symptômes hystériques quand ils parviennent à leur plein développement, présentent une situation fantasiée de la vie sexuelle (commerce sexuel, grossesse, accouchement…).

Rêve : je me promène dans une ville que je ne connais pas, je vois des rues et des places qui me sont étrangères (sur l’une des places, je vois un monument). Puis j’arrive dans une maison où j’habite, je vais dans ma chambre et j’y trouve une lettre de maman. Elle écrit que comme je suis partie de la maison à l’insu des parents, elle n’a pas voulu m’écrire que papa est tombé malade. Maintenant il est mort, et si tu veux ( ?) tu peux venir. Je vais alors à la gare et demande près de 100 fois : où est la gare ? J’obtiens toujours la réponse : 5 minutes. Puis je vois devant moi une épaisse forêt dans laquelle je pénètre et j’interroge là un homme que je rencontre. Il me dit : encore 2 heures et demie. Il me propose de m’accompagner. Je refuse et part seule. Je vois la gare devant moi et ne peux pas l’atteindre. Il y a, en même temps, le sentiment d’angoisse habituel quand en rêve, on n’avance pas. Puis je suis à la maison, entre-temps je dois avoir fait le chemin en voiture, mais je n’en sais rien. J’entre dans la loge du concierge et je m’enquiers auprès de lui de notre appartement. La domestique m’ouvre et répond : votre maman et les autres sont déjà au cimetière (plus tard elle rajoutera qu’elle se voit nettement monter l’escalier, et aussi qu’après la concierge elle va dans sa chambre, sans tristesse, et qu’elle lit un gros livre qui se trouve sur son bureau).

Interprétation : géographie sexuelle symbolique, fantaisie de défloration. Sans son père, elle est libre de lire ou d’aimer comme elle le veut. Blessée par M. K., elle part seule faire sa vie, elle ne se mariera pas.

Complément sur Dora : 9mois après la scène du lac, elle eut des douleurs au ventre, une sorte d’appendicite, qui était le symbole d’un accouchement. Et suite à cette maladie, elle resta quelques temps avec la jambe qui trainait, comme si elle avait fait un faux pas, comme quoi elle regrettait l’issue de la scène du lac, et elle était toujours amoureuse de M. K. Avant la scène du lac, une servant lui a dit que M. K. lui avait fait des avances, qu’elle avait cédé et que depuis plus rien, du coup lors de la scène du lac, Dora revoit celle de la servante, elle gifle, elle se révolte d’être traitée comme la servante, et elle attend 15jours avant d’en parler à ses parents, s’il avait insisté entre temps ça lui aurait prouvé que ses intentions étaient sincères, mais il n’a pas réessayé, du coup elle s’est vengée en parlant à ses parents.

 

Postface.

 

Quand Freud lui a fait remarquer son amour pour M. K. et ses intentions, elle a acquiescé, elle est partie tranquille mais n’est plus revenue. Par la suite, Freud apprit qu’elle finit par se venger de la famille K, elle força M. K. a avoué la vérité sur la scène au bord du lac, et Mme K. a confirmer sa liaison avec son père. Elle en fut délivrée, et un jour elle rencontra M. K. dans la rue, mais il fut renversé par une voiture. Elle continua sa vie, fit ses études et finit par se marier.

La sexualité fournit la force de pulsion pour chacun des symptômes et pour chaque des manifestations d’un symptôme.

Pendant une cure analytique, la néoformation de symptômes se trouve être régulièrement suspendue. Mais la productivité de la névrose n’est en rien éteinte, elle se confirme dans le transfert.

Transfert : toute une série d’expériences vécus psychiques antérieures revient à la vie, non pas comme quelque chose de passé, mais comme une relation actuelle à la personne du médecin.

La cure analytique ne crée pas le transfert, elle ne fait que le mettre à découvert, comme tout ce qui est caché d’autre dans la vie d’âme.

 

II. Le petit Hans : analyse de la phobie d’un garçon de 5 ans.

 

Introduction.

 

Les théories sexuelles infantiles touchent au vrai, par l’inventivité des constructions qu’elles proposent, et elles disent la vérité de l’activité théorique elle-même.

Si tout n’est pas sexuel, la sexualité se mêle de tout, à commencer par l’activité de théorisation.

Chez l’enfant, désir de savoir et curiosité sexuelle semblent être inséparables l’un de l’autre.

Etre au lit avec le père ou la mère est une source de motions érotiques.

Le petit Hans est un garçon qui aime tant sa mère qu’il a forcément peur du père. Il a une forte prédisposition à la sexualité, en imagination il ne s’est pas détaché de ses premiers objets.

Sa mère le prend comme un substitut d’un objet sexuel à part entière.

La construction du fantasme phobique ne se serait pas faite sans les apports du père.

C’est grâce au petit Hans que Freud a pu mettre en avant la théorie du complexe de castration. Grâce aux recherches qui ont suivi, on a fait valoir que le nourrisson ne pouvait que ressentir déjà chaque retrait du sein maternel comme castration, c’est-à-dire comme perte d’une partie du corps significative comptant parmi ses possessions, qu’il ne peut évaluer autrement la cession régulière de la selle, et même que l’acte de la naissance, en tant que séparation d’avec la mère, avec laquelle jusqu’alors on ne faisait qu’un, est l’original de toute castration. Mais Freud a souhaité que le terme de complexe de castration s’en tienne aux excitations et effets qui sont en connexion avec la perte du pénis.

Avec l’arrivée de sa petite sœur, il va être perturbé, d’abord jaloux pendant les 6 premiers mois, suspicieux du zizi de sa sœur qui est très petit et il pense qu’il va pousser. C’est à 4ans et demi qu’il reconnaît le sexe féminin.

Quand il croise un cheval, il remarque le grand pénis de l’animal, et comme sa mère est grande il pense qu’elle doit en avoir un grand.

Hans joue à faire pipi, il aime les petites filles et les petits garçons, il aimerait que sa mère le touche, il aimerait qu’une fille le touche.

 

Histoire de maladie et analyse.

 

Ses troubles commencent par une demande accrue envers la mère. Le soir, il s’angoisse, il demande sa mère pour faire câlin (= caresser), il dort avec elle quand il a peur, il ne sort plus dans la rue sinon il pleure et réclame sa mère.

Le trouble débute donc par des pensées d’angoisse-tendresse, et ensuite par un rêve d’angoisse, c’est-à-dire perdre sa mère, ne plus pouvoir faire de câlin avec elle. La tendresse accrue pour la mère a viré en angoisse.

Angoisse pathologique : sensation de désirance-angoisse à partir du moment où elle ne peut plus être supprimée par l’apport de l’objet désiré.

Quand il sort dans la rue avec sa mère, il a quand même de l’angoisse, c’est de la désirance inassouvie pour sa mère. La désirance pour la mère est refoulée.

Le soir, quand il angoisse, pour s’endormir il se masturbe. Comme il a 4ans et 9mois on estime qu’il le fait déjà depuis un an.

Après avoir discuté avec Freud, son père lui explique que les femmes n’ont pas de pénis. Il semble d’abord l’accepter, puis il le refuse et va ensuite s’imaginer avec sa mère nue quand il se masturbe, fantasmer sur le pénis de sa mère.

Au premier abord, peur du sexe des grands animaux, mais plus précisément il s’angoisse car son pénis est bien plus petit, il se demande s’il poussera. Avant il était curieux du sexe, maintenant il a peur. Son angoisse s’édifie sur le plaisir ancien comme sur le déplaisir actuel.

Quand il avait 3ans et demi et qu’il se touchait le pénis, sa mère l’a menacé de le lui couper. Bien entendu cette menace n’a eu aucun effet, mais par la suite, quand il a commencé à comprendre que certaines personnes n’avaient pas de pénis, il ne s’est plus senti en sécurité et il est entré dans le complexe de castration.

Quand le père a expliqué que les femmes n’ont pas de pénis, Hans a vu sa confiance s’ébranler et le complexe de castration s’éveiller.

Hans imagine des girafes, pendant la nuit il a été pris de désirance pour la mère, pour ses caresses, son membre, il est donc allé dans la chambre. Le tout est la continuation de la peur des chevaux.

Quand Freud le rencontre, il comprend que Hans a peur que son père soit fâché contre lui car il aime beaucoup sa mère.

Lutte entre hostilité et tendresse pour le père.

Sa phobie commence quand il a vu un cheval tomber, rapprochement avec le souhait que son père tombe.

Il a peut d’une sorte de muselière sur certains chevaux, rapprochement avec la moustache du père.

Peur du mouvement des jambes, comme lui-même quand il a envie d’uriner.

Le souhait de Hans de taquiner le cheval est doublement agencé, composé d’un désir obscur et sadique pour la mère et d’une claire poussée à la vengeance envers le père.

Comme c’est avec sa mère qu’il a eu, enfant, ses expériences vécues de félicité, il répète celles-ci dans un rôle actif, en quoi il lui faut jouer lui-même la mère.

Hans trouve une fin heureuse à l’Œdipe, il se marie avec sa mère et au lieu d’éliminer son père, il lui confère le titre de grand-père le mariant avec la grand-mère.

On lui explique comment naissent les bébés. Il ne voit pas vraiment le rapport avec le père, mais il est mieux. Il s’imagine également qu’on lui remplace le sexe par un plus grand. Il semble aller mieux, peu d’angoisse.

 

Epicrise.

 

Le petit Hans est un enfant disposé à la névrose, il est donc irrecevable de transférer sur d’autres enfants des conclusions qui sont peut-être valides pour lui. De plus, sa thérapie fut sous l’action du père, donc non objective.

A l’époque de sa maladie et pendant l’analyse, commencent pour Hans des incongruences entre ce qu’il dit et ce qu’il pense, pour une part fondées sur le fait que s’impose à lui un matériel inconscient qu’il n’est pas en mesure de maîtriser en une fois, pour une autre part consécutives aux réticences quant au contenu qui sont issues de son rapport aux parents.

Entrecroisement des pulsions : le plaisir pris à son propre membre sexué se rattache au plaisir-désir de regarder, dans sa conformation active et passive.

Dans la constitution sexuelle du petit Hans, la zone génitale est d’emblée celle des zones érogènes la plus intensément marquée de plaisir. A côté d’elle est le seul encore attesté chez lui le plaisir excrémentiel rattaché aux orifices de l’évacuation de l’urine et des selles.

Hans est homosexuel comme tous les enfants peuvent l’être, en complet accord avec le fait, à ne pas perdre de vue, qu’il ne connaît qu’une espèce d’organe génital, un organe génital comme le sien. Son développement ira vers une masculinité énergique à l’allure polygame, qui sait se comporter différemment selon l’alternance de ses objets féminins.

Hans est un véritable petit Œdipe.

Il y a en lui une part réprimée de sadisme. Mais la transformation de l’agression à la compassion s’est effectuée chez lui de manière précoce.

La naissance de sa petite sœur va être un tournant dans son développement psychosexuel. Interrogations sur la relation avec ses parents et réminiscence des premiers soins qui lui ont donné du plaisir.

Dans la fantaisie finale victorieuse, il fait la somme de toutes ses motions de souhait érotiques, celles issues de la phase auto-érotique et celles en corrélation avec l’amour d’objet. Il est marié avec sa mère si belle et a d’innombrables enfants dont il peut prendre soin à sa façon.

 

III. L’homme aux rats : remarques sur un cas de névrose de contrainte.

 

Névrosé de contrainte, expert en ambivalence, passé maître dans l’art de transformer la contradiction en zone érogène, est le conflit psychique en personne.

L’homme aux rats est Ernst Lanzer, chez lui tout est en retard, les études comme la vie sexuelle.

Avant de venir consulter Freud, il a d’abord vu Wagner-Jauregg.

Emprise de l’érotisme anal sur la vie psychique du patient. Le parcours intestinal de la selle, rétention/expulsion, est le prototype somatique de la contradiction.

La névrose se serait construite à partir du jeu opposé de 2 forces psychiques (amour et haine), trop précocement séparées dans les années préhistoriques de l’enfance. Conflit psychique, la psyché soumise à la contrainte.

 

Extrait de l’histoire de maladie.

 

Sa vie sexuelle a été misérable, l’onanisme n’a joué qu’un rôle minime dans sa 16ème ou 17ème année, sa puissance est normale, premier coït à 26 ans.

Vers 14ans, il a un grand ami plus âgé que lui, il le place très haut, mais il finit par se rendre compte que cet ami ne l’était que pour approcher sa sœur.

Dès la plus tendre, il a un goût prononcé pour la sexualité, la curiosité sexuelle, voulait regarder les filles, les déshabiller, les toucher, ce qui est arrivé plus d’une fois et dès ses 4ans. Bien qu’il s’en sentait coupable.

Des pensées sur la mort de son père le préoccupaient dès l’enfance. Enfant, il aimait bien une petite fille qui n’était pas gentille avec lui, il a pensé que s’il avait un malheur elle serait plus gentille avec lui, aussitôt il a pensé à la mort de son père, ce qu’il a énergiquement repoussé. Adulte, amoureux d’une femme mais dont l’union était impossible car il n’avait pas d’argent, il a pensé que si son père mourrait il aurait un bel héritage, pensée aussitôt repoussée. Culpabilité.

Une pulsion érotique et une révolte contre elle, un souhait (pas encore marqué de contrainte) et une appréhension la contrecarrant (déjà marquée de contrainte), un affect pénible menant à des actions de défense → l’inventaire de la névrose est complet.

La névrose de contrainte permet de reconnaître que les facteurs donnant forme à la psychonévrose sont à chercher non dans la vie sexuelle actuelle, mais dans la vie sexuelle infantile.

Il raconte que pendant qu’il était dans l’armée, un capitaine lui a raconté une histoire de torture. Un rat affamé enfermé dans un bocal que l’on place sur les fesses d’une victime, le rat perce pour sortir, à savoir l’anus. Désir inconscient ? Il pense si cela arrivait à la femme qu’il aime, mais aussi à son père.

A l’armée, il eut un remboursement à faire à la poste, mais par erreur se crut devoir rembourser à un autre lieutenant. Ses pensées le torturèrent, lien avec la mort d’un proche, remboursement non effectué, comment faire pour restituer l’argent à une personne non concernée…il fallut qu’un ami dont il est très proche et sous influence, lui dise d’envoyer l’argent à la poste. C’est ce qui le décida à consulter Freud.

Quand son père est mort, il resta 18mois sans réellement le réaliser, s’attendant à le voir apparaître, puis il se sentit coupable de ne pas avoir été auprès de lui au moment de son décès.

Un grand amour ne permet pas que la haine demeure consciente. Perte du père, trop d’amour, trop de haine.

La source d’où l’hostilité envers le père tire son indestructibilité, est manifestement de la nature de désirs sensuels, par rapport auxquels il a ressenti en quelque façon le père comme perturbant. Un tel conflit entre sensualité et amour filial est un conflit absolument typique.

Depuis l’enfance, il a quelques idées de meurtre, d’infliger des blessures, dont il se sent coupable, dont il pense qu’il s’agit d’une lâcheté, envie de suicide. Par exemple, lors d’un examen qu’il passait, sa bien-aimée était absente, occupée par la grand-mère. Il voulut se tuer, puis pensa qu’il fallait d’abord tuer la grand-mère. En fait, la contrainte est inversion, c’est parce qu’il a un désir meurtrier qu’il s’auto-punit. Réaction à une fureur monstrueuse, non saisissable par la conscience, envers une personne qui survient en perturbatrice de l’amour.

Les actions de contrainte présentent le conflit de 2 motions opposées d’une grandeur à peu près égale qui est toujours l’opposition de l’amour et de la haine.

Dans l’hystérie, les facteurs occasionnant récents de l’affection et les expériences vécues infantiles, succombent à l’amnésie. Pour la névrose de contrainte, les présupposés infantiles de la névrose peuvent avoir succombé à une amnésie, mais les facteurs occasionnant récents de l’affection se trouvent conservés dans la mémoire. Au lieu d’oublier le trauma, l’affect est retiré, ce qui laisse un événement non essentiel. Le malade connaît donc ses traumas et à la fois ne les connaît pas, il ne les a pas oublié mais ne leur prête pas la bonne significativité.

En fait, Ernst aimait une dame, mais sa mère lui communiqua une cousine qu’il pouvait épouser et ainsi s’élever dans la société. Il fut donc tiraillé entre le désir pour sa dame, et suivre les traces de son père (son père avait épousé sa mère et gagna ainsi un statut social). Conflit entre son amour et la volonté paternelle continuant à agir, il résolut ce conflit en tombant malade, plus précisément en tombant malade, il se déroba à la tâche de le résoudre dans la réalité. La fuite dans la maladie lui fut rendue possible par l’identification avec le père, celle-ci lui permit la régression des affects aux restes de l’enfance.

Il rêve qu’il épouse la fille de Freud, mais à la place des yeux elle a des plaques de merde. Ca signifie qu’il l’épouserait non par amour mais pour son argent.

L’onanisme des années de puberté est le ravivement de l’onanisme des années d’enfance, jusqu’ici constamment négligé, qui, le plus souvent, atteint une sorte de point culminant entre 3 et 4 ou 5 ans, et cet onanisme est l’expression la plus nette de la constitution sexuelle de l’enfant, dans laquelle nous cherchons l’étiologie des névroses ultérieures.

Ernst ne développa aucune masturbation durant sa puberté mais à partir de ses 21 ans, après la mort de son père. Mais après chaque jouissance il se sentait coupable et la masturbation devint rare. Les rares cas ce fut sous l’interdit et le fait de passer outre à un commandement.

Petit, entre 3 et 4 ans, il aurait commis un acte masturbatoire (en fait il aurait mordu quelqu’un) et le père s’est énervé et l’a frappé et lui injuriait son père. Depuis, plus de masturbation, et peur devant les coups.

Le contenu de la vie sexuelle enfantine est fait de l’activation auto-érotique des composantes sexuelles prédominantes, de traces d’amour d’objet et de la formation de ce complexe qu’on pourrait nommer le complexe nucléaire des névroses, qui englobe les premières motions tendres aussi bien qu’hostiles envers les parents et les frères et sœurs, une fois que le désir de savoir du petit a été éveillé, le plus souvent par l’arrivée d’un nouvel enfant. Par l’uniformité de ce contenu et par la constance des actions modificatrices ultérieures, il est facile d’expliquer qu’en général ce sont toujours les mêmes fantaisies qui sont formées concernant l’enfance, quelques que soient les contributions plus ou moins grandes qu’y apporte l’expérience de vie effective. Il correspond tout à fait au complexe nucléaire infantile que le père accède au rôle d’adversaire sexuel et de perturbateur de l’activité sexuelle auto-érotique, et cela, la réalité effective y prendre le plous souvent une bonne part.

Cet épisode de châtiment révèle la rage conservée envers le père, mais il ne l’acceptait pas. Il fallut d’abord un transfert sur Freud, qu’il identifia comme son père pour pouvoir l’injurier par fantaisie et transfert, pour ainsi voir la haine envers son père.

Pour comprendre la signification des rats, il faut faire le lien avec le père. Les rats sont symbole de l’argent, le père ayant été à l’armée avait une dette à rembourser, comme lui le remboursement à la poste. De plus, les rats porteurs de maladie renvoient à la syphilis, doute sur la conduite du père durant son service militaire. Ça ramène également au pénis, érotisation anale. Il pouvait aussi trouver dans le rat sa propre image, rat vorace, mordant et sale, comme lui enfant.

 

Contribution à la théorie.

 

Représentations de contrainte : reproches transformés, faisant retour hors du refoulement, qui se rapportent toujours à une action sexuelle des années d’enfance, exécutée avec plaisir. Plus justement, les formations de contrainte peuvent avoir la valeur des actes psychiques les plus divers. Elles se laissent délimiter avec précision comme souhaits, tentations, impulsions, réflexions, doutes, commandements et interdits.

Souvent, plusieurs représentations de contrainte se succédant, mais n’étant pas identiques dans leur énoncé, ne sont au fond qu’une seule et même représentation. La représentation de contrainte a été la première fois repoussée avec bonheur, elle fait alors retour une autre fois, sous une forme déformée, n’est pas reconnue et, peut-être justement en raison de sa déformation, peut mieux s’affirmer dans le combat défensif. La forme originelle est cependant la bonne, qui permet souvent de reconnaître son sens sans aucun déguisement.

La technique de déformation par ellipse semble typique de la névrose de contrainte.

Dans la névrose de contrainte, les processus animiques inconscients font à l’occasion une percée dans le conscient sous la forme la plus pure, non déformée, que cette percée peut se produire à partir des stades les plus divers du procès de pensée inconscient, et que les représentations de contrainte, au moment de la percée, peuvent être le plus souvent reconnues comme des formations existant depuis longtemps.

Ernst était superstitieux, sans y croire bêtement, il y accordait de l’importance, car sa mère avait coutume de prévoir que certains jours elle resterait couchée et c’est ce qui se passait.

Perception endopsychique : renvoie à une expérience vécue et visuelle des choses, une intériorisation immédiate de ce qui se présente comme un contenu de chose rattaché à une forme par analogie, et qui ainsi présenterait un sens. La perception endopsychique n'est pas une perception mais une intuition et elle est présente chez l'homme parce qu'il parle à l'Autre.

Dans la névrose de contrainte, le refoulement ne se produit par pas amnésie mais par rupture des corrélations causales à la suite d’un retrait d’affect. Une certaine force d’avertissement semble alors subsister dans ces relations refoulées, de sorte qu’elles sont introduites, par la voie de la projection, dans le monde extérieur et y portent témoignage de ce qui dans le psychique n’a pas eu lieu.

L’instauration de l’incertitude est une des méthodes qu’applique la névrose pour tirer le malade hors de la réalité et pour l’isoler du monde, ce qui correspondant à la tendance de tout trouble psychonévrotique. La névrose de contrainte se sert de a manière la plus large de l’incertitude de la mémoire pour la formation de symptômes.

Ernst eut 2 expériences qui lui firent croire en sa toute-puissance. D’abord un vieux monsieur mourut d’une attaque 15 jours après qu’il l’eut dit par colère, ensuite une jeune fille à qui il avait refusé son amour se jeta par une fenêtre. Beaucoup de malades de névrose de contrainte sont contraints de surestimer l’effet de leurs sentiments hostiles dans le monde extérieur parce qu’une grande part de l’effet psychique interne de ces mêmes sentiments échappe à leur connaissance consciente. La toute-puissance des pensées, des souhaits, a été reconnue comme une part essentielle de la vie d’âme primitive.

L’extension déconcertante à l’au-delà de ses appréhensions de contrainte n’est rien d’autre qu’une compensation pour ces souhaits de mort contre le père.

Dans les cas de haine inconsciente, la composante sadique de l’amour aurait été constitutionnellement développée avec une force particulière, connaissant de ce fait une répression prématurée et par trop radicale, et dès lors, les phénomènes de névrose observés découlent d’une part de la tendresse consciente poussée à son comble par réaction, d’autre part du sadisme continuant à agir dans l’inconscient en tant que haine.

Si l’impulsion amoureuse a pu réussir quelque chose dans son déplacement sur une action minime, l’impulsion hostile la suivra aussi bientôt et supprimera de nouveau son œuvre.

Le doute névrotique, si on doute de l’amour qui est un sentiment si puissant, alors on doute de tout.

La névrose de contrainte subit des régressions, dont la première est de l’agir au penser, favorisée par la survenue précoce et le refoulement prématurée de la pulsion sexuelle de regarder et de savoir. La rumination devient le symptôme majeur de la névrose de contrainte, le plaisir sexuel est tourné vers l’acte de pensée et la satisfaction liée à l’obtention d’un résultat de pensée est ressentie comme une satisfaction sexuelle.

Coprophile : Qui éprouve du plaisir à toucher, à sentir les excréments.

 

IV. Le président Schreber : remarques psychanalytiques sur un cas de paranoïa.

 

Freud n’a pas travaillé avec le président Schreber, il a fait une analyse d’après les mémoires que Schreber a écrites.

Le père Schreber souffrait d’obsessions et de tendances homicides, il était aussi sévère et sadique, étouffant ces enfants. De ses enfants, le président Schreber (Daniel Paul) est devenu paranoïaque, le frère (Daniel Gustav) s’est suicidé, les sœurs semblent s’en être sorties.

La paranoïa est l’issue d’un trop sexuel qui ne trouve pas à se liquider une fois délaissées les voies auparavant empruntées. Le conflit qu’elle tente de résoudre naît moins de l’homosexualité en tant que telle que de sa déliaison.

La libido déferlante des Mémoires de Schreber est largement dominée par les pulsions partielles, notamment masochistes, anales.

 

Histoire de malade.

 

La première affection de Schreber, à 42ans, dura un an. Il fut hospitalisé et suivi par Flechsig qui le déclara dans un accès d’hypocondrie. Il en sortit guéri pendant 8ans. Puis il fit plusieurs fois le rêve qu’il n’était pas guéri, et que ça devait être bien d’être une femme soumise à la copulation. Vint la seconde affection, de retour à l’hôpital mais suivi par Weber, où ses délires hypocondriaques se chargèrent de persécution, et il réclamait la mort. Il finit par se sentir mieux et demanda sa libération qui lui fut accordée. L’année suivante en 1903 son livre Mémoires d’un malade des nerfs, parut.

D’une part il avait développé une ingénieuse construction délirante, d’autre part sa personnalité s’était reconstruite et s’était montrée, mis à part tel ou tel trouble, à la hauteur des tâches de la vie.

Il avait un délire de rédemption, fréquent dans le noyau de la paranoïa religieuse, et désirait une transformation en femme. D’après les médecins de l’hôpital, on comprend que l’ambition de jouer le rédempteur est l’élément pulsant de ce complexe délirant, en fonction de quoi l’émasculation ne peut revendiquer que la signification d’un moyen pour atteindre cette fin. Mais par l’étude des Mémoires, on voit que la transformation en une femme était le délire primaire, qu’elle fut d’bord jugée comme étant un acte de préjudice et de persécution graves et qu’elle n’entra que secondairement en relation avec le rôle de rédempteur. De même, il apparaît qu’elle devait d’abord s’effectuer à des fins d’abus sexuel et non au service d’intentions supérieures. Donc, un délire de persécution sexuel s’est chez le patient remodelé après coup en délire des grandeurs religieux.

La transformation en une femme avait été le premier germe de la formation délirante, elle s’avéra aussi être le seul élément qui durât au-delà du rétablissement et le seul qui sût se maintenir en place dans l’activité effective du malade guéri.

Schreber reproche à Dieu de ne pas comprendre les êtres humains vivants, de ne pas être en état d’apprendre quelque chose de l’expérience.

Il ressent un plasir-désir d’excrétion.

Rapport particulier à la béatitude, qui serait une intensification et un prolongement du plaisir sensuel terrestre.

Il avait été auparavant quelqu’un qui est enclin à l’ascétisme sexuel et quelqu’un qui doute de Dieu, il était, après le décours de la maladie, quelqu’un qui croit en Dieu et qui s’adonne à la volupté. Mais de même que sa croyance en Dieu était d’une espèce singulière, de même la part de jouissance sexuelle qu’il s’était conquise montrait un caractère tout à fait inhabituel. Ce n’était plus liberté sexuelle masculine, mais sentiment sexuel féminin, il prenait envers Dieu une position féminine, il se sentait être la femme de Dieu.

La volupté d’âme qui s’est développée par une accumulation des nerfs dans son corps (d’après son délire) est si forte que, notamment lorsqu’il est couché dans son lit, il n’est besoin que d’une minime dépense en force d’imagination pour se créer un bien-être sensuel qui donne un pressentiment assez net de la jouissance sexuée féminine lors de la copulation.

Il en est venu à la conviction assurée que c’est Dieu lui-même qui pour sa propre satisfaction réclamait de lui la féminité.

Donc, les deux parties capitales du délire schreberien, la transformation en femme et la relation privilégiée à Dieu, sont connectées dans son système du fait de la position féminine envers Dieu.

 

Tentatives d’interprétation.

 

Schreber portait en lui au début l’empreinte du délire de persécution, empreinte qui ne fut effacée qu’à partir du point tournant de la maladie (la réconciliation). Les persécutions deviennent alors de plus en plus supportables ; le fait que l’émasculation dont il était menacé soit une fin conforme à l’ordre du monde repousse en arrière tout l’opprobre de celle-là. Mais l’auteur de toutes les persécutions est Flechsig et il en demeure l’instigateur pour tout le cours de la maladie. Puis s’ajouta l’âme du surveillant général, l’âme et Flechsig se combattant, et il fallut attendre le docteur Werber pour la réconciliation.

Les sentiments envers Flechsig sont retournés. L’être à présent haï et redouté à cause de sa persécution est un être qui fut autrefois aimé et vénéré. La persécution postulée par le délire sert avant tout à justifier la transformation de sentiment chez le malade.

Avant que ne vienne la seconde affection, il faisait des rêves de retour de maladie et eut le désir d’être femme. On peut mettre en corrélation Flechsig et le désir. Il pouvait avoir à l’époque eut un grand attachement pour ce médecin, qui s’est ensuite transformé en désirance érotique. Ce qu’il refusa sur le moment, mais l’envie d’émasculation devint réelle par la suite. Une avancée de libido homosexuelle fut donc la circonstance occasionnante de cette affection, l’objet de cette libido fut vraisemblablement dès le début le médecin Flechsig, et la rébellion contre cette motion libidinale engendra le conflit d’où jaillirent les manifestations de la maladie.

Il fait des reproches à Flechsig qui aurait tenté sur lui un meurtre d’âme.

L’homosexualité a donc surgi sans peine grâce au transfert. De par la personne du médecin, le malade a été amené à se souvenir de ce qu'’taient son frère ou son père, il a retrouvé en lui son frère ou son père, et alors, sous certaines conditions, il n’y a plus rien de déconcertant à ce que la désirance pour cette personne-substitut survienne de nouveau chez lui et agisse avec une violence que seules sa provenance et sa significativité originelle permettent de comprendre.

Donc, il eut une poussée d’homosexualité passive, il résista et le combat défensif choisi la forme du délire de persécution. L’être désiré devint maintenant le persécuteur, le contenu de la fantaisie de souhait devint le contenu de la persécution.

Sa maladie subi une première transformation, Flechsig fut remplacé par Dieu, ce qui prépara à la seconde transformation et avec elle la solution du conflit, émasculation par souhait divin pour un nouveau monde. Ainsi est trouvée une issue qui satisfait les deux parties en lute. Le moi est dédommagé par le délire des grandeurs, mais la fantaisie de souhait homosexuelle a fait sa percée, est devenue acceptable.

Combat et maladie peuvent donc cesser. Sauf que, renforcée entre-temps, la prise en considération de la réalité effective oblige à déplacer la solution hors du présent dans le lointain futur, à se contenter d’un accomplissement de souhait pour ainsi dire asymptotique.

En principe un délire de grandeurs suit un processus de rationalisation. Le malade qui a été frappé par le délire d’être objet de la persécution de la part des puissances les plus fortes, éprouve le besoin de s’expliquer cette persécution et en arrive ainsi à l’hypothèse qu’il est lui-même une personnalité grandiose, digne d’une telle persécution.

La paranoïa décompose, de même que l’hystérie condense. Ou plutôt la paranoïa amène de nouveau à dissolution les condensations et identifications effectuées dans la fantaisie inconsciente.

Si le persécuteur Flechsig fut un jour une personne aimée, Dieu aussi n’est que le retour d’une autre personne pareillement aimée, mais vraisemblablement plus significative. Flechsig serait le frère, Dieu le père. La racine de la fantaisie féminine aurait donc été la désirance pour le père et le frère parvenue à un renforcement érotique, celle pour le frère passant sur le médecin Flechsig par transfert, tandis qu’un aplanissement du combat fut obtenu quand elle fut ramenée à celle pour le père.

Si l’on savait de façon certaine que le frère défunt de Schreber était son aîné, on serait en droit de considérer la décomposition de Dieu en Dieu d’en bas et Dieu d’en haut comme l’expression du souvenir selon lequel après la mort précoce du père, le frère aîné assuma la position du père.

Schreber a un rapport particulier avec le soleil, qu’il identifie à Dieu, donc symbole sublimé du père.

Il a un complexe paternel. Comme la fantaisie de souhait féminin n’est elle aussi, qu’une des mises en forme typique du complexe nucléaire infantile. Le combat contre Flechsig puis contre Dieu, est un conflit infantile avec le père.

Dans les expériences vécues d’enfant, le père apparaît comme le perturbateur d’une satisfaction, le plus souvent auto-érotique, recherchée par l’enfant, qui, dans la fantaisie, est souvent remplacée ultérieurement par une satisfaction moins dénuée de gloire. Dans l’issue du délire schreberien la tendance sexuelle infantile célèbre un triomphe grandiose, la volupté devient empreinte de la peur de Dieu, Dieu lui-même (le père) ne cesse de l’exiger du malade. La menace du père qui fait le plus peur, celle de la castration, a expressément fourni le matériau à la fantaisie de souhait de transformation en une femme, d’abord combattue et ensuite acceptée.

On peut mettre en corrélation le surgissement d’une fantaisie de souhait avec un refusement, une privation dans la vie réelle. Or, Schreber a eu une privation puisqu’il n’a pas pu avoir d’enfants. Donc, Schreber pouvait avoir formé la fantaisie que, s’il était une femme, il aurait mieux su s’y prendre pour avoir des enfants, et il trouva ainsi la voie pour se replacer dans la position féminine envers le père, celle des premières années d’enfance. Par la suite, son délire de repeupler le monde par de nouveaux enfants, ça aurait été les siens.

 

Du mécanisme paranoïaque.

 

Pour se défendre contre une fantaisie de souhait homosexuelle, le caractère paranoïaque réagit par un délire de persécution.

Dans la paranoïa l’étiologie sexuelle n’est aucunement évidente, par contre des vexations et rebuffades sociales se mettent en avant de façon frappante, particulièrement pour l’homme, dans la causation de la paranoïa. Mais il n’est alors besoin que d’aller un peu plus en profondeur pour reconnaître que dans ces préjudices sociaux, c’est la part prise par les composantes homosexuelles de la vie de sentiment qui est, à proprement parler, l’élément efficient.

Stade narcissique : l’individu en cours de développement, qui pour acquérir un objet d’amour rassemble en une unité ses pulsions sexuelles travaillant auto-érotiquement, prend d’abord soi-même, son propre corps, comme objet d’amour, avant de passer de celui-ci au choix d’objet d’une personne étrangère.

Dans la théorie du développement sexuel, on prend d’abord soi-même comme objet sexuel, puis on se tourne vers quelqu’un qui a les mêmes organes génitaux pour ensuite se tourner vers l’hétérosexualité. Là, les pulsions homosexuelles ne sont pas supprimées, mais elles s’assemblent avec des parties des pulsions du moi pour constituer avec elle, les pulsions sociales (érotisme amical, camaraderie…).

Les principales formes de paranoïa peuvent toutes être présentées comme des contradictions opposées à cette seule et unique proposition : Moi (un homme), je l’aime (lui, un homme) :

1. Si on prend la partie « je l’aime », la contradiction est « je ne l’aime pas, je le hais », ça nous ramène au délire de persécution, mais comme le paranoïaque ne peut pas en prendre conscience, il le projette et ça donne « il me hait ». Le sentiment inconscient pulsant apparaît ainsi comme étant une conséquence d’une perception externe « je ne l’aime pas, je le hais, parce qu’il me persécute ».

2. Pour le cas de l’érotomanie, on prend la partie « lui, un homme », la contradiction est « ce n’est pas lui que j’aime, c’est elle que j’aime », à nouveau une projection ce qui donne « je remarque que c’est elle qui m’aime », la perception externe est donc « ce n’est pas lui que j’aime, c’est elle que j’aime, parce qu’elle m’aime ».

3. Pour la jalousie, « ce n’est pas moi qui aime l’homme, c’est elle qui l’aime », croyance que l’autre aime quelqu’un d’autre.

→ Le délire de jalousie contredit le sujet, le délire de persécution le verbe, l’érotomanie l’objet.

4. Récusation de la phrase globale « je n’aime absolument pas et personne », ce qui semble vouloir dire « je n’aime que moi ». Ce qui donne un délire de grandeurs, à concevoir comme une surestimation sexuelle du moi propre, le mettant ainsi à côté de la surestimation de l’objet d’amour.

Projection : une perception interne est réprimée et, comme substitut de celle-ci, son contenu arrive à la conscience en tant que perception venant de l’extérieur, après avoir connu une certaine déformation. Dans le délire de persécution, la déformation consiste en une transformation d’affect, ce qui aurait du être éprouvé intérieurement comme de l’amour est perçu de l’extérieur comme de la haine.

Refoulement : processus qui consiste en un détachement de la libido d’avec des personnes, et des choses, auparavant aimées. On peut le décomposer en 3 phases : 1. La fixation (une pulsion ou un élément pulsionnel n’accompagne pas le développement prévu comme normal et, par suite de cette inhibition de développement, demeure à un stade plus infantile). 2. Le refoulement à proprement parler (refoulement des rejetons de la fixation, et des tendances psychiques liées à la fixation). 3. L’échec du refoulement, le retour du refoulé (percée à partir de la fixation, régression de la libido jusqu’à ce point).

La formation délirante est en réalité la tentative de guérison, la reconstruction.

Quand la libido se détache, nous cherchons aussitôt un substitut pour l’accrochage supprimé. Tant que ce n’est pas trouvé, nous conservons la libido libre en suspens dans la psyché, où elle produit des tensions et influence l’humeur. Dans l’hystérie, ça se traduit par des innervations corporelles ou des angoisses. Dans la paranoïa, la libido libre est adjointe au moi, donc utilisée pour l’agrandissement du moi (délire de grandeurs). Ce qui ramène au stade narcissique.

Donc, les paranoïaques ont apporté avec eux une fixation dans le narcissisme, et le pas en arrière depuis l’homosexualité sublimée jusqu’au narcissisme indique le montant de la régression.

On ne peut pas affirmer que le paranoïaque a totalement retiré son intérêt du monde extérieur, pas même au comble du refoulement. Il perçoit le monde extérieur, il se rend raison de ses modifications, il est, par l’impression qu’elles lui font, incité à des activités explicatives, et c’est pourquoi sa relation modifiée au monde est à expliquer uniquement ou principalement par le manque d’intérêt libidinal.

Le cas Schreber mérite le nom de démence paranoïaque, relevant du caractère paraphrénique par le surgissement de la fantaisie de souhait et des hallucinations, du caractère paranoïde par le facteur occasionnant, le mécanisme de projection et l’issue.

Dans le rêve et dans la névrose, nous retrouvons l’enfant avec les particularités de ses modes de pensée et de sa vie d’affect, et aussi l’homme sauvage, l’homme primitif, tel qu’il se montre à nous à la lumière de la science de l’antiquité et de la recherche ethnologique.

 

V. L’homme aux loups : à partir de l’histoire d’une névrose infantile.

 

Le fil conducteur de l’investigation clinique de Freud est constamment orienté par trois points de référence : un prototype, les substituts de ce prototype et les lacunes dans la succession de ces substituts. Pour Freud, l’histoire du patient est marquée par l’identification féminine et la castration.

L’histoire de l’homme aux loups déborde d’efforts pour redécouvrir le prototype : le choix de la Nania était un choix d’objet modèle, le père de Serge était un modèle admiré, la scène originaire était un modèle de la satisfaction que l’enfant attendait de son père, l’histoire du grand-père était un modèle pour le rêve traumatique des loups, le père était l’image originaire de tous les blessés, l’hostilité de Serge pour Dieu avait trouvé son prototype dans son hostilité au père, la stimulation de la muqueuse intestinale par les fèces était le précurseur de la stimulation phallique de la muqueuse vaginale, enfin la défécation du petit enfant était un prototype de la castration.

Au-delà du prototype se trouve le substitut : l’homme aux loups était un substitut pour le fils décédé de la Nania, le loup était le premier substitut du père, les objets d’amour de Serge étaient des personnes substitutives de sa sœur, le premier substitut de la mère était la Nania et tous les objets d’amour ultérieurs étaient des substituts de cette femme, le totem était le premier substitut du père et Dieu en fut un autre ultérieurement, l’attitude ambivalente envers tous les substituts paternels était la caractéristique de la vie et du traitement de l’homme aux loups.

 

Remarques préliminaires.

 

Serge, a 18ans, après une infection gonorrhéique, s’effondra dans la maladie et était totalement dépendant et inapte à l’existence lorsqu’il entre, plusieurs années plus tard, en traitement psychanalytique.

Son enfance fut dominée par un grave trouble névrotique qui, peu avant ses 4ans, commença sous forme d’hystérie d’angoisse (phobie d’animal), se transposa ensuite en une névrose de contrainte à contenu religieux et, par ses prolongements, se poursuivit jusque dans sa dixième année.

Avant de rencontrer Freud, il était suivi pour folie maniaco-dépressive, mais Freud n’a vu en lui aucun changement d’humeur qui, en intensité et d’après les conditions de sa survenue, eût débordé la situation psychique visible. Pour lui, il s’agissait d’un état consécutif à une névrose de contrainte ayant eu un décours spontané et une guérison achevée avec déficit.

L’analyse que l’on accomplit à même l’enfant névrotique apparaîtra d’emblée plus digne de confiance, mais elle peut ne pas être très riche de contenu, il faut prêter à l’enfant trop de mots et de pensées et néanmoins on trouvera peut-être les strates les plus profondes impénétrables à la conscience. L’analyse de l’affection de l’enfant par la médiation du souvenir chez l’adulte à l’esprit mûr est exempte de ces restrictions, mais on tiendra compte de la distorsion et de l’apprêtage auxquels est soumis notre propre passé lorsqu’on porte un regard rétrospectif à partir d’une époque ultérieure. Le premier cas donne peut-être les résultats les plus convaincants, le second est de loin le plus instructif.

 

Vue d’ensemble sur le milieu et l’histoire du malade.

 

Enfant, ses parents ne se sont pas beaucoup occupés de lui car la mère était malade du bas-ventre et le père avait un état dépressif. Il avait une sœur aînée, particulièrement méchante. Une nurse, Nania, qui a perdu son enfant, s’occupe de lui, et l’aime tendrement. Ses parents partaient quelques fois en vacances, le laissant avec la bonne.

Il avait été un garçon très doux, docile et calme, et soudain il devint mécontent, irritable et violent. A ce moment là il y avait une gouvernante anglaise, qui buvait et qui détestait Nania. Les parents crurent que le changement chez Serge était du à la bonne, mais il resta ainsi.

Il aimait les animaux, il en avait peur, il les battait. Changement de comportements sans en voir la succession. Il eut un moment pieux, où il priait beaucoup, avait toutes sortes de cérémoniales, mais en même temps il outrageait Dieu. Donc, dans son enfance il eut une période de névrose de contrainte.

Enfant, il était très proche de son père, en grandissant il s’en éloigna, déçu que le père semble préférer la sœur, l’angoisse devant le père devint dominante.

Vers 8ans tous les phénomènes d’angoisse disparurent.

 

La séduction et ses conséquences immédiates.

 

Enfant, il fit des rêves qui tournaient toujours autour du même contenu. Il s’agissait d’agissements agressifs du garçon envers la sœur ou la gouvernante et, en échange, d’énergiques remontrances et châtiments.

Il fut séduit par sa sœur lorsqu’ils étaient gardés par la gouvernante anglaise. D’abord elle décida qu’ils devaient se montrer le « popo », ce qui suivit. Puis un autre jour, il lui prit le sexe et joua avec en disant que Nania faisait la même chose avec les hommes.

Donc, ses rêves où il est violent, il retourne la situation contre sa sœur. En réalité, sa sœur l’a rabaissé, il faisait de même en rêve. Et l’anglaise critiquait Nania, à ses yeux elle prenait la place de sa sœur cruelle. D’où son changement de caractère à ce moment-là.

Sa sœur avait 2ans de plus que lui. Enfant elle se distinguait en étant indomptable comme un garçon, et en grandissant elle eut un esprit brillant. Après ses 20ans, elle commença à avoir une humeur dépressive, et elle s’empoisonna. Quand ils étaient adolescents, ils se rapprochèrent. Il essaya d’avoir une intimité physique avec elle, mais elle le repoussa et il se détourna vers des filles moins intelligentes que lui. Ses objets d’amour devinrent ainsi des substituts de la sœur qui lui était refusée. Quand sa sœur mourut, il eut peu de chagrin, sa peine apparue quelques mois après sur la tombe d’un poète qu’il rapprocha de sa sœur.

Les attouchements de la sœur lorsqu’il eut 3ans, éveillèrent sa sexualité, mais il se tourna vers Nania et commença l’onanisme, mais Nania le gronda en lui disant qu’il aurait une blessure au sexe. Il renonça vite à la masturbation. La vie sexuelle à ses commencements, sous la direction de la zone génitale, succomba à une inhibition extérieure et, par l’influence de celle-ci, avait été renvoyée à une phase antérieure, d’organisation prégénitale, au stade sadique-anal. Il devint irritable, il trouva sa satisfaction sur les animaux et les hommes, tourmentant Nania, et étant cruel sur les animaux. Il se sentait également coupable de son onanisme et il retourna son sadisme en masochisme.

Son objet sexuel premier fut pour Nania, comme elle le repoussa il régressa jusqu’à l’amour pour le père rejoignant ainsi sa première identification au père. Ses colères envers Nania étaient de nature sadique, ses colères envers le père étaient de nature masochiste, recherchant ainsi la satisfaction sexuelle par les punitions de son père. Ses cris étaient donc des tentatives de séduction.

Dans le châtiment, il recherchait la satisfaction de sa tendance sexuelle masochiste, mais aussi l’apaisement de sa conscience de culpabilité.

 

Le rêve et la scène originaire.

 

« J’ai rêvé que c’est la nuit et que je suis couché dans mon lit (le pied de mon lit était contre la fenêtre, devant la fenêtre se trouvait une rangée de vieux noyers ; je sais, c’était l’hiver lorsque je rêvais et de nuit). Soudain, la fenêtre s’ouvre d’elle-même et je vois avec un grand effroi que sur le grand noyer devant la fenêtre quelques loups blancs sont assis. Ils étaient au nombre de 6 ou 7. Les loups étaient tout blancs et avaient plutôt l’air de renards ou de chiens de berger, car ils avaient de grandes queues comme des renards et leurs oreilles étaient pointées comme chez les chiens quand ils guettent quelque chose. En proie à une grande angoisse, celle manifestement d’être dévoré par les loups, je poussai un cri et me réveillai. Ma bonne d’enfants accourut au chevet de mon lit pour voir ce qui m’était arrivé. Un bon moment s’écoula jusqu’à ce que je sois convaincu que ce n’avait été qu’un rêve, tant l’image de la fenêtre qui s’ouvre et des loups qui sont assis sur l’arbre m’était apparue naturelle et nette. Je finis par me calmer, me sentis comme délivré d’un danger et me rendormis ».

« L’unique action dans le rêve était celle de la fenêtre qui s’ouvre, car les loups étaient assis, tout à fait calmes, sans le moindre mouvement, sur les branches de l’arbre, à droite et à gauche du tronc, et me regardaient. Ils semblaient avoir dirigé toute leur action sur moi. Je crois que ce fut là mon premier rêve d’angoisse. J’avais alors 3, 4 ans, 5 au plus. Désormais, j’eus toujours jusqu’à ma onzième ou douzième année l’angoisse de voir en rêve quelque chose d’effroyable ».

Relation entre les loups du rêve et une image de loup dont sa sœur se servait pour l’effrayer. Les loups sont blancs comme un troupeau de mouton qu’il a connu et qui est mort par une épidémie. Les loups dans l’arbre font référence à une histoire que racontait son grand-père et qui se lie au complexe de castration. Les loups sont 6 ou 7 à cause du conte le Loup et les 7 chevreaux, où le loup dévore 6 chevreaux sur 7.

Relation du rêve avec 2 contes : le petit chaperon rouge et le loup et les 7 chevreaux.

Le loup est un substitut du père. L’arbre serait un arbre de noël puisque le rêve est fait quelques jours avant les fêtes. Image de la satisfaction sexuelle par le père.

Pour Freud, ce rêve ramène au coït des parents. Serge, vers 1ans et demi, souffrit de malaria et dormi dans la chambre de ses parents. Un après-midi, il aurait assisté à un rapport sexuel de ses parents, par derrière, et aurait gardé ce souvenir dans l’inconscient. Le rêve serait l’explication inconsciente de ce qu’il aurait vu entre ses parents. A 1ans et demi il a vu le coït mais en a compris la signification vers ses 4ans. Le rêve serait une inversion de ce qu’il a vu, ainsi qu’une affirmation, comme l’arbre élevé qui symbolise le voyeurisme, comme la blancheur pour rappel des draps et linge de corps des parents, comme la mobilité qui contredit l’acte.

Donc, au souhait du jour que noël soit déjà là avec les cadeaux, s’associe le souhait plus profond, permanent à cette époque, de la satisfaction sexuelle par le père, souhait qui se remplace tout d’abord par celui de revoir ce qui était alors si captivant. Puis se déroule le processus psychique de l’accomplissement de ce souhait dans la scène originaire évoquée, jusqu’à la récusation devenue maintenant inévitable du souhait et jusqu’au refoulement.

L’issue du rêve fut de l’angoisse, dont il ne se remit pas avant d’avoir sa Nania auprès de lui. Il prit donc la fuite loin du père en allant vers elle. L’angoisse était une récusation du souhait de satisfaction sexuelle par le père, tendance qui lui avait suggéré le rêve. Son expression, être dévoré par le loup, n’était qu’une transposition du souhait d’être coïté par le père, c’est-à-dire satisfait comme l’est la mère. Son dernier but sexuel, la position passive envers le père, avait succombé à un refoulement, l’angoisse devant le
père en avait pris la place sous la forme de la phobie du loup.

 

Quelques discussions.

 

Une affection névrotique dans la quatrième et cinquième année de l’enfance prouve que les expériences vécues infantiles sont à elles seules en mesure de produire une névrose, sans qu’il y ait besoin que s’y ajoute la fuite devant une tâche assignée dans la vie. Dans cette tendre enfance, on trouve des motions pulsionnelles dont la satisfaction est impossible à l’enfant, dont la maîtrise n’est pas à sa portée, et les sources d’où celles-ci découlent.

Quelques années plus tard, Freud a repris l’analyse du rêve des loups et en fait une nouvelle interprétation. Les loups ressemblent aux chiens de bergers, rappelons que Serge allait voir un troupeau de mouton avec son père et donc il voyait des chiens de berger. Il aurait pu assister au coït des chiens. Quand Freud a parlé à Serge de la scène originaire initiale, Serge a dit spontané que ses parents avaient coïté 3 fois. On peut supposer qu’il a vu 3 fois les chiens se reproduire, et que sa curiosité a été éveillée. Il a donc transféré son désir de savoir des chiens à ses parents. Ainsi, tout petit il aurait pu se réveiller pour observer ses parents, et n’aurait rien vu, si ce n’est son désir de savoir.

 

La névrose de contrainte.

 

Lorsqu’il eut 4ans et demi, et alors que son état d’irritabilité et d’anxiété ne s’était toujours pas amélioré, sa mère résolut de lui faire connaître l’histoire biblique. Cette introduction à la religion mit fin à la phase précédente, mais entraîna le relais des symptômes d’angoisse par des symptômes de contrainte.

Considérée dans son ensemble, son enfance se compose des périodes suivantes : la période préliminaire jusqu’à la séduction dans laquelle se situe la scène originaire (3ans 3mois), la période de modification du caractère jusqu’au rêve d’angoisse (4ans), la phobie d’animal jusqu’à l’introduction à la religion (4ans et demi), et à partir de là la névrose de contrainte jusqu’au-delà de la dixième année.

La névrose de contrainte se déroule de façon discontinue ; le premier accès fut le plus long et le plus intense, d’autres survinrent à 8 et 10ans, après avoir été chaque fois occasionnés par des circonstances en relation visible avec le contenu de la névrose.

Quand il commença à étudier l’histoire sainte, il fut terrifié, puis il douta et enfin s’identifia à cette histoire. Lui se représentait en tant que le Christ et son père en tant que Dieu. Mais ce Dieu était dur, il voulait l’amour de son papa, d’où éclatèrent les combats ambivalents. Il insultait Dieu pour retrouver son papa aimé, et faisait ensuite des cérémoniaux religieux pour expier ses insultes.

Quand il eut 6ans, il revit son père qu’il n’avait pas vu depuis plusieurs mois, dans une maison de santé. Il avait mauvaise mine, cela attrista Serge. Depuis, chaque fois qu’il voyait un mendiant, un blessé…il soufflait. Le soufflait il le mettait en rapport avec le Saint-Esprit, et les mendiants avec son père. Donc, signe d’identification au père, d’autant plus qu’on peut mettre en corrélation le souffle avec le souffle du père qu’il aurait pu entendre lors d’un coït.

Il s’assimila à Adam, et sa sœur devint l’incarnation constante de la tentation et du péché.

A 10ans il eut un précepteur allemand très instruit qui avait une grande influence sur lui, mais ce précepteur n’accordait aucune valeur à la piété et ne croyait nullement à la vérité de la religion. La piété tomba en même temps que sa dépendance vis-à-vis du père, qui était maintenant relayé par un nouveau père plus fréquentable.

Suite à un interdit, souvent les enfants tentent un bref laps de temps d’en nier l’effet par une aggravation, un dernier coup avant l’arrêt, ils ont ainsi l’impression d’arrêter volontairement.

 

Erotisme anal et complexe de castration.

 

Un jour il alla rendre visite à un cousin pauvre. En partant il se reprocha de ne pas l’avoir aidé financièrement et il eut à se moment là une envie pressante d’aller à la selle.

A 18ans, quand il passait ses examens de fin d’année, il eut peur d’avoir un accident, il paya le concierge et pensa qu’il paierait davantage s’il réussissait ses examens, et pendant qu’il pensait à ça, arriva un malheur avant qu’il ne soit à sa porte.

Troubles de la fonction intestinale. Quand il vint trouver Freud, il était habitué à des lavements, sinon il n’avait pas d’évacuations spontanées sauf quand une excitation soudaine faisait fonctionner ses intestins pour quelques jours. Ce trouble représentait la parcelle d’hystérie qui se trouve régulièrement à la base d’une névrose de contrainte. Freud promis le rétablissement, Serge se mit à douter et son intestin à commencer à retravailler normalement.

Enfant, il entendit un jour sa mère se plaindre au médecin des douleurs durant ses règles. Au début de sa période d’angoisse, il entendit parler de la dysenterie, du sang dans les selles, et eut peur de mourir de cette maladie. Identification avec la mère. Donc, la dysenterie était pour lui le nom de la maladie dont la mère se plaignait, pour lui elle n’était pas malade du bas-ventre mais des intestins. Sous l’influence de la scène originaire, il en déduisit la corrélation selon laquelle la mère avait été rendue malade par ce à quoi le père s’était livré avec elle et son angoisse d’avoir du sang dans les selles, d’être tout aussi malade que la mère, était la récusation de l’identification avec la mère dans cette scène sexuelle. L’angoisse était aussi la preuve que, dans l’élaboration ultérieure de la scène originaire, il s’était mis à la place de la mère, qu’il lui avait envié cette relation au père. L’organe sur lequel pouvait se manifester l’identification avec la femme, la position homosexuelle passive envers l’homme était la zone anale. Les troubles dans la fonction de cette zone avaient acquis la signification de motions de tendresse féminines et la conservèrent également pendant l’affection ultérieure.

Tout simplement, lorsqu’il développa la théorie cloacale, il rejeta les nouvelles informations pour ne garder que les anciennes, à savoir que le commerce sexué se fait au départ de l’intestin. L’inconscient travaille par refoulement.

La position féminine envers l’homme, écartée par l’acte de refoulement, se retire en quelque sorte sur la symptomatique intestinale et se manifeste dans les diarrhées, constipations et douleurs intestinales des années d’enfance, qui surviennent fréquemment. Les fantaisies sexuelles ultérieures qui sont édifiées sur la base d’une connaissance sexuelle exacte peuvent maintenant se manifester de façon régressive en tant que troubles intestinaux.

L’excrément est le premier cadeau, la première offrande de tendresse de l’enfant, une partie du corps propre dont on se dessaisit, mais alors seulement en faveur d’une personne aimée. A un stade ultérieur du développement sexuel, l’excrément prend la signification de l’enfant, l’enfant serait mis au monde par l’anus. L’enfant comme un cadeau, et par l’image du cadeau on en vient plus tard à la signification de l’argent pour l’excrément.

Donc, chaque fois que Serge a eu une réaction vis-à-vis de l’argent, comme l’héritage à partager avec sa sœur, puis avec sa mère, ce n’était qu’une réaction de recherche de satisfaction anale, toujours lié au côté homosexuel avec le père.

Lors du problème de la castration, il n’en voulut rien savoir. Il s’est d’abord rebellé, a ensuite cédé, mais une réaction n’a pas supprimé l’autre. A la fin subsistaient chez lui côte à côte 2 courants opposés, dont l’un abhorrait la castration et l’autre était prêt à l’admettre et à se consoler avec la féminité comme substitut.

 

Suppléments provenant de l’époque originaire – solution.

 

Enfant, il a eu peur d’un papillon qu’il suivait. Pendant l’analyse, il se mit à songer que le mouvement des ailes du papillon quand il s’est posé, lui a fait penser à une femme ouvrant les jambes. Plus précisément, il se rappelait une bonne d’enfants qu’il avait eu tout jeune, vers 2ans et demi, elle s’appelait Grouscha, ce qui signifie poire, le papillon représentait cette bonne. Un jour, il l’a vue en train de frotter le sol, surement excité il a uriné et elle lui aurait fait la première menace de castration. A 4 pattes par terre pour nettoyer le sol, cela aurait pu lui rappeler la position de sa mère lors du coït dans la scène originaire.

Tous les objets d’amour ultérieurs étaient des substituts de cette bonne, qui était elle-même devenue par le hasard de la situation le premier substitut de la mère.

L’action du garçon de 2ans et demi dans la scène avec Grouscha est le premier effet de la scène originaire, elle présente le garçon comme copie du père et nous fait reconnaître chez lui une tendance au développement dans la direction qui méritera plus tard l’épithète de masculine. Par la séduction il se trouve poussé à une passivité qui est certes déjà préparée par son comportement de spectateur lors du commerce parental.

Les scènes d’observation du commerce sexuel parental, de séduction dans l’enfance et de menace de castration proférée sont indubitablement possession héritée, héritage phylogénétique, mais elles peuvent tout aussi bien être acquisition de l’expérience de vie personnelle.

Enfant il eut une période où il refusait de s’alimenter autrement que par des sucreries. Ses parents lui racontèrent l’histoire d’un oncle décédé pour ne pas avoir mangé. Ses parents lui dirent qu’à 3mois il avait été très malade et qu’ils avaient préparé son linceul. Angoisse de mort qui réapparut lors de l’épisode de la dysenterie.

Trouble alimentaire, phobie du loup, piété de contrainte, donnent la série complète des affections infantiles qui entraînent, dans les d’après la puberté, la disposition à l’effondrement névrotique.

Il entendit dire qu’il était né coiffé, c’était l’enfant du bonheur. Ce bonheur le dissimulait, et à chaque contradiction il s’effondrait. Fantaisie de renaissance. S’il peut se substituer à la femme, remplacer la mère, pour se laisser satisfaire par le père et lui mettre au monde un enfant, sa maladie sera écartée de lui (constipation, lavement). La fantaisie de renaissance n’est ici qu’une reproduction mutilée, censurée, de la fantaisie de souhait homosexuelle.

Avoir été mis au monde par le père, être satisfait sexuellement par lui, lui faire cadeau d’un enfant, cela au prix de sa masculinité et exprimé dans la langue de l’érotisme anal : avec ces souhaits se clôt le cercle de la fixation au père, par là l’homosexualité a trouvé sa plus haute et plus intime expression.

 

Résumés et problèmes.

 

L’observation du coït parental aurait accéléré le développement sexuel de Serge. Trouble alimentaire (stade oral, non maîtrise de l’excitation sexuelle, dévoration). Angoisse de mort pour surmonter le trouble alimentaire. Grouscha, prématurité, identification au père. Scènes de séduction avec la sœur le fait dévier et le perturbe (comportement passif non corrélé au caractère masculin, régression au stade anal). Transformation du sadisme en masochisme. Scène du rêve, refoulement, remplacement par une phobie (qui cache l’angoisse de castration), position homosexuelle. L’homosexualité refoulée inconsciente se retranche dans l’intestin. Tout est balayé par une piété dominante (sublimation des tendances sexuelles, satisfaction). Courant masculin, état amoureux de contrainte. Refusement narcissique.

Développement par âge :

                Né le jour de noël.

                1ans ½ : malaria, observation du coït des parents.

                Avant 2ans ½ : départ des parents avec la sœur, seul avec Nania il dénie Grouscha et la sœur.

                Avant 3ans et 3mois : séduction par la sœur, menace de castration par Nania.

                3ans ½ : gouvernante anglaise, modification du caractère.

                4ans : rêve du loup, apparition de la phobie.

                4ans ½ : influence de la religion, symptômes de contrainte.

                Avant 5ans : hallucination de la perte du doigt.

                5ans : abandon de la première propriété.

                Après 6ans : visite au père malade.

                8-10 ans : dernières éruptions de la névrose de contrainte.

Après la guerre, Serge a perdu sa fortune, sa patrie et toutes relations familiales. Il alla ainsi mieux et se sentit normal. Peut-être que sa misère, satisfaisant son sentiment de culpabilité, contribua à consolider son rétablissement.

L’expérience de vie influe sur le schème héréditaire.

Un savoir, une sorte de préparation à la compréhension exerce chez l’enfant une action concomitante.

Un instinct sexuel serait le noyau de l’inconscient.

 

 

► Super ! Un livre, certes un peu long à lire, mais vraiment intéressant et passionnant. A lire !



25/08/2013
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